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DATE DUE
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lAAR Z 5 1994 oC l
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HISTOIRE
LITERAIRE
DE LA FRANCE
TOME X.
HISTOIRE
LITERAIRE
DE LA FRANCE
OU L'ON TRAITE
DB L'ORIGINE RT DU PROGRÈS, DE LA DÉCADENCE
et du rétablissement des Sciences parmi les Gaulois et parmi les François;
Du goût et du génie des uns et des autres pour les Letres en chaque
siècle; De leurs ancienes Ecoles; De l'Etablissement des Universités en
France; Des principaux Collèges; Des Académies des Sciences et des Belles
Letres; Des meilleures Bibliothèques anciennes et modernes; Des plus célèbres
Imprimeries; et de tout ce qui a un rapport particulier à la Literature.
AVEC
Les Eloges historiques des Gaulois et des François qui s'y sont /ait quelque réputation,
Le Catalogue et la Chronologie, de leurs Ecrits; Des Remarques historiques et
critiques sur les principaux Ouvrages; Le dénombrement des différentes Editions :
Le tout justifié par les citations des Auteurs originaux.
Par des Religieux Bénédictins de la Congrégation de S. Maur.
TOME X
Qui comprend la suite du Douzième Siècle de l'Eglise jusqu'à l'an 1124.
NOUVELLE l-DII !!>iJ rONFORME \ l\ PRÉCÉDENTE ET REVUE
Par M. PAULIN PARIS, Membre de l'Institut.
A PARIS,
Librairie de VICTOR PALMÉ, 25, rue de Grenelle-Saint-Germain.
m nccc i wm.
KRAUS REPRINT
Nendeln/Liechtenstein
1973
Réimpression avec L'accord de
L'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, Paris
KRAUS REPKINT
A Division o.c
KRAUS-THOMSON ORGAN1ZATION LIMITED
Nendeln/Liechtenstein
1973
Printed in Germany
Lessingdruckerei Wicsbaden
AVERTISSEMENT
Le Lecteur s'appercevra aisément , en lisant le volume
que nous lui présentons, de la perte qu'il a faite par
la mort de D. Rivet , qui avoit entrepris l'important
ouvrage de l'Histoire Littéraire de France, et qui l'a si
heureusement conduit jusqu'au douzième siècle; mais on ne
doit pas ignorer, que les hommes n'étant r>as immortels,
ce sont des pertes auxquelles il faut s'attendre dans la
république des Lettres. Tel est pour l'ordinaire le sort
de tous les grands ouvrages , auxquels les auteurs , pré-
venus par la mort, ne donnent pas la dernière main. Ou
ils demeurent imparfaits, personne n'osant entreprendre de
les achever ; ou ils sont continués par de nouvelles plu-
mes , qui ne servent qu'à faire regretter les premières.
Les exemples n'en sont que trop connus , et le Lecteur
nous dispensera d'en rapporter.
Nous ne nous flattons point d'être plus heureux que
ces continuateurs, ni de marcher dans la nouvelle car-
rière, où l'obéissance nous fait entrer, avec un succès égal
à celui qui nous a précédé. Nous nous attendons même
que les critiques seront plus hardis à attaquer un ouvra-
ge , dont ils avoient respecté le premier auteur. Cepen-
dant nous pouvons assurer , qu'aidés des mêmes secoure
que D. Rivet , nous marcherons sur ses traces , et que
nous ne négligerons rien , pour justifier le choix que lea
Tome X. a
t *
ij AVERTISSEMENT.
supérieurs zélés pour cet ouvrage ont daigné faire de
nous , et pour répondre à l'attente du publie. Si malgré
les peines et les soins que nous prendrons pour réus-
sir, les critiques nous attaquent, nous nous engageons
volontiers , et nous en donnons même ici solemnellement
parole , d'avoir pour eux tous les égards qu'ils peuvent
mériter, soit en profitant de leurs lumières, soit en re-
poussant leurs traits, s'ils partent d'une main ennemie
de la vérité , et qui ne fasse point profession d'impartia-
lité. Mais de quelqu'esprit que soient animés nos cen-
seurs , nous espérons que leur critique ne tournera qu'à
l'avantage du public , par l'occasion qu'elle nous donnera
de faire , soit des additions et des corrections, soit des
apologies , qui serviront à éclaircir les matières. C'est dans
cette vue , et pour nous conformer à la méthode de notre
prédécesseur, que nous ferons nous-mêmes, à la suite de
cet Avertissement, la révision des volumes précédens, pour
y ajouter ce qui a échappé à ses recherches, et pour cor-
riger quelques fautes qui s'y sont glissées.
Le volume que nous donnons au Public , renferme plu-
sieurs Auteurs assez célèbres, tels qu'Yves de Chartres,
l'un des plus grands ornemens de son siècle, Marbode évê-
quc de Rennes, Guibert abbé de Nogent, etc. Mais les au-
tres, qui font le grand nombre, sont peu connus. Néan-
moins parmi ce menu peuple, ou cette populace de la
république des Lettres , s'il est permis de se servir de
cette expression , le Lecteur trouvera des écrivains de mé-
rite, qui ont à la vérité peu écrit, mais qui ont écrit
avec beaucoup de justesse et de solidité. Eh! plût à Dieu
que les Auteurs des siècles suivans, au lieu de nous donner
tant d'énormes volumes, et tant de grosses sommes, se
fussent appliqués à marcher sur les traces de ceux qui
les avoicnl précédés, et qu'ils les eussent imités dans leur
brièveté ! Etant moins féconds et moins diffus, peut-être
auroient-ils été plus exacts; du moins ils n'auroient pas
rebuté et accablé le Lecteur par leurs immenses productions.
Il est à propos de prévenir un reproche qu'on pour-
roit nous faire, en prétendant que nous avons trop
enflé le nombre de nos Auteurs. A cela nous répondrons,
que bien loin d'avoir cherché à le grossir, nous
AVERTISSEMENT. iij
l'avons diminué en en retranchant plusieurs qui parois-
soient avoir d'assez bons titres, pour mériter une place
dans notre Histoire Littéraire. Nous n'avons pas même
eu d'égard aux dignités de cardinaux, d'archevêques,
devêques, de princes, à moins que ceux qui en étoient
revêtus, n'eussent composé quelqu'écrit, qui les rendit
dignes d'être admis dans la république des Lettres.
'Le cardinal Mathieu, évêque d'Albane , sembloit y Mari. metr. Rem.
devoir occuper une place. Né de parens nobles et riches 1-2>p-287-
dans le territoire de Reims, il fut élevé de bonne heure
dans l'étude des sciences, y fit de grands progrès , et
devint dans la suite un des prélats de son siècle les plus
distingués par leur sçavoir. Sa vie exemplaire, soit Bibi ciun.p.1302.
dans le clergé de Reims, où il fut chanoine sous Men. iu>. î.obs.in
Raoul le Verd ; soit dans le monastère de saint Martin mart- Bea p' m-
des Champs, où il embrassa la \ie monastique et fut
prieur; soit dans l'abbaye de Cluni, où Pierre le Véné- Merr. hist. de saint
rable qui connoissoit son mérite, l'attira peu après qu'il art' esC amps'
fut élu abbé ; les grandes affaires ausquelles il eut part "
en qualité de légat du pape, surtout en France, ' où il ciac inHon.il,
tint plusieurs conciles; à Troyes en Champagne l'an -H 08; p" 489'
la même année à Rouen, où il publia quelques réglemens
rapportés par Ordric Vital ' et par D. Ressin, dans ses Gaii. chr. nov. t.
conciles de Normandie; à Paris l'an 4129, ' pour la Mat,', an.' 1. 71, n.
réformation du clergé ; ' le succès de sa seconde légation Ff'h"st7ecci 1 67
en France, ' où il ne contribua pas peu en -H 30, ' à n. 45, 46, 57.
-• ». 1 * 11 i< -x- 1 Ord.l. 12, p 888.
laire reconnoitre Innocent II pour légitime pape; ses Bess. conc.Norm.
liaisons avec les sçavans qui le consultoient sur leurs écrits, Maftop ^.^ern.
et les lui communiquoient pour qu'il les corrigeât; les app. m not. fus.
ouvrages dont on lui a en quelque sorte obligation, comme
les sept livres de dialogues, ou de questions théologiques,
que Hugues d'Amiens composa à sa sollicitation et qu'il
lui dédia ; enfin les écrits qu'il y a lieu de croire qu'il
a composé lui-même , comme ces paroles d'Hugues d'Amiens,
abbé de Rading, ' puis archevêque de Rouen, semblent Mart. anecd. t. 5,
l'insinuer : Scripta vestra lœti suscipimus , et vobis nostra p- 983,
dirigimus, et emendanda committimus : tout cela offroit
assurément une ample matière de parler du cardinal Mathieu,
et pouvoit lui mériter une place dans l'Histoire Littéraire.
Cependant, comme nous ne voyons aucun écrit de sa façon,
a ij
W AVERTISSEMENT.
nous n'avons pas cru devoir lui donner rang parmi nos
Auteurs. Ce cardinal mourut à Pise, le 25 décembre 4^ 34-
Nous en avons agi de même à l'égard de Boëmond
mort en M M , prince d'Antioche , l'un des héros de la
première expédition des François dans la Palestine, où il
rendit son nom si célèbre par ses exploits. Nous avons quel-
ques lettres signées de lui ; mais comme elles lui sont
communes avec les autres princes et seigneurs, ce qui a
été dit sur ce sujet dans l'article du chef de cette fa-
meuse expédition, nous a paru suffisant.
Si nous n'avons pas admis parmi nos écrivains, Mathieu
cardinal d'Albane, et d'autres encore, recommandables par
leur savoir et leur mérite, à plus forte raison avons-nous
cru devoir exclure l'antipape Bourdin, dont on ne connoît
que deux lettres peu intéressantes; et un hérésiarque tel
que Pierre de Bruis, qui ne paroît pas avoir composé
aucun écrit. Il est vrai que le ministre Paul Perrin, dans
son histoire des Vaudois, attribue à ce patriarche des
Boss. hist. des Zuinghens et des Calvinistes , un livre de YAnte-Christ ' en
' ' ' date de l'an 4 420; mais le grand Bossuet a fait voir
qu'il n'est ni de Pierre Bruis, ni d'aucun de ses disciples,
et qu'il est beaucoup plus récent. C'est donc en vain que
les Centuriateurs de Magdebourg s'affligent de la perte de
cent, xn, c. 5, p. ses écrits, ' et témoignent un grand désir qu'on les eût
conservés. Vains regrets, désirs frivoles, mais dignes des
Centuriateurs de Magdebourg ! Quand bien même Pierre de
Bruis auroit composé quelques écrits, ce qui n'est point,
car la vie errante et vagabonde de cet hérésiarque ne le
lui permettoit pas, au lieu d'en regretter la perte, ne
seroit-il pas à souhaitter, que non seulement les écrits,
mais encore l'Auteur et ses erreurs, fussent ensevelis dans
un commun et éternel oubli?
Loin de chercher à étendre nos limites au préjudice
de nos voisins, nous les avons au contraire resserrées en
leur faveur, et nous avons renoncé à des prétentions qui
n'étoient point sans fondement. C'est ainsi que nous avons
cédé aux Allemans Berengose célèbre par ses écrits, libris
caim. hist. Lorr. editis clarus , ' abbé de saint Maximin de Trêves, et de
saint Arnoul de Mets, comme le prétend Dom Calmet.
Prétention qui peut être appuyée sur le nécrologe de l'abbaye
AVERTISSEMENT. v
de saint Arnoul, où il est fait mention de Berengose au
1\ de septembre , sur une lettre de l'empereur Henri V ,
écrite à Brunon archevêque de Trêves, par laquelle il lui re-
commande Berengose et le prie de lui donner l'investiture
de l'abbaye de saint Arnoul ; enfin , sur un privilège accordé
l'an -H 4 5 à cette abbaye par le même empereur, à la
prière de Berengose. Néanmoins, comme il n'est pas bien
évident qu'il ait été abbé de saint Arnoul, ce qui seul
lui donneroit une place dans notre Histoire, nous l'abandon-
nons à l'Allemagne. Nous lui abandonnons de même Conon
cardinal, évêque de Palestrine, plus célèbre par sa légation
en France, que par ses écrits ; car nous n'avons de
lui que quelques lettres fort courtes, sur des affaires qui
regardoient sa légation.
Il est des Auteurs que nous cédons aux Anglois ; mais
il en est d'autres sur lesquels nous défendons nos droits.
Il faut avouer en général , que depuis la conquête de
l'Angleterre par Guillaume duc de Normandie, la plupart
des sçavans qui parurent dans ce royaume étoient Normans ou
François , surtout ceux qui avoient quelques dignités.
Outre que Guillaume étoit trop habile politique pour
souffrir , ou pour mettre les naturels d'un pays , dont il
venoit de faire la conquête, dans des places qui leur au-
roient donné du crédit : l'Angleterre étoit d'ailleurs si
dépourvue de gens de lettres, et de sçavans originaires
du pays, sous le régne de ce conquérant et sous celui
de son successeur, que lorsqu'on en trouve quelques-uns
de ce temps , dont on n'a pas de preuves certaines qu'il
soit Anglois, c'est un préjugé presque infaillible qu'il
étoit étranger.
Nous voulons bien abandonner aux Siciliens Maurice évêque
de Catane en Sicile , auteur de l'histoire de la translation
des reliques de sainte Agathe, quoique nous ayons d'as-
sez bonnes raisons pour le revendiquer. Sa manière d'écrire,
partie en prose , partie en vers , beaucoup plus familière
aux François qu'aux Italiens , dans le temps où il a vé-
cu , fait d'abord un préjugé en notre faveur. On sait de
plus que les princes Normans, qui avoient depuis peu
fait la conquête de la Sicile, aimoient beaucoup mieux, ' Bon. ad sfeb. p.
. , n , ,r* . • . 612, n. il»,
surtout dans ces commencemens , voir les eveches qui
vj AVERTISSEMENT.
étoient dans leurs nouveaux états, remplis par des François
que par des Italiens. Enfin le peu de connoissance que
Maurice paroît avoir de la géographie du pays, montre
assez qu'il étoit étranger.
On ne trouvera point dans ce volume une Table chro-
nologique, telle qu'on en a donné à la fin de ceux qui
ont précédé. On nous a réprésenté qu'il seroit mieux de
réunir en un6 seule table tous les événemens du douziè-
me siècle , que de les partager en autant de volumes que
ce siècle, plus fécond qu'aucun des précédens, pourroit
en fournir. L'avis nous a paru sage , et nous avons cru
devoir y déférer. Le Lecteur ne nous désapprouvera sans
doute point ; et il aura plus de satisfaction de voir à la
fin du dernier volume du douzième siècle, une Table chro-
nologique, qui lui remettra tout ce siècle sous un point
de vue.
TABLE
TABLE
DE CE QUI EST CONTENU DANS CE VOLUME.
Pages.
Avertissement. j
Table des Citations. ix
S. Robert, fondateur de Moleme. 4
Ildebold, compagnon de S. Robert. 44
Guillaume de Chester en Angleterre. 42
Etienne , abbé de Notre-Dame d' Yorck. 4 4
Gislebert, évêi]ue d'Evreux. -18
Milon , cardinal évêque de Palestrine. 49
Bernard II, vicomte de Bearn et de Bigorre. 20
Garnier ou Warnier l'homiliaire. 25
Warnier , religieux du monastère du Christ , ou de S. Sauveur de
Cantorberi. 26
Divers Auteurs anonymes. 28
Thomas II, archevêque d'Yorck. 32
Lambert, évêque d'Arras. 58
Hugues, archevêque d'Edesse, et autres écrivains. 60
Raoul de Caen, historien de la Croisade. 67
Hugues, abbé de Flavigni. 73
Raoul Tortaire, moine de Fleuri. 83
Galon , évêque de Paris. 94
S. Yves, évêque de Chartres. 402
Josceran, archevêque de Lyon. -147
Robert d'Arbrissel , fondateur de l'ordre de Fontevraud. 453
André, grand prieur de Fontevraud. -168
Anselme de Laon. -170
Gislebert Crispin, moine du Bec, puis abbé de Westminster. -192
Martin, moine de Montierneuf , et autres écrivains. 202
Baudouin I , roi de Jérusalem. 204
Bernard, abbé de Tyron. 340
Pascal U, pape. 246
viij TABLE
Lambert, abbé dePoutieres , et autres écrivains. 254
Drogon, moine de S. André de Bruges. 253
Otbert ou Obert, évêque de Liège. 258
Jean , diacre et moine de S. Ouen. 262
Herbert de Norwich, surnommé Lozinga. 265
Autres écrivains. 267
Jean, moine de Beze. 270
Albert d'Aix. 277
Gui, chancelier et trésorier de l'église deNoyon. 279
Léger , archevêque de Bourges. 280
Le Bienheureux Theodger , ou Dietger , évêque de Mets. 282
Hugues de sainte Marie, moine de Fleuri. 385
Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons sur Marne. 307
Richard, cardinal, archevêque de Narbonne. 316
Frédéric, évêque de Liège. 34 9
Robert, abbé de S. Rémi de Reims. 523
Vital, abbé de Savigni, et autres écrivains. 332
Raoul, évêque de Cantorberi. 356
Serlon, évêque de Sées. 344
Marbode, évêque de Rennes. 392
Ebremar, ou Evermer, patriarche de Jérusalem, et autres
écrivains. 394
Divers auteurs anonymes. 404
S. Etienne de Muret. 440
Arnoul ou Ernulphe, évêque de Rochester , et autres écri-
vains. 425
Guibert , abbé de Nogent. 433
Clarius, moine de S. Pierre le Vif. 504
Calliste II , pape. 505
Notes et observations diverses sur le tome dixième. 555
TABLE
TABLE
DES CITATIONS CONTENUES DANS CE VOLUME,
AVEC LES ÉDITIONS DONT ON S'EST SERVI.
Abbalis Urspergensis, chronicon. Basilese, 4 557, et Argen- au. Orsp.
torati, 4 540. fol.
Pétri Abelardi, pbilosopbi et theologi, abbatis Ruyensis, etc. Abaei. ep.
Epistolœ, inter ejusdem opéra. Parisiis, 4 616. 4°. 2 vol.
Nolae in eumdem , ibidem. Not.
Acta pontifieumCenomanensium, édita in tomo III. Analcctorum Act. pont. ccn.
Mabillonii , editionis in-H°. et tomo unieo editionis in— fol.
Alberici , Trium-fontium in diœcesi Lcodiensi nionaebi , cbroni- Alb. chron.
cou, etc. Hanoverse , 4 698. 4°.
Albcrti, seu Alberici, ecelcsia; Aquensiscanonici, bisloria Ilyero- Albert. Aq.
solimitanae expeditionis sub Gaudofiido Bullonseo, etc. inler
gesta Dei per Franeos, tom. I.
Natalis Alexandri, ord. FF. Prsed. Histoiïœ Ecelcsiaslicae, tom. Aies.bist.ccci.t.6
VI. fol.
Micbaé'lis Alfordi, è S. J. Annales Anglicanae, etc. Leodii, 4 665. AUord. an. îm.
fol. 5 vol. sic citatur : ad annum 4 4 44, ei sic de caetcris.
Antonii-Dadini Alleserrse, rerum Aqnilanicaruni, libri decem. Aites. rer. Aquit.
Tolosse, 4657. 4°.
Anibroise de Morales, chronica gênerai de Espana. 5 vol. fol. Amb. Mor. chron.
Doinni Edinnndi Martcnnc, et Domni Ursini Durand, vcterum "J^j con.
scriptorum et monunientoruni aniplissiniacollcctio. Paris, etc.
9 vol. fol.
Capitnli ecclcsiœ Andc^avcnsis, apologia pro S. Rcnato. Ande- Andeg.ecci. apoi.
gavi, 4 650. 8°.
Seeunda vila B. Roberti de Arbrisellis, fnndatoris ordinis Fonte- Andr. vit. nob.
braldcnsis ; auctore Andréa , niagno priore Fonlebraldensi : Àrbr'
apud Bolland ad diem 25 februarii.
Anglia sacra, sive collectio bistoriarum, partim antiquitùs, Angi.sac
Tome X. b
x TABLE
partirn recenter scriptarum, etc. Londini, 1691. 2 vol. fol.
Ann. cist. Angeli Manrique, annales Cislercienses, etc. Lu^duni, 4642.
etc. 4 vol. fol. sic citantur : ad annum 1100. et sic de
caeteris.
Ann. de îïgUs. de Jacques le Vasseur , annales de l'église de Noïon. Paris.
Noïon. i/.~- »n
1655. 4°.
Anon. Meii. scrip. Anonymus Mellicensis, de scriptoribus ecclesiasticis : in bi-
bliotheca ecclesiastica â loh, Alb. Fabricio concinnata. fol.
Ans. op. S. Anselmi, Cantuariensis archiepiscopi , opéra, ex éditions D.
Gabrielis Gerberon. Paris. 4675. fol.
ep. Ejusdem , epistolaram libri quatuor, ibid.
not. Nota? in easdcm epistolas. ibid.
vit. Ejusdem vita. ibid.
Ansel. Gembl. Anselmi Gemblacensis cbronicon ; ad calcem chronici Sigeberti
editum ab Auberto Miraeo. Antuerpia3 , 4 608. 8°.
Anton, sum. iiist. S. Antoniiii , summse historialis pars secunda. Basileae ,
4502. fol.
Ant. Beiiotte. cat. Antouii Bellote, catalogus decanorum ecclesise Laudunensis, qui
babetur in ejusdem opère, cui titulus : ritus ecclesise
Laudunensis redivivi , etc. Pans. 1002. fol.
App. sac. Antonii Possevinî, è S. J. apparatus sacer. Venetiis, 4606.
5 vol. loi.
D'Avanne, bibi. Bibliolheca sanctae metropolitanae ecclesise Turonensis : studio et
opéra Doiuni Victoris d'Avanne. Turonibus, 4 706. in-12".
Anb.h.descar.t.i. Aubery , histoire générale des Cardinaux, tom. I. à Paris.
4642. 4°.
Aug.serm.t.i.app. S. Aii-nstiiii sermones, tomo IV. novae editionis, in appendice.
Aug. duPaz, hist. Augustin du Paz, histoire généalogique de plusieurs maisons il-
lustres de Bretagne. Paris , 4 64 9. fol.
B
Baii.29avr. Adrien Baillet, vie des Saints , au 26 d'avril, et ainsi des autres
jours. Paris, 4701 . 3 vol. fol.
Bai. descrip. Brit. Balaeus, de scriptoribus Britannicis , apud centuriatores Magde-
buigenses, centuria XI" et XII\
Arir:. vXl' Rob' Baldrici , episeopi Dolensis, vita B. Roberti de Arbrissellis,
apud Rolland, ad diem 23 februarii.
Baïuz. mise Stepliani Raluzii, niiscellaneorurn libri VII. Parisiis, 4 678 1 71 3.
7 vol. 8°.
DES CITATIONS. xj
Praefatio in fronte tomi quinti. pr-
Ejusdem praefatio, in Antonii Augustini , archicpiscopi Tarraco- de emend.
nensis, dialogorum libros duos de emendatione Gratiani. Pa- gr' pr'
ris, 4 672. 8°.
Eminentissimi Cardinalis Baronii Sorani, annales ecclesiaslici, ad B1ar2ad an- loa2,
nnnum 4 092. n. 2. et sic decaeteris. Antuerpiae , 46-12. fol.
Ejusdem, notœ in martyrologium Romanum. „...not. inmart.
Gasparis Barthii, adversaria. Francofurti , 4 624. fol. Bart. adv.
Pierre Bayle, dictionnaire historique et critique, cinquième Bayie, diction.
édition. Amsterdam, 4754, 5 vol. fol.
Roberti Bellarmini , Cardinalis, de scriptoribus ecclesiasticis, Bell, scrip.
etc. Paris, 4 644. 8°.
S. Bernardi, Clarsevallensis abbatis, opéra omnia, à D. Joli. Ma- Bern. op.
billon édita. Paris, 4 690. 2. vol. fol.
Ejusdem vita, ibidem, tom. II. vit.
Bernier, histoire de Blois, dans l'appendice ou les preuves. A Bern. hist. de bi.
Paris, 4 682. 4°. app-
Jean Bcsly, histoires des comtes de Poitou, et ducs de Guyenne. Besiy.hist. dePoi-
Paris, 4 647. fol. tou-
Bessin, concilia Rotomagensis provinciae. Rotomagi, 4 74 7. fol. Bess. conc. nov.
Le Beuf, recueil de divers écrits, pour servir d'éclaircissement LeBeuf, t. 2.
à l'histoire de France, etc. tom II. A Paris, 4 738. 42°.
Le même, dissertation sur l'hist. civile et ecclésiastique de Paris, ...Dissert.
etc. A Paris, tom. I. 4 759, tom. II. 4 744 , tom. III. 4 745.
3 vol. 42°.
Le même, mémoires concernant l'hist. ecclésiastique et civile ...Hist. d'Aux.
d'Auxerre. Paris, 4 742. vol. 4°.
Bibliothèques diverses. Celles dont nous citons les pages, sont Bibt.
celles dont on a imprimé les catalogues. Lorsque nous ne mar-
quons pas la page, il s'agit des vaisseaux mêmes des biblio-
thèques que nous avons visitées nous-mêmes, ou par le
moïen de nos amis. Voici comme on les cite.
BibliothecaBigotiana. Paris, 4 706. 42°. bu>i. Bigot.
Catalogue des livres de la bibliothèque de M. de Caumartin , évê- ...caum.
que de Blois. Paris, 4 754. 8°.
Bibliothèque Cliartraine, par dom Jean Liron. Paris, 4 759. fol. ...ciiart.
Bihliotheca Cottoniana, seu catalogus librorum manuscriptorum ...Cott.
bibliothecae Cottonianae, etc. Oxonii, 4 696. fol.
Bihliotheca exquisitissima insignium et praestanlissimorum ...Exq. Moëtj.
librorum in omnibus facultatibus et linguis : per Adrianum
h ij
...S. Flo. Sal.
. . .Maj. mon.
...Mini. Cen.
...Pp.
.. .Praem.
.. Reg. Angl.
...Th.
...S. Vin. Cen.
Boll. 12 jun.
. . .App. Maii.
Bouq.serip. Fr.
Boss.hist. desVar.
Bourdigné, chron.
Brun. vit.
Bul.
Bult. hist. d'Or.
I. 2.
Butk. troph. de
Brab.
xij TABLE
Moè'tjens. Hagae-Comitum, 4 722. 8°.
S. Florenti Salmuricnsis, bibliothcca.
Majoris monasterii, prope Turones, bibliotheca.
Minimorum Cenom-anensium.
Bibliothcca maxima veterum palrum , etc. Lugduni, 4 677.
27 vol. fol.
Bibliothcca Prcemonstratensis, cura et studio Joannis le Paige.
Paris, 1 653. fol.
Catalogus librorum manuscriptorum bibliothecae régis Anglise.
Londiiq, 4 634. 4°.
Bibliotheca théologien, Lipenii. Francof. 4685. 2 vol. fol.
Bibliotheca S. Vincentii Ccnomanensis.
Acta Sanctorum , etc. cura et studio Joli. Bollandi et sociorum
ejus, è S. J. Antuerpiae, 4 643, et annis seqq. sic autem citan-
tur : ad diem 42 junii, et sic de caeteris. fol.
Varias appendices ail Maium, et sic de caeteris.
Domni Martini Bouquet, rerum Francicarum scriptores, etc.
Paris, 4 758-4 733. fol.
Bossuet, histoire des Variations. Paris, 4 688. 2 vol. 4°.
Jean de Bourdigné, histoire aggrépative des annales et chroni-
ques d'Anjou. Angers, 4529. fol.
S. Brunonis vita, apud Surium, ad diem sextam octobris. Colo-
nise, 4576. fol.
Csesaris Egassii Bulaei , historia Universitatis Parisiensis, etc.
tom. II. Paris, 4 665. fol.
Louis Bulteau, de la congrégation de S. Maur, Essai de l'hist.
monastique d'Orient. Paris, 4 680. 8°.
Christophle Butkens, Trophées de Brabant. Bruxelles, 4 657. fol.
eau. ep. n. Callisti II. papas, epistolae : tom. X. coneiliorum Labbei, sic ci-
tantur : epist. 4 7, et sic de caeteris.
caim. hist. Lorr. D. Augustin Calmet, histoire ecclésiastique et civile de Lorraine.
Nanci, 4 728. 4. vol. fol.
Cam. chron. pr. Canicraccnse et Alrebatense ebronicon, seu historia utriusque ec-
cles'se, à Baldrico conscripta. Prsefatio. Duaci, 4 645. 8°.
Cat. mss. ADgi. Catalogi librorum manuscriptorum Anglise et Hiberniae, in unum
collecti, parte rV. et siede cseteris. Oxonii, 4697. 2 vol. fol.
DES CITATIONS. xiij
Catalogus manuscriptorum bibliothecae régis Franciae, tom. III. cat. mss. reg. Fr.
fol.
Catalogus scriptorum S. Anselmi, apud Eadmerum, ad calcem cat. script. s. Ans.
novae editionis operum S. Anselmi.
Guillelmi Cave, scriptorum ecclesiasticorum historia, etc. Ge- cave.
nevae, 4705. fol.
Hist. générale des Auteurs sacrés et ecclésiast:ques» etc. par ceii. Mst. gen t.
dom Rémi Cellier, tom. XVIII. A Paris. 47S2. 4°. 18'
Roberti Cenalis , episcopi Abrincensis, historia Francica. fol. cenai. ust. Fr.
Centuriatores Magdeburgenses , centuria XI et XII. Basileae, cent. Magdeb
4 567, fol.
Joannes Chapeavillus, de gestis pontificum Leodiensium. Leodii, chapeav.
4613. 5. vol. 4°.
Diverses chroniques. cnron.
Chronicon Andegavense, apud Labbe, tom; II. Bibliothecae ma- cnron. Andeg.
nuscriptorum. fol.
Chronicon Beccense, in capite appendicis, ad opéra B. Lanfranci -Bec.
Cantuariensis archiepiscopi. Paris, 4648. fol.
Bezuensis monasterii chronicon, auctore Johanne Monacho, in • -Bez.
tom. I. Spicilegii Dacheriani. 4°.
Chronicon sacri monasterii Cassinensis, auctore Leone, cardinale • -Cas.
episcopo Ostiensi, quarta editio. Paris, -1668. fol.
Chronicon Cluniacense, editum in bibliotheca Cluniacensi. Pa- .-.ciun.
ris. 4644. fol.
Chronicon Virdunense, auctore Hugone Flaviniacensi abbate : ...Hug. fuv.
in tom. I. bibliothecae manuscriptorum Labbei. fol.
Malleacense, seu potiùs S. Maxentii in pictonibus chronicon : ...Maiieac.
tom. II. bibliothecae manuscriptorum Labbei. fol.
Chronicon Mauriniacensis monasterii : interhistoriaeFrancorum ...MauriD.
scriptores, editos ab Andréa du Chesne , tom. IV. Paris.
4644. fol.
Chronicon Guillelmi de Nangis, monachiS. Dionysii, inFrancia, ...Wang
tom. XL Spicilegii Dacheryani.
Clarii, monachi, chronicon S. Pétri Senonensis, etc. tom. IL ...s.-Petrt vui.
Spicilegii Dacheriani.
Chronicon Saxonicum, seu annales Saxonicae, cura et studio Nie. • • .saxon.
Gibson. Oxonii, 4690.
Chronicon monasterii Saviniacensis, apud Balusium, tom. IL ...savin.
Miscellaneorum.
Alphonsi Ciaconii , vitae pontificum Romanorum, et S. R. E. car- ciacon. vit Rom
xiv TABLE
dinalium, cum additionibus Andréas Victorelli et Ferdinand
Ughelii : tom. I. desinensinBonifacio IX. Romse, 'l 650. fol.
cist. Bibi. Bibliollieca patrum Cisterciensiuni, etc. Bonofonte, 4 660. fol.
ciar. ehron. Clarii, monachi, chronicon S. Pétri Senonensis, etc. tom. II.
Spicilegii Dacheriani.
ciun. Bibi. Bibliollieca Cluniacensis. in quâ SS. PP. abbatum Cluniacensium
vilse, miracula, scripta, etc. exhibentur. Paris, -1614. fol.
cou. iii.Lem. Lemoviciiii multiplici eniditione illustres, etc. Lomovicis,
4 660.42°. Cet ouvrage est de Jean Collin, théologal de
S. Junien, aumônier du Roi.
conc. tom. io. Concilia ad Regiam edilionem exacta, studio Philippi Labbei , et
Gabrielis Cossartii, S. J. etc. tom. X. Parisiis, 4 674. fol.
Cosn.exord.Font. Michaëlis Cosnier , Fontis-Ebraldi exordium. Flexise, 4 641.4°.
crow. scrip. Guillelmi Crowaei, Elenchus scriptorum in Sacram Scripturam.
Londini,4 672. 8°.
D
Dissert. apoi. du Dissertation apologétique pour le B. Robert d'Arlirisselles,
fondateur de l'ordre de Fontevrault , sur ce qu'en a dit
Bayle. A Anvers, 4 704. 42°.
Dodcch. chron. Dodechini, appendix ad chronicon Mariani Scoti , inter scri-
ptores rerum Germanicarum Pistorii. tom. I. Francofurti,
4 607. fol.
Domiay, hist. de Claude Dormay, histoire de la ville de Soissons. A Sois-
Soissons. irp"" tn a i
sons, 4 66o. 4°. 2 vol.
Douj. praen. Joannis Doujat, praenolionum canonicarum libri V. Parisiis,
4 687.4°.
Dub. hist. Par. Gerardi Dubois, historia ecelesiae Parisiensis , pars prima.
Parisiis, 4690. fol.
Du cange, gioss. Du Cange, glossarium ad scriptores média? et infimae latini-
tatis, etc. nova? editionis annorum,4 733-4736. 6 vol. fol.
du ches. hist. Historiœ Normannicse scriptores, ex mss. codicibus ad Andréa
Du Chesne eruti. Paris, 4649. fol.
...Hist.Fr. Ejusdem , historise Franeorum scriptores cosetanei , etc. lom.
I. et H. Parisiis, 4636. tom. III ibid. 4644. tom. IV. ibid.
4641. 4 vol. fol.
.. Hist de Guines, Le même, histoire généalogique des maisons de Guines, d'Ar-
dres, de Gand et de Couci. Paris, 4634. fol.
DES CITATIONS. xv
Le même, histoire d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande : re- ...Hist. d'Angi.
vue, corrigée et continuée jusqu'à présent par le sieur du
Verdier. Paris, 1662. fol.
M Dupin, nouvelle bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques, Dupin, i2siec.
douzième siècle, etc. Paris, 8°.
E
Eadmeri, Cantuariensi monachi, historia Novorum , etc. ad Eadm. Wst.no v.
calcem operum S. Anselmi. Paris, 1675. fol.
Georgii Eccardi, corpus historicum medii sévi, sive scripto- |^ard. script.
res de rébus Germanicis à Carolo magno , ad finem sœ-
culiXV, etc. Lipsiae, 1725. 2 vol. fol.
Caesaris Egassii Bulœi, historia Universitatis Parisiensis, etc. Egas. Bui.
Paris, 1665. fol.
Johannis Alberti Fabricii, bibliotheca ecclesiastica, etc. Ham- Fabr- bibl- eccl-
burgi, 1/18. fol.
Eiusdem, bibliotheca mediae et infimae lalinitatis. Hamburgi, .■•■Bjt>>. med el
1754. 8°.
Falconis, chronicon Beneventanum : inter historicos Italicos Fabo, chron. Be-
116V
Ludovici Muratorii. fol.
Chrisostomi Henriquez, fasciculus sanctorum ordinis Cister- Fasc. ss.ord.cist.
ciensis. Colonise, 1651. 4°.
Jean de Ferreras, histoire générale d'Espagne, traduite par Ferr. hist. d'Esp.
M. d'Hermilly tom. III. et IV. A Paris, 1744. 4°.
M. l'abbé Fleuri, hi toire ecclésiastique, etc. 1. 65. et ainsi Fleuri, hist. eccl.
des autres. A Paris, 4°.
Floriaeensis vêtus bibliotheca, in duas partes seu tomosdistri- Fior bibi.
buta. Lugduni, 1605. 8°.
Marquadi Freheri, corpus Francicae historiée veteris et sin- Freh. hist. Fr.
corae. Hanoverae, 1615. fol.
Pétri Frizonis Gallia purpurata, quâ cùm summorum pontifi- Friz. Gaii. purp.
cum, tùm omnium Galliae cardinalium res praeclarè gestae
continentur, etc. Paris, 1638 fol.
Fulcherii Carnotensis, gesta Dei per Francos : seu historia Hye- Fuie. gest. Fr.
rosolimilana, inter historicos Francicos, ab Andréa et Fran-
cisco Duchesne editos, tom. IV.
XVj
TABLE
Gaii. christ, vet. Gallia cliristiana vêtus, seu séries et historia archiepiscoporum,
episcoporum et abbatum Francise, etc. à fratribus Sammar-
thanis édita. Paris, 1656. 4 vol. fol.
...no. Gallia cliristiana nova, à Domno Dionisio Sammarthano et
sociis concinnata, etc. Paris, 4715-4751. -10 vol. fol.
. . .App. seu instr. Appendices, seu instrumenta ad singulos ejusdem tomos.
c.auf. Antisiod. Gaufridus Antisiodorensis, contra erroresGilberli Porretani : ad
calcemoperumS. Bernardi, editionisanni -1690, tom. II. fol.
...vu. s. Bem. Ejusdem, vita S. Bernardi, ibid.
Gauf. vos. chron. Gaufridi, prioris Vosiensis, chronica : tom. II. bibliothecae ma-
nuscriptorum Philippi Labbei.
Gen. mœurs des Fr. Louis le Gendre, mœurs et coutumes des François. Paris, 4 74 2.
Genebr. i. 4. Gilberti Genebrardi , cborograpbiae libri IV. Paris, -1585. fol.
Gesn. bibi. Conradi Gesneri , bibliotheca universalis. Tigurii , -1583. fol.
Gest. Dei per Fr. Gesta Dei per Francos, sive Orientalium expeditionum , et regni
Francorum Hyerosolimitani historia , etc. Hanoverse,
4614. fol.
Girardi, hist. poet. Lilii— G regorii Gyrardi , de historia Poëtarum, tam Groecorum,
quam Latinorum, dialogi deccm. Lugduni-Batav. ^ 696. fol.
Goff. vind. Goffridi , abbatis Vindocinensis, epistolarum libri V. inter ejus
opéra à Jac. Sirmondo, è S. J. édita. Paris, 4 64 0. 8°.
Goid. apoi. MelchiorisGoIdasti, S. R. Imperii principum apologia. Hanoverae,
4 644.
Greg. Tur demir. S. Gregorii , Turonensis episcopi , de miraculis S Martini libri
IV. inter ejus opéra novae editionis. Paris, 4 699. fol.
Greg. th, î.i, «p. Gregorii Vil. papae, registrum epistolarum, in fronte tomi X.
conciliorum Labbei et Cossartii.
Guib. op. Venerabilis Guiberti , abbatis B. Mariae de Noviginto , opéra om-
nia : studio et labore Domni Lucae Dacheri. Paris , 4 654 . fol.
• ••Not. Notas in eumdem, ibid.
...Proi. in Gen. Ejusdem, prologus in Genesim , ibid.
...De virginit Ejusdem, tractatus de virginiiate, ibid.
...Praef. Prœfatio in eumdem tractatum, ibid.
...De vit. sua. Ejusdem, de vita sua libri III. ibid.
GuiU. Gem. Willelmi , monachi Gemetiensis, historias Normannorum libri
VIII. inter historiae Normannicae scriptores antiquos. Paris,
4 649. fol.
Willelmus ,
DES CITATIONS. xvij
Willelmus, Malmesburiensis monachus, de gestis regum Gum.^Maim. de
Angliae, etc. inter rerum Anglicanarum scriptores postBedam
praecipuos. Francofurti, 4604. fol.
Idem, de gestis pontificum Anglorum, ibid. ...De Pont. Angi.
Guillelmi Neubrigerçsis , rerum Anglicanarum libri V. inter guuj. Neub. rer.
rerum Britannicarum scriptores editos, Heidelbergae ,
4587. fol.
H
Nicolai Harsfeldii, archidiaeoni Cantuariensis , historia Harsf. nist. Angt.
Anglicana ecclesiastica . Duaci, 4622. fol.
Helmodi, historia Slavorum : apul Bolland. ad diem 47 maii. Heim. bist. siav.
Henricus Gandavensis, de scriptoribus ecclesiasticis , in biblic— Henr. Gand.
theca ecclesiastica à Joh. Alb. Fabricio concinnata. Hamburgi.
4747. fol.
Chrisostomi Henriquez, menologium Cisterciense , notationibus Henr. menoi. cist.
illustratum. Antuerpiae, 4 630. fol.
Ejusdem appendix ad menologium Cisterciense,: adcalcem ejus- ^APP-ad meno1-
dem menologii.
Ejusdem, fasciculus sanctorum ordinis Cisterciensis. Colonise. ...Fasc.ss. ord.
4654. 4°.
Hermanni, monachi, de miraculis B. Marias Laudunensis libri Herman. de mir.
III, inter Guiberti opéra.
Venerabilis Hildeberti, Cenomanensis primùm episcopi, dein Hild. op.
Turonensis archiepiscopi, opéra omnia : labore et studio Dom-
ni Antonii Beaugendre, etc. Paris, 4708. fol.
Ejusdem, carmina, inter eadem opéra. ...carm.
Ejusdem, epistolae. ibid. • •■*$•
Hirsaugiense chronicon : auctore Joanne Trithemio , Spanhei- Hir.cbron.
mensi, et postea S. Jacobi apud Herbipolim abbate. Tom. I.
typis monasterii S. Galli , 4 690. fol.
Diverses histoires. Hist>
Histoire ecclésiastique d'Abbeville, par le R. P. Ignace-Joseph Hist. d'Abbev.
de Jesus-Maria, Carme déchausse'. Paris, 4646. 4°.
Historia Anglicana ecclesiastica, auctore Nicolao Harpsfeldio. ...Angi. ecci.
Duaci, 4 622. fol.
Hi6toria Universitatis Andegavensis , auctore Claudio Menard , ...And. mss.
manuscripta, tom. I,
Dissertation sur l'antiquité de l'Université d'Angers, etc. par ...Univ. d'Angers.
Tome X. c
2*
XV11J
TABLE
Hist. de Bret.
...De S. Denis.
...D'Esp. deFerr.
...De Guines, pr.
...Hierosol. expe-
dit.
. . .De Verd. pr.
....De Lang.
...De Lorr.
Hist. de divin, off.
Hom. suppl.
Hugo, an. Pram.
Hug. FI. chr.
M. Pocquet de la Livonicre. Angers, -1756. 4°.
Histoire de Bretagne, par D. Lobineau. Paris, 4 707. fol.
Histoire de l'abbaye de S. Denis, par D. Michel Felibien. Pa-
ris, 4 706. fol.
Histoire générale d'Espagne, traduite de l'Espagnol de D. Jean
de Ferreras, par M. d'Hermilly. Tom. III. à Paris, 4 744. 4°.
Histoire généalogique des maisons de Guines, d'Ardres, de
Gand, et de Couci. A Paris, 4 654. fol. dans les preuves.
Historia Hierosolimitanse expeditionis sub Godefrido Bullonio,
auctore Alberto , seu Alberico Aquensi canonico, inter gesta
Dtii per Francos, tom. I.
Histoire ecclésiastique et civile de Verdun, par un chanoine de
la même ville, dans la préface. A Paris, 4 745. 4°.
Histoire générale de Languedoc, par D. de Vie et D. Vaissette,
tom. IL Paris, 4 754. fol.
Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, par D. Augustin
Calmet. Nanc.i, 4 728. fol.
Melcbioris Hitlorpii, de divinis catholiese ecclesise officiis ac
ministeriis , varii vetnstissimornm aliquot ecclesise palrum
ac scriptorum libri. Colonise, 4 508. fol.
Jacobi Hommev , Augustiniani, supplementum patrum, etc.
Paris, 4 684'. 8°.
Caroli Ludovici Hugo, abbatis Stivagii, annalium sacri et cano-
nici ordinis Prsemonstratensis , pars prima, in duos tomos
divisa. Nancii, 4734 et 4756. 2 vol. fol.
Hugonis, primùm monachi Virdunensis, postea abbatis Flavinia-
nensis , ebronieon Virdunense , tom. I. bibliothecae ma-
nuscriptorum à Philippo Labbe editse.
I
Jac. de Vitr. hist
Occid.
Jacobi de Vitriaco, historiée Orientalis et Occidentalis libri in.
inter gesla Dei perFrancos, tom. II.
Abr. de off. Johannis , Abrincensis episcopi, dein Rotomagensis archi-
episeopi , liber de officiis ecelesiasticis, etc. nunc ex codiez
mss. bibliothecae Bigotianae auctus et emendatus. Rotomagi,
4 679. 8°.
Johannis Saresberiensis. episcopi Camotensis, polyeraticus , seu
de nugis curiahum et vestigiis philosophorum , libri VIII,
tom. XXIII. bibliothecae patrum.
Joh.
eccl.
Joh. Saresb. poli.
Ivo, ep.
217,
...Not.
...Vit.
...Decr.
pr.
...Serm
...Chr.
DES CITATIONS. xix
Ejusdem, Metalogicus , è codice mss. Cantabrig. nunc primùm Métal.
editus. Paris, 4 64 0. 8°.
Journal historique, connu sous Je nom de journal de Verdun, im- Journ. hist.
primé à Paris, chez Ganeau» mois de septembre 4750. et ain-
si des autres. -120.
Journal des Sçavans de l'année -17-15. et ainsi des autres. A ...des sçav.
Paris, 4°. *
Johannis Iperii, chronicon Bertinianum, tom. III. anecdotorum iper. t. 3, anecd.
D. Edmundi Martenne. Paris, -1717 fol.
Ferdinandi Ughelli, Florentini, Italia sacra, sive de episcopis itai. sac.
Italiae, etc. Romae. -1659. 9 vol. fol.
Jugemens des Sçavans, par M. Baillet. Paris, -1685. 5 t. en 9 Jugem. des sçav.
vol. -120.
Ivonis, Carnotensis episcopi , epistolae , inter ejusdem opéra. Pa-
ris , \ 647. fol. sic citantur , ep. 21 7 , et sic de cseteris.
Notae Francisci Jureti ad easdem , ibid.
Vita ab eodem Jureto concinnata, ibid.
Ejusdem decretum. Prsefatio , ibid.
Ejusdem, sermones, ibid.
Ejusdem, chronicon, ibid.
Francisci Jureti, notae in epistolas Ivonis Carnotensis, inter Jum. not. in ep.
opéra ejusdem. von"
Philippi Labbei, è S. J. bibliotheca nova manuscriptorum libro- Labbe> bib- no.
rum, etc. Paris, -1654. 2 vol. fol.
Ejusdem, concilia ad regiam editionem exacta, etc. tom X. ...conc, tom. 10.
Paris, fol.
Pétri Lambecii, Hamburgensis , bibliotheca Caesarea Vindobo- Lamb. bib.
nensis. Vindobonae , (à Vienne) -1665. 8 vol. fol.
B. Kanfranci , Cantuariensis archiepiscopi, opéra : cura et lanfr. op.
studio Domni Lucas Dachery. Paris, -1648. fol.
Notas in ejus vitam et epistolas, ibid. ...Not.
Godefridi-Guillemi Leibnitzii, scriptores rerum Brunsvicen- Leibnit. sot Brun.
sium, etc, tom. II. Hanoverae, -1707. fol.
Lenglet du Fresnoi, méthode pour étudier l'histoire, t. III et IV. Lengi.meth.dbist.
Paris, 1729. 4°.
M.Martini Lipenii, bibliotheca theologica. Francofurti, 4685. upen.bibi. iheoi.
2 vol. fol.
c y
xx TABLE
Lobin.hist.de Par. D. Felibien et D. Lobineau, hist. de Paris. A Paris, 5 vol. fol.
Le Long, Mbi. Fr. Jacques le Long, de la congrégation de l'Oratoire, bibliothèque
historique de France, etc. Paris, 4 719. fol.
...Bibi. sac. Ejusdem, bibliotheca sacra. Paris, 4723. 2 vol. fol.
Lud. Jacob à s. Bibliotheca ponlificia, auctore Ludovico Jacob à S. Carolo , Car-
Carol°' melita. Lugduni,4643. 4°.
M
Mab. act. p. Johannis Mabillon, acta Sanctorum ord. S. Benedicti , etc.
Paris, 4 668-1674. fol.
...Ann. Ejusdem, annales ordinis S. Benedicti, etc. Paris. 6 vol. fol.
...App. Appendix, tom. V. eorumdem annalium.
...Anal. Ejusdem, analectorum, tom. IV. Paris, 4675-1683. vol. 8°.
...mus. Bal. Ejusdem, Muséum Italicum, etc. Paris, 4724. 2 vol. 4°.
...op. s. Bern. t. Ejusdem, editio operum S. Bernardi, in appendice tom. I.
1,app Paris, 4690. fol.
...Not.inep. s.b. Ejusdem , notae in epistolas S. Bernardi, ibid. t. I.
s"BemfUS' inep' Ejusdem , notae fusiores in easdem epistolas , ibid. tom. II.
...Dipi. Idem, de re diplomatîca, etc. Paris, 4 681. fol.
...op. posth. Le même, ses opuscules ou œuvres posthumes. Paris, 4724. 3
vol. 4°.
Magn. Wbi. ecc'. Magna bibliotheca ecclesiastica , etc. Colonise, 4 634. fol.
Maimb.h. des cr. Maimbourg, hist. des Croisades. Paris, 4 675 et 4 676. 2 vol. 4°.
Mainf. clip. Fon- Joannis delà Mainferme , clypeus Fontebraldensis. Salmurii,
tebr- tom. I. 4 684. tom. II. 4 688. et tom. III. 4 692. 8°.
Maim. de reg. Willelmi, Malmesburiensis monachi , de gestis regum Anglo-
Angl- rum, etc. inter rerum Anglic. scriptores postBedam prseci-
puos. Francofurti, 4604. fol.
...Depont. Angi. Idem, de gestis pontificum Anglorum, ibid.
Manr. ann.cist. Angeli Manrique, annales Cistercienses. Lugduni, 4642. etc.
fol. sic citantur.ad ann. 4098. et sic decaeteris.
. . .inirod ann cist. Introductio ad prœdietos annales, praefixa tomol.
Marb. op. Marbodi, Rhedonensis episcopi, opéra, ad calcem venerabilis
Hildeberti operum, edilore D. Antonio Beaugendre. Paris ,
4708. fol.
Pro'egomena , seu praefatio in ejus opéra , ibid.
...Pr.
•ep- Ejusdem, epistolas, ibid.
Ejusdem, carmina, ibid.
...Car.
•Not- Notas in eumdem , ibid.
DES CITATIONS.
xxj
Pétri de Marca, concordia sacerdotii et imperii, I. 3. et sic de
caeteris. Paris, 4 669. fol.
Ejusdem, dissertatio ad concilium Claromontanum anni ^ 095.
Ejusdem, Marca Hispanica, sive limes Hispanicus, etc. à Sleph.
Baluzio aucta et édita. Paris, 4 688. fol.
Le même, histoire de Bearn, etc. Paris, 4 640. fol.
Mariana, de rébus Hispanicis libri XXX. Moguntiae, 4606. 4°.
Guillelmi Marlot, metropolis Rhemensis historia, etc. tom. II.
Rhemis, -1679. fol.
Martini Marrier, historia S. Martini de Campis Parisiensis.
Parisiis, 4 637. 4°.
Edmundi Martenne, thésaurus novus anecdotorum, etc. tom.
III, et sic decseteris Paris, 4 74 7. fol.
Ejusdem veterum scriptorum et monumentorum, etc. amplissi-
ma collectio, tom. II, et sic de caeteris. Paris, 4729. fol.
Son second voyage littéraire, imprimé à Paris en 4 724. 4°.
Son histoire manuscrite de l'abbaye de Marmoutier, qu'on con-
serve dans ce monastère.
Mathaei Paris, monachi Albanensis, Angli, vitae vigenti-trium S.
Albani abbatum, in fronte caeterorum ejusdem operum, editio-
nis Parisiensis, anni 4^64. fol.
Hugonis Mathoud, dissertatio de vera Senorum origine christiana.
Paris, 4 687. 4°.
Ejusdem, catalogus archiepiscoporum Senonensium, ad calcem
praecedentis dissertationis.
Anonymus Mellicensis, saeculo XII. clarus.de scriptoribus eccle-
siasticis, in bibliotheca ecclesiastica à Joh. Alb. Fabriciocon-
cinnata. Hamburgi, 4748. fol.
Mémoires de l'académie des Inscriptions, tom. XVII. 4°.
D. Hugonis Menard, martyrologium Benedictinum, duobusob-
servationumlibris illustratum. Paris, 4628. 8°.
Menologium Cisterciense, notationibus illustratum à Chrysostomo
Henriquez. Antuerpiae, 4650. fol.
Auberti Miraei, auctuarium de scriptoribus ecclesiasticis, in bi-
bliotheca ecclesiastica à Joh. Alb. Fabricio concinnata, etc.
fol.
Ejusdem, Mantissa, ad calcem auctuarii, ibid.
Ejusdem, reru m Belgicarumchronicon, siccitaturadann. 4094 ,
et sic decaeteris. Antuerpiae, 4 639. fol.
Monasticon Anglicanum. Savoy, 4 673. 3 vol. fol.
Marca, con. 1. 3.
Diss.adconc.CIar.
.. .Hisp.
...Hist. de Bearn.
Mariana, de reb.
Hisp.
Marlot, t. 2.
Marr. hist. de S.
Mart. des Ch.
Mart. anecd.
. ..ampl. coll.
...2 voyag. Iitt.
.. .Hist. de Mann.
Math. Paris , de
Abb. S. Alb.
Mathoud de Sen.
orig. christ.
...Cat. arch. Sen.
Mo 11. scrip.
M.del'ac. deslnsc.
Men mart. Ben. 1.
2. obs.
Menol. Cist.
Mir. auct.
...Mant.
...Chron.
Monait. Angl.
xxij TABLE
Monast. GaU.ms». Monasticon Gallicanum, seu historia centum octoginta monaste-
riorum ord. S. Bened. è congreg. S. Mauri, adhuc manuscri-
ptum, à Domno Micbaèle Germain adomatum, 2 vol. fol.
Monb. 1. 1. Monbncii, sanctorale, seu de vitisSanctorum, 2 vol.
Montf.bibi.bibi. D. Bernardi de Montfaucon, bibliotheca bibliothecarum, etc.
Paris J 639. 2 vol. fol.
Morin. de pœnit. Johannes Morinus, de pœnitentia. Paris, 4 651 . fol.
Mss. Divers manuscrits.
Mss. s. Ebrui.cat. Manuscriptorum monasterii S. Ebrulfi in Normannia, catalogus.
Mss. Fior. Manuscripta monasterii Floriacensis, seu S. Benedicti super Li-
gerim.
Mss. du m. s. m. Manuscripta monasterii S. Michaelis de Monte, in Normannia.
Mur.script.it. Ludovici-Antonii Muratorii, rerum Italicarum scriptores, etc.
tom. III. et sic de caeteris. Mediolani. 4720, et seqq. an-
nis. fol.
N
Neust. pia. Neustria pia, etc. cura et studio R. P. Arturi du Moutier, etc.
Rotomagi, 4 663. fol.
0
LOiseï, bjst. de Ant. L'Oisel, hist. de Beauvais, ou mémoires des pays, ville,
évêché, comté, etc. de Beauvais et Beauvaisis. Paris,
4 74 7. A0.
onjphrchron.de Onuphrii Panvinii, chronicon de recibus Italiae.
ord.vit.'hist.ecci. Orderici Vitalis monachi Uticensis, seu S. Ebrulphi in Norman-
nia, historiae ecclesiasticae libri XIII. inter historiae Norman-
nicae scriptores, ex mss. codicibus ab Andréa Duchesne eru-
tos. Paris, 4 64 9. fol.
ou. Fris, chron. Ottonis , Frismgensis episcopi , chronicon : inter historicos
Germanisa, Urstisii. Francof. 4585. fol.
„.De gest. Frid. Ejusdem, de gestis Fridenci imperatoris, libri decem. ibid.
oud. scrip. t. 2. Casimiri Oudin, commentarius de scriptoribus ecclesiasticis,
etc. tom. H. Lpsiae, 4 722. fol.
...suppi. Ejusdem, supplementum de scriptoribus. vel scriptis ecclesia-
sticis, à Bellarmino omissis. Paris, 4686. 8°.
DES CITATIONS. xxiij
Antonii Pagi , ord. Min. etc. critica historiée— chronologica in Pagi, adann.un.
universos annales ecclesiasticos Caesaris card. Baronii, ad
ann. 4H7. et sic de caeteris. Antuerpse, 4705. fol.
Pandulfi Pisani, vita Pascalis II, papae : apud Muratori, rerum Pand.Pis.vit.Pasc.
Italiearum scriptores , toin. III.
Ejusdem , historia Mediolanensis , ibid. tom. V. ...Hist. Medioi.
L'abbé Papillon, bibliotbeque des auteurs de Bourgogne, tom. I. Pap.bib.de Bourg.
à Dijon, -1742. fol.
Pascalis II, papae , epistolae , tom. X. conciliorum Labbei. Pasc. ep.
Etienne Pasquier, les recherches de la France. Paris , 4 645. fol. Pasq.rech.deiaFr.
Etienne Perard , recueil de pièces curieuses pour l'histoire de Perard, coiiect. ad
■o tac t t i hist.Burg.
Bourgogne , 4 664. fol.
Pétri Cantoris, verbum abbrevialum, è tenebris erutum et notis Pet. cant. verb.
âbbrGV
illnstrafum per Georgium Galopinum. Montibus, 4 659. 4B.
Pétri Cellensis, epistolarum libri IX. inter ejus opéra, édita Pa- Pet. ceii. ep.
risiis, 4 671. 4".
Pétri Diaconi, liber quartus chronici Cassinensis, edituscum tri- Pet Diac. chron.
bus prioribus libris ejusdem chronici, à Leone Marsicano com-
positis, editio quarta. Paris, 4 668. fol.
Pctri Venerabilis, abbatis Cluniacensis, epistolarum libri VI. in Pet.ven.i.3,ep.4.
hibliotheca Cluniacensi editi. Paris, 4 614. fol.
Ejus'ein, miraculorum libri duo. ibid. ...*mirae. 1.2.
Domni Bernardi Pez, monachi Benedictini, thésaurus anecdo- Pez, anecd.
torum novissimus, etc. tom. II. et sic de caeteris. Augustae
Vindelicorum, 4024. fol.
Ejusdem, variée disserlationes in fronte unius cujusque volumi- ...Diss. isag.
nis.
Philippi Hervangii, abbatis Bonœ-Spei, ord. Praemonst. opéra Phu. ab. Bon»-
omnia. Duaci, 4 624. fol. spei' op-
Ejusdem, epislolae, inter ejus opéra. ...Ep.
Pétri Pilhou, historiée Francorum scriptores veteres XI. Fran- Piih. scrip. Fr.
cof. 1596. fol. siccitanturad pag. 54. gallicè, Pithou, recueil
de onze historiens, p. 85.
Johanncs Pitseus, de illustribus Angli» scriptoribus. Paris, Kts.deU.Ang.scr.
4649. 4°.
Appendixad eumdem. ibid. ...App.
xxiv TABLE
Du piessis, hist. de D. Toussaint du Plessis, histoire de l'église de Meaux, etc. Paris,
Meaux. * 73*. 2 vol. 4°.
pomm. hist. des. D. François Pommeraye, histoire de l'abbaye de S. Oùen de
0uen- Rouen. A Rouen, *0G2. fol.
...Hist. desarchev. Le même, histoire des archevêques de Rouen. ARo'ien \ 667. fol.
.f.Histfdeiacath. Le même, histoire de la cathédrale de Rouen. A Rouen, 4686.
de Rouen. r <
poss. app. Antonii Possevini, Mantuani, è S. J. apparatus sacer, etc. Vene-
tiis, *606 et Colonise, 1608.2 vol. fol.
...Bib. sel. Ejusdem, bibliotheca selecta. Colonise, -1607. fol.
Rad. Tancr. Radulphi Cadomensis, gesta Tancredi in expeditione Hierosoli-
mitana : apud Martenne anecdotorum, tom. III.
Reub.scrip.Germ. Justi Reuberi, rerum Germanicarum scriptores Francof. -1584.
fol.
Rie. Haguist. Ricardi, monachi et prions Hagulstadiensis, historia ecclesiae
et episcoporum Hagulstadiensium : inter historise Anglica-
nse smptores X. Londini, *652. fol. 2 vol.
Rob. Aitisiod. chr. Roberti, S. Mariani apud Altisiodorum monachi, chronologia,
Trecis, *608. 4°.
Rob. de Monte, de Roberti de Monte, de abbatiis et abbatibus Normannise : ad cal-
' cem operum venerabilis Guiberti, etc. Paris, 4 65*. fol.
...Ace. ad. sig. Ejusdem, accessiones ad Sigebertum, ibid.
Rog.de hot. ann. Rogeri Hovedini, annales Anglorum : inter rerum Anglicanarum
scriptores Savilii, etc. Londini, *595. et Francofurti, *60* .
fol.
Roui», h. deMei. Sebastien Rouillard, hist. deMelun. AParis,*628, 4°.
Rup. op. t. 2. Ruperti, abbatis Suitiensis, opéra. Tom. I. Coloniae-Agrippinse,
*60*. fol.
...in reg. s. Ben. Ejusdem, commentarius in regulam S. Benedicti.
sand.bib. Beig. Antonii Sanderi, Iprensis canonici, bibliotheca Belgica manu-
scripta, seu Elenchus universalis, Codicum manuscriptorum
scriptorum, in celebrioribus Belgii Cœnobiis, etc. pars prima
et secunda. Insulis, *64* . 4°.
sand. in Yoss. Christophori Sandii, notse et animadversiones in Gerardi Joannis
Vossii
DES CITATIONS. xxv
Vossii libros de historieis latinis. Amstelodami , 4 677. 4 6°.
Joannis Saresberiensis, Carnolensis opiscopi, metalogicus, è co- saresb. met.
dice mss. Candabrig., nunc primùm editus. Paris, 4610. 8°.
Caroli Saussayi, annales ecclesiaslicae Aurelianenses. Paris. sauss.an.ecci.Aur.
4645. 4°.
Ejusdem, martyrologium Gallicanum. Paris. 4 634. fol. ...Mart. Gaii.
D. Martini Bouquet, rerum Francicarum et Gallicarum scripto- script. Fr.
res. Paris, 4 738-4 753. fol.
Seguinus, de viris illustribus ordinisCisterciensis : saepius cita- seg. de vir. m.
tus in annalibus Cistcrciensibus Angeli Manrique.
Sigebertus, de scriptoribus ecclesiasticis, etc. in bibliothsca sig. scrip. ecci.
ecclesiast. à Joli. Alb. Fabricio concinnata. Hamburgi,
4 74 8. fol.
Simeon Dunelmensis monachus, de regibus Angliae, etc. inter sim. Dun. dereg.
bistoriae Anglicanae scriptores X. editos. Londini, 4 652. fol. Angl"
Josia3 Simleri, Tigurmi, bibliotheca, instituta et collecta pri- simi. bibi.
muni à Conrado Gesnero, etc. Tiguri, 4 574. fol.
Sirmondi , notae in epislolas Goffridi Vindocini , abbatis, ab sirm. not. in ep.
eodem Sirmondo éditas. Paris, 4 610. 8°.
Sixti Senensis, bibliotbeca sancta. Paris, 4 64 0. fol. six. sen.
Spicilegium veternm aliquot scriptornm , etc. à Domno Luca Da- spicu. t. 4.
chery editorum. Tom. 4. et sic de caeteris. Paris, 4655-
4674. 43 v. 4°
Vincentii Belvacensis, spéculum bistoriale. Tom. IV. typis spec. nist.
Joannis Mentellin, 4 473. fol.
Henrici Spelmanni , concilia Anglica , Scotica et Hibernica. Tom. speim. conc.
II. Londini, 4664. fol.
J. B. Souchet, Notaa in epistolas Ivonis Carnolensis, inter ejus- souch.not. inep.
j i Iv0-
dem Ivonis opéra.
Stephani, Tornacensis episcopi, epistolae, notis illustrataa à steph. Torn. ep.
Claudio Molinet. Paris, 4 679. 8°.
Thomae Stubbs, Dominicani, chromcon pontificum Eboracen- stub. de pont.
sium : inter bistoriae Anglicanae scriplores X. Londini,
4652. fol.
Ludovici VI, régis Francorum, vita, auctore Sugero abbate : sug. vit. Lud.
inter hisloriae Francorum scriptores, ab Andréa Ducbesne
editos, tom. 4.
S. Antonini , summa historialis, pars secunda. Basilcae, sum.nist.part.2.
4502. fol.
Laurentius Surius, Carthusianus ; de probatis Sanctorum sur. ejui.
Tome X. d
XX vj
TABLE
historiis, clc. Colonise Agrippincc, 4574 -4576. 6 vol. fol.
sic autem citatur : ad diem sextam julii, et sic de caeteris.
Theod. po>n. t. 2. Theodori , sanctissimi ac doctissimi Cantuariensi archiepiscopi ,
pœnitentiale. Toinus secundus, qui prœclara disciplinas eccle-
siast. nioniimenta continet : opéra et studio Jacobi Petit
Paris, 4 674. 4°.
Theoph. nayn. Theopliili Raynandi , theologï S. J. editio operum S. Anselmi.
eilit on S. Ans. . , • 'to-i\ e 1
Lugduni , looO. fol.
Thés, anecd. Domni Edmundi Martenne, et Domni Ursini Durand, thésaurus
anecdotorum. Paris, 4 717. 5 vol. fol.
Thev.h.dcssçav. André Thevet , histoire des plus illustres et sçavans hommes de
leurs siècles, avec leurs portraits en taille-douce, t ré sur les
véritables originaux. Tom. Il et III. A Paris, 4 674.4°.
Thom. stub. etc. Tlioniœ Stubbs, chronica pontificum Eboracensium : inter
historiée Anglicanae scriptores X. Londini, 4652. fol.
un. wst. ecci. Mémoires pour servir à l'bist. ecclesiast. des six premiers
siècles, etc. par M. le Nain de Tillemont. A Paris, 4693-
4 742. 46 vol. 4°.
Trith.serip.c.349. Joanncs Tritbemiiis, de scriptoribus ccclesiasticis , cap. 549, et
sic de caeteris : in bibliotheca ecclesiast. Joan. Alb. Fabricii.
. . chron. Hirsaug. Ejusflem , chronicon Hirsaugiense , tomusprimus, typis mona-
sterii S. Galli, 4690. fol.
vass. ann. deNoi. Jacques le Vasseur, annales de Noïon. Paris, 4 653, gros in 4°.
Vet. dise. mon. Yetus disciplina monastica , id est, collectio auclorum de disci-
plina monastica traclantium. Paris 4 726. 4°.
ugh.itat. sac. Ferdinandi Ughelli, Italia sacra. Roniae, 4 647, 9 vol. fol.
viiief. vwdes. u. Vie de S. Bernard, par M. de Villefore. A Paris, 4704. 4°.
Vinc Bell. spec h. Viiicentii Bellovacensis, spéculum hisloriale, 4475. fol.
visch, bibi cist. Caroli de Visch , bibliotheca Cisterciensis. Colonise, 4 656.4°.
vu. s. Godefr. Vita S. Godefridi , Ambianensis episcopi , apud Surium , tom. V.
vit. Hug. apud B. Hu^onis de Lacerta, S. Stephani, ordinis Grandimon-
tensis institutoris, discipuli, vita : apud Martenne ampliss.
collect. Tom. VI. Paris, 4729. fol.
vu. Matu. Menag. Vita Mathaei Ménage, auctore /Egidio Ménage. Paris, 4 674. 4°.
DES CITATIONS. xxvij
Gérard i-Joannis Vossii, de historicis latinis libri Ires : inter ejus Voss. de hisi. lai
opéra édita. Amstelodami, 1697. fol.
AbbatisUrspergensis, ebronicon. Argentorati, 1540. fol. sic ci- uisP.
talur : ad ann. M 12. et sic de caeteris.
Wibaldi, abbatis Stabulensis et Corbeïensis in Saxonia, epistolae : wibaid. eP.
apud Martenne, ampliss. collect. Tom. II.
Arnoldi Wion, lignuin vitae, etc. Venetiis, 159S 2 vol. 4°. winn. Ug. vit.
WillelmiCalculi.Gemeticensismonachi.historiœNorni.lib. VIII. wiii. Gem. bisi.
inter historite Norin. scriptores antiquos. Pans, loi y. toi.
WillelmiTyrcnsisa chiepiscopi, gestaDei perFrancos, seu histo- wui. Tyr.
ria rerum in partibus transmarinis gestarum : inter gesta Dei
per Francos, édita Hanoverse, i 6-1 -I . fol
Antoine Yepez, chroniques générales de l'ordre de S. Benoît, tra- Yep.t.e.an.iojrr.
duifespar D. Martin Rethelois. A Toul, tom. VI. 1667. fol.
On les cite ainsi à l'an 1097, et ainsi des autres.
FIN DE LA TABLE DES CITATIONS.
HISTOIRE
LITTERAIRE
DE LA FRANCE"
DOUZIEME SIECLE
S. ROBERT
Fondateur de Moleme.
§ I. SA VIE.
ROBERT naquit en Champagne, non en Normandie,
comme le prétend 'l'annaliste de Cîteaux, l'an A 024, Manr.introd. um
selon M. Baillet, ou plutôt, selon la chronique de £),„■ f.af i? ^"lo
Molême, l'an 4 048. Son père, nommé Thierri, f^sac. m. ord
et Ermengarde sa mère, étaient distingués par la no-
blesse, les dignités et les richesses, mais plus encore par
Tome X. A
3
x.is.ecle. -' S. ROBERT,
leur piété. Robert n'eut pas plutôt atteint l'âge de quinze
Mab.ib.1.57,11.20. ans, ' qu'il pensa à renoncer au inonde, pour se consa-
crer tout entier à Dieu. Il se retira dès-lors à Moutier-la-
Celle, maison de l'ordre de saint Benoît, près de Troyes,
où il prit l'habit religieux, et lit de si grands progrès dans
la piété, que, tout jeune qu'il était, il fut fait prieur du
monastère, par un consentement unanime, et peu après
élu abbé de saint Michel de Tonnerre. Mais voyant que les
religieux de cette abbaye s'étaient écartés de la bonne
voie, et qu'il n'était point aisé de les y faire rentrer, il les
ii>id. quitta, pour retourner à son premier monastère. ' A peine
y étoit-il arrivé , qu'il fut obligé d'eu sortir, pour remplir
la place de prieur dans la maison de saint Ayoul de Provins,
vacante par la mort de celui qui l'occupoit. Mais peu après
il reçut un ordre du pape Alexandre II, pour aller gouver-
ib. i. 62, n. 44. ncr quelques bermites, 'qui Pavoient demandé, pour être
leur supérieur. Robert obéit aux ordres du pape, et se ren-
dit au désir de ces pieux bermites, qu'il alla joindre dans le
lieu de leur retraite appelle Colan, situé entre Tonnerre et
Cbably. Il trouva en eux de vrais bermites, qui n'étoient
occupés que des choses du ciel, et servoient Dieu dans la
plénitude de leur cœur, dans la faim et la soif, le froid et
la nudité, et supportoient le poids du jour et de la chaleur
avec une patience admirable. Robert ayant gouverné quel-
que temps ces vertueux bermites, se relira dans la solitude
deMolème, où il jetta l'an -107;') les fondemens d'un mo-
nastère de ce nom, en l'honneur de la sainte Vierge, au
diocèse de I.angres. L'année de cette fondation est mar-
quée par ce distique :
Anno miileno guinlo cum septnapeno,
Sub paire Roberto crevit domus haec in aperto.
naio. Gau. chrisi' DoM Mabillot ct lcs auteurs du Gallia christiana,
mov. t. 4, p. 7->o, trompés par les termes équivoques de Moniales Molismen-
ses, qui se lisent en plusieurs chartes de Molême, ont cru
que S. Robert y avoil aussi fondé un monastère de fdles.
Mais outre qu'on n'en trouve aucun vestige dans les anciens
monumens de cette abbaye, ni aucune preuve dans la vie de
saint Robert; il paroît par ces chartes même et par d'autres
FONDATEUR DE MOLEME 5 XII SIECLE
titres, que cette qualification désigne les religieuses du
prieuré de Juilli sous Ravicre, dont le temporel et le spiri-
tuel ont été administrés par les religieux de Molême, jus-
qu'à son extinction, arrivée au commencement du quin-
zième siccle.
Robert et les compagnons de sa retraite vécurent les pre-
mières années dans une extrême pauvreté et une grande
ferveur. Mais l'abondance, qui succéda à la disette, par les
libéralités de plusieurs seigneurs, amollit les esprits, et ral-
lentit cette première ferveur. L'abbé, dont la piété ne
souffrit jamais aucun déchet, fil ce qu'il put pour relever
ses frères, et les engager à ne se point rallentir dans la car-
rière, où ils étaient entrés, et où ils couraient auparavant
avec tant d'ardeur. ' Mais voyant que ses exhortations n'a- Mab. ib. i. 66, n.
voient pas l'effet qu'il desiroit, et craignant de s'affoiblir ^""t";*' sëq-
lui-même, il prit le parti de se retirer, et alla se joindre à
de pieux solitaires, qui menoient une vie très-édifiante
dans un lieu appelle Hauz. 11 y fut reçu à bras ouverts; et
quoiqu'il leur donnât l'exemple, dans tous les exercices de
piété et de pénitence, qu'ils pratiquoient, il se regardoit
comme le dernier de tous. Robert avoit laissé à la tète de
la communauté de Molême en la quittant, deux saints et
savans religieux, Alberic et Etienne, qui étoient animés
du même esprit que lui, et qui firent tous leurs efforts, pour
persuader aux discoles de remplir leurs obligations. Ceux-
ci, au lieu d'écouter leurs avis salutaires, les méprisèrent,
et les obligèrent même par de mauvais traitemens à prendre
le même parti que l'abbé. ' Cependant les religieux de Mo- Mab. ib.
lême, venant à résipiscence, prièrent Robert de revenir;
et n'ayant pu l'y engager, ils eurent recours au pape, qui
le lui ordonna. Le saint homme obéit à des ordres si respec-
tables, et de retour dans sa communauté, il fit tant par son
exemple et ses paroles, qu'il remit les choses dans l'ordre.
' Toutefois un nombre considérable ne purent se résoudre à Mart. t. 6, amp.
,., '. 1 ■ ». , coll. praef. 11. 4u. I
renoncer a certains usages, qu ils pretendoient être auto- oïd. vit. lib. 7
risés par les statuts de plusieurs saints, et pratiqués par îîe ^îoiit^dè abb'
les religieux de Cluni , de Tours, et autres. Alors, Robert Guib. op. 'p. 311.
jugeant qu'ils pourraient avoir recours à l'autorité épisco-
pale, pour se maintenir dans ces usages, partit de Molême
avec six compagnons, qui entroient dans ses vues, savoir
Aij
xiisiecle. ^ _ S. ROBERT,
Alberic, Etienne, Odon, Jean, Litard et Pierre; et alla
trouver Hugues, archevêque de Lyon, et légat du saint
siège, pour lui demander la permission de se retirer dans un
lieu, où il pût observer la règle de t-aint Benoît dans toute la
Manr.ann.cist.ad rigueur, avec ses compagnons. ' Le légat accorda au saint
Mnart10ib.'n.' 40-41. abbé sa demande, et en expédia, peu après son départ, des
Mab. ann. i. 64, lettres que l'annaliste de Cîteaux rapporte. Robert ayant
obtenu ce qu'il desiroit, revint à Molême, où il reçut la
lettre du légat. L'ayant notifiée à la communauté, il ab-
diqua sa dignité, laissa aux religieux la liberté de se choisir
un autre abbé, et se retira. Il fut suivi, sinon de la plus
nombreuse, du moins de la plus saine partie de la commu-
nauté, au nombre de vingt, qui tous animés du même es-
prit, quittèrent Molême, pour aller chercher un lieu, où
ils pussent se livrer à toute leur ferveur. Ce lieu fut Cî-
teaux qui étoit une forêt affreuse, dans le diocèse de Châ-
lon. Renaud, vicomte de Beaune, à qui ce terrain appar-
tenoit, accorda généreusement, du consentement de son
épouse et de ses fils, autant d'espace, qu'il en falloit, pour
bâtir un monastère à ces saints solitaires, et pour les faire
Mab.ann.i. ce, n. subsister en le cultivant. ' On voit par ce récit, puisé dans
les meilleures sources, spécialement dans le grand exorde
de Cîteaux , dans les annales de Manrique et de D. Ma-
billon , etc , qu'il y a beaucoup de choses à réformer dans
l'anonyme auteur de la vie de saint Robert, et dans quel-
ques modernes, sans même en excepter M. Baillet.
Mart. ib. ' Robert et ses compagnons s'arrêtèrent donc dans la fo-
Manr. ib. c. 2, n. r^ ^ £;teaux. et ,UUIIjs fe toutes les permissions néces-
saires, pour s'y établir, ils se firent de petites cabanes de
bois, et bâtirent un oratoire en l'honneur de la sainte
Vierge : ce qui est devenu un usage général dans l'ordre de
c. 3, n. i. Cîteaux. Robert ' reçut ensuite le bâton pastoral des mains
de Gaultier, évêque de Châlon, après avoir été élu abbé
par le suffrage unanime des frères. En même-temps ils s'en-
gagèrent par une profession solemnelle, non pas tant à pra-
tiquer la règle de saint Benoît , qu'ils avoient déjà fait vœu
d'observer, qu'à la stabilité dans ce nouveau monastère, et
à une nouvelle manière de l'observer à la rigueur, sans au-
cun adoucissement ni dispense. L'époque de cette édifiante
cérémonie est remarquable , en ce qu'elle se fit le 2\ de mars
FONDATEUR DE MOLEME. 3 ïh siècle.
de l'année 4 098, jour consacré à solemniser la fête de celui
dont ils s'engageoient à pratiquer exactement la règle, et
dans toute la rigueur. Le dimanche de Rameaux concou-
rut aussi cette année avec le 2-1 mars, ce qui rendit encore »
la cérémonie plus solemnelle. L'année de cet heureux évé-
nement est consignée dans ce mauvais distique, rapporté
dans diflerens auteurs :
Anno milleno centeno bis minus uno,
Sud Pâtre Rorerto cœpit Cistercius Ordo.
Tels furent les premiers commmencemens de la maison et
de l'ordre de Cîteaux. Nous ne nous étendrons pas davan-
tage sur les circonstances de cet établissement, qui eut des
suites si heureuses pour l'Eglise, et pour la France en par-
ticulier. ' Nous nous contenterons de dire, que ces nou- Mab. ann. î. 69, n.
veaux solitaires donnèrent à la France un spectacle aussi édi- 104'
fiant, que le donnèrent autrefois les solitaires d'Egypte, et
qu'ils retracèrent dans leur manière de vivre ces grands
exemples de pénitence, et ces austérités, qu'on ne peut lire
sans étonnement dans les vies des uns et des autres. ' Ils ne Mich. Bucning. in
dormoient que quatre heures de la nuit; ils en passoient ' ' Vl '
quatre à chanter les louanges de Dieu, et quatre au travail.
Ils employoient le reste du temps jusqu'à none à la lecture , .
et à fendre des femlles de palmiers , qui leur servoient de
vêtement; après quoi ils préparaient leur nourriture, qui
consistoit en des herbes.
Eudes 1 du nom , duc de Rourgogne , voulut aussi pren-
dre part à cet établissement , et leur donna la partie du ter-
rain que le vicomte de Reaune s'étoit réservée, en dédom-
mageant le propriétaire; ce qui l'a fait regarder comme
fondateur du nouveau monastère, qu'il honora toujours de
sa protection. Il le choisit pour le lieu de sa sépulture; et
comme il .mourut dans un voyage de la Terre Sainte, son
corps y fut apporté après sa mort. Henri , son second fils,
fit plus : touché de la vertu de ces solitaires, il voulut être
un d'entr'eux, et embrassa la vie monastique.
Pour revenir à Robert, tandis qu'il jouissoit de la satisfac-
tion qu'il avoit tant désirée, de pouvoir se livrer sans réserve
à son goût pour la retraite et la pénitence; il reçut des or-
dres du pape, qui l'obligèrent de retourner à Molême. Il
3 *
XII SIECLE.
6 S. ROBERT,
obéit, quitta avec douleur ce désert qui lui étoit si cher;
et où il laissoit des compagnons avec lesquels il étoit uni
par des liens si étroits , et se rendit auprès de ceux qui , après
l'avoir obligé de les abandonner, le contraignoient de re-
venir. Mais il eut la consolation de les trouver plus dociles,
et plus disposés à écouter ses salutaires avis. Dès ce moment ,
Molême cbangea de face; et le même esprit, qui souffloit à
Cîteaux, s'étant répandu sur cette communauté, elle se
soumit à tout ce que voulut et ordonna le saint abbé; ensorte
Mab. an. i. 69, n. qu'elle devint un autre Citeaux. ' Ce fut en l'an 4 099 que
203- Robert, par ordre d'Urbain II et du légat Hugues, sortit
Man. ib. n. 43. de Cîteaux , ' après avoir rempli la place d'abbé environ un
an, pour retourner à Molême, qu'il ne quitta plus. Il laissa
à Citeaux sa chapelle et tout ce qu'il avoit apporté avec lui,
à l'exception de son bréviaire. On voit encore dans le trésor
de cette abbaye le pseautier de saint Robert, qui paroît
avoir été fait pour l'usage de quelque monastère de Flandre :
à la fin de chaque pseaume il y a une collecte. Les pseaumes
sont suivis des cantiques qui se chantent dans les offices de
l'Eglise, de plusieurs prières excellentes, avec l'oraison
Dominicale et le symbole des Apôtres.
Seroit-il permis de remarquer ici, que les religieux de
Molême, quoique coupables de résister à leur saint abbé,
n'étoient peut-être pas du reste aussi criminels, que plu-
sieurs écrivains tant anciens que modernes les représentent?
Robert du Mont ne leur reproche aucun désordre; selon lui,
le sujet du différend entre eux et S. Robert, étoit que l'abbé
vouloit les obliger à abandonner les dixmes et les oblations,
à vivre du travail de leurs mains, et à quitter certains ha-
billemens. Les religieux en faisoient difficulté, soutenant
que les choses dont on vouloit les priver, avoient été au-
torisées en occident par S. Maur, disciple de S. Benoît, S.
Colomban^ S. Odon, et qu'elles étoient en usage dans les
autres monastères. Si la dispute ne rouloit que là dessus,
comme le rapporte un auteur célèbre, il pourroit bien y
avoir de l'exagération dans la peinture que quelques écri-
vains, et M. Baillet en particulier, nous font de ces moines.
N'a-t'on pas vu arriver dans des corps très-respectables de
très-grandes disputes, pour des sujets, qu'on pourroit dire
très- frivoles?
FONDATEUR DE MOLEME. 7 xn siècle.
' L'annaliste de Cîteaux prétend que c'est une erreur gros- *,anr3an- 1099> c-
siere dans l'auteur de la vie de saint Robert, d'avoir avancé
que ce saint après son départ de Citeaux, pour retourner à
Molême, avoit gouverné les deux monastères; et qu'en
cette qualité de supérieur, ou de père de celui de Citeaux,
il avoit mis successivement, pour le conduire, Alberic et
Etienne. Ce qui est faux selon Manrique; parce que saint Ro-
bert n'a point mis Alberic à la tête d'un monastère dont il
avoit déjà abandonné le soin. Pour ce qui est d'Etienne,
Robert qui étoit mort en -H 00, n'a pu en \ 109 le substi-
tuer à Alberic. Tel est le raisonnement de Manrique; mais ce
savant annaliste se trompe lui-même, en prétendant que saint
Robert est mort en -H 00, puisque le saint abbé de Molême
a vécu pour le moins jusqu'en \ \ 09 , ' comme nous le ver- Mab ann. 1. 69,
rons bientôt. Ainsi il est très-vraisemblable, que S. Robert,
même après avoir quitté la supériorité du nouveau monas-
tère, n'en abandonna pas totalement le soin ; puisqu'il re-
gardoit ces religieux comme ses enfans, et qu'il en étoit
regardé comme leur père. C'est pourquoi il paroi t que ce
fut par son avis, qu'ils élurent Alberic, et après Alberic
Etienne, et qu'il eut part à ce qui fut fait pour affermir le
nouvel établissement ; ensôrte qu'on peut le regarder comme
le premier auteur, non-seulement de la maison, mais de
l'ordre même de Cîteaux.
' Avant que de continuer ce qui nous reste à dire de saint Mab. ib. n. îos.
Robert; nous croyons devoir relever ici la malignité d'un
écrivain , qui jugeant , comme l'on dit des autres par lui-
même, a eu la témérité d'avancer, que saint Robert, après Guili. Maim. de
avoir d'abord embrassé avec chaleur le projet de réforme, feS4; ad. an. i°3,'
s'en étoit bien-tôt repenti ; et qu'étant accoutumé à une Gu'lK u"
nourriture délicate, il s'étoit lassé d'une telle manière de
vivre : c'est pourquoi les moines de Molême connoissant
ses dispositions , eurent l'adresse , astu quodam, de demander
des ordres au pape, pour obliger de revenir à Molême leur
abbé, qui ne desiroit autre chose : Per obedientiam Papœ...
volentem cogentes. C'estf assez d'avoir rapporté une interpré-
tation aussi maligne, pour la réfuter. Ce que nous avons
dit de Robert, sur des autorités plus respectables, que celle
de Guillaume de Malmerbury, justifie pleinement ce S. abbé
contre un pareil reproche, et contre celui de légèreté, que ses
ï„ siècle. » S- ROBERT,
fréquens changemens pourroient porter à lui faire. En effet,
s'il quitta Molême, ce ne fut que par le désir d'une plus grande
perfection; et lorsqu'il y revint, ce fut, non par inconstance,
ni par d'autres motifs de cette nature; mais par déférence
pour des ordres respectables, auxquels il ne pouvoit résister,
spic. t. 4, p^237. L'an \\Q\ , Hugues I, comte de Champagne, et Cons-
Mab. ann. 1. 70, n. tance gQn ^p0use t fiiie.de Philippe roi de France, attirés
par la réputation de Robert vinrent à Molême par dévotion,
accompagnés de plusieurs grands seigneurs, et y laissèrent
des marques de leur générosité , dont l'acte est daté de l'an
-I -1 OH , du tems de Philippe évêque de Troye, de Robert
évêque de Langres, et de Robert premier abbé de Mo-
lême : ce qui prouve qu'il n'étoit point mort en -H 00,
Ad an. îioo, c 2, comme le conjecture ' Manrique. Il ne l'étoit point l'an
n' 4' p' s \\ 04 , lorsque Richard évêque d'Albane tint un concile
à Troye en Champagne, puisqu'on trouve le nom de Ro-
Mab. ib. n. 75. bert premier abbé de ' Molême , parmi les abbés qui signè-
rent une charte, par laquelle Hugues comte de Champagne
confirma une donation qu'il avoit faite l'année précédente
ib. n. 76. à l'abbaye de Molême. ' Après le concile ce prince alla à
Molême, où il fut reçu solemnellement par saint Robert, et
il y fit une nouvelle donation, qu'il confirma l'an \ -108,
avant son voyage de la Terre-Sainte. Enfin saint Robert vi-
voit encore l'an -H -10, puisque deux abbés, qui avoient
un différend entr'eux, l'ayant pris pour arbitre, il termina
leur querelle par un jugement rendu à Molême l'an de
Mab. ib. l. 7i, n. l'Incarnation \\ \ 0. ' Ce fut une des dernières actions du
saint abbé, qui vrai-semblablement mourut cette année,
ib. n. 100. comme le marque une ancienne chronique de Molême. ' Il
Bail. 29avr. n'y a donc point d'erreur, comme le prétend M. ' Baillet,
de faire survivre saint Robert au bienheureux Alberic. Si
Alberic est mort en 4409, et saint Robert en \ -HO, as-
surément saint Robert doit avoir survécu à Alberic. En sup-
posant, avec l'ancienne chronique de Molême, saint Robert né
Mab. ib. n. îoo. 1 an \ OH 8, et mort l'an \ -HO, selon la même chronique saint
Robert auroit été âgé de 92 ou 95 ans. C'est l'âge que la
chronique et d'autres monumens de Molême lui donnent.
Quant au jour de sa mort, les sentimens ne sont pas plus
unanimes que sur l'année. Quelques-uns la placent le 29
d'Avril; d'autres le \ 7 du même mois; Henriquez, M.
Baillet,
FONDATEUR DE MOLEME. 9 Xii siècle.
Baillet, ' le 24 Mars. Robert lui inhumé dans l'église qu'il Bail. 29 avr. 1
., , a.- 1 • « im j 1 i- ■ i it- Henr. Menol. Cist.
avoit bâtie lui-même en 1 honneur de la Sainte Vierge. ad diem 21 mart.
L'éclat des miracles que Dieu opéra à son tombeau , et
dont l'information fut faite par les ordres d'Honorius III,
engagea ce pape à lui décerner un culte public. Il fixa la fête
du saint au M Avril, ce qui a fait croire que c'étoit le
jour de sa mort. ' Dom Martenne a publié les actes de Anecd.i. 1, p. 904.
l'information de ses miracles faits par les ordres d'Honorius.
g II.
SES ECRITS.
\ . tL est surprenant que saint Robert ayant fourni une si lon-
Ague carrière, et remplie de tant d'événemens, qui l'ont
souvent obligé, soit d'écrire des lettres, soit de faire des ins-
tructions, il ne nous reste aucune production, que nous puis-
sions véritablement assurer être de lui. Il est vrai que l'auteur
de la bibliothèque de Cileaux ' le fait auteur de plusieurs ser- De Visch. bibi.
... Cist n 288
mons : Scripsit diversos sermbnes piissimos. Nous ne dou-
tons point qu'un abbé, qui avoit autant de lumière et de
zèle que Robert, qui a gouverné pendant plus de trente-
cinq ans l'abbaye de IMolemc, où certainement il avoit
de quoi exercer son zelc, n'ait fait différais sermons rem-
plis de piété, non-seulement dans cette abbaye, mais
encore à Colan, à Citeaux, etc. La difficulté est de pro-
duire ces sermons ou instructions, et de faire voir par des
preuves solides que saint Robert en est auteur.
2. Il en est de même des lettres. On ne peut douter,
que Robert n'en ait écrit plusieurs dans tant d'occasions,
où il paroît qu'il a dû le faire. On en produit même quel-
ques-unes : mais sur quelle autorité? Sur celle d'un auteur
Portugais, qui vivoit dans le dernier siècle, et est mort
l'an 4 647, auteur d'ailleurs, qui à la vérité ne manque
pas de talent pour écrire, mais sur la fidélité duquel il
n'y a pas beaucoup à compter : c'est l'idée que l'annaliste
de Citeaux nous donne lui-même de l'écrivain Portugais :
' Brito Lusitanus, dit-il, nec pudendus auctor, si tantum introd. ad ann.
fide polleret, ac stylo prœstat. Usl c" 3' n" 8> p" 5"
' Ce Brito nous a donné une lettre, qu'il prétend avoir été Brit. 1. 1, c 3.
écrite par saint Robert , et portée par saint Etienne à Eudes
Tome X. B
xa SIECLE.
*0 S. ROBERT,
Ad an. 1098, c. î, Duc de Bourgogne; lorsqu'ils prirent la résolution de s'é-
n.6. et 7, p. 7. t a 1> 1 î î' dans la forêt de Citeaux. Manrique, qui a cru devoir
rapporter cette lettre avec la réponse du prince dans ses
annales, a soin d'ajouter, qu'il n'y a pas de sûreté à s'en
rendre garant : Sed nec tutum pro eis fuie jabere. Nous ne
croyons pas qu'il y ait plus de sûreté à garantir l'autenti-
cité d'une autre lettre que saint Robert, de retour à Mo-
leme, écrivit à ses frères de Cîteaux, pour leur témoi-
gner la vive douleur qu'il ressentoit d'être séparé d'eux.
Henr. p. u. ' Henriquez , dans son Fasciculus , et Manrique dans ses
Manr. ad an. noo, annales', la rapportent d'après le même Bernard Brito, qui
dit l'avoir trouvée avec plusieurs autres lettres de s. Robert.
Mais le style qui n'a rien de la gravité qui convient à un
homme aussi avancé en âge, que l'étoit alors Robert, suf-
firoit seul pour la rendre suspecte.
Lipen, bibi. thooi. 5. Lipen attribue à saint Robert une chronique de Cî-
1. 1, p. 299. teaux, continuée par saint Bernard abbé de Clairvaux, pu-
bliée à Cologne l'an H 61 4 , par Aubert le Mire, in-S".
C'est ce qu'on appelle le petit exorde de Citeaux, dont
nous parlerons dans l'article de saint Etienne, à qui on l'at-
tribue ordinairement. Ignace Firmino, abbé de Fitero
dans la Castille, qui a le premier publié cet ouvrage,
prétend qu'il a été composé, tant conjointement que suc-
cessivement par les trois premiers abbés de Citeaux, saint
Robert, le B. Alberic, et saint Etienne; de manière que les
neuf premiers chapitres ont pour auteurs saint Robert con-
jointement avec Alberic et Etienne; les huit chapitres sui-
vants ont été faits par Alberic et Etienne; et enfin le reste
par Etienne seul. Ignace Firmino fonde sa prétention sur
ces paroles du prologue, qui commence ainsi : Nos Cister-
cienses primi hujus ecclesiœ fundatores , successoribiis nostris
stylo prœsenti notificamus quàm canonicè, quanta autori-
tate, à quibus etiam personis, quibusqtie temporibus, cœno-
Hanr. ad an. 1120, bium et ténor vitœ illorum exordium sumpserit, etc. ' Mais
seq' l'annaliste de Citeaux prouve solidement, que cette préten-
tion est insoutenable; et que l'ouvrage, dont il s'agit, n'a
été écrit que sous le gouvernement de saint Etienne vers l'an
Henr. app. ad no- ' Si saint Robert étoit auteur des premiers chapitres de cet
nieiicl. Cisl. c. 4, - •. •■ -, ,/,,.» . ... i, i , »
p. 27. écrit, il ne se seroit pas donne a lui-même le titre d abbe
FONDATEUR DE MOLEME. M
XII SIECLE.
à'heureuse mémoire, beatœ memoriœ Robertus. D'ailleurs
cette expression n'est pour l'ordinaire en usage que lors-
qu'on parle d'une personne qui est niorte.
M. ' de Villefore fait, dans la vie de saint Bernard, un bel vie de s. Bernard,
,.,.„, i -, • , • • par Villefore, p.
éloge de saint Robert, que nous souhaiterions rapporter ici. 23-31.
Il est trop long pour être transcrit en entier; et trop beau
pour ne l'être qu'à demi. C'est pourquoi nous nous con-
tentons de l'indiquer, ainsi que la grande collection des Bol-
landistes, où l'on trouvera au 29 d'Avril, non-seulement
ce qui regarde la personne de saint Robert, mais encore de
grands détails sur les premières années de Cîteaux.
ILDEBOLD,
COMPAGISOK DE S. ROBERT.
ILdebold mérite d'avoir une place dans notre histoire,
et d'être joint au saint abbé, dont il a été un des
plus fidèles disciples. Il fut un des premiers religieux de
Cîteaux, et sans doute un des compagnons de saint Robert,
lorsqu'il sortit l'an -1098 de Moleme, pour aller s'établir
dans la forêt de Cîteaux. ' Le choix que le B. Alberic fit Manr. ann. nst. ad
de lui l'an M 00 , pour l'envoyer avec un autre de ses re- î£.' ' n' ' p-
ligieux nommé Jean, solliciter auprès du pape Pascal la
confirmation de l'établissement de Cîteaux, fait son éloge;
et le succès de cette députation justifia l'opinion qu'Albe-
ric avoit de son mérite et de son talent. ' L'annaliste de n>. ad an. noi, c
Cîteaux ne doute pas qu'Ildebold n'ait eu part aux premiers ' ' p"
statuts de l'ordre, attribués à Alberic, qui les fit l'an
•M 0-1. Nous ignorons l'année de sa mort. S'il est le même
que cet ancien religieux de Cîteaux, nommé Elbodon ,
qui accompagna S. Bernard, lorsqu'il alla recevoir la bé-
nédiction abbatiale à Châlons-sur-Marne , il auroit vécu
pour le moins jusqu'à l'an 1115; puisque ce fut eette année
que le saint Abbé fut béni par Guillaume de Champeaux.
Bij
XII SIECLE.
12 GUILLAUME DE CHESTER,
GUILLAUME DE CHESTER,
En Angleterre.
Lei.c. 134. i Bal. i^vioiQCE ' Leland , Balé et Pitsée, comptent Guillaume
w£!'p^iw. **' ' ^moine de Chester parmi les écrivains Anglois, selon
leur usage de faire honneur à leur pays de tous les savans
qui y ont vécu de quelque manière que ce soit, il y a
beaucoup plus de sujet de croire qu'il étoit Normand
ou François. Sans parler de son nom, qui l'insinue as-
sez, il paroît certain qu'avant de passer en Angleterre,
il avoit été moine du Bec, et un des disciples de saint An-
Mab. ann. i. es, selme. ' Pour cela, il faut remarquer, que le monastère de
Chester, dédié sous l'invocation de sainte Walburge, qui
dans son origine étoit un monastère de religieuses, avoit
été détruit, et n'étoit plus en 4 092 qu'un petit chapitre
ib:n. 33. de chanoines. ' Alors Hugues, comte de Chester, qui dé-
siroit de fonder une abbaye dans ses terres, s'adressa à
saint Anselme, le priant de passer en Angleterre, pour choi-
sir lui-même le lieu ; et il fit tant par ses instances, qu'il
engagea le saint abbé de venir le trouver , malgré la ré-
pugnance qu'il avoit de faire ce voyage. La répugnance de
saint Anselme étoit fondée sur ce qu'il craignoit, en passant
en Angleterre, qu'on ne jettàt les yeux sur lui pour rem-
plir le siège de Cantorbéri; ce qui arriva effectivement.
Saint Anselme s'étant donc chargé, à la prière du comte de
Chester, de former un monastère, rétablit celui de sainte
Walburge, y envoya une colonie du Bec, et en établit
Ans. 1. 3, ep. 49. premier abbé Richard religieux de son abbaye. ' Saint An-
selme, dans une lettre qu'il écrivit depuis aux religieux
de Chester, se félicite de la part qu'il avoit eue à cet éta-
blissement, et de ce que Dieu s'étoit servi de lui pour leur
donner Richard, qu'il appelle son cher fils.
Lorsque saint Anselme fut fait archevêque de Cantorbéri;
ib. i. a, ep. 34. ce qui arriva le 25 septembre de. l'an -1095, ' Guillaume
fit à sa louange un poëme qu'il lui envoya ; et en reçut
une lettre,, dans laquelle le saint prélat répond avec une
extrême modestie aux louanges que Guillaume lui avoit
EN ANGLETERRE. 15 mnaAm
données. « Un ami, lui dit-il, ne s'apperçoit pas des dé-
» fauts de celui qu'il aime, ou il les regarde comme fort lé-
» gers. Au contraire, il voit souvent en lui du bien qui n'y
» est point; et il exagère celui qui y est. Lorsque c'est la
» charité qui fait ainsi juger, il ne faut pas pour cela rece-
» voir l'erreur, en considération de l'amitié; ni mépriser l'a-
» mitié, à cause de l'erreur dans laquelle elle tombe. Mais
» il faut entretenir l'amitié de telle sorte qu'on corrige l'er-
» reur; et chasser l'erreur, en conservant l'amitié. Je vous
» remercie donc, dit l'humble prélat, de ce que vous m'ai-
» mez tel que vous me dépeignez; et je vous prie de ne
9 me pas croire tel"; et de prier plutôt Dieu de me rendre
» tel que vous m'aimez et que vous croyez que je suis. > Saint
Anselme remercie cependant Guillaume de ses vers, et
ajoute que, comme ils sont l'effet de sa charité, qui mé-
rite sa récompense (a), il lui envoyé de la prose pour ses
vers, et une exhortation pour ses louanges.
Cette lettre est une des premières que saint Anselme écri-
vit depuis qu'il fut placé sur le siège de Cantorbéri; ainsi
le poëme lui fut adressé peu après son sacre. ' Quoique Fa- Fabr. i. i mm.
bricius supose que saint Anselme a adressé plusieurs lettres à ™ià\.
Guillaume de Chester, nous n'avons point de preuves cer-
taines qu'il lui en ait écrit d'autres que celle-ci, dans la-
quelle il le qualifie son très-cher fils.
Après la mort de saint Anselme, Guillaume fit un autre
poëme de plus de 200 vers élégiaques, en l'honneur de
ce saint prélat : M. Baluze ' a publié l'un et l'autre dans le Baluz. t. 4 mise
quatrième volume de ses Miscellanea. La poésie n'en est p e 8eq'
pas des meilleures; mais elle est cependant au-dessus de
celle de la plupart des poêles de ce siècle. On auroit pu
placer Guillaume à la suite de saint Anselme, auquel il a
survécu; mais nous ne savons de combien d'années,
n'ayant rien de certain sur sa mort.
(a) Quoniam autem opus earilalis non débet esse sine relribulione ; pro car-
minibus prosam, pro laude reddo exhortationem.
IHS.ECLE. « ETIENNE,
ETIENNE,
Abbé de Notre-Dame d'Yorck.
Etienne, abbé de Vitteby, et ensuite «le Notre-Dame
d'Yorck en Angleterre, ' nous apprend, qu'étant dans le
monde, il étoit lié d'une étroite amitié avec le comte Alain,
fils d'Eudes, ou Odon duc de Bretagne. Une telle liaison
avec un prince François, donne lieu de croire qu'Etienne
étoit lui-même François, soit bas Breton, soit Normand.
Nous pouvons encore appuyer cette conjecture sur ce que
les naturels du pays étoient presque tous exclus des dignités
ecclésiatiques dans le temps qu'Etienne fut élu Abbé. Si
toutefois ces conjectures ne paroissent point solides, nous
consentons de restituer aux Anglois l'abbé Etienne.
Avant que d'embrasser l'état religieux, Etienne qui,
comme nous l'avons dit, étoit fort lié avec Alain de Bre-
tagne, accompagnoit ce seigneur, soit à la cour, soit dans
les terres qu'il avoit aux environs d'Yorck. Mais bientôt
Dieu lui fit connoître le danger où il étoit de se perdre
ibid. p. 384, coi. 1. dans le monde. ' Fidèle au premier attrait de la grâce, il
brisa, quoique avec peine, les liens qui l'y retenoient, et
se retira à Vitteby, solitude du diocèse d'Yorck, très-cé-
lèbre autrefois par deux monastères, l'un de religieux, et
l'autre de religieuses; mais qui étoient alors l'un et l'au-
tre réduits à rien par les incursions des Danois, et enseve-
Mabiii. ann. t. 5, lis sous les ruines qu'avoient causées ces barbares. ' Guil-
laume baron de Percy, seigneur du lieu, l'avoit abandonné
à un saint liomme, nommé Reinfrid, brave officier, qui
avoit été au service de Guillaume le Conquérant : Rein-
frid y avoit déjà rassemblé quelques solitaires, avec les-
quels il menoit une vie sainte, et qu'il gouvernoit sous le
titre de prieur, lorsqu'Etienne vint se jetter entre ses bras.
' Reinfrid lui donna l'habit religieux l'an \ 078 , qui étoit le
douzième du régne de Guillaume le Conquérant; et peu
de tems après il lui confia l'administration du temporel.
Etienne s'acquitta de cet emploi avec tant de sagesse, que
ABBÉ DE NOTRE-DAME D'YORCK. 45
XII SIECLE.
Reinfrid voulut encore se décharger sur lui du soin du spiri-
tuel, et le fit élire abbé. Etienne après avoir longtems
refusé, se rendit enfin, à la sollicitation de Lanfranc
archevêque de Cantorbéri, et de Thomas archevêque
d'Yorck; et il y fut même forcé par les ordres du roi.
Elienne travailla avec succès à remettre les terres en
valeur, à rétablir la discipline monastique, et à cultiver
les lettres ' . Mais le Baron de Pcrcv voyant l'état floris- cent. Magd. cent.
.1 .. ,., ., , , , .' , „ • e ■ i 11. c. 10. p. (i49.
sant de ce lieu qu il avoit accorde lui-même a Reintrid, en
conçut de la jalousie; et se repentant de l'avoir donné, il
traversa en. toute occasion les desseins d'Etienne, pour
l'obliger de quitter. ' Le pieux abbé eut encore beaucoup Monast. Angi. in.
à souffrir des incursions des pirajes et de quantité de bri- v" '
gands qui ravageoient le pays. S'étant assemblés, ils fon-
dirent une nuit sur le monastère, le pillèrent, mirent les
religieux en fuite, et en enlevèrent quelques-uns. Tant
de vexations portèrent l'abbé Etienne à avoir recours au
roi et à lui exposer sa triste situation. ' Le roi en fut tou- uabiii. ami. t. 5,
ebé, et lui donna la permission de se retirer dans u\\ lieu p'
appelle Lestingham, qui éloit du domaine de la couronne,
et peu éloigné de Vitteby. Ce lieu avoit été autrefois habi-
té par un grand nombre de saints religieux. Etienne après
avoir commencé à en relever les ruines, et avoir élevé
quelques bâtimens pour lui servir d'asile, se fit consacrer
abbé de son nouveau monastère, afin que lui et ses reli-
gieux pussent s'y retirer, et y vivre tranquillement sous
la protection du Roi.
Guillaume de Percy continuoit de vexer les solitai- Monast. Angt. p.
res de Witteby, et mettoit tout en œuvre pour les
forcer d'abandonner ce lieu. En vain Etienne eut recours
aux magistrats et aux officiers du roi, pour arrêter les
violences de ce seigneur. Voyant donc que toutes ses dé-
marches étoient inutiles, il passa la mer, et vint implorer
le secours du roi , qui étoit alors en Normandie. Ayant
obtenu ce qu'il demandoit, il repassa en Angleterre; mais
il ne jouit pas longtems de la paix qu'il desiroit. Le ba-
ron de Pcrcy n'en devint que plus furieux; et ayant enfin
chassé Etienne, il s'empara du terrein. Ces pieux solitai-
res se retirèrent à Lestingham, ' où ils furent continuelle- ibid. p. 385, coi. î.
ment assaillis par des brigands qui pilloient et ravageoient
tout.
III SIECLE.
46
ETIENNE,
ii.i.i
Etienne ne sachant plus quel parti prendre, alla répan-
dre son cœur auprès du comte Alain , son ancien ami , et
lui fit le détail de toutes les persécutions et les violences
qu'il avait souffertes. Ce seigneur touché de compassion,
offrit au pieux abbé l'église de saint Olaw , qu'il avait au-
près de la ville d'Yorck, et lui conseilla de s'y établir
après en avoir obtenu la permission du roi. Alain ajouta
à ce don quatre acres de terre pour y bâtir un monastère.
Le Roi agréa ce nouvel établissement; et y consentit d'au-
tant plus volontiers, que la ville étant alors dans un grand
débordement, il espéroit que l'exemple des saints solitai-
res pourroit adoucir les mœurs barbares des habitans ac-
coutumés à répandre le sang.
Il y eut encore de nouvelles difficultés au sujet de cet
établissement. Thomas archevêque d'Yorck prétendit
que les quatre acres de terre relevoient de son église, et
qu'Etienne ne pouvoit les tenir légitimement d'une puis-
sance séculière. Cette contestation fut portée à Londres
devant le roi et toute la cour : le comte Alain y défen-
dit son droit; mais l'archevêque refusa de se rendre à ses
raisons, et le roi pour terminer le différend promit de
donner au prélat une autre terre en échange. Ce fut ainsi
qu'Etienne s'établit à saint Olaw. Guillaume le Conquérant
mourut dans ces entrefaites, au mois de septembre 4 087,
laissant pour successeur Guillaume le Roux, qui eut pour
l'abbé Etienne la même bonté qu'avoit eu son père. Ce
prince étant venu tenir à Yorck son parlement, pour ré-
, gler les affaires de l'état, il alla voir Etienne à saint Olaw;
et ayant trouvé qu'il étoit trop à l'étroit, il lui donna un
fond pour y bâtir une nouvelle église , et des revenus pour
l'entretien des religieux, qu'il affranchit pour toujours de
toute imposition. Le comte Alain donna aussi le bourg
qu'il possédoit près de la ville; et se dépouillant de tous
ses droits, il mit le monastère sous la protection du roi,
le priant d'en être lui-même le défenseur et le protecteur.
Ce généreux ami de l'abbé Etienne ne survécut que peu
de temps à cette donation , étant mort la même année que
ceci se passa, c'est-à-dire en 4 088.
L'année suivante le Roi Guillaume le Roux tenant son
parlement à Yorck, confirma, à la prière d'Etienne comte
de
n. ht.
p. V57.
Monast. Angl. 1. 1
p. 388, col. 1.
ABBE DE NOTRE-DAME D'YORCK. 47 wsiecle.
de Richemont, la fondation faite la précédente année, et
posa la première pierre de la nouvelle église, sous le titre
de Notre-Dame d'Yorck. Tel fut le commencement de
ce monastère.
Etienne le gouverna avec beaucoup de sagesse et de pru-
dence. ' Il excelloit surtout dans cette vertu, et en donna Mat>. ann. Ben.
une grande preuve vers l'an 4096, dans la commission dé- p. n;'i «», n. 46,'
licate, dont le roi d'Angleterre le chargea à l'égard de p-371
l'abbé de Selebie. Cet abbé étoit Benoît, moine François
de l'abbaye de saint Germain d'Auxerre, qui étant passé
en Angleterre, y avoit construit un monastère, avec l'aide
d'Hugues vicomte d'Yorck, et l'agrément de Guillaume
le Conquérant. Il y avoit aussi bâti une église sous le nom
de saint Germain d'Auxerre, dans laquelle il mit un doigt
de ce saint, qu'il avoit enlevé furtivement d'Auxerre
Benoît ayant excité contre lui la haine et l'indignation de
tous ses religieux, par la cruauté avec laquelle il en punit
deux qui s'étoient enfui, emportant avec eux une somme
d'argent qu'il avoit amassé pour les besoins du monas-
tère; le roi informé de l'action barbare de l'abbé de Se-
lebie, chargea Etienne de l'arrêter et de le tenir sous bonne
garde, jusqu'à ce qu'il en eût ordonné Etienne ayant reçu
ces ordres du roi, rencontra, comme il s'en revenoit à la
maison, l'abbé de Selebie, et l'ayant salué poliment, il
lui témoigna la peine qu'il avoit d'être chargé d'une com-
mission telle qu'il l'avoit reçue de la part du roi; et ajouta
qu'il avoit ordre exprès de l'arrêter. Aussi-tôt Benoît arra-
cha son bâton pastoral de la main d'un domestique qui l'ac-
compagnoit; et s'étant écarté, il dit avec menaces, que
quiconque oseroit s'approcher vde lui, auroit sujet de s'en
repentir. L'abbé Etienne ne fit que sourire; et en homme
sage et prudent, il laissa aller Benoît, et revint chez lui.
'En 4-104, l'abbé Etienne se trouva à Durham avec Mabs t s, ann. i.
, . „ . ,, , . . , ,. 70. n.91. p. 473.
plusieurs prélats, abbes et moines, qui s y rendirent pour
voir le corps de S. Cutlibert, mort plus de 400 ans aupara-
vant, et qui néanmoins s'étoit conservé jusques là sain et
entier. On trouva encore le corps de ce saint dans le même
état, sous le régne de Henri VIII en 4537.
Etienne gouverna le monastère de Notre-Dame d'Yorck
pendant 24 ans; c'est-à-dire depuis 4088, que cette ab-
Tome X. C
xu siècle. '» GISLEBERT,
baye fut fondée, jusqu'à l'an 4W2 , qui fut celui de sa
Mon. Angi. t. i, mort, comme il est marqué dans la liste des abbés ' de ce
monastère.
Hist. Ecci. Angiic. Harpsfeld ' témoigne dans son histoire ecclésiastique
d'Angleterre, qu'Etienne travailla avec succès au rétablis-
sement de la discipline monastique, qui avoit été entière-
ment détruite par les funestes incursions des Danois , et
qu'il composa un écrit sur les moyens de réussir à la réta-
blir. Cet écrit ne nous paroit être autre chose que sa rela-
tion touchant la fondation du monastère de Notre-Dame
d'Yorck, qui se trouve imprimée dans le Monasticon Ax-
glicanum, tome I, p. 584 et suivantes. Cette histoire
est écrite en style du tems', mais avec beaucoup de nette-
té, de candeur et de piété. L'auteur y fait le détail de
toutes les traverses qu'il eut à essuyer, pour rétablir le mo-
nastère de Vitteby, et pour fonder celui de Notre-Dame
d'Yorck ; ce qui fait comme deux parties de cette petite
histoire. C'est apparemment ce qui a donné occasion à Boston
centur. Magdeb. et aux Centuriateurs de Magdebourg ' après lui , d'attri—
p. 6Ï9. ' ' buer deux écrits différens à l'abbé Etienne , quoi qu'il n'y
en ait réellement qu'un , qui traite du rétablissement de
Vitteby et de la fondation du monastère de Notre-Dame
d'Yorck.
GISLEBERT,
EVESQUE D'EVRECX.
Mab aci.B t. a, /^(islebert, évêque d'Evreux, étoit un prélat de son
p. J55, n. 20. I T • ' 1 j- ... » . i ,-..
v-" siècle, distingue par sa vie edihante et ses lumières :
Vir honestœ vitœ, magnœque litteràrum scientiœ. Cependant
quelque versé qu'il fut dans les lettres, aucune produc-
tion de sa plume n'est parvenue jusqu'à nous; nous ne
connoissons même de lui que l'oraison funèbre de Guil-
Duchesne Hi^t. laume le Conquérant, dont Ordric Vital ' parle d'une ma-
nierequi porte a croire qu il l'avoit lue, et qu'ainsi elle exis-
toit de son temps. C'étoit, selon le témoignage de cet
historien, un discours fort éloquent, dans lequel l'o-
rateur fit un grand détail de la vie, de la piété, des
EVESQUE D'EVREUX . 19
XII SIECLE.
belles qualités, et des grandes actions du conquérant de
l'Angleterre. Après avoir loué ce héros sur ses exploits ,
sa justice, sur la paix profonde qu'il avoit établie dans tous
les pays de sa domination; il finit en conjurant toute l'as-
semblée de lui accorder le secours de leurs prières. Le
même prélat avoit fait plusieurs années auparavant la céré-
monie des obsèques du B. Herluin abbé du Bec, mort l'an
1078. ' Mais nous ne voyons pas qu'il ait fait de discours Mat>. ib. p. 364.
en cette occasion. Ce fut lui qui bénit saint Anselme succes-
seur du B. Lanfranc. Ce saint Abbé ayant été élu arche-
vêque de Cantorbéri, il écrivit une grande lettre à notre
prélat, ' pleine de témoignages d'estime et de reconnois- Ans. i 3. ep. 10.
sance pour toutes les bontés qu'il avoit eues pour lui. Il le
prévient contre les faux bruits, que des personnes mal
intentionnées pourroient répandre au sujet de son élection,
et lui recommande sa chère abbaye du Bec, que j'ai plus
aimée dit-il, et que j'aime plus que la vie de mon corps:
Quam plusquam vitam corporis met dilexi, et diligo. Gisle-
bert mourut, non l'an 1114, comme le marque Robert du
Mont, ' mais l'an 1112. Rob. ad. an. nu.
Bess. conc. Nor.
p. 375.
*
MILON, CARDINAL,
EVESQCE DE PALESTRINE.
[ilon, cardinal, évêque de Palestrine, avoit fait pro- Mab. opusc. t. 3,
fession de la régie de saint Benoît dans l'abbaye de l'G™\ 2/et '3'""'
saint Aubin d'Angers, où il véquit quelque temps avec saint Monastic. GaUic.
Gérard religieux de la même Abbaye, célèbre par sa pé- dég.'apud Labne,
nitence et sa sainteté. Son abbé l'ayant envoyé l'an -1095 '' 2' 1)lbl' p "J<<'
à Rome avec Girard prieur de saint Etienne, le pape Urbain
II connut bientôt son mérite, et ne tarda pas à lui donner
des marques de son estime. Il le créa cardinal évêque de
Palestrine, et l'envoya en France pour extirper la simonie.
Il se trouva l'an 1095 au concile de Clermont, auquel
présidoit le même pape, et l'accompagna à Angers. Après
la mort d'Urbain II, arrivée l'an 1099, Pascal II, son
successeur, continua à Milon la dignité de légat en France,
où il l'envoya l'an 1103, pour terminer le différend qui
Mi
f
XII SIECLE.
•20 BERNARD II,
s'étoit élevé entre Norgand évêque d'Autun, et Hugues
abbé de Cluni, au sujet des privilèges de cette abbaye. Ce-
igh. itai. sacr. t. la prouve que Ughelli s'est trompé ' lorsqu'il a avancé que
1, p. 224, n. 21. jjilon £tQjt mort j,an ^oi. Il est certain qu'il vivoit encore
en ^05, puisqu'il fut envoyé cette année légat en Fran-
ce. Ainsi il vaut mieux s'en tenir à Frizon , qui place sa
Gaii.purp. p. ii6. mort en l'an \\\1. ' Nous avons un bel éloge en vers de
ce Cardinal, de la façon de Marbode évêque de Rennes, qui
nous le représente comme le fléau des simoniaques, et sem-
ble même le regarder comme un Saint :
Nunc capis in cœlis tua prœmia, serve fadelis.
Nunc super astra situs, diademate nunc redimitus,
Nostros oratus audi solvendo reatus.
Le dernier éditeur des œuvres de Marbode n'a pas eu
p. 070. connoissance de cette pièce; mais D. Mabillon ' l'ayant
trouvée dans un manuscrit de saint Aubin d'Angers, l'a pu-
bliée dans l'appendice du cinquième volume de ses annales.
t. 2, p. 24i. D. Martenne rapporte dans son voyage littéraire ' un élo-
ge en vers du pape Pascal II, qu'il a tiré du manuscrit de
l'abbaye d'Abdinghoff, fait par un Milon, qui, dit Dom
Martenne, est apparemment le cardinal Milon moine de
saint Aubin d'Angers, duquel on a quelques vers semblables.
Nous n'en connoissons pas d'autres de Milon, que ceux
«jue D. Martenne rapporte, au nombre de 49, dont la poé-
sie n'a rien que de très-commun. C'est un éloge magnifi-
que de Pascal II, dont le poëte dit que le grand Aristote,
Ciceron, Platon, Ovide, ne seroient point capables de ie
louer selon ses mérites.
BERNARD II,
Vicomte de Bearn et de Bigorre.
12
B!
Hjst.de Bearn, p. -|)ermrd étoit fils de Centulle I vicomte de Bearn,
et de Beatrix fille du vicomte de Bigorre, qui porta
cette vicomte dans la maison de Bearn. Etant encore fort
Hist. Lang. t. 2. jeune, il perdit son père, ' qui fut assassiné l'an 4 090. Cen-
tulle ayant épousé Beatrix en 4078, ou -1079, Bernard
COMTE DE BEARN ET DE BIGORRE. 21 m SIECLE
son fils ne pouvoit pas avoir plus de dix ans, lorsqu'il lui
succéda. Pendant son bas âge, la comtesse sa mère prit
le gouvernement des affaires, et rendoit elle-même la justi-
ce à ses sujets. On la voit occuper le premier rang dans
une célèbre assemblée des seigneurs de Gascogne tenue en
1096 à saint Lé, pour la confirmation des privilèges de ce
monastère.
Lorsque Bernard gouverna par lui-même, après la mort Marc, ib' p. 813.
de Beatrix, il résolut, par l'avis de l'évêque de Bigorre,
et de plusieurs abbés, seigneurs, et de toute la cour de
Bigorre, de faire rédiger par écrit les coutumes du pays,
commes elles avoient été arrêtées par Bernard I son ayeul.
Pour l'exécution de ce dessein, il assembla les personnes les
plus avancées en âge, qui avoient eu part au gouvernement
des affaires du temps de Bernard, ou qui pouvoient avoir
connoissance des anciens usages. Ce fut sur leur rapport
qu'il fit dresser le recueil des coutumes anciennes, qui fu-
rent réglées par le consentement de la noblesse, du clergé
et du peuple.
Le but de Bernard étoit de marcher sur les traces de ses
ancêtres, de se conformer aux maximes qu'ils avoient sui-
vies, et d'établir dans les pays confiés à ses soins, un bon
gouvernement, qui mît le pauvre en sûreté, à l'ombre et sous
la protection des loix (a).
Ces loix ou coutumes contiennent 42 articles sur diffé-
rentes matières, concernant les droits du comte, les de-
voirs de ses sujets, et le maintien du bon ordre et de la tran-
quillité publique. Voici en substance ce que portent ces
loix : 1°. Lorsque le comte entrera en possession du com-
té, soit qu'il lui appartienne par droit de succession, soit
qu'il l'obtienne par son mariage avec la comtesse, il pro-
mettra avec serment, qui sera confirmé par celui de quatre
gentilshommes du pays, de ne faire aucune violence à ses
sujets; et si cela arrivoit, il réparera le tort avec connois-
sance de cause. 2°. Les gentilshommes, après le serment du
comte, lui prêteront serment de fidélité, et lui en don-
neront caution, s'il l'exige. Les nobles et les habilans de
vallées doivent le même serment. 5°. Un gentilhomme
(a) Ut majorum vettigiisimitatis, vigortrtqiminisabatavisprocedentis, ter-
rain tibi commissam refiret, pauperes itftnatrtt ac recrearet.
4 *
XII SIECLE.
22 BERNARD II,
ne pourra bâtir un château , ni en rebâtir un de pierre , sans
l'agrément du comte, sur peine de démolition. 4°. Celui
qui a un château du consentement du comte, doit l'assurer,
qu'il ne sera fait aucun dommage au moyen de ce château;
et qu'il le lui remettra entre les mains, lorsqu'il l'exigera,
soit qu'il soit irrité, ou qu'il ne le soit point. 5°. Celui qui
possède un château aliéné pendant la minorité du prince, ou
par la nécessité de la guerre, le lui rendra lorsqu'il l'exige-
ra. 6°. Si le comte a fait quelque injustice à un noble, ce-
lui qui souffre le tort s'adressera premièrement à lui dans sa
maison par le moyen, de ses secrétaires les plus familiers.
S'il ne peut par cette voie obtenir justice, il s'adressera aux
gentilshommes du pays, qui sommeront le comte par deux
fois. Si ce moyen ne lui réussit pas, il fera entendre sa plain-
te au corps du pays, fera sa preuve, et attendra 40 jours;
après lesquels, s'il ne reçoit point la satisfaction, il pourra
se retirer hors du pays. Si dans la suite le comte le rappel-
le, il lui rendra tous ses biens, et réparera tous les torts qu'il
lui aura faits, par le déni de justice. 7°. La franchise, paix,
sûreté et immunité seront conservées aux monastères dans
les limites désignées. 8°. Si les monastères acquierrent, ou
achètent des biens nobles, ils seront obligés de fournir un
homme d'armes de service. 9°. La paix sera gardée en tout
temps aux clercs, aux moines, aux dames et à leur suite.
Ensorte que si quelqu'un s'est réfugié auprès d'une dame,
sa personne soit en sûreté, en réparant le dommage qu'il a
fait. Les paysans seront toujours en paix; et leurs bœufs,
ni les fers du labourage, ne pourront être saisis. S'ils sont
caution de leurs seigneurs, ils ne pourront être contraints
que jusqu'à la concurrence de ce qu'ils doivent à leurs sei-
gneurs. Les articles 4 0, M, \1 concernent la saisie et l'in-
vasion des moulins, etc. -13°. Il est défendu aux paysans
de chasser et de pêcher, si ce n'est pour l'usage des monas-
tères et des gentilshommes.
44°. Les personnes libres et franches doivent trois
corvées de charrois par an au comte , un repas , une
poule à Noël, et un agneau à la fête de Pâques. Si le com-
te fait tort à quelque personne libre, elle lui en demandera
justice; et s'il diffère de la rendre dans 20 jours, elle pour-
ra choisir tel seigneur qu'il lui plaira. 45°. Les personnes
COMTE DE BEARN ET DE BIGORRE. 23 Xh siècle.
libres ne seront pas obligées d'aller à la guerre, non plus
que les paysans, si ce n'est pour la défense de la terre. \ 6°. Les
habitons des vallées sont obligés d'accompagner le comte
dans les expéditions légitimes. Nous n'entrerons pas dans un
plus grand détail sur ces règlements. Toutefois le 28 est re-
marquable, et mérite d'être rapporté : il porte que le com-
te ne sera juge, ni l'évêque, si ce n'est pour absoudre les
âmes : Numquam judex sit cornes, aut episcopus , nisi de
sohendis animabus. Le sens de cette loi est sans doute,
que le comte et l'évêque ne doivent point prendre part
aux jugemens, si ce n'est quand il s'agit de faire grâce aux
coupables et d'user d'indulgence. M. de Marca remarque, ' Hist. de Beam. i.
que l'auteur de la fable du siège de Lourde, qui a transcrit
les coutumes de Bigorre, a fait une addition de sa façon au
dernier article, contre la leneur de l'ancien carlulaire :
Nemo a scripto foro appellet, sed aliter ad eurtem Sanctce
Mariœ de Podo tanquam ad caput appelletur.
Ces reglemens donnent une idée fort avantageuse de
Bernard, et font juger de ce qu'on pouvoit attendre de son
gouvernement, s'il eût vécu longtemps; mais la mort l'en-
leva dans un âge peu avancé. M. de Marca croit qu'il mou-
rut avant l'an -M 4 4. Le même auteur a tiré, du cartulaire
de Bigorre, qui est au trésor de Pau, les coutumes, dont
nous venons de parler, et les a insérées dans son histoire.' n>. p. su etsuiv.
L'édition ne nous en paroît pas bien correcte, soit que l'é-
diteur n'ait pas eu assez d'attention, soit que son manuscrit
fût défectueux. Voyez Hist. Litt. tom. 9, p. 567, et suiv.
GARNIER OU WARNIER
L'HOMILIAIRE,
Religieux de Westminster.
§ I.
Du temps de Gislebert Crispin, abbé de Westminster,
il y avoit, dit le P. Mabillon, 'dans le même monas- t.s, i. 70, ann.11
tere de Westminster, un Warnier, célèbre prédicateur, qui " p ' 3'
fut appelle l'Homiliaire, à cause de ses sermons. Le nom
XII SIECLE.
24 GARN1ER, OU WARNIER,
de Garnier ou Warnier, qui n'est nullement Anglois, dé-
signe un François, ou un Normand. On sait d'ailleurs que
l'Angleterre étant alors sous la domination des Normands,
il y avoit un grand nombre de François dans ce royaume;
et il est encore cerlain que sur la fin du XI siècle, le mo-
nastère de Westminster n'étoit presque rempli que de moines
Normands ou François d'origine. Nous ne donnons toute-
fois ceci que comme une conjecture et une présomption
que nous avons pour croire que Warnier étoit François.
Pos»ev. app. t. 2. Possevin ' et Pilsé le supposent Anglois; l'un et l'autre as-
D 547 I Pitseus de *
iiiust.Angi. script, surent, après Balaeus, que Warnier tlorissoit l'^n 4092, sous
Brit^apud/cent.' Guillaume le Roux. Pitsé croit qu'il fut abbé de Westmins-
M.igdeb. cent, n, ter, en quoi il se trompe visiblement, puisque le célèbre
Gisleberl Crispin gouverna ce monastère en qualité d'abbé ,
selon Pitsé lui-même, jusqu'à l'an 1117, c'est-à-dire, plu-
sieurs années après la mort de Warnier. Or Gislebert ayant
occupé cette place 52 ans, il n'est pas possible de trouver
un temps , où Warnier auroit pu être abbé de Westminster.
On ignore celui de sa mort : mais il faut qu'il ait vécu pour
le moins jusqu'à la fin de l'année 1 1 06 , puisqu'il se trouva
à la translation, qu'on fit le 17 Octobre de cette année,
du corps de sainte Witburge dans le monastère d'Ely. Tho-
mas, moine de ce monastère, parlant dans son histoire de
ingi. sacr. t. p. l'église d'Ely, ' de cette translation, qui se fit sous Richard
dernier abbé, rapporte qu'un religieux de Westminster,
nommé Warnier, fort avancé en âge, s'approcha du corps
de cette sainte, qui se trouva, ainsi que ses habits, sain,
entier, et sans corruption; que les mains et les bras étoient
flexibles. Thomas ajoute, que le même religieux les tou-
cha et les éleva , pour faire admirer les merveilles de Dieu ,
et attira beaucoup de personnes à ce spectacle. Le reli-
gieux de Westminster, dont parle Thomas d'Ely, n'est in-
dubitablement autre que Warnier l'Homiliaire. Ainsi on
voit qu'il vivoit encore l'an 1106, mais dans un âge a-
vancé.
8 IL
SES ÉCRITS.
Mon . in ligno ry armer , ' ou Warnier , le même qui est appelle War-
vJmier par Wion, ' et Vignor , par les Centuriateurs
de
RELIGIEUX DE WESTMINSTER. 25 xu siècle.
de Magdebourg, s est rendu célèbre par ses sermons, qui ub. 1, cent. Mag-
,, , r . vu •;• • h î deb cent. XII, c.
1 ont tait surnommer l Homiliaire. Il en composa un grand in, p. îoni.
nombre pour toute l'année, et s'aquit beaucoup de répu-
tation.' Pitsé fait un grand éloge de Warnier, louant sur De uiustr. Angi.
tout la pureté de ses .mœurs, la solidité de sa science, et sm1' • p
son éloquence; et il ajoute, que voulant se rendre utile à
la postérité et immortaliser son nom, il a composé \n un
écrit sous ce titre : Fasciculus temporum; 2° un livre d'ho-
mélies très-savantes, Homiliarum doctissimarum; à quoi il
ajoute un 5e écrit, Dejlorationes ss. Patrumj imprimé à
Râle en 4 494. C'est apparemment celui qui est ainsi intitulé :
Jerneri Abbatis dejlorationes super Evangelia de tempore per
anni circulum. Basilœ 'l 494 . Bild. Auq. p. 4 00. ' Vos- Lii>. 2, de iiist.
I al c 47 D 390
sius parle de Warnier aussi avantageusement que Pitsé,
et lui attribue les mêmes écrits, en citant pour garant Ros-
ton de Rury. Néanmoins ' Fabricius remarque que Ros- Lin. 7, bibl. med.
ton de Rury et Ralaeus ' n'attribuent à Garnier ou Warnier, cent x?c." S»?54-
que des homélies, et rien davantage. Quant à l'ouvrage,
qui a pour titre, Fasciculus temporum, dont Vossius et
Pitsé font Warnier auteur, c'est une méprise dans ces
deux écrivains, qui ont confondu Warnier avec un auteur
beaucoup plus récent que lui. Cet auteur est un savant
Chartreux Allemand, appelle Werner Rolewinek, qui a
réellement composé un ouvrage sous ce titre, Fasciculus
temporum, qui est imprimé dans le recueil des historiens
d'Allemagne de Pislorius, t. 2. Fabricius ' et Sandius ' ' dans g>W.
ses notes sur les historiens Latins de Vossius, ont relevé la
méprise de Pitsé et de Vossius, et rendu le Fasciculus tem-
porum à son véritable auteur. Sandius ajoute qu'il ignore
ce que c'est que ce Fasciculus temporum, imprimé à Cologne
en 4 54-1 , dont Charles du Moulin parle dans son ouvrage
de la Monarchie Françoise. Ce dernier Fasciculus est d'un
auteur qui n'éerivoit que sous le règne de François I.
Tome X. D
XII SIECLE.
26 WARNIER, MOINE DU CHRIST,
WARNIER,
RELIGIEUX DU MONASTERE DU CHRIST,
ou de Saint Sauveur de Cantorberi.
o:
itre Warnier l'Homiliaire, religieux du monastère de
Westminster, dont nous venons de parler, il y eut
encore un autre Warnier, religieux de la cathédrale de
Cantorberi , qui florissoit dans le même tems. C'étoit un
liomme savant qui étant tombé dangereusement malade,
se convertit, et embrassa la profession religieuse dans un
monastère, dont Ernulpbe, qui fut dans la suite évèque
de Rocbester, étoit alors prieur, c'est-à-dire, dans le mo-
nastère du Christ, ou de S. Sauveur, qui étoit la cathédrale
de Cantorberi. (Personne n'ignore qu'en Angleterre, jus-
qu'au schisme déplorable du Roi Henri VIII, la plupart des
cathédrales, et en particulier celle de Cantorberi, étoient
remplies par des religieux de l'ordre de saint Renoît.) Ce fut
vers l'an 1095 qu'arriva la conversion de Warnier. Saint
Ep 103. i. 3, p. Anselme lui écrivit à ce sujet une lettre, ' dans laquelle il
l'exhortoit à faire servir à l'amour de Dieu la science, qu'il
avoit employée à l'amour du siècle; afin d'acquérir la gloire
éternelle, qu'il méprisoit, ou ne désiroit que foiblement;
au lieu de celle du monde, qu'il se proposoit auparavant
dans l'étude des lettres. On voit par-là, que Warnier étoit
savant , et en état de servir l'Eglise par ses écrits. S. An-
iimi. Ep. ii3, p. selme lui écrivit encore une seconde lettre, ' dans laquelle
il l'exhorte à être fidèle aux devoirs du nouvel état qu'il
a embrassé; et à s'appliquer chaque jour à être dans les dis-
positions où il voudroit être au moment de sa mort. Cette
lettre est la réponse à celle que Warnier avoit écrite à
S. Anselme, pour lui témoigner le désir qu'il avoit de le
voir de retour dans son Eglise. Ce qui marque qu'elle a été
écrite après que saint Anselme se fut exilé lui-même
(l'Angleterre en 4 096.
Eadm. hist. nov. L'auteur de la vie de saint Anselme ' nous apprend qu'en
s. Ansei. p.* ni l'an -H44 Warnier, moine de Cantorberi, fut envoyé à
Rome avec le moine Jean et un clerc de même nom, pour
O.U DE S. SAUVEUR DE CANTORBERI. 27 XI1 siècle.
T. 2, p. 120.
demander la confirmation de l'élection de Radulphe, qui
venoit d'être placé sur le siège de Cantorbéri, vacant depuis
5 ans par la mort de S. Anselme; et pour prier le pape d'accor-
der, selon l'usage ordinaire , le pallium au nouvel archevêque.
Ce Varmer, moine de Cantorbéri, dont parle ici
Eadmere, ne peut être Warnier l'Hoiniliaire, qui étoit
religieux du monastère de Westminster; ainsi on voit que
nous avons raison de distinguer deux Warniers, qui floris-
soient dans le même teins , l'un dans le monastère de West-
minster, l'autre dans celui de Cantorbéri.
Quoique Warnier de Cantorbéri fut habile, et capable
de servir l'Eglise, comme on peut juger par la lettre que lui
écrivit S. Anselme pour l'y exhorter, néanmoins il ne nous
reste aucun écrit de lui; soit qu'il n'ait rien composé, soit
que ses productions ne soient point parvenues jusqu'à nous.
M. Uebeuf, dans le recueil de ses divers écrits de 4738, '
» parle d'un nommé Warnier, qui lit à Rouen vers l'an
» 1000 «ne longue satyre d'un poëte Ecossois retiré en
» France, nommé Moriult; laquelle, quoique adressée à
» Robert archevêque de cette ville, n'est pas exempte
» de termes un peu libres, ni d'avanlures romanesques.
» Elle est dans la bibliothèque du Roi, cod. 4 0240. M. du
» Cange a cité cette poésie dans son glossaire. » M. Lebeuf
a sans doute en vue la citation suivante, qui se trouve dans
le glossaire de M. du Cange ' sur le mot Torta. Il y a seu- t. 6, p. nœ.
lement une différence, en ce que le Poëte Ecossois, que M.
Lebeuf appelle Moriult, porte le nom de Macer dans le
glossaire. Vamerius Mss. in Macrum poëtam Scottum.
His ita perceptis, diviscpie ex caede placalis,
Très tortas caldas ex humeris religat,
Ut sibi per populum sic fas foret esse quietam ,
Securamque suam cernere Glycerium.
Quant à l'auteur de cette pièce, ce ne peut être War-
nier de Cantorbéri. Elle ne convient ni à son état, ni au
tems où il a vécu. Un pénitent qui, touché de Dieu, s'est
consacré à la pénitence, peut-il être auteur d'une pièce
toute profane, remplie de paroles libivs et d'avantiwes
romanesques? Peut-être pourroit-on dire, "'qu'il la composa
avant sa conversion. Mais si Warnier s'est converti vers
xii siècle. 28 VARNIER, MOINE DU CHRIST.
l'an 4095, s'il a été envoyé à Rome en l'an 4 44 4; il n'est
pas possible qu'il soit auteur d'une satyre faite vers l'an
4 000. Les mêmes raisons ne permettent pas d'attribuer
cette satyre à Warnier l'Homiliaire; ainsi il faut encore
distinguer l'auteur de cette pièce des deux précédens.
DIVERS AUTEURS ANONYMES.
1°. Anonyme Auteur d'une histoire abrégée
de Paschase Ratbert.
Cette vie abrégée de Paschase, abbé de Corbie, mort
en 865, a été publiée par Dom Mabillon ' . L'auteur
" ' p' ° qui étoit moine de la même abbaye, composa son ou-
vrage à l'occasion de la translation du corps du saint ab-
bé, de l'église de S. Jean l'Evangéliste dans la grande église
ib. p. 3G9. de S. Pierre. ' Cette translation fut faite par Guy évêque
d'Amiens, à cause du concours de peuple occasioné par
le grand nombre de miracles, (pie Dieu opéroit au tom-
beau du saint abbé. L'anonyme nous apprend, que ce fut
ib; p. 507. pr. par l'autorité du saint siège. ' D. Mabillon met cet événe-
ment en l'an 1075, et croit que notre anonyme fit son
histoire abrégée peu de tems après, comme il paroît par la
forme des caractères. C'est ce qui a engagé l'éditeur à le pla-
cer à la fin du XIe, ou au commencement du XIIe siècle.
Les ternies dont se sert l'historien, en parlant de l'abbé
Foulques, sous lequel fut faite la translation, insinuent qu'il
H.ib. ann. i. co, n'écrivoit qu'après la mort de cet abbé, arrivée en l'an 4 095. '
Comme notre anonyme emploie, au commencement
de son écrit, les mêmes termes à peu près, dont s'est servi
Act. t. 5, p. 3i5, S. Gerauld ' dans son prologue sur la vie de S.» Adalhart,
ni. t. o, p. 5G8, D. Mabillon ' demande s'il ne seroit pas aussi l'auteur de
cet abrégé. Mais qui pourra résoudre cette question, si
ce savant homme ne l'a pas fait? Nous nous contenterons
donc de répondre, que si l'histoire abrégée de Paschase
Ratbert n'a été faite qu'après la mort de Foulques, arri-
vée en 4 095, il ne paroît pas que S. Gerauld puisse en
ib t.n, p. 873, n. être l'auteur, étant mort ' lui-même cette année, le 5
d'Avril, et avant Foulques, qui ne mourut que sur la lin
DIVERS AUTEURS ANONYMES. 29
XII SIECLE.
de l'année. L'anonyme a pu avoir sous les yeux l'ouvra-
ge de S. Gerauld , dont il se sera servi , ainsi que des au-
tres monumens, qu'il aura trouvés dans son Monastère,
pour composer son abrégé. On voit effectivement qu'il a
puisé dans les mémoires du teins de Paschase, et sur tout
dans les écrits du saint abbé de Corbie, dont il fait l'énu-
mération et l'éloge. La plus grande partie de son histoire
en est tirée; il ne pouvoit pas même la tirer d'une autre sour-
ce; puisque les disciples de Paschase ayant observé trop
scrupuleusement la défense qu'il leur avoit faite en mou-
rant, d'écrire sa vie, n'avoient laissé aucun mémoire parti-
culier de ses actions. Aussi n'en rapporte-t-il que très-peu
de particularités; et il s'étend plus sur ses écrits, que sur
sa personne, dont il parle avec une réserve extrême. En
faisant mention des titres que l'humilité de Paschase lui
faisoit prendre, dont l'un étoit le titre de dernier des dia- u>. t. 6, p. 569, n.
cres, il remarque, que quelques-uns ont prétendu, qu'il
étoit Romain, et le dernier des sept diacres; que S. Adal-
hart étant allé à Rome, il fut si charmé de sa vertu , qu'il
s'attacha à lui, et le suivit en France. On voit que l'au-
teur ne veut point assurer les faits, dont il n'a pas des preu-
ves certaines. Mais il réfute ceux qui l'ont confondu avec
le diacre Paschase, dont parle saint Grégoire le Grand dans
ses dialogues. Il donne une idée de quelques-uns de ses
écrits, et apprend à quelle occasion il les a composés. C'est
dommage que notre anonyme ait manqué des matériaux
nécessaires pour donner une juste étendue à son histoire;
car il étoit capable de les mettre en œuvre, et d'en faire
un bon usage. Son écrit porte ce titre dans le manuscrit :
Incipit de S. Ratberto, abbate Corbeiensi.
2°. Anonyme Historien de la vie de S. Odulpbe.
Les continuateurs de Bollandus nous ont donné cette Bon. n, jun. p.
vie, revue sur quelques anciens manuscrits, avec des 5 ,595'
observations préliminaires et des notes, qui éclaircissent
le texte. Il est difficile de fixer le tems, auquel cet anoni-
me a écrit, d'autant que son ouvrage ne nous fournit d'au-
tre époque, que celle de Radbode évêque d'Utrecht, qui
étoit mort, lorsqu'il écrivoit, et par conséquent après l'an-
née ÏM7, qui est celle de la mort de ce Prélat.
XII SIECLE.
30 DIVERS AUTEURS
ib. p. 594, n. 9. 'L'auteur étoit d'Utrecht, ou de Staveren, lieu où S.
Odulphe avoit été curé, et certainement des Pays-Bas. Il
paroît qu'il n'a écrit que long-tcms après la mort du saint, qui
étoit né sous Louis le Débonnaire. Nous le plaçons au com-
mencement du XIIe siècle, ne trouvant rien, qui puisse
nous déterminer à croire qu'il ait écrit plutôt. Il a com-
posé son ouvrage sur d'assez bons mémoires; mais il l'a
chargé de beaucoup de lieux communs, qui montrent plus
de piété que de justesse d'esprit dans l'auteur. Cette vie avojt
déjà été imprimée plusieurs fois, avant que d'entrer dans
ib. p. 59s, n. 8. la grande collection des Bollandistes. Elle avoit paru dans
une légende imprimée à Cologne en 4 485, et réimprimée
à Louvain en 4 485. Surius P avoit aussi insérée dans son
recueil au 12 Juin, après en avoir, selon la coutume, retouché
le style, quoiqu'il avoue qu'elle est écrite avec gravité.
3°. Anonyme Auteur d'un fragment de l'histoire de France.
Hist. au. t. 8. p. ' s~\x a déjà rendu compte de l'ouvrage de cet Histo-
587. I Duch. script. I I • _ , „., , ~„ ,
Fr. t -2, p. 632. v^rien, que Duchesne a public dans son ze tome des
historiens de France, sous le titre de Fragment d'Histoire
d'Aquitaine, sans avertir qu'il en donneroit la suite dans
quelqu'un des volumes suivans de son recueil. Le même
morceau d'histoire se trouve dans le premier volume de
M. Pilhou, et la suite dans le second, pag. 407. Si on
avoit fait attention à cela, on auroit pu différer à parler
de cet auteur jusqu'à ce tems, qui paroît être le terme
ib iiist.iittp.53H. de son ouvrage, et peut-être celui de sa vie. D. Rivet a
pris l'auteur de cet écrit pour un Angoumoisin, à la lecture
de la première partie; il a même cru y appercevoir plu-
sieurs traits sufiîsans, pour le regarder comme un moine
de S. Cibard d'Angoulême, parce qu'il est soigneux de rap-
porter diverses particularités, qui concernent cette abbaye.
Mais cette conjecture paroît démentie par la suite de l'ou-
vrage de cet anonyme, que M. Duchesne nous a don-
T. i, p. «s. 95. née dans son ' 4e volume sous le titre de Fragment d'His-
toire de France, depuis le Roi Robert, jusqu'à la mort de
Philippe I, arrivée l'an UOH. Dans cette suite l'auteur
ne fait plus aucune mention, ni de l'Aquitaine ni de PAn-
goumois; ensorte qu'on peut dire que, s'il a été Angou-
moisin dans la première partie de son écrit, où il parle
ANONYMES. ô\
XII SIECLE.
d'Angoulême, il ne l'est plus dans la seconde, puisqu'il
n'en dit plus rien de particulier. Il s'y renferme totale-
ment dans l'histoire générale de France, et n'y paroît
plus être d'aucun pays. ' Nous n'avons garde de préten- p- 95.
dre qu'il ait été Gascon, à cause de certains événemens
extraordinaires qu'il témoigne avoir vus l'an 44 08 dans
un lieu de cette province, nommé Scyrs, situé sur la Ga-
ronne. Nous vîmes, dit-il, le ciel étant très-serain , de-
puis deux heures jusqu'à cinq , un cercle d'une grande
étendue, dans lequel il y avoit trois soleils, l'un à l'o-
rient, un autre au midi, et le troisième au septentrion.
Il paroît avoir cru que cela annonçoit l'invasion , que fi-
rent vers ce tems-là les Amoravis en Espagne, où ils pri-
rent plusieurs villes, et firent de grands ravages, n'épar-
gnant pas plus les Sarrazins que les Chrétiens. Il finit en
indiquant une éclipse de lune, arrivée en 1H0 au com-
mencement de la nuit; mais il n'en marque ni le mois,
ni le jour : cela prouve qu'il a au moins vécu jusqu'à cete
année. Quant à l'éclipsé indiquée, ce ne peut être que
celle qui arriva le 5 Mai à onze heures du soir, l'an 4 -HO.
' A juger de la profession de notre anonyme par la des- '•>■ p- 9i, 92.
cription qu'il fait du siège et de la prise de Jérusalem par les
croisés, on le prendroit pour militaire. Car il y parle com-
me un homme qui a une grande connoissance de ce qui re-
garde l'art de la guerre ; des diverses espèces d'armes , dont
on se servoit alors; des machines tant offensives que dé-
fensives, qu'on employoit pour assiéger et défendre les
villes. Mais il a pu puiser cette connoissance dans les his-
toriens, qui avoient écrit sur cette matière, et auxquels
il renvoyé. Après avoir décrit la prise d'Antioche par les
premiers croisés, et le siège cruel que Boëmond eut à soute-
nir après leur départ, il en est resté à la levée de ce
siège, disant qu'on peut en voir l'histoire dans d'autres
écrits; que pour lui, il se contente de parcourir rapide-
ment les événemens : succinctim sériera percurrentes tempo-
rum : il entasse effectivement les faits les uns sur les autres.
Quoique son ouvrage soit fait en forme de chronologie,
néanmoins il place sous une même époque des événemens
de différentes années. Il s'étend beaucoup sur ceux de la
première croisade, et passe assez légèrement sur les au-
XII SIECLE.
52 THOMAS II,
très. Il ne laisse pas toutefois d'en rapporter les principa-
les circonstances; de manière que son écrit, quoique chro-
nologique, n'est point sec et décharné comme le sont or-
dinairement les compositions de cette espèce. Il a soin de
remarquer les éclipses de soleil et de lune, les phéno-
mènes , les intempéries de l'air , les famines et autres évé-
nemens. Il fait mention de quelques illustres savans. Il
n'approuve point les procédés du pape Grégoire VII con-
tre l'empereur Henri IV. Il fait un bel éloge d'Henri I,
roi de France. Il papporte l'établissement de nos princes
François en Portugal, d'où sont descendus, comme l'on
Hist. gen. t. i, p. sait, les souverains de ce royaume. ' L'auteur de ce Frag-
nient est un moine de Fleury ou de saint Benoît-sur-Loire ,
comme les PP. Ange et Simplicien le remarquent judi-
cieusement dans l'histoire généalogique de la Maison des
Rois de France.
pith. script. Fr.t.i, ' M. Pithou avoit publié cet ouvrage avant M. Du-
chesne, sur un ancien manuscrit de l'abbaye de Fleury. C'est
Duch it>.u,p.G32. sur le même manuscrit que ' M. Duchesne l'a publié de
nouveau dans le 4e volume de sa collection, comme il le
dit au commencement de cette suite. Mais on lit à la tête
du premier Fragment, qu'il l'a corrigé et augumenté en
plusieurs endroits, sur la foi des anciens manuscrits.
THOMAS II,
Archevesque d'York.
§ \. HISTOIRE DE SA VIE.
Maim. de pont. ' rpHOMAS , second du nom, autrement surnommé le
Eal 'histPiiov. i. J- Jeune, pour le distinguer de son oncle paternel de
uèpont'2Ét!ortub' m^me nom» et son prédécesseur sur le siège archiépiscopal
d'York étoit Normand de nation, et né à Bayeux même,
comme il paroît. Il eut pour père Samson qui, avant que
de devenir chanoine de Bayeux, et ensuite évêque de
Vorchestre en Angleterre, avoit été engagé dans le mariage,
Rie. Hagus, i. 2, et eut au moins un autre fils, qui fut evêque de Bayeux.
Sa famille étoit opulente et distinguée entre la noblesse du
pays; et Dieu l'avoit fait naître avec d'excellentes disposi-
tions,
ARCHEVESQUE D'YORK. 53 XII SIECLE.
lions, pour en soutenir le brillant. Son pcre, qui étoit grand
homme de lettres, ' prit soin de le faire étudier; ' et Tho- Maim.ib. i. 4, p.
mas, à l'aide d'une grande pénétration d'esprit, fit beau- rîc. iiagus, ib. c.
coup de progrès dans les sciences : mais il en fit encore e'
davantage dans la vertu. A mesure qu'il avançoit en âge,
on découvroit en lui une bonté de cœur, une affabilité,
une compassion pour les affligés et pour les pauvres, une
généreuse charité à consoler les uns, et à soulager les mi-
sères des autres, une discrétion dans ses paroles, qui en
faisoient un objet d'admiration. A tant d'avantages se réu-
nissoient toutes les grâces extérieures, et le relief que lui
donnoient une parenté puissante, et des amis illustres dans
le monde. Une fortune aussi riante n'eut point assez d'at-
traits pour y retenir Thomas. Il la foula généreusement
aux pieds, et se consacra au service de Dieu dans l'état ec-
clésiastique.
' D'abord il fut clerc de la chapelle de Henri I roi d'An- Angi. sac. 1. 1, p.
gleterre et duc de Normandie. En celte qualité il se vit de gest. reg. p'
obligé de quitter son pays, et de passer en Angleterre, où 231. | stub.ib. p.
son père, alors évêque de Vorchestre, l'avoit peut-être
déjà appelle, avant qu'il passât au service de la cour. Au
bout de quelque temps ' il devint prévôt du monastère de Rie Hagus, ib.
Beverley, où étant tombé grièvement malade, il fit
voir en quelle recommendation il avoit la vertu. En effet
les médecins lui ayant indiqué un remède qui tendoit à lui
faire perdre sa virginité, il aima mieux être exposé à mou-
rir, que de racheter sa vie à un tel prix. Dieu bénit la foi
et la constance chrétienne de son serviteur, en lui rendant
sa première santé, par l'entremise de saint Jean archevêque
d'York, patron de Beverley.
' Gérard archevêque d'York étant mort le vingt-unième c. 7. *ngi. sac.
D , p 82 297 Stub
de mai -H08, comme il a été dit dans son histoire, l'égli- ib. isim.Dun.de
se de Londres se trouvoit aussi vacinte. Le roi Henri pen- re« AngL p- 231
soit à nommer Thomas à ce dernier siège, lorsqu'on le dé-
termina à lui donner celui d'York. Le clergé et le peuple
en furent charmés, et se réunirent avec joie à l'élire pour
leur archevêque, sept jours précisément après la mort de
son prédécesseur. ' Si-tôt que saint Anselme son primat, en Ansei.i.3,ep.i4».
qualité d'archevêque de Cantorberi, eut appris cette élec-
tion, il écrivit à Thomas pour l'inviter à venir se faire sa-
Tome X. E
5
XII SIECLE.
54 THOMAS
Ead. hist. nov. 1. crer à Ganlorberi, suivant la coutume. ' Thomas déjà pré-
4' p' 80' venu par l'organe de ses chanoines, qui craignoient que
leur église ne parût par-là soumise à celle de Cantorberi,
répondit poliment à l'invitation de son primat; mais lui al-
p. 80, su | Mjiim. légua divers prétextes pour gagner du temps. 'Anselme ne
Angf- sac.' fb. p. se rebutant point, lui écrivit encore, et lui indiqua le der-
p7 nu mj' ib' n'er dimanche de Septembre pour la cérémonie de son or-
dination. Mais le nouvel élu persista toujours dans son re-
fus pendant le vivant d'Anselme, et se laissa toujours ainsi
séduire aux mauvais conseils de ses chanoines. Le | rimai,
avant que d'en venir à la dernière extrémité, lui députa deux
évêques, pour tâcher de vaincre sa résistance. Enfin ce
moyen ayant été inutile, et Anselme sentant sa mort ap-
procher, écrivit à Thomas une lettre, qui devint publi-
que et circulaire, par laquelle il l'intcrdisoit de toute fonc-
tion de prêtre, et défendoit sous peine d anathéme à tous
les évèques d'Angleterre de lui imposer les mains, jusqu'à
ce qu'il rendît à l'église de Cantorberi l'obéissance que ses
prédécesseurs Thomas et Gérard lui avoient rendue. Le
roi et les évoques, entre lesquels étoit Samson père de
l'archevêque élu, maintenant cette défense après la mort
d'Anselme, Thomas fut obligé de se rendre, et reçut ainsi
l'ordination des mains de Richard évêqne de Londres, le
dimanche vingt-septième de Juin 4 4 09. Au reste tant qu'il
vécut depuis, il ne cessa de se repentir de n'avoir pas été
sacré par saint Anselme.
Ead. ib. p. 83. | 'Aussi-tôt après son ordination, Thomas reçut le pal—
stu . ib. p. ma. jjuni] qUe ]e p.,pC juj avojt env0yé par un cardinal, et or-
donna lui-même divers évêques pour les Isles Orcades et
autres églises d'Ecosse, nommément Turgot pour celle de
ivo, ep. 2i7. saint André.' Ives évèque de Chartres, ayant appris que
Thomas avoit été élevé sur le siège d'York, lui écrivit pour
lui marquer l'idée qu'il avoit de son pontificat. Il espéroit
effectivement , que la conduite qu'il y tiendroit, seroit une
lumière, qui dissiperoit, dit-il, les ténèbres de ces na-
tions barbares, et que les fruits qu'y produiroient ses exhor-
tations et ses exemples, feroient passer jusqu'en France la
bonne odeur de sa réputation.
Bic^ ii.igus, ibid. L'espérance de l'évêque Ives ne fut point vaine. ' Tho-
mas gouverna son église avec toute la vigilance d'un bon
ARCHEVESQUE D'YORK. 35
XII SIECLE.
pasteur, et en soutint le caractère par toutes sortes de bon-
nes œuvres. Un de ses soins dans les" fréquentes visites,
qu'il taisoit des monastères de son diocèse , étoit d'y main-
tenir, autant qu'il lui étoit possible, la majesté du service
divin. ' Il n'étoit guércs moins soigneux de pourvoir à leurs stub. ib.p. nia.
besoins. Il fit de grands biens nommément à son église ca-
thédrale et à celles de Ripon , de Beverley et d'Holy-Iland
ou Lindisfarne. ' Celle-ci lui fut redevable de se voir réta- Rie- Hagus, ib. c.
8 M)
blie de fond en comble , et peuplée de chanoines regu- '
liers , qu'il y introduisit le premier jour de Novembre 4 -H 3.
Son attention pour cette abbaye, qu'il chérissoit spéciale-
ment, alla jusqu'à la fournir de livres, d'ornemens et de tout
ce qui lui étoit nécessaire. Ce fut là une des dernières ac-
tions de sa vie, ' qu'il termina à Reverley en Février \\\A. c. n. | stub. ib.
Ses historiens sont partagés sur le jour précis du mois. Les
uns, comme Richard prieur d'Holy-Iland, marquent sa
mort au seizième, d'autres tels que Thomas Stubss ' et Go- Alford. an. nu.
douin au dix-neuviéme, et enfin Roger d'Hoveden au vingt- "' 117'
quatrième. Différence de dates, qui peut venir des diffé-
rens jours de la mort et de l'inhumation de ce pieux
archevêque. ' Son corps fut porté à sa cathédrale d'York, Rie. Hagus, ib. |
et enterré auprès de ceux des archevêques Alrede et Tho- Slub' lb'
mas ses prédécesseurs.
Guillaume de Malmcsburi remarque, qu'on louoit ex- Maim. ib. p. 274.
Irèmement et avec justice sa chasteté parfaite, son éminen-
te piété et sa grande tendresse envers les clercs. ' On a en- Hiid.car.p. 1322.
Ire les poésies d'Hildebert l'épitaphe d'un certain Thomas ,
qui n'est point autrement qualifié. A cela près elle repré-
sente tous les caractères de notre archevêque, et même le
mois où il mourut. En un mot, il n'y manque que le titre
d'archevêque d'York , pour ne pas douter qu'elle a été faite
pour orner le tombeau de notre pieux prélat. On en va
juger par la lecture.
EPITAPHE.
(juein studio niorum naturse pinxerat unguis.
Incausto tinguil mors inimica suo.
Nullius vitii glacies hiemavit in isto,
In quo virtutes ver statuêre suum.
Si quadravit eum virtutis gloria, nullam
Eij-
xn siècle. 36 THOMAS II,
Compulit in partem quaelibet aura visum.
Morum nobilitas excessit sanguinis ortum.
Naturam juvit moiibus iste suis.
Mens boiia disposuit, sermo rtoeuit, manus egit.
Hinc bonus, bine melior, optimus indè fuit.
Tertia lux aderat februi, cum terlia febris
Nuntia morlis adest perdere jussa Thomah.
§H.
SES ÉCRITS.
Entre tous les anciens écrivains, dont nous avons
tiré l'histoire de l'archevêque Thomas, aucun ne fait
mention de ses écrits. Mais divers bibliographes des der-
niers siècles lui en attribuent quelques-uns, qui les ont au-
torisés à lui donner place entre les auteurs dont ils ont
entrepris de parler.
sim.bib.p.659.2. ^° Simler , qui cite Jean Balée pour son garant, atteste
que Thomas, qu'il qualifie de Bfiyeux à raison du lieu
de sa naissance, et le Jeune, pour le distinguer de Thomas I
son oncle, composa un livre des Offices, Offieiarium,
Poss.app.t.3, p. à l'usage de son église d'York. ' Possevin et du Cange,
soi. i Ducang.'gi. peut-être d'après les précédens, disent la même chose. Mais
du Cange n'a pas copié correctement l'original d'où il a ti-
ré ce fait; ayant écrit : à l'usage de l'église de Bayeux ,
sim, bib. ib. au ''eu : t'e l'église d'York. ' Simler fait une autre faute,
en donnant pour synonymes Bayeux et Bayone; et tous les
trois sont tombés dans une autre encore plus considérable ,
en supposant que notre archevêque vivoit en 4469, plus
de cinquante ans après sa mort.
Hist. ut. delà Fr. Thomas avoit sans doute connoissance ' de deux autres
t. 8, p. 6», 578. ouvrages de même nature que le sien, qu'avoient public
quelques années auparavant Jean de Bayeux archevêque
de Rouen, et saint Osmond évêque de Salisburi , comme il
a été dit a leurs articles. Il y a même toute apparence, que
ce furent ces ouvrages, qui lui firent naître l'idée do son
dessein, et que ce fut à l'imitation de c s deux grands pré-
lats qu'il se porta à l'exécuter. On a vu qu'il aimoit la ma-
jesté de l'office divin , et qu'il étoit soigneux de la mainte-
ARCHEVESQUE D'YORK. . 57 ÏU SIECLE.
nir dans l'étendue de son diocèse. C'étoit un motif suffisant
pour que Thomas se prêtât à un travail, qui y devoit na-
turellement contribuer. Mais son ouvrage n'existant plus,
vraisemblablement par la raison qu'il tomba , et fut éclipsé
par celui de saint Osmond, ' qui devint commun à toutes les p. 579.
églises d'Angleterre dès le XIIe siècle, il n'est pas possible
de rendre compte de la manière dont Thomas l'avoit exé-
cuté. Ainsi l'on ne sauroit dire lequel de deux il avoit pris
pour modèle , ou celui de Jean de Bayeux , ou celui de saint
Osmond : ou enfin s'il s'y étoit fait un plan différent.
2°. Thomas épousa le génie et entra dans le goût de
grand nombre de pieux personnages de son temps , qui se
plurent à composer des chants ecclésiastiques. Ce travail
littéraire consistoit à mettre en musique, ou noter en plain-
chant des hymnes, des répons, des antiennes, etc. dont
ceux qui prenoient ce soin, fournissoient souvent les paro-
les, ou le texte. Notre pieux archevêque en composa sim. bib. &.
lui-même un recueil à l'usage de son église Mais per-
sonne ne nous apprend , s'il s'en trouve encore aujourd'hui
quelque partie dans les anciens livres manuscrits.
5°. ' Le différend entre Thomas et saint Anselme de Can- Ead. hist. nov. 1.
torberi, touchant la profession d'obéissance, que le premier sèi?'i. s, ep. ub~
refusoit de faire à l'autre comme à son primat, donna oc- i55e'pI88 187' ' l"
casion à plusieurs lettres de part et d'autre. On en a cinq de
saint Anselme à ce sujet ; mais il ne nous en reste de la part
de Thomas qu'une seule entière, avec le fragment d'une
autre, qui paroit avoir été la dernière de son côté sur cette
contestation , et qui attira la dernière si fulminante ue saint
Anselme. ' Celle de notre archevêque, que l'historien Ed- Ead.ibid.p.so 1
mère et le père Alford ont enchâssée dans leurs histoires, est n"°s».' an' U°8'
écrite en beaux termes et avec politesse. On y a quelques faits
historiques ; mais elle tend principalement à éloigner l'e-
xécution de ce que saint Anselme exigeoit de lui suivant la
coutume.
Il s'agissoit de la profession d'obéissance à l'église de
Cantorberi, qu'il devoit faire avant son ordination, et qu'il
fit enfin après la mort de saint Anselme, ainsi qu'il a été dit
plus haut. ' On a été soigneux de la conserver à la posté- Ead. ib. p.. 83, 1
rite; et elle se trouve dans Edmere, d'où elle a passé en di- p'.^'qi*0 l *'
vers autres recueils.
5*
XII SIECLE.
38 LAMBERT,
LAMBERT,
ËVESQUE D'ARRAS.
HISTOIRE DE SA VIE.
*
Lambert est devenu célèbre dans l'histoire par p'usieurs
événefhens de sa vie , et fut dans son temps un des
Bai. mise. i 5, p. oracles de la seconde Belgique. 11 naquit à Gnine , pe-
3ii'. 21'300, 3I ' 'ite vil'0 de Picardie à deux lieues de Calais, vers le mi-
lieu du siècle précédent. Sa famille étoit distinguée en-
tre la noblesse du pays, et comptoit dans sa parenté, les
maisons de Pontliicu et de l'ierrefons. Elle prit so.n de
p. 251, 253. faire étudier le jeune Lambert; ' et il y réussit à acquérir
un riche fonds de sçavoir, qui le lit briller depuis dans le
Gai. eiir. nov. t. ministère de la parole et les fonctions de l'épiscopat. ' Etant
3'P-32Î- entré dans le clergé de Térouane, il en devint archidia-
cre. De-là il passa au bout de quelque temps à la collé—
Bai. ib. p. mo, giale de Lille ' où il remplit un canonicat et la dignité
de grand-chantre. Il s'y distingua par une éminente piété,
et le rare talent qu'il avoit pour la chaire, ('eux qui assis-
toient à ses prédications, en étoient si touchés, qu'ils s'é-
crioient, en lui appliquant les acclamations que les habi-
tons de Naïm donnoient à Jesus-Clirist : Vu grand Prophète
a paru parmi nous; et Dieu a visité son peuple.
p. 237. • Tel étoit Lambert, ' lorsqu'en 1092, à la mort de Gé-
rard II, évèque de Cambrai et d'Arras, le pape Urbain
II forma le dessein de séparer ces deux diocèses, réunis
i'. 237, >ix. ensemble depuis plus de cinq cens ans. ' Le clergé et le
peuple d'Arras, profilant de la vacance du siège, n'ou-
blièrent rien auprès du souverain pontife, afin d'en obte-
nir un évèque particulier pour leur église. Urbain y donna
d'autant plus volontiers les mains, qu'il désiroit plus ar-
demment de rendre à la métropole de Reims ses douze
anciens sullragans, dont elle avoit perdu Arras par sa réu-
nion à Cambrai ; et Tournai, qui ne faisoit non plus qu'un
EVESQUE D'ARRAS. 39 xu SIECLE>
seul diocèse avec Noyon. Cependant les Cambraisiens se
remuèrent de leur côté, pour empêcher , l'exécution du des-
sein projette. Enfin le droit des uns et des autres ayant été
discuté dans le concile de la province, tenu à Reims le
troisième dimanche de carême de l'année suivante 4 095,
l'archevêque Renaud du Bellai, qui y présidoit, en envoya
le résultat au pape, qui ordonna que l'église d'Arras se choi-
sirait sans délai un évêque, qui lui seroil propre.
Celte nouvelle causa beaucoup de joie à Arras; et l'on p. 948,251.
s'y prépara aussi-tôt par le jeûne, la prière et les aumônes
à procéder à cotte élection. Les chanoines ne voulant rien
faire qu'avec la plus gratide maturité, écrivirent à ceux de
Lille, les priant de leur envoyer trois ou q:;alre de leurs
confrères, pour ks aider de leurs lumières dans une affai-
re aussi importante. Ils en nommoient trois personnelle-
ment, Clarcmbaut, le chantre Lambert, et un autre Lam-
bert sornommé de Cummines, ou peut-être Commines,
qui leur furent envoyés. Tout étant disposé pour l'élec-
tion, le dimanche dixième de Juillet, après la grand'mes-
se, où il se trouva une multitude de monde, le clergé élut
Lambert grand-chantre de Lille, ce qui fut applaudi du
peuple par trois acclamations réitérées de sa part. Sur le
champ on l'intronisa dans la chaire épiscopale, malgré
tout ce qu'il put faire pour l'empêcher, et marquer le sin-
cère éloignement qu'il avoit pour cette dignité. Mais on
n'eut aucun égard, ni à sa résistance, ni à ses larmes, non
plus qu'à celles de ses confrères, qui étoient consternés
de la perte que faisoit par-là leur compagnie. On le mit
cependant sous sûre garde, de peur qu'il n'échappât.
' Les Artésiens prirent ensuite les mesures pour le faire p. 250, 255, 259.
sacrer. Mais toutes les instances qu'ils firent, et que fit le pb°i64-468C' l' 10,
pape même auprès de leur métropolitain, furent inutiles.
Renaud refusa toujours, par les raisons qu'on a rapportées
dans son histoire, de se prêter à cette ordination, et la ren-
voya au pape. Il fallut donc prendre le parti de conduire
Lambert à Rome. ' Il partit pour ce voyage sur la fin de Bai. ib. p. -2.»,
Décembre; et en passant par Dijon, Hugues archevêque p. ici.
de Lyon, qui s'y trouvoit pour quelque fonction de sa
légation, le fit conduire dans sa ville archiépiscopale, par
Hugues, abbé de Cluni. Lambert, avec ceux de sa suite,
XII SIECLE.
40 LAMBERT,
y fut retenu six Jours, à cause de la rigueur de l'hyver, et
n'arriva à Rome que le vendredi avant le dimanche de la
Quinquagesime. Dès le lendemain de grand matin , il alla
trouver le pape, et prosterné à ses pieds, le supplia instam-
ment de le décharger de cette élection. Urbain l'ayant re-
levé, lui donna le baiser de paix, et tâcha de le consoler par
Bai. ib. p. 257 j ses discours. ' Après quoi il ordonna à Daïmbert, arche-
46ts. veque de Pise, et a Pierre de Léon, de le loger lui et sa
suite. Au bout de quelques jours, le pape proposa en con-
sistoire l'affaire du nouvel évêque, que quelques Romains
voulant retenir dans le pays, postulèrent pour le siège
d'Ostie. Mais le pape ayant à cœur le rétablissement de
l'évèché d'Arras, refusa d'entendre à leur demande, et
sacra évêque Lambert en présence de plusieurs prélats,
cardinaux et autres, le dix-neuviéme de mars 4094.
sa» «s ' P' 258' 'Lambert passa encore quelque temps à Rome; et après
avoir assisté au jugement qu'Urbain rendit en faveur de l'ar-
chevêque de Tours contre l'évêquc de Dol, il en partit le
vendredi après la Quasimodo : muni de bulles, tant pour son
métropolitain , que pour sa propre église , les abbés , les
abbesses , et le comte de Flandre , afin qu'elles lui ser-
vissent de titres. 11 prit sa route par mer en la compagnie des
archevêques d'Aix et de Tours , et se rendit heureusement
à son église, dont il prit de nouveau possession le jour de la
p. 269-271. Pentecôte. Malgré tant de justes précautions, l'arche-
vêque Renaud et le chapitre métropolitain ne laissoient
pas de regarder le nouvel évêque comme usurpateur du
siège d'Arras. Lambert l'ayant appris , leur écrivit des
lettres polies, mais fortes, pour se plaindre de cette in-
jure. Elle cessa apparemment, lorsqu'il eut été à Reims faire
. sa profession d'obéissance à son métropolitain : ce qu'il exé-
cuta le vingt-unième de Septembre, jour de la fête de saint
conc il». P. 497. Matthieu de la même année 4094; 'et il fut du nombre des
Mab. anu. i. 6s» prélats qui y célébrèrent alors un concile. ' Peu de temps
après il assista à un autre , que le légat Hugues , arche-
vêque de Lyon, assembla à Autun.
Bai ib p 273. 'L'année suivante, l'archevêque Renaud lui écrivit,
pour l'inviter de la part du pape à se trouver à celui que ce
pontife avoit résolu de tenir en Toscane , ou en Lombar-
die. [1 le tint effectivement à Plaisance; mais Lambert n'y
assista
EVESQUE D'ARRAS. 4^
XII SIECLE.
assista point, sans qu'on en sache la véritable raison. ' Ur- p. 279, -280. |
bain, après la célébration de ce concile, étant venu en conc. a», p. 47 ,
France pour la tenue de celui de Clermont en Auvergne,
écrivit du Puy-en-Velay à notre évêque , pour l'y inviter,
en lui marquant que l'église de Cambrai se disposant à l'y
inquiéter, il eût à prendre ses mesures. Son métropolitain
lui avoit déjà fait la même invitation de la part du Pape, et
enjoint d'y amener le plus qu'il pourroit d'abbés et au-
tres supérieurs, avec les seigneurs de son diocèse, et nom-
mément Baudouin comte de Mons.
' Lambert fut exact à l'exécuter, et partit d'Arras le vingt- Bai. it>. p 280.
huitième d'Octobre, menant avec lui au concile les abbés
de S. Wast, d'Anchin, le prévôt, le chantre, le sco-
lastique de sa cathédrale, Osbert écolâtre de Bethune, et
quelques autres des premiers du clergé. Mais son voyage
ne fut pas tout à fait heureux. En sortant de Provins, il fut
arrêté avec sa suite, et fait prisonnier par Garnier, seigneur
de Château-Pont, ' qui le retint ainsi plusieurs jours. Le p. 281.
pape l'ayant appris, en écrivit aussitôt à ce seigneur, et
à Richer, archevêque de Sens, dans le diocèse de qui cette
violence s'étoit commise. Philippe, évêque de Troycs, et
frère de Garnier, en étant instruit, agit de son côté, et
réussit à délivrer les prisonniers au bout de trois jours de pri-
son. Garnier reconnoissant sa faute, en fit à î'évêque une
satisfaction convenable, et après l'avoir bien régalé, le con-
duisit jusqu'à Auxerre. ' Lambert arrivé à Clermont, y fut p. 282.
reçu avec honneur, tant de la part de Hugues, archevêque
de Lyon, que de colle du Pape. ' Il fut un des pré- Galba chr. ib. p.
lats du concile, qui y firent un plus grand personnage; 323'
ayant reçu la commission d'en diriger les actes. ' A la fin de Bai. ib.
l'assemblée, il eut la consolation d'y voir confirmer le réta-
blissement de son évêché, après qu'on y eut fait la lecture des
titres qui le concernoient. ' C'est ce qui fut encore confirmé p. 275-2-8. |
de nouveau dans la suite, par deux diverses bulles du pape ess^è." P'
Pascal II, successeur immédiat d'Urbain. ' Lambert retourna Gaii. chr. ib.
à son église, avec la qualité de légat du s. siège dans la 2 Bel-
gique, et se donna tout entier aux fonctions de son ministère.
Jusques-là ses fréquens voyages ne lui avoient pu per-
mettre de vaquer à l'arrangement de son diocèse. Mais
aussi-tôt après le concile de Clermont, il assembla son sy-
Tome X. F
XII SIECLE.
42 LAMBERT,
node, et y régla la division des paroisses. Quant aux li-
Bai. iii. p. 26i, mites du diocèse en lui-même, ' elles avoient été déjà
'*""' 268- fixées par les bornes des deux royaumes de France et
d'Allemagne, telles qu'elles étoient anciennement.
La manière dont Lambert gouverna son église, lui at-
tira l'estime, la vénération, la confiance des plus grands
prélats et des princes même de son temps. De toutes
parts on s'adressoit à lui, comme à un oracle : ce qui est
prouvé par le recueil de ses lettres, où l'on en compte
plus de cent quarante, tant des siennes propres, que de
p. 306. 307, 320, celles qu'on lui écrivit. ' Les "deux papes Urbain et Pas-
3-23-325,315. ^^ |cs ^^ lln,,lu.s_ archevêquc de. Lyon , Richard
évêque d'Albane, Odon, Jean et Benoît étoient si avan-
tageusement prévenus en faveur de ses lumières et de l'é-
quité de ses jugemens, qu'ils y avoient souvent recours,
et s'en rapportoient volontiers à ses décisions dans les af-
p. 306,342. | ivo. faircs les plus épineuses. ' Son mérite, sa piété, son zèle
pour la discipline ecclésiastique l'avoicnt aussi intimement
lié avec S. Anselme de Cn.ntorbéri et le célèbre Ives de
Bai. ib. p. 345 Chartres. Par les mêmes motifs ' Henri I , roi d'Angle-
terre lui avoit donné beaucoup de part à l'honneur de ses
p. 336. bonnes grâces. ' Le légat Richard , évêque d'Albane, fai-
sant dans une lettre à Robert le jeune, comte de Flan-
dre, l'éloge de Lambert, manque d'expressions pour rele-
ver l'estime éclatante qu'il s'étoit acquise par sa conduite,
sa vertu, son attachement pour le saint siège, qui croit,
dit-il, le devoir regarder comme le premier évêque de
l'église Gallicane.
Il s'y passa peu d'événemens considérables, auxquels
p. 275. | Mart. noire prélat n'eût quelque part. On ignore le sujet ' du
e"! ' p' voyage qu'il fit à Rome au commencement de l'année 4 099.
Peut-être y fut-il appelle exprès avec les autres évêques
de sa province, pour le grand concile que le pape Urbain
y célébra le second dimanche après Pâques contre les er-
reurs des Grecs, et auquel Lambert assista avec les autres
ronc. ib. p. cio, sufTragans de Reims. ' Il en étoit de retour au mois de
juillet suivant; puisqu'il se trouva à un autre concile que
Manassé son métropolitain assembla à saint Orner le quator-
zième du même mois, en faveur de la trêve de Dieu.
p 658. ' D'abord le pape Paschal avoit commis Richard évêque
EVESOUE D'ARttAS. 43
XII SIECLE.
d'Albane son légat, pour absoudre Philippe I, roi de
France, de l'excommunication qu'il avoit encourue en con-
séquence de son mariage incestueux avec Bertrade. Mais
il en renvoya depuis la commission à notre évêque , ' à p. 742.
qui le roi écrivit aussi-tôt à cet effet. La cérémonie s'en
fit à Paris le second de décembre 1105, en présence de
deux archevêques, Daïmbert de Sens et Raoul de Tours;
des évoques de Chartres, d'Orléans, d'Auxerre, de Pa-
ris, de Meaux, de Noyon , de Scnlis, de plusieurs ab-
bés, et de grand nombre d'autres personnes clercs et laïcs.
Il est aisé de juger de l'honneur qui en revint à notre pré-
lat. C'est de la lettre qu'il écrivit incontinent au pape,
que nous apprenons le détail de tout ce qui se passa en
cette occasion. I.cs légats Jean et Benoît ayant eon- Bal. ib. p. 306,
voqué à Poitiers un concile, apparemment celui de -HOC, 307'
voulurent que l'évêque Lambert fût de l'assemblée; mais
on ignore s'il y assista.
Enfin, après que Lambert eut exercé les fonctions d'un
bon pasteur un peu plus de vingt-deux ans, à compter depuis
son élection, et seulement vingt-un ans, ûcux mois moins
trois jours depuis son sacre, ' il mourut le seizième de Caii. christ, ib. p.
mai de l'année LL15, et fut enterré dans son église ca- ut t. aTp!'?™}"
thédrale, du côté du chœur, au septentrion. On voit en- aneci. s.p.eoo.
core dans la croisée de ce même côté le tombeau de
notre prélat, avec sa représentation, qui paroît d'une struc-
ture assez moderne. 11 n'en est pas de même de son épi—
tapbe qui se lit en prose sur le mur , et en ancien caractère.
Outre la date de sa mort et le rétablissement de l'évêché
d'Arras, elle annonce un autre fait fort singulier. Elle porte
que la sainte Vierge avoit apparu dans la môme église à
Lambert et à deux Jongleurs qu'elle nomme , et qu'elle
avoit donné à l'évcque un cierge , qui avoit la vertu de
guérir ceux qui étoient attaqués du mal des ardens, alors
fort commun en France. Jean d'Yprcs , chroniqueur de saint
Berlin rapporte une autre Epi tapbe qui, nonobstant la pla-
titude des vers , caractérise mieux notre Prélat. La voici :
EPITAPHE.
Vedastns propiïns fuit hnjus Episrnpus tirbis :
Post cujus obilum proprio sine prasule languens
III SIECLE.
44 LAMBERT,
Haee sedes , flevit subjecla diù Cameraco.
Donec Lambertum tumulo qui clauditur istn ,
Moribus egregium , sapientem , religiosura
Romae sacravit Urbanus Papa secundus,
Et proprium Sedi pastorem reddidit isti.
Mundo decessit , cum Malus ab idibus exit :
Prsstet ei requiem Dominus sine line manentem.
Gaii. cbr. ib. p. ' Quelques écrivains ont été dans l'opinion , que Lam-
bert avoit été honoré de la pourpre romaine, sur ce qu'il
Bai. ib. p. 281, est qualifié prélat cardinal, cardinalem antistitem , ' dans
les bulles d'Urbain II, et de Paschal son successeur, et en-
core ailleurs. Mais cette qualification ne signifie ici autre
chose, sinon que Lambert seroit é'vèque en chef sans dé-
pendance de celui de Cambrai , et qu'il auroit son siège
propre et distingué de l'autre à perpétuité. Il n'y a qu'à
p. 277-279. lire avec quelque attention ces bulles des papes, ' et d'au-
tres dont elles furent suivies, pour se convaincre que c'est-
là le sens propre et naturel de cette expression. L'église
r- 26i- d'Arras ne l'entendoit point autrement, ainsi qu'il paroît
par sa lettre au pape Urbain, en lui adressant son évê-
que pour l'ordonner , et le priant de cimenter si bien le
rétablissement qu'il venoit de faire, qu'à l'avenir on ne put
le détruire. Rétablissement qu'elle n'a pas cru pouvoir mieux
exprimer que par le terme à'incardinationis, qui confirme
à merveille l'explication précédente.
MI-
SES ÉCRITS.
oud. scri. t 2, p. '/Casimir Oudin se flatte d'être le premier qui a élevé
v^l'évêque Lambert à la dignité d'écrivain écclésias-
cave, p. 513, i. tique. ' Mais en parlant ainsi il avoit oublié que Guillau-
me Cave, qu'il copie néanmoins souvent, lui avoit déjà
fait le même honneur. Lambert le mérite à plus d'un ti-
tre, puisqu'il a eu la principale part à des recueils fort
intéressans pour la littérature, mais que jusqu'ici l'on n'a
pas eu soin de faire connoitre pour ce qu'ils sont. C'est à
quoi nous allons tâcher de suppléer.
EVESQUE D'ARRAS. 45 XII 8lBCLE
•1°. ' Un de ces recueils a été mis au jour par M. Ra- Bai. mise t. s, p.
luze, et fait près du tiers du cinquième volume de ces Mis- 3,3."
cellanea. M. Grignon docteur de Sorbone et chanoine
de la cathédrale d'Arras lui en avoit procuré une copie
faite sur le manuscrit, qui porte le nom de l'évêque Lam-
bert , et qui est conservé à la bibliothèque de la même
église. On ne doute point sur ce titre et sur la nature des
monumens qu'il contient, que ce ne soit lui-même qui l'a
dirigé, ou au moins pris soin de le faire faire. On y distin-
gue trois parties, ' dont plusieurs pièces qui composent la spic. 1. 3. p. 123-
premiere et la seconde, avoient été déjà publiées avant 535; | c'0n'cP't. 10,'
que M. Raluze donnât le recueil entier, dans d'autres re- 5-74 ^fv^ass (re-
cueils, tels que la chronique Relgique de Ferreolus Lo- 677,' 742, 743.
crius , le Spicilege de Dom Luc d Acheri , la nouvelle
Ribliothéque de manuscrits du P. Labbe , et sa Collection
générale des conciles. De même Aubert le Mire et quel-
ques autres avoient aussi déjà publié quelques-uns des mo-
numens que comprend la troisième partie du recueil ; et
depuis qu'il a paru dans le public, ' d'autres écrivains en caii. chr. nov. t.
ont tiré plusieurs pièces qu'ils ont enchâssées dans leurs ' app' p
ouvrages , comme on le voit nommément dans les preuves
du troisième volume du Gallia Christiana.
'La première partie de cet important recueil contient Bai. ib. p. 237-
les actes du rétablissement de l'évêché d'Artois : c'est-à 2
dire les bulles qu'expédia Urbain II à cet effet , celles de
Paschal son successeur pour le confirmer, les lettres que l'é-
glise d'Arras, Lambert évêque élu, Renaud archevêque de
Reims, métropolitain de la province et autres, écrivirent sur
cette affaire. Une des pièces le plus considérables de cette
première partie , est la discussion du droit de l'église de
Cambrai et de celle d'Arras, qui se fit dans le concile pro-
vincial assemblé le troisième dimanche de carême \ 095 ,
et qui en forme les actes. Toutes ces pièces rangées à
leur place , sont liées entr'elles par des courtes relations
des faits qui se passèrent , tant à l'occasion du rétablisse-
ment de ce siège épiscopal en lui-même, que par rap-
port à l'élection et l'ordination du nouvel évêque. Et afin
de rendre son écrit plus complet , l'auteur a eu l'attention
de pousser sa narration jusqu'à la fin du concile de Cler-
mont en 4095, dans lequel cette grande affaire fut en-
XII SIECLE.
46 LAMBERT,
tierement consommée. Ce dessein l'a conduit à y faire en-
trer les avantures, qui arrivèrent à Lambert en s'y rendant.
Qui que ce soit , qui a pris soin de diriger cette partie
du recueil , on ne peut lui refuser la justice de reconnoî-
tre qu'il avoit du goût et de l'habileté. Quoique l'évêque
Lambert puisse en avoir donné le dessein, et y avoir eu en-
p. 257. core quelque autre part, on juge cependant ' par un endroit,
que c'est quelqu'un des clercs qui l'accompagnèrent à
p. 275. Rome, plutôt que lui-même, qui l'a exécuté. Or il y fut
accompagné d'Odon chantre de son église , d'Achard sco-
lastique et de Drogon prévôt d'Aubignai. L'on voit par
le détail où l'auteur est entré de la discussion du droit des
parties, c'est-à-dire des églises d'Arras et de Cambrai, que
p. 240-214. la première défendit fort bien sa cause. ' Entre les anciens
monumens qu'elle y cita, l'on' remarque le second concile
d'Afrique , celui de Sardique , les fausses décrétâtes , les
lettres de saint Grégoire pape, la vie de saint Rémi, l'his-
torien Orose, et des chroniques, qui traitoient des fon-
dateurs des villes. On y lisoit , que Romulus et Remus
avoient fondé Rome et Reims, Pompée Arras et Soissons.
p. 283, 376. ' La seconde partie du recueil , dont nous entrepre-
nons de renilre compte , comprend cent quarante-quatre
lettres , écrites par grand nombre de diverses personnes
du premier ordre ; papes , cardinaux , légats , archevê-
ques, évêques , rois, princes, princesses, et autres per-
sonnes constituées en dignité. L'on y voit non-seulement
quantité de traits qui concernent la discipline de la pro-
vince ecclésiastique de Reims pendant plus de vingt ans,
mais aussi plusieurs événemens mémorables , pour son
histoire , et même pour l'histoire générale de la Fran-
ce. On y trouve encore diverses particularités curieuses
touchant les mœurs et les coutumes de ce temps-là. Entre
ces lettres on en compte quarante-neuf qui appartien-
nent à notre évêque , et dont il importe de donner une
courte notice, au moins des plus intéressantes.
p. 288, 289. 'La première de ce nombre, et la neuvième dans l'ordre
du recueil, est écrite à l'église de Reims, en réponse à la pré-
cédente ; par laquelle cette église avoit donné à Lambert
avis de la mort de Renaud son archevêque , arrivée le
vingt-unième de janvier 4096, et de l'élection de Ma-
EVESQUE D'ARRAS. 47
XII SIECLE
nasse pour le remplacer. Lambert assure les chanoines de
Reims, qu'ayant appris cette mort, avant qu'ils la lui eus-
sent annoncée, il avoit déjà fait faire à sa cathédrale et
à l'abbaye de saint Vaast, et ordonné qu'on fit dans le reste
de son diocèse, les prières accoutumées pour le repos de
l'ame du prélat défunt. Du reste il approuve leur nouvelle
élection, et les congratule d'avoir choisi un aussi digne su-
jet, dont il fait l'éloge en peu de mots. Sa lettre est du se-
cond jour de février de la même année.
Si les antres lettres de notre évêque, contenues dans
cette seconde partie du recueil, sont postérieures à la pré-
cédente pour le tems, il est visible qu'on n'y en a fait entrer
aucune de celles qu'il écrivit les trois premières années de
son épiscopat, à compter depuis son élection. Or de toute
celles-ci , il n'en reste que deux qui se trouvent dans la pre- p. 269, 272.
miere partie du recueil; l'une à l'archevêque Renaud, l'au-
tre aux chanoines de son église. Lambert les écrivit quelque
tems après son ordination et son retour de Rome , pour se
plaindre de ce que malgré son exactitude à leur faire re-
mettre les lettres du Pape, qu'il en avoit apportées, et
malgré les excuses légitimes qu'il leur avoit fait faire de n'a-
voir pu jnsques-là aller en personne rendre l'obéissance qu'il
devoit à son métropolitain, à qui néanmoins il en avoit en-
voyé la profession par écrit, il étoit encore à recevoir quel-
que signe de bienveillance, et la moindre consolation de la
part de son église métropolitaine; qu'au contraire elle le
regardoit, s'il falloit s'en rapporter aux bruits publics, com-
me usurpateur de son siège. A la fin de ces deux lettres
vient la profession d'obéissance de Lambert à l'archevêque
Renaud. De-là on doit conclure, que le recueil dont il s'a-
git ici, ne contient pas toutes les lettres de notre prélat,
et qu'il s'en est perdu beaucoup d'autres.
'Une entre celles qui nous restent, et qui méritent d'être p. 300, 302.
connues, est la vingt-neuvième de la seconde partie du re-
cueil , adressée à Gérard , évêque de Terouane. Achard ,
chanoine et prévôt d'Arras, après avoir offensé son évêque,
avoit quitté son église, et s'étoit réfugié dans celle de Te-
rouane, où on le retenoit contre les règles, quoique son
évêque fût allé lui-même le répéter , et qu'il eût prié plus
d'une fois Gérard de le lui renvoyer. Lambert se plaint de
XII SIECLE.
48 LAMBERT,
ce violement des canons, et cite à ce sujet l'autorité des
conciles de Carthage, et celle du pape saint Léon le Grand,
dont il copie un assez long texte. L'auteur montre par-là
p. 299-300. qu'il étoit fort versé dans la discipline ecclésiastique. ' C'est
ce qui paroît encore par la vingt-cinquième lettre du même
recueil, aux chanoines réguliers de Guastines, où le même
Achard s'étoit auparavant retiré sans la permission de l'é-
vêque.
p. 384-306 'Lambert adresse deux de ses autres lettres, la trente-
quatrième et la trente-sixième du recueil, au pape Urbain
II, avec le titre de père des pères, qui est le même qu'é-
vêque des évêques : titre qu'il donne aussi à Paschal II, suc-
cesseur d'Urbain, mais non pas toujours uniformément. La
première à Urbain roule sur l'affaire de Robert, abbé de
saint Renii de Reims. Mais pour éviter les redites, nous re-
mettons à en rendre compte à l'article de Robert , un de nos
historiens de la première croisade. L'autre lettre au même
pape, est une simple recommandation en faveur de Gérard,
évêque de Terouane, elle fut écrite après le concile que ce
pontife tint à Nisme au mois de juillet 4096, en s'en re-
tournant de France en Italie.
89P 9i' ^V85^' ^n comPte jusqu'à douze lettres de l'évêque Lambert
135,144' ' ' au pape Paschal, les mêmes que nous marquons à la marge.
Le recueil en contient au moins autant de Paschal à Lam-
bert, dont plusieurs entre les unes et les autres constatent la
dignité de légat dans la seconde Belgique , dont notre
p. 323, 324. évêque étoit revêtu. ' Par une de ces lettres, il prie le pon-
tife Romain de confirmer le jugement qu'il avoit rendu en
cette qualité , entre Jean , évêque de Terouane , et les
clercs de l'église d'Ypres : jugement dont ces derniers, qui
avoient été condamnés, vouloient appeller au saint siège.
p 337,338 'Par une autre, il supplie le même Pape de maintenir ce
qu'il avoit déjà si heureusement commencé. Il s'agissoit
d'une petite abbaye que Lambert avoit érigée sous la règle
de saint Benoît, avec l'autorité du saint siège, et sous la dé-
pendance de l'église d'Arras, en un lieu nommé saint Prix
de Fercheres , et que l'abbé de saint Prix au diocèse de
Noyon , tentoit de revendiquer , comme dépendante de son
monastère.
p.^ 364-367, 375, ' Les trois dernières lettres à Paschal, les plus prolixes
de
EVESQUE D'ARRAS. 49 XIISiBClr.
de toutes, concernent les différends entre les chanoines
de la cathédrale d'Arras et les moines de saint Vaast d'une
part; les chanoines de la cathédrale de Tournai et les
moines de saint Martin de l'autre. Différends qui, bien que
pour de légers intérêts, causèrent de grandes agitations dans
ces églises, et exercèrent plus d'une fois la patience de
notre bon évêque. Enfin il vint à bout de les terminer; et
la cent quarante-quatrième lettre, la dernière de tout le
recueil, est pour rendre compte au pape de quelle manière
il avoit réussi à concilier les intérêts des chanoines et des
moines de Tournai en particulier. Lambert finit cette let-
tre en conjurant le pape avec de grands sentimens de foi
et de piété, de prier le Seigneur de lui faire la miséricorde
de lui pardonner ses péchés, et de le retirer de la prison et
des ténèbres de cette vie. ' 11 lui fait la même prière , en p. 365, 368. ep.
finissant une autre de ces lettres, par où l'on voit que ce
pieux évêque sentoit tout le poids de l'épiscopat, et com-
bien il avoit à cœur les biens futurs. Presque toutes ses au-
tres lettres au même Pape, ne sont que des recommanda-
tions en faveur de personnes qui imploroient le crédit
qu'avoit Lambert auprès de ce souverain pontife. La der-
nière de toutes est précédée ' de l'accord, ou transaction p. 371-376.
qu'il fit entre les chanoines de Tournai et les moines de
saint Martin.
Lambert adresse aussi plusieurs de ses lettres à l'arche-
vêque Manassé II, son métropolitain. ' Une des plus re- P. 327, 328.
marquables est celle qu'il lui écrivit en réponse à ce qu'il
exigeoit qu'on gardât un interdit général dans le diocèse
d'Arras, comme il le faisoit observer dans celui de Reims,
raison de l'injure outrageante qu'on avoit faite à Hugues,
évêque de Châlons-sur-Marne, en l'arrêtant et le tenant
prisonnier dans son propre diocèse. Lambert surpris d'une
telle proposition , allègue d'abord les raisons qu'il avoit
pour ne pas reconnoitre qu'elle vînt de la part de son ar-
chevêque. Après quoi il lui montré par plusieurs exemples,
et par ce qui lui étoit arrivé à lui-même en se rendant au
concile de Clermont , que ce n'est pas là l'esprit ni la pra-
tique de l'église, et qu'il n'y a que ceux qui font les fautes
qui en doivent porter la peine; l'interdit en étant une des
plus griéves, qui s'étendroit sur une infinité d'innocens.
Tome X. G
XII SIECLE.
50 LAMBERT,
p. 3i3. Le recueil ne nous présente ' qu'une seule lettre de Lam-
bert à saint Anselme archevêque de Cantorbéri, quoiqu'il
y en ait deux de celui-ci à Lambert. C'est la quatre-vingt-
douzième, qui n'est pas autrement fort intéressante : sinon
qu'elle est écrite en beaux termes, et avec beaucoup de
politesse. Lambert inquiet de la santé du saint archevêque
lui en demande des nouvelles, et le secours de ses prières,
surtout au saint autel.
p. 344. Il fait la même demande et en mêmes termes à Daïmbert
archevêque de Sens, à qui il adresse une autre de ses
lettres, la quatre-vingt-dix-neuvième du recueil. C'est
encore une lettre de pure politesse et bien écrite, par la-
quelle il annonce à Daïmbert qu'il lui envoie une paire de
gants brodés en or avec un manuterge.
p. 346-348. 'La cent cinquième, la cent sixième et la cent neuvième,
qui appartiennent encore à Lambert, ne sont non plus
que des lettres de politesse et de recommandation. La pre-
mière des trois est écrite au roi Louis le Gros, pour le
prier d'honorer d'une audience le porteur qui étoit cliargé
de communiquer de vive voix à ce prince certaines choses
de la part de notre évêque. Dans celle-ci, comme dans
plusieurs autres, l'auteur ne prend dans l'inscription que le
titre de prêtre, et ajoute le plus souvent par un autre trait
d'humilité, la qualification de serviteur inutile. Les deux
autres lettres indiquées sont adressées, l'une à Raoul le Yerd
p. 307, 358. archevêque de Reims, dont il y en a une à Lambert, l'autre
p. 300. au légat Ricbard, évêque d'Albane, qui lui adresse une des
siennes dans le même recueil, et dont il y en a une autre
en sa faveur, à Robert le Jeune Comte de Flandre.
Une des belles lettres de l'évêquc Lambert, et des plus
p. 348-3ôu. instructives, est la cenl-dixieme du recueil, écrite à un de
ses frères utérins, dont le nom n'est désigné que par une F.
Elle roule entièrement sur le mensonge dont il tâche de lui
inspirer de l'horreur, par plusieurs passages de l'écriture
sainte propres à cet effet , qu'il lui copie. L'auteur a voulu
épargner à son frerc la confusion d'apprendre à la postérité
en quoi il étoit coupable sur ce point. Il laisse au porteur de
la lettre le soin de le lui déclarer de vive voix. Lambert y
fait mention de sa belle-sœur, en se servant du terme de
Frutrissa, pour celui de Fratria, ce qui marque que son
frère étoit engagé dans le mariage.
EVESQUE D'ARRAS. ÊM
XII SIECLE.
' Celle qu'il adresse à un nommé Pomon supérieur d'une p. 317.
communauté de chanoines près de Pavie, comme il paroîl
par la suite, est curieuse. Deux personnes de la connoissance
de Lambert lui ayant raconté qu'un chanoine de cette mai-
son, qui s'étoit rendu moine depuis, avoit vu et entendu,
apparemment pendant le sommeil, saint Augustin célébrer
la messe à l'autel qui étoit à son tombeau, notre prélat
conjure Pomon de lui en envoyer une relation avec les
paroles dont le saint s'étoit servi dans la célébration des
saints mystères. Mais afin d'avoir quelque chose d'autenti-
que, Lambert, en homme de jugement, prie Pomon d'a-
voir soin de marquer l'année, l'indiclion, le jour, l'heure
à laquelle cet événement étoit arrivé, et de spécifier sous
quel pape et sous quel évêque de Pavie. On ignore au
reste, si Pomon fut soigneux de satisfaire la louable cu-
riosité de l'évêque Lambert.
Presque toutes ses autres lettres, que nous passons sous
silence, roulent sur les affaires courantes de son diocèse,
ou de ceux de la métropole , dans lesquels s'étendoit sa
légation. Quelques autres sont de simples lettres de recom-
mandation, de politesse,, d'amitié; et toutes font voir
les grandes liaisons qu'avoit leur auteur, non-seulement
en France, mais aussi dans les pays étrangers.
C'est ce que montrent encore mieux près de cent autres
lettres du recueil, qui ne lui appartiennent que parce
qu'elles lui sont adressées, ou qu'elles le regardent en quelque
sorte. Nous avons déjà rendu compte d'un grand nombre,
en traitant de ceux qui les ont écrites en partie. Tels sont,
le pape Urbain II, le légat Hugues, archevêque de Lyon,
les archevêques de Reims, Renaud et Manassé II, Guillaume
Bonne-Ame, archevêque de Rouen, saint Anselme de Can-
torbéri , les évêques de Noyon , Radbod et Baudri , Poppon
de Metz et Odon de Cambrai. Nous en userons de même,
lorsque dans la suite nous parlerons des autres grands hom-
mes qui ont écrit une autre partie des lettres du recueil :
Raoul le Verd , archevêque de Reims , les évêques Ives
de Chartres, Galon de Paris, Gautier de Maguelone,
Lisiard, ou Lietard de Soissons, Robert, abbé de saint Rémi
de Reims , et peut-être encore quelques autres. A l'égard
des auteurs de quelques unes de ces mêmes lettres , aux-
Gij
ni siècle. 82 LAMBERT,
quels nous ne donnerons pas d'articles particuliers, nous en
allons maintenant dire deux mots, en faisant connoître celles
qu'ils ont écrites; quoiqu'il y en ait peu d'intéressantes.
Ep. 22, 27, 30, 32, ' \\ y en a quatre qui appartiennent à Hugues de Pierre-
fons évèque de Soissons, et une cinquième, qui lui est com-
mune avec Anselme nouvellement élu évèque de Beauvais.
Elles sont toutes écrites à Lambert, et ne contiennent rien
de remarquable, sinon la grande confiance que Hugues avoit
aux lumières de notre prélat, et l'étroite amitié qu'ils avoient
contractée entr'eux ; aussi étoient-ils proches parens. Trois
de ces lettres concernent en particulier l'injure que Hugues
se plaignoit d'avoir reçue de l'abbé de saint Médard, et la
Gaii. chr. vet. t. 3, satisfaction qu'il lui fit ensuite. Cet évèque, à qui Ives
p' 49' de Chartres adressa la quarante-deuxième de ses lettres ,
étoit frère de Nivelon II , seigneur de Pierrefons , où il
fonda le monastère de saint Sulpice, sous la dépendance de
l'Abbaïe de Marmoutier. Hugues tint le siège de Soissons
depuis 4 092, jusqu'en 4403. Ayant entrepris alors le pèle-
rinage de Jérusalem , il mourut à Aquilée en Italie , où il
étoit allé pour s'embarquer à quelqu'un des ports du pais.
Bai. ibid. p. 283, ' Quatre autres lettres du même recueil , la seconde,
3oo,3i3,355,356. ja vjngt_huitieme, la quatre-vingt-seizième et la cent-ving-
tième , toutes adressées à Lambert , appartiennent à deux
évêques d'Amiens : les deux premières à Gervin, qui gou-
verna cette église depuis 4074 jusqu'en 44 02, et les deux
autres au célèbre saint Godefroi son successeur immédiat.
Gaii. chr. vet. t. 2, Celui-ci qui était auparavant abbé de Nogent , ayant été
élu , ou confirmé évèque d'Amiens au concile de Troyes
en 4404 à la fin de Mars, ne passa que dix ans et quelques
mois dans l'épiscopat; encore en interrompit-il les fonctions
pendant quelque tems, par le grand attrait qu'il avoit pour
la solitude. Il mourut à l'abbaye de S. Crespin de Soissons,
le huitième de Novembre 4445, et y fut enterré. Nicolas
moine du lieu, dont il sera parlé dans la suite, prit soin
d'écrire sa vie. Les quatre lettres de ces deux évêques
au reste ne regardent que des ordinations, excepté la pre-
mière , qui est pour inviter Lambert à la cérémonie de la
translation des reliques de saint Fuscien. Les deux de saint
Godefroi en particulier ne sont , l'une qu'un simple exeat,
p. 97, 2. | cam. et l'autre des lettres d'ordres. Mais ' on en a ailleurs une
EVESQUE D'ARRAS. 55
XII SIECLE.
autre de ce saint prélat, écrite à Baudri évêque de Noyon, chr. pr. i Mari. t.
pour l'engager à faire l'histoire de l'église d'Amiens , sur a™.' d°e3' p!oïVaSp.'
ce qu'il le croyoit auteur de celles de Cambrai et de Te- 795-
rouane. Cette lettre est datée de l'abbaye du mont Saint-
Quentin , dont Godefroi avoit d'abord été moine, en Mai
44 08, et a été traduite en notre langue par Jacques le Vas-
seur, dans ses annales de l'église de Noyon.
La vingt-quatrième et la cinquante-deuxième du re- Bai. ib. p. 399, 314.
cueil dont nous, continuons de rendre compte , roulent sur
les affaires courantes de l'état où se trouvoit alors leur
auteur. C'est Manassé , évêque de Cambrai , et auparavant p. 294, 318. | Gaii.
archidiacre de l'église métropolitaine de Reims, dont 23-25n°Vspic. t! îsi
l'élection, quoique légitime, et approuvée par le saint p- 4i5-
siège et les évêques de la province , causa dans l'église
de Cambrai un schisme qui dura environ dix ans. Gaucher
ayant été élu par le clergé , ne se trouva pas au goût du
peuple , qui de son côte élut Manassé. Dans la suite ,
Gaucher fut déposé et excommunié , au concile de Cler-
mont en 4095, et Manassé ordonné pour gouverner cette
église. Mais Gaucher appuyé de l'empereur Henri IV ,
sçut s'y maintenir. Manassé étoit sans doute mort, lors-
qu'en 4405, le B. Odon fut élu pour remplir ce siège.
' La vingt-deuxième lettre du recueil n'est qu'un simple Bai. ib. p. 300.
billet de Gérard, évêque de Terouane depuis 4084,
jusques vers 4098, qu'il fut déposé, par lequel il prie
l'évêque d'Arras d'ordonner prêtre un diacre qu'il lui
adressoit.
' La quarante-deuxième est une prière que l'église de P- 309, 310.
Noyon, son doyen en tête, fait à Lambert, de con-
sentir à l'élection qu'elle venoit de faire de Baudri pour
son évêque, et de vouloir bien se trouver à la céré-
monie de son sacre. On y a un bel éloge de l'évêque
élu ; et ce qui y est dit de lui , rapproché de ce que l'au-
teur de la chronique de Cambrai dit de lui-même, mon-
tre visiblement que ce sont deux personnes fort différentes
l'une de l'autre.
'Par la quarante-quatrième, qui est de Gui comte de p. 810,311.
Ponthieu, ce seigneur qui étoit proche parent de Lambert,
le presse de se trouver à Abbeville, le 6amedi dans l'octave
de la Pentecôte. Le motif d'une invitation si pressante,
6 *
xii siècle. 54 LAMBERT,
étoit d'assister à la cérémonie du lendemain dimanche;
à laquelle il devoit créer chevalier le prince Louis fils
du roi Philippe, qui régna après lui sous le nom de Louis
le Gros.
p. 311. La ' quarante-cinquième lettre appartient à Clémence
p. 302, 307. comtesse de Flandre, mère dir comte Baudouin VII, ' à la-
quelle notre prélat adresse la trente-unième et la trente-
neuvième des siennes. Cette princesse l'y prie d'engager
l'archevêque de Reims à lui rendre justice, dans le dif-
férend qu'elle avoit avec les clercs de la cathédrale de
Terouane.
p. 312, 315. 'Il y en a deux, la quarante-septième et la. cinquante-
quatrième , de Philippe de Champagne évoque de Châlons
sur Marne, depuis Ï093 jusqu'à la fin du même siècle.
Par la première il prie Lambert de conférer les ordres
sacrés à des clercs que Poppon évoque de Metz lui
avoit adressés à cet effet, mais qu'il ne pouvoit ordonner.
Par l'autre il l'invite à la dédicace de son église cathé-
drale. Il paroît par cette dernière lettre , qu'il y avoit
une intime union entre ces deux cvêques.
p. 320, 321. ' La soixante-unième est une production de la plume
des cardinaux légats, Jean et Benoît, que le pape Paschal II
avoit envoyés en France célébrer des conciles, et qui
invitent Lambert en des termes honorables pour lui ,
à se trouver avec les abbés de son diocèse, à celui qu'ils
conc.t. 10, p. 72i. avoient convoqué à Poitiers, ' pour le mois de Novembre
-H 00. Suit un Post-scriptum de la main du cardinal Jean
en particulier, pour demander à Lambert la continuation
de son amitié, et l'assurer de la sienne, et de la confiance
qu'il avoit en ses lumières.
p. 32i, 322. ' Une des plus intéressantes lettres de tout le re-
cueil, est la soixante-troisième, écrite à Lambert par Ro-
ger et Lisiard, archidiacres de Béarnais, au nom de
tout le clergé et de tout le peuple de cette église.
Elle nous apprend un événement qui ne se lit point
dans les autres monumens de notre histoire. On sçait
en quel triste état étoit réduit au commencement de ce
pal382^et l ?i XIIe siècle, le diocèse de Béarnais, destitué d'évêque
pendant deux ou trois ans. Le roi Philippe et Bertrade
y vouloient placer Etienne de Garlande, qui s'y portoit
EVESQUE D'ARRAS. 55
XII SIECLE.
volontiers de lui-même. Mais le pape et les plus sages
prélats de la France, nommément Ives de Chartres, s'y
étant opposés, le dessein projette ne put réussir. On élut
ensuite Galon , qui fut sacré pour remplir le siège va-
cant ; mais le roi s'y opposa à son tour, et il fallut cher-
cher un autre évêque. On ne sçauroit dire précisément
en laquelle des trois conjonctures arriva l'événement dont
la lettre fait mention : si ce fût avant qu'on proposât
Etienne de Garlande, ou après qu'il eût été rejette, ou
enfin après l'infortune de Galon.
Quoiqu'il en soit, ' le clergé et le peuple de Beauvais Bai. ib.
gémissant de se voir sans pasteur, s'accordèrent à élire
pour leur évêque Etienne archidiacre de l'église de Paris,
homme de mérite et propre à remplir cette place. Mais
il refusa constamment d'y consentir, malgré la députation
qu'on lui fit des premières personnes du clergé à cet effet.
On lui en fit une seconde; et son église ayant bien voulu
l'accorder, il accepta enfin son élection. Il est visible qu'il
ne s'agit point ici d'Etienne de Garlande, qui étoit un
laïc, et qui bien loin de refuser cette place, l'ambitionnoit
tout ouvertement. Les archidiacres de Beauvais, après
avoir fait ce détail à Lambert, le prient d'employer ses
bons offices auprès du pape, afin de faire réussir leur élection,
et de lui écrire en conséquence des lettres en bonne forme.
Ils ajoutent qu'ils en ont obtenues de semblables à cet
effet, de la part de l'archevêque Manassé, et des autres
évêques de la province, qui venoient de tenir à Soissons
une assemblée qu'on ne connoît point d'ailleurs. Enfin,
ils le conjurent d'intéresser dans cette affaire son bon ami
le cardinal légat Jean, dont il a été parlé. Nonobstant
toutes ces sages précautions, l'élection de l'archidiacre
Etienne échoua , comme les deux autres ; et ce fut Géofroi
qui succéda à Galon dans le siège épiscopal de Beauvais.
'La soixante-treizième lettre n'est qu'une simple re- p. 330.
commandation du trésorier de saint Quentin, dont le nom
n'est désigné que par un J, auprès de l'évêque Lambert,
en faveur de la personne qui la lui devoit remettre. Mais
comme l'auteur n'avoit point de cachet pour apposer
son sceau, il donne à Lambert un signe pour reconnoître
la main qui lui écrit.
XII SIECLE.
56 LAMBERT,
p. 33i. 'La soixante-seizième est de Robert le Jeune, comte
de Flandres , pour annoncer à Lambert , qu'il avoit été
obligé de rendre à l'empereur l'hommage qu'il lui devoit ;
mais qu'il s'en étoit aquitté, sans déroger en rien à sa
qualité de chrétien , ni à ses devoirs envers l'église Ro-
maine et celle de Reims, non plus qu'à ses égards pour la
dignité de l'évêque d'Arras. C'est que l'empereur, qui
étoit alors Henri IV, passoit dans ces pays-là pour schisma-
tique et excommunié.
p. 33i, 332. ' Celle qui suit immédiatement dans le recueil , appartient
Bai. ib. p. 332. à Ebremar, alors patriarche de Jérusalem ; ' elle est datée du
troisième d'avril -M 04, aussitôt apparemment qu'il eût été
fait patriarche; elle n'arriva à Arras que le dix-neuvieme
de Novembre suivant. On y voyoit en plomb le sceau de
l'Auteur, avec une inscription en Grec qui portoit :
Le saint Sépulchre de N. S. J. C. et une autre en Latin,
qui annonçoit : Le sceau a" Ebremar , Patriarche de Jéru-
p. 33', 332. salem. ' Le contenu de cette lettre se réduit à des poli-
tesses, et à annoncer à Lambert qu'il lui envoyoit un anneau
p. 332, 333. d'or, avec deux phioles de crystal remplies de baume. ' Lam-
bert y répondit parla soixante dix-huitieme lettre, qui suit
immédiatement dans le recueil celle du patriarche, et qui
lui fut envoyée par un archidiacre de Terouane.
cône. îo, p. 738, Il y en a deux de Richard , évêque d'Albane , qui ayant
été envoyé en \\ 0-i légat du saint siège en France, présida
aux conciles de Troyes et de Baugenei , tenus la même an-
p. 765,766. née, ' et six ans après en assembla trois autres, l'un à Cler-
mont, l'autre à Toulouse, et le troisième à Fleuri, ou saint
Benoît sur Loire, desquels il ne reste pour tout monu-
Bai. ib. p 336. ment que deux fort courtes lettres du légat. ' Les deux
du recueil qui lui appartiennent, sont la quatre-vingt-qua-
trième et la cent onzième. La première est écrite à Robert,
comte de Flandres, pour lui demander sa protection en
faveur de l'évêque Lambert , dont il lui fait un bel éloge en
peu de mots. Il adresse l'autre à Lambert même , pour l'en-
gager à abolir la mauvaise coutume qui s'étoit introduite
dans le diocèse d'Arras , où il se trouvoit quelquefois trois
titulaires d'une seule et même église : en sorte que lors-
qu'un des trois venoit à mourir , les autres deux conti-
nuoient à jouir, en partageant entre eux ce qui en revenoit
au
EVESQUE D'ARRAS. 57
XII SIECLE.
au défunt. Le recueil ne nous présente point de réponse
de notre évèque à la lettre de Richard. ' Mais on y en a p. 3-is, ep. io».
une autre qu'il lui écrivit à une autre occasion, avec de
grands titres d'honneur et la qualité d'ami, en faveur de
celui qui la lui devoit remettre. ' Richard avoit été d'abord spic 1. 12, p. aos.
chanoine de la cathédrale de Metz, d'où son attachement
pour le saint siège l'éleva aux premières dignités de l'Eglise.
'La cent douzième est de Gildouin , ou Geldouin , qui p. 350.351. |Mab.
/.,,,,,,.,. -, j ' ' 1 1 ann. I. 70, 11. 59.
après avoir ete abbe dAnchin, et ensuite dépose dans les 11.72, n. 45.
divisions dont ce monastère se vit agité à la fin du siècle
précédent, fut encore recherché pour remplir la même di-
gnité. L'évêque Lambert eut quelque part à ce dernier
dessein, par l'estime qu'il portoit à cet ancien abbé. C'est
pour l'en remercier, et lui déclarer son éloignement de
toute dignité, que Gildouin lui écrivit cette lettre. Il étoit
alors dans sa retraite de saint Berlin, d'où il passa peu de
temps après en Angleterre, où il finit ses jours vers \Wi.
'A son refus, les moines d'Anchin élurent pour abbé Bai. ib. p. 352.
Alvisc, alors prieur de saint Vaast d'Arras. Mais comme il
étoit profès de l'abbaye de saint Berlin , et qu'il leur falloit le
consentement de Lambert qui en étoit abbé, ils s'adres-
sèrent à l'évêque d'Arras, pour le prier de l'obtenir. C'est
ce qui fait le sujet de leur lettre, la cent-quatorzième du
recueil. ' Lambert sensible à leur prière, écrivit à l'abbé de p. 3.3.
saint Berlin, et sa lettre est lacent-seizième.
' La cent dix-neuvième esl un remerciement que Gautier p. 351, 305.
II, abbé du Mont Sainte Calberine, autrement de la Tri-
nité à la porte de Rouen, fait à notre évèque, pour avoir
donné à son monastère une église au diocèse d'Arras. En
reconnoissance, il lui promet en son nom et en celui de la
communauté, qu'après sa mort on y fera pour lui les mêmes
• prières qu'on avoit coutume de faire pour chaque abbé de
la maison ; et pour chacun des chanoines de sa cathédrale ,
les mêmes qu'on faisoit pour chaque moine.
'La cent trentième nous fait eonnoilrc un évèque de p. 3c>.
Nantes, nommé Robert,' qui manque dans les listes, ou ca- calt. ebr. vet. t. 3,
talogues de cotte église, et qui doit être placé entre Bc- p'
noît de Bretagne et Brice. C'est une lettre formée, Bal. il».
adressée à notre prélat , en faveur d'un nommé Thiesbolde ,
qui étant sorti du diocèse de Nantes, pour aller fréquenter
Tome X. II
XII SIECLE.
S8 LAMBERT,
les écoles des autres pays, se trouvoit alors à Arras, où des
personnes malignes le ehargeoient de divers crimes. Robert
atteste son inocence, en le recommandant à l'évêque Lam-
bert, et lui rend témoignage qu'il n'y a rien en sa naissance
et sa conduite qui puisse être un obstacle à l'élever aux ordres
sacrés et aux dignités ecclésiastiques.
De toutes les cent quarante-quatre de la seconde partie
du recueil, il ne reste plus à faire connoître que la centième
et la cent-unième, qui sont fort courtes, avec quelques au-
tres dont nous remettons à parler aux articles des hommes
de lettres, à qui elles appartiennent, et qui viendront dans
p 345. la suite. ' La centième est un billet de Henri I, roi d'An-
gleterre et duc de Normandie , pour remercier Lambert
de certains avis qu'il avoit reçus de lui , et l'assurer de sa bien-
veillance. La suivante est un autre billet d'un prêtre cardi-
nal de la sainte église Romaine, dont le r.om n'est désigné
que par un 0, mais qui peut être le même qui porta le pal-
lium à Thomas II, archevêque d'Yorck. En effet son nom
n'est point non plus autrement désigné en celte autre occa-
sion. Quelques-uns le nomment Odeleric. Quoiqu'il en
soit , il donne à Lambert rendez-vous à Corbie , où il lui de-
voit communiquer les ordres du pape.
p. 3"-4ou. 'On a dans la troisième partie du recueil quatorze chartes,
ou privilèges, comme il sont qualifiés, rangés suivant l'or-
dre de leurs dates. Ce sont autant de monumens de la piété
bienfaisante et généreuse de l'évêque Lambert, envers au-
tant d'abbayes et autre? églises, tant de son diocèse que
d'autres du voisinage. Outre les traits singuliers de la piété
de leur auteur, on y en trouve quantité d'autres, qui peu-
vent beaucoup servir à illustrer l'histoire du pays, principa-
lement l'histoire ecclésiastique de la métropole de Reims.
Il n'est point de privilège qui ne soit souscrit de plusieurs
abbés , chanoines et autres personnes constituées en di-
gnité, d'où l'on peut tirer des lumières pour rectifier les ca-
talogues des abbés du pays. On peut ajouter que ces privi-
lèges sont bien écrits à tous égards.
Cette partie du recueil est encore suivie d'une quatrième,
qui contient quarante-six autres monumens. Mais étant pos-
térieurs à notre prélat , nous remettons à en rendre compte
en une autre occasion.
EVESQUE D'ARRAS. 59 XII SIFCIE.
2° ' On est redevable à l'évêque Lambert d'un autre rc- conc. t. ip, p. sog-
cucil fort intéressant. C'est la principale collection des ca- 509'
nons, au nombre de trente-deux, qui furent promulgués
au grand concile de Clermont en Auvergne, tenu en J095,
et auquel il assista , comme il a été dit. Nous disons la prin-
cipale collection, par la raison qu'il s'en trouve trois autres :
l'une de neuf, l'autre de vingt-quatre, et la troisième de dix
autres canons, qu'on nous donne tous comme appartenans .
au même concile. 11 seroit au reste fort difficile d'alléguer
une raison décisive, pourquoi Lambert qui prit soin de re-
cueillir les trente-deux de la première réduction, n'y joignit
pas les quarante- trois des trois autres collections. C'est sur
quoi il ne se présente que de pures conjectures, qu'il vaut
mieux supprimer, que d'en fatiguer le lecteur, qui n'en de-
viendroit pas plus instruit.
Après tout , que la première réduction soit due aux soins
de notre prélat, ' c'est ce qui est attesté par un manuscrit, r. soo.
ancien de plus de quatre cents ans, dès la fin du XVIe siècle,
qui porte en tête le titre suivant : Livre de Lambert, évêque
d'Arras, et dans lequel se lisent de suite les trente-deux
canons. ' C'est sur ce même manuscrit que George Couve- r. sor.
nier, docteur en théologie, et scolastiquc de saint Pierre
de Douai, avoit fait la copie des mêmes canons, qu'il en-
voya à Rinius, et au moyen de laquelle celui-ci marqua les
variantes de ces canons dans sa collection générale des con-
ciles. A ces variantes près , le texte se trouva le même que
dans l'édition qu'Antonio Augustinus en avoit déjà publiée.
A la fin de sa réduction, Lambert a eu l'attention de mar-
quer le nombre des archevêques, évêques et abbés qui
se trouvèrent présens à ce concile. Mais, comme nous l'a-
vons déjà observé en rendant compte de ses actes, à l'article
du pape Urbain II , de tous les écrivains qui ont entrepris
de nous instruire de ce nombre, il ne s'en trouve peut-être
pas deux qui s'accordent précisément en ce point.
Hij
XII SIECLE.
00 HUGUES, ARCHEVESQUE D'EDESSE,
h:
HUGUES,
Archevêque o'Edesse,
et AUTRES ÉCRIVAINS.
tgues, dont nous entreprenons de dire ici deux
-mots, semble être né dans la seconde Belgique. Ce
qui porte à le croire, est sa dignité d'archevêque d'Edesse,
dont Baudouin de Boulogne et Baudouin du Bourg, qui
étoient du même pays, furent successivement souverains,
avant que de devenir l'un et l'autre rois de Jérusalem. Ayant
été de la première croisade, il porta jusqu'en Syrie, comme
tant d'autres François, la doctrine qu'il avoit puisée à nos
écoles. Quelque tems après que les chrétiens se furent ren-
dus maîtres d'Edesse, le mérite de Hugues, et sans doute
aussi le crédit des deux princes ses compatriotes, le firent
Mart. t. 2. p. au. élever sur le siège archiépiscopal de cette ville. 11 le
n. 8. remplissoit au moins des 110!), comme en fait juger un fait
qu'il rapporte dans une de ses lettres. On ignore le terme
précis de sa vie, quoiqu'il paroisse qu'il vivoit encore après
\\\A.
Mari. ib. 'On ignore aussi, s'il laissa d'autre production de sa
plume, qu'une lettre qui nous reste de lui, et se trouve
dans l'histoire de la métropole de Reims, par Dom Mar-
lot. Elle est adressée à Raoul le Verd, archevêque de
Reims, et aux chanoines de saint Symphorien de la même
ville. Il s'y agit de reliques de l'apôtre saint Thaddée et du roi
saint Abgare, honoré dans le pays comme confesseur, qu'un
clerc de cette collégiale, qui ayant passé en Syrie avec les
croisés, se trouvoitalors chapelain du roi de Jérusalem,
avoit postulé pour son ancienne église , et qu'il lui envoyoit :
Hugues, après avoir fait ce détail, atteste qu'elles ont été
tirées de l'église métropolitaine d'Edesse; et pour marque
de plus grande autenticité, il fit souscrire sa lettre par l'ar-
chidiacre, le doyen et le trésorier de la même église, dont
les noms montrent qu'ils étoient tous Latins.
spic. 1. 1-2, p. 291. 'Gui, autre illustre élevé de nos écoles, fut d'abord
ET AUTRES ECRIVAINS. 6\
XII SIECLE.
archidiacre de l'église de Verdun , et en grande estime au-
près de l'évêque Richer , qui le députa quelquefois à Rome
pour ses affaires personnelles. ' Richard de Grandpré ayant p. 295.
été élu évêque à la place du précédent mort en \\ 07 , donna
aussi à notre archidiacre des marques de sa confiance , ' et p. 297.
voulut qu'il l'accompagnât à Rome pour une négociation
délicate. ' Il s'agissoit de se faire absoudre de l'excommu- p. 296.
nication que le pape Paschal II avoit prononcée contre lui
la même année au concile de Troyes, pour avoir reçu de
la main de Henri V l'investiture de son évêché : sans cette
cérémonie, il ne pouvoit parvenir canoniquement à celle
de son ordination. ' L'entreprise n'ayant pas réussi, Richard p. 297.
reprit la route de France, et laissa à Rologne son archi-
diacre grièvement malade. Gui , dont le mal alloit tou-
jours croissant , ne put trouver personne qui voulût lui
administrer les sacremens, qu'au préalable il ne promit de
ne point communiquer avec son évêque élu à moins que
le Pape ne l'eût absous. Il fallut passer la condition.
' Cependant Gui revenu de sa maladie , et de retour en p. 29s.
Lorraine, nous apprend que Richard est outré contre lui,
et il n'ose se montrer. 11 employé ses parens , ses amis , les
évèques , les abbés , pour tâcher de se conserver ses reve-
nus ; mais Richard insensible à toute sollicitation , fait en-
lever tous les biens de l'infortuné chanoine , et ordonne
qu'on se saisisse de sa personne , en quelque lieu qu'on le
puisse trouver. Dans cette extrémité Gui prend le parti de
retourner à Rome, et passe à Cluni où il rencontre le lé-
gat Richard , évêque d'Albane , qui le retient , jusqu'à ce
qu'il employé en sa faveur auprès du nouvel évêque les
prières et les menaces. Tout ayant été inutile, il le fait
partir pour Rome, muni de recommendations. ' Le pape p. 298. 299.
Paschal le retint sept semaines, et le renvoya avec deux
fortes lettres en sa faveur,
' Après s'être tenu quelques jours caché à Verdun , Gui p. 299.
ne sçachant trop quel usage il pourroit faire de ces lettres,
s'avisa de les porter sur le grand autel de la cathédrale ,
une nuit que les chanoines étoient à chanter matines , et
d'annoncer à haute voix ce qu'il venoit de faire. Aussi-tôt
les chanoines et autres clercs, sans aucun respect pour la
sainteté du lieu , ' ni pour les châsses des saints, ausquelles p. 300.
xn SIECLE.
62 HUGUES, ARCHEVESQUE D'EPESSE,
l'indiscret archidiacre se tenoit attaché, se jettent sur lui,
le traînent jusqu'au milieu du chœur, en le maltraitant
horriblement. Richard l'ayant en sa puissance, l'envoie au
château de Grandpré , où Gui est mis dans une étroite
prison , privé de toute consolation humaine , souffrant la
faim , la nudité et toutes sortes d'injures. Pour se délivrer
d'un état aussi déplorable, il est contraint de promettre
qu'il satisfera ses persécuteurs , et communiquera avec eux ;
mais il n'est pas plutôt en liberté , qu'il se réfugie près du
légat l'évèque d'Albane, qui le prend sous sa protection.
L'évèque de Verdun plus irrité que jamais, dépouille Gui
de tous ses bénéfices, et les confère à d'autres. On voit
ici une de ces funestes extrémités auxquelles un faux zèle
et l'esprit de schisme sont capables de se porter.
ibid. 'Rome sensible à tout ce que l'archidiacre Gui avoit
souffert , plutôt que de manquer de fidélité au saint siège ,
lui en marqua sa reconnoissance , en le nommant évêque
p. 594, as». d'Albane à la mort du légat Richard. ' C'étoit précisément
par la même voie que celui-ci auparavant simple chanoine
p. 300. de l'église de Metz, étoit parvenu à cette dignité : ' mais
l'archidiacre Gui n'en put jouir , la mort ayant prévenu le
temps de son ordination. 11 mourut, comme on voit, pres-
que aussi-tôt que le légat Richard, dont on ignore égale-
ment la date de la mort : tout ce qu'on sçait de certain sur
ce point , est qu'il vivoit encore en \\\ o ; ainsi on ne la
peut placer plutôt qu'en LH4, ou l'année suivante.
ibid. 'Le clergé de Verdun joignit à ses autres mauvais trai-
temens contre son propre archidiacre , des libelles diffama-
toires , que Gui eut soin de réfuter par des écrits solides :
il y ajouta de plus une ample apologie pour justifier sa con-
duite, dans laquelle, dit un historien du temps, il faisoit
en grand la peinture de toute celte longue tragédie. Cet
ouvrage ne paroit plus maintenant nulle part; mais Lau-
rent de Liège, moine de l'abbaye de saint Vanne, qui
continua peu de temps après l'histoire des évêques de Ver-
dun , en tira de grands secours : c'est là incontestablement
qu'il puisa tout ce qu'il nous apprend de cette tragique
affaire , et que nous avons copié en partie
Mab. ann. i. 61», ' Odelric , ou Ulric , autrement Udelric , nous est
représenté comme un homme de mœurs innocentes et de
ET AUTRES ECRIVAINS. 65 x„ S1ECLE
tres-samte vie : v\r vitœ sanctissimœ et innocentis. De i. 68, n. ior>.
prieur de saint Mihel en Lorraine , il en devint abbé im-
médiatement après Sigefroi, qui vivoit encore en 4 094.
Il remplissoit cette dignité depuis quelque temps, lorsqu'on
octobre 4098, Richer évêque de Verdun, restitua à son
monastère une chapelle que Louis comte de la Ville lui
avoit enlevée. ' Depuis que l'abbaye de saint Mihel avoit l. go, n. oo
été transportée du lieu où elle fut d'abord fondée, en l'en-
droit où elle est aujourd'hui, on avoit toujours continué
à enterrer les frères au vieux Moutier, quoiqu'à plus d'une
lieue de distance. Odelric plus sensible à cette incommo-
dité que ses prédécesseurs, obtint que son monastère auroit
son cimetière propre. ' En 4 099 le même évêque Richer, n. m
à la prière de notre abbé, accorda à saint Mihel le droit
de battre monnoie : on a déjà vu d'autres exemples de pareil
droit accordé aux abbayes ; et celle de saint Vincent de
Metz en jouissoit au môme temps. 'Odelric vécut jusqu'en L. 7i, a. a
■H1S, et eut Lanzon pour successeur immédiat.
' Il y a de notre abbé un assez longue lettre au pape Bai. mise t. i, p.
Urbain II, au sujet du cimetière dont il a été parlé. L'au- 4-'"2, 153
teur y représente au pontife la fatigue et les inconvéniens
qu'il y avoit à porter si loin leurs morts , et le prie en con-
séquence de lui accorder la permission d'établir un cime-
tière dans l'enceinte de son monastère; ' permission qu'il r .453.
auroit pu, dit-il, obtenir de l'évêque diocésain, et qui
auroit suffit , mais qu'il a mieux aimé tenir de l'autorité du
saint siège : c'est ce qui fait la seconde partie et conclu-
sion de la lettre. ' La première partie roule sur l'attache- p. i,.».
ment de l'auteur et de sa communauté pour le pape; ce
qui leur faisoit partager ses divers sujets de joie et de dou-
leur. Ici Odelric touche quelques traits des funestes suites
du schisme en Lorraine. Cette lettre fut écrite ' au corn- p. 454.
mencement de l'année 4098, comme il paroît par la ré-
ponse d'Urbain en date du vingt sixième de Mars de la même
année. Urbain accorde volontiers à Odelric sa demande ,
et le congratule sur la consolation et le secours qu'il avoit
donnés aux abbés Rodulphe et Lanzon : l'un étoit de saint
Vanne à Verdun , l'autre de saint Vincent à Metz , et souf-
froient tous deux pour la cause du saint siège.
' Hezelon , ou Ezelon , que nous plaçons ici par la Pet. veu. i. 3, ep.
xii siècle. 64 HUGUES, ARCHEVESQUE D'EDESSE,
raison qu'on ignore le terme précis de sa vie , fut un des
2. | niid. op. p. illustres moines de Cluni sous l'abbé saint Hugues. Avant sa
911 037 * /
retraite dans le cloître , il etoit chanoine de la cathédrale
de Liège, où il avoit déjà brillé par son mérite et son grand
Pet. ven. ib. sçavoir , singulari scientia , ' s'il n'y avoit pas même en-
seigné : il est certain qu'il le fit au moins à Cluni. C'est
de quoi l'on ne peut douter , voyant que saint Pierre Mau-
rice lui donne le titre de maître célèbre en son temps ,
et qui avoit un don singulier de la parole, qu'il avoit em-
ployé heureusement à instruire ses disciples , autant des
principes de morale , que de la connoissance des lettres.
Mais comme il étoit fort entendu en architecture , le saint
abbé Hugues l'occupa particulièrement à conduire le grand
ciun. bib. p. 458. édifice de l'église de Cluni, ' auquel il fit travailler les
Pet. ven. ib. vingt dernières années de sa vie. ' Hezelon , au rapport
du môme saint Pierre Maurice , s'acquitta de cet emploi
avec tant de zèle et de succès, que personne n'eut plus
de part que lui à la perfection de ce grand ouvrage : on
n'en pouvoit absolument excepter que les rois d'Espagne
et d'Angleterre, qui en faisoient la principale dépense.
Si c'est un honneur pour Hezelon, c'en est un autre en-
core plus grand pour lui , que de s'être prêté à un occu-
pation aussi tumultueuse , sans rien perdre du caractère d'un
disciple de l'humilité et d'un véritable moine , ainsi que
l'atteste le respectable auteur déjà cité plus d'une fois.
Deux autres célèbres chanoines de Liège, Tezelin et Al-
ger imitèrent quelque temps après l'exemple d'Hezelon ,
et se retirèrent à Cluni pour y finir leurs jours. Alger qui
a laissé des productions de sa plume , reviendra dans la
suite sur les rangs.
Hua. ib. ' Hezelon est aussi compté entre les écrivains de cette
illustre abbaye, pour avoir pris soin d'écrire la vie de son
maître l'abbé saint Hugues mort, comme on l'a vu, en
H 09. Hildebert alors évèque du Mans, et l'un des histo-
riens du même abbé, avoit vu l'ouvrage d'Hezelon, et
s'en servit même pour composer le sien. Il en parle avec
éloge en deux divers endroits; mais la manière dont il s'ex-
prime, en lui associant toujours Gilon autre moine de Cluni ,
sous saint Hugues et Ponce son successeur, feroit naître
un doute : sçavoir si ces deux écrivains qui vivoient en-
semble
ET AUTRES ECRIVAINS. . 65 XII siècle.
semble dans la même maison , avoient travaillé de con-
cert , et n'avoient fait qu'un seul et même écrit ; ou si
chacun d'eux avoit composé le sien séparément. ' Mais ce Mart. anec t. 3,
doute est levé par la préface de Gilon , qui fait foi qu'il p'
écrivoit à Rome où Ponce l'avoit envoyé; au lieu qu'He-
zelon écrivit à Cluni même. On croit communément
qu'Hildebert a fondu ces deux écrits dans le sien; ce qui
a sans doute le plus contribué à en causer la perte. Ce
n'étoit pas néanmoins l'intention de ce prélat , ' qui y ren- HUd. ib. p. 937.
voie comme à une histoire plus ample sur certains évene-
mens , et mieux écrite que la sienne : Ezlo atque Gilo cla-
rissimi scilicet viri vigilantius scripsisse traduntur. 11 est clair
par ces paroles et celles qui précédent immédiatement ,
qu'Hildebert n'épuisa point en entier , et ne fit pas entrer
dans la vie de saint Hugues tout ce que ces deux autres
historiens en avoient écrit avant lui; et c'est ce qui doit
rendre plus sensible à la perte de leurs ouvrages.
Quand il seroit certain ' que l'abrégé de la même vie fait Bon. 29, »pr. p.
uv • 1 P j t> 11 655 658.
par un anonyme , et publie par les successeurs de Bollan-
dus, auroit été tiré de ces deux écrits, comme porte le
titre , nous ne serions dédommagés de leur perte qu'en
partie : peut-être en arrivera-t'il quelque jour de l'un et de
l'autre , ce qui est déjà arrivé à l'égard de la préface de
celui de Gilon. ' Dom Martene et Dom Durand l'ayant Mart. ib. p. 321,
322
déterrée dans un manuscrit, l'ont rendue publique en 4 7-1 7.
Elle est adressée à l'abbé Ponce , qui n'étant pas content
de ce qu'Hezelon avoit écrit sur l'histoire de saint Hugues
son prédécesseur , engagea encore trois autres écrivains au
moins, ' Gilon, Hildebert du Mans, et Hugues moine, de p. 621. 1 mid. ib.
„, . , . , , , . , ,T P- 910. Bull. Ib.
Cluni , a traiter de nouveau le même sujet. Nous remet- p. 668.
tons à discuter ailleurs si Gilon, historien de saint Hugues
de Cluni, est le même que le cardinal évêque de Tuscu-
lum de même nom , auteur de quelques autres écrits ,
comme le prétend la foule de bibliographes.
' A l'égard d'Hezelon en particulier , Dom Mabillon Mab. ann. 1. 71, n.
a eu quelqu'idée, que le recueil sous le titre de miracles
et sans nom d'auteur , imprimé dans la bibliotéque de ciun. bib. p. 447-
Cluni , pourroit lui appartenir , et n'être autre chose que
la vie de saint Hugues qu'on lui attribue. Ce n'est ici après
tout qu'une pensée hasardée. On peut assurer que Dom
Tome X. 1
7
XII SIECLE.
66 HUGUES, ARCHEVESQUE D'EDESSE.
Mabillon étoit trop judicieux , pour regarder un recueil
aussi informe et irrégulier qu'est celui dont il s'agit ,
comme l'histoire , ou la vie en forme d'un des plus grands
hommes de son temps, écrite par un de ses propres disci-
ples. Aussi l'idée qu'Hildebert nous donne de l'ouvrage
d'Hezelon , est-elle beaucoup au-dessus de la nature et
du mérite de ce recueil.
Il se pourroit faire néanmoins, qu'il seroit une production
de la plume d'Hezelon , en supposant que s'étant apperçu ,
après avoir publié la vie du saint , qu'il y avoit omis
diverses choses, il auroit ensuite entrepris de les recueillir
sans beaucoup d'ordre , afin de servir comme de supplé-
ment , ou appendice à son ouvrage. Mais en lisant cette
compilation, l'on y reconnoît plus naturellement la plume
de quelqu'autre écrivain postérieur , qui aura pris soin de
la faire , après avoir observé que ceux qui avoient traité
cette matière , avoient oublié de toucher ce qu'il en sçavoit
d'ailleurs.
Il est visible au reste , que l'écrit a pour auteur un
moine de Cluni , disciple de saint Hugues, et qui paroît y
avoir mis la main à Cluni même. Ce qu'il y rapporte,
ou il l'avoit vu par lui-même, ou il l'avoit appris de ses
frères , ou autres personnes dignes de créance. Mais tout
n'est pas fort intéressant; et c'est sans justesse qu'on l'a
intitulé Recueil de Miracles. Il mériterait mieux le titre
de Recueil de Révélations, Visions, Apparitions, qui en
font le principal sujet , et qui y sont ordinairement dé-
crites en un stile diffus. Il s'y trouve néanmoins quelques
miracles du saint abbé , des exemples de ses vertus , d'au-
tres actions de sa vie , et des faits concernant d'autres
personnes, mais sous son gouvernement.
XII SIECLE.
RAOUL DE CAEN, 67
RAOUL DE CAEN,
Historien de la Croisade.
§ *•
HISTOIRE DE SA VIE.
Raoul surnommé de Caen , du lieu de sa naissance
en Normandie , est demeuré inconnu depuis le temps
où il vivoit, jusqu'au commencement du XVIIIe siè-
cle. On déterra alors un ouvrage de sa façon, qu'il avoit Mart. anec. t. 3, p.
écrit pour la postérité , le seul monument qui le fasse con- 107> 108-
noître. C'est l'histoire de Tancredc , l'un des chefs de la
première croisade, mort prince d'Antioche, en 4 -H 2. wili. Tyr. 1. n, n.
Suivant ce que l'auteur nous y apprend de sa propre per- 18-
sonne , il naquit vers l'an \ 080 ; ' puisqu'il n'étoit encore Mart. ib. p. 150,
que dans sa première adolescence , au temps de la prise n- 57-
d'Antioche par l'armée des croisés, au mois de juin 4 098.
Il dit en effet, qu'à cet âge étant à Caen dans la maison
paternelle , il vit , comme une infinité d'autres Occiden-
taux , une vapeur rouge et horrible à voir , qui parut dans
l'air , la nuit qui suivit le sanglant combat entre les chré-
tiens et les infidèles , quelque temps avant la prise de cette
ville.
' Raoul fit ses études à Caen même , sous le fameux p. h2, pr.
Arnoul , qui étant encore jeune , devint ensuite patriar-
che de Jérusalem ; et ayant eu dès-lors part à l'amitié de
ce maître , il s'en fit depuis un illustre protecteur. La
manière dont est écrit l'ouvrage qui nous reste de lui , fait
juger qu'il fit dans les lettres, autant de progrès qu'on
étoit capable d'en faire alors. On y apperçoit sans peine,
qu'il possédoit les auteurs des bons siècles, et surtout les
anciens poètes. Il avoit donné aussi une application par-
ticulière à la versification , et s'y étoit tellement exercé ,
que sa prose retient tout le génie poétique. On découvre
de plus dans le choix des choses qu'il rapporte, dans l'ordre
qu'il leur donne, et dans les courtes réflexions qu'il y joint,
XII SIECLE.
68 RAOUL DE CAEN,
un écrivain qui avoit du jugement, et d'autres connois-
sances que celles des belles lettres.
p. 109, 110. ' Vers -H07, lorsqu'il avoit environ 25 ans, il prit le parti
d'aller à la croisade, ouverte dès 4096. Mais on ne voit
pas bien clairement , si ce fut en qualité de clerc , ou de
simple laïc : on est cependant plus porté à croire que ce
fut en cette dernière qualité, en le voyant parler sçavam-
ment de l'art militaire. Il n'y auroit aucune difficulté à
s'en tenir à cette opinion, et à regarder même notre hi-
storien comme issu de famille noble , et élevé dans les exer-
cices des armes, s'il eloit, comme l'ont pensé les éditeurs
de son ouvrage, ce Raoul qui se fit beaucoup de répu-
tation en qualité de gouverneur d'Acre , sous Roger neveu
et successeur de Tancrede dans la principauté d'Antioche.
Mais c'est sur quoi l'on n'a rien de certain. Gautier le chan-
celier qui , dans son histoire de la guerre d'Antioche , parle
avec éloge de ce gouverneur, ne dit rien qui désigne
p. m, pr. Raoul de Caen. Quoiqu'il en soit, celui-ci arrivé en Syrie,
choisit l'armée de Boëmond, et de Tancrede, pour y
servir, peut-être par le motif qu'étant Normand, il sçavoit
que ces généraux descendoient des princes de la même
nation. Raoul s'attacha à l'un et à l'autre, mais plus
particulièrement à Tancrede , qui paroît lui avoir donné de
son côté plus de marques de considération et de confiance.
On n'est point instruit des autres avantures de notre
historien; et l'on ignore également le terme de sa vie,
p. 109,110. et son genre de mort. ' Voyant toutefois qu'il n'a pas poussé
son histoire de la croisade au-delà de l'année -H 05,
malgré ses engagemens à le faire , on est porté à juger
qu'il n'y eut que la mort qui en fut la cause. Tout ce que
p. m, pr. l'on sçait certainement, ' c'est qu'il ne mit la main à son
ouvrage, qu'après la mort du prince Tancrede, arrivée
p. ii2, pr. en \W2 , comme il a été dit, ' et qu'il dédia ce que nous
en avons au patriarche Arnoul , mort lui-même *en \ \ \ 8 ,
après six ans de Pontificat. De ces trois circonstances,
dont deux sont indubitables, et la troisième très-fondée,
on peut conclure que Raoul ne vécut pas au-delà de l'année
H15, et qu'ainsi il mourut jeune.
HISTORIEN DE LA CROISADE. 69 XII SIECLB
§ II.
SES ÉCRITS.
Personne ne nous apprend qu'il y ait d'autre ouvrage
de Raoul, que son histoire de la première croisade;
et il n'en paroît point d'autre sous son nom , dans ce grand
nombre de manuscrits dont on a publié tant de cata-
logues depuis soixante ans. Nous la nommons histoire de
la croisade, par la raison que l'auteur y touche presque
tous les principaux évenemens de cette première guerre,
qu'on fit en Orient, contre les infidèles ennemis du nom
chrétien. Mais son dessein principal est d'y faire connoitre
en particulier les grands exploits par lesquels Tancrede
issu des princes Normands, qui avoient conquis la Calabre,
la Pouille , la Sicile , et l'un des chefs de cette première
croisade, y signala sa sagesse, sa politique, sa valeur et sa
bravoure. C'est pourquoi l'ouvrage est intitulé, Les gestes
de Tancrede à V expédition de Jérusalem.
' Raoul en forma le dessein dès la première année qu'il Mart. anec. t. 3,
eut joint l'armée chrétienne en Syrie, et à cette occa- p' u1, pr'
sion. Comme Boëmond, et sur-tout Tancrede, lui témoi-
gnoient beaucoup de bonté, et le souffroient volontiers
en leur compagnie, il les entendoit tous les jours raconter
les grands évenemens déjà arrivés à la croisade , et se plain-
dre en même temps de ce que personne ne se mettoit en
devoir d'en conserver la mémoire à la postérité. En poussant
ces plaintes, ils se tournoient quelquefois vers Raoul,
comme pour lui faire sentir qu'elles le regardoient person-
nellement. Ils pouvoient en effet le connoitre pour homme
de lettres, et le juger en conséquence capable d'exécuter
cette louable entreprise. Raoul le comprit fort bien , et
prit dès-lors la résolution de s'y prêter. Mais il crut avoir p. 112, pr.
des raisons pour attendre la mort de son principal héros.
Il y avoit cependant dès-lors, au moins deux autres histoires
de ce qui s'étoit passé à la croisade, depuis le commen-
cement ' jusqu'à la célèbre bataille d'Ascalon , qui suivit
de près la prise de Jérusalem. C'étoit celle de Raimond,
d'Agiles, et de Pierre Tudebode, desquelles nous avons
rendu compte sur la fin du siècle, précédent. Mais les exem-
7*
XII SIECLE.
70 RAOUL DE CAEN,
plaires n'en étoient pas encore assez multipliés, pour qu'elles
fussent parvenues à la eonnoissanee de Boëmond et de
Tancrede.
Il ne paroît pas même que Raoul les connût , lors-
p. 111-111. qu'il mit la main à la sienne. ' Il la commence par l'é-
loge de son héros, qu'il fait suivre de celui de Boëmond,
sous qui il commandoit en second, comme un général sous
p. iu-121. son Roi. ' Après avoir décrit leur route jusqu'aux approches
de Constantinople, et les marques de courage et de valeur
qu'y donna Tancrede en particulier, il vient à la manière
dont ils se tirèrent des ruses et de la mauvaise volonté de
l'empereur Alexis, qui ne servirent qu'à faire éclater da-
p. 121-126. vantage la sagesse et la grandeur d'ame de Tancrede. ' De
ce récit particulier, il pasFe nu narré général de ce que
fit toute l'armée des croisés, en commençant par la prise
de Nicée, comme presque tous les autres historiens de la
même croisade, et sans perdre de vue son principal objet,
qui est de faire connoître, et relever les exploits particu-
p. 121-123. liers de son héros. Lorsqu'il en vient au siège de Nicée,
où tous les chefs des croisés se trouvoient réunis , il entre-
prend de les caractériser l'un après l'autre , en quoi il a
assez hien réussi. Quoique Normand de nation , et de nais-
sance, il ne pallie point les défauts du duc Robert son
souverain, qui étoit du nombre. Sur ce plan Raoul continue
la suite de l'histoire, jusqu'au siège d'Apamée, en -H 05,
où finit ce que nous en avons de lui.
Il est indubitable que s'il n'avoit pas été prévenu par la
mort, il n'en seroit pas demeuré là. Il faut se souvenir
qu'il écrivoit après 4H2, et avant i-H8. Son héros avoit
encore vécu 7 ans depuis -H Ou, et s'étoit signalé cette
même année et encore dans la suite, par des prodiges
de valeur, comme on l'apprend d'autres historiens du temps.
Raoul qui avoit entrepris d'écrire, principalement à dessein
de faire connoître ce grand capitaine pour tout ce qu'il
étoit, ne parlant ni de sa mort, ni même de tous ses exploits
de l'année 4-105, c'est une preuve peremptoire qu'il en fut
empêché par une cause insurmontable. Or nous n'en ap-
percevons point d'autre que la mort. Et l'on n'est point
fondé à dire qu'il aura continué son histoire , et que ce
p. îoo-no. qui nous manque sera perdu. La raison en est, ' que le
HISTORIEN DE LA CROISADE. H Xii siècle.
manuscrit qui contient ce que nous en avons , paroit por-
ter tous les caractères de l'original de Raoul, et finit néan-
moins à l'époque que nous avons marquée.
Ce qu'il y rapporte, il ne l'avoit point vu par lui-même;
puisqu'il ne passa en Syrie que vers 4-107. ' Mais il l'avoit p. m. pr.
appris de témoins oculaires et dignes de foi , nommément
des princes Roëmond et Tancrede , comme il le déclare
lui-même. D'ailleurs se trouvant en personne dans le pais ,
qui servoit de théâtre à la guerre , il s'étoit mis au fait de
la situation des villes, des places et autres lieux, pou» en
pouvoir ensuite parler sçavamment. De sorte que ce qui
nous reste de son écrit , doit être regardé comme un mor-
ceau d'histoire fort autentique. ' On y trouve même plu- p. 109, 110.
sieurs faits , et circonstances de faits , qui ne se lisent pas
dans les autres historiens de la même expédition. Tels sont
entr'autres les différends et brouilleries entre Tancrede et
Baudouin , entre le même Tancrede et Raimond comte de
saint Giles : l'origine , les sujets et les suites de ces diffé-
rends. ' Tel est encore le détail du siège et de la prise de p. i3i, ho.
la ville de Tarse en Cilicie. Il faut aussi mettre de ce nom-
bre ' l'avanture curieuse de Boëmond prince d'Antioche , p. isr. i Hist. nu.
que nous avons rapportée ailleurs , comme n'ayant été 6|0 a Fr' l' 8' p'
écrite que par l'historien anonyme de la même guerre, que
Dom Mabillon a publié ; mais que cet écrivain postérieur
à Raoul de Caen , a certainement tirée de son ouvrage , et
peut-être beaucoup d'autres choses.
Quoique Raoul soit principalement occupé de Tancrede
son héros, ' il ne laisse pas de rendre justice à la valeur Mart. ib. p. 130-
et à la bravoure des autres généraux de la croisade. On
ne peut par conséquent l'accuser de partialité , ce qui est un
grand défaut dans un historien. Il est attentif à donner les
choses pour ce qu'elles sont , et parle ordinairement avec
connoissance de cause de tout ce qu'il entreprend de rap-
porter. Ses descriptions sont vives., agréables, mais quel-
quefois trop abrégées. ' Il a cru devoir charger son écrit p. 120, 121, 124,
1 r • 137 139 194 197
de plusieurs harangues , le plus souvent trop longues. Mais
suivant la coutume de la plupart des anciens historiens, il
les a mise en son style. On a vu à l'article de Raimond
d'Agiles, que cet écrivain fait tous ses efforts pour justifier
la découverte de la sainte Lance , et la donner pour un
III SIECLE.
72 RAOUL DE CAEN,
p. 173-175-179. événement autentique et incontestable. Raoul au con-
traire la traite hautement de supercherie et d'imposture. Il
est cependant vrai que Raimond a l'avantage au-dessus de
Raoul d'avoir vu lui-même l'événement dont il est question.
p. 152, n. 6i. ' Un autre trait remarquable de l'écrit de notre historien ,
est la description qu'il fait des mœurs des Provençaux de ce
temps-là. Elle mérite d'être lue. Il finit par une des man-
œuvres, dont ils usoient dans la disette des vivres, qui ne
leur fait pas d'honneur.
Le style dont s'est servi Raoul dans son histoire , est gê-
né, affecté, et rien moins que naturel, mais plus latin que
celui des autres historiens de son temps. Il semble qu'il y
ait voulu imiter le laconisme de Tacite, ce qui le rend obs-
cur en plusieurs endroits. Du reste il retient plus le génie
de la poésie, que celui de la prose. Aussi l'auteur avoit-il
n. 27-32-73-95- un goût particulier pour la versification, ' qu'il a employé
à écrire environ la cinquième partie de son ouvrage ; et
l'on peut dire que ces endroits intercalés sont au-dessus des
autres. Il y a effectivement du feu, de l'élévation, de l'é-
nergie; il peuvent mériter, à juste titre, à leur auteur
la qualification de poëte. Un peu plus de douceur, de ca-
dence, d'exactitude dans la mesure des syllabes en feroit de
fort beaux poëmes.
p. 107-210. ' Dom Martene et Dom Durand ayant déterré ce beau
morceau d'histoire dans un manuscrit de l'abbaye de Gem-
blou, qui leur sembloit être l'original même de Raoul
ils en ont fait présent au public , avec quelques observa-
p. 134-136-139. tions préliminaires et fort judicieuses. Malheureusement '
il se rencontre plusieurs lacunes dans l'imprimé , à rai-
son de quantité de mots qu'on n'a pu lire dans le manuscrit.
Depuis cette édition , qui parut en 4 7^ T , dans le troisième
Mur. scri. it. t. 5, volume des anecdotes des éditeurs , ' M. Muratori a publié
p 279 333 j
de nouveau l'ouvrage au cinquième tome de sa belle et am-
p. 282. pie collection d'historiens d'Italie. ' Dans les nouvelles ob-
servations dont il l'a orné, il prétend que Tancrede, le hé-
ros de notre historien , n'étoit ni de race Françoise, ni de
p. 327, n. 137. race Normande, mais Italien de nation. ' Raoul néanmoins
le donne clairement pour originaire de France , ou de Nor-
mandie , qui est la même chose , ainsi que Boëmond , qui
l'étoit incontestablement. En effet parlant de ces deux
princes ,
HUGUES, 73
princes, qui se disputèrent la souveraineté d'Antioche, et
leur appliquant ce que Virgile dit d'Hector et d'Enée, il
s'explique à leur sujet en ces termes :
Si duos praelerea misisset Gallica taies
Terra viros,
puis reprenant sa prose, il ajoute : jam dudum Gallos ha-
buissent reges Memphis et Babylon.
HUGUES,
Abbé de Flavigni.
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
XII SIECLE.
i
Hugues, l'un des historiens le plus estimé de son
temps, naquit en 4065, comme le montre la suite de
sa vie. ' Il descendoit d'une maison illustre, et comptoit Mai), act. t. 3. p.
des empereurs entre ses ayeux. Son père se nommoit Ray-
nier, et sa mère Dade de Montgaucher. Celle-ci étoit fille
de Crotilde sœur de l'empereur Conrad le Salique, et se
trouvoit par-là petite-fille de l'empereur Otton III. ' Dès Hug. fi. chr. p.
sa jeunesse Hugues prévenu d'une grâce singulière , se retira
à l'abbaye de saint Vannes ù Verdun , et s'y consacra à Dieu
de toute la plénitude de son cœur dans la profession monas-
tique. ' Oudin suppose, que cela se fit sous le b. abbé Ri- oud. scri. t. 2, p.
cliard ; mais il y avoit alors plus de trente ans qu'il n'étoit
plus au monde. En effet, ' cet événement n'arriva qu'a- Hug. fi. ib.
près l'année 4 077 sous Rodulfe l'un de ses successeurs, à
qui Hugues demeura toujours très-attaché.
'En 4085 la communauté se trouvant persécutée pour p. 234.
son attachement à l'unité, de la part de Thierri évêque de
Verdun, qui favorisoit le parti de l'antipape Guibert et de
l'Empereur, l'abbé Rodulfe, pour céder au temps, la trans-
fera à Flavigni au diocèse de Toul, de la dépendance de
son monastère. ' Hugues qui étoit du nombre, voyant qu'il p. 235.
Tome X. K
Xll SIECLE.
74 HUGUES,
n'y avoit pas jour à retourner si— lot à saint Vanne, pensoit
à profiter de l'occasion pour rentrer dans le monde, sous
prétexte de perfectionner ses études. Il se laissa néanmoins
aller aux avis de son abbé, qui l'ammena avec lui à saint
Bénigne de Dijon , où le généreux abbé Jarenton donna à
p. 236,237. cette communauté errante un asyle des plus gracieux. ' Afin
d'établir une plus grande concorde entre les frères des deux
maisons, le pieux abbé proposa à ses hôtes de faire à saint
Bénigne le vœu de stabilité, au moyen de quoi ils seroient
censés enfans de la maison. Quelques-uns en firent diffi-
p. îïï. culte, et Hugues plus que tout autre. ' Il se rendit cepen-
dant, et s'en félicita dans la suite de sa vie.
p. Î35-J39. ' Dès les premiers jours Jarenton conçut pour lui une af-
fection toute particulière. Hugues, qui en comprenoit le
prix, n'oublioit rien de son côté pour se la conserver, et y
répondoit par une grande attention à profiter de ses bon-
tés pour s'avancer de plus en plus dans la vertu. Après le
p. mi.' concile de Clermont en 1095, ' le pape Urbain II chargea
l'abbé de saint Bénigne, comme il a été dit à son arti-
cle, d'une commission délicate en Angleterre. Jarenton,
partant pour l'aller exécuter, prit avec lui Hugues, et le
retint jusqu'à son départ pour revenir en France. Ils y ren-
trèrent par la Normandie , d'où ils virent partir pour la
Croisade le duc Robert et les autres princes qui furent de
Fuie. gest. Fr. p. sa compagnie. C'étoit par conséquent en Septembre de
H2°- l'année 4 096.
Hug. fi. ib. ' Hugues n'étoit pas encore de retour à Dijon , lorsque
l'archevêque de Lyon et les évoques ses suflragans s'assem-
blèrent à Mâcon pour les funérailles de Pévêque Landri ,
et l'ordination de son successeur. Haganon évêque d'Au-
tun profita de l'occasion, pour représenter à l'assemblée l'é-
tat déplorable, où étoit réduite l'abbaye de Flavigni située
dans son diocèse. Il y avoit sept ans que la mort lui avoit
enlevé Rainaud son abbé , frère du duc de Bourgogne ,
sans avoir pu réussir à en avoir un autre. Le compatissant
prélat insista sur ce point, et demanda Hugues pour gou-
p *i2. verner ce monastère désolé. ' Il eut beaucoup de peine à
l'obtenir, par la raison que l'archevêque président de l'as-
semblée, étant légat du saint siège, affectionnoit Hugues
et avoit d'autres vues sur lui. Il semble même qu'il l'avoit
ABBÉ DE FLAVIGNI. 75
XII SIECLE.
déjà employé en quelque négociation, puisqu'il le quali-
fioit son organe. ' Mais le clergé et le peuple ayant appuyé
la demande d'Haganon , l'assemblée y consentit , et députa
l'évêque de Châlons sur Saône pour aller à saint Bénigne
engager l'abbé Jarenton à ratifier cette élection, et le moine
Hugues à l'accepter.
'Celui-ci paroit avoir bésilé du temps à se déterminer; p. 212.
car il se passa un an entier depuis son élection jusqu'à ce
qu'il reçut la bénédiction abbatiale. Enfin le jour ayant été
fixé pour cette cérémonie, il alla trouver l'archevêque de
Lyon, qui après l'avoir rassuré et consolé, lui donna une
lettre de recommandation très-honorable à sa mémoire pour
l'évêque d'Aulun. Ce prélat en conséquence, l'abbé de
saint Bénigne et le nouvel élu se rendirent à Flavigni le
vingl-deuxiéme de Novembre, jour de la fête de sainte Cé-
cile, qui étoit un samedi ^ 097 ; et le lendemain dimanche
Hugues fut solennellement béni abbé de ce monastère.
Dès les premiers jours il se donna tout entier au rétablis- r. 212, 213.
sèment de la maison, et commença par le temporel, appa-
remment comme le plus dérangé. ' Il n'avoit alors que tren- p. 242.
te-deux ans.
Hugues jouit paisiblement de sa dignité jusqu'en 4099 :
Mais ' il eut alors le malheur d'encourir tellement l'indi- p. 213-250.
gnation de Norgaud évêque d'Autun, qu'il ne lui fut plus
possible, par tout ce qu'il put mettre en usage, de regagner
ses bonnes grâces. ' L'origine de cette fatale et scandaleu- p. 243.
se avanture, vint de ce que l'abbé de Flavigni, qui avoit
droit de porter le premier son suffrage pour l'élection de
l'évêque diocésain, n'avoit pu se trouver en personne,
quoiqu'il y eût envoyé un député , lorsqu'on s'accorda à
élire Norgaud, ce qui se fit le jour de l'Ascension 4 099. Il
faut observer pour la justification de notre abbé, que de-
puis la mort de l'évêque Haganon, arrivée le vingt-cin-
quième de Juin de l'année précédente , on s'étoit assemblé
plusieurs fois pour lui donner un successeur r sans avoir pu
réussir à s'accorder, et que Hugues étoit allé autant de fois
à Autun pour concourir à cette élection. D'ailleurs après
qu'elle fut tombée sur Norgaud, il fut soigneux de se ren-
dre près' de lui pour l'accompagner à Lyon où se fit son sa-
cre. Il fut même le seul abbé qui l'y accompagna. A son
Kij
XII SIECLE.
76 HUGUES,
retour à Autun il le régala de son mieux pendant deux jours,
lui et toute sa suite , à Couches terre dépendante de son
monastère. En dernier lieu l'évêque étant venu à Flavigni
même, l'abbé lui fit l'accueil le plus gracieux,
ibid. Mais un malheureux incident, dans lequel l'évêque se
crut oflensé, et ses droits blessés, fit revivre sa première
p. 243, 244. indignation, " qu'il poussa jusqu'à interdire l'abbé de ses
fonctions dff prêtre, soulever ses propres frères contre lui,
et lui susciter toute sorte d'autres peines. Hugues au déses-
poir de se voir en butte à son propre évêque, n'oublia rien
pour tâcher de l'appaiser. Ce fut en vain qu'il lui offrit de
lui faire toute la satisfaction qu'il pouvoit souhaiter, et
P- fcu. qu'il se présenta à cet effet. ' Ce fut en vain qu'il fit à Au-
tun plusieurs voyages à grands frais, car les abbés mar-
choient alors avec beaucoup de train. Ce fut en vain qu'il
interposa des amis communs : il ne put réussir ni à faire le-
ver son interdit, ni à rentrer en grâce, ni même à avoir
P**5- justice. ' Il eut cependant la consolation d'être absous des
censures par commission de l'archevêque de Lyon absent.
Mais rien ne le consoloit de voir la décadence de la disci-
pline régulière dans sa maison, sans y pouvoir apporter de
p. 247-251. remède. ' Il eut besoin de toute sa vertu pour se soutenir
au milieu de tant de cuisants chagrins, dont le plus mortel
étoit de voir ses propres frères révoltés contre lui.
p- 251- ' Espérant toutefois que son absence y apporteroit quel-
que changement, il quitta Flavigni au grand regret du
peuple , et se retira à la terre de Couches , qui en dépen-
doit. C'étoit à la fin de Septembre de la troisième année de
p.»5î, 253. son gouvernement, par conséquent en -1099. ' Après quel-
que séjour à Couches, voyant que les choses s'aigrissoient
de plus en plus , et de la part de son évêque et du côté de
ses frères, il prit le parti de renoncer à sa dignité et de se
f,;*54- I c„onc- l- retirer à saint Bénigne en qualité de simple moine. ' Il y
etoit, lorsqu en ^00 les légats Jean et Benoît envoyés en
France, pour y tenir des conciles, en indiquèrent un, dont
l'ouverture se fit le dernier jour de Septembre à Valence
en Dauphiné. Hugues et Jarenton abbé de saint Bénigne
y assistèrent; et il s'y trouva en tout vingt-quatre tant ar-
chevêques qu'évêques et abbés. Dès l'entrée du concile
Hugues en présence de l'évêque d'Autun et de ses chanoi-
10, p. 717-720.
ABBÉ DE FLAV1GNI. 77 xu SIECLE.
nés offrit à se justifier des accusations intentées contre lui.
Mais ses accusateurs gardant le silence, et l'abbé Jarenton
ayant parlé en sa faveur, on lui donna la chappe et la cros-
se pour marque de son innocence, et il prit place entre les
pères du concile. L'évêque Norgaud son grand adversai-
re, y eut tout un autre sort. Ses chanoines l'y ayant accu-
sé de simonie et de dissipation des biens de son église, il y
fut déclaré suspens de toute fonction épiscopale et sacerdo-
tale. ' Le concile fini, les légats renvoyèrent Hugues avec Hug. fi. ib.
une lettre de leur part, qui enjoignoit aux moines de Fla-
vigni et aux habitans du lieu, sous peine de désobéissance
et menace d'interdit, d'aller jusqu'à Dijon au-devant de
Hugues, que le concile avoit reconnu pour leur abbé, de
le regarder et traiter comme tel, en le ramenant à^ son mo-
nastère avec l'honneur convenable.
Ces ordres des légats furent presque souverainement p. «s.
méprisés. 11 n'y eut que deux moines qui allassent au de-
vant de Hugues. Sur les belles promesses qu'ils lui firent,
et qui ne furent point exécutées, l'abbé se rendit à Flavi-
gni. Mais au lieu de l'honneur et de l'obéissance qu'on lui
devoit rendre, il n'y reçut que des insultes et mauvais trai-
temens. Il se mit en chemin pour se rendre au concile de
Poitiers, qui devoit suivre de près celui de Valence, et qui
se tint effectivement le dix-huitiéme de Novembre de la mê-
me année. Il changea néanmoins de dessein, et n'y alla pas
sur des réflexions que lui firent faire certains incidens arri-
vés alors. ' La conduite au reste que tinrent en cette oc- p. 256.
casion les moines de Flavigni envers leur abbé, venoit de
ce qu'ils s'étoient imaginés qu'il vouloit soumettre leur mo-
nastère à celui de saint Bénigne de Dijon, ce qu'il proteste
avoir été fort éloigné de sa pensée. ' Cependant l'évêque p. 201, iet
Norgaud , quoique déposé au concile de Poitiers , dont on
vient de parler; se transporta à Flavigni, et y établit ab-
bé ' Girard prieur de la maison, et auparavant prieur de p. 25», *6i.
Couches ' C'étoit violer toutes les loix, et faire une in- p. 262.
suite outrageante à Hugues, qui n'ayant été ni cité au préa-
lable, ni entendu en sa défense, en appelloit au chapitre
de la cathédrale d'Autun et au siège métropolitain de Lyon ,
et au cas qu'on refusât de lui rendre justice à ces deux tri-
bunaux, en appelloit au saint siège.
xiisncLi. 78 HUGUES,
Jusqu'ici nous n'avons fait qu'abréger ce que Hugues
nous apprend lui-même fort en détail de son histoire ,
qu'il finit à cette dernière avanture. Il s'en faut beaucoup
que nous soyons aussi bien instruits du reste de ses actions.
Il y a toutefois beaucoup d'apparence, qu'après cette
dernière infortune il se retira à saint Bénigne son asyle
Gai.riir. nov. t. 4, ordinaire. Ce qu'il y a de certain, ' est que depuis ce temps,
p' 161 c'est-à-dire, depuis l'année -MOI, Hugues demeura dé-
pouillé de Ja dignité d'abbé de Flavigni que Girard rem-
plissoit encore en 4^5.
Mah ann.t.j, app. On ne sçauroit dire par quelle fatalité, ' il vint à dé-
Fi. chY. p. 235', cheoir de celle solide vertu, qu'il avoit fait paroitre dans
247-249. ses adversités précédentes ; de cette patience héroïque
avec laquelle il les avoit soutenues; de ce zélé tout de
feu qu'il avoit témoigné contre le schisme ; de ce grand
amour qu'il avoit fait éclater en faveur de l'unité. Il n'est
Mai» ib. |ih.i 72, malheureusement que trop vrai, 'qu'il se laissa ensuite sé-
duire par les schisma tiques, et qu'il se prêta à usurper la
place du vénérable Laurent abbé de saint Vanne, lorsqu'en
\\\\ il fut expulsé de son monastère, à raison de son at-
tachement pour le saint siège. Hugues, qui devoit sen-
tir la grandeur de l'injure, après l'avoir soufferte lui-mê-
me en l'occasion qu'on a vue, ne fit point difficulté de la
faire souffrir à un autre. Et lui qui avoit tonné auparavant
contre le schisme, n'eut aucun scrupule de recevoir le bâ-
ton pastoral de la main d'un prélat qui le fomentoit ou-
vertement. C'étoit Richard de Grandpré, nommé à levé—
ché de Verdun, dont il a été parlé autre part. Cette action,
par laquelle Hugues dérogea et à la noblesse de sa naissan-
ce et à la profession de son état, porta Jarenton abbé de
saint Bénigne autrefois son maître et son protecteur, à
Hist. (ïeverd.i. i, le priver de sa communion. ' Il occupa néanmoins quatre
p. 227. a- 1 1 ' • j x •
ans entiers la place usurpée, ce qui nous conduit jus-
qu'en \\\§.
Depuis ce dernier trait de l'histoire de Hugues , on
ignore absolument ce qu'il devint dans la suite, et quel
fut le terme de sa vie. Il est visible que ce n'est point ce
spic..t. i2,p.277, ' respectable moine de même nom et de la même mai-
son, qui en -H 42 engagea Laurent de Liège, autre moi-
ne du lieu, à continuer l'histoire de l'église de Verdun
ABBÉ DE FLAVIGNI. 79
XII SIECLE.
commencée par le prêtre Berthaire. Cet historien ne pou-
voit ignorer l'insulte que Hugues de Flavigni avoit faite
à l'abbé Laurent en usurpant sa place, et qu'il n'a passée
sous silence, que pour l'honneur de sa maison, dont Hu-
gues étoit originairement profès. Encore moins pouvoit-il
ignorer de quelle manière ce môme abbé en parle dans
son apologie, où il le traite de fugitif, d'intrus, d'excom-
munié. En conséquence il n'en auroit pas fait l'éloge,
comme il fait de cet autre Hugues son contemporain. Au-
trement ç'auroit été démentir l'abbé Laurent, dont il re-
levé extrêmement le mérite. C'est ce qui a porté ' Dom d'A- Pi", p. 13, u.
chéri à distinguer ces deux Hugues, dès la préface du
volume, où il a publié la continuation de l'histoire de
Laurent de Liège. D'ailleurs étant éloignés l'un de l'au-
tre de près de trente ans, il n'y auroit que l'identité de
nom, qui les pourvoit faire confondre. Mais on sçait com-
bien ce fondement est équivoque et ruineux. ' A saint ''• soo.
Vanne même il y avoit alors encore un troisième Hugues,
différent des deux autres.
MI-
SES ÉCRITS.
Quelque fameux qu'ait été Hugues par ses avan-
tures, il l'est encore davantage par ses écrits. Il est
vrai qu'ils ne sont pas tous également connus, comme
ils ne sont pas non plus également intéressants. Mais voi-
ci le lieu de les faire connoître pour ce qu'ils sont, et
d'en discuter la valeur. Il est assez surprenant, qu'ils
ayent échappé, de même que leur auteur, à la connois-
sance de Sigebert son contemporain et presque son voisin,
et à celle d'Honoré d'Autun, de Henri de Gand, de
Tri thème, de Bellarmin, de Posscvin, d'Aubert le Mire,
et autres bibliographes, qui ont précédé ces trois derniers.
' \°. II y a de Hugues une célèbre chronique, que le Lab.bib.no». i i.
P. Labbc a tirée de l'obscurité et imprimée sur un ma- p'
nuscrit du collège des Jésuistes de Paris, qu'on regarde
comme l'original de l'auteur. Quelques écrivains la nom-
ment , mais fort improprement , chronique de Flavigny ,
XII SIECLE.
80 HUGUES,
du nom du monastère, dont Hugues fut quelque temps ab-
bé. Elle porte à plus juste titre celui de cbronique de
Verdun dans l'imprimé : non tant à cause que Hugues
étoit moine de saint Vanne à la porte de la même ville,
P- 98. que parce qu'il y traite en plusieurs endroits, 'et y donne
P- 'a une attention particulière à l'histoire de ce diocèse. ' L'édi-
teur la regardoit comme un thrésor incomparable, surtout
pour l'histoire du XIe siècle, dans lequel l'auteur a passé
la plus grande partie de sa vie.
p 75-158. Hugues a divisé son ouvrage en deux parties, dont la
première commence à la naissance de J. C. et conduit la
suite de l'histoire jusqu'à la fin du Xe siècle. Cette partie est
peu intéressante, soit par la raison qu'on trouve dans les
auteurs originaux avec plus d'étendue et d'exactitude ce
qu'elle contient, soit à cause de grand nombre de fautes,
qui s'y sont glissées, et de ses autres défauts. L'auteur non-
seulement y a fait entrer sans choix et sans discernement,
une partie de ce qu'il avoit lu dans les anciens chroniqueurs,
et les autres mémoires, qu'il avoit pu recouvrer; mais il n'y
observe même le plus souvent presque aucun ordre, et y
revient quelquefois à ce qu'il avoit déjà touché. C'est pour-
p 7<> quoi ' l'éditeur a cru rendre service aux gens de lettres,
de retrancher du texte plusieurs choses, qu'ils n'auroient pu
goûter. D. Bouquet, qui a donné une grande* partie de cet-
te chronique dans différons volumes de sa collection des his—
scri.fr. t. 3, p. 353- toriens de Franco, ' assure que le nombre des fautes égale
3»4, t 6, p. 230- celui des mots, dans ce qui précède l'an ÎM9. Depuis cet-
24s! t. s .' pP' 286- ,e année ÎM9, jusqu'en 966, Hugues n'a fait que copier
287 î. lit», t. 8, Frodoard, mais avec peu d'exactitude, comme le remar-
pref. p. 31, n. 37. r .
que encore D. Bouquet. Nonobstant ces imperfections,
l'ouvrage annonce que Hugues avoit de l'érudition, qu'il
étoit bien fourni de livres, et qu'il avoit été soigneux de
rechercher les autres monumens propres à' l'exécution de
son dessein. Il y cite quelquefois des chartes, les ouvrages
p 98 des anciens, 'et y copie nommément l'éloge en vers de la
ville de Verdun par le prêtre Fortunat, depuis évêque de
Le Beuf, disseri. Poitiers. Hugues a voulu faire le critique sur l'étymologie
t. 2. p. 157. (ju terme latin qui signifie Verdun. Mais il n'y a pas mieux
réussi que ceux qui l'avoient précédé, sur d'autres étymo-
logies. Outre son objet principal, qui est l'histoire presque
générale
ABBÉ DE FLAVIGNI. S\ m sieclb.
générale de ces temps-là , il s'y est proposé en particulier
d'y donner la suite des évêques de Verdun et des abbés de
saint Vanne et de Flavigni. Dernier trait qui fait juger qu'il
ne mit la main à son ouvrage, qu'après qu'il eût été éta-
bli abbé de cette dernière maison, c'est-à-dire après 4 097.
Autrement il auroit passé sur Flavigni aussi légèrement que
sur tant d'autres monastères, dont il ne dit rien, ou seule-
ment deux mots par occasion , et parce que son sujet le
demande.
' La seconde partie de sa chronique commence en \ 002 , p- 139> 2G«-
et finit à la seconde année du siècle suivant. Elle comprend,
comme on voit, une histoire de tout le XIe siècle entier.
C'est cette partie qui a principalement mérité à son auteur
le titre d'historien. On y a une riche source d'évenemens
pour l'histoire de l'église Gallicane, surtout à l'égard de ce
qui se passa alors dans les deux Belgiques. Sans cet ou-
vrage, non-seulement on n'auroit rien des actes de plu-
sieurs conciles du XIe siècle ; mais on ignoreroit aussi qu'ils
se fussent tenus, et quels avoient été les sujets de leur con-
vocation. C'est pourquoi ceux qui ont pris soin de diriger
des collections générales des conciles, depuis que la chro-
nique de Hugues de Flavigni est devenue publique, y ont
souvent recours pour ce qui concerne le même siècle. L'au-
teur a eu aussi l'attention d'y enchâsser quantité de pièces
originales, comme bulles, rescrits des Papes, lettres des
cardinaux, des archevêques, évêques, et des siennes pro-
pres, sans quoi la plupart se seroient perdues.
Un autre avantage de cette chronique, est qu'elle enfer-
me grand nombre de traits qui font partie de l'histoire de
plusieurs gens de lettres de ce temps-là; et l'on a pu s'ap-
percevoir que nous y avons souvent puisé pour quelques-
uns de ceux dont nous avons parlé dans le cours de ce volu-
me et des deux précédens. Hugues est allé encore plus
loin , et y a donné l'histoire presque entière de plusieurs
grands hommes. Tels sont nommément le pape Grégoire
VII, le légat Hugues archevêque de Lyon, le B. Ri-
chard de saint Vanne, le vénérable Jarenton de saint Bé-
nigne de Dijon. Quoiqu'il y ait une autre histoire isolée
de ce souverain pontife, ' les successeurs de Bollandus ont jicm. jun. t. 6. p.
trouvé tant de choses importantes dans ce qu'en dit notre
Tome X L
xii siècle. 82 HUGUES,
abbé, qu'ils ont jugé à propos de l'imprimer avec un sage
discernement et de judicieuses observations, à la suite de
u. jun. p. 974- son histoire. ' Ils ont fait le même honneur à ce que Hu-
gues a écrit sur le B. Richard, et y ont répandu une nou-
velle lumière par les remarques et les courtes notes, dont
Mab. act. t. 8, p. ils l'ont accompagné. ' Dom Mabillon en a usé de même,
en le publiant en forme de supplément ou d'appendice à
la vie du même abbé de saint Vanne.
N'oublions pas de dire , que Hugues a aussi été soigneux
d'y faire sa propre histoire ; et sans sa chronique nous n'en
sçaunons que fort peu de choses, ou presque rien du tout.
Il s'y étend même beaucoup sur ses propres avantures;
p. 235, 247-249. ' et à l'exemple de saint Augustin dans ses confessions,
que Hugues paroit avoir beaucoup lues, il a jugé à propos
d'apprendre à la postérité le bien et le mal qu'il avoit fait.
Ces endroits sont ordinairement écrits avec une piété
tendre et une effusion de cœur, capables de toucher ceux
qui les lisent. C'est dans ces endroits qu'il fait paroître de
vifs sentimens de reconnoissance pour les grâces qu'il avoit
reçues de la divine miséricorde, et qu'il donne de grandes
marques de soumission aux traits de la justice divine, et
de patience dans les adversités. Mais franchement il est
trop diffus dans cc((e sorte de narrés, de prières, ou gémisse-
mens. Il l'est encore trop dans d'autres détails, que son des-
sein demandoit qu'il abbrégeât.
Ce ne sont pas au reste les seuls défauts qui se trou-
vent dans cette seconde partie de sa chronique, qui con-
tient d'ailleurs d'excellentes choses, ainsi qu'il a été déjà
observé. Hugues n'y a pas gardé assez d'ordre , et n'y a pas
fait assez de choix. Quoique le titre annonce une chrono-
logie , sinon exacte , au moins suivie , les dates y sont un
peu brouillées ; et il y a même des anachronismes et des fau-
tes contre la vérité de l'histoire. Nous n'en citerons que
deux exemples, en des choses qui se passèrent du temps de
Mab. ib. 1. G4, n. l'auteur , et comme sous ses yeux. ' Il place dès 4075 la
mort de Grimolde abbé de saint Vanne ; quoiqu'il soit
l. 52, n. 85. constant qu'il ne mourut que trois ans plus tard. ' U s'étoit
déjà trompé sur la date de la mort du B. Richard, prédé-
l. 67. n. 23. cesseur de Grimolde. On est surpris ' de lire dans son ou-
vrage , que le pape Victor III mort en -1087, se sentant
ABBÉ DE FLAVIGNI. 83
XII SIECLE.
frappé au saint autel, où il célébroit les divins mystères,
abdiqua le souverain pontificat, et mourut aussitôt, ce
qui est absolument faux. Un autre défaut de notre histo-
rien, est de faire paroître quelquefois de la prévention et
de la partialité, et d'être extrême dans ses blâmes comme
dans ses louanges.
Sa chronique finit en l'année 44 02, sur laquelle il rap-
porte très-peu de faits. Elle fut par conséquent écrite après
cette époque ; mais on n'a rien de certain pour en fixer
l'année précise.' Quelques écrivains prétendent qu'elle ne Hist.deVerd.ib. |
le fut qu'en 444 5, et même encore plus tard. C'est de
quoi ils ne donnent point de preuve : au lieu qu'il y en a
du contraire. En effet, si l'auteur n'y avoit mis la main
qu'en ce temps-là, lorsqu'il s'étoit uni aux schismatiques
pour avoir la place d'abbé de saint Vanne, et que Jaren-
ton abbé de saint Bénigne I'avoit excommunié en consé-
quence,, auroit-il parlé avec autant de force qu'il fait dans
toute la seconde partie de sa chronique contre les partisans
du schisme? Auroit-il fait de Jarenton un des héros de son
ouvrage? Y auroit-il parlé, comme il y parle, avec autant
de zélé pour le bon ordre, et l'observation des règles? Y
auroit-il tonné, comme il fait, contre Girard, pour avoir
usurpé sa place à Flavigni, après qu'il auroit usurpé lui-
même celle de l'abbé Laurent à saint Vanne? Réflexions
qui se présentent tout naturellement, et qui nous autori-
sent à dire, que Hugues entreprit et travailla à son ouvra-
ge dès \\ti\ , lorsqu'ayant quitté Flavigni, il se retira à
saint Bénigne de Dijon. Que s'il ne l'a pas poussé au-delà
de \ \ 02, c'est apparemment qu'en étant là, il fut possé-
dé du désir de dominer, et de se voir de nouveau en pla-
ce. Ainsi il put arriver, ce qui n'arrive que trop souvent,
que cette passion éteignit en lui celle de l'étude.
L'éditeur, qui a publié cette chronique au premier vo-
lume de sa nouvelle bibliothèque de manuscrits, ' a impri- Lab bib nov.t. î,
mé sur la fin du même volume un catalogue tronqué des p'
abbés de Flavigni. Ce catalogue finit à l'abbé Rainaud,
prédécesseur immédiat de Hugues dont il s'agit ici, et
se lit à la tête de sa chronique dans le manuscrit, qui l'a
fournie à l'éditeur. ' La conformité qui se trouve entre ce p.^2 Niug. fi.
qui est dit de ces abbés dans le catalogue, et la manière c rp'
Lij
XII SIECLE.
84 HUGUES,
dont en parle l'abbé Hugues dans sa chronique, fait juger
que c'est de-là qu'il a tiré ce qu'il nous apprend.
Lab-. ib. p. 269- ' A la suite de cette chronique l'éditeur a ajouté des dé-
272- bris d'anciens monumens, qui concernent l'histoire du
monastère de Flavigni, et qui bien qu'informes, peuvent
servir à éclaircir en quelques endroits le catalogue des ab-
bés du même monastère, dont on vient de parler. Le P.
Labbe avoit trouvé ces morceaux d'histoire entre les pa-
piers du P. Sirmond son confrère. Ils commencent par un
fragment du testament de l'abbé Widerade, qui en 722 ré-
tablit le monastère de Flavigni , fondé par le roi Clovis I ,
et comprennent d'autres fragmens de plus longues pie-
ces, qui appartenoient aux siècles suivants. La plus récente
étoit de l'année 4 (M 8. Quelques imparfaits après tout que
soient et ce recueil de fragments et le catalogue des abbés,
on peut néanmoins en tirer du secours pour l'histoire du
pais, et celle des évêques d'Autun.
Mab. ann. t. 5, p. 2°. Longtemps avant que Hugues consentît à usurper la
685,1- dignité d'abbé de saint Vanne, il avoit écrit un traité con-
tre ceux qui étoient opposés à l'église Romaine,, en soute-
nant le parti de l'antipape Guibert et de l'empereur Henri
IV son protecteur. Ce fut sans doute au temps que Hugues
et les autres moines de saint Vanne, leur abbé à la tête,
souffroient persécution pour la même cause : ce qui les
contraignit de se réfugier à saint Bénigne de Dijon, après
avoir été quelque temps errans. Ainsi ce fut sous le ponti-
ficat d'Urbain II, plutôt que sous celui de Paschal son suc-
cesseur, et avant que Hugues devînt abbé de Flavigni.
Effectivement depuis sa promotion il eut bien d'autres af-
faires à discuter, comme on l'a vu par son histoire. On ne
connoît point au reste cet ouvrage, que parce que nous en
apprend Laurent abbé de saint Vanne dans son apologie
aux chanoines de la cathédrale de Verdun. Suivant l'idée
qu'il nous en donne, il étoit fort en autorités, apparem-
ment de l'écriture, des conciles et des pères, qui avoient
trait à la matière qui en faisoit l'objet,
ibid. 'Lorsque l'abbé Laurent ajoute, que Hugues après avoir
usurpé, à la faveur du schisme, sa place à saint Vanne,
composeroit un autre écrit contraire au précédent, ce n'est
pas à dire pour cela qu'il l'ait réellement composé. Seule-
ABBÉ DE FLAVIGNl. 85
XII SIECLE
ment il veut faire comprendre en s'exprimant de la sorte,
qu'il ne lui restoit plus qu'à détruire par écrit ce qu'il avoit
établi par écrit, afin d'être reconnu pour prévaricateur
dans toutes les formes.
3°.'Dom Mabillon témoigne avoir vu à Flavigni même Mab. opusc t. 2,
le cartulaire de cette maison, qui comprend un recueil de p
chartes, dont plusieurs mériteroient d'être connues. Com-
me le recueil est d'une écriture du temps de l'abbé Hugues,
il est à présumer que ce fut lui-même- qui prit soin de le diri-
ger : d'autant plus qu'on voit par sa chronique, qu'il se
donna de grands mouvemens pour rétablir le temporel de
son monastère, fort négligé avant lui.
4°. ' Il y a tant de traits de ressemblance pour la manie- Act. t. 3 p. 633.
re d'écrire entre cette chronique et le nécrologe de cette
même maison, que si Hugues n'a pas dirigé le nécrologe,
au moins le nécrologe a été tiré de la chronique. C'est le
jugement qu'en a porté Dom Mabillon.
RAOUL TORTAIRE,
MOINE DE FLEURI.
8i.
HISTOIRE DE SA VIE.
Raoul, surnommé Tortaire, c'est-à-dire, de la Tour- Mab.ann. 1. 78, n
te naquit à Gien sur Loire au diocèse d'Auxerre.
Dès son enfance il fut instruit des arts libéraux, où il fit de
grands progrès pour son temps. Eusuite dégoûté du monde,
il embrassa la profession monastique à Fleuri, ou saint
Benoit sur Loire. Les études, comme on l'a vu, y étoient
florissantes depuis le savant Abbon, qui les y avoit renou-
velles ; et cette abbaye n'avoit point cessé depuis de pro-
duire des gens de lettres, et même quelques célèbres écri-
vains. ' Dans le tems que Raoul en augmenta le nombre, Gaii. chr. nov. t.
on y voyoit un Chrétien, un Hugues de sainte Marie et 8' p- x"
un Clarius : le premier célèbre par son grand sçavoir et les
deux autres par leurs écrits, dont il sera parlé dans la suite.
XII SIECLE.
86 RAOUL TORTAIRE,
Mab. ib. Raoul y eût donc tous les moyens de cultiver et perfec-
tionner l'amour qu'il avoit pour les lettres. Aussi sçut-il les
mettre à profit si avantageusement, qu'il acquit un grand
fond d'érudition ecclésiastique et séculière. On prétend
même qu'il possédoit tout ce que les anciens et les modernes
avoient écrit jusques-là. Il s'appliqua particulièrement à
écrire en vers et en prose, et y réussit autant que tout au-
Boi. 21. mart. p. tre écrivain de son siècle. ' La poésie ayant pour lui un at-
301 n 9-11
Ban', adv. i. si, c. trait singulier, il la cultiva beaucoup, et avec tant de
7- succès qu'il a mérité d'être regardé comme un poète au-
dessus du commun. Mais ce qu'il y a de plus digne de
Mab. ib. louange en lui, ' est qu'il s'adonna tellement à l'étude,
qu'il ne négligea aucun des devoirs attachés à sa profession.
11 les remplit au contraire avec tant d'exactitude, qu'il
étoit devenu le modèle de ses frères, l'ornement de sa mai-
son et l'appui de la régularité. Sa vertu étoit si avan-
tageusement connue, qu'on ne douta point que sa mort
ne fût précieuse aux yeux du Seigneur.
Il est étonnant qu'après que l'on a publié divers écrits
de Raoul, dans lesquels on peut découvrir le temps précis
à peu près auquel il florissoit, les sçavans se soient par-
tagés sur ce point en deux opinions aussi éloignées l'u-
Ban. ib. | voss. ne de l'autre, que contraires à la vérité du fait. ' Les
Hist. Lat. 1. 4, par. , „ \,. ,r , ,..
3, c. il. uns, tel que Bartlnus et vossius, ont suppose qu il vivoit
dès le commencement du Xe siècle, près de deux' cents
oud. sert. t. 2, p. ans avant qu'il fût connu dans le monde. Les autres nom-
433. i Mab.UihP | Le ménient Oudin , et autres modernes encore plus celé—
Beuf, hist^dAux. Dreg) prétendent qu'il vécut au-delà de l'année MAA, et
même -H 60. Mais ceux-ci ne sont tombés dans cette er-
reur, que pour avoir confondu Raoul Tortaire, avec un
autre poète nommé Raoul et moine de Cluni, qui a fait l'é-
loge de cette illustre abbaye en vers, et vraisemblablement
le même qui écrivit la vie du saint abbé Pierre le Vénérable
après -H 56.
Il étoit cependant aisé de corriger, ou même d'éviter
ces deux erreurs, en lisant avec quelque attention le re-
cueil des miracles de saint Benoît fait par notre écrivain.
Bon. ib. p. 346. Les partisans de la première opinion y auroient vu, ' que
Raoul y rapporte des évenemens arrivés sous Rainier,
Guillaume, Veran et Joscerand, tous abbés de Fleuri, au
MOINE DE FLEURI. 87 XII SIECLE
XIe siècle, et dont le dernier vécut jusqu'au commence-
ment du suivant. Ils y auroient vu , ' qu'il y parle de l'ex- p. 345, n. 23.
pédition de Guillaume IX comte de Poitiers à la terre sain-
te, qui ne se fit qu'en 4 4 02 , et que par conséquent il ne
pouvoit écrire qu'après cette date. Ceux qui sont pour l'o-
pinion opposée, ' y auroient trouvé que Raoul ayant été p.346, n. 27.
présent à un miracle opéré en -1095, il se donne pour un
homme fait, en disant qu'il se joignit aux autres, pour
en rendre grâces à Dieu. Or il y a bien loin de ce terme à
l'année -1 4 60 et au-delà.
C'est sur ces indices, ' que Dom Mabillon , et Cave Mab. ib. 1. 38, n.
d'après lui, avoit d'abord jugé, que Raoul florissoit les 347, n.ii. \ ckvl]
premières années de ce XIIe siècle, et que l'auteur de l'his- {^niss". j, 37°/.'
toire encore manuscrite de l'abbaye de Fleuri , le croit
mort dès 4407. La raison qu'en donne celui-ci, est que
Raoul dans ses écrits ne t'ait aucune mention d'une transla-
tion des reliques de saint Benoît , qui se fit avec beaucoup
d'appareil la même année, ou la suivante, d'une chasse en
une autre. Raison au reste qui n'est pas fort décisive ; puis-
que Raoul n'ayant point entrepris l'histoire de sa maison ,
mais seulement la relation des miracles de saint Benoît,
cet événement destitué de miracles n'entroit pas dans son
dessein.
'Les premiers successeurs de Bollandus ont mieux réussi, Boii. ib. n. 11.
que tous ceux dont on vient de parler, à fixer le temps au-
quel Raoul écrivoit. Mais le fondement sur lequel ils s'ap-
puyent, est visiblement ruineux. Ils disent que ce fut en
4 447, et veulent que cette date soit exprimée dans le se-
cond des deux vers suivants; par où notre poète termi-
ne son long poëme sur le martyre de saint Maur, et sa
translation.
Mille sui versus, sua demant crimina mille :
Septies et déni cum centum estera demant.
Il est clair, qu'il ne s'agit point ici de supputation chrono-
logique, et que ce .n'est qu'une prière du poète, qui sou-
haite que mille de ses vers puissent effacer un millier de ses
fautes, et que cent dix-sept autres effacent le reste. Nous
sommes presque persuadés, que Raoul a voulu marquer
par-là le nombre des vers qui composent son poëme. Il
XII SIECLE.
88 RAOUL TORTAIRE,
seroit aisé à ceux qui ont le manuscrit, où il se trouve en-
tier, de le vérifier.
Après tout on n'a rien de plus précis et de plus capa-
ble de fixer les esprits, touchant le ternie de la vie de.
Raoul, que le témoignage de Hugues de sainte Marie
Mss. son confrère et son contemporain. On a de lui la conti-
nuation de l'histoire des miracles de saint Benoît, qu'il
écrivit au plus tard en ^20, et qui n'est encore que ma-
nuscrite. Or il dit clairement dans la préface qui est en tète,
que Dom Raoul son vénérable frère, dont il entreprend
de continuer l'ouvrage, ce sont ses expressions, n'étoit
plus alors au monde. Et comme il rapporte des miracles
opérés en \\\A, on en peut légitimement conclure, que
Raoul étoit mort dès la même année, ou la suivante au
plus tard.
Raoul de son vivant ayant employé sa plume, non-seu-
lement à célébrer divers saints, mais aussi à relever le
mérite de quelques amis gens de lettres, comme on le
verra par la suite, il s'en trouva après sa mort, qui firent usage
de la leur pour faire passer avec honneur sa mémoire à la
Mai. ib. postérité. ' On y consacra des épitaphes, qui se lisent en
tête du recueil de ses poésies, ainsi que l'annonce le se-
cond vers de celle que nous allons copier. C'est la premiè-
re, qui est de la façon d'un nommé Francus Beatus, et se
trouve un peu tronquée par le défaut du manuscrit.
EPITAPHE.
RODULPHis fuit hic decus , ecelesiaeque columna ,
Carmina cujus in hoc corpore, lector, habes.
Imbutus a puero doctrinis grammaticorum ,
Secli cum vita deseruit studium.
Inde fuit sacrae vas legis et historiaruni :
Novit quippe novum, quidquid avumque fuit.
Post in hoc Monachus fuit et spéculum Monachorum :
. . . Factis, vestibus, ore Dcum.
I tal. ... Die lalo quod perfleit omnia dulce :
Quodque fide petiit. nunc habeat specie.
Sit cum Rodulpho tua portio , France Béate ,
Ut similis 1 fias nocte dieque stude.
§ II.
MOINE DE FLEURI. 89 x„ siècle.
§ ».
SES ÉCRITS,
Entre les écrits de Raoul il y en a quelques-uns d'im-
primés; mais la plupart sont encore manuscrits. Nous
commencerons par discuter ceux de la première classe , et
nous passerons ensuite aux autres.
4°. Le plus connu est sa continuation de l'histoire des
miracles de saint Benoit, opérés en France, et principa-
lement à Fleuri. Dès le IX siècle Adrevald moine du lieu
«voit commencé à les recueillir. Adelcre , Aimon et An-
dré, autres moines de Fleuri, continuèrent chacun en son
temps à en faire la relation après Adrevald. Ensuite Raoul
Tortaire la reprit , et après lui Hugues de sainte Marie ,
qui l'a continuée jusqu'en MJ9. ' Ce que Raoul en a re- Bon. 21 mar. p.
cueilli , commence au règne de Henri I roi de France en
^3^ , et en conduit la suite jusqu'en 1114, que Hugues
entreprit delà continuer, ainsi qu'il a élé dit plus haut.
Raoul avoit élé témoin oculaire d'une partie de ceux qu'il p. 345, 346, n. 27.
décrit , et avoit de bons mémoires pour les autres. C'est de
quoi l'on ne peut douter , en le voyant attentif à nom-
mer les personnes miraculées, et les lieux où les évene-
mens étoient arrivés. Quoique son recueil soit ample ,
et comprenne quarante-neuf miracles, ' i! l'auroit encore p. 350, n. 39.
grossi davantage, si les gens de lettres, ou les hahitans
des lieux éloignés de Fleuri , avoient été soigneux de con-
server quelque mémoire de ceux qui s'y étoient opérés.
On regarde ordinairement cette sorte de relations comme
peu intéressantes. Mais celle de notre écrivain a son
mérite et son utilité. Outre qu'elle est écrite en un fort
bon style pour le temps, et avec beaucoup de candeur
et de grands sentimens de pieté , elle peut servir à illus-
trer la topographie et l'histoire générale , en faisant con-
noître divers lieux et des personnes de quelque considéra-
lion avec détail.
'Le P. Jean du Bois Célestin est le premier qui en Fior.Mb.par. î.p.
, r J 149-218
a fait présent au public; l'ayant imprimée sur un ancien
manuscrit de Fleuri , dans la première partie de la biblio-
thèque, ou anciens monumens de celte abbaye, qui pa-
Tome X. M
XII SIECLE.
90 RAOUL TORTAIRE,
rut à Lyon m-8°. en 4 605. Mais l'exemplaire de l'ouvra-
ge étant destitué du nom de son Auteur, l'éditeur le donna
comme l'écrit d'un moine inconnu, néanmoins savant.
Bon. ib. p. 301. ' Dans la suite les successeurs de Bollandus l'ayant trouvé
dans d'autres manuscrits, et découvert qu'il appartient à
p. 330. 353. Raoul Tortaire , ils l'ont publié de nouveau avec des no-
tes de leur façon , en le rendant à son véritable auteur.
Mab. act. t. 6, p. ' Enfin Dom Mabillon en a donné une nouvelle édition ,;ur
390-422. jeg jeux précédentes et les manuscrits.
Bon. ib. n. 9. 2°. ' Après que Raoul eut écrit cette relation en pro-
se, il la mit en vers, comme il le dit lui-même dans les
deux vers suivants , qui se lisent à la tête de son poème.
Quas nuper prosa, nunc digTO carminé gesta.
Clamerit noster qu» faciendo pater.
n. ii ' 11 poussa encore beaucoup plus loin son travail sur saint
Benoît, et mit aussi en vers la vie du saint, l'histoire de
sa translation en France et les différentes relations de ses
n. îo. miracles, qui avoient précédé la sienne propre. ' Les suc-
cesseurs de Bollandus attestent avoir vu ce grand ouvra-
ge, avec les autres principaux écrits de Raoul, dans un
très-ancien manuscrit de Christine reine de Suéde, cotté
Hontf. bib. p. 4i, alors 4 640, et depuis qu'il a passé avec les autres
dans la bibliothèque du Vatican, 4545. C'est selon toute
apparence le même que M. de la Curne de sainte Palaye
dans ses mémoires à la main témoigne avoir vu dans son
voyage d'Italie. On en juge ainsi par l'énumér^tion qu'il fait
Boii. ib. n. a. des écrits, qui y sont contenus. ' L'auteur a dédié, ou
adressé ce grand ouvrage sur saint Benoit à Foulques un
de ses amis ; à qui il parle ainsi , en se faisant connoître
par son nom.
Accipe, mi Fulco, tibi quai tetrasticha mitto :
Legislatoris perlege gesta patris.
Haec tibi jucundo scripsi Rodulphus amico ,
Ut tua sit nostris mentio fada Ubris.
L'ouvrage au reste ne paroît contenir rien d'historique,
qui ne se trouve dans la prose : raison qui, jointe à sa trop
grande prolixité, a empêché les Bollandistes d'en char-
MOINE DE FLEURI. 9i
XII SIFXLE.
ger leur recueil. ' Ils se sont sagement bornés à en publier p. 334, 2, 335.
quarante-six quatrains , qui comprennent la relation des mi-
racles écrite par le moine André. Tous les vers en sont
élégiaques, et rimes à l'hémistiche et à la fin, comme
les quatre rapportés plus haut. Apparemment l'ouvrage
entier est dans le même genre de versification.
5°. ' Le manuscrit du Vatican , autrefois de la reine Chris- p. 3oi,n. 11.
tine, dont il a été parlé, contient encore les actes de la
vie et du martyre de saint Maur qui avoit souffert en Afri-
que , avec l'histoire de sa translation à Fleuri : le tout mis en
grands vers rimes par notre poëte. Dans cet autre ouvrage
se lisent sur la fin les deux vers suivans, où l'auteur , qui
s'est fait connoître par son nom dans ses poésies précédentes,
nous apprend son surnom.
Maure sacer meritis, exaudi yota precantis.
Quod dédit exiguus Tortarius, accipe munus.
' De ce long poëme le père du Bois , qui l'avoit trouvé fior. bib. ib p.
dans un manuscrit de Fleuri, n'a publié que ce qui concer-
ne l'histoire de la translation du saint. Il a supprimé la par-
tie qui comprend son martyre , et les autres évenemens de
sa vie , sous prétexte qu'ils étoient suffisamment connus dans
le public. Encore a-t'il oublié le dernier vers de la partie
imprimée.
' Raoul a fait aussi une hymne en vers saphiques ; qui p. 355. | Bon. ib.
contient en précis toute l'histoire du même saint martyr.
L'éditeur précédent l'avoit trouvée dans un manuscrit de
Fleuri ; mais n'ayant pu la déchiffrer , il l'a laissée sans l'im-
primer. En nous annonçant ce fait , il semble par la maniè-
re dont il s'exprime, rapprochée du titre qu'il donne à son
imprimé , qu'il a distingué de Tortaire , Raoul moine de
Fleuri , qui est cependant le même. Au reste l'hymne dont
il est ici question , se trouve aussi dans le manuscrit du Va-
tican, à la suite des actes et de l'histoire de la translation.
4°. ' Le même manuscrit nous présente encore sous le Bon. ib. n. 10.
nom de notre poëte, un autre grand ouvrage en vers élé-
giaques, qui précède tous les au'res, dont on vient de
rendre compte. ' Il y en a même dans la même biblothé- Montf. ib. p. 82.
que un autre exemplaire entre les manuscrits d'Alexandre
Petau, à qui il étoit venu sans doute de saint Benoît sur
XII SIECLE.
02 RAOUL TORTAIRE,
Boii. ih. Loire , soit médiatemcnt ou immédiatement. Cet autre
ouvrage adressa à un des amis de l'auteur, est divisé en neuf
livres, et porte pour titre Des choses admirables, ou sur-
prenantes, De mirabilibus. On y compte environ mille
distiques, qui font deux mille vers. Raoul y a fait entrer
ce qu'il avoil lu de plus mémorable touchant les divers
royaumes, les guerres, les triomphes, les actions de ver-
tu, les excès de vice, les ingénieuses saillies d'esprit, et
autres semblables sujets. Ecoulons le poète en tracer lui-
même le plan. On sera par-là au fait, pour juger du prix
de la poésie qu'il y a employée ; et l'on conviendra en lui
rendant justice , qu'elle est au-dessus de celle de tous les
versificateurs ses contemporains. C'étoit là cependant son
coup d'essai , comme il paroît le dire assez clairement dans
le dernier des dix vers que nous allons copier.
Dum vaeat, et curismens non agitatur avaris
Dum îentis animus Quclihus .ibstrahitur ;
Flores de vernis metrico decerpere pratis,
Pollice decrevi, noster a, niée, tibi
Hic portenta tibi, miracula, soninia scripsi,
Scripsi de rébus hic inemorabilibus.
Rectè, perverse, versute dicta vel acta
Pin i . i.!';i' fato contigerint vario.
l'rges ,:ii f.iinaiii. Clin, que prima poPtam.
Adsis piincipiis ex Helicone meis.
ibid. 5°. ' A la suite de ce grand ouvrage viennent dans le mê-
me manuscrit onze épitres dti lettres de Raoul en vers, à
autant de ses amis. La première est écrite à un nommé
Garnier Bourdon , le même à qui il adresse l'ouvrage pré-
cédent , et commence ainsi :
Accipe descriptam, Cuarneri Burdo, salutem,
Dirigit à Torla quam tibi, nomen habens.
lb'd- ' La seconde est adressée à un nommé Bernard , nom
alors extrêmement commun parmi les gens de lettres. En
voici les deux premiers vers :
Pro mentis, Bernarde, tuis tibi verba salutis
Paucula Rodulphus annotât ipse tuus.
MOINE DE FLEURI. 95
XII SIECLE
On voit que notre poète dans ces deux exordes de let-
tres , a si clairement exprimé son nom et son surnom ,
qu'on ne peut aisément le confondre avec un autre.
C'est néanmoins ce qui est arrivé au copiste, qui a prêté
sa main à un des deux exemplaires du recueil des poésies
de Tortaire , qui sont à la bibliothèque ('u Vatican. ' Etant Mab. an. i. 78, u.
tombé sur l'épitaphe de Pierre Abélard, les éloges de saint
Bernard , de Pierre le vénérable , et celui de l'abbaye de
Cluni , le tout fait par Raoul , moine de cette maison ,
sous le même Pierre le vénérable , il a joint toutes ces
pièces à celle de Raoul Tortaire. Il est vrai que le nom de
l'un et de l'autre poëte est le même , et que la poésie des
deux retient le même génie; étant rimée à l'hémistiche et
à la fin , et y en ayant d'héroïque et d'élégiaque. Mais
le surnom de Tortaire , et le temps auquel celui-ci floris-
soit , dévoient arrêter et y faire regarder de plus près. Ce'a
n'a pas empêché qu'à la faveur de cette première confu-
sion , ' Dom Mabillon et ceux qui l'ont suivi, n'ayent attri- }hid. j Le neuf,
bué toutes ces poésies indistinctement à Raoul Tortaire, 486.' "*' ' ' P'
moine de Fleury. Il est cependant incontestable qu'un écri-
vain mort avant 4420, comme nous avons montré que
l'étoit Tortaire , et cela par le témoignage d'un de ses
confrères , sous les yeux de qui il mourut , n'a pu parler
de faits qui ne sont arrivés qu'en H42, -H 44, et encore
plus tard. Reprenons la discussion des écrits de notre
poète.
' Dans sa lettre à Bernard , il fait un peu au long l'his- Mab. ib.
toire de deux amis, Amelius natif d'Auvergne , et Amicus
de Gascogne. Celui-ci avoit exposé sa vie en duel par at-
tachement pour l'autre; et ayant passé tous les deux en Italie,
ils y moururent et furent enterrés à Verceil.
'Une autre lettre de Raoul écrite à Robert, contient iwd.
ls relation d'un voyage qu'il avoit fait , en visitant plusieurs
villes de France; il y donne les descriptions nommément
de Blois , de Caen et de Bayeux.
Il y en a une autre adressée à un frère de l'auteur ,
qui le nommant adelphe , au lieu de frère , donneroit à
entendre qu'il sçavoit la langue Grecque. C'est dans cette
lettre que Raoul nous apprend qu'il étoit de Gien , ou des
environs.
xhsiecle. M GAL0N'
Ses autres lettres sont adressées à Udon , Philus, Sin-
cope, et autres personnes aussi peu connues. Ceux qui les
ont lues, ne disent point si elles contiennent quelques traits
dignes de remarques : apparemment ce ne sont , comme
presque toutes les précédentes , que des lettres de politesse
et d'amitié.
6°. Le manuscrit de la bibliothèque du Vatican nous
présente encore un autre ouvrage de Raoul Tortaire :
c'est une histoire en vers de la première croisade, dédiée
à Galon, évêque de Paris depuis 44 05, jusqu'en février
\ H 6 , qui fut le terme de sa vie ; circonstance qui écarte
toute équivoque par rapport à Raoul de Fleuri et Raoul
de Cluni , et ne permet pas de douter que le poëme n'ap-
partienne au premier. En effet, l'autre qui écrivoit encore
après 4^)6, et même plus tard, étoit trop jeune avant
^-16, pour entreprendre un ouvrage de cette nature.
Il est aisé de comprendre par tout ce détail , que Raoul
Tortaire étoit un écrivain -extrêmement laborieux. Le goût
singulier qu'il avoit pour la rime dans les vers, lui coûta
encore beaucoup de temps et de travail. D'ailleurs la gêne
et la contrainte l'empêchèrent de prendre tout son essor,
et sont cause que sa poésie n'est pas meilleure ; quoiqu'il
soit vrai de dire que , telle qu'elle est , elle surpasse encore
celle de presque tous les autres versificateurs du même
temps (4).
GALON,
Evesque de Paris.
7, p. r>8.
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
Caii. chr. nov. t. ' /-i àlon dont on a voulu faire un cardinal de la sainte
^Jéglise Romaine, ne le fut jamais, et n'a été qualifié
tel, que pour l'avoir confondu avec Galon, cardinal diacre
du titre de sainte Marie in porticu , qui ne florissoit que les
ivo, ep. ioî. premières années du siècle suivant. ' Il étoit d'une honnête
famille, quoique médiocre, et du diocèse de Reauvais ,
EVESQUE DE PARIS. 95
XII SIECLE.
suivant toute apparence. Ayant embrassé l'institut des
chanoines réguliers à saint Quentin, il eut l'avantage ' d'y Ep. 104.
être élevé sous les yeux et par les soins du célèbre abbé
Ives, qui devint depuis évêque de Chartres. Ce fut à cette
école qu'il acquit ce fonds de sçavoir et de connoissance »)>d- I A»seI- vit.
n 24 "2 11 'S £D
de la discipline ecclésiastique, que ceux qui l'ont mieux 69.
connu louent en lui. A la science il fut soigneux de joindre
les bonnes mœurs, ..et passoit pour homme d'une vie
exemplaire et d'une, grande piété; vir bene religiosus. Saint
Anselme qui l'avoit beaucoup pratiqué, lorsqu'il étoit en
France, lui rend témoignage qu'il n'avoit rien découvert
en sa conduite, ou appris sur son compte, qui ne lui pût
faire honneur. Un mérite aussi réel et généralement re-
connu, fit choisir Galon pour succéder à son maître, lors-
qu'on -1 09^1 celui-ci fut élevé à l'épiscopat ; et Galon ne
tarda pas à s'y voir élevé lui-même.
Au bout de quelque temps, et en H 04 , comme il pa-
roît, ' l'église de Beauvais, qui souffroit beaucoup de ce ivo, ep. «7 89.
qu'elle étoit depuis plusieurs années sans évêque, élut ,
par la volonté du Roi et de la fameuse Bertrade, Etienne
de Garlande. ' Mais celui-ci ayant été rejette comme in- Ep. 97, 98.
capable et même indigne de l'épiscopat, on procéda à une
autre élection, ' qui fut faite par la plus saine partie du Ep. 104.
clergé, de l'avis des seigneurs et du consentement du
peuple, et tomba sur l'abbé Galon. Tous les gens de
bien , Ives de Chartres à leur tête , s'en réjouirent ; et
ce prélat se pressa d'en écrire à Manassé , archevêque de
Rheims, métropolitain de la province, afin d'accélérer le
sacre du nouvel élu : ' mais les brigues d'Etienne de Gar- im.
lande et l'opposition du Roi le retardèrent. Ives cependant
ne se rebuta pas, et travailla de tout son pouvoir auprès
du pape à soutenir l'élection de son disciple. D'autres,
' nommément l'archevêque saint Anselme, vinrent à l'appui. Ansei. 1. 3, ep. 69.
Anselme soutenoit constamment au souverain pontife, que
Galon possédoit toutes les qualités nécessaires pour l'épis-
copat, et qu'il n'éloit pas possible dans toute l'étendue du
diocèse de Beauvais, de trouver quelque autre, non seu-
lement meilleur et plus propre à gouverner cette église ,
mais qui lui fût même semblable. ' Enfin on réussit à l'or- ivo.ep. 145.
donner ; mais il ne fut pas possible de le mettre en posses-
XII SIECLE.
96
GALON,
Ep. 110.
Gall. christ, ib. p.
55. | Pagi , an.
1101, n. 1.
Ansel. vit. in.
Ep. 105. sion de son siège; ' le Roi Philippe ayant juré qu'il ne
seroit jamais évêque de Beauvais.
Dans cette extrémité , ' Galon prit le parti d'aller à Rome,
et porta au pape une lettre d'Ives de Chartres, qui prioit
Pasehal de voir ce qu'il y auroit à faire dans cette conjonc-
ture. ' L'ordination de Galon y fut confirmée ; et pour que
ses talcns ne fussent pas inutiles à l'église , le pape l'en-
voya légat du saint siège en Pologne. Galon y ayant re-
médié aux abus qui étoient à corriger , retourna à Rome
rendre compte de sa légation , ' et y eut la consolation d'y
revoir saint Anselme de Cantorberi, son anci.n et bon ami.
C'étoit par conséquent sur la fin de. l'année M 05; puisque
Anselme en partit alors, après y avoir passé seulement quel-
ques semaines, pour se rendre à Lyon, où il éloit aux
fêtes de Noël. Galon demeura encore quelque temps
à Rome, et y assista à la découverte du corps de saint Prisque,
martyr, dont le cardinal de ce titre, son ami, lui donna
un ossement. A son retour en France, il passa par Lyon,
et y vit de nouveau saint Anselme : lui ayant montré la
relique dont on lui avoit fait présent, Edmcre , compagnon
de voyage du saint archevêque; , témoigna désirer d'en avoir
une partie; et Galon la lui accorda gracieusement.
Cependant Foulques, évêque de Paris, étant mort le
huitième d'avril LI04, le clergé et le peuple s'accordèrent
à élire Galon, pour le remplacer. Le Roi Philippe revenu
de son indignation, ne fit aucune difficulté d'y consentir,
d'autant plus qu'il avoit pu sçavoir que Galon ' étant à Rome,
avoit agi en sa faveur auprès du pape; mais il fallut du
temps pour lever les obstacles que faisoit naître la transla-
tion d'évèque d'un siège à un autre. ' Galon fut même
obligé de faire un second voyage à Rome; le pape Pas-
cal le reçut très-favorablement, et le renvoya les premiers
jours d'avril de l'année suivante H 05, avec une lettre de
recommandation à l'église de Paris, dans laquelle, en la
félicitant d'avoir rencontré un si digne évêque, il s'étend
sur les grandes espérances qu'il avoit conçues de sa capacité
et de son zèle pour le bien de l'église.
Ce ne fut donc qu'en cette année qu'il entra en posses-
wai.. ami. i .71.11. sion de l'évêché ' de Paris, et il ne commence lui-même
que là à compter les années de son épiscopat. On le voit
Gall. chr. ib. | Ivo
ep. 144
Ivo, ep. 146.
Bal. mise. t. 2
182, 183.
EVESQUE DE PARIS. 97 xn srecLE
à n'en pas douter, par une charte en faveur de l'abbaye
de saint Denis, datée de l'année -M 4 0. Galon qui l'a sous-
crite, dit expressément que c'étoit la cinquième année de
son épiscopat, dont il n'avoit exercé les fonctions qu'après
le mois d'avril, comme il paroît par la lettre du pape Pas-
cal. Il est clair que ç'auroit été la sixième, ' si cet épiscopat ivo. ep. noi. p.
avoit commencé dès -H 04, suivant la prétention de quel-
ques écrivains; ou si la charte n'étoit pas du mois d'avril , ou
d'un des précédens de l'année 4 4 4 0. ' Galon ne laissoit pas conc.t.io,p.74i.
cependant de porter le titre d'évêque de Paris, dès la fin vo' ep'
de juillet 4404, ainsi qu'on en juge par le peu qu'on sçait
de ce qui se passa au Concile tenu alors à Baugenci.
Dès qu'il fut entré dans le ministère épiscopal, il figura
beaucoup dans l'église de France : peu après ' il se trouva Oa». chr. vet. t.
avec Ives de Chartres et Geoffroi de Béarnais à l'élec- p'^fi! ' ' " '
tion de Raoul, qui se fit le quatrième d'octobre -H 05, pour
remplacer Odon , abbé de saint Quentin , successeur immé-
diat de Galon. ' Le second de décembre suivant il fut de conc. ibl p. 742.
la célèbre assemblée, qui se tint dans sa ville épiscopale ,
pour absoudre le roi Philippe I de l'excommunication
que lui avoit attirée son alliance avec Bertrade. Avant que
d'en venir là, les prélats députèrent vers ce prince notre
évêque avec celui d'Orléans , pour s'assurer de ses disposi-
tions : puis on prononça solennellement la sentence d'ab-
solution.
' En 4406, le pape Paseal s'étant réfugié en France, eau. chr. nov. ib.
l'asyle ordinaire des papes persécutés, Galon l'alla trouver
à la Charité sur Loire. Ce fut apparemment en cette oc-
casion qu'il lui porta ' contre l'abbé et les moines de saint Duchés, t. 4, p.
t r *703 -704 gp# ^
Denis, les plaintes qu'il détaille dans une de ses lettres,
où ce pontife relève beaucoup le désintéressement de notre
prélat. Galon lui ayant représenté en cette occasion, ou
en une autre, ' la conduite plus qu'irréguliere que menoient Gai.chr.it>. p. 56.
les religieuses de saint Eloi , en obtint permission de les ex-
pulser : c'est ce qu'il exécuta dès l'année suivante, et con-
vertit leur maison, qui est aujourd'hui celle des Barnabites,
en un prieuré dépendant de l'abbaye de saint Maur des
Fossés. Philippe, roi de France, étant mort à Melun le
vingt-quatrième de juillet 4408, Galon fut un des pré-
lats qui conduisirent le corps à saint Benoît sur Loire,
Tome X. N
XII SIECLE.
98 GALON,
45
où ce Prince avoit choisi sa sépulture. De-là il se trouva
à la cérémonie du sacre de Louis le Gros , qui se fit à la
cathédrale d'Orléans le second d'août suivant.
ibid. | App.p.4-i, 'Anselme autrefois chanoine de Notre Dame de Paris,
et alors chantre du saint Sépulcre à Jérusalem , voulant
donner à son ancienne église quelques marques de son sou-
venir , lui envoya en \ i 09 une portion de la vraie croix ,
qui y est encore conservée. La relique et les lettres dont
elle étoit accompagnée , furent adressées à l'évêque Galon
Mab. ib. i. 78, n. et à scs chanoines. ' Vers le même temps le poète Raoul
Tortaire, dont il a été parlé, ayant fait en vers l'histoire
de la croisade, la dédia à notre prélat.
Gaii.chr.ib. p.58. ' Daïmberl , archevêque de Sens, et les évêques de sa
province , croyant se devoir opposer au privilège que l'em-
pereur Henri V avoit extorqué du pape Pascal , en fa-
veur des investitures, tinrent à ce sujet un concile vers
MM. Galon fut de l'assemblée , et eut part à la lettre
qu'elle écrivit à Josceranne , archevêque de Lyon , et à
*pp. p. 46 , 48. | tout ce qui s'y fit de plus. ' En \Wc> se trouvant à Chà-
Mart. ain. cuil. t. . » « i i i i> i.
6, p. 319. Ions sur Marne, a la suite de la cour, avec 1 archevêque
<le Rheims, et huit autres évêques, il souscrivit avec
eux le diplôme pour la fondation de l'abbaye de saint
ivo,ep.260. Victor à Paris. Vers le même temps ' Geoffroi , évêque de
Beauvais , étant mort , Etienne de Garlande , chancelier
de France , se donna des mouvemens pour y faire trans-
férer Galon , et avoir par ce moyen l'évéché de Paris , qui
l'auroit dédommagé de l'autre qu'il avoit manqué. C'est
apparemment ce qui obligea notre prélat à faire un nou-
veau voyage en Italie auprès du pape. Toujours est-il vrai
Gaii. chr. nov. i. ' qu'en \Mo il se trouvoit à Bénévent , à la suite de ce
7 P lit.
pontife. Etienne de Garlande ne réussit point dans son
dessein ; et Galon continua à gouverner l'église de Paris ,
jusqu'au vingt-troisième de février \M§ qu'il mourut. Sa
mort est marquée à ce jour dans le nécrologe de l'abbaye
de saint Quentin , avec le titre d'éveque de sainte mé-
moire.
Hild. car. p. 1325. ' Hildebert alors évêque du Mans, fit son épitaphe sous
le nom de Galon , neveu de notre évêque , qui y parle à
Girbert , évêque de Paris son successeur immédiat : mais
de dix-huit vers élégiaques qu'elle contient, il n'y a que
EVESQUE DE PARIS. 99 x,i siècle.
le quinzième et le seizième qui méritent d'être rapportés.
Il y est représenté comme un appui de la foi, et un grand
partisan de la justice et de la simplicité.
Vas fidei , vas justife , vas simplicitatis.
Occidit : illa suo vase cadente cadunt.
' Ce Galon au reste neveu de notre prélat , n'est autre spic. t. 3, p. 155-
sans doute qu'un professeur de Paris de même nom, dont 15R'
il y a quelques poésies, et qui vers 4-152 s'attira une ex-
communication pour avoir outragé le chancelier de l'église
de Notre Dame. ' Galon son oncle fut enterré à saint Vie- Gaii. chr. it>.
tor, dans la chapelle de saint Denis, à main gauche. 'Il Man. ib. p. 223.
est compté pour un des insignes bienfaiteurs de cette maison.
SES ECRITS.
A la faveur de la confusion introduite entre Ga-
lon, évèque de Paris, et Galon, cardinal, du commence-
ment du treizième siècle, ' on a attribué au premier des enne. 1. 11, p. 32-
statuts et réglemens synodaux , qui se lisent au sixième vo- 35'
lume de la bibliothèque des pères, édition de -1645, et
dans les collections générales des conciles, depuis celle
du Louvre inclusivement. L'auteur de la confusion et de
l'attribution en même temps ' est Margarin de la Digne. Bib. s. fio. sai.
Ayant déterré ces réglemens avec d'autres qui appartien-
nent à deux évêques de Paris, Odon et Guillaume, et
encore d'autres qui sont l'ouvrage de deux archevêques de
Sens, Pierre et Gautier, il les fit imprimer in 8°. à Paris,
en \ 578 , avec la Pragmatique-sanction de saint Louis , et
s'avisa de donner à Galon auteur des premiers, le titre de-
vêque de Paris : ' mais le P. Cossart les faisant paroître à conc. ib. p. 35.
son tour dans la collection générale des conciles, dont on
est redevable à ses soins et à ceux du P. Labbe , son col-
lègue, démêla la confusion, et rendit les premiers à Ga-
lon, cardinal, diacre de sainte Marie in porticu. H nous
reste néanmoins quelques autres petits écrits qui appar-
tiennent à notre évêque.
-1°. ' Il v a de lui une constitution pour convertir, en oaii. chr. nov. t.
J r 7, app. p. 12-41.
N ij
ÎII SIECLE.
4 00
GALON,
Vet. t.
in.
Theod. pœn. t
p. 667-670.
conséquence des raisons qui y 6ont déduites, l'abbaye de
saint Eloi de Paris, habitée jusques-là par des filles, en
un prieuré dépendant de l'abbaye de saint Maur des Fos-
sés , qui portoit encore alors le titre de saint Pierre : chan-
gement qui fut fait avec le concours des deux puissances,
la permission du pape et l'autorité royale. L'écrit qui porte
pour date l'année -H 07, est intéressant à plusieurs égards :
il l'est non seulement en ce qui concerne le changement
d'une maison considérable en une autre qui a encore changé
de nature dans la suite, en passant aux Barnabites; mais
il l'est aussi, en ce qu'on y trouve le nom de tous les
chanoines qui composoient alors le chapitre de la cathé-
drale, avec leurs dignités et grades de prêtre, diacre,
soudiacre. On y voit de plus quelles étoient alors les cou-
tumes établies entre les deux églises, c'est-à-dire, Notre
Dame et saint Eloi. Enfin l'écrit est d'un bon goût, et
en beau style pour ce temps-là.
On l'a jugé si intéressant qu'on en a procuré au public
î, p. 425- plusieurs éditions. ' MM. de Sainte Marthe l'ont d'abord
imprimé dans leur histoire des évêques de Paris, au pre-
mier volume de leur Gallia Christiana. ' Ensuite Jacques
Petit, éditeur du Pénitentiel de saint Théodore de Can-
torberi , l'a fait entrer dans le recueil des pièces curieuses
qui composent le second volume de cet ouvrage. Mais
cette édition, quoique faite sur le cartulaire de la cathé-
drale de Paris, est tronquée au commencement, où il
manque plusieurs lignes de l'exorde, qui est un des plus
beaux morceaux de la pièce. D'ailleurs le nom de Galon
est défiguré à la fin, où on lit Talonis, au lieu de Galonis.
' Son écrit fut depuis inséré dans l'histoire de l'église de
Paris, par le P. Dubois, de l'Oratoire. Enfin ' les auteurs du
dernier Gallia Christiana lui ont donné place entre les mo-
numens originaux dont ils l'ont enrichi.
2°. L'on nous a conservé un autre écrit de 1 evêque Galon;
et celui-ci concerne la liturgie. C'est une assez longue let-
tre en réponse à la prière que Lambert, évêque d'Arras,
son ami , lui avoit faite de l'instruire sur la manière de célé-
brer l'office canonial : car Lambert étoit persuadé que les
églises particulières dévoient se conformer à celle de Rome,
non seulement en ce qui regarde la doctrine et l'administra-
Dub.his.par.l. 11
c. 7, n. 2-4.
Gall. chr. nov. ib
Bal. mise. t. 5, p.
360, 861 .
EVESQUE DE PARIS. ^(M XII srecU5.
tion des sacremens, mais encore en ce qui est de la célé-
bration de l'office divin. En conséquence Galon lui dé-
taille ce qu'il en avoit observé pendant le séjour qu'il avoit
fait à Rome. Dans ce qu'il lui dit touchant les petites
heures, il ne fait aucune mention de Tierce par la raison
apparemment qu'il n'y avoit rien de remarquable à en
dire. Il s'arrête principalement à la manière de célébrer
les Vigiles, ou Matines, et lui glisse deux mots touchant
ce qui s'y observoit dans la chapelle du pape. Dès lors
l'église Romaine avoit retranché le Gloria patri à l'In-
troït du dimanche de la Passion, et des jours suivants
apparemment, ainsi que cela se pratique encore aujour-
d'hui, et récitoit sans antiennes et sans répons, les peti-
tes heures trois jours avant Pâque. Galon, qui paroît n'a-
voir pas eu tout le temps qu'il auroit souhaité pour cette
lettre, remet Lambert à lui en dire plus au long sur la
même matière , à leur première entrevue. L'auteur à l'exem-
ple d'autres grands prélats de son temps, ne prend par
modestie que le titre de simple prêtre dans l'inscription.
C'est ainsi , comme on l'a vu , que saint Gébouin arche-
vêque de Lyon , le légat Hugues son successeur immé-
diat, et Lambert d'Arras en usoient quelquefois à la tê-
te de leurs lettres.
Il s'est perdu quelques autres écrits de notre prélat tels
que mémoires, consultations et autres, ' comme il paroît c|°,nvcote101,P ™°-
par les lettres que le pape Pascal et Ives de Char- 143.
très lui ont adressées. Le premier fait mention nommé-
ment d'un mémoire que Galon lui avoit envoyé, tou-
chant les serfs de son église , que le Roi avoit déclaré
habiles et recevables à témoigner en justice devant les tri-
bunaux publics, ce qui fut confirmé par ce pape en \\\4.
' Galon est nommé dans l'inscription d'une longue lettre Ic°ncfl'b p.™ I
lt_ » i»o, op. xoo .
à l'archevêque de Lyon ; mais c'est 1 ouvrage d Ives de
Chartres , qui y est aussi nommé.
9 *
XII SIECLE.
-102 SAINT IVES,
SAINT IVES,
EVESQEE DE CHARTRES.
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
Bar. an. 1092, n. 2. tves, la lumière et l'oracle de l'église de France en
I vï°'p?248,'ii0l'. J-son temps, on pourroit même dire de tout l'occident,
naquit au territoire de Béarnais vers l'année 4040. Son
père se nommoit Hugues d'Auteuil , et sa mère Hilembur-
ge. L'opinion commune porte que sa famille étoit no-
ivo.ep. 3,12,22. ble; ' mais Ives témoigne lui-même le contraire dans plu-
vit. ib. sieurs de ses lettres. ' Dès sa plus grande jeunesse il fut
appliqué à l'étude des arts libéraux; après en avoir été instruit
Egas, Bui. 1. 1. p. en son pais, ' ou même à Paris selon d'autres, il alla au
613. I Bob add. », J. ,i -, . /. ,. i
ad sig. p. 750. Bec pertectionner ce qu il en sçavoit, et étudier les scien-
ces ecclésiastiques. Il y eut pour maître le célèbre Lan-
franc, et pour condisciples grand nombre de jeunes gens
distingués par leur naissance et leurs mœurs; dont plusieurs
furent élevés dans la suite aux premières dignités de l'é-
glise. C'étoit par conséquent avant l'année 4062, que
Lanfranc quitta le Bec, et alla à Caen remplir la place
d'abbé de saint Etienne.
Le goût pour les lettres et la pieté quTve prit au Bec,
il le cultiva avec autant de succès que de soin. Toute son
occupation, lorsqu'il reparut dans le monde, fut l'étude de
l'antiquité ecclésiastique et la pratique de la vertu. L'on en
a la preuve dans les écrits de sa façon, qu'il a laissés à la pos-
térité, et l'honneur qu'il fit à tous les divers états qu'il
r.aii. chr. nov. t. remplit. ' D'abord il fut chanoine de Nesle, illustre col-
légiale en Picardie, d'où son mérite le fit tirer, pour gou-
vet. t. i. p. 77i, verner la nouvelle maison ' que Gui, evêque de Beauvais,
venoit de fonder pour des Clercs, à la porte de sa ville épis—
copale. Cet établissement fut commencé, non en 4078,
comme l'avancent la plupart des écrivains, mais dès 4067,
et finit au bout de deux ans, sous l'invocation du martyr
saint Quentin. Ives en étoit déjà supérieur quelques an-
EVESQUE DE CHARTRES, 403
XII SIECLE.
nées avant -1079, d'abord sous le titre de prélat, ensuite
sous celui d'abbé; quoique dans ses lettres il ne se quali-
fie que simple prêtre.
Bientôt cette nouvelle communauté s'acquit une répu-
tation merveilleuse. Non seulement Ives en augmenta Nov. ib. | ivo, vit.
les revenus , en y transportant quelques domaines de son p'
patrimoine; mais il fit encore observer une régularité con-
forme en tout aux anciens canons, et y ouvrit une école cé-
lèbre , où il prenoit lui-même soin de faire des leçons de
Théologie. Cette manière de vivre établie à saint Quen-
tin , a fait regarder Ives comme un des plus illustres insti-
tuteurs de l'ordre des chanoines réguliers. ' Cet ordre étoit Hist.iitt. deiaFr.
,-. , t, . , t, • , . , t. 7, p. 522, 578.
déjà connu a Rome et a Reims plusieurs années aupara-
vant; mais Ives le porta à sa perfection. Dès son vivant
il eut la consolation de voir que sa maison servit à l'éten-
dre en divers lieux de la France , et que son école four-
nit d'exccllens évêques à plusieurs églises. ' Ce fut dans ivo, vit. ib.
le repos de sa retraite qu'il composa les deux recueils de
canons, l'un plus court, l'autre plus étendu qu'on a de
lui , et dont il sera parlé plus amplement dans la suite.
Ces écrits joints au soin qu'il prit lui-même d'enseigner, p. 249,11. 2. 1 ord.
lni acquirent dès lors le titre de docteur renommé, et des Vl * ■ ,p-
plus renommés de l'église de France : Inter prœcipuos Fran-
ciœ doctores eruditione literarum, tant divinarum quam
sœcularium fluruit. A cela près il ne figura pas encore alors
beaucoup dans l'église. ' Le concile d'Issoudun tenu en ivo, ep. i8i. |
1081 , fut la seule action d'éclat où on le vit paroître. 107.
Il y avoit environ quatorze ou quinze ans qu'il gouver-
noit l'abbaye de saint Quentin, ' lorsque Geofroi I évê- conc. t.10, p.429,
t / 430 l Ivo ep 1
que de Chartres , deux fois dépose par le pape Grégoire 2, s.
VII pour cause de simonie, se trouvant coupable enco-
re d'autres crimes, se reconnut indigne de l'épiscopat, et y
renonça. Le pape Urbain II, qui le détermina à prendre
ce parti , écrivit en même-temps aux Chartrains , pour les
inviter à élire un autre évêque, et leur indiqua le véné-
rable abbé de saint Quentin , dont il connoissoit tout le mé-
rite. L'élection étant tombée sur lui , l'on se saisit de sa
personne, de peur que son humilité ne le fit enfuir, et on le
présenta au roi Philippe, ' de qui il reçut le bâton pastoral, ivo, ep. 322.
Mais Richer archevêque de Sens et métropolitain de la
uisucix '04 SAINT IVES,
province, à qui appartenoit de droit l'ordination du
nouvel élu, refusa son ministère sous divers prétextes.
Dans la réalité il se trouvoit piqué , de ce qu'on avoit
Ep. 3. déposé Geofroi sans sa participation. Ives voyant les
choses à ce point , vouloit renoncer à son élection , et
Ep. i,*. en écrivit sur ce pied au pontife Romain. ' On le dé-
termina toutefois à aller trouver le pape avec les députés
de l'église de Chartres, qui lui portèrent leurs plaintes
touchant le refus de leur archevêque. Urbain pour cou-
per court ordonna lui-même le nouvel élu, et le renvoya
avec deux lettres en date du vingt-quatre et vingt-cinquiè-
me de novembre, l'une au peuple de Chartres, l'autre
à l'archevêque Richer.
Presque tous nos écrivains sont partagés sur l'année pré-
Mab. ib. i. 68. n. cise et le lieu de cette ordination. ' Mais Dom Mabillon
montre par des preuves qui ne souffrent point de réplique ,
qu'elle se fit à Alatri, (a) où le pape se trouvoit alors,
ivo.ep 3i. sur la fin de novembre -1094. ' Ives quoiqu'ordonné évê-
que de Chartres, retint encore l'abbaye de saint Quentin, et
ne s'en démit qu'au bout de quelque temps entre les mains
Ep. 3-2. de Foulques évêque de Beauvais. ' Alors il écrivit aux
chanoines réguliers, qui la desservoient , pour leur per-
mettre d'élire un autre abbé , et les exhorter à faire un bon
ep 193. choix. ' Il ne laissa pas néanmoins de continuer à la pro-
téger tout le temps qu'il vécut.
Ep. 1.2.6. 'De retour de son voyage d'Italie en France, il prit
possession de son église en vertu de l'investiture du Roi ,
Ep. s. et de l'ordination du pape attestée par ses, lettres. ' Mais
Richer son métropolitain , bien loin de le regarder comme
évêque, lui écrivit une lettre pleine d'amertume, de mé-
pris, d'injures, et ne le traitoit rien moins que d'intrus.
Ives y répondit avec politesse, mais en même temps avec
Ep u. beaucoup de force, offrant de se justifier canoniquement. A
cet effet il se présenta au concile d'Etampes, ou Richer
et les évêques de Paris, de Troyes et de Meaux avoient
vit. ib.n. 3. concerté de le déposer, et de rétablir Geofroi. ' Ils avoient
pour prétexte , qu'il étoit allé contre l'autorité royale , et
(a) Ives, dans sa lettre 3C fait lui-même mention de ce lieu où il était alors à
la suite du Pape. Mais au lieu d'.ilatri, les éditeurs ont lu à latere, qui ne signiûe
rien en cet endroit.
avoit
EVESQUE DE CHARTRES. 405 xu S1ECLE.
avoij. violé les droits de l'église Gallicane, pour s'être fait
ordonner ailleurs. Mais Ives arrêta le cours de la procé-
dure par un appel au saint siège; et le pape trouva le
secret de pacifier toutes choses à cet égard. Ives fut Ep. o.
maintenu dans son siège , et Geofroi concentré dans la par-
tie du diocèse de Chartres, qui étoit sous la domination
de Rohert duc de Normandie.
'A peine cependant notre prélat commençoit à jouir Ep i3-ir>.
de ce calme, qu'il eut le malheur de tomber dans la dis-
grâce de sou prince. Ne pouvant en conscience, ni en
honneur donner le moindre signe d'approbation à son scan-
daleux mariage avec Berlrade comtesse d'Anjou, il refusa
généreusement de s'y trouver, quoique le roi l'y eût invi-
té. Il fit encore plus; il le blâma hautement dans ses let-
tres à divers évêques, et en écrivit au roi même avec une
vigueur digne d'un évêque des premiers siècles, sans sor-
tir néanmoins des bornes du respect dû à la majesté royale.
C'étoit en 4 092; et dès lors ' ce zèle apostolique coûta la Ep i». 21, 22 1
... , , ,. ■ 1 r. • Alb. cbr. par. 2. p.
liberté au généreux prélat. Hugues seigneur du Puiset, 143. | sug. vit.
et vicomte de Chartres, se saisit de sa personne, et l'en-'1' p" 300,
ferma au château du Puiset même, pour tâcher de l'ab-
ballre, et faire par-là sa cour au roi Philippe. Ives n'en
devint que plus ferme; et Dieu ne le laissa pas sans con-
solation dans ses liens. ' Guillaume de Ros abbé de Fécam ivo, ep. 19.
entr'autres, l'y visita par ses lettres, où il le félicitoit de souf-
frir pour la même cause qu'autrefois Elie et saint Jean-
Baptiste. ' Les Chartrains de leur coté extrêmement atta- Ep.20.
chés à leur évêque, formèrent le dessein de l'aller délivrer
à main armée; niais le pacifique prélat en étant averti, ar-
rêta le coup par une lettre admirable. ' Hocl évêque du J^.21^,^- I
Mans, vint aussi à son secours, et agit si efficacement avec
le pape Urbain, qu'ils réussirent à lui procurer son élargis-
sement. ' Ives au reste prit de justes mesures pour que son ivo, ep.n, 44.
troupeau n'eût point à souffrir de son absence.
' Rendu à son église , il se trouva dans une extrême di- Ep. 22.
sette, à raison des ravages que les gens du roi avoient faits
dans les domaines de l'évéché, et se vit encore chargé de faus-
ses accusations. Assuré de son innocence, il en écrivit à Phi-
lippe, offrant de s'en justifier juridiquement, soit en concile
ou à la cour même du Prince. ' Il refusa néanmoins quelque- tp. 35.
Tome X. 0
insu.:U. ^06 SAINT IVES,
temps après d'assister à celui de Reims, tenu en 4 094,
quoiqu'il y eût été invité, par la raison qu'il ne devoit pas
être jugé hors de sa province. Ce fut apparemment sur le
Ep. 46. même principe ' qu'il ne voulut point promettre de se trou-
ver à un autre convoqué à Troyes pour le dimanche après
la Toussaint, sans avoir eu au préalable l'avis du pape Ur-
bain. On ne connoit point autrement ce concile; et l'on
ignore si notre prélat en fut. Seulement on sçait que les
archevêques de Reims, de Sens et de Tours en dévoient
être, et apparemment les évêques de leurs provinces.
Ep sh. En \ 095 fut célébré ' le grand concile de Clermont en
Auvergne, auquel le pape présida en personne. Ives fut
du nombre des évêques qui le composèrent, et eut l'bon-
neur, après la tenue de cette assemblée, d'accompagner le
conc. ib. p. G03. pontife Romain ' jusqu'à Tours. Urbain y tint un autre con-
cile auquel Ives assista , comme il avoit fait à toutes les
autres assemblées que ce pape avoit célébrées sur sa route.
Mab. ib. i. 69, n. Le concile de Tours fut tenu au mois de mars -1096; ' et
l'année suivante Ives se trouvoit dans le Nivernois, sans
qu'on sçache à quelle occasion , à moins que ce ne fût en-
core pour quelque concile. En ce voyage il dédia solem-
nellcment l'église du monastère de saint Etienne, assisté de
Gui, évêque diocésain, de Gautier de Chàlons sur Saône,
et d'Humbaud d'Auxerre.
Il ne se passa presque point de choses considérables dans
l'église de France durant son épiscopat, auxquelles il n'eût
Conc ib. p. 7i6- beaucoup de part. ' Il fut du concile d'Etampes en J099,
95,Ioo. " ' ef>' et de celui de Poitiers l'année suivante, ou le Roi Phi-
lippe et Rertrade furent excommuniés de nouveau , et
où les bons évêques eurent beaucoup à souffrir de la part
conc. ib. p. 710. du comte de Poitiers. ' Le légat Richard évêque d'Albane
en ayant convoqué un autre à Troyes en \ \ 04 , Ives s'ex-
cusa d'abord d'y aller, et ne laissa pas de s'y trouver. Le
sujet de l'assemblée étoit l'absolution du roi , qui fut néan-
ivo, ep. U4. moins différée à un autre temps. ' Le trentième de juillet
de la même année se tint un autre concile à Reaugenci pour
le même sujet. Ives y assista encore, et rendit compte au
pape Pascal H de ce qui s'y étoit passé. L'absolution du
roi ayant été encore retardée, Ives engagea le souverain
pontife à l'accélérer, et à user de quelque indulgence en-
EVESQUE DE CHARTRES. 407 x„ siècle.
vers ce prince. Il se justifia par-là du blâme dont le char-
geoient quelques-uns, d'avoir eu le plus de part à son ex-
communication. ' Dès auparavant il avoit donné des preu- Ep. 23.
ves du contraire; puisqu'il avoit agi auprès d'Urbain II, pour
suspendre l'exécution de ce dessein, et en avoit fait donner
avis au roi par le premier officier de sa cour. Enfin ' Phi- Conc ib. p. 742.
lippe fut solemnellemenl absous à Paris au commencement
de décembre \ \ 05 , et voulut qu'Ives fût de la cérémonie.
Avant cette époque, il lui avoit déjà rendu l'honneur de spic 1. 12, p. 2or.,
, ' ' ., ,* ,. ,a , , 297. | Mart. ani.
ses bonnes grâces, comme il paroit par un diplôme accorde coi. 1. 1, p. 83i.
à sa prière en faveur de l'église de Chartres.
' Au bout de trois ans ce prince étant mort le vingt-neu- sug. ib. p. 293.
vieme de juillet \\ 08 , on conseilla aussi-tôt après ses funé-
railles, à son fils Louis le Gros de se faire sacrer sans délai.
Ce fut Ives, ce prélat si respectable et si rempli de sagesse,
dit l'abbé Suger, qui ouvrit cet avis, En conséquence on
manda Daimbert archevêque de Sens, qui en fit la céré-
monie à Orléans le second jour d'août suivant, assisté de
tous ses suffragans, du nombre desquels étoit notre pré-
lat. A peine étoit— elle finie , que les députés de l'église de
Reims, qui prétendoit être la seule en droit de sacrer nos
rois, arrivèrent et firent leur opposition. ' Ives se chargea ivo, ep. 179.
de leur répondre, et de justifier le sacre de Louis. C'est
ce qu'il exécuta par une belle lettre circulaire adressée à
l'église Romaine et à toutes celles qui avoienl connoissance
de la plainte du clergé de Reims; y montrant que sa pré-
tention n'est fondée ni sur la raison, ni sur la coutume, ni
sur la loi. Ives ne borna pas là son affection pour son prince.
' Il l'engagea encore à se marier , pour raffermissement de Ep. 239.
la maison royale, et la tranquillité de l'église et de l'état.
En \ H 2 Joscerannc archevêque de Lyon , indigné , Mab. ib. 1. 72, n.
comme plusieurs autres, du traité conclu l'année précé-
dente entre le pape Pascal et l'empereur Henri V, tou-
chant la concession des investitures faite à ce prince, voulut
assembler un concile à Anse pour s'y opposer. Y ayant
invité les évêques de la province de Sens, Ives ne fut point
d'avis qu'ils y assistassent ; et ils ne s'y trouvèrent point
en effet. Il craignoit sans doute de rallumer un feu qui pa-
roissoit éteint , et qui se ralluma bientôt après. Ne pouvant y
apporter d'autre remède ' , il en écrivit d'une manière pa- ivo, ep. 214.
O ij
ni siècle. 108 SAINT IVES,
thétique à Brunon , archevêque de Cologne , qu'il sçavoit
avoir grand crédit à la cour impériale, afin qu'il l'employât
à faire cesser un schisme , qui depuis plus de trente ans di-
visoit le sacerdoce et l'empire.
Ce zèle et cette sollicitude pastorale pour le bien de l'é-
Ep. 18. glise en général ' éclatoient dans toutes les occasions où il
s'agissoit du violement du bon ordre, même de la part des
papes et de leurs légats. Nous en avons diverses preuves
dans le recueil de ses lettres. En cette sorte de rencontre
l'amour des règles l'emportoit sur toute considération ; ci
Ep. 21. Ives ne reconnoissoit pas même ses meilleurs amis. ' Il étoit
fort lié avec Hugues archevêque de Lyon , légat du saint
siège, et lui avoit donné des marques de son attachement,
lorsque le pape Urbain l'eut rétabli dans cette dernière
Ep. no. dignité, dont il avoit été destitué par Victor III _ ' Néan-
moins Hugues s 'étant avisé d'arrêter le sacre de Daïmberl
archevêque de Sens, jusqu'à ce qu'il eût reconnu la pri-
matie de Lyon sur cette autre métropole, Ives hii écrivit à
Ep 67. ce sujet avec une vigueur vraiment épiscopale. ' Hugues
s'en tint offensé, et en porta ses plaintes au pape, qui en
conçut du refroidissement pour notre généreux évêque.
Mais celui-ci n/en devint que plus ferme , comme il paroît
par sa lettre à ce pontife , et en prit occasion de faire voir
qu'il ne tenoit à l'épiscopat, que pour en soutenir l'honneur
et le droit des églises : fermeté qui lui auroit peut-être attiré
Gofl. vmd. i. 2, ep. la disgrâce du pape et de l'archevêque, ' sans l'a médiation
de Geoffroi abbé de Vendôme, qui se trouvant alors à
Rome, justifia Ives auprès du pontife Romain, et passant en-
suite par Lyon à son retour en France, fit sa paix avec le
légat Hugues.
ivo, ep. 87, 89,97, Au bout de quelque temps ' Ives ayant appris qu'on vou-
loit donner à l'église de Beauvais pour évêque Etienne de
Garlande, dont il connoissoit l'incapacité et les autres dé-
fauts, mit tout en œuvre pour traverser son élection et em-
Ep. io2, 104, io5, pêcher son sacre, en quoi il réussit. ' Au contraire il favo-
risa et appuya de tout son pouvoir celle qu'on fit ensuite de
Galon abbé de saint Quentin, dont le mérite lui étoit par-
faitement connu.
Ce n'est pas seulement par rapport au maintien des ca-
nons et de la discipline ecclésiastique, en ce qui regarde le
EVESQUE DE CHARTRES. 409
XII SIECLE.
spirituel, que paroissoit ïa généreuse intrépidité de notre
prélat; elle se montrent encore en ce qui concerne les cou-
tumes ou devoirs temporels des églises envers les souve-
rains. ' Ives en a laissé des exemples bien marqués. Le roi Ep. 2s.
Philippe lui ayant ordonné de se trouver avec les troupes
de l'église de Chartres, en un certain endroit où il devoit
avoir une entrevue avec Henri roi d'Angleterre et duc dé
Normandie , mais y ayant joint des conditions qui n'étoient
pas d'usage, Ives prit la liberté de lui en faire des remon-
trances aussi fortes que respectueuses. De même ' Etienne Ep. 49.
comte de Chartres et de Blois, exigeant de l'église de
Chartres un devoir inusité, Ives s'y opposa avec une vi-
gueur digne d'un évêque attaché aux intérêts de son église.
Tant d'occasions où il donna des marques éclatantes
de son habileté dans toutes sortes d'affaires, de son amour
et de son zèle dans le maintien du bon ordre , lirent passer
sa réputation dans les pays étrangers. Rome qui le connois-
soit mieux que les autres, le craignoit et le respectoit en
même temps. L'Angleterre révéroit son mérite, sa vertu,
et avoit souvent recours à ses lumières. C'est ce qu'on
voit par les liaisons qu'avoit Ives avec le roi Henri I,
la reine Mathilde et plusieurs évêques du royaume. ' Ma- Ep. 107, us, m.
thilde entre autres avoit pour le pieux évêque une estime
singulière, dont on découvre de grands traits dan6 les let-
tres qu'il lui écrivoit. A sa considération elle fit à l'église de
Chartres un riche présent en cloches, dont le prélat sçut lui
faire un remerciment d'un excellent goût pour ce temps-là
Si l'église entière et les pays étrangers tirèrent tant de
secours de l'épiscopat d'Ives, celle de France en particu-
lier, et principalement le diocèse de Chartres en tirèrent
encore davantage. Pour en donner une juste idée, il fau-
droit faire ici une analyse presque entière du recueil de ses
lettres. On y verroit par ses avis et ses décisions à toutes sor-
tes de personnes, qu'il fut en son temps le conseil des évêques
et l'oracle des simples fidèles. On y verroit par les instru-
ctions et les éclaircissemens qu'elles contiennent, combien
il aimoit la pureté de la foi et des mœurs, et l'observation de
la bonne discipline, et combien il a travaillé en faveur de
l'une et de l'autre. Ce n'est point pousser les choses trop loin,
que de dire à sa gloire, qu'on fut particulièrement redevable
à ses soins de l'espèce de renouvellement qui se fit alors dans
xu socle. "° SAINT 1VES,
l'église Gallicane, tant parmi les clercs que les laïcs, et que
ses écrits servirent à maintenir dans la suite.
Quelque sévère au reste que fut Ives dans ses décisions
sur les points de morale et de discipline, sa conduite étoit
pleine de lumière, de sagesse, de modération, de dou-
ceur. Ce fut par-là qu'il sçut gagner le cœur de ceux dont
il avoit combattu les passions. On a pu en remarquer un
exemple en la personne du roi de France Philippe I. On en
a un autre à l'égard d'Etienne comte de Chartres et de
Blois, qui après avoir eu quelques contestations avec le
Mart.am .coi. t i. zélé prélat, ' lui rendit tellement ses bonnes grâces, qu'à
p. 62i, 62î. ga prjere jj abolit la pernicieuse coutume établie par ses
prédécesseurs, de piller à la mort de l'évêque de Chartres
la maison épiscopale et tous les domaines de sa dépen-
dance : mais sa douceur n'alla jamais à tolérer le vice. En-
ivo, ep. 5. tre les autres preuves qu'il en donna, ' il le fit voir parti-
culièrement dans ce qu'il mit en usage pour faire cesser la
conduite scandaleuse que tenoient un seigneur de son dio-
cèse, nommé Guillaume, et Adélaïde proche parente d'A-
dèle comtesse de Chartres. Ce fut par sa sagesse et sa dou-
Ep. 7. ceur qu'il ouvrit les yeux à l'infortuné Roscelin , ' qui après
avoir renoncé à ses erreurs, embrassa la pénitence, comme
on l'a vu dans son histoire.
A tant d'excellentes qualités Ives joignoit encore un
cœur compatissant envers ceux qui étoient dans l'oppres-
sion , ou en quelque autre genre de peine. Dans ces oc-
casions il se faisoit un plaisir et un mérite d'employer en
leur faveur le crédit qu'il avoit auprès des Grands. Entre
grand nombre de traits de cette générosité bienfaisante que
nous fournissent les lettres du tendre prélat, il suffit de
Ep. 253, 354, 258, dire ' que saint Godefroi évêque d'Amiens , Geofroi arche-
vêque de Rouen , et Hubert évêque de Senlis se trouvant
dans le cas, en sentirent d'heureux effets : le premier au-
près de Louis le Gros, les deux autres auprès du pape Pas-
ord. vit. i. io, p. cal II. ' Ce pontife ayant été obligé de se réfugier en
France, Ives eut l'honneur de le recevoir chez lui, où
il célébra la fête de Pâques en M 07 , et ' l'y retint le plus
Mab. ann. i. 69, n. qu'il lui fut possible. ' Geofroi abbé de Vendôme, ' con-
traint de quitter son monastère par les vexations du seigneur
du lieu , trouva une retraite aussi gracieuse qu'honorable au-
près de notre généreux évêque.
EVESQUE DE CHARTRES. \\\ x„ siècle.
Mais rien ne fut au dessus du soin qu'Ives prit de l'ins-
truction de son clergé et de son peuple, autant que les be-
soins de l'église et de l'état auxquels il étoit obligé de se
prêter, le lui pouvoient permetlre. ' Si-tôt qu'il eut pris ivo, ep. 6, 12.
possession de son église, il se mit à instruire, à corriger,
à détruire, et à planter. 11 avoit du talent et du zèle pour
le faire; et il trouva de quoi exercer l'un et l'autre. Les
sermons qui nous restent de lui , tant imprimés que manus-
crits, et qui ne sont apparemment que la moindre partie de
ceux qu'il prononça devant son peuple, font foi qu'il lui
distribuoit souvent le pain de la parole. Non content de lui
parler de vive voix , ' il lui adressoit aussi quelquefois des Ep. u.
lettres pastorales , dont nous avons un beau modèle dans
le recueil de ses autres lettres.
Pour ce qui est de sa conduite particulière, quelque Baii.«3dec.p. 288.
occupé qu'il fût du soin de son troupeau et de tant d'au-
tres affaires étrangères , il étoit aussi intérieur et recueilli
en Dieu , que lorsqu'il vivoit à saint Quentin de Beauvais.
C'est cette piété que Robert de Torigni n'a pas oublié de Rot), add. ad sig
relever dans l'éloge de ce grand éveque, qui le portoit à \vo, ep. 6.
se plaindre dès le commencement de son épiscopat , d'être
obligé de se prêter à des occupations tumultueuses, qui le
privoient de l'union intime avec Dieu, et de cette aimable
tranquillité que demande la prière. C'est encore cette piété
qui lui inspira de favoriser tant de pieux établissemens où
Dieu devoit être servi en esprit et en vérité. Outre ce qu'il
avoit déjà fait en faveur de saint Quentin de Beauvais, ' il vu. p. 252, n. 16.
fonda de nouveau à la porte de sa ville épiscopale l'abbaye
de saint Jean en vallée pour des chanoines réguliers. Le cé-
lèbre Bernard moine de saint Cyprien de Poitiers, s'étant
retiré au diocèse de Chartres, ' et y ayant obtenu du sei- Ep.283. 1 Mab. ib.
gneur du lieu un fonds pour y construire un monastère, Ives
se porta à cet établissement avec tant de zèle et de succès,
qu'il a mérité d'en être regardé comme le fondateur conjoin-
tement avec le b. Bernard. Le monastère se nomma Tiron,
du nom de la petite rivière voisine, et devint dans la suite
chef d'ordre. ' Celui de Hautes-Bruieres de religieuses de ivo, vit. ib.
l'ordre de Fontevraud doit aussi sa fondation au même pré-
lat, qui établit encore un hôpital pour les malades, et fut
bienfaiteur de l'ordre de Cluni, ' et des abbaves de Mar- $>. 288. | Mab.
lb. D. 16.
III SIECLE.
412 SAINT IVES,
moutier, de Bonneval et de Bourgmoyen, à Blois.
Rob. add. ad sig. 'ives dans ses pieuses libéralités, n'oublia point sa propre
W8, n°i. P' église. On a déjà parlé du service signalé qu'il lui rendit,
en la faisant décharger de ces criantes coutumes, qui étoient
de vrais pillages. 11 prit soin d'embellir la cathédrale, et
de la fournir de livres et d'ornemens. Il renouvella et ag-
grandit considérablement la maison épiscopale, à laquelle
il joignit une maison de campagne pour les divers usages
des évèques. Les écoles étoient fort fréquentées dès le
temps de saint Fulbert; et le lieu où elles se tenoient de-
voit être fort spacieux. Ives le fit rebâtir tout à neuf, et
laissa encore à son église et à ses chanoines diverses autres
oiTi9am'ii9U' '" 111*r(Iues de sa généreuse bienveillance. Enfin ' il eut quel-
que part à la fondation de l'abbaye de saint Victor à Paris,
qui se fit en -I-H5 : au moins sa souscription se lit-elle au
bas de la charte du roi Louis le Gros pour cet établisse-
ment.
Il reste à dire quelque chose des liaisons de notre saint
prélat. Sans parler des papes, de rois, des princes et prin-
cesses, il en avoit avec presque tous les grands personnages
de son temps. On en voit paroitre la plupart dans les ins-
criptions de ses lettres; mais nous ne rappellerons ici que
ceux avec qui il étoit lié d'une manière plus intime. De
ce nombre étoient saint Bernard de Tiron , dont il vient
d'être parlé, et le b. Bobert d'Arbrisselles. Jl avoit donné
au premier la bénédiction abbatiale; et à la considération
de l'un et de l'autre, il s'étoit employé à la fondation de l'ab-
ivo, eP. 39. baye de Tiron et du monastère de Hautes-Bruyères. ' S'é-
tant lié d'amitié , dès qu'il étudioit au Bec , avec saint An-
selme, ils continuèrent toujours leur union, depuis que
celui-ci fut abbé, et ensuite archevêque de Cantorbéri.
ï*p" 66** nov" '' "s eurent la mutuelle consolation de se voir, lorsqu'en
M 03 Anselme vint en France, pour de-4à aller à Borne
Ayant pris sa route par Chartres, l'évêque Ives le reçut
avec beaucoup d'honneur, et lui persuada avec la comtesse
Adèle , d'attendre l'automne pour ce long voyage , afin
Ber70hist71de1Bl éviter les chaleurs de l'été. ' A son retour sur la fin de
app p 8. ' juin de l'année -1-105, Anselme passa de nouveau à Char-
tres, et eut le plaisir d'y voir encore son bon ami : il y fit
même un séjour considérable; puisqu'y ayant souscrit une
charte
EVESQUE DE CHARTRES. . W3
XII SIECLE.
charte en faveur des chanoines de Bourgmoyen de Blois,
le vingt-quatrième de juin, il n'en partit que pour se rendre
à l'Aigle le vingt-deuxième de juillet suivant
'Il y avoit aussi une étroite union entre Ives et Lam- ivo, ep. m. | Bai.
i . . , a ,,, .. ,, i , j mise. t. 5, p. 28(3,
bert eveque d Arras, comme il paroit par une lettre du 35e.
premier, insérée parmi celles de l'autre, qui lui en a écrit
une des siennes, pour le remercier d'un service signalé
qu'Ives venoit de rendre à l'église d'Arras, et des autres
qu'elle en avoit déjà reçus en d'autres occasions. Depuis
que ' notre prélat eut béni Geoffroi abbé de Vendôme, ce Lab. bib nov.t. 1,
qu'il fit le vingt-troisième de septembre 4093, il se forma p
entre eux une amitié persévérante, qui est attestée par les
\ 9 premières lettres du second livre du recueil de celles de
Geofroi, toutes écrites à l'évêque de Chartres. ' L'épître Mab.ib. n.98.
par laquelle Hugues de Sainte Marie moine de Fleuri, et
l'un des sçavans de son siècle, lui dédia en \\\0 sa grande
chronique, montre qu'ils avoient ensemble des liaisons de
littérature.
' Ives vécut jusqu'à la vieillesse, et mourut plein de gloire, ivo, ep. 254.
de mérites, et en odeur de sainteté. ' Mais les Ecrivains Hist. chr. p. J54, 1.
. , • , , e . . ■ , ■ |Ivo,vit.p.248,n.
tant anciens que modernes sont fort partages sur le jour 2. | p.asa.n. is. 1
précis et l'année de sa mort. Les uns la placent dès l'année nV.'iRob.addf.uV.
JHJ4; d'autres lui assignent l'année suivante. Ceux-ci la I £jb- ^^"b \
marquent au premier de janvier H 16; ceux-là, comme ra, n". 125. kgas.
Robert de Torigny, la renvoyent en \\\7 : enfin d'autres caVe.'p.'wi.
la fixent au vingt-troisième de décembre (I) 4446; et leur
opinion mérite la préférence, étant celle des historiens He-
linand de Froidmont et d'Alberic de Troisfontaines. Ives
pouvoit être alors dans la soixante dix- septième année de son
âge, et avoir passé vingt-cinq ans et un mois dans l'épisco-
pat, à compter du jour de son ordination. ' Il fut enterré Rob. add. ib. 1
Gill chr vçt t 3
dans le chœur de l'église abbatiale de saint Jean en Vallée, p. 488,2. 1 Bon.'
dont il étoit le fondateur, comme il a été dit. f!n a trois ''' p 218
épitaphes consacrées à sa mémoire : l'une est de la façon de
Philippe albé de Bonne-Espérance; mais on ignore qui sont
\
(1) On voit par c>>tte époque combien s'est éloigné de la vérité Bernard de la
Guionie, qui parlant de notre prélat avec éloge, ne le place que sous le pape
Anastase IV. vers le milieu de ce siècle, et le fait disciple de Gilbert de la Poirée.
André Thevel dans sa cosmograplne s'en est encore bien plus éloigné, en le Mur scrl H. t. 3,
renvoyant à la On du quinzième siècle, sous le roi de France Charles VIII. p. 440.
t fl Tome X. P
XII SIECLE.
MA SAINT IVES,
les auteurs des deux autres. Celle que nous copions ici,
et que nous préférons aux autres, par la raison qu'elle
exprime mieux le caractère de ce grand évêque, a été tirée
d'un ancien manuscrit du président Barnabe Brisson, et se
trouve imprimée en divers recueils.
EPITAPHE.
Mente, manu, Unguâ, doctrinâ, corporis usu,
Prudens, muniûcus, aflabilis, utilis, insons :
Firma columna domus Domini, quam jure salubri
Fovit, munivit, influxit, jugiter auxit,
Consilio, scriptis quo viveret ordine, rébus.
Cujus opem gralis a?ger, rem sensit egenus,
Istius urbis apex, memorandus Episeupus Ivo,
Hac situs expectat adventum judicis urna.
Outre ces trois épitaphes qui contiennent un précis de
l'histoire de notre prélat, le P. Fronteau chanoine régu-
lier de sainte Geneviève, a composé sa vie qui est impri-
Boii. 20 mai, p. mée à la tête de son décret dans la dernière édition, 'et
que les successeurs de Bollandus ont fait entrer dans leur
grande collection d'actes des saints, avec quelques remar-
Baii. ib. p. 282- qUes de leur façon. 'M. Baillet de son côté en a publié
une autre au vingt-troisième de décembre, entre ses vies
des saints. Enfin un troisième écrivain donna vers le même
temps un petit volume in 42 portant ce litre : L'esprit d'Ives
de Chartres dans la conduite de son diocèse, et dans les
cours de France et de Rome. L'écrit a été imprimé à Paris
chez Anisson en \ 70-1 , et représente assez bien en qua-
torze chapitres la conduite d'Ives dans les trois différens
états qu'annonce le frontispice. Les bibliographes et autres
écrivains qui ont parlé de cet excellent évêque, sont pres-
que sans nombre. Nous avons profité de ce qu'ils en ont
dit de meilleur; mais sans nous îirrêter aux vies entières
dans lesquelles nous n'avons pas trouvé tout ce qui nous
paroît nécessaire pour le représenter tel qu'il étoit; nous
en avons dirigé une autre tirée pour la plus grande partie
de ses propres écrits, et pour le reste, d'auteurs contem-
porains.
Trit. scri. c. 349. ' rves se rendit aussi rccommandable par sa sainteté de
EVESQUE DE CHARTRES. f!5
XII SIECLE.
vie, que par son grand sçavoir : nec minus sanctitatc quant
scientia venerandus. Son sçavoir est suffisamment connu par
les écrits qui nous restent de sa façon; ' et sa sainteté lui ivo. vit. p. 247. n.
.,.,., , , , , .. , 1. | 252,11.20.
attira des les premiers temps beaucoup de vénération de
la part des peuples, nommément de celui de Chartres.
On fut cependant plusieurs années sans célébrer aucune
fête en son honneur; et l'on paroît ignorer s'il a jamais été
canonisé dans les formes. Seulement le pape Pie V en 4570
donna une bulle, pour transférer au vingtième de mai la
fête qui se faisoit alors en sa mémoire le vingt-troisicme
de décembre, par la raison que ce dernier jour tombant
toujours en avant, ne convient pas à la solemnité des fêtes.
Un autre indice de sa sainteté est le traitement que lui firent
subir les Calvinistes au temps de leurs ravages, en rédui-
sant en cendres ses reliques, comme celles des autres
saints.
' Il ne faut pas au reste confondre Ives évêque de Char- p. 252. n. m. 1
1res, avec un autre Ives cardinal, prêtre du titre de saint t. 1, p. 127, 128.
Laurent in Damaso, auparavant chanoine régulier de saint
Victor à Taris, et mort en 4442, ou l'année suivante. La
même observation est à faire à l'égard d'un troisième Ives
surnommé de Chartres, et qualifié docteur, qui avoit étu-
dié sous Gilbert de la Poirée , depuis évêque de Poitiers.
Celui-ci le cita pour sa défense au concile de Rheims en
4-148, avec Rotrou un autre de ses disciples, alors évêque
d'Evreux , et dans la suite archevêque de Rouen.
On a dit plus haut qu'Ives évêque de Chartres, eut la
consolation de voir avant sa mort quelques-uns de ses dis-
ciples élevés aux premières dignités de l'église : mais nous
n'avons de connoissance particulière que des suivans. ' Jean Hug. fi. chr p.
Romain de naissance, reçut quelque-temps des instructions
d'Ives à saint Quentin de Reauvais. En étant ensuite sorti,
il se rendit moine au Rec, et devint depuis évêque de
Tusculum et légat du saint siège Un ' autre de ses dis- Bon. 27 jan. p.
ciples de même nom que le précédent , après avoir per- ' u" '
fectionné sous lui ce qu'il avoit déjà appris à l'école d'U-
trecht, fut évêque de Térouane , et vécut si saintement
d.'ins l'épiscopat, que l'église le compte au nombre des saints
qu'elle honore. ' Il paroît par la manière dont Ives recom- ivo, ep. 43,50.
mande au pape Urbain II , et à Richer évêque de Sens ,
XII SIECLE.
H6 SAINT IVES,
Guillaume élu évêque de Paris en -1095, qu'il !e regar-
doit comme un de ses élevés. Galon successeur de Guil-
laume, avoit aussi l'avantage, ainsi qu'on l'a montré à son
Ep. 176, 178. article, d'être élevé de la même école. ' Wulgrin d'abord
chancelier de l'église de Chartres, puis élu évêque de Dol
au concile de Troyes en 4 407, est reconnu pour un de ses
Mari. t. s, p. 329. disciples. ' On met aussi de ce nombre Samson de Mau-
ivo, ep. not. p. voisin archevêque de Reims, mort en \\§\ ;' Odon suc-
cessivement chanoine régulier, ensuite abbé de saint Quen-
tin de Beauvais après Galon, se donne clairement lui-même
pour élevé de notre saint prélat, dans une assez longue
lettre qu'il lui adresse, pour lui exposer l'état de sa cons-
cience.
Thev. t. 2, p. 125. "Thevet dans son histoire des hommes sçavans, a cru
nous donner le portrait au naturel de l'évêque Ives, qu'il
a fait graver en taille-douce, sur un autre que lui avoit
fourni un ancien livre de la bibliothèque du cardinal Geor-
ges d'Amboise. Ives y est représenté avec les cheveux qui
lui tombent jusques sur les épaules, une calote qui lui cou-
vre presque toute la tête, une ample et longue robe, à
laquelle est attaché un capuchon pendant par derrière.
§ II.
SES ÉCRITS.
Rohb.add.adsig. ' -Q obert de Torigny, abbé du Mont Saint Michel,
p 7oo. JLtqui écrivoit dans le siècle où mourut Ives de Char-
tres, atteste dans le petit éloge qu'il a fait de lui, que ce
prélat avoit laissé beaucoup d'illustres monumens de sa
science et de son habileté; et cependant il n'en spécifie
MeU. scri. c 95. aucun. ' L'anonyme de Molk, qui publia vers le même
temps son catalogue d'écrivains ecclésiastiques, nomme
sig. scri. c. iG7. quatre de ces monumens; 'et Sigebert plus ancien que l'un
et l'autre, comme étant contemporain d'Ives, les réduit à
son décret, et au recueil de ses lettres. Mais il est venu
dans la suite une foule de sçavans, qui s'intéressant à la
gloire de ce grand évêque, ont fait des recherches à ce
sujet, et en ont découvert plusieurs autres. On en a im-
primé les principaux; et les autres ne sont encore que ma-
nuscrits. En voici le dénombrement à la tête duquel nous
placerons ceux qui ont déjà été imprimés.
EVESQUE DE CHARTRES. 117 ,ii siècle.
J°. Le plus célèbre de tous est sa collection des canons,
sur quoi il y a diverses observations à faire. La plupart,
ou même presque tous les écrivains qui ont entrepris d'en
parler, n'en reconnoissent qu'une seule collection; mais
il en faut distinguer et admettre deux, par les raisons qu'on
va voir.
Ives n'étant encore qu'abbé de saint Quentin de Beauvais,
et faisant alors une de ses principales occupations de l'étude
de l'antiquité ecclésiastique, comprit de quelle utilité seroit
un bon recueil de canons et autres régies en usage dans l'é-
glise. Il y en avoit déjà plusieurs avant ce temps-là, comme
nous l'avons remarqué en parlant de ceux de Reginon de
Prom, de Bouchard de Vormes, à l'article d'Olbert abbé
de Gembiou. Mais Ives qui en connoissoit les défauts,
quoiqu'il ne les ait pas tous évité lui-même, les jugeant
insuffisans, conçut le dessein d'un autre recueil, et se mit
tout de bon à l'exécuter. La manière dont il s'y prit pour
en venir à bout, est remarquable; 'et c'est de lui-même Iv0> decr. Pr P
que nous l'apprenons dans Tassez grande préface qu'il a
mise en tête. Ayant rassemblé en un corps, avec le tra-
vail qu'on peut imaginer, les extraits des régies ecclésias-
tiques que lui purent fournir tant les lettres ou décré-
tais des papes, et les actes des conciles, que les traités
des pères et les constitutions des rois catholiques, il les
rangea ensuite en un certain ordre. Le motif qui le porta
à entreprendre ce pénible travail, fut de rendre service
au public, en faisant ensorte que ceux qui n'avoient pas
ces écrits en main, pussent prendre dans son recueil ce
qui leur conviendroit : et afin que chacun y pût trouver
aisément ce qu'il auroit à chercher, il y a observé l'ordre
suivant. 11 dit qu'il y traitera d'abord de la foi, qu'il
nomme le fondement de la religion chrétienne, ensuite
des sacremens, puis de la conduite des mœurs, enfin de ce
qui concerne les différentes affaires, c'est-à-dire celles dont
il appartient à l'église de connoître. A ces quatre chefs
principaux l'auteur rapporte tout ce qu'il a cru devoir dis-
cuter dans son ouvrage, sous divers livres, ou parties sub-
divisées en plusieurs titres.
' Prévoyant qu'il se poUrroit trouver des lecteurs qui îwd.
n'entendroient pas assez ce qu'il dit, ou cjui croiroient y ap-
1 o *
III SIECLE.
418 SAINT IVES,
percevoir de la contradiction, il a soin de les avertir de
ne se pas presser de les blâmer, mais de considérer atten-
tivement ce qui est dit suivant la rigueur du droit, ou sui-
vant l'indulgence, par la raison que tout le gouvernement
p. 1-6. ecclésiastique est fondé sur la cliarité. ' C'est par ce prin-
cipe, ajoute-t-il, en le montrant fort au long, que l'é-
glise tantôt se tient à la sévérité des régies, et tantôt s'en
relâche par condescendance. Ce qu'lves dit ici, a trait à
la méthode qu'il a suivie dans sa collection, en y insé-
rant sur le même sujet des canons de l'une et de l'autre es-
pèce, c'est-à-dire de rigoureux et de modérés. Mais de
peur qu'on ne crût que cette condescendance ou modé-
P. 2- ration pût avoir lieu dans tous les cas , ' il fait observer
• qu'il est de deux sortes de préceptes, comme de deux sor-
tes de défenses. Il y en a de droit divin , qui sont éta-
blis par la loi éternelle, et d'autres qui ne sont que de dis-
cipline, établis par les hommes en vue d'un plus grand
bien. Les premiers, dit-il, sont immuables et par consé-
quent ne souffrent point de modération ; mais il n'en est
pas de même des autres.
Tel est en général le plan sur lequel Ives dirigea ses
Douj. pran. i. 3, deux collections. ' Il donna à la première le titre de pan-
c 28 n 1 I Poss
app. t. 2,p.306. | normie, formé de deux mots, l'un grec, l'autre latin :
Bau. 23 dec. p. comme p0ur exprimer un corps de toutes les loix, ou
régies du droit ecclésiastique. (Quelques puristes trop dé-
licats en ceci, voudroient qu'on lût pannomie; mais les
anciens manuscrits ne le souffrent pas. D'autres en plus
grand nombre ont tenté d'enlever à Ives l'honneur de
cet ouvrage , prétendant qu'il n'en a composé d'autre
sur cette matière que son décret : mais c'est ce qu'ils ne
réuss:ront jamais à persuader aux personnes instruites. Les
raisons sur lesquelles ils établissent leur sentiment , sont
Douj. ib.n.4. trop foibles à cet égard. ' Ils disent d'une part qu'à la fin
de cet ouvrage il y a diverses choses prises des décrétales
de Calixte II et d'Innocent son successeur après Hono-
rius, qui ne furent papes que plusieurs années après la
mort d'Ives. Ils allèguent d'ailleurs que la pannormie n'est
autre chose que l'abrégé du décret de notre auteur, que
fit en son temps un certain Hugues qualifié évêque de
Châlons sur Marne, comme le rapporte Vincent de Bcau-
vais.
EVESQUE DE CHARTRES. W9 XII SIECLE
Rien de plus foible que ces prétendues raisons. Par
rapport à la première, il n'est point étrange qu'il soit arrivé
à la pannormie ce qu'ont souffert dans tous les siècles tant
d'autres ouvrages originaux, qui après être sortis des mains
de leurs auteurs, ont reçu des additions étrangères, au
moins dans plusieurs de leurs exemplaires. C'est justement
le sort qu'a eu la pannormie, comme il seroit aisé de le
justifier par les deux fort anciens manuscrits de ce recueil,' ibid.
que Dom Mabillon atteste avoir vus aux abbayes d'An-
chin et de Rlandimberg. Ils portent l'un et l'autre le nom
d'Ives de Chartres, et ne contiennent rien des additions
alléguées. ' On a encore la même preuve dans l'ancien Bai. de em. Gr.
manuscrit de saint Victor, et dans un autre qu'avoit en pr' n'
main Dom Antonio Augustinus.
L'autre raison sur laquelle on lui dispute cet ouvrage,
n'a pas plus de solidité. Ce n'est point un Hugues évêque
de Châlons qui fit l'abrégé dont il s'agit, puisque cette
église n'a point eu d'évêque de ce nom depuis le temps
d'Ives de Chartres, ' mais Haimond de Bazoches qui la Aib. chr. par. 2,
gouvernoit au milieu de ce douzième siècle. Et bien loin
que cet abrégé ne fût autre que la pannormie, ainsi qu'on
le suppose, il nous est une preuve du contraire, en ce qu'il
montre qu'elle existoit auparavant, en ayant été tirée,
et non du décret du même auteur. C'est Alberic de Trois-
fontaines qui l'atteste, et qui mérite d'autant plus de créance,
qu'on sçait certainement qu'il ne parle dans sa chronique
que d'après les historiens qui l'avoient précédé. « Ce
» Barthelemi évêque de Châlons, dit Alberic sur l'année
» H$\, mourut dans son pèlerinage de Jérusalem; et
» l'on élut pour évêque l'archidiacre Haimond de Bazo-
» ches, homme recommandable par sa noblesse et sa vertu,
» qui a fait le manuel des décrets suivant la pannormie
» d'Ives de Chartres. » Témoignage aussi clair que décisif,
et qui ne demande point de commentaire.
Celui de Vincent de Beauvais, pris dans son vrai sens,
ne l'est pas moins : à cela près qu'au lieu d'Haimond, ' il Douj. ib. a 5.
nomme Hugues, l'évêque de Châlons abréviateur de l'ou-
vrage de notre prélat. En effet, après avoir parlé du tra-
vail de celui-ci qu'il qualifie aussi abrégé^ par rapport aux
sources d'où il avoit été tiré, il ajoute que l'auteur l'inti-
III SIECLE.
-120 SAINT IVES,
tula pannormie; mais que comme il n'étoit pas d'une petite
étendue, l'évêque de Châlons entreprit de l'abréger, et
en fit un petit livre portatif, qui fut intitulé la Somme des
décrets d Ives. Voilà justement le manuel ou enchiridion
dont parle Alberic, comme tiré de la pannormie, qui par
conséquent en étoit fort différente.
Bai. ib. n.20. 'C'est ce que le sçavant M. Bal uze a voit déjà prouvé par
un autre raisonnement. L'abrégé fait par l'évêque de Châ-
lons, dit-il, sur le témoignage de Vincent de Beauvais
qu'on vient de lire, portoit pour titre la Somme des décrets
d'Ives. Or la pannormie dans trois anciens manuscrits de
l'abbaye de saint Aubin d'Angers, et dans un quatrième
de la bibliothèque de saint Victor à Paris, est intitulée uni-
formément partout pannormie, et jamais somme des dé-
crets. Il en est de même des éditions qui ont été faites;
ce qui montre que les manuscrits dont on s'est servi, rete-
noient le même titre. Nous l'avons vu nous-mêmes inti-
tulée de la même sorte, dans un autre ancien manuscrit de
l'abbaye de saint Ouen à Bouen. Dans tout ceci se pré-
sente encore une autre observation, qui tranche la diffi-
culté sans aucun retour; c'est que le manuscrit de saint
Victor est plus ancien que l'abréviateur, quel qu'il ait été.
Il est donc hors de contestation que son écrit n'est point la
pannormie, et qu'il n'y a nulle raison de la refuser à Ives
de Chartres son véritable auteur.
Douj. ib. n. 9. ' On fait encore naître à son sujet une autre question : sça-
voir si elle a précédé le décret du même prélat, ou si elle
n'est venue qu'après? M. Doujat paroît pencher pour la
seconde alternative, et en apporte quelques foibles rai-
Bai, ib. sons : mais ' M. Baluse se déclare ouvertement pour la pre-
mière, qui mérite la préférence, en ce que le décret est
non seulement plus ample, mais aussi mieux travaillé que
Pagi ann. un, la pannormie, et qu'il y régne beaucoup plus d'ordre. ' Un
historien de la fin du siècle même où est mort l'évêque
Ives, et qui n'a écrit que d'après ceux qui l'avoient pré-
cédé, comme Alberic de Troisfontaines, nous apprend
qu'Ives publia son décret en -1 090, un an précisément avant
qu'il fût élevé à l'épiscopat. Il faut à ce compte que la
pannormie fût déjà sortie des mains de son auteur quelques
années auparavant.
On
EVESQUE DE CHARTRES. 424 x„ sijjcle.
On ne doit pas croire au reste, qu'Ives eût en main ' tous Ko, decr. pr. p. 1.
les livres originaux qu'il indique en général dans sa préface,
comme les sources d'où il a tiré ce qu'il rapporte. Les livres
étoient alors trop rares, pour qu'il fût [ ossible d'en rassem-
bler un aussi grand nombre dans deux, trois ou quatre bi-
bliothèques. Mais il en a puisé la plus grande partie dans
les recueils qui avoienl précédé le sien :' nommément dans Douj. it>. n. 3.
•celui du fameux Isidore, compilateur des fausses décréta-
les, et dans ceux de Reginon, de Roucbard, et peut-être
encore d'autres. Et il l'a exécuté de manière qu'il a copié
jusqu'aux fautes de ces compilateurs. Isidore avoit rangé
ses décrétâtes suivant l'ordre des temps auxquels les papes,
qu'il en fait auteurs, ont vécu. Ives a changé cet ordre, et
lui a préféré celui des matières. ' Les constitutions des rois c.2-7, n. 3.
catholiques qu'il y employé , comme il l'annonce dans sa
préface, sont le code Théodosien, le code, le digeste, ou
pandectes de Justinien, et les capitulaires de nos Rois.
La pannormie est divisée, non en dix livres, ainsi que
quelques écrivains l'ont avancé, mais en huit seulement, et
chaque livre subdivisé en titres, ou articles. On y en comp-
te quelquefois jusqu'à seize; et c'est le plus haut nombre.
Elle eut cours parmi les gens de lettres, après même que
l'auteur eut publié son décret. On a vu que ce fut elle
qu'Haimon de Razoches abrégea ; ' et l'on croit avoir des conc. 28, n. 5.
preuves que c'est dans la pannormie plutôt que dans le dé-
cret que Gratien a puisé pour sa compilation. Du reste ' la n. io.
préface qui est en tète étant la même qui se lit au-devant
du décret a donné occasion de confondre très-souvent en-
semble les deux écrits.
' Nous avons deux éditions de la pannormie : l'une m-4° ntid. | Bai. ib. n.
23 ClVC D 541
faite à Basle en 4 499, par les soins de Sebastien Brant. Mais 2.'
celle-ci est pleine de fautes. ' L'autre, qui est i?t-8° et beau- Bib. s. Fio. sai.
coup plus correcte, parut en 4 557 à Louvain chez Etienne
Valere pour Antoine-Marie Bergagne. Elle fut dirigée par
Melchior de Vosmedian docteur ès-arts et en théologie, qui
prit soin d'en donner le texte dans son intégrité. Mais il en
a confondu le titre avec celui du décret de notre prélat : ce
qui feroit juger qu'il a été du nombre de ceux qui ont con-
fondu ensemble les deux ouvrages.
2°. ' Ives voyant l'accueil favorable qu'on feisoii à sa Bai. ib. n. 24.
Tome X. Q
XII SIECLE.
422 SAINT IVES,
pannormie, forma le dessein d'un plus ample ouvrage sur la
même matière, et ne tarda pas à l'exécuter, en composant
ce qu'on nomme son décret. La pannormie lui servit de plan
dans cette seconde opération. Il ne fit que changer un peu
l'ordre des sujets dont elle traite, les discuter avec beaucoup
plus d'étendue, et y en ajouter de nouveaux. De sorte qu'il
poussa cette nouvelle compilation jusqu'à dix-sept livres, ou
parties, dont chacune est divisée en grand nombre de cha-
pitres, qui vont quelquefois jusqu'à trois cent soixante-dix-
huit, et même quatre cent trente-cinq, comme la cinquiè-
me et sixième partie. Il est vrai que ces chapitres sont ordi-
nairement fort courts, quoiqu'il y en ait quelques-uns, nom-
mément dans la première et seconde parties qui tiennent une
et deux pages entières. Du reste l'auteur y a retenu la pré-
face entière de la pannormie : ce qui a donné occasion, ainsi
qu'on l'a vu, de confondre les deux ouvrages. Cette pré-
face commence par ces mots : E.rcerptiones regularum eecle-
Trit. scri. c. 349. siasticarum, ' dont on a formé le titre de l'ouvrage dans quel-
ivo, ep. 262. ques exemplaires manuscrits, ' et qu'Ives emploie lui-même
équivalemment pour le désigner, lorsqu'il en parle dans ses
Bai. ib. | Douj. ib. lettres, le nommant collectiones canonum. ' Dans un an-
cien manuscrit de saint Victor à Paris l'ouvrage ne porte en
tête ni titre, ni nom d'auteur. Seulement on lit à la fin :
Explicit liber canonum ; et sur la feuille suivante il est mar-
qué d'une main plus récente, que^ce recueil de canons ap-
partient à Ives, ci-devant évêque' de Chartres, et qu'on le
nomme Décréta Ivoniani, en quoi l'on apperçoit visible-
ment une faute ; le copiste* ayant écrit Ivoniani, au lieu
de Ivoniana, les décrets d'Ives. Mais l'ouvrage n'est guéres
plus connu que sous le nom de décret, qui est le titre qu'il
porte dans les imprimés, apparemment en conformité des
manuscrits, sur lesquels on l'a donné au public.
ivo, decr. pr. p. 6, 'A la tête après la préface, vient la table des dix-sept
livres ou parties, suivant lesquelles l'auteur a jugé à pro-
pos de distribuer les matières qu'il entreprend de discuter :
table qu'Ives a pris lui-même soin de diriger, et qui a
mérité les éloges du premier éditeur, pour le bel ordre
qui y régne. Il auroit pu la louer aussi pour l'idée juste
qu'elle donne de l'étendue et de la variété des ma-
tières qui y sont traitées. La méthode qu'y suit l'auteur,
EVESQUE DE CHARTRES. ^3
XII SIECLE.
consiste à rapporter sous chaque titre ou chapitre, les
passages des pères de l'église, et autres écrivains ecclé-
siastiques , des conciles tant œcuméniques que provin-
ciaux, des décrétales des papes, et quelquefois des or-
donnances des princes catholiques qui y ont rapport : de
sorte que s'il y avoit autant de choix et d'exactitude, qu'il
y a de recherches et d'érudition, ce scroit un répertoire
inestimable. 11 ne laissa pas d'être d'une très-grande uti-
lité pour les gens de lettres, qui n'auroient pu avoir sans
de grosses dépenses, ni lire sans dégoût tous les livres que
notre auteur y a découpés et rangés par ordre. On le re-
garda même comme le plus étendu et le plus parfait qui
eût paru jusqu'alors. Aussi cut-il le plus de vogue avec la
pannormie du même auteur, jusqu'à ce que le fameux re-
cueil de Gratien , qui ne fut connu qu'au bout de plus de
soixante ans, eût pris le dessus. ' M. de Marca compte Marca, con. 1. 3,
celui de notre prélat pour la première collection de l'un
et l'autre droit, qui ait été faite en Occident. Il est ce-
pendant certain que Reginon de Prom avoit fait entrer
dans la sienne plusieurs traits du droit civil.
'Quelques écrivains sont dans l'opinion, qu'Ives a puisé Douj. ib.n.8.
la plus grande partie de son ouvrage dans celui de Bou-
chard de Vomies, si l'on en excepte la seconde et la pé-
nultième partie. Mais d'autres maintiennent que cela ne
paroît vrai qu'en ce que l'un et l'autre copient les mêmes
canons ou décrets. Il seroit après tout fort difficile de l'en
justifier pleinement; puisqu'on le voit copier ses fautes,
quelquefois même jusques dans les titres. Il y a aussi beau-
coup d'apparence qu'Ives a puisé de même dans Reginon ,
d'où Bouchard a tiré lui-même, selon M. Baluze, envi-
ron six cent soixante-dix chapitres pour enrichir sa compi-
lation.
Quelques écrivains du nombre desquels est D. Beaugen-
dre, ont voulu ravir à Ives de Chartres l'honneur de cet
ouvrage, pour le transférer à Hildebert, évêque du Mans,
puis archevêque de Tours. Ils appuient leur prétention
sur ce que dit Hildebert dans une de ses lettres , où il
parle d'un recueil de décrets qu'il avoit entrepris de ré-
duire en un volume , mais que ses occupations ne lui
Q ij
III SIECLE.
124 SAINT IVES,
avoient pas permis d'achever, (a) D. Beaugendre conclut
de-là qu'il faut qu'Hildebert ait pour le moins commencé
Cet ouvrage, saltem inchoaverit, et qu'Ives de Chartres,
prélat studieux et laborieux y aura mis la dernière main.
Car, ajoute l'éditeur d'Hildebert, il ne tombe pas sous le
sens que deux auteurs assez éloignés l'un de l'autre, ayent
entrepris le même ouvrage, sans se communiquer, et se
soient tellement rencontrés, qu'ils employent les mêmes
paroles. Pour renverser sans ressource cette prétention ,
nous n'avons besoin que de la lettre qu'on nous oppose :
Hiid. op. p. 123, ' c'est la vingt-septième du second livre. Elle a été écrite
à la fin de l'an 4148, ou au commencement de l'an 1119,
sur la mort de Matbilde reine d'Angleterre, arrivée l'an
-H 4 8. Ces époques sont certaines et établies par D. Beau-
ib. p. 124, not. gendre lui-même. C'est dans cette lettre que Hildebert
parle de l'ouvrage qu'il avoit entrepris, et que ses occu-
pations ne lui avoient pas permis d'achever. L'ouvrage
n'étoit donc point achevé, lorsque Hildebert écrivoit à la
fin de 4448, ou au commencement de 44-19. Qu'on nous
dise à présent comment Ives de Chartres mort deux ans
auparavant, c'est-à-dire en 4 4 47, pour le plus tard, a
pu mettre la dernière main à l'ouvrage d'Hildebert, qui
n'étoit encore que commencé à la fin de l'an 4448, pour
le plutôt? Ce sont-là de ces raisons sans réplique, qui dis-
pensent d'en ajouter d'autres.
Concluons donc que c'est à tort qu'on a voulu faire
honneur à Hildebert du décret d'Ives de Chartres; et que
si l'évêque du Mans a composé quelque ouvrage de ce
genre, il n'est point parvenu jusqu'à nous; soit qu'il n'y
ait point mis la dernière main, soit qu'il soit perdu.
Quant au prologue du décret qui se trouve à la lin des
lettres d'Hildebert dans toutes les éditions des Pères, et
que D. Beaugendre prétend qui appartient à l'évêque du
Mans, nous n'avons encore besoin que de l'aveu de l'édi-
teur, pour renverser cette prétention. Car enfin , 'puisque
ce prologue, comme D. Beaugendre lui-même en con-
(a) Exceptiones autem decretorum quas in utium volamen ordinare dispnsui-
mu*. ad suum jLnem nondumperduclœ sunt Opus enim hoc libtrum curUpectut
dttiderat, etc.
EVESQUE DE CHARTRES. 425 x„ siècle.
vient, ne se trouve dans aucun manuscrit d'Hildebert ,
quelle raison peut-on avoir de le lui attribuer , et de l'en
croire auteur? Ce sera apparemment sur le fondement de
la lettre dont nous avons parlé , que nous avons fait voir
montrer tout le contraire. En un mot l'ouvrage d'Ives de
Chartres étoit fini en 4 446; et celui de Hildebert ne Pé-
trit pas encore en H18, lorsqu'il écrivoit la lettre vingt-
septième. Ainsi il est évident qu'Ives n'a pu mettre dans
son écrit ce qui n'étoit pas encore sorti de la plume de
l'évèque du Mans.
Nous n'avons que deux éditions du décret d'Ives de
Chartres; la première donnée en l'an 4 564 , par Jean du
Moulin docteur en droit canon dans l'université de Lou-
vain ; la seconde en l'an 4647 à Paris, publiée par le P.
Fronteau chanoine régulier de sainte Geneviève.
3°. De tous les ouvrages d'Ives, le plus considérable
et le plus estimé avec raison des sçavans, est le recueil de
ses lettres.
'Ces lettres sont au nombre de 289, en y compre- ivo, ep. p. 1-124
nant une charte d'Ives, et une (4 ) assez longue lettre d'Hu-
gues abbé de Pontigni et de saint Rernard, à Odon abbé de
Marmoutier, qu'on trouve à la fin en forme d'appendice.
Elles ont toutes été écrites durant son épiscopat, à l'ex-
ception de la 287e qu'il écrivit n'étant encore qu'abbé.
Il est visible que celui qui a pris le soin de dresser ce
recueil , n'y a pas toujours gardé exactement l'ordre chro-
nologique. Car outre que la 287e devroit être la première
pour la raison qu'on vient de voir, il y en a plusieurs au-
tres déplacées. Par exemple , la 7e à Roscelin n'a été
écrite certainement qu'après plusieurs de celles qui la sui-
vent; puisque l'auteur avoit déjà plusieurs années d'épis—
copat lorsqu'il l'écrivit. Il en faut dire autant de la 25e
au pape Urbain II , n'ayant été écrite qu'après la 7e année
de son épiscopat. Au contraire la 277e qui est adressée à
Hildebert, nouvellement élu évêque du Mans, devroit
(1) II parott que Juret n'a joint cette lettre de Hugues de Pontigni et de saint
Bernard k celles d'Ives, que parce qu'il a cru que l'évèque de Chartres, dont il est
parlé dans la lettre, n'est autre qu'Ives lui-même. Mais c'est une méprise certaine ;
car l'évèque de Chartres dont il est question dans celte lettre, n'est autre que
Geofroi II. successeur immédiat de saint Ives dans l'évêché de Chartres.
m siècle. ^6 SAINT IVES,
être placée bien plus haut; puisqu'elle est de l'an -1097.
On a mis à la tête deux lettres du pape Urbain II, sur l'or-
dination d'Ives, qui servent comme d'introduction à toutes
les suivantes.
Tous les sçavans conviennent que ce recueil de lettres
est un des plus précieux monumens de l'érudition ecclé-
siastique que nous ayons pour la fin du onzième et pour
Baii.-23decp.287. le commencement du douzième siècle. M. Baillet, ce
critique célèbre, en parle ainsi dans la vie de l'auteur.
» On a dans le recueil des lettres d'Ives les principaux
t> points de la doctrine, des mœurs et de la discipline de
» son temps; et surfout beaucoup de décisions excellentes
» sur divers cas de conscience et sur diverses questions de
s droit qu'on lui proposoit. On y voit partout une con-
» noissance profonde des affaires de l'église, une droiture
» de cœur merveilleuse, une science et une capacité de
» très-grande étendue, un zèle pour la pureté de la foi
> et des mœurs, et pour l'observation des canons, tou-
» jours fort ardent, mais toujours éclairé, discret et lem-
» péré par une modération et une sagesse admirables . » Dès
sig. scri. ecci. c. le vivant de l'auteur, ' Sigebert en a parlé comme d'un re-
6 ' p' 1 ' cueil de lettres fort utiles; et spécifiant la soixantième
écrite en \ 099 à Hugues archevêque de Lyon et légat du
saint siège en France, il dit que cette lettre, toute courte
qu'elle est pour les paroles, est remplie de citations, de
canons et d'autorités des saints pères, qui la rendent très—
Aib.chr. par. 2, p. instructive. ' Alberic moine de Troisfontaines, nous repré-
sente ce recueil comme un ouvrage qui inspire partout
l'amour du bien et de la justice, et la haine du mal et de
Donnai, tiist.de l'injustice. ' Entr'autres livres légués vers l'an -H 50 à la
s' r' cathédrale de Soissons par l'évêque Anculfe, on marque
le décret et les lettres d'Ives de Chartres, par où l'on voit
l'estime que ce prélat faisoit de l'un et de l'autre ouvrage.
Il seroit à souhaiter que nous pussions entrer dans le dé-
tail de ce qu'un recueil si excellent contient au moins de
plus important et de plus curieux. Mais comme cela nous
conduiroit bien au-delà des bornes que nous nous sommes
Dupin, 12 sie.p. 3- prescrites, et que d'ailleurs ' M. Dupin nous a prévenu
là-dessus, en nous donnant une notice assez exacte du con-
tenu de chaque lettre, nous nous contenterons d'observer
EVESUUE DE CHARTRES. 427 in siècle.
que ce qui rend encore ce recueil plus précieux, ce sont
divers points de l'histoire tant civile qu'ecclésiastique de
France, qu'on chercheroit inutilement ailleurs.
'C'est dans cette source qu'il faut surtout puiser les ivo, epist. 13, n,
principales circonstances et les suites fâcheuses du funeste
divorce du roi Philippe I, avec la reine Rerte sa légitime
épouse, et de son scandaleux mariage avec Bertrade de
Montfort que ce Prince avoit enlevée au comte d'Anjou
son mari : ' c'est-là principalement qu'on peut aussi ap- Ep. 189.
prendre les raisons d'état qui portèrent le roi Louis VI à
se faire sacrer en 44 08, non à Reims, mais à Orléans.
Il y a même quelques lettres qui peuvent beaucoup servir
pour les généalogies de diverses anciennes maisons de
France ; sçavoir la quarante-cinquième pour les généalo-
gies des maisons de Meulent et de Crespi ; la cent vingt-
neuvième pour les généalogies des maisons de Vendôme et
des vicomtes de Blois ; et la deux-cent onzième pour celle
des comtes de Flandres et des comtes de Rennes.
11 est bon d'ajouter qu'il y en a deux sur l'eucharistie;
sçavoir la deux cent cinquante-unième à Manassès, évêque
de Meaux, de laquelle MM. de P. R. ont tirée la quatrième
leçon de leur quarante-troisième office du saint sacrement ;
et la deux cent qualrevingt-seplieme à Haiméri abbé d'An-
chin, où il décide que les apôtres reçurent dans la dernière
cène le corps de Jesus-Christ passible tel qu'il l'étoit alors :
au lieu qu'actuellement nous le recevons, en communiant,
impassible tel qu'il est depuis sa résurrection. Cette der- Bib. s. yin. cen
niere lettre a paru si importante à Jean Ulimier prieur des
chanoines réguliers de saint Martin de Louvain, qu'il a jugé
à propos de la joindre aux traités sur l'eucharistie de Lan-
franc, d'Alger, de Guitmond, d'Adelman et de Pierre le
véitérable , dans un recueil imprimé à Louvain en 4 564 ,
in 8° : ' d'où elle a passé dans la bibliothèque des Pères de Bib.pp.t. i.p.487-
Margarin de la Bigne, et encore en d'autres recueils.
' Touchant la deux-cent soixante-seizième il est important Mab. an. i. 72, n.
, ¥ , j T 3, et t. 5, app. p.
de sçavoir que ce n est point a Jean archevêque de Lyon, 682.
comme portent les imprimés, mais à Josceranne arche-
vêque de la même ville, qu'elle a été écrite. Cette re-
marque est nécessaire pour qu'on ne s'obstine pas à vou-
loir grossir le catalogue des archevêques de Lyon, d'un
XII SIECLE.
1-2$
SAINT IVES,
Ducliesne. t. I, p.
271.
Mab. ann I. G9, n
59.
El'.
et seqq.
Le Beuf, dissert,
sur l'hist. de Paris,
t 2, p. 172.
Pasq Rech. de la
Fr. p. 880.
Bili. Bigot, part. 2,
p. l«l.
prétendu Jean qui n'a jamais existé. A l'égard de la deux
cent soixante-dix-septieme dans laquelle saint Ives accuse
Hildebert nouvellement élu évêque du Mans, d'avoir mené
une vie licencieuse depuis qu'il eût été fait archidiacre, il
est encore bon de sçavoir que François Juret dans ses notes
sur cette lettre, a prétendu que ce n'est pas à Hildebert,
comme le porte l'imprimé de la première édition, mais
à un autre nommé Aldebert, comme le porte un ancien
manuscrit de saint Victor, que cette lettre a été écrite.
Mais pour réfuter cette prétention de Juret, il suffit de
remarquer que ce n'est pas dans la seule adresse de cette
lettre que Hildebert est nommé Aldebert; ' puisqu'il est
encore nommé de même dans une des poésies de Baudri
son contemporain et son ami. Au reste ' cette lettre ne
sçauroit préjudiciel' en rien à la réputation de cet illustre
évêque du Mans ; puisque tout ce qu'Ives y a avancé à
son désavantage, il dit ne le sçavoir que de ceux qui n'a-
voient voulu ni conseiller, ni consentir à son élection, et
qui étoient ainsi intéressés à le décrier.
Si le recueil des lettres d'Ives est un précieux monu-
ment de son érudition ecclésiastique, il ne l'est pas moins
de sa modestie et de son humilité. C'est sans doute par un
effet de cette modestie, qu'écrivant sa vingt-huitième let-
tre au roi Philippe, il n'y prend point d'autre qualité que
celle d'humble clerc , ou chapelain de sa majesté. ' Dans le
plus grand nombre de ses autres lettres, il ne se qualifie
que d'humble ministre ou serviteur de l'église de Chartres.
'On voit par la lettre cent dix-huitieme que ses lumières
sur la géographie n'étoient pas fort étendues, et qu'il ne
connoissoit guéres l'antiquité des métropoles de France,
que par une vue superficielle qu'il avoit jettée sur les an-
ciennes notices des Gaules.
Il ne faut pas oublier que ' ses lettres ne sont pas moins
remplies que son décret, de citations des pandectes. du
code, des novelles et des instituts de Justinien.
11 s'est fait trois éditions différentes du recueil entier
des lettres de notre saint et sçavant prélat. La première
parut à Paris chez Sebastien Nivelle ; ' quelques exem-
plaires portent en \ 584 , et les autres en \ 585 : je ne
sçai s'il n'y en a pas qui portent encore en 4583; ' puisque
le
EVESQUE DE CHARTRES. . 429 X1I SIECLE.
' le père le Long marque expressément cette date. C'est Le Long, Mb. Fr.
François Juret qui a donné cette édition in 4°, comme on
le voit par son épître dédicatoire sans date à Pierre Pi-
thou. Le privilège est de -1 578 , ce qui pourrait porter à
croire qu'il y en avoit déjà eu une édition précédente :
mais il est certain qu'il n'y en a point eu d'autre avant
celle-ci. La seconde parut aussi à Paris chez Sebastien Cra- Bib. caum. p. a.
moisy en 4640 in 4°. ' Lipen la met dès l'année précédente Lip.bib. theoi. t.
4609. Ce fut encore Juret qui donna cette édition, comme '
il paroît par une nouvelle épître dédicatoire adressée à
Jacques-Auguste de Thou premier président du parlement
de Paris. Celle-ci est préférable à la première ; car outre
que Juret y a corrigé plusieurs fautes , et rempli plusieurs
lacunes qui se trouvoient dans la précédente, il y a joint
de sçavantes observations qui en éclaircissent le texte, et
servent beaucoup à éclaircir l'histoire de l'auteur, et à faire
connoître les personnes à qui ses lettres sont adressées. Il
y a aussi des notes de Jean-Baptiste Souchet qui sont un
•supplément à ce qui manque dans celles de Juret. ' Nous Bib. s. vin. cen
sommes redevables de la troisième édition au père Fron-
teau chanoine régulier de sainte Geneviève, qui a suivi
en tout la seconde de Juret, dans son édition générale
des œuvres de notre prélat , publiée à Paris chez Laurent
Cottereau en 4647, in fol.
Outre ces trois éditions du recueil entier, il s'en est
fait plusieurs autres d'un certain nombre de lettres , soit
réunies ensemble, soit imprimées séparément. ' Nous ne Bar. an. noo, etc.
faisons pas ici le dénombrement de toutes celles qui se
trouvent dans ' les annales de Baronius, soit dans la col- çonc. t. io,p.486,
lection des conciles; le détail en seroit ennuyeux. Nous
dirons seulement ' qu'André Duchesne a inséré dans sa col- £irctaesne, l- 4> p
lection des historiens François toutes celles qui concer-
nent l'histoire de France, les regardant comme des monu-
mens et des originaux excellens pour servir à l'histoire.
Elles sont au nombre de quarante-six.
Une des plus considérables entre celles qui sont dans
Duchesne, est la 489e du grand recueil. ' Cette lettre Le5i£nf- blb- Fr-
qui traite du sacre et du couronnement de nos rois ,
a été imprimée séparément , premièrement en latin sous
ce titre : De consecratione Ludovici régis, à Sens en 4 564 ,
Tome X. R
1 t
m siècle. 130 SAINT IVES,
in 4°. par les soins de Claude Gousl lieutenant général de
la même ville, et puis traduite eu François, à Chartres,
eu -1394 , aus>i in 4°. Cette édition Lrançoise paroît avoir été
i l'occasion du sacre dn roi Henri IV. La même
lettre se trouve encore t;int en latin qu'en françois, dans
le cérémonial françois de M. Godefroi , t. i, p. 127 et
Gow.apoi.p. 133- 430. La soixantième écrite en l<>99 à Hugues arche-
vêque de Lyon, au sujet des investitures des évêques et
des abbés, qui est la seule, comme on l'a vu ci-dessus,
que Sigebert ait sp a été imprimée par les soins de
Melchior Goldast, entre les apologies '1- l'empereur Henri
IV. que le même Goldast publia à Hanovre en 104-1 . Il
est bon d'être averti que l'archevêque Hugues lit à eette
lettre une i [ue M. Baluze a déterrée, et qu'il nous
a donne -es Mtstellanea.
On a vu ci-devant que la deux cent quatrevingt-sep-
tieme à Haimeri abbé d'Ânchin, a été imprimée, aussi
rément, par Ulimmier et par Margarin de la .BL'ne.
L>mb. bib. t 2, p. >'ous apprenons de ' Lambeeius qu'on conserve dans la
bibliothèque de l'empereur à Vienne, un excellent ma-
nuscrit des lettres d'Ives de Chartres, sur lequel il dit
qu'on pourroit corriger quantité de fautes qui se trouvent
dans les imprimés. Ce niaiiu>erit est apparemment le
Po». t. s, p. sot. même que celui dont parle Possevin 'qui se gardoit de son
temps à Vienne chez Wolfgand I^izius, et dont il paroit
Mùntf.bUo.p. ii38, qu'on faisoit une estime particulière. Dom Montfaucon
indique un autre manuscrit qui ne contient que -74 let-
- ; mais qui a cela de particulier, qu'on lit à la fin une
'• rimée , qui commence ainsi : Alpha et oméga, magne
/' «. Si c'est notre prélat qui a lui-même dresse- l'ancien
recueil de n?s lettres, comme il y a lieu de le croire, il
pourroit bien y avoir ajouté cette prose en forme d'épi-
logue, pour consacrera Dieu l'ouvrage entier.
Quelques peines que lurei se soit données pour ramasser
tout' lires d'Ives, il lui en a éebapé trois qui mé-
ritent d'être jointes aux autres, lorsqu'on en fera une nou-
I lion. Ces lettres sont la vingtième du second livre
de celles de Geofroi de Vendôme, où il est traité de la
ration de l'eitrême-onction ; une autre au pape Pas-
cal II, en faveur de l'abbaye de saint Pierre de Chartres, que
BVESQ1 E DE CHARTRES. L5<
III SIECLE.
ri [i . a tirée de l'abbaye d'Evron dan? le Maine,
et qu'il a insérée dans ses notes sur Lanfranc, p. 360 ; et
enfin ' une à Adèle, comtesse de Blois, sur le dessein qu'a- Msb. dipi. p m
voit cette princesse de rétablir l'ancien m< de saint so*'*"'1'6
Martin en vallée. Dom Mabillon nous a donné cette der--
niere non seulement imprimée, mais en'' vée sur
iial. dans - and ouvrage de la diplomatique.
Sanderus j . « i d'une quatrième lettre sur les mystères ont. bs
de la messe, qui se trouve parmi les manuscrits de l'ab- P"1-?-42-
de saint Arnaud : a lis i inun< il n'en dit rien de
plus , nous ne pouvons point en donner une plus ample
notice.
Outre les lettres qui : le recueil de
luret, il y manque aussi trois chartes de notre prélat. ' La bt. h >■- r -
• en faveur des - de PreuTP-8-
Bourgmoyen à Blois, est datée de Chartres le 24 Juin
1-109 : eue est remarquable en ce q 'autres témoins,
elle fut souscrite par le grand saint Anselme archevêque de
Cantôrberi , qui par conséquent étoit alors à Chartres. On
est n tte pièce \ Jean Bei iei qui nous l'a
donnée parmi le.- preuves de son histoire de Blois. La *ub. an. t. 5, app.
seconde est la charte de fondation de l'abbaye de Tiron , en p-680*881-
er -I -MO, écrite in l'église 1res .
et à laquelle Ives souscrit le premier. Le
début de cette lettre est un récit des I apparitions
extraordinaires, qui précédereul l'arrivée a Chartres du B.
ird, fondateur et institi.' cette maison, qui étoit
venu demander à Ives et à moines le fonds sur le-
quel il vouloit la bâtir. On voit dans les souscripti
quelles étaient alors les dignités, établies dans l'église de
Chartres, qu'il y avoit • - et plusieurs pré-
vôts. Dom Mabillon l'ayant laire de
Tiron , lui a donné : irrni les pièces qui composent
l'appendice du cinquième tome de - - Annales. La troi- Guib. not p ?*i
sieme charte est un acte public en faveur de l'abbaye de
Bonneval, adressé a l'abbé Bernier; que D
publié à la fin de ses not' Nogent.
On peut aussi compter parmi les omissions du recueil de
lettres, donné par luret, deux sentences dlves, que la - : ' poolls,
ques Petit a fait imprimer à la suite du pénitentiel de -
R ij
m siècle. 432 SAINT IVES,
Théodore archevêque de Cantorberi. La première est une
sentence qu'Ives prononça contre trois prévôts de sa ca-
thédrale, qui vexoient beaucoup les chanoines leurs con-
frères et les pauvres. La seconde est un jugement qu'il
rendit , comme commissaire du légat apostolique Hugues
archevêque de Lyon, sur le différend qui étoit alors entre
les moines de Marmoutier-lez-Tours , et ceux de saint
Martin des Champs à Paris, pour la possession de l'église
d'Hienville , située dans la paroisse du Puiset , au diocèse
de Chartres. Par ce jugement l'église d'Hienville fut pour
toujours adjugée aux moines de saint Martin des Champs,
et ceux de Marmoutier furent absolument déboutes de
leurs prétentions.
du cange, gi. n. ' Enfin on pourroit encore ajouter aux lettres d'Ives de
Chartres, le règlement qu'il fit en faveur de sa cathédrale,
dont il est parlé dans le nécrologe de la même église en
ces termes : Junioratus omnes hujus Ecclesiœ et precarias
in communes redegit usus, et eas in posterum personis dis-
tribui tam suo quam apostolico privilegio, vetuit. Il paroi t
ibid. 1 1. 5, p. 803. par ' l'explication que M. du Cange donne des mots de ju-
ninratus et de precaria , que saint Ives régla que tous les
vicariats dépendans de sa cathédrale, et toutes les corvées
qui leur étoient dues entreroient dans la manse commune,
et que personne n'en seroit plus dorénavant pourvu à titre
de personat ou de bénéfice. Il eut soin de faire confirmer
ce règlement par un rescrit du pape : mais il ne paroît pas
que ni l'un ni l'autre soient venus jusqu'à nous.
Pour revenir au recueil imprimé des lettres d'Ives , une
preuve certaine qu'il ne contient peut-être que la moindre
partie de celles qu'il écrivit pendant son épiscopat, c'est
que presque toutes les lettres qui composent le second
livre de celles de Geofroi de Vendôme, sont adressées à
ce prélat. Cependant il n'y en a qu'une seule de lui, sça-
voir la vingtième du même livre. Est-il vraisemblable qu'I-
ves n'ait fait que cette seule réponse à Geofroi, et qu'il
ait gardé le silence sur les autres lettres de cet abbé.
sand. wb. Beig. 'Avant que de finir cet article; il est à propos de re-
marquer, afin qu'on ne multiplie pas sans sujet les écrits
de l'évêque de Chartres, que l'ouvrage ainsi intitulé dans
un manuscrit de l'abbaye de saint Amand, Ivonis Carnot,
EVESQUE DE CHARTRES. 435 msiKlt.
de excommunicatis , nisi denunciati fuerint , non vitandis,
n'est autre chose que sa cent quatrevingt-sixieme lettre à
Laurent moine de la Charité, où ce point de discipline
ecclésiastique est expressément prouvé.
4°. Après les lettres d'Ives , on nous a donné dans i™, serm. p. M9-
l'édition de ses œuvres de 4647, un recueil de ses ser-
mons qui sont au nombre de vingt-quatre.
Les six premiers sont plutôt des opuscules ou des trai-
tés particuliers, que de simples sermons. Aussi ' l'auteur Ep. 231.
lui-même citant le cinquième, où il traite des rapports
qui se trouvent entre l'ancien et le nouveau sacerdoce, ne
l'appelle point autrement qu'un livret : In libella, dit-il,
quem composui de convenientia veteris et novi saeerdotii.
C'est de même sous le titre de livres ou traités qu'ils sont
presque toujours désignés dans les manuscrits. Par exemple,
dans un manuscrit de l'abbaye de Liessies en Hainault, sand.ib. par. î,p.
ils sont ainsi indiqués : De sacramenlis dedicationis liber
unus ; de sacris ordinibus liber unus, etc. Cependant,
comme il est porté que les trois premiers ont été pro-
noncés en plein synode , on ne peut douter que ce ne
soit autant de discours que notre pieux et sçavant prélat a
prononcés pour l'instruction de son clergé, non tant en
forme de sermons, que de leçons d'un maître à ses dis-
ciples.
Comme ces six premiers sermons ou petits traités sont
des plus considérables de tous, et qu'ils paroissent avoir
fait beaucoup d'honneur à notre prélat, nous ne pouvons
nous dispenser d'en donner une notice au moins géné-
rale.
' Dans le premier qui est intitulé de sacramentis neo- ivo, serm. p. 259-
phytorum, l'auteur après avoir parcouru les mystères opé-
rés dans les six premiers âges du monde, et avoir marqué
l'institution du baptême, s'applique à expliquer toutes
les cérémonies que l'église employoit dans l'administra-
tion de ce sacrement, et à en développer les sens mys-
térieux et spirituels; ce qu'il fait avec beaucoup de lumière,
d'ordre et de netteté. ' Dans le second qui a pour titre de p. 282 ses.
excellentia sacrorum ordinum, et de vita ordinatidorum ,
après avoir marqué quels sont les signes d'une vraie voca-
tion à la cléricature , et expliqué ce que signifie le mot de
1 1 *
XII SIECLR.
4 34 SAINT IVES,
clerc, il explique en détail ce qui regarde les sept ordres
ecclésiastiques de portier, de lecteur, d'exorciste, d'aco-
lythe, de soudiacre, de diacre et de prêtre; marquant
avec beaucoup d'exactitude les fonctions de chaque ordre,
et les obligations de ceux qui y sont promus : il prétend
de plus qu'il n'y a aucun de ces sept ordres, que Jesus-
Christ lui-même n'ait en quelque sorte exercé en personne
p. 265, 1. pendant sa vie mortelle. Il est remarquable que ' distin-
guant les prêtres des évèques, il dit que les premiers sont
les successeurs et les vicaires des soixante-dix disciples de
p. 265-268. Jesus-Christ , et les seconds les successeurs des apôtres.
Dans le troisième, intitulé de significationibus indumento-
rum sacerdotal i um , après avoir parlé de l'origine des ha-
bits sacerdotaux qu'il dit avoir été institués sur le modèle de
ceux de l'ancienne loi, il en donne des raisons mystiques,
et s'étend sur les vertus représentées et figurées par ces
saints vêtemens. On y voit que les habits des diacres, des
prêtres, des évêques et des cardinaux-prêtres, étoient
alors les mêmes que ceux dont ils se servent encore à pré-
sent, quoique la forme en ait été changée par la suite des
temps. En lisant ces trois premiers sermons, on s'apperçoit
qu'ils sont une suite l'un de l'autre; que le second sup-
pose le premier, et que le troisième est un supplément de
ce qui manque dans le second.
p. 269-272. 'Le but du quatrième qui a pour titre, de sacramen-
tis dedicationis , est de montrer que toutes les cérémonies
religieuses que l'église emploie dans la consécration de ses
temples matériels , ne sont que des images mystérieuses
de ce qui se fait par le baptême dans la consécration des
temples spirituels, qui sont les fidèles. C'est un sermon qui
est assurément digne des lumières et de la piété de l'auteur.
p. 273-284. ' Le cinquième intitulé de convenientia veteris et novi sacri-
/ïm (il faut lire sacerdotii) est un véritable traité où l'auteur
s'étend beaucoup à prouver que le sacerdoce de l'ancienne
loi n'a eu d'autre fin que de figurer et représenter celui de la
nouvelle, et que le culte grossier que la synagogue rendoit à
Dieu, n'étoit qu'un tableau du culte vraiment religieux que
l'église lui rend aujourd'hui. Ce discours suffiroit seul pour
nous convaincre qu'Ives a été de son temps un des sçavans les
plus profonds dans l'intelligence des grands mystères conte-
EVESQLIE DE CHARTRES. 455 X11 S1ECLE
nus dans les écritures de l'un et l'autre testament. ' Enfin le p. 284-286.
dessein du sixième qui a pour titre cur Deus natus et passus est?
est de prouver la nécessité de l'incarnation et de la mort du
Fils de Dieu. Le principal raisonnement dont l'auteur se sert
pour cela, est que si Dieu avoit sauvé, comme il le pouvoit,
l'homme pécheur par sa seule volonté et sans le sacrifice de
son Fils, il auroit à la vérité manifesté sa puissance qui est sans
bornes; mais il n'auroil pas satisfait à sa souveraine justice,
qui demandoit d'une part que le pécheur ne demeurât pas
impuni, et de l'autre, que le diable ne fût pas privé des
droits qu'il avoit acquis sur l'homme, par la victoire qu'il avoit
remportée sur lui, sans avoir mérité d'en être dépouillé. Ives
développe et étend ce raisonnement, et ajoute plusieurs
choses qui font voir qu'il étoit aussi habile dans les matières
théologiques ; que versé dans celle du droit. Ives paroît
avoir composé ce sixième discours qui est beaucoup plus
court que les précédons, et qui n'a aucun air de sermon,
sur le modèle du célèbre traité de saint Anselme , Cur Deus
homo? Nous pouvons ajouter que cet écrit de l'évêque de
Chartres n'est qu'un précis et un abrégé de celui du saint
archevêque de Cantorberi.
' On conserve dans la bibliothèque du roi d'Angleterre Bib. reg. Angi. p.
, ... r ■ r » ■ ■ j P- 152. vin. 12.
un manuscrit qm porte en tête, lvonis tarnot episcopi , de
sacrarnentis ecclesiasticis, libri quatuor. Ces quatre livres ne
seroient-ils pas les quatre premiers sermons d'Ives dont
nous venons de parler? Ce sont en effet comme quatre
livres particuliers auxquels ce titre peut fort bien conve-
nir, en entendant par les mots de sacremens de l'église, non
ce que nous appelons proprement les sept sacremens de
l'église, mais en général, comme fait notre auteur , tous
les signes sacrés que l'église emploie dans ses cérémonies,
et dans tout le culte extérieur qu'elle rend à Dieu. Ce sont sand par.i,p.359,
n . .1 Montf. bib. p.
encore apparemment ces quatre premiers sermons qui sont 1359, etc.
aussi désignés sous le nom ' d'un livre des sacremens, dont Mab. ann. t. 3, p.
3-iR
il est fait mention dans plusieurs bibliographes , et dont
Gui évêque du Mans fit présent vers l'an 4-150 à sa ca-
thédrale, avec le décret de notre Ives de Chartres : Eccle-
siœ nostrœ, dit l'auteur de la vie de l'évêque Gui, dé-
créta cum libro de sacrarnentis , quœ Ivo , Carnotensis episco-
pus , abbreviavit , noscitur cotUulisae, Peut-être néanmoins
XII SIECLE.
4 36
SAINT 1VES,
Iyo, serm. p. 286-
304.
P. 293, 1.
que ce livre des sacremens n'est autre chose que le pre-
mier sermon de sacramentis neophitorum. Après cette petite
digression qui étoit nécessaire, revenons à notre sujet.
' A l'égard des dix-huit autres sermons de notre prélat ,
il y en a quinze qui sont des instructions courtes, mais
lumineuses et solides, sur les principales fêtes de l'année,
sçavoir l'Avent, la Nativité du Seigneur, la Circoncision,
la Purification , la Septuagésime , le commencement du
jeûne, ou le mercredi des Cendres, le Carême, l'Annon-
ciation, le dimanche des Rameaux, la cène du Seigneur,
ou le jeudi saint, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, et
la chaire de saint Pierre. Les trois derniers sont des ins-
tructions sur l'oraison Dominicale, sur le symbole des Apô-
tres, et sur les habits adultérins ou mondains, tant des
hommes que des femmes. ' On apprend de l'un de ces
sermons que la loi de la continence pendant le carême,
pour les personnes mariées, étoit encore alors en vigueur,
au moins dans l-'église de France. Le commencement de
celui de la cène du Seigneur a paru si important à MM.
de P. R. qu'ils en ont fait la cinquième leçon de leur of-
fice quarante-troisième du saint sacrement. Il est bon d'être
Bjb. reg. Angi. p. averti que ' dans un manuscrit du roi d'Angleterre, celui
de l'avent a pour litre, de distinctione adventus Domini;
parce qu'en effet ce sermon traite du double avènement de
Jcsus-Clirist dans l'humilité de sa chair mortelle dans la
plénitude des temps, et dans toute la gloire de sa majesté
divine à la fin des temps.
Le premier qui a entrepris de donner au public les ser-
inons d'Ives, est Melchior Hittorpius, qui fit entrer les
vingt-un premiers dans son recueil d'anciens écrits sur la
liturgie, imprimé à Cologne chez Gervin Calenius en
Bib. Th. 2, p. 702. 4 568. in-fol. ' et réimprimé à Rome en 4594. et à Paris
en 4624. Dans ce recueil ils ont pour titre : B. Ivonis
Carnot. episcopi, de ecclesiasticis sacramentis et officiis, de
prœcipuis per annum festis , sermones nunc primum editi.
Ce titre confirme la remarque qu'on a déjà faite, que le
livre ou les quatre livres des sacremens, qui dans quelques
manuscrits portent le nom d'Ives, ne sont que le premier
ou les quatre premiers de ses sermons. Du recueil d'Hit—
Bib. s. vin. cen. torpius, 'les mêmes sermons sont passés dans l'édition gé-
générale
152, VIII, 13.
Bib. mini, cen
EVESQUE DE CHARTRES. 437 Xu siècle.
nérale des œuvres d'ives, faite à Paris en 4647 par
les soins du père Fronteau; l'éditeur y a ajouté trois
autres sermons, dont le premier qui est sur les habits adul-
térins, avoit déjà été publié par Jurct sur un manuscrit
de saint Victor, à la suite des lettres de notre respectable
prélat.
Les vingt-quatre sermons qui se trouvent dans l'édition du
père Fronteau, ne sont pas les seuls qu'lves ait composés.
'Les derniers éditeurs de saint Augustin nous armrcn- Aug.serm. app. p.
.1 • 3G8.
nent que le sermon pour un martyr, qui commence par
ces mots : Triutnphalis b. Martyris N. lui appartient. Ce
sermon qui dans le bréviaire Romain porte le nom de saint
Augustin, étoit ci-devant le quarante-quatrième parmi ceux
que ce saint Docteur a composés pour les Saints; et il est
maintenant le deux cent vingt-troisicme dans l'appendice
du troisième tome de ses œuvres. Les mêmes éditeurs nous
avertissent qu'ils l'ont trouvé dans un ancien manuscrit de
l'abbaye de saint Germain-des-Prés , où il tient le milieu
entre les autres sermons d'ives de Chartres.
11 est bon de remarquer que ce sermon n'est pas le seul en-
tre ceux qui appartiennent certainement à notre bienheu-
reux prélat, auquel on ait fait l'honneur de le regarder
comme une production de saint Augustin. Il y en a trois
autres de lui dans le môme appendice; sçavoir, le soixante-
quatrième qui est son sermon vingt-deuxième sur l'oraison do-
minicale; le soixante-quatorzième, qui est son sermon vingt-
quatrieme sur les habits adultérins, et le deux cent quaran-
te-septième, qui est son sermon sixième : Pourquoi Jesus-
Christ est né et a souffert? Les Bénédictins dans Verrata
de leur onzième tome de saint Augustin, disent que ces
trois sermons se trouvent dans l'édition du perc Fronteau,
avec quelques fautes qui sont corrigées dans leur appen-
dice du cinquième tome de saint Augustin.
Outre le sermon d'un martyr, faussement attribué à saint
Augustin ; Ives en a encore composés trois autres, qui
n'ont jamais vu le jour. Le premier est sur la croix, et se niii.reg.Angi.il).
. j , * ■- i. ' jtà I Cal- n,ss- Ane'-
trouve dans deux manuscrits; 1 un appartenant au roi d An- fMr. 4, n. gcj.
gleterre, et l'autre à Thomas Theycr à Londres ; ' le se- sand. it>. part. î,
cond est sur la fêle de samt Jean 1 Lvangehste, qui se trouve ,.. 359.
aussi dans deux manuscrits, l'un de l'abbaye de Cambron,
Tome X S
III SIECLE.
438 SAINT IVES,
64
p. 9, 10.
Momf. bib. bib. p. et l'autre de l'abbaye de Lobbes en Hainaut. ' Le troi—
511) B a
sieme est sur les noces de Jcsus-Christ, et se trouve dans
un manuscrit indiqué par Dom Montfaucon.
Si nous nous en rapportions aux conjectures de Jean
Prévost cbanoine de l'église de Rouen, nous serions por-
tés à croire qu'Ivcs de Chartres seroit encore auteur des
joh. Abr. de off. ' six autres sermons sur les devoirs des pasteurs, nue le mê-
eccl. p. 411-487. . _ ,,..»„ .^.-^ . ,
me Jean Prévost a publie a Rouen en \ol\), a la suite du
traité des offices de l'église de Jean évêque d'Àvranche,
Hist. mt. t. 8, p. dans la suite archevêque de Rouen, ' dont on a parlé en son
lieu.
Joh. Abr. ib. praef. ' Ces sermons s'étant trouvés sans nom d'auteur, dans un
manuscrit de la bibliothèque de MM. Bigot, ancien de
cinq cent ans, Jean Prévost a conjecturé qu'ils pouvoient
bien être d'Ives de Chartres : les raisons qu'il en allègue
sont, \°. que ce même manuscrit contient trois sermons
du même prélat, qui ont déjà paru plusieurs fois sous son
nom. 2°. Que le style et la manière de penser de l'auteur
de ces six sermons, sont fort semblables au style et à la ma-
nière de penser d'Ives, dans les sermons qui sont indubi-
tablement de lui, et sur-tout dans celui qu'il a fait sur la
chaire de saint Pierre. 5°. Enfin qu'on ne peut nier qu'ils
ne soient de quelque évoque, puisque l'auteur y parle à ses
prêtres, comme étant leur supérieur, et chargé en cette
qualité de répondre à Dieu de leur conduite : ce qui fait
voir que ce sont des discours synodiques.
Mais à ces raisons qui paroissent avoir quelques vraisem-
blance, on en oppose d'autres qui n'ont pas moins de force
pour la combattre. Car, dit-on, -1°. si ces six sermons étoient
véritablement d'Ives de Chartres, est-il possible que dans
cette multitude prodigieuse de manuscrits de ses ouvrages
qui se conservent encore aujourd'hui dans les bibliothèques,
il ne s'en trouvât pas au moins quelques-uns où ces sermons
lui fussent expressément attribués? 2°. On a vu ci-devant
que les trois premiers de ces vingt-quatre sermons impri-
més, sont des discours synodiques, dont le but est d ins-
truire à fonds ses ecclésiastiques sur tout ce qui regarde leurs
fonctions et leurs devoirs : cela étant , quelle appa-
rence y a-t-il qu'il ait voulu composer six autres discours
synodiques sur la même matière, où il n'auroit presque fait
EVESQUE DE CHARTRES. ^59
XII SIECLE.
que répéter ce qu'il auroit dit dans les précédcns? On sçait
qu'en fait d'instructions synodiques, ce n'est pas la coutume
des évêques de les multiplier sur le même sujet sans néces-
sité. 4°. 11 faut bien remarquer que l'auteur de ces six ser-
mons ne manque point, à la tête de chacun, de prendre un
texte de l'écriture pour sujet de tout son discours; or c'est
ce que ne fait jamais Ives de Chartres dans aucun des ser-
mons qui sont certainement de lui. On voit par-là que si le
style de l'auteur des six sermons en question, a quelque res-
semblance avec celui de notre prélat, au moins il y a une
différence considérable dans la méthode de prêcher de l'un et
de l'autre. Quant à ce que dit Jean Prévost, que la manière
de penser de l'auteur de ces sermons , est fort çemblable à
la manière de penser d'Ives ; nous ne voyons pas quelle
induction on peut tirer de-là. Car l'évêque de Chartres n'a-
voit pas une manière de penser qui lui fut propre et parti-
culière. Dans ce temps-là il n'y avoit presque qu'une ma-
nière de penser sur tous les points conctrnans la religion,
et ce n'a été que depuis Ives, que l'église a eu la dou-
leur de se voir inondée d'une multitude d'opinions diffé-
rentes, tant sur le dogme que sur la morale et la discipline.
Au reste, quel que soit l'auteur de ces six sermons, on
voit que c'étoit un homme judicieux, très-versé dans l'é-
tude de l'écriture , des pères et des conciles , qui avoit de
la piété, du discernement et une grande connoissance de
toutes ses obligations; il écrivoit assez bien pour le temps
où il vivoit. Tous ces caractères joints à d'autres circons-
tances , nous font naître la pensée que ces sermons pou-
voient bien être d'Hildcbert évêque du Mans. C'est ce que
nous pouvons examiner dans l'article du dernier. LYe/suTv X'' r'
5". ' Le dernier ouvrage qu'on nous a donné sous le nom ivo. cbr. p. 3oa-
d'Ives, dans l'édition de ses œuvres de l'an 4 647, est une
courte chronique des rois de France, qui commence à
Pharamond et finit à Philippe I.
Il est surprenant que François Jurct, qui le premier à
tiré cette chronique de la poussière des bibliothèques, ne
se soit pas apperçu qu'elle ne sçauroit être de notre pré-
lat. La preuve en est certaine, puisqu'il est parlé de Henri I
roi d'Angleterre, comme d'un prince qui étoit alors dans
la 50# année de son règne. Or la 30e année du règne de
III SIECLE.
HO
SAINT IVES,
Cave, p. 541, 2. |
Oud. t. 2, p. 875
ce prince, qui monta sur le tlirône l'an -HOO, concourt
avec l'an 4150 de l'ère chrétienne. Comment donc Ives ,
qui est mort dès l'an 4 446, pouvoit-il être auteur d'une
chronique, qui n'a été écrite qu'environ 44 ans après qu'il
n'étoit plus au monde.
' Il est* vrai que quelques-uns ont voulu dire que l'en-
droit de cette chronique qui regarde Henri I roi d'Angle-
terre, est une addition faite par une main étrangère. Mais
quelles preuves en donneront-ils? Cette prétendue addition
ne se trouve-elle pas dans tous les manuscrits? D'ailleurs
elle est une suite fort naturelle de ce qui précède. Car l'au-
teur ayant parlé immédiatement auparavant de Guillaume
le Conquérant, et de Guillaume le Roux, prédécesseurs
de Henri I sur le thrône d'Angleterre, il étoit naturel qu'il
n'oubliât pas ce dernier prince, qui étoit très certaine-
ment régnant dans le temps qu'il écrivoit. A quoi il faut
ajouter qu'on ne connoit aucun bibliographe, qui ait attri-
bué cette chronique à l'évèquc de Chartres. Nous parle-
rons de cette chronique dans l'article de Hugues de sainte
Marie moine de Fleury, qui en est le véritable auteur.
'Au reste les sçavans conviennent aujourd'hui que cette
chronique est très-peu de chose et fort défectueuse. L'auteur
y rapporte, selon M. l'abbé le Gendre, bien des choses
qui ne s'accordent point avec les historiens contemporains.
On a déjà remarqué que François Juret est le premier
Bib.caum p 44. | qui a fait paroître cette chronique, 'dans les deux éditions
Le Long, îbid. ,., , , . * ' „
qu il a données des Mires d Ives de Chartres; la premiè-
re à Paris en 4 58 4 ou 1 585 , m-4° ; la seconde aussi à
Paris en 4610, m-8°. ' Marquard Frecher se donna la pei-
ne de la faire réimprimer à Hanovre en 4 613; dans la
première partie de son recueil des historiens François.
Des deux premières édifions de Juret, elle est encore passée
dans celle des œuvres d'Ivcs , faite à Paris en 4 647 , in-
fol.
Nous allons donner ici une notice de cette dernière édition,
afin de n'y plus revenir. Quoiqu'on l'annonce comme con-
tenant tous les écrits d'Ivcs de Chartres, il est certain qu'elle
n'en contient qu'une partie, sçavoir, le décret, les lettres,
les sermons et la petite chronique dont on vient de parler.
On y a joint les notes de François Juret et de Jean-Bap-
Le Long, bib. Fr
p. 341, 2.
Le Long, ib. | Fab.
bib. Lat. 1. 6. p.
559.
Bib. s. Vin. cen.
EVESQUE DE CHARTRES. \t\ Xii shclb.
tiste Souchet, sur les lettres, avec la vie de l'auteur Qui
a été réimprimée dans les Bollandistes au vingtième Mai.
On trouve à la tête dans l'exemplaire qui est à la biblio-
thèque de l'abbaye de Saint Vincent du Mans, deux dif-
férentes épîtres dédicatoires , toutes les deux adressées à
Jean Lescot évêque de Chartres : la première est du père
Fronteau chanoine régulier de sainte Geneviève de Paris,
qui s'y donne pour l'auteur de l'édition, et qui la dédie à
l'évêque de Chartres, tant en son nom qu'au nom de sa
congrégation; la seconde est de Jean-Baptiste Souchet, qui
se prétendant aussi auteur de la même édition, la revendique
comme un bien qui lui est propre, et dont le père Fronteau
vouloit vainement se faire honneur et à sa congrégation.
Cela produisit entre ces deux sçavans un procès littéraire
des plus vifs, dont nous n'entreprenons pas ici de faire l'his-
toire; nous dirons seulement que ' Cave et Oudin ' la don- cave, p. 541, 2.
. , _ , ,., n , , Oud. p. 875,2.
nent a Souchet, parce qu ils n avoient vu apparemment
que son épître dédicatoire; et que MM, Dupuy ' et Dupin ' ""Jj"*.;,, cat- ^"
la donnent au père Fronteau. Dupin, p. 83.
6°. 'Outre la petite chronique dont on vient de parler, cave, ib. | oud. p.
on a encore attribué à Ives une autre chronique bien Nb^t'.VœV'soo.
plus étendue, qui commence à Ninus fondateur de la mo-
narchie des Assyriens, et qui est divisée en deux parties ;
dont la première finit à la dernière année de Charlemagne,
et la seconde s'étend jusques vers l'an -1034, ou plutôt
jusqu'au règne de Louis XI.
' Gerard-Jean Vossius dit avoir vu cette chronique à voss.hist.lat. 1.2,
Amsterdam dans un manuscrit de Guillaume Oomsius , où
elle avoit pour titre : Histoire abrégée des gestes de quelques
rois Assyriens, des gestes de tous les empereurs Romains, et
enfin des gestes de Charlemagne et de tous ses successeurs, com-
posée par le vénérable Ives évêque de Chartres. ' Elle se trou- Bib. cott. p. 87, n.
n » VIII 22
ve avec le même titre dans un manuscrit de M. Cotton a
Londres : 'c'est sur la foi d'un troisième manuscrit, que Fab. Mb. Lat. 1.6,
1 p 559
Marquard Frecher en a fait imprimer une partie, sous le
nom de notre sçavant prélat, dans sa collection des histo-
riens de France, publiée à Hanovre en ^ 61 5.
Il faut que l'attribution de cette chronique à Ives de
Chartres, soit bien ancienne, ' puisqu'elle est expressément Pet. ceii. 1. 9, ep.
citée comme étant de lui, dans une lettre que Nicolas moi- ' p'
xnsiECLE "2 SAINT IVES,
ne de saint Alban en Angleterre , écrivit vers l'an \\ 76 à
Pierre de Celle abbé de Saint Rémi : ho venerabilis , est-
il dit dans cette lettre , Carnotensicum episcopus in chro-
nicis suis scripsit, etc.
Il est à croire que cette chronique n'est pas différente
Mon. Angi.i. 3, p. d'un livre, ' qui dans l'inventaire qui fut fait en 4 4o8,
des livres de Gautier de Shiginpton chanoine de Chartres,
se trouve ainsi marqué : ho, Carnot. episcnpus, de collection?
hisloriarum ecclesiasticarum , mensœ frugalis , etc. Il est bon
de remarquer à ce sujet , que la même chronique est effec-
tivement qualifiée d'histoire ecclésiastique, dans quelques
Mab. ann. i. 74. anciens manuscrits, ' comme dans celui de saint Denys ,
cité, par dom Mabillon, Ne seroit-ce pas encore la même
chose qu'une histoire qui se trouve dans un des manuscrits
de l'abbaye de saint Evroul en Normandie, (c'est le cin-
quante-quatrième in— 4°) avec ce titre : Historia magistri
Ivonis?
Mais quoique l'attribution de cette chronique à Ives de
Chartres soit, comme on vient de voir, et fort ancienne,
lamb. ib. | oud. et fort multipliée, ' il est cependant certain que cet ouvrage
ib. |Sand.inVoss. i i • T i » j.v. •
p. 42. | Mab. ib. | n est pas de lui. Tous les sçavans conviennent aujourd hui
6,'Pp. 515.' !.C| Du- °IU''' appartient à Hugues de sainte Marie, moine de Fleuri
pin, ib. p. 83. ou de saint Benoît sur Loire, qui en composa la première
partie en 4440, à la prière d'Adèle comtesse de Blois et
de Chartres, et puis la seconde partie à la prière de la
reine Mathilde femme de Henri I roi d'Angleterre, comme
on le verra dans l'article de cet écrivain.
Ce qui aura apparemment causé la méprise, c'est (\)
une lettre du même Hugues de Sainte Marie à notre pré-
lat, par laquelle il lui adresse son ouvrage, en le priant de
vouloir bien se donner la peine de le revoir et le cor-
riger. Comme cette lettre se trouvoit à la tête de la chro-
nique , il sera arrivé que des lecteurs superficiels ou des
copistes peu attentifs, sans examiner autrement la lettre ,
auront conclu, en y voyant le nom d'Ives , qu'il étoit au-
teur de la chronique. Il leur aura été d'autant plus aisé
de tomber dans cette méprise, que le nom de l'auteur
(1) On trouve celte lettre à la tête des témoignages des anciens touchant Ives
de Chartres, qui sont recueillis au commencement de i édition de ses œuvres de
1647. 11 en est parlé dans Dom Mabillon, ann. I. 74, n. 48.
EVESQUE DE CHARTRES. U5 xiisiecle.
étoit peu connu , au lieu que celui d'Ives étoit célèbre
partout. Ceux qui sont au fait des manuscrits, sçavent que
ces sortes de méprises n'ont été que trop communes avant
l'invention de l'imprimerie.
7°. Si notre prélat ne peut pas être regardé comme
auteur des deux chroniques précédentes, il n'en est pas
apparemment de même d'une vie de saint Augustin , qui
porte son nom. Celte vie qui a été inconnue jusqu'ici à
tous les bibliographes, se trouve dans deux manuscrits;
' l'un de la bibliothèque de M. Cotton , à Londres, où Mb. cou.p.w u.
elle a pour titre Vita B. Augustini, Hippon. episcopi , per
Ivonem Carnot. episcopum; et l'autre de l'église de s. Pierre
de Cambrige, où elle est ainsi intitulée ; Excerptiones ve—
nerabiiis Ivonis , Carnot. Episcopi, de confessionibus et vita
B. Augustini Hippon. episcopi. On voit par ce dernier titre
que celte vie est composée des passages tirés des confes-
sions de saint Augustin , et de la vie de ce saint docteur ,
écrite par Possidius évêque de Calame.
'8°. Dans l'énumération que l'anonyme de Molck, pu- *?on- ^ scn 0
blié par Dom Pez , fait des ouvrages d'Ives de Chartres ,
il marque un martyrologe des Saints : mais ce martyro-
loge pourroit bien être un ouvrage chimérique ; puisqu'on
n'en trouve absolument rien ailleurs.
'9°. Lorsque dans notre huitième volume nous avons ïï?Jjj}1- l' 8 ' p"
parlé du micrologue sur les rits ecclésiastiques, nous sçavions
certainement que cet excellent écrit étoit l'ouvrage d'un
évêque qui vivoit avant la fin du onzième siècle : mais
nous ne sçavions pas avec la même certitude , que cet
évêque fût Ives de Chartres. ' Nous sommes redevables à ^^'gog1''1'6,
Henri Warlhon de nous avoir appris ce fait important ,
de manière à n'en pouvoir plus douter. Le même auteur
nous apprend encore que cet écrit n'est qu'une partie dé-
tachée d'un ouvrage plus étendu , qu'Ives a composé sur
les offices de l'église, de officiis ecclesiasticis ; dont il y a
un très-beau manuscrit presque aussi ancien que l'auteur,
dans la bibliothèque de Lambeth en Angleterre.
Cet ouvrage d'Ives sur les offices de l'église, tel que
nous le représente Warthon, est composé de soixante-onze
chapitres , dont les huits premiers traitent des matines ,
laudes , prime , tierce , sexte , nones , vêpres et compiles.
iiisiecle. 44* SAINT IVES,
Les soixante-deux suivans composent le rnicrologue; et le
dernier qui n'est pas dans le rnicrologue , traite des auteurs
de la messe, et de chacune de ses parties. On voit par-là
que c'est un des ouvrages sur la liturgie, des plus considé-
rables et des plus étendus, qui ayent été composés an-
ciennement.
Ceux qui désireront en avoir une notion plus parfaite et
plus détaillée, peuvent se satisfaire, en lisant ce qu'on a
dit, dans le huitième volume de l'histoire littéraire, du
rnicrologue qui fait une partie considérable de l'ouvrage
de notre prélat, sur les offices de l'église. Nous observe-
rons ici seulement que cet écrit sur les offices de l'église,
dont Ives est auteur, et qui mériteroit bien d'être imprimé
en entier , n'est visiblement autre chose, que ' l'écrit mar-
qué par l'anonyme de Molk , sous le nom de sentences sur
les offices divins, et qu'il attribue expressément à notre saint
prélat.
Outre le manuscrit de la bibliothèque de Lambeth , in-
cat. m-s. Angi. diqué par Warthon , ' il s'en trouve encore deux autres;
par. 3, m. 1444'. l'un dans la bibliothèque du collège de toutes les âmes,
à Oxford ; et l'autre dans celle du collège de saint Benoît,
Moutf. bit>. Mi. t. à Cambrige. ' A ces quatre manuscrits d'Angleterre, il
I, p. 48, n. 1522. - , , _ °, , '
en taut ajouter un que 1 on conserve a Rome , dans la bi-
bliothèque du Vatican , qui a appartenu à la reine de
Suéde.
\ 0°. Un des ouvrages qui , selon toutes les apparences ,
Le Long, bib. sac feroit le plus d'honneur à Ives, s'il étoit imprimé, ' est son
t. 2, p. 810.2. ,r. . ., j i
commentaire sur les pseaumes. II se trouve dans deux ma-
nuscrits ; l'un de la bibliothèque de M. Colbert , cotté
•1475, en deux volumes in fol. et l'autre de la bibliothèque
de saint Allire de Clermont en Auvergne, en un volume
sand. par. -2. p. 28. in fol. ' et dans un troisième manuscrit des Pays-bas, dont
parle Sanderus.
Monif. bib. bib. p. \ \° . 'On voit dans p'usieurs manuscrits, tant de France
135 C
que d'Angleterre, un livre sous le nom d'Ives de Chartres,
qui a pour titre : De multimoda distinctione scripturarum.
eu mss Angi. II n'est pas facile de sçavoir ce nue c'est que ce livre. ' Dans
par. 3, n. 22.10 . . . •, ■.?,. ,, , ...
un des manuscrits appartenant a la bibliothèque publique
de Cambrige, le titre en est expliqué , comme si ce livre
n'étoit autre chose que le recueil même des lettres d'Ives.
voici
EVESQUE DE CHARTRES. . 445 Xii siècle.
Voici le titre : Ivo Camotensis episcopas , de multimoda
distinctions scripturarum , sub una castorum eloquiorum fa
de contentarum : vel , ut ab alio notatur,' epistolœ Ivonis. Au
contraire ' dans un autre manuscrit appartenant au cheva- b*. cott. ibib.
lier Cotton , le titre en est exprimé , comme si le livre
n'étoit autre chose que la pannormie de notre prélat : Li-
ber pannormiœ Ivonis Carnot. episcopi de multimoda distinc-
tione scripturarum, sub una castrorum eloquiorum facie con-
tentarum. ' Dans un troisième manuscrit de la cathédrale cat. mss. Angi.
d'Herford , le même livre n'est désigné que sous le titre
général de Distinctions d'Ives de Chartres. C'est à ceux qui
entreprendront un jour de donner une nouvelle édition
des œuvres de ce grand prélat, de déterrer cet écrit, et
de le faire connoitre au public. Il est bon- qu'ils soient
avertis qu'il s'en trouve un exemplaire parmi les manus-
crits in 4°. de l'abbaye du Mont saint Michel, nrm. 4 65.
42°. ' Possevin parle d'un écrit de notre prélat, intitulé poss. t. 2, p. jo7.
Liber de determinandis patrum decretis , qui se trouvoit de
son temps à Vienne en Autriche , avec les lettres de saint
Ives parmi les manuscrits de Wolfgand Lazius. Cet écrit
nous est encore moins connu que le précédent; à moins
que ce ne soit, ou la pannormie, ou le décret, ou peut-être
quelque fragment de l'un ou de l'autre.
45°. Nous ignorons de même ce que c'est qu'un ' autre Fab.bib.iat 1. 6,
livre, intitulé Liber de sacramentis devotionis , qu'on dit
que quelques-uns attribuent à Ives; mais que le P. Com-
befis prétend, sur l'autorité du B. Pierre de Damien , être
de saint Fulbert.
44°. Enfin nous ignorons encore ce que c'est qu'un ' Evan- cat. mss. Angi.
•111 • . -,,• • ji •» par. 3, n. 746, 5.
gile de la sainte \icrge> qui se trouve, dit-on, manuscrit
avec la soixantième lettre d'Ives à Hugues archevêque de
Lyon, dans la bibliothèque du collège de Caio-Gonvi-
len, à Cambrige.
45°. ' Il n'en est pas de même d'un discours ou traité de ibid. par. 1, n.
la matière , de l'ordre et de la vérité des sacremens de Jésus-
Christ et de V église , qu'on nous annonce comme se trouvant
à Londres dans un manuscrit de Thomas Bodley; car la
place que ce discours tient dans le même manuscrit, donne
tout lieu de penser que ce n'est autre chose que le premier
sermon de saint Ives , qui a pour titre : Des sacremens des
1 2 Tome X. T
XII SIECLE.
U6 SAINT IVES,
ibid. néophytes. Pour ce qui est d'un autre ' discours contenu
dans le même manuscrit, sous ce titre : De clericatu et ejus
officio , c'est visiblement le sermon de notre prélat, qui traite
de l'excellence des ordres sacrés , et des devoirs de ceux qui
y sont élevés.
six. bib. i. 4, p. | 6°. ' Sixte de Sienne parle d'un Umbert évoque de Char-
333 1
très, qui vers l'an 1100 écrivit un traité contre les Juifs, sur
ces paroles du chap. 49e de la Genèse : Non auferetur scep-
trum de Juda, etc. Comme notre Ives éloit certainement
évêque de Chartres en -H 00, quelqu'un s'imaginera peut-
être que c'est lui qui est auteur de ce traité; d'autant plus
qu'on ne trouve point d'évêque Je Chartres du nom de Um-
bert. Mais il est certain que ce prétendu linbert n'est autre
Hist. mt. t. ", p. que saint Fulbert, ' qui a effectivement écrit contre les Juifs
le traité dont il est ici question. Voyez son article dans notre
histoire littéraire.
\~i°. Pour ne rien omettre de ce qui regarde les écrits
LOiseï, hist. de d'Ives de Chartres, nous remarquerons ' qu'Antoine l'Oisel
Biauv. p. 133. ., -.il- i ' ■ • i' ■
cite un manuscrit du livre des écrivains ecclésiastiques de
Sigebcrt. dans lequel il dit qu'il y a des choses qui ne se
trouvent point dans l'imprimé d'Aubert le Mire. Le même
l'Oisel soupçonne que ce manuscrit a appartenu , ou même
a été copié par Ives dans le temps qu'il n'étoit encore qu'abbé
de saint Quentin de Beauvais : ce qui supposcroit que notre
sçavant prélat seroit auteur des additions au livre de Sigebert ,
qui se trouvent dans ce manuscrit. Mais pour s'assurer que
ce soupçon ou cette conjecture d'Antoine l'Oisel n'a aucun
fondement, il ne faut que faire attention que Sigebert n'a
publié son livre des écrivains ecclésiastiques que sur la fin de
sa vie, et qu'lves de Chartres ne lui a gueres survécu que
quatre ans : ce qui donne tout lieu de douter si ce dernier a
jamais eu connoissance du livre du premier ; ces deux
sçavans n'étant gueres à portée d'avoir une communication
réciproque de leurs ouvrages.
Après rénumération «pie nous venons de faire de toutes
les productions de la plume de saint Ives , nous croyons
pouvoir assurer qu'il n'y a point eu de sçavant dans le on-
zième et douzième siècles qui ait plus écrit que lui, ni sur
un plus grand nombre de matières concernant la science ec-
clésiastique, quoiqu'il faille reconnoitre que c'est principa-
EVESQUE DE CHARTRES. U7 xu SIECLE.
lement dans celles qui regardent la discipline et la liturgie
que notre saint et sçavant prélat s'est distingué. Nous ajou-
terons qu'il n'y en a guéres eu non plus qui ait traité chaque
matière avec plus d'ordre, de netteté, de solidité et d'é-
rudition que lui : en sorte qu'il a été sans contredit un des
plus grands et des plus habiles hommes de son temps, pres-
que en tout genre.
JOSGERAN,
ARCHEVESQUE DE LYON.
8 1.
HISTOIRE DE SA VIE.
Joscerain , ou Jauceranne , ou Gauceran , fut «l'abord
abbé d'Ainai , puis archevêque de Lyon. Personne n'a
douté jusqu'à l'an -1610, qu'il n'ait tenu ce siège immédia-
tement après Hugues mort le 7 octobre Hlfl : mais le P.
Sirmond, dans ses notes sur les lettres de Geofroi de Ven-
dôme , prétend qu'il n'a pas été successeur immédiat de Hu-
gues , et place entre ces deux prélats un autre archevêque
nommé Jean. Les raisons que donne ce critique, pour s'é-
carter du sentiment unanime, sont trop foibles pour y avoir
égard. Il les tire de deux lettres, dont l'une qui est la deux
cent trente-sixième d'Ives de Chartres, est adressée à Jean
archevêque de Lyon , Joanni Lugdunensis primœ sedis epis-
copo; l'autre (la deux cent trente-septième) écrite par Jean
archevêque de Lyon à Daïmbert, l'an \\\~2 : d'où le P.
Syrmond conclut que Josceran ne succéda pas immédia-
tement à Hugues, et qu'entre ces deux prélats, il y en eut
un autre nommé Jean , qui fut le successeur immédiat de
Hugues, et le prédécesseur de Josceran. Mais cette opi-
nion est solidement réfutée par les auteurs du ' Gallia chris- Call. chr. t. t, p.
tiana , qui prouvent que Josceran étoit sur le siège de
Lyon dans le temps que le P. Sirmond prétend qu'il étoit
occupé par le prétendu archevêque Jean. D'où il s'ensui-
T ij
110, et suiv.
XII SIECLE.
148
JOSCERAN,
Ami. bened. t. 5
p. 682 ef seq.
vroit qu'il y auroit eu en même-temps deux archevêques
sur le siège de Lyon; ce qui est contraire à toutes les règles,
et ce qu'on ne peut appuyer du témoignage d'aucun au-
teur.
Pour ce qui est des deux lettres citées par le P. Sir-
mond, le titre en a été altéré; et au lieu de Johannes, il
faut lire Joscerannus , comme le remarque le P. Mabillon.
Ceux qui sont au l'ait des anciens monumens , sçavent de
quelle manière ces sortes de méprises arrivent. Rien n'est
plus aisé. Un copiste aura trouvé la lettre J , pour désigner
le nom de l'archevêque , et il aura mis Joannes pour Jos-
cerannus qui étoit son véritable nom. Il faut dire la même
chose d'un manuscrit de la bibliothèque de M. Colbert,
cité par M. Baluze , dans lequel on trouve une lettre avec
ce titre : Johannis Lugdunensis epistola.
Pour venir à Josceran, nous sçavons très-peu de choses
de ce prélat. Il étoit abbé d'Ainai , lorsqu'il fut élu arche-
vêque de Lyon. Peu de temps après , saint Anselme fut
rétabli sur le siège de Carftorberi. Josceran qui avoit connu
le saint prélat dans le long séjour qu'il fit à Lyon pendant
son exil, lui écrivit pour le féliciter sur son rétablissement.
Aiisei.i. 4, ep 85. Saint Anselme fit réponse à Josceran par une ' lettre , dans
laquelle il lui rend grâces de la part qu'il veut bien prendre
à ce qui le touche ; il s'afflige avec l'archevêque de Lyon ,
des chagrins que celui-ci essuyoit de la part de ceux mêmes
qui dévoient faire toute sa joie et toute sa consolation. Ce
trait nous fait connoitre que les premières années de l'é-
piscopat de Josceran , ne furent pas tranquilles, et qu'elles
furent agitées de troubles domestiques et de divisions in-
testines. Cette lettre de saint Anselme ne peut avoir été.
écrite plus tard que le mois d'avril de l'année -H 09, puis-
que ce saint mourut le 24 de ce mois dans la même année.
L'an \\\2 Josceran convoqua un concile à Anse, pe-
tite ville de son diocèse, au sujet des investitures que l'em-
pereur Henri V avoit contraint le pape Pascal II qu'il te-
noit prisonnier, de lui accorder. Ce pontife se repentit bien-
tôt de sa démarche, et écrivit de tous côtés des lettres
pour se plaindre de la violence qui lui avoit été faite. Les
évêques de diverses provinces tinrent des conciles à cette
occasion. Ils y examinèrent la. conduite de l'empereur et
ARCffEVESQUE DE LYON. M9 x„ SI1CLE.
les griefs de l'église contre lui : le résultat de ces assem-
blées fut d'excommunier l'empereur pour ses entreprises
contre le saint siège. Josceran, à l'exemple des autres évê-
ques, convoqua aussi un concile des prélats de sa pro-
vince ; et en qualité de primat des Gaules , il y invita Daïm-
bert archevêque de Sens, avec ses suffragans. Ceux-ci re-
fusèrent de s'y trouver, et rendirent raison de leur refus
dans une lettre qu'Ives de Chartres écrivit à l'archevêque
de Lyon, au nom de toute la province. Quoique l'évêque
de Chartres ne crut point les investitures permises, il ne
veut pas néanmoins qu'on les regarde comme une hérésie,
et tâche de modérer le zèle de Josceran, après lui avoir
exposé les raisons du refus qu'ils faisoient de se trouver
à son concile. « ' Ce n'est point par mépris, lui dit-il, ivo, ep.s36.
que nous refusons de nous trouver au concile que vous
avez indiqué à Anse , c'est que nous craignons de fran-
chir les bornes que nos pères ont posées. Jamais ils
n'ont ordonné que l'évêque d'un premier siège pût ap-
peller les évêques à un concile hors de leur province, à
moins que le saint siège ne l'ordonnât, ou qu'une église
particulière n'appellàt au primat pour quelque cause qui
n'auroit pu être terminée dans la province D'ail-
leurs en discutant dans ce concile la matière des investi-
turcs que quelques-uns mettent au nombre des hérésies,
c'est vouloir découvrir la honte de votre père, au lieu
de la voiler. La volonté n'a eu aucune part à ce que le pape
a fait ; c'est la nécessité qui l'a forcé , pour éviter la ruine
de son peuple. Il nous est d'autant moins permis d'en
douter, qu'aussi-tôt après être sorti du danger, il a con-
tinué d'ordonner ce qu'il ordonnoit, et de défendre ce
qu'il défendoit auparavant C'est ainsi que Pierre ,
en confessant trois fois son maître, répara la faute qu'il
avoit faite en le reniant. C'est ainsi que le pape Marcel-
lin expia par un glorieux martyre le crime qu'il avoit
commis en offrant de l'encens aux idoles. Que si le pape
n'a point encore sévi contre le roi des Allemans, c'e3t
qu'il use du tempérament conseillé par les sages , de
souffrir de moindres maux pour en éviter de plus grands.
Ives prouve ici d'après saint Augustin, ' que le schisme cont. Parmen. i.
est le plus grand de tous les maux, et qu'il n'est pas
1 2 *
XII SIECLE.
450 JOSCERAN,
permis d'employer les censures, lorsqu'on prévoit qu'elles
ne serviront qu'à rompre les liens de la paix et de l'unité.
» D'ailleurs, continue lves de Chartres, quelle utilité d'aï—
» 1er à un concile , où nous ne pourrons condamner que
» des accusés , qui ne sont soumis ni à notre jugement , ni
» à celui d'aucun homme? .... Ne trouvez donc pas
» mauvais que nous nous abstenions de déchirer le pape
» par nos discours. Si en accordant les investitures, il s'est
» écarté de son sentiment et de celui de ses prédécesseurs,
» la charité filiale que nous lui devons comme à notre père,
» nous porte à l'excuser; .... et bien loin de lui faire
» son procès , nous approuvons même la démarche qu'il a
» faite pour sauver son peuple de la ruine qui le mena-
» çoit, et pour éviter de plus grands malheurs.
» Quant aux investitures en elles-mêmes, nous ne croyons
» pas que ce soit une hérésie, comme il plaît à quelques-
» uns de l'appeller. L'hérésie n'est autre chose que l'erreur
» dans la foi L'erreur et la foi procèdent du cœur.
» Or l'investiture qui fait aujourd'hui tant du bruit, est
> dans les mains de celui qui donne et qui reçoit. Les mains
» peuvent bien, il est vrai, faire le bien et le mal; mais
» elles ne peuvent croire ni errer dans la foi. Néanmoins si
> quelque laïc étoit assez insensé pour s'imaginer qu'avec
» le bâton pastoral , il peut donner le sacrement , ou l'effet
» d'un sacrement, nous le déclarons hérétique, non à cause
» de l'investiture manuelle, mais à cause de sa présomp-
» tion diabolique. Et pour donner aux choses le nom
» qu'elles méritent, nous convenons que l'investiture don-
» née par les laïcs, est une usurpation et une entreprise sa-
» crilege sur les droits de l'église. C'est un abus qu'il faut
» retrancher, quand on peut le faire sans rompre les liens
» de la paix. Mais si cela n'est pas possible sans causer un
» schisme, il faut le souffrir, et se contenter de réclamer
» avec la discrétion convenable.
Cette lettre est écrite au nom de Daïmbert archevêque
de Sens , de Walon ou Galon évêque de Paris , d'Yves
de Chartres, de Jean d'Orléans et des autres évêques de
la province.
Josceran ne tarda pas d'y faire une réponse qu'il
adressa à Daïmbert. t Vous m'accusez, lui dit-il,
ARCHEVESQUE DE LYON, ^ 5i
» d'avoir voulu vous attirer hors de votre province.
» C'est mal à propos que vous me faites ce reproche. Le
» concile auquel je vous ai invité, a été convoqué dans la
» première Lyonnoise qui a des droits sur les autres Lyon-
» noises. Ce n'est donc pas de ma part vouloir vous attirer
» hors de votre province. C'est vouloir suivre les dégrés
» de jurisdiction, et maintenir la subordination établie entre
» le chef et les membres. Vous n'ignorez pas d'ailleurs que
» les métropolitains ont dans l'étendue de leurs provinces
» tout droit de convoquer des conciles. L'obéissance que
» les suffragans doivent aux métropolitains, ceux-ci la doi—
» vent aux primats. Telles sont les bornes posées par nos
» pères ; et plût à Dieu que vous les respectassiez ces bornes
» aussi sérieusement que vous voulez le faire croire.
» Je ne puis assez admirer, continue Josceran, pourquoi
» vous voulez soustraire plusieurs personnes au jugement
» de l'église. Si vous rangez dans cette classe les rois et les
» empereurs, je vous renvoyé au grand Constantin, qui dans
» le concile de Nicée, et en présence du pape Sylvestre (4 )
» n'attribue qu'aux seuls évêques, de n'être jugés qu'au tri—
» bunal de Dieu. . . . Blàmerez-vous la conduite de saint
» Ambroise à l'égard du grand Théodose? Et accuserez-
i> vous le pape Grégoire VII , qui excommunia l'empereur
» Henri pour ses crimes?
» Vous craignez , dites-vous , que nous ne révélions la
> honte "de notre père. C'est une terreur panique
s et plût à Dieu qu'il voulût souffrir que nous prissions les
» mesures convenables pour effacer cette tache ! Vous vous
» plaignez que les temps sont mauvais, vous exagérez les for-
» ces des ennemis de l'église, et vous diminuez les nôtres. . .
» Ne vous souvient-il pas de ce qu'il a dit à ses disciples :
» Ayez confiance , j'ai vaincu le monde. Ne rien faire en
» cette occasion, c'est avouer que le monde a triomphé,
» et que Jesus-Christ est vaincu. . . . C'est vous exhorter à
» être braves contre les lâches.
» Vous blâmez ceux qui mettent les investitures au rang
» des hérésies, mais prouvez-vous bien le contraire? Je
» conviens que la foi et l'erreur sont dans le cœur ; c'est
(1) Ce pape n'assista point au concile de Nie te, il y envoya seulement ses
légats.
XII SIECLE.
XII SIECLE.
W'2 JOSCERAN,
» cependant par les œuvres que nous distinguons l'héré-
» tique du catholique. . . . Ainsi quoique l'investiture eon-
» férée par un laïc ne soit pas proprement une erreur; c'en
> est une incontestablement que de soutenir qu'elle soit li-
» cite. Si l'église s'est quelquefois relâchée de ses droits,
» en accordant le pardon à ceux qui avoient reçu l'investi—
» ture des mains des laïcs, elle n'a jamais prétendu justifier
» cet abus.
Josceran revient ensuite au droit qu'ont les primats de
convoquer les évêques des provinces qui leur sont subor-
données. Il insiste fortement sur ce point, et il finit par
cet espèce de défi qu'il fait à Daïmbert : « Si vous aviez
» quelque chose à objecter à ce que je viens de vous dire ,
» je suis prêt à écouter et à répondre.
Nous laissons au lecteur à porter son jugement sur les
deux lettres dont nous venons de rendre compte. Il verra
dans l'une et l'autre le goût de critique qui régnoit alors;
dans la première, par l'exemple du pape Marcellin que cite
l'évêque de Chartres; et dans la seconde, par celui de Syl-
vestre, que l'archevêque de Lyon fait assister au concile de
Nicée. Néanmoins, malgré ces taches, on apperçoit de la
noblesse dans le procédé de ces évêques, de la modération
dans la dispute, et de la décence même dans les reproches
qu'ils se font.
On ignore si Josceran célébra le concile qu'il avoit in-
diqué à Anse. Ce qui donne lieu d'en douter, c'est qu'il
ne reste aucun monument de cette assemblée. Sa lettre,
dont nous avons parlé , se trouve imprimée dans la collec-
tion des conciles du père Labbe, tom. x, pag. 790. et dans
le recueil de celles d'Ives de Chartres, où elle est la 257.
Cette lettre est la seule production de la plume de Josceran,
qui soit parvenue jusqu'à nous; soit qu'il n'ait point compo-
sé d'autres écrits, soit qu'ils soient perdus ou ensevelis dans
l'obscurité.
Peiard, coiiect. ad Josceran survécut encore au moins cinq ans; nous le
urg p. 13. VOy0ng i'ann^e suivante H13, concourir avec Gauceran
évêque de Langres, à l'établissement des chanoines réguliers
dans l'église de saint Eslienne de Dijon, qui est aujourd'hui
la cathédrale. 11 assista en 4 -H 5, au concile de Tournus,
assemblé par Gui archevêque de Vienne, légat du saint
' siège ,
ARCHEVESQUE DE LYON. 455 x„ siècle.
R
siège, depuis pape sous le nom de Calixte II, pour termi-
ner le différend qui éloit entre les églises de Saint Jean et
de saint Etienne de Besançon, sur la prééminence. En
\\\% Josceran ' obtint du pape Pascal une bulle du 24 de Gaii. chr. nov. t.
Mars, qui confirme à l'église de Lyon le droit de primatie.
Enfin nous voyons que Josceran étoit encore sur le siège de
Lyon en \\\1 , puisqu'il. accorda cette année, avec l'agré-
ment des chanoines ' de sa cathédrale, l'église d'Aurillac, à oau. chr. u>.
Girbald abbé de Savigni.
ROBERT D'ARBRISSEL,
Fondateur
DE L'ORDRE DE FONTEVRAUD..
obert ' (-1) d'Arbrissel, ainsi appelle du nom du lieu Mab. ann^t. 5, p.
, i • i> ia«w 311, n. 66.
de sa naissance, vint au monde, environ 1 an -1U47, au
village. d'Arbrissel , aujourd'hui Arbresec, près la Guerche,
dans le diocèse de Rennes. Son père nommé d'Amalioc,
étoit d'une condition médiocre; sa mère s'appelloit Orgueil.
11 eut un frère nommé Fulcodius. Comme les parais de
Robert le destinoient à l'état ecclésiastique , ils l'appliquèrent
de bonne heure à l'étude , dans laquelle il fit tant de progrès
qu'il eut bien-tôt épuisé toute la capacité des maîtres de la
province; ensorte que ne trouvant plus personne dans son
pays qui pût lui rien apprendre, il alla l'an -1074 à Paris,
pour satisfaire l'envie qu'il avoit de s'instruire; peu après, il
reçut l'ordre de la prêtrise. Silvestre de la Guerche, seigneur
de Pouancé en Anjou, chancelier de Bretagne et évêque
de Rennes, qui sans être sçavant ', chérissoit ceux qui se Ajbric. vit. Rob.
distinguoient par leur science, étant informé du mérite et
de la capacité de Robert, l'invita environ l'an -1085, à venir
près de lui, pour se servir de ses lumières et l'employer
dans le gouvernement de son diocèse. Il lui confia la
(1) Robert s'est rendu plus célèbre par sa sainteté que par ses écrits ; et si nous
le plaçons dans cet ouvrage, c'est moins a cause de ses travaux, littéraires, qu'à
cause' de ses travaux apostoliques : il a plus édiflé l'église, qu'il n'a enrichi la ru-
publiquedes lettres. Néanmoins comme il s'est rendu célèbre par un nouvel insti-
tut, et qu'il a donné occasion à quelques contestations parmi les sçavans, nous
avons cru pouvoir lui donner place parmi eux.
Tome X. V
m siècle. ^54 ROBERT D'ARBRISSEL,
Baiii. vie des ss. dignité d'arehiprêtre , et le fit son vicaire général. ' Ro-
bert justifia par sa conduite le choix de son évêque ; comme
il avoit autant de zèle que de lumière, il entreprit de
rétablir la discipline ecclésiastique et y donna tous ses soins.
Il avoit tous les talens nécessaires pour réussir dans une
entreprise aussi difficile; un grand zèle joint à la science,
Hist. de Bret. de une santé robuste : ' il étoit agréable dans ses discours, hum-
ble sans foihlesse, éclairé, charitable, entreprenant sans
indiscrétion, éloquent et persuasif. Il s'occupa pendant
quatre ans avec un succès qui combla de joie l'évêque de
Rennes, et surpassa ses espérances, à combattre des abus in-
vétérés par une longue suite d'années; à purger le clergé du
trafic scandaleux des bénéfices, qui se faisoit publiquement
Mab. ib. par la confidence et la simonie ; ' à rompre les mariages in-
cestueux , qui étoient communs ; à empêcher le concubi-
nage des prêtres; à pacifier les troubles et les divisions des
familles; à retirer les biens de l'église; enfin à remédier à
la corruption des mœurs, qui étoit déplorable en ce siècle.
Tandis que Robert travailloit ainsi avec tant de zèle et
de succès sous l'autorité de l'évêque de Rennes , à réta-
blir la discipline ecclésiastique, et à ramener les fidèles aux
règles de la vie chrétienne; la mort enleva ce bon pré-
lat. Alors Robert jugeant que son ministère deviendroit
inutile, n'étant plus appuyé de l'autorité épiscopale, et
se voyant déjà lui-même exposé au ressentiment et à la ven-
geance des mauvais ecclésiastiques ennemis de la réforme
qu'il avoit établie; il prit le parti de se retirer, et alla en-
seigner la théologie à Angers. Ce fut l'an 4089 : son sé-
jour dans cette ville ne fut que de deux ans. Etant abso-
lument dégoûté du monde, à la vue de la corruption des
mœurs qui y régnoit, et craignant de ne pouvoir y opérer
son salut, quoiqu'il menât une vie très-retirée et très-pé-
nitente, il alla l'an 4 0£M avec un seul compagnon, se ca-
De la Mainf. t. 2, cher dans la forêt de Craon , ' vers les confins de l'An-
clip. Fonieb. ord. . , , „ . ... ,,
p. 498. jou et de la Bretagne, pour ne plus travauler qu a sa
propre sanctification dans la solitude et le silence. Il s'y
abandonna à toutes les impressions de la grâce et de l'es-
prit de Dieu qui vouloit faire de lui un nouveau Jean-Bap-
tiste, dont la voix après avoir retenti dans les déserts, se
feroit entendre aux rois et aux princes de la terre.
FOND. DE L'ORD. DE FONTEVRAUD. 155 x» siècle.
' Dans cette retraite Robert se livra tout entier à son ar- Hist. de Bret. p.
deur pour la pénitence ; ' un cilice très-rude lui couvroit
le corps; la terre toute nue fut son lit; il renonça pour
toujours au vin , aux viandes délicates , et presque au som-
meil. ' Enfin il inventoit chaque jour quelques nouveaux Mat>. ib.
moyens pour dompter son corps et crucifier le vieil homme.
On vit bientôt arriver de tous côtés dans ce désert , une
infinité de personnes attirées par la réputation d'une vie si
sainte et si extraordinaire. Robert leur prêcha la pénitence
avec des paroles si touchantes et si animées que plusieurs
voulurent demeurer avec lui et tâchèrent de l'imiter. ' Il Mab. ib.
commença dès-lors, c'est-à-dire, vers l'an -1096, de for-
mer un nouvel ordre de chanoines réguliers. Sa réputation
croissant toujours, le nombre des solitaires augmentoit
tous les jours, et en peu d'années toutes les forêts des con-
fins du Maine, de la Normandie, de la Rretagne et de l'An-
jou, furent peuplées de ces nouveaux anachorètes, qui re-
traçoient dans un siècle corrompu , la vie admirable des an-
ciens solitaires de la Thébaïde.
Le premier établissement de Robert, fut celui qu'il fit
dans la forêt de Craon. ' Renaud seigneur de Craon, fils de Mab. ann. t. 5, p.
Robert le Rourguignon , lui abandonna une partie assez con-
sidérable de cette forêt , pour y établir une abbaye de cha-
noines réguliers , et lui en fit une donation dans une assem-
blée célèbre qui se tint à Angers l'an 4096. Telle est l'origine
de l'abbaye de la Roë , de Rota (4 ). Voici l'occasion de l'as-
semblée d'Angers. Le pape Urbain II qui étoit venu dès
l'année précédente en France, et y avoit tenu un concile
à Clermont, dans lequel il excommunia Philippe I roi de
France, et publia la fameuse croisade pour le recouvrement
de la terre sainte, alla l'année suivante à Angers, où il fit le
dix février la dédicace de l'église de S. Nicolas; à laquelle
se trouvèrent les archevêques de Lyon et de Rordeaux, les
évêques d'Angers, de Chartres et du Mans. Le pape in-
formé de la sainteté de la vie et de la force de l'éloquence
de Robert, voulut le voir et l'entendre prêcher Robert
se rendit donc à Angers, et prêcha à la cérémonie de la
(1) André Duchesne rapporte la fondation de la Roë il l'an 1093 : elle fut com-
lirmée par Urbain IV l'an 1096. Il y avoit des religieux avant 1093. Cela parolt dans
l'acte de fondation.
xiisiicle. 1b6 ROBERT D'ARBRISSEL,
dédicace. Le pape aussi édifié de la vie du prédicateur,
que satisfait de son éloquence, le regardant comme un de
ces hommes extraordinaires que Dieu donne au monde de
temps en temps pour le bien de son église, le créa pré-
dicateur apostolique, et lui ordonna, malgré sa résistance,
d'exercer en tous lieux le talent qu'il avoit reçu de prê-
cher et d'administrer les sacremens. Le seigneur de Craon
fut si touché de la prédication de Robert, qu'ayant fondé
De la Mainf. clip, dès le lendemain une abbaye, il la lui donna.
'■ l> p' 18' Quelque temps après le pape tint la troisième semaine
de carême un concile à Tours, dans lequel Robert fit
les premiers exercices de sa mission avec un succès dont tous
les historiens rendent témoignage. Là donation du seigneur
de Craon y fut confirmée, et Robert fut fait prieur de la
Roë, prœpositus. 11 en fit les fonctions pendant deux ans,
c'est-à-dire , jusqu'en \ 098 ; mais le nombre de ses disciples
augmentant, et Robert faisant réflexion que le caractère de
sa mission l'empêclioit en quelque sorte de s'attacher à un
lieu particulier, il se démit entre les mains de Géofroi d'An-
gers d'une dignité qui resserroit trop les bornes de son zèle;
puis il s'abandonna entièrement à l'impression de l'esprit de
Dieu, parcourant les provinces, les villes, les bourgades,
les déserts, pour y annoncer la parole de Dieu. Lorsque
Robert au sortir d'Angers, se retira dans la forêt ' de Craon
Mab. ann. t. 5, p. il y avoit alors dans celte même forêt ' d'autres anachorè-
tes qui avoient leurs compagnons et leurs disciples : de
ce nombre étoit Vital de Mortain, qui, après avoir été cha-
pelain du comte de Mortain , s'étoit retiré dans la forêt de
Craon : il revint ensuite dans sa patrie, et y fonda l'abbaye
de Savigni. Raoul de la Futaye étoit du nombre de ces so-
litaires; il avoit d'abord mené la vie cœnobitique dans le
monastère de saint Jouin au diocèse de Poitiers, puis avoit
embrassé celle des Anachorètes, comme la règle de saint
Benoit le permet ; mais le plus célèbre de tous fut Bernard
moine de l'abbaye de saint Cyprien de Poitiers, puis abbé
de cette même abbaye et fondateur de celle de Tyron. Ces
solitaires qui s'étoient joints à Robert d'Arbrissel, devin-
rent non-seulement les imitateurs de sa pénitence, mais en-
core les coopérateurs de son ministère et de ses travaux
apostoliques , et prêchèrent avec beaucoup de zèle la péni-
FOND. DE L'ORD. DE FONTEVRAUD. 457 x„ slIi;LI.
tence aux hommes et aux femmes. Robert s'appliqua plus
particulièrement à la couduite de celles-ci ', ainsi que Vi- Mab. ann. t. 5, p.
tal, comme il paroît par la lettre que lui a écrit Marbode,
évêque de Rennes. Ce qui fait voir que Rayle ' n'est point Bayie.Dict.au mot
exact, en parlant des prédications de Robert d'Arbrissel et
de ses compagnons, lorsqu'il avance qu'il y eût au même
temps deux célèbres prédicateurs qui convinrent avec lui
de partager les deux sexes, et de lui laisser le soin des fem-
mes , pendant qu'ils se chargeraient du soin des hommes.
Les trois prédicateurs dont veut parler Rayle, sont Ro-
bert d'Arbrissel , Rernard de Tyron et Vital de Savigni : il
est vrai que Rernard et Vital prirent un soin plus particulier
des hommes , comme le dit l'auteur que Rayle cite : Ut ma-
ribus propensius providerent ; et Robert celui des femmes
qu'ils avoient converties, communi labore; mais il ne fut
pas le seul qui s'appliqua à conduire dans les voies du sa-
lut, les personnes du sexe que la grâce avoit touchées par
leurs prédications. La lettre de Marbode prouve, comme
le remarque le père Mabillon, que Vital en prit soin. ' Il Mab. ib. n.M.
faut dire la même chose de deux autres solitaires de la fo-
rêt de Craon, qui étoient devenus les disciples et les com-
pagnons de Robert d'Arbrissel. L'un étoit Hervé de la Tri-
nité, ainsi appelle parce qu'il avoit été moine du mo-
nastère de la Trinité de Vendôme; l'autre se nommoit Sa-
lomon : ' il est constant que celui-ci eût part à la direction Mab. ibid.
des femmes, ' puisqu'on voit qu'il fit bâtir pour elles quel- it. 1. 71. p. sas.
ques monastères, entr'autres celui de Nioyseau dans lequel
on observe la règle de saint Renoît.
Les prédications de Robert soutenues de ses exemples,
firent une telle impression, qu'en peu de temps il fut suivi
d'une infinité de personnes de l'un et de l'autre sexe , qui
renonçant au monde, à tousses plaisirs et à toutes ses vani-
tés, n'avoient plus d'autres désirs que de passer le reste de
leur vie dans la pénitence. Robert ne pouvant traîner
après lui une si grande multitude , et sa charité ne lui per-
mettant pas d'abandonner des âmes qui témoignoient un si
grand désir de leur salut; il bâtit plusieurs monastères pour les
y retirer. ' Le plus célèbre de tous, est l'abbaye de Fonte- Mab. amr Bened.
vraud dans le diocèse de Poitiers , sur les confins de la Tou-
raine et de l'Anjou : là, dans un vallon couvert de ronces
[XII SIECLE.
158
ROBERT D'ARBRISSEL.
Apud Mab. ibid.
Mab ib.
et d'épines , qu'on appelloit Fontevraud ou Fontevaux , Ro-
bert construisit deux monastères, l'un pour les femmes en
l'honneur de la sainte Vierge, l'autre pour les hommes. Ce
lieu lui fut donné par une veuve nommée Eremburge, et
par sa fille Adelaïs Riverie , selon le père Mahillon. Le nom-
bre de ces pénitens et de ces pénitentes étoit si grand que
Baudry le fait monter à deux ou trois mille. Les plus cé-
lèbres d'entre les femmes, étoient ' Hersende de Champa-
gne ou de Clairvaux, qui après la mort de Guillaume de
Montsoreau son mari , s'attacha à Robert ; Petronille veu-
ve du seigneur de Chemillé, qui fut la première abbesse
de Fontevraud; Agnès sœur de Petronille; Milesine ; une
autre Agnès qui fut supérieure du monastère d'Orsan ; Er-
mengarde comtesse de Bretagne, à qui Geoffroi de Ven-
dôme écrit deux lettres, dans l'une desquelles il la re-
prend de ce qu'elle s'attache au monde , après y avoir
renoncé.
Poi- ' Avant la fondation de la célèbre abbaye de Fontevraud ,
Robert avoit assisté au concile tenu à Poitiers le 4 8 novem-
bre -H 00, par les cardinaux Jean et Benoît légats du pape
Pascal II , et s'y étoit distingué par son zèle et son coura-
ge. Geoffroi rapporte dans la vie de Bernard abbé de
p. Tyron, que le comte Guillaume, ' à qui Philippe I roi de
France avoit écrit de ne point souffrir qu'on tînt dans cette
ville un concile contre lui , ayant appris l'excommunication
lancée contre le roi à cause de son mariage avec Bertrade, et
craignant le même traitement pour lui-même à cause de
ib. i. 69, p 422. ses crimes, ' avoit exercé de grandes violences contre les
pères du concile, jusqu'à ordonner qu'on les dépouillât et
qu'on les mît à mort. Alors tous les évêques et les ab-
bés prirent la fuite pour sauver leur vie, en sorte qu'il
Mab. ib. n'y eut que Bernard et Robert qui demeurèrent fermes, et
persistèrent à soutenir la sentence d'excommunication. Hu-
gues de Flavigni rapporte la chose différemment; sçavoir,
que le comte de Poitiers pria instamment les pères du con-
cile de ne pas excommunier le roi son seigneur; que quel-
ques évêques firent la même chose, et que n'ayant rien
obtenu, ils s'étoient retirés du concile avec menaces; qu'il
n'étoit resté que ceux qui imitant le zèle de Phinées, tin-
rent fermes contre le trouble qu'excita le peuple, à cause
Concile de
tiers.
Mab. ann. t. 5
p. 416.
FOND. DE L'ORD. DE FONTEVRAUD. 459 Xh siècle.
de l'excommunication lancée contre le roi. Hugues ajoute
qu'il y eut un clerc tue d'un coup de pierre jellée par quel-
qu'un du peuple, qui avoit dessein de frapper les cardinaux ;
mais qu'ils demeurèrent fermes cou, me des colomnes , ré-
solus de mourir et de sceller la sentence de leur sang, s'il
étoit nécessaire. Pour ce qui est du comte de Poitiers,
quoique Guillaume de Malmesbury confirme ce qu'en dit
l'auteur de la vie de Rernard de Tyron, le père Mabillon
désireroit que cela fut appuyé d'un meilleur témoignage , ibid.
d'autant que ' Geoffroi abbé de Vendôme parle de ce com- Geof. ub. 5.
te avec éloge, et l'appelle un excellent prince, et d'une vie
édifiante : Optimus princeps et dux vitœ laudabilis.
'Ce fut peu après le concile de Poitiers, dont nous ve- Mab. ann. t. s, 1.
nons de parler, que Robert d'Arbrissel fonda l'abbaye de 69'
Fontevraud. ' En cette année 'H 00, dit la chronique de Ampi.coU.t. e, i,
Tours, imprimée par les soins de D. Martene, ' la quaran- niid.'p. 1044.
tieme du roi Philippe; il y eut un concile à Poitiers, et
peu après fut bâti le monastère de Fontevraud dans le dio-
cèse de Poitiers. La chronique de saint Florent de Saumur '
rapporte cette fondation à l'année -MOI, ce qui s'accorde
fort bien avec celle de Tours, puisque le concile de Poi-
tiers ayant été tenu au mois de novembre 44 00; la fonda-
tion de Fontevraud qui fut faite peu après, ne peut guères
être placée qu'en \\{}\ . Ce fut en effet en cette année,
suivant Cosnier ' dans ses notes sur Raudri, qu'Arembergc et p. 111.
sa fille Adélaïde Riverie donnèrent à Robert et au couvent
de femmes qu'il avoit rassemblées dans le vallon de Fon-
tevraud, ce qu'elles y possédoient, pour y bâtir une église
en l'honneur delà sainte Vierge, ce qui suppose cependant
qu'il y avoit déjà une communauté de religieuses ; c'est
pourquoi Charles de la Saussaie dans son histoire d'Orléans,
fixe avec assez de vraisemblance le commencement de Fon-
tevraud vers l'an 4 099.
Mais le bienheureux Robert ne bâtit alors que de pau-
vres cabanes, tuguriola et un oratoire, où les femmes
vaquoient à la prière, pendant que les hommes travail-
loient dans un lieu séparé pour subvenir à leur subsistance.
Ceux qui étoient engagés dans les ordres sacrés, chantoient Baidr. c. 3, n. n.
ensemble des pseaumes et célébroient les saints mystères.
Ils vivoient dans une union parfaite, et gardoient un
III SIECLE.
4 60
ROBERT D'ARBRISSEL,
Ibid.n. lO.iCosn.
p. 113. Ide la Mauiî.
dissert. 2. p. 135.
Ep. 21.
exact silence ; ils étoient extrêmement pauvres , et à peine
étoient-ils à couvert des injures de l'air. Pour conserver la
mémoire de cette extrême pauvreté qu'ils chérissoient , le
bienheureux fondateur voulut que ses enfans n'eussent do-
rénavant d'autre nom que celui de pauvres de Jesus-Christ.
Pauperes Christi. Ils sont effectivement ainsi désignés dans
plusieurs titres de Fontevraud. Robert refusa tout titre de
supériorité, et ne conserva que celui de maître, qu'il avoit
toujours eu comme docteur.
Des commencemens si heureux furent bientôt traversés
par le père du mensonge , Dieu le permit ainsi selon sa
conduite ordinaire pour éprouver son serviteur. Un au-
cosn. p. 98, S95. teur anonyme, qu'on croit être Roscelin, ' dont les erreurs
avoient été condamnées au concile de Soissons en \ 09o ,
fit courir une lettre très-injurieuse contre lui, au sujet sans
doute de son institut, dont les femmes étoient le principal
objet. Nous ne connoissons cette lettre que parce qu'Abé-
lard ' en écrivit quelques années après à Gawn évêque de
Paris. La réputation de Robert fut ainsi attaquée par l'en-
droit le plus humiliant et de la manière la plus outrageante.
Peut-être que la fermeté qu'il venoit de faire paroitre
au concile de Poitiers, en soutenant les intérêts du pape,
et que l'ardeur de son zèle, qui n'épargnoit personne, lui
attirèrent des ennemis plus redoutables' que ne î'étoit un au-
teur aussi décrié que Roscelin, et que l'esprit de ténèbres
se servit de ces ennemis pour deshonorer Robert.
La calomnie fut portée à un tel excès, que des personnes
distinguées par leur dignité , leur science et leur mérite, s'y
laissèrent entraîner , et lui écrivirent à ce sujet en des termes
très-durs et très-mortifians. De ce nombre furent Mar-
Ep. e, âpud HUde- bode, ' évêque de Rennes, et Geoffroi abbé de la Trinité
de Vendôme : il y a lieu d'être étonné que deux hommes
aussi éclairés ayent pu se laisser prévenir contre un mission-
naire généralement estimé et honoré, sur des bruits vagues,
sans remonter à la source et sans assez examiner sur quoi
ils étoient fondés. Ce sont là des suites de la misère de
l'homme, dont on n'a que trop vu d'exemples dans les siècles
précédens; et plût à Dieu qu'on n'en vît pas encore de sem-
blables! N'a-t-on pas vu S. Méléce, S. Chrysostome mal-
traités par des Saints même? C'est toute la réponse qu'il y
auroit
bert
XII SIECLE.
FOND. DE L'ORD. DE FONTEVRAUD. 4M
auroit à faire sur ce qui est dit au désavantage de Robert
dans les lettres de Marbode et de Geofroi : et c'est en
vain que quelques critiques se sont donné la torture, pour
prouver que ces lettres n'ont point été écrites par les au-
teurs dont elles portent les noms.
' Les Bollandistes prétendent que la lettre qui porte le ^ tebt. in noiu
nom de Geofroi abbé de Vendôme, est celle de Roscelin, Hob.p.602, coi. 2,
dont parle Abelard écrivant à l'évêque de Paris. Ils ne par- n 61-
lent point de celle de Marbode, dont apparemment ils
n'avoient pas connoissance pour lors. Le P. de la Main-
ferme , dans son Clipeus nascentis Fontebraldensis ordinis ,
est du même avis que les Bollandistes, et traite plus au
long ce sujet, qui lui a paru si intéressant, qu'il en a fait
le capital de son ouvrage. C'est dommage que cet auteur
se soit donné tant de peine, pour prouver la supposition de
deux monumens dont on ne peut raisonnablement contester
l'autenticité. Il avoit une voie plus courte pour se débarras-
ser de ces deux pièces si incommodes, en répondant sim-
plement que Marbode et Geofroi ont été surpris et trom-
pés, comme saint Jérôme et saint Epiphane l'ont été au-
trefois à l'égard de s. Jean Cbrysosfome. Cette voie eût été
plus simple et aussi bonorablc à Robert d'Arbrissel. Quel-
que zélés que puissent être les enfans du bienbeureux Ro-
bert pour l'honneur de leur père, ils n'ont pas sujet de se
plaindre de la comparaison que nous en faisons avec le saint
évêque de Constantinople.
Pour venir à la lettre de Geofroi de Vendôme et à celle
de Marbode de Rennes, sans entrer dans la discussion de
ce point de critique que nous nous réservons de traiter ail-
leurs, nous remarquerons seulement que l'une et l'autre se
trouvent dans les manuscrits du temps, et qu'on recon-
noît dans chacune le style de son auteur. Il est vrai que
celle de Geofroi de Vendôme ne se trouve pas dans le
manuscrit qu'on conserve dans cette abbaye , et qui est re-
gardé comme l'original, mais elfe y étoit lorsque le P.
Sirmond la publia, comme il est aisé de s'en convaincre,
en examinant le manuscrit où il en reste encore une par-
tie. Enfin elle se trouve dans d'autres manuscrits. On peut
voir ce qu'a dit à ce sujet D. Rivet dans le volume ', qui Mab. Mus itai. t.
• > 1 1 • . tr ' 1. p. 54 et lbi.|P.
précède celui que nous donnons au public. seeetsuiv.
t j Tome X. X
XII SIECLE.
H62 ROBERT D'ARBRISSEL,
Du reste tout ce que les ennemis du B. Robert purent
répandre contre lui, ne fit aucune impression sur ceux qui
connoissoient la vertu de ce saint missionnaire. Sa réputa-
tion fut toujours la même dans tous les lieux qu'il avoit
parcouru jusqu'alors. 11 continua d'être regardé comme un
zélé prédicateur des maximes de l'évangile , inspiré de Dieu ,
et comme un apôlre qui répandoit partout où il passoit
la bonne odeur de Jesus-Christ. Marbode même et Geo-
froi de Vendôme revinrent bientôt de leurs préventions,
et se lièrent d'une étroite amitié avec lui.
cosn.p. us. 'Dès l'an \\0\ , Robert parut en Bretagne occupé à des
missions, avec plusieurs de ses disciples. On l'y vit en-
core l'année suivante : il est vraisemblable que Marbode
l'y avoit invité. Ce fut dans ces niissions qu'il s'acquit
l'estime et la confiance de la comtesse Ermengarde qui se
retira dans la suite à Fontevraud où elle embrassa la vie
id. 1, ep.24et26, religieuse. Plusieurs lettres de Geofroi ' nous apprennent
32. quels étoient ses sentimens pour Robert et pour ses reli-
gieuses qu'il alloit visiter de temps en temps. Enfin en \\\A
il fit une association de prières avec Fontevraud. C'est
ainsi que les mauvais bruits qu'on avoit répandus contre
ce saint missionnaire, se dissipèrent et tombèrent d'eux-
mêmes.
Comme Robert ne pou voit interrompre ses missions,
ni retenir l'ardeur de son zèle contre les vices qui domi-
noient alors, il se déchargea du soin des monastères qu'il
faisoit bâtir à Fontevraud, et même en partie du gouver-
nement de son nouvel institut, sur Hersinde, lui donnant
pour aide Petronille, toutes deux veuves d'un rare mérite
et de la première noblesse du pays. La première fut éta-
blie prieure en l'an M 04, et la seconde économe; ce qui
fait juger que les monastères de Fontevraud étoient alors
achevés, ou du moins en état d'être habités. 11 y en avoit
trois, dont le premier et le principal étoit pour les vierges,
et l'église fut consacrée en l'honneur de la sainte Vierge. Le
second paroît avoir été destiné pour les veuves qui avoient
soin du temporel et des malades : il devoit y avoir de gran-
des salles pour toutes sortes de malades de l'un et de l'autre
sexe , même pour les lépreux ; car Robert ne refusoit pei-
Baid. c. 4. sonne. On y bâtit une église en l'honneur du Lazare.
FOND. DE L'ORD. DE FONTEVRAUD. 163
XI! SIECLE.
Le troisième eut aussi une église particulière dédiée à la
Madeleine. Dans celui-ci étoient les femmes et les filles
que Robert avoit retirées du désordre; car il n'y a pas lieu
de douter qu'elles ne fussent séparées des vierges, non
seulement à Fontevraud, mais dans les autres monastères
de l'ordre. Nous en trouvons un témoignage bien auten-
tique dans la vie de saint Pierre de Tarentaise ' touchant n. i.
le monastère d'Hautebruiere que Louis le Gros fit bâtir
pour la reine Bertrade. Ces trois communautés étoient gou-
vernées par une seule prieure, à laquelle le B. Robert avoit
aussi soumis le monastère d'hommes, par une dévotion assez
singulière, pour ne pas dire assez bisarre. On voit encore
aujourd'hui à Fontevraud ces trois monastères dans la même
enceinte, avec leur cloître et leur église. Ceux du La-
zare et de la Madeleine sont habités par les religieuses
auxquelles l'âge et les infirmités ne permettent pas de sou-
tenir les veilles de la nuit, et de pratiquer l'ancienne ob-
servance. Ainsi on peut les regarder proprement comme
des infirmeries. Ces deux communautés se réunissent ce-
pendant tous les jours pour assister à la messe conventuelle
et à vêpres.
Le nouvel institut fut confirmé par une bulle de Pascal II
qui la donna le 26 mars de l'an 4-106, à la sollicitation
de Pierre évêque de Poitiers. Ce prélat ami zélé de Robert,
s'étoit donné des mouvemens infinis pour l'établissement
de Fontevraud, et il alla lui-même à Rome pour en de-
mander la confirmation. A son retour il accorda, en faveur
de cette maison , un privilège dans lequel il qualifie Ro-
bert d'homme apostolique continuellement occupé à la pré-
dication de la parole de Dieu, et qui par ses saintes exhor-
tations, avoit engagé quantité de personnes de l'un et de
l'autre sexe à renoncer aux pompes du siècle. Le pape Ca-
liste II confirma encore par une bulle très-ample donnée
à Marmoutiers près de Tours le 4 5 septembre -H 1 9 , le nou-
vel institut de Fontevraud , les biens et tous les monastères
qui en dépendoient. Il avoit consacré le dernier jour du
mois précédent la magnifique église bâtie ' par les soins de çosn. p. in et
Foulques comte d'Anjou, depuis roi de Jérusalem.
Pour revenir à Robert, il étoit toujours occupé à ses
missions, et venoit seulement visiter de temps en temps le
III SIECLE.
464 ROBERT D'ARBRISSEL,
monastère de Fontevraud dont il avoit donné le gouverne-
. ment à Hersinde et à Petronille. En 4 4 04 il assista au con-
ciip. dissert. 3. t". cile de Beaugenci , où le P. de la Mainferme ' croit qu'on
2, p. 60etsmv. j'avojt appelle, pour engager Bertrade par ses exhortations
pathétiques à se séparer du roi Philippe. Cette grande af-
faire ne fut terminée que quelques mois après dans un
autre concile tenu le 2 décembre à Paris. Depuis ce temps
Bertrade fut fort attachée à Robert. Elle se retira même à
Fontevraud , et y demeura pendant que le roi Louis le Gros
lui faisoit bâtir le monastère de Hautebruicre. Elle se propo-
soit d'y passer le reste de ses jours dans la pénitence, pour
expier les égaremens de sa vie ; mais à peine y fut-elle ar-
rivée , vers l'an 4 -H 5 , qu'elle mourut dans les travaux de
la pénitence qu'elle avoit embrassée avec beaucoup de fer-
veur.
Cette même année 4445 Robert épuisé par la fatigue des
voyages qu'il avoit faits dans la plupart des provinces du
Royaume, et par les austérités , tomba malade; et ayant
assemblé tous ses religieux, il leur dit qu'il étoit près de
sa fin, et qu'il désiroit de sçavoir avant de mourir, s'ils
étoient bien résolus de persévérer dans l'état qu'ils avoient
embrassé, et d'obéir au commandement des servantes de
Andr. Jésus- Christ : ' Utrum permanere velitis in vestro proposito ,
ut scilicet . . . obediatis ancillarum Christi prœcepto.
Tous les religieux répondirent unanimement qu'ils
étoient disposés à pratiquer inviolablement tout ce qu'il
leur avoit prescrit; et ils firent en même-temps un vœu
de stabilité entre ses mains. Le B. Robert avoit tellement
à cœur l'article de son institut qui soumet les religieux
aux religieuses, qu'il engagea de nouveau les premiers en
présence de plusieurs évêques et abbés, à promettre qu'ils
obéïroient jusqu'à la mort aux servantes de Jésus-Christ.
Il fit ensuite faire l'élection d'une abbesse. Petronille de
Chemillé fut élue le 28 octobre 4 145, et choisie parmi
les veuves , parce que Robert jugea qu'elle avoit plus de
talent pour remplir cette place , étant plus versée dans les
affaires. C'est pour cela qu'après avoir obtenu de Pascal II
la confirmation de l'élection de Petronille, il déclara
qu'on ne pourroit prendre dorénavant les abbesses de Fonte-
vraud que parmi les sœurs laïques, et jamais parmi les
FOND. DE L'ORD. DE FONTEVRAUD. 169 XII siècle
vierges du grand monastère. Mais ce statut n'a pas été long-
tems observé.
La mort de Robert n'étoit point si proche qu'il l'a-
voit cru; il releva de sa maladie, et vécut jusqu'au 25
février de l'année 1117. Dans cet interval il fit deujc voya-
ges à Chartres. En 1116 il réconcilia le célèbre lves de
Chartres avec Bernard abbé de Bonneval ; après quoi il .
alla célébrer la fête de la Nativité dans le monastère de
Hautebruyere , qui venoit d'être fondé. Mais il fut aussi-
tôt obligé de revenir à Chartres , pour pacifier les troubles
que la mort d'Ives avoit occasionnés entre le comte Thi-
bault et les chanoines, au sujet d'un successeur. Robert
ayant rétabli le calme, partit de Chartres accompagné de
Bernard de Tyron , et alla à Blois visiter Guillaume comte
de Nevers son ami, que Thibault y retenoit prisonnier. Là
Robert ayant quitté Bernard pour ne plus le revoir, alla
à Orsan monastère de son ordre dans le Berri , et de-là à
l'abbaye du Bourg-Dieu, où il prêcha pour la dernière
fois. Après y avoir terminé quelques différends survenus
entre le comte Alard et les religieuses , Ml revint à Orsan
avec grande peine, s'étant trouvé fort mal en chemin. Ce
fut-là que Robert termina saintement sa carrière, après
avoir reçu les sacremens de l'église avec de grands senti -
mens de piété. Les auteurs ne sont point d'accord sur le
jour de sa mort. L'auteur anonyme d'une vie abrégée de
Robert le fait mourir le vendredi 23 février; le P. Niquet
fixe sa mort au 24 ; une ancienne chronique de saint Aubin
donnée ' par le P. Labbe, la place le 25 février 1116, selon Bibi. t. î.
l'ancienne manière de compter , c'est-à-dire 111 7 ; Pavillon
la diffère jusqu'au 26. Mais parmi ces différens sentimens
celui qui place la mort de Robert le 25 février, semble
mériter la préférence, étant non seulement conforme à la
tradition de l'ordre, mais encore appuyé de l'autorité de plu-
sieurs nécrologes de. Fontevraud, et enfin suivi par plu-
sieurs habiles critiques.
'Le P. Pagi s'-écartant de tous ces sentimens, prétend Ad an. un, n
que Robert est mort le 21 février, et que le vingt-cinquième
est le jour que son corps fut inhumé à Fontevraud. Ce cri-
tique s'appuie de l'autorité d'un auteur anonyme disciple
de Robert qui , selon lui , fixe sa mort au 21 février. Mais
1 3 *
XII SIECLE.
466 ROBERT D'ARBRISSEL,
tout cela n'est qu'une conjecture du P. Pagi, qui peut même
être détruite par l'anonyme qu'il cite en sa faveur. Il est
vrai que cet auteur (qui n'est autre qu'André) après avoir
rapporté tout ce que Robert fit le lundi, le mardi et mer-
credi, c'est-à-dire , les 4 9 , 20 et 24 de février, ne fait plus
aucun détail des jours suivans ; mais ce n'est pas une raison
suffisante pour conclure absolument, comme fait le P. Pagi,
que Robert mourut le lendemain mercredi 2-1 du mois. Car
quand bien même cet écrivain (qui n'est qu'un avanturier)
mériteroit quelque considération , il est aisé de répondre que
quoiqu'il n'ait pas fait de détail particulier des jours qui
suivent le 24 , on peut croire avec fondement que ce qu'il
rapporte s'être passé la nuit du mercredi au jeudi, appar-
tient aussi aux jours suivans. 11 n'y a pas même d'appa-
rence que Robert foible et prêt d'expirer, ait pu prononcer
de suite les longs discours qu'il lui met dans la bouche. Ainsi
tout ce que rapporte cet auteur, en lui donnant une au-
torité qu'il n'a point, comme on le verra dans l'article
suivant, ne devroit être regardé que comme un recueil de
toutes les pieuses affections que le moribond exprimoit de
temps en temps tous les jours qui suivirent le mercredi jus-
qu'à celui de sa mort. L'auteur fait assez voir lui-même que
le mercredi ne fut pas celui de la mort de Robert , lors-
qu'il dit qu'il communia non seulement le lundi et le mardi
mais encore tous les autres jours de sa maladie : Sed etiam
omnibus diebus quibus in infirmitnte jacuit. Enfin le 25 de
février ne peut point être le jour des funérailles de Robert,
comme le veut le P. Pagi, en supposant qu'il fût mort le
cosn. p. 125. 24 , puisque ses funérailles ne se firent ' que douze jours
après sa mort : ce qui donna occasion au panégyriste de Ro-
Boii. 25 febr. bert de tirer une preuve de sa sainteté, 'de ce que son visage
et tout son corps s'étoient conservés douze jours entiers
sans corruption , malgré le transport et le concours infini
de peuples qui l'approchoient et le toueboient.
Le corps de Robert fut apporté d'Orsan à Fontevraud,
comme il l'avoit demandé. Ce ne fut qu'avec peine que
les religieuses d'Orsan se virent enlever les précieuses re-
liques de leur bienheureux fondateur. Pour les consoler,
on leur laissa son cœur. Léger archevêque de Bourges,
accompagna le corps d'Orsan à Fontevraud.
FOND. DE L'ORD. DE FONIEVR.UD. 167 u, siècle.
La vie de Robert fut écrite peu après sa mort par Bau-
dri évèque de Dol; mais il ne nous apprend rien de par-
ticulier sur ses prédications. On trouve seulement dans un
manuscrit de Vendôme une exhortation qu'il fit à Ermen-
garde comtesse de Bretagne, pour la consoler sur les cha-
grins que lui causoit le comte son mari par ses dérangemens ,
et sur la nécessité où elle étoit de demeurer parmi une na-
tion qu'il appelle féroce et extrêmement grossière. C'est
ainsi qu'il parle des Bretons qui n'ont pas été mieux traités
par Marbode ; ce que nous rapportons sans souscrire à *P"d «UJ
leur jugement. Robert avertit la princesse de se tenir en
garde contre les vices spirituels. Connue elle avoit quelque
désir de quitter la cour, et même de renoncer au monde,
il l'exhorte à demeurer dans la place où Dieu la vouloit;
mais en y pratiquant les vertus chrétiennes, et particu-
lièrement la charité envers Dieu et le prochain. Cette
exhortation peut être regardée plutôt comme une lettre,
que comme un discours prononcé en public. Ermengarde
satisfit dans la suite son désir, et se retira à Fonlevraud,
où elle se fit religieuse.
On conserve dans cette maison et dans celles de l'ordre,
les régies particulières que Robert donna quelques mois
avant sa mort à PetroniUe et à ses tilles. H leur prescrit un
silence continuel, ' leur défendant même de parler par signes R«gi- i
sans nécessité. Il veut que la clôture soit si exactement ob-
servée, que les ministres même de l'autel n'entrent pas dans
l'infirmerie, pour y administrer les sacremens. ' On portoit Régi .40.
les malades à l'église, pour les y recevoir, et plusieurs
avoient la consolation d'y consommer leur sacrifice. La
même chose se pratiquoit parmi les religieuses de saint
Etienne d'Obazine. ' Voilà ce qui nous a paru de plus re- Rot. ad Andr. p.
marquable dans les règles de Robert, que Cosnier nous a
données sous ce titre qui est tiré des anciens manuscrits de
Fontevraud : Hac sunt capitula wgularia magistri nostri
dornini Roberti de Arbrissello , Petronillœ, primœ abba-
tissce , et nobis sanctimonialibus ecclesiœ Fontis-Ebraldi
et aliarum cellarum eidem ecclesiœ pertinenlium, data ab
ipso ad custodiam religionis et discipliner, dum viveret. ibid. p. 209.
Il y en a trois recueils, dont le premier contient qua-
rante-quatre articles. Les deux autres sont moins étendus,
III SIECLE.
408 ANDRÉ,
et plusieurs régies du premier recueil y sont répétées dans
un ordre et des termes diflerens; ce qui donne lieu de croire
que Robert se contenta de les inspirer de vive voix à ses
filles, et qu'elles ne furent rédigées qu'après sa mort. H y
en a même quelques statuts dans ces recueils, qui ne sont
pas de lui.
Les règles qu'on prétend avoir été données aux hommes
par Robert, sont distribuées en vingt- sept articles, sous ce
titre, Prœcepta recte vivendi et obediendi Deo et B. M. et
serviendi sanetimonialibus Fontis-Ebraldi dédit magister
Robertus presbyteris , clericis, laïcis, etc.
ANDRE,
Grand Prieur de Fonte vr.mjd.
N!
rous ne plaçons ici ce grand prieur de Fontevraud
que pour le dépouiller de la qualité d'auteur qu'on lui
a donnée mal-à-propos, en lui attribuant un ouvrage dont
il ne fut jamais auteur. André a vécu du temps du bienheu-
reux Robert d'Arbrissel , et a été non-seulement son disciple,
mais encore son chapelain et son confesseur, comme on le
voit par le martyrologe du monastère de Fontaines , dans
lequel est annoncée le -H du mois d'août la mort d'André prê-
Cosn. exord.Font. tre ' et chapelain de maître Robert. La qualité de prieur lui
est donnée dans deux chartes du grand cartulaire de Fon-
tevraud, qui est de l'an 4 -H 3. Ainsi il n'est pas douteux qu'il
y a eu un prieur de cette abbaye nommé André ; il occupoit
encore cette place en 1113, lorsque Robert de Loudun
partant pour Jérusalem mit une somme considérable entre
les mains de Pelronille. Il assista le bienheureux Robert à la
mort; on ignore l'année précise de la sienne. Nous sçavons
Gaii. chr. nov. t. seulement que Rainauld de Cossé étoit Prieur de ' Fonte-
vraud, l'an 1119, ainsi André doit être mort pour le plus
tard au commencement de cette année.
L'ouvrage qu'on lui a faussement attribué, porte ce ti-
tre : Seconde vie du bienheureux Robert, ou ses dernières ac-
bou. -25 feb. p. tions et sa mort. L'auteur de cet écrit y déclare que Bau-
605.
dri
GRAND PRIEUR DE FONTEVRAUD. 469
XII SIECLE.
dri métropolitain de Dol, ayant écrit dans un beau style
la vie de maître Robert, son dessein est de rapporter en
peu de mots ce qu'il a fait les dernières années de sa vie,
et de quelle manière il est mort. Cet écrivain ne se fait con-
noître en aucun endroit : mais il en dit assez pour persuader
qu'il n'est point le grand prieur de Fontevraud nommé An-
dré. Il parle même plusieurs fois en troisième personne
d'André qui avoit assisté à la mort du bienheureux Robert,
sans l'abandonner d'un moment : ce qu'il dit à ce sujet, fait
juger qu'il n'y étoit point lui-même; il semble néanmoins
insinuer qu'il étoit contemporain, lorsqu'il dit qu'il a ap- it>. p. eiî.
pris quelques circonstances du dernier voyage de Robert,
par un de ses disciples nommé Pierre qui l'accompagnoit. Il
est difficile de fixer le temps auquel cet auteur a écrit,
parce qu'il ne s'accorde pas avec lui-même. ' Il assure net- ib p- 613, n 29.
tement que Léger archevêque de Bourges vivoit encore
lorsqu'il écrivoit; or Legec est mortTan 4420 le 42 Mars.
De-là on peut conclure que l'écrit en question a été com- Cal1- clir- n°v- t.
posé vers l'an 4420, et même quelque temps auparavant; ' p-
mais comment concilier cette époque avec ce que dit no-
tre auteur ' à l'occasion de la réconciliation du comte de n>. p- 611> n. 15,
Chartres avec Geofroi évêque de la même ville? Geo-
froi, dit-il, dont la vie répand encore une excellente odeur
de notre temps : Cujus vita nostra quoque œtate suavissimè
redoilet. Ces termes donnent assez à entendre qu'il y avoit
déjà quelque temps que Geofeoi étoit mort, lorsque l'au-
teur écrivoit ceci. Or Geofroi n'étant mort que l'an 4 4 48,
le 24 de Janvier, ou l'an 4449, selon notre manière de
compter, ' nous devons en conclure que cet écrit n'a été eau. chr. dov. t.
v . , ' , 8, p. 1139.
compose que quelques années après cette époque.
Quoi qu'il en soit de l'auteur et du temps auquel il a
écrit, sa production, est très-peu de chose; et c'est faire
honneur au grand prieur de Fontevraud , que de démon-
trer qu'elle ne lui appartient pas. L'auteur qui est très-dif-
fus contre la parole qu'il avoit donnée d'être court, sem-
ble n'avoir d'autre but dans son supplément à la vie du
bienheureux Robert, que de faire sa cour à l'abbesse de
Fontevraud , en relevant ses prérogatives et faisant valoir
avec une affectation trop marquée, ses prétentions et son
autorité sur les prêtres. D'ailleurs cet écrivain montre peu
Tome X. Y
xii siècle. ^0 ANSELME,
de sens et de jugement, en faisant tenir au bienheureux
Robert, dans les derniers moments de sa vie, de longs dis-
cours indignes de la gravité de ce saint homme, et qui n'ont
rien de conforme à l'état d'un moribond. Les auteurs du
Gallia christiana ont fait trop d'honneur à cet écrivain en
s'appuyant en diverses occasions de son autorité. Cette fade
et insipide production n'a pas laissé d'être publiée plusieurs
fois, et d'être traduite en François sous ce titre : Les der-
nières années de la vie et la très-sainte mort du bienheureux
Robert d'Arbrissel fondateur de l'ordre de Fontevraud, par le
révérend père frère André, religieux du même ordre, compa-
gnon de ce saint dans ses voyages, et son confesseur, impri-
mée à la suite de la vie du même bienheureux, par Baudri
évêque de Dol, à la Flèche chez Georges Griveau, en
-1658. Le Latin et le François sont en deux colonnes. Le
traducteur est un religieux de Fontevraud nommé Sébastien
Lengi.Meth.dhist. Gassot, ' comme il paroit par l'épître dédicatoire à la reine
t. 3, part. 2, p. t f r
H6. régente..
« Chronique de Fontevraud contenant la vie de Robert
» d'Arbrissel, par Baldric de Dol et André moine de Fon-
» tevraud, traduite en françois par le père Ives Magis-
Le Long, n. 6011. » tri, à Paris 4685, fol. » Le père Le Long ' en indique
une édition faite à Angers en 4588, in-4°. et une autre à
la Flèche de la traduction de Jean Chevalier jésuite, 4 647,
in-80. Bollandus a publié le Latin de cet ouvrage au 25
de février, p. 608 et suiv.
ANSELME DE LAON
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
Ansel ou Anselme de Laon, surnommé le Scholas-
tique, naquit à Laon ou dans les environs, avant le
Pet cantor. verb. milieu de l'onzième siècle, 'de parens pauvres et réduits à
âborôv c 47 d
125. ' cultiver la terre, de pauperibus et rusticanis. Jamais il ne
perdit de vue son origine ; et cette vue lui inspira toute sa
vie un fond de modestie qui releva infiniment les excel-
DE LAON. \"l\
XII SIECLE.
lentes qualités de cœur et d'esprit qu'il apporta en nais-
sant. On ne sçait rien des premières années de sa jeunesse.
'D. Dachery croit qu'il fut envoyé dans l'abbaye du Bec, Not. in Guiben,
, ,* • i a i r. c P- 641, C. 60.
pour y étudier sous saint Anselme. Ce qui tavonse cette
conjecture, c'est qu'on voit dans son commentaire sur saint
Matthieu, qui n'est qu'un tissu de textes choisis des saints
Pères, qu'il en avoit principalement tiré des ouvrages
d'Anselme de Cantorbcri son maitre : Ubi multa prœcipuè
ex Anselmo Cantuarensi magistro suo congessit. ' Mais en Mss.sanctiEbruio.
quelque endroit qu'Anselme ait fait ses éludes, il en fit de
fort bonnes; et il se rendit capable en peu de temps d'en-
seigner à Paris avec Mancgolde ' decteur célèbre, qui fut Hist. un. t. 9, p.
1 . 1 • / ■• • r ■ j 2&2 et 284.
depuis chanoine régulier, et premier supérieur du monas-
tère de Morbac en Alsace, dont on le regarde comme le
fondateur. C'est peut-être la raison qui a fait croire à Ba-
ronius, qu'Anselme étoit originaire de Paris.
Anselme commença à y donner des leçons vers l'an 4 076,
au plus tard, s'il est vrai qu'il ait enseigné, soit à Paris, ■
soit à Laon, pendant plus de 40 ans, ' c'est-à-dire jus- ragi, t. 4. ad an.
,. , o . • ~, . P ,,- . >. .i- t 1117. Bul. an. 1116.
qu a la fin de ses jours. C est-la 1 époque du rétablissement p. 47|Mariot me-
des lettres et de la théologie dans cette capitale. Anselme ^m!"' l'2,P'
y fit revivre, selon l'expression du pape Eugène III, les
lettres et l'étude de l'écriture sainte et les remit en hon-
neur : Eugenius III de eo dixisse fertur, per eum revixisse
litteralis scientiœ deeus et intelligenliam scripturarum. ' Mariot, ibid.
Comme il joignoit à l'érudition une beauté d'esprit fort au-
dessus de son siècle, ' cela lui attira un grand nombre de Jugement des sça-
disciples, dont Guillaume de Champeaux fut un des pre- vans'
miers et des plus illustres. ' Marten.t. 5, ann.
Nous voyons ici la première origine de l'université de p
Paris. L'éclat et le succès avec lesquels Manegolde et An-
selme y donnèrent des leçons, fait dire à Otton de Fri-
singue, ' que les sciences avoient passé dans les Gaules : Praf. m m>. 5,
témoignage bien glorieux à ces deux docteurs. Etienne Pas-
quier qui avoit examiné avec grand soin ce point d'histoire
sur la première origine de l'université, en recule l'époque
jusqu'au règne de Louis le Jeune; ' mais c'est faute d'avoir Rech. 1. 3, c. 29,
sçu au juste le temps auquel Anselme commença à être p->
connu. Pasquier nYst pas le seul qui se soit trompé sur cet
article. Trilheme, les Centuriateurs de Magdebourg, Baro-
Yij
III SIECLE.
H2 ANSELME,
nius, Cave, Jean le Mire, Marlot, etc. ne placent An-
selme que parmi les auteurs du douzième siècle; quoiqu'il
soit certain qu'il a passé la plus grande partie de sa vie dans
l'onzième, et qu'il s'y est rendu célèbre, soit par les le-
vons qu'il a données, soit par les écrits qu'il a composés.
Mais comme sa réputation augmenta, et qu'il s'acquit à
Laon sa patrie, où il fut rappelle vers la fin du onzième
siècle, la réputation de profond Théologien, peut-être que
les auteurs dont nous venons de parler perdant de vue les
premiers succès d'Anselme, n'ont fait attention qu'aux der-
niers qui étoient encore plus brillans ; et c'est ce qui les
aura porté à ne le regarder que comme un écrivain du
douzième siècle. Toutefois Pasquier s'accorde avec Otton
de Frisingue, en ce qu'il regarde Anselme comme le plus
ancien maître de l'école de Paris, qui a été le berceau de
l'université.
Ad an. 1089. Du Boulai ' croit qu'il fut obligé de quitter celte école
l'an 4089, mais sans en donner de preuve. Il paroit néan-
moins vraisemblable qu'Anselme alla s'établir à Laon avant
le commencement du douzième siècle. On l'avoit élu chan-
celier, ou scholastique de cette église, ce qui l'obligeoit
à la conduite des écoles; il étoit déjà chanoine, selon
toute apparence : c'est le litre qu'on lui donne ordinai-
rement , et auquel il en ajouta encore un autre, ayant été
élu doyen de la même église.
Anselme étant établi à Laon, s'appliqua particulière-
ment à la théologie, et en donna des leçons; pendant
que Raoul ou Radulphe son frère enseignoit les belles let-
tres et la dialectique. Si c'est de lui que parle du Boulai
sous le nom d'Arnould, qu'on ne trouve nulle part, nous
ne voyons pas sur quel fondement il a pu le représenter
comme un des plus fameux partisans de l'opinion des No-
minaux. L'illustre collègue d'Anselme étoit animé de son
esprit, qui fut toujours opposé aux vaines subtilités des
philosophes de son temps. Jamais il ne fut accusé d'avoir
donné dans cette nouveauté qui causa de si grands troubles
Hjst. lut. t. 8, p. dans l'école de Paris, comme nous l'avons vu ailleurs. ' Les
deux frères agissant de concert, s'appliquèrent avec soin
à l'éducation des jeunes gens qui leur étoient confiés; et
travaillèrent encore plus à former le cœur qu'à cultiver
68
DE LAON. n5
III SIÏCLÏ.
l'efprit. Plus moribus quam personis. plus ingenio quam
generi, plus Deo detulit quam hotnini. N'ayant en vue que
la gloire de Dieu, jamais Anselme ne considéra dans les
sujets de quelque part qu'ils vinssent, les avantages qui
frappent ordinairement, comme la naissance, les richesses,
la figure, etc. ' Il s'attachoit particulièrement à ceux dans M»h an- t. 3. p
lesquels les mœurs et la docilité se trouvoient jointes aux
talens nécessaires pour les sciences. Son principal soin
étoit de leur inspirer le goût pour le vrai, et un profond
respect pour les vérités révélées. Sa théologie n'étoit pro-
prement qu'une exposition simple et solide de la sainte
écriture appuyée de l'autorité des saints pères, qu'il étudia
toute sa vie. Rempli de leurs principes, et instruit à leur
école, ' il sentoit le danger qu'il y a de vouloir pénétrer Angi.sac. t 2, p.
trop avant, et il n'approfondissoit dans les saintes écri-
tures que ce qu'il est permis d'y rechercher et d'y décou-
vrir. Anselme fit ainsi, dit Guibert de Nogent, ' plus de Proi. ad Gènes,
bons catholiques, qu'aucun hérétique de son temps n'en
avoit pervertis : Ut plures veros suis probetur dotumentis
fecrsse calholicos, quam tnstituisse potuerit erroneus quis-
piam temporis hujus hœreticos.
A l'égard des vérités de pratique, ses exhortations étoient
d'autant plus efficaces, qu'il donnoit lui-même l'exemple
de toutes les vertus chrétiennes. 'On connoissoit ordinai- Mab". an. ibid.
rement ceux qui avoient été élevés dans l'école de Laon,
à leur extérieur sage et modeste. ' Anselme avoit grand ottoFris. degest.
... . . / . ,. ,. , , Freder. I. 1, c. 7
soin de réprimer dans ceux qui etoient dislingues par la
naissance, l'inclination qu'il remarquoit en eux pour le faste
et la vanité. Idunge qu'on croit avoir été moine de saint
Emmeram de Ratisbonne, ' et qui avoit été disciple d'An- Pes- Anec. i. 3,
sel me, rapporte à ce sujet un trait de la fermeté et de la
sévérité de ce grand homme, dont il avoit été le témoin
ocuhire. ' Lil1 (,e quatuor
L'école de Laon sous un chef si accompli, devint en q"
peu de temps la plus célèbre de l'Europe. On y vit bien-
tôt, comme autrefois dans le Lycée, les beaux esprits se
rassembler de toutes parts, pour entendre les leçons des
deux frères Anselme et Raoul. Il en vint d'Italie, d'Espa-
gne, d'Allemagne, d'Angleterre, des extrémités du Nord;
les docteurs même les plus célèbres, et les professeurs se
xn SIECLE.
Philip, ab Bon»
Spei.
Hist. Slav. apud
Boll. 17 mail, c. 58.
p. 42, 43.
474
ANSELME,
Morin, d« pœnit.
c. 22, n. 8.
P. 89 et suiv p. 35.
Lib. 11. ad an.
1111.
Gall. christ, t. 1.
Mart. anec. t. 5,
p. 897.
faisoient gloire de devenir leurs disciples. ' Helmode rap-
porte du B. Vicelin apôtre des Wandales et des Bohé-
miens , ' qu'après avoir gouverné pendant plusieurs années
l'école de Brème, sous l'archevêque Frédéric, il passa en
France avec son disciple Thietmar, pour y recevoir des
leçons d'Anselme et de Raoul, qui étoient alors, dit cet
auteur, les plus fameux pour l'explication de l'écriture
sainte; et qu'ils étudièrent trois ans sous eux évitant les ques-
tions curieuses et superflues. Guillaume de Champeaux
étoit déjà fort avancé en âge, ' et avoit enseigné la phi-
losophie à Paris avec applaudissement, lorsqu'il alla à Laon
se mettre au nombre des disciples d'Anselme. On croyoit
ne rien sçavoir, si on n'avoit fréquenté son école. Elle
devint comme un séminaire d'où sortirent grand nombre
de pieux et sçavans ministres de l'église, qui portèrent la
lumière dans toutes les parties de l'Europe, et y remplirent
avec honneur les plus grands sièges. On peut consulter les
tomes 7 et 9 de cette histoire, où nous en avons déjà parlé.
Nous observerons seulement que les plus saints et les plus
sçavans évêques, qui se distinguèrent par leur science et
leur piété au commencement et au milieu du douzième
siècle, avoient étudié sous Anselme et Raoul.
Guillnume de Champeaux dont nous venons de parler,
fut élu évêque de Châlon sur Marne l'an 4 4 43, et gou-
verna cette église avec un zelc apostolique jusqu'à l'an -H 24.
Deux autres disciples d'Anselme, Geofroi le Breton et Hu-
gues d'Amiens furent placés successivement sur le siège de
Rouen, et le remplirent avec distinction l'espace de 53
ans. Orderic Vital ' relevé l'éloquence du premier et sa pro-
fonde érudition. Hugues d'Amiens fut un des plus illustres
prélats de son temps, selon le témoignage des historiens
de Normandie et de messieurs de Sainte Marthe ' qui en
parlent avec éloge. Nous apprenons de Hugues par une
de ses lettres à ' Mathieu cardinal évêque d'Albane, avec
lequel il étoit uni tant par les liens du sang, que par la pro-
fession religieuse, qu'étant nés en même-temps en France,
ils avoient été élevés ensemble à Laon, et y avoient fait
leurs études; que s'étant ensuite rendus à Cluni, ils y
avoient reçu l'habit monastique; qu'enfin le saint Siège les
avoit tirés du cloître pour placer Mathieu sur le siège d'Al-
bano, et lui Hugues d'Amiens sur celui de Rouen.
DE LAON. 475
XII SIECLE.
Gui d'Etampes évêque du Mans, avoit été élevé dès sa
plus tendre jeunesse sous la discipline d'Anselme, qui s'appli-
qua particulièrement à le former : Guidonem laudabilis An- x
sehni familiaritas commendavit , gravitas coercuit, instituit
fides, formavit doctrina, exemplum eliminavit discipulo quid-
quid displicet in homine. ' Gui profila si bien des instructions Mab. analec. t. 3.
de son maître, qu'il enseigna lui-même plusieurs années avec
applaudissement, et fut jugé digne de remplacer sur le siège
du Mans, le sçavant Hildebert transféré en 4425 à Tours.
Agara ou Algara, autre disciple d'Anselme, se distingua
par son éminente piété sur le siège de Coutances en Nor-
mandie; Religionis nomine vir suo œvo clarissimus, disent
messieurs de sainte Marthe. ' Gaii chr. t 5.
Le fameux Gilbert de la Poréc, évêque de Poitiers,
après avoir étudié ' sous les plus habiles maîtres, parti- oitoFris. degest.
culierement sous Hilaire de Poitiers et Bernard de Char- sihiBib. usterc'.
très, alla se perfectionner à l'école de Laon dans l'intel- '• 3- p 136-
ligence de l'écriture. Il en rapporta un extérieur si grave
et si sérieux, et un si profond savoir, qu'il ne pouvoit plus
s'entretenir qu'avec les plus habiles théologiens, et les
plus exercés dans la dispute. Toutefois il ne profita pas
assez des leçons d'Anselme, et ne sentit pas assez le dan-
ger qu'il y a de vouloir pénétrer trop avant dans des ma-
tières au-dessus de l'entendement humain : nous aurons oc-
casion d'en parler dans la suite.
Outre ces disciples d'Anselme, qui furent élevés à la
dignité épiscopale, il y en a eu un grand nombre d'autres
qui se sont rendus célèbres par leur science et leur piété,
et ont rendu de grands services à l'église et à l'état , et
qui ont brillé dans le clergé séculier et régulier, tant en
France que dans les pays étrangers. ' Anselme de Pustella, Panduiphus, hist.
et Olric vidame de Milan, qui furent successivement l'un ratorï, rer.Uiiaiic7
après l'autre placés sur ce grand siège, après avoir fréquenté l- 5- c- 17, p- 487-
différentes écoles, allèrent se perfectionner sous Anselme
et Raoul dans celle de Laon, la regardant comme la plus
célèbre de toutes. 'Le B. Vicelin évêque d'Aldcnbourg, Bon. 17 mail. p.
et le B. Thietmar, qui furent deux hommes apostoliques,
autant recommandables par leur doctrine que par leur sain-
teté, étudièrent trois ans sous Anselme et Raoul. Guil-
laume de Corbeil qui, de prieur des chanoines réguliers de
ïii siècle. ^76 ANSELME,
saint Osithe, fut fait archevêque de Cantorberi en H23,
Bui. t. 2, p. us i avoit été disciple d'Anselme, ' de même que Robert de
And 6âc t 1 d
7 et iio. ' Bethune évêque d'Herford, célèbre par sa science et par sa
Angi. sac. t. 2, p. piété. ' Nous ne finirions point, si nous voulions faire l'énn-
méralion de tous les grands hommes qui sont sortis de l'é-
cole de Laon, presque aussi célèbre dans son siècle sous
Anselme, que l'étoit autrefois celle d'Alexandrie sous Ori-
géne. De cette école sont sortis Guibauld ou Vibalde,
abbé de Stavelo et de Corvei en Saxe; Hugues Metellus
abbé de saint Léon de Toul ; Francon l'un des plus sça-
vans abbés de Laubes, Philippe Harveng abbé de Bonne
Espérance, etc. '
Le succès de l'école d'Anselme ne lui enfla point le cœur
et ne lui fit point perdre de vue sa première condition. On
sçail qu'il refusa plusieurs évêchés qui lui furent offerts : Ad
pontificales cathedras pluries vocatus, nuUatenùs acquievit.
chron.iaudi.kD. ' L'évêché de Laon fut de ce nombre; ' quoique Guibert
Duchesne, in not. .T . . i ■ .. > < •.
ad Abei. p. 1163. logent, qui en toute occasion rend justice a son mente,
eat'.'DecanULàiid" n en dise nen '> m Ie moine et non le chanoine Heriman ;
apud Guib. p. 819. ni Otton de Frisingue. 11 est à présumer que l'humilité d'An-
selme le porta à étouffer les premiers bruits qui s'en répan-
dirent, et à arrêter les poursuites des puissances ecclésiasti-
ques et séculières , qui le jugoient digne des places les plus
éminentes. 11 ne put même souffrir qu'on élevât à sa con-
sidération ses pauvres parens. Pierre le Chantre rapporte à
Wrb. abbrev. c ce sujet un trait ' bien remarquable et bien digne de notre
admiration. Etienne de Garlande qui fut successivement
chancelier de France et grand sénéchal, ayant proposé à
Anselme d'annoblir ses neveux, et de leur procurer de
grands établissemens, il s'y opposa de toutes ses forces,
et lui représenta qu'étant nés pauvres et destinés aux tra-
vaux de la campagne, il leur étoit plus avantageux de res-
ter dans cet état où Dieu les avoit placés, que d'être
exposés à s'enfler d'orgueil. « A Dieu ne plaise que je
» consente à ce que vous me proposez! répondit cet
> homme humble et modeste. Qu'ils demeurent dans leur
» état; j'aimerois mieux n'avoir jamais fait de leçons
> sur l'écriture sainte, que d'avoir contribué, en en fai—
» sant, à leur procurer des honneurs qui pourroient leur
> faire perdre l'humilité. » Bel et rare exemple de modes-
tie,
DE LAON. 177
ÏII SIECLE.
lie, qui a bien peu d'imitateurs! Tels étoient les senti—
mens d'Anselme sur la fin de ses jours , et dans un temps
où couvert de lauriers il étoit l'objet de l'admiration de
l'Europe.
Anselme donna de grandes marques de sa sagesse et de sa
prudence, dans les temps orageux qui suivirent la mort d'En-
guerrand de Couci éveque de Laon, arrivée vers l'an -I 1 07.
Le siège de cette église devenu l'objet de l'ambition de plu-
sieurs contendans, fat envahi par un ambitieux que Gui-
bert ne daigne pas nommer ; mais la vengeance divine
éclata sur ce téméraire , et le frappa de mort pendant la
cérémonie même. Un exemple si terrible n'ayant fait au-
cune impression sur l'esprit des chanoines, ils eurent la lâ-
cheté d'élire, à la sollicitation du roi d'Angleterre, Gau-
dri son référendaire, homme de néant et sans aucun mé-
rite. Anselme seul s'opposa à son élection. ' Lum igitur Guu>. i. 3, de rtu
omnes assensum in ejus susceplione dédissent, soins magister
Anselmiis, vir totius Franciœ, imo et Latini orbts lumen in
liberalibus disciplinis ac tranquillis moribus, ab cjus ele-
etione dissentit Mais l'opposition de cet homme de bien,
et les représentations qu'il fit au pape Pascal II, qu'il alla
trouver à Dijon , furent sans effet, et l'argent que l'usur-
pateur distribua, l'emporta. La conduite de Gaudri répon-
dit à son entrée dans l'épiscopat, et il en fut enfin la vic-
time. Le peuple irrité de l'assassinat de Gérard de Creci ,
dont il le regardoit comme l'auteur, et de ce qu'il vou-
loit rompre la communauté de la ville, après l'avoir lui-
même jurée , le massacra , fit toutes sortes d'insultes à son
cadavre, et mit le feu à la maison du trésorier, qui se com-
muniquant à l'église, la réduisit en cendres, ainsi que le
palais épiscopal. La ville de Laon se trouva alors dans la
plus triste situation. On ne voyoit que massacre et que
pillage, selon la description qu'en fait Guibcrt de Nogent.
Au milieu de ce désastre, Anselme que Dieu avoit con-
servé, selon l'expression du moine llcrman, ' comme un Apud Guib. Novig.
autre Jérémie, pour consoler les restes de son peuple dans
cette désolation, recueillit plusieurs passages ou sentences
des saintes écritures, les plus propres à les porter à la
patience et à la soumission aux ordres de la Providence.
Anselme non content de remplir ces devoirs de charité
i « Tome X. L
XII SIECLE.
178
ANSELME,
Pn.lo?. ad Gènes.
Bul. an. 1113.1 Ot-
to Fris, de gest.
Freder. 1. 1, c. 47.
C-uib. nov. de vita
sua p. 419. i Mah.
ann. t. 3. | Otto
liist. ib. I llelm.
Iiist. Slav.
Piiil. abbé de Bon-
ne Esper. ep.">. 6,
T. | Mart. ainpl.
Coll. t. 2, p. 334.
envers le peuple de Laon, donna ses soins pour lui pro-
curer un bon pasteur ; et on croit qu'il eut beaucoup de
part à l'élection de Barthelemi de Vire, chanoine et tré-
sorier de l'église de Reims, et à tout le bien qu'il fit pen-
dant les premières années de son pontificat, c'est-à-dire ,
tans qu'il se conduisit par les sages conseils d'Anselme et
de Raoul son frère. Ce qui fait dire à Guibert de Nogent
que Dieu avoit donné à ce digne chef deux yeux plus bril-
lans que les astres, sçavoir Anselme et Raoul.
L'école d'Anselme qui ne paroi t pas avoir beaucoup
souffert des désordres dont nous avons parlé, devint de
plus en plus florissante sous l'évêque Barthelemi : on vit
toujours le même concours d'étrangers aux leçons des deux
frères. Le fameux Abelard, attiré par la grande réputa-
tion d'Anselme, vint aussi à Laon la première année de
Barthelemi, c'est-à dire en -Hîo, pour l'entendre. Mais
la gravité d'Anselme tempérée par une grande douceur,
sa retenue et sa prudence dans ses réponses , ' le peu de
cas qu'il faisoit des subtilités de l'école , déconcertèrent
ce jeune philosophe à qui une vaine science cl une facilité
merveilleuse de s'énoncer, enfloient le cœur : c'est ce qui
lui fit concevoir un grand mépris pour Anselme, dont il
parle de la manière la plus désavantageuse : Anselme, se-
lon lui, n'étoit redevable de sa grande réputation qu'au long
usagj d'enseigner et non à son esprit ou à sa mémoire. C'é-
toit un arbre qui avoit à la vérité de belles feuilles, mais
qui ne porloit point de fruit. « Je me suis approché, ajoute
» Abelard, de cet arbre, pour y cueillir des fruits;
» mais j'ai reconnu que c'étoit un arbre stérile, semblable
» ;i ce figuier dont parle l'écriture, qui fut maudit par le
» Sauveur du monde. » 11 est aisé de comprendre qu'A-
helard n'assista pas long-temps aux leçons d'un maître dont
il avoit si peu d'estime : mais la réputation d'Anselme
l'loit trop bien établie, pour qu'un jugement si peu équi-
table pût y donner atteinte. Nous pourrions opposer à
Abelard le témoignage unanime de tous les seavans de ce
temps, et de ceux qui ont suivi, en faveur d'Anselme. Il
éloit si généralement estimé, qu'on se glorifioit de l'avoir
eu pour maître. ' Otton de Frisingue, qui écrivoit en H 46,
regardoil Anselme et Manegolde comme la source de cette
DE LAON
no
XII SIECLE.
abondance de doctrine et de lumière, qu'on voyoit alors
en France. Sigebert et son continuateur , et généralement
tous les écrivains semblent à l'envi faire les éloges les plus
parfaits d'Anselme, tant par rapport à ses mœurs et à
toutes ses grandes qualités, que par rapport à la science
de la théologie, et à l'intelligenc? de l'écriture. C'est ce
qui l'a fait appeler par Guibert ' la gloire et l'ornement Ub. 3, e. 4.
du pays Latin ; et par Jean de Sarisbery, le docteur des
docteurs : ce qui doit s'entendre des docteurs du temps
d'Anselme. Il avoit entrepris depuis plusieurs années des
commentaires sur la plupart des livres de l'ancien et du
nouveau testament. Il continua avec assiduité ce grand tra-
vail jusqu'à sa mort arrivée le 4T> juillet \\\1. ' Le véné- Pagi, ad an. un
rable Rupert qui venoit en France pour consulter Guil-
laume de Champeaux, passa par Laon, et eut la douleur de
le trouver expirant. Il pleura la perte de ce grand homme,
'plus célèbre, selon lui, qu'aucun évoque, quoiqu'il ne Rup.h î.inreg. s.
le fût pas : Quovis episcopo famosiorem, quamvis ipse non
esset episcopus ; et qui, sans l'être, en avoit donné plu-
sieurs à l'église, et lui avoit rendu de grands services.
Anselme fut enterré dans l'abbaye de saint Vincent, où l'on
voit son épitaphe :
Bened.
EPITAPHE
Dormit in hoc tumulu celeberrimus ille niagister,
Anselmus, cui per difïusi climata mundi
Undique notitiam contraxit, undique Iauclem,
Sana fldes. doctrina frequens, reverentia morum.
Splendida vita, manus diffundens, actio cauta,
Sermo placens, censura vigens, correctio dulcis,
Concilium sapions, mens provida, sobria, clemens.
Sed quas longa Dei cencessit gratia dotes,
Idibus invisis dissolvit Julius aeler, *
Qua vlvens viguit. comitetur gratia functum.
* /or», ater
On donne cette épitaphe à Philippe de l'Aumône, abbé
de Bonne Espérance, dans le recueil de ses ouvrages ; et
il peut l'avoir composée, ayant dû se trouver à la mort et
aux obsèques d'Anselme; mais elle y est mal à propos appli-
quée à saint Anselme de Cantorberi : le titre est assurément
Zij
XII SIECLE.
4 80
ANSELME,
Hild
1321
de l'éditeur. On la trouve aussi parmi les poésies d'Hilde-
bert avec ce titre, Epitaphium maijistri Anselli, qui est
p. 1, p 50, n. 219. conforme au manuscrit de saint Amand, où Sanderus ' dit
l'avoir vu. Mais outre qu'elle n'est point d'Hildebert, l'é-
diteur s'est trompé en en faisant dans sa note l'application
à Ansel chanoine de Paris et chantre du saint Sépulchre.
nov. éd. p. ' Enfin elle se trouve dans le recueil d'épitaphes choisies
p. 58; dans les noies de Duchesne sur Abelard ; dans mes-
sieurs de Sainte Marthe, etc. Marbode évêque de Rennes,
Apud Hild. p. 16-21. a fait un autre épitaphe ' dans laquelle il relevé toutes les
belles connoissances d'Anselme qui étoit, selon lui, habile
grammairien, orateur, poëte, philosophe, mathématicien,
et tellement versé dans l'Ecriture, qu'il sembloit que Dieu
lui en eût inspiré l'intelligence.
§ II.
SES ÉCRITS.
L'ettde à laquelle Anselme s'est principalement ap-
pliqué , est celle de l'écriture sainte , qui fut le sujet
le plus ordinaire des leçons qu'il donna , ' Hic fere per
totam vitam Lauduni: sacras litteras docuit, et des écrits
qu'il composa. Nous avons déjà remarqué que plusieurs
années avant sa mort , il avoit entrepris des commentaires
sur la plupart des livres de l'ancien et du nouveau testa-
ment, et qu'il y travailloit avec assiduité, lorsque la mort
r.ibi. sacr. p. 610. l'enleva. Voici le dénombrement qu'en a fait le père le Long. '
a Une glose intérimaire sur tout l'ancien et le nouveau
» Testament, avec la glose ordinaire; imprimées à Basle in-
» fol. en 4502, et 4508, et ailleurs 1524, 4528, 4539,
» 4545, 4 588, 4 G4 7,. 4 634.
» Commentaire sur le Psautier.
» Commentaire sur le Cantique des Cantiques.
» Explicalion de plusieurs endroits des Evangiles.
» Commentaire sur saint Mathieu, m-8°, à Anvers, en
» 1654.
» Commentaires sur les Epîtres de saint Paul et sur l'A-
» pocalypse, sous le nom de saint Anselme de Cantorberi.
La glose intérimaire d'Anselme sur l'écriture, et la mar-
ginale de Valafride Strabon qu'il avoit revue et augmen-
Marlot , metrop
Kern. t. 2, p. 285
DE LAON. 484
III SIECLE
tée considérablement, ont été regardées dans l'église
comme un ouvrage utile et même nécessaire pour bien
entendre l'écriture sainte. Anselme y explique ' le texte Henr. Gand.isnt.
sacré par des notes courtes et tirées avec beaucoup de
discernement des écrits des saints Pères. On y remarque
l'exactitude et l'érudition : Multa breviter et quasi pun- ■
ctim, dit Possevin, sed docte et accurate att'mqit. ' M. le t. 1. p. se.
_ „ , . . .... ,, j Dissert, suri ont
Beut parlant de cette glose intérimaire, semble regarder de Paris, t. », p.
comme une chose indécise, qui en est le véritable auteur. 14°
c Les uns, dit-il l'attribuent à Anselme de Laon, d'au-
» très à Gilbert diacre d'Auxerre. » Cependant la chose
paroît décidée en faveur d'Anselme, par le témoignage
unanime ou presque unanime des auteurs anciens et mo-
dernes, qui lui 'donnent la glose intérimaire. Je ne sçais
même si on en trouveroit quelqu'un qui l'attribue bien
clairement à Gilbert diacre d'Auxerre. Car s'il en est qui
fassent Gilbert auteur de quelques gloses , ce n'est point
Gilbert diacre d'Auxerre, mais Gilbert de la Porrée qu'ils
entendent. Ces méprises viennent de ce que les auteurs
qui ont écrit sur l'écriture après Anselme de Laon, se sont
beaucoup servi de sa glose, qui a été pour eux comme une
espèce de cannevas sur lequel ils ont travaillé. ' C'est ce Jp™"ti,|glB<îll03o
qu'on voit par Gilbert de la Porrée et par Pierre Lom- c. î.
bard, dans leurs explications sur les psaumes et sur les
epîlres canoniques, qui furent aussi appelées gloses. Ber-
nard Guidonis ' parlant de Pierre Lombard sur le psautier Apud mirai, m vi-
, , r ... ... ,. il ta Anaslai.
et les epitres de saint Paul, dit qu il expliqua plus au long
la glose d'Anselme, qui avoit été continuée par Gilbert ;
ce qu'il faut entendre, non du diacre d'Auxerre de ce nom,
mais de Gilbert de la Porrée. On conserve même encore
à Oxfort, comme le remarque Cave, un manuscrit de cette
glose de Gilbert de la Porrée sur le pseautier ; et on lit
à la fin cette note curieuse du copiste : Explicit glossatura
magistri Porretani super psaltenum, quam ipse recitavit co-
ram suo magistro Anselme
Gilbert de la Porrée et Pierre Lombard ne sont pas les
seuls qui se soient servi de la glose d'Anselme. La plupart
de ceux qui ont .travaillé sur l'écriture ont fait la même
chose. Lipoman l'a employée dans sa chaîne sur la Ge-
nèse, etc. Les deux gloses sur l'écriture, sçavoir, l'interli-
14*
XII SIECLE.
^2 ANSELME,
naire d'Anselme, et la marginale de Valafridc Strabon, aug-
mentée par le même Anselme, se sont conservées jusqu'à nos
jours sans aucune altération , dans plusieurs manuscrits des
douzième et ireizieme siècles. L'an ^30 Nicolas de Lyre,
en Normandie, mit au jour une troisième glose sous ce
titre, Postillœ perpétua, qui forment avec les deux premières
et d'autres ouvrages, un gros recueil qu'on trouve aussi
manuscrit dans plusieurs bibliothèques de chapitres, de mo-
nastères et d'anciens collèges. On a remarqué , en parlant
Hist. nu. i. .p. des écrits de Valafride Strabon, ' avec quel empressement
on mit cette collection sous la presse aussi-tôt qu'on eût
inventé l'imprimerie, et la quantité d'éditions qui parurent
successivement jusqu'à celle d'Anvers de l'an ^34, qui
passe avec raison pour être la plus belle de toutes : ainsi
nous ne les indiquerons point ici; nous remarquerons seule-
ment en passant que cette multitude d'éditions montre quel
étoit le zèle de nos pères pour l'étude de l'écriture sainte.
Non seulement le grand nombre d'éditions en est la mar-
que, mais la multitude des manuscrits le prouve encore.
En ne remontant que jusqu'à Anselme, il n'y a guercs
d'ouvrages, même des Percs, dont les manuscrits soient
plus communs, que ceux des gloses de cet auteur et de
Nicolas de Lyre.
Anselme ne se borna pas à sa glose interlinaire, il fit
encore des commentaires particuliers sur plusieurs livres
de l'écriture sainte; sur le Cantique des Cantiques, sur saint
Mathieu, sur saint Jean et sur l'Apocalipse. Tritheme, Sixte
de Sienne, etc., en ajoutent un cinquième sur le psautier.
Quelques-uns de ces commentaires furent d'abord attri-
voyez hist. nu. t. bues à saint. Anselme de Cantorberi, ' la grande réputation
9 art de s Ansel
S ' i, $ 5. ' de ce saint docteur faisant juger qu'il étoit auteur de tous
les ouvrages qui portoient le nom d'Anselme. Cependant
les manuscrits de ces commentaires qu'on conserve encore
aujourd'hui dans quelques bibliothèques peu éloignées de
Laon, dénotent d'une manière à ne s'y point méprendre,
qu'Anselme de Laon en est le véritable auteur. A saint
Sander. part. i. p. Arnaud ' le commentaire sur saint Matthieu est ainsi intitulé,
Magistri Anselmi glossœ , sive lecturœ super Matthceum. Ce
même ouvrage se trouve dans un catalogue des manuscrits
de saint Vaast de plus de 300 ans, inscrit du seul nom
DE LAON. 485 ,„ SIECLE.
d'Anselme. ' Il y en a un semblable au monastère d'Ey- ibid. p. 94.
nham. In trouve la même inscription ' dans les manus- ibid.p. 101.
crits du commentaire sur le Cantique des Cantiques : ce
qui prouve qu'Anselme de Laon est auteur de ces com-
mentaires, et non Anselme de Cantorberi. Il est vrai que
Sanderus cite ' un manuscrit de Liessies, dans lequel le Parts, p. 17.
commentaire sur le Cantique des Cantiques est attribué à
saint Anselme de Cantorberi ; Ansehni Cantuarensis archie-
piscopi in Cantica Canticorum expositio mystica et prolixa ;
mais outre qu'Edmere qui nous a laissé le catalogue des
ouvrages de ce saint archevêque, n'y fait aucune mention
de celui-ci, ' il paroit d'ailleurs certain qu'il n'en a fait au- catai. ej. script.
.,» .. -, . • , n J., ■-. „ , apnd Eadm. |
cun sur 1 écriture sainte. Aussi le P. Théophile Raynaud , Tiieoph. Kayn.
en publiant l'édition des œuvres de ce saint docteur, l'a-t-il Lugd.°ie3o!'i i3r!
déchargée de tous ces commentaires, qu'on lui avoit fausse- inManiissaadcai-
., , j , . . o>m aucUiain, de
ment attribues. Du reste si la grande réputation de saint scnpt. Eccies.
Anselme a fait tort à Anselme de Laon, ayant été
cause qu'on l'a, pour ainsi dire, dépouillé de ses propres
ouvrages, pour les attribuer à ce saint prélat, on peut
assurer qu'elle lui fait honneur d'un autre côté; puisque les
productions de la plume d'Anselme de Laon ont été jugées
dignes de celles d'Anselme de Cantorberi, c'est-à-dire d'un
des plus saints prélats et des plus grands docteurs de l'église.
Saint Anselme n'est pas le seul auquel on ait attribué
les productions de notre auteur. L'historien d'Auxerrc
semble faire honneur à Gislebert chanoine d'Auxerre , t. î, p. 486.
de la glose sur l'écriture sainte, où il dit que « Gilbert
» chanoine d'Auxerre, fut surnommé l'universel, ou parce
> qu'il avoit glosé toute l'écriture sainte, ou à cause de
» l'étendue de son sçavoir. On ne peut plus, dit-il encore,
» discerner aujourd'hui ce qui appartient à Gilbert dans la
» glose générale. » Toutefois M. le Beuf reconnoît qu'on
ne doit guère compter d'ouvrages certains de lui (Gilbert) , ibid. p 437
qu'un commentaire sur les lamentations de Jérémie, à la fin
duquel il mit son nom et sa qualité d'Autissiodorensis eccle-
siœ diaconus. Le même auteur parlant d'Anselme chanoine n>id.
diacre de l'église d'Auxerre, qui vivoit en 4 156 et LMo ,
et se distingua par la cor.noissance parfaite de l'écriture ,
regarde l'éloge" qu'on fait de lui dans le nécrologe , où il
est appelle in diviim scripturis viagister egregius , comme
III SIECLE.
^84 ANSELME,
un motif « qui porte à lui attribuer quelques ouvrages sur
» l'écriture sainte, tels que sont certaines petites gloses
» sur le psautier, que M. Ducange attribue à un Ansel
» qui est le même nom autrement écrit. » Nous conve-
nons sans peine qu'anse/ est le même nom qu'Anselme ,
mais nous sommes en même-temps persuadés que l'Ansel
dont parle M. Ducange, et auquel il attribue certaines pe-
tites glos s sur le psautier, n'est autre qu'Anselme de Laon,
qui dans d'anciens monumens est souvent appelle Ansel.
Simon Fontaine est le premier qui ait entrepris de resti-
tuer à notre auteur quelques-uns des ouvrages dont on lui
avoit enlevé l'honneur, pour le transférer à d'autres. 11
publia à Paiis en -1549, les commentaires sur le Cantique
des Cantiques et sur l'Apocalypse, sous le nom d'Anselme
de Laon, Enarrationes Anselmi Laudunensis in Cantica
Canticorum et in Apocahjpsim. Mais cette édition ne fit
pas tomber les préjugés : ces mêmes commentaires quoi-
que rendus à leur véritable auteur, furent encore con-
fondus avec les ouvrages de saint Anselme de Cantorberi,
dans les éditions faites à Cologne en 4 575, et 4 61 2. Les
commentaires sur saint Mathieu et sur saint Jean y furent
compris. Cependant quelques années après Sanderus jugea
sur les deux manuscrits qu'il avoit vus, que les deux ou-
vrages publiés par Simon Fontaine, appartenoient plutôt
au doyen de Laon, qu'au saint archevêque de Cantorberi.
Crovée, Possevin, Bellarmin, Fabricius et les autres bi-
bliographes ont pensé comme Sanderus. Néanmoins toutes
ces autorités quoiqu'appuyées des manuscrits qui portent
le nom d'Anselme, n'ont point empêché le P. Gerberon
de regarder ces ouvrages comme des productions d'un
spicii. t ï,p. su. sçavant moine de Bourg-Dieu en Berri, nommé Hervé.
Ce qui a donné lieu de lui attribuer au moins le commen-
taire sur saint Matthieu, quoique jusqu'à présent on n'ait
eu aucun manuscrit qui portât le nom d'Hervé. On sçait
même d'ailleurs qu'il n'a point fait de commentaire sur saint
Matthieu : car les moines du Bourg-Dieu, dans leur lettre
sur la mort d'Hervé, où ils font le détail de ses ouvrages,
ne font aucune mention de commentaire sur saint Matthieu,
ni sur Jean, ni sur les deux livres du Cantique des Cantiques
ibij p -,i5. et de l'Apocalypse. Il est seulement dit qu'il fit quelques
expositions
XII SIECLE.
DE LAON. 485
expositions sur les leçons des saints évangiles et des can-
tiques qui se lisent à l'église ; ce qui ne marque point des
commentaires en forme sur les évangiles : Fecit plurimas
expositiones de lectionibus Sanctorum Evangeliorum , can-
ticorum etiam qurn in ecclesia leguntur.
'Le sentiment de Théophile Raynaud, qui donne le Edit. op.s. Ansei.
• . »«..[• ! >• -h J'a Lugd. 1630.
commentaire sur saint Matthieu a Guillaume d Auvergne
évêque de Paris, est encore plus insoutenable : les manus-
crits de ce commentaire, dont nous avons parlé, étant in-
dubitablement plus anciens que le prélat ' auquel on l'attri- Gaii. chr. i. 7, p.
bue, lequel n'est mort qu'en 4248 : mais pour ne laisser
aucun scrupule sur cet ouvrage, nous rapporterons ici le
titre d'un manuscrit ' qu'on en conserve dans le monastère cott<?78.
de saint Evroul en Normandie, qui porte en tête le nom
d'Anselme de Laon : Anselmi Laudunensis philosophi ex-
positio ex diversis autoribus exquisitim collecta super Evan-
geliutn Domini nostri Jesu Christi secundum Matthœum.
Ibi multa prœcipue ex Anselmo Cantuarensi magistro suo
congessit.
Il est aisé à présent déjuger par tout ce que nous avons dit,
que les commentaires sur saint Matthieu, sur saint Jean, sur
le Cantique des Cantiques , sur l'Apocalypse et les gloses sur
l'écriture et sur le psautier en particulier, ne sont ni de
saint Anselme archevêque de Cantorberi, ni d'Anselme et
de Gilbert, l'un et l'autre diacres et cfianoines d'Auxcrre,
ni d'Hervé moine de Bourg-Dieu ; ni d'aucun autre auteur,
auxquels on a attribué quelques-uns de ces commentaires;
mais qu'ils sont tous des productions de la plume d'Ansel-
me de Laon. L'autorité des manuscrits et les autres raisons
que nous avons allégués , doivent l'emporter sur tout ce
qu'on peut objecter, et nous obligent de restituer ces ouvra-
ges à leur véritable auteur. Pour ce qui est du commentaire
sur les épîtres de saint Paul , que le père le Long met au rang
des ouvrages d'Anselme de Laon , et qui a été attribué à
saint Anselme, ni l'un ni l'autre n'en sont auteurs, mais Her-
vé ' moine de Bourg-Dieu , comme nous le verrons en son sander. bibi. mss.
.. Belg. part. 1, p.
lieu. 2, in mss. 121.
Outre les ouvrages d'Anselme de Laon sur l'écriture
sainte , Sanderus a trouvé parmi les manuscrits de la biblio-
thèque de saint Amand , un écrit du même auteur sous ce
Tome X A a
XII SIECLE.
486 ANSELME,
titre : Flores sententiarum ac quœstionum magistri Anselmi
et Radulphi fratris ejus. Il semble que ce soit un corps de
Théologie où sont traitées les questions qui s'agitoient dans
l'école du temps d'Anselme, et qui peut avoir servi de mo-
dèle aux ouvrages de cette espèce publiés depuis par Pierre
Abelard, Robert de Melun, le Maître des sentences et au-
tres. Cet écrit le plus ancien de tous en ce genre, dont on ait
connoissance, est cité par un moine Allemand dans un dia-
Tties. anecd. t. 5 logue entre un Cluniste et un Cistercien. ' Dans ce dialo-
Bèrn° pez. isag. gue imprimé par les soins de Dom Martenne, le Cistercien
12 'iid ' partCdi p' s'appuie de la décision d'Anselme, fondée sur l'autorité de
52- saint Augustin , pour prouver qu'il est permis de passer d'un
monastère à un autre où la régularité est mieux observée :
cependant, ajoute le Cistercien, le même maître, c'est-à-
dire, Anselme de Laon, conseille à celui qui veut passer
dans un monastère plus régulier, d'en demander la permis-
sion à son supérieur : Demandez la permission à votre supé-
rieur ; s'il ne veut point vous l'accorder, sachez qu'il n'a
point de charité ; et allez dans ce monastère, en pi-ofitant de
la liberté que Dieu lui-même vous en a donnée. A ces paro-
les d'Anselme, le Cistercien ajoute que le supérieur en re-
fusant la permission qu'on lui demande, agit non-seulement
contre la charité, mais encore contre le précepte (4). C'est
là tout ce que nous pouvons dire de cet ouvrage d'Anselme
pour en donner une idée, n'ayant point en main le ma-
nuscrit dans lequel on l'a conservé.
Pag. 612 et suiy. ' Dom Dacheri a inséré parmi ses notes et ses observa-
tions sur Guibert de Nogent, une lettre d'Anselme à l'ab-
bé de saint Laurent de Liège, dont le nom n'est désigné
Gaii. chr. t. 3, p. que par la lettre H. ' C'est sans doute Héribrand, qui avoit
été maître du vénérable Rupert, et qui succéda à Beren-
ger, l'an 4-145. Cette- lettre qui est très-importante, paroît
écrite à l'occasion de quelque question qui s'agitoit dans
(1) Magister Anselmus Laudunensis in sententiis suis, transitum de uno mo-
nasterio in aliud districtius probat licere autoritate sancti Augustini dicen-
lis, «. Qui de uno nwnasleno transit ad aliud districtius. non frangit votum,
» sed abundunter impie t. Dat lamen idem magister consiliuni transire volenti,
» ut pelât licentiam a prœlato suo. Verba consibi sunt ista : Pete licentiam a prœ-
» lato tuo, qui, si dare noluerit, scias eum coritatem non habere, et tu vade
» cum licentia Dei. His verbis magistri subjungimus, quod non solum contra
» catltatem facit, sed etiam contra praeceptum.
988
DE LAON. W
XII SIECLE.
l'abbaye de saint Laurent. Anselme avertit d'abord l'abbé,
à qui il écrit de prendre garde que cette question ne soit
une dispute de mots ; sur quoi il dit que les bommes rai-
sonnables recherchent les sens véritables de ce qui est écrit ;
et qu'il ne convient qu'à des enfans dont l'intelligence est
bornée et qui ne conprennent que foiblement ce qu'ils en-
tendent et ce qu'on leur dit, de disputer des termes : que
c'est à eux que s'adresse cet avertissement de saint Paul : 1. cor. 1, q.so.
Ne soyez point enfans en ce qui est de l'esprit et de la sagesse;
mais soyez enfans en ce qui est de n'avoir point de malice; et
ayez l'esprit et la sagesse des hommes parfaits. Il ajoute
que les sentimens de tous catholiques ont, à la vérité,
quelques différences, mais qu'ils ne sont point pour cela
opposés, et qu'ils se réunissent en un même point; mais
qu'il y a dans les paroles des contrariétés qui excitent des
disputes dont les foibles sont scandalisés, qui donnent de
l'exercice aux forts et occassion de disputer aux orgueil-
leux, enfin sur lesquelles on n'écoute point les gens sen-
sés, qui font voir comment on pourroit sans peine concilier
ensemble ces contrariétés. Anselme prend pour exemple
de ces contrariétés sur lesquelles on dispute, ce qui est dit
de Dieu dans l'écriture, qu'il ne veut point le mal et qu'il
veut toutes les choses qui arrivent : Non vult Dominus
malum; item vult omnia quœ fiunt. Notre Docteur de Laon
concilie ces contrariétés, et en prend occasion d'expliquer
en quel sens Dieu, selon l'expression de l'écriture, fait mi-
séricorde à qui il lui plaît , et endurcit qui il veut. Ansel-
me parlant dans cette lettre de la miséricorde que Dieu
fait à celui qu'il retire de l'abîme du péché, fait sentir les
dispositions que le pécheur doit avoir dans le cœur. ' « Si Gwb. nov. p. 6i3,
» le péché, dit-il, commence à déplaire à l'homme, et qu'il
» veuille le quitter; s'il fait cela à cause de Dieu , cela est
» bon et c'est un effet de la grâce : Si homini peccatum
» aliquod incipit displicere, et vult deserere : si propter Deum
» hoc facit, bonum est, et ex dono gratiœ procedit; mais
» s'il agit par un autre motif, ce qu'il fait n'est pas bien :
» Si aliter fit, bonum non est. C'est ainsi que quelquefois
» on s'abstient des plaisirs , et qu'on ne se livre point à la
» débauche, afin de conserver son argent et autre chose
> semblable, ce qui n'est point fait en vue de Dieu, et
Aa ij
XII SIECLE.
488 ANSELME,
» ne vient point de la grâce : de même si quelqu'un
»' donne son bien, s'il jeûne, s'il prie, etc. s'il fait tout cela
» pour Dieu, cela est bon, mais s'il le fait par un autre
» motif, cela n'est point bon; » Enfin Anselme avance
cette grande maxime , selon laquelle il faut juger de ce qui
est bon ou mauvais, sçavoir, que l'homme en agissant aime
la fin pour laquelle il fait quelque chose, et que c'est à
raison de cet amour qu'on doit appeller bon ou mauvais
ce que l'on fait : IUud autem pro quo facit , diligit, et se-
cundum diketionem illam, bonum seu malum débet dici.
C'est à peu près dans les mêmes termes, le grand prin-
cipe et la grande règle des actions chrétiennes si solide-
ment établie par saint Augustin, et si souvent répétée
contre les Pélagiens.
11 y a encore dans la même lettre plusieurs autres choses
importantes sur l'amour de Dieu , qu'il appelle la lumière du
cœur et le remède de nos blessures. Il le compare à un
flambeau, qui répand ses rayons dans toute la maison; il
fait la description des différens effets que produit cet
amour qui ne peut être oisif. Il y parle des clercs et des
moines; du compte qu'ils rendront au jugement de Dieu,
-1°. comme hommes raisonnables; 2°. comme chrétiens;
3°. comme appelles par leur état au partage de l'héritage
des saints ; sur l'abus qu'ils auront fait de leur ame ,
du nom de Dieu et de sa grâce. Il compare la science des
écritures, dans ceux qui n'y conforment pas leur vie, à la
manne qui se pourrissoit lorsque les Israélites en réservoient
pour le lendemain. Nous aurons encore occasion de par-
ler de cette lettre d'Anselme dans l'article de Rupert, où
nous examinerons quel en fut le sujet.
Part. 2, pag. 171. ' Sanderus parle de deux autres lettres qu'il avoit vues
à Louvain dans la bibliothèque du Parc; elles n'ont point
Triih de script, encore vu le jour. ' Tritheme lui en attribue en général,
mais il témoigne qu'il ne les a pas vues : Quœdam epistolœ.
cat. mss. Angi. ' On voit à Oxford parmi les mss. du collège de sainte
par ,n' Madeleine ,. et à Cambrige parmi ceux du monastère de
ib. part. 3, n 1411. saint Benoit, un écrit sous ce titre : Anselmus de Antichri-
sto. Si cet ouvrage est différent du commentaire de notre
Anselme sur l'Apocalypse, ce sera peut-être le traité d'Ad-
son, abbé de Moutier-en-Der. Le copiste n'ayant trou-
DE LA ON. -189 XII S1ECL£
vé dans son original que la première lettre de son nom , A .
comme il arrive souvent, se sera persuadé qu'elle designoit
Anselme, et le lui aura attribué dans sa copie.
M. du Cange cite un écrit sous ce titre : Anselmi pe- iud.eauot
ripatetici Rhetorimachia, mss. Cod. Thuan. 889. Cet An-
selme péripatéticien seroit-il le même que Anselme de
Laon? Si ce n'est pas le même, il nous est entièrement
inconnu. Si c'est le même, nous ignorons ce qui a pu lui
faire donner le nom de Péripatéticien : car nous ne voyons
pas qu'il se soit distingué par son zèle pour la philosophie
d'Aristote.
Nous allons joindre à Anselme, Raoul, quoiqu'il lui ait
survécu plus de douze ans, pour ne point séparer deux
frères qui ont été si étroitement liés pendant leur vies.
RADULPHE OU RAOUL,
DE LAON.
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
RAdllphe ou Raoul frère du célèbre Anselme le
seholastique , dont nous venons de parler, fut son
collègue dans le gouvernement de l'école , que ce grand
homme ouvrit à Laon vers la fin de l'onzième siècle. C'est
précisément le temps où Raoul commença à se faire con-
noître par les leçons qu'il y donna; et depuis ce temps
il partagea le travail et la gloire avec Anselme son frère,
qu'il suivit de fort près, si même il ne l'égala en lumières
et en mérite. Raoul eut ainsi part à ce que fit Anselme
pour le rétablissement des lettres. Ils paroissent par-tout
ensemble animés du même esprit, également chéris et es-
timés. Souvent les écrivains qui parlent d'Anselme, y joi-
gnent Raoul, et rendent à l'un et à l'autre le juste tribut
de louanges dû à leur mérite. ' C'est ce qu'on voit dans Joh sm-m^ui.
Jean de Sarisberi, du Roulay, Geofroi d'Auxerre, etc. mu. sWapud.'
III SIECLE.
Boll. 17 maii, p.
42,43. I Spicil. t.
6, p 629. Bul. t.
2, p. 144. 145. |
Gaufrid. Antissiod.
apud Bern. t. 2,
éd. 1690, p. 1338.|
Guib. Novig. p. 1,
lHerman ibid. p.
528.
Bibl. Praemonst.
468 col 2.
4 90
RADULPHE OU RAOUL,
P. 479,480.
Ibid. p. 374, 439.
445. 467, 471.
Ibid. p. 372.1 Mar.
ten. anipl. coll. t.
6, pr;tf. n. 77.
Bibl. Praern. ibid.
p. 445. 467, 470. |
Boll. 6. junii.
Raoul étoit beaucoup plus jeune qu'Anselme, et nous
serions fort portés à croire qu'il fut redevable de son édu-
cation à ce digne frère, qui s'étoit appliqué à le former et en
faire un autre lui-même. Après la mort d'Anselme, auquel
il paroît qu'il succéda dans sa dignité de chancelier, il fut
seul chargé de la conduite des écoles. Ce qui nous fait ju-
ger • que Raoul fut chancelier de l'église de Laon après la
mort de son frère, est la charte de fondation de Cuissi '
donnée cette même année \\ M , dans laquelle on lit la
souscription suivante : Radulphus sanctœ Mariœ cancelkirius
relegi. Quel est ce Raoul, si ce n'est le frère d'Anselme,
dont il étoit naturel qu'il fût le successeur dans une dignité
qu'il étoit si capable de remplir, comme il remplissoit déjà
si dignement celle du gouvernement des écoles? ' Doublet
dans son histoire de saint Denis, nous a donné deux char-
tes de Rarthelemi de Vire, évêque de Laon; l'une de l'an
-H25, l'autre de l'an 4426, dans lesquelles nous trouvons
la même souscription déjà rapportée : Ego Radulphus, etc.
Ce qui ne permet pas de douter que Raoul n'ait succédé
à Anselme son frère dans la dignité de chancelier de l'é-
glise cathédrale de Laon. Saint Norbert vint l'y visiter l'an
LL20, un peu avant le carême, et fit une exhortation si pa-
thétique sur le mépris du monde, en présence des écoliers
de Raoul, que sept d'entr'eux en étant pénétrés, renoncè-
rent à l'étude pour suivre cet homme apostolique. ' Le
vénérable Barthelemi de Vire évêque de Laon, venoit de
donner à Norbert ' la solitude de Prémontré, pour y bâ-
tir un monastère afin de le retenir dans son diocèse.
Ce saint homme n'avoit encore pour lors que trois disciples,
Hugues, Evermolde et Antoine, qui l'accompagnoient
dans ses missions. Cette petite troupe, mais respectable
par sa grande piété, s'étant augmentée à Laon pendant le
carême jusqu'au nombre de 4 5, Norbert les conduisit la se-
maine de la Passion à Prémontré, où il commença à jetter
les fondemens de son ordre.
Les disciples de Raoul furent comme les premières
pierres fondamentales de cet ordre, et se distinguèrent dans
les pratiques les plus austères de la religion. ' Ils étoient
d'ailleurs parfaitement instruits et capables de remplir un
jour les premières dignités de l'ordre, et même de l'égli-
XII SIECLE.
DE LAON. 494
se , auxquelles la Providence les destinoit. C'est l'idée qu'on
doit se former de Gautier de Mortagne qui fut premier abbé
de saint Martin de Laon, puis successeur de Barthelemi sur
le siège de cette ville ; de Gérard premier abbé de saint
Nicolas de Clairfont; d'Adam second abbé de saint Josse-
aux-bois ou de Dammartin au diocèse d'Amiens; du bien-
beureux Richard, abbé de Pont-à-Mousson, etc.
Raoul vivoit encore en -1429 et 4 4 34 , comme on le
voit par deux chartes qu'il signa en qualité de chancelier ,
la première donnée par l'évêque Barthelemi en faveur de
l'abbaye de saint Vincent de Laon; la seconde charte est
celle de la fondation du monastère de Clairfont en 4 4 34
Mais il étoit mort en 4 4 38, car nous trouvons une charte Bibi.Pnem.p. 464,
de cette année signée par un autre chancelier nommé
Ernauld qui peut avoir été le successeur immédiat de
Raoul.
4° On peut remarquer d'abord que Raoul doit avoir eu
grande part aux ouvrages d'Anselme son frère auxquels nous
renvoyons le lecteur. Néanmoins nous ne trouvons que
celui des sentences, où les noms des deux frères se trou-
vent : Flores sententiarum ac quœstionum magistri Ansehni
et Radulphi fratris ejus. ' Peut-être Anselme avoit-il laissé Mss.de s. Amand,
r ' . « . „ , . , j • Sander. part. 1. p.
cet ouvrage imparfait, et Raoul y mit la dernière main. 42.
2°. L'an 44 42 les deux frères travaillèrent ensemble à
un recueil de passages de l'écriture pour la consolation des
habitans de Laon que Dieu préserva du feu et du fer dans
la sédition dont nous avons parlé à l'article d'Anselme.
3° Géofroi, disciple de saint Bernard, écrivant contre
les erreurs de Gilbert de la -Porrée, peu après le concile
tenu à Reims en 4 448, cite ' un écrit de Raoul, où il en- ap»<i Bern. t. 2,
.. . . _,, eo. îoyo, p. îdoo.
seignoit que par les noms de Père, de Fils et de saint Es-
prit, on n'entend point les propriétés, mais il ne donne
point le titre de cet ouvrage, se contentant de le citer
seulement en général : Magister Radulphus Laudunensis in
quadam scriptura sua sic ait : Et per Ma nomina, Pater
et Filius et Spiritus sanetvs , nullas intelligimus poni
pi'oprietates . L'écrit de Raoul, d'où ce texte est tiré, n'est
point venu jusqu'à nous.
4°. L'Annaliste de Prémontré ' fait mention d'un autre Hugo, prima par-
ouvrage de Raoul sur l'Apocalypse qui se trouve parmi les
m sieclk. ^92 GISLEBERT CR1SP1N,
manuscrits de l'abbaye de saint Marien , sous ce titre : Glossce
magistri Radulphi in Apocalypsim. Mais vraisemblable-
ment cette glose, n'est autre cbose que le commentaire
d'Anselme sur l'Apocalypse, qui est attribué à Radulpbe,
parce que, comme nous l'avons déjà remarqué, il avoit
grande part aux ouvrages de son frère. D. Martenne parle de
ces gloses dans son voyage littéraire, et après lui Dom
Bibi. bibiiot. p. Bernard Mont faucon.
1314
5° Raoul est auteur de deux petits traités qu'on con-
serve encore aujourd'hui dans un manuscrit de la bibliothé-
cod. 75*. que do saint Victor'. Le premier traite de l'arithmétique
et est ainsi intitulé : Incipit liber Radulphi Laudunensis de
Abaco. L'autre suit immédiatement, et traite du demi-ton
de Semitonio , mais plus du côté de la théorie que de la pra-
Dissert sur ibist. tique , dit M. l'abbé le Beuf, capable d'en juger.
de Paris t 2, p. n » r J o
91, H* =============^======^— ————— —————— ^————
GISLEBERT GRISPIN,
MOINE DU BEC,
Puis abbé de Westminster, en Angleterre.
81-
HISTOIRE DE SA VIE.
«»b. win. Bened. /-^islebert étoit issu d'une des premières familles de
n. 9». ^JNormandie, également recommandable par la noblesse,
innot. in Ans la valeur et la piété. ' Le surnom de Crespin ou Crispin
unir p! 54 fut donné à Gislebert comte de Brionne, ayeul de l'abbé
de Westminster, à cause de sa chevelure crépue, et passa
à ses descendans. Le comte Gislebert eut de Gonnor ou
Gemoret son épouse, dame d'une ancienne noblesse, trois
fils, sçavoir, Gislebert, Guillaume et Robert; et deux fil-
les Emme et Esilie; la première fut mère de Pierre de Con-
dé; et la seconde de Malet chevalier de grande réputation,
qui mourut religieux du Bec.
L'ainé des trois fils de Gislebert, appelle Gislebert com-
me son père, fut Seigneur de Telliers, terre que Guil-
laume
ABBÉ DE WESTMINSTER. 493
XII SIECLE.
laume * le bâtard , duc de Normandie lui donna , et qui passa
à sa postérité. Robert le troisième, s'acquit beaucoup de
réputation dans les pays étrangers, où son mérite fut cause
de sa mort , ayant été empoisonné à Constantinople par les
Grecs. Mais le plus célèbre des trois fils de Gislebert fut le
second nommé Guillaume ; il fut très-babile dans l'art de
la guerre, et Guillaume duc de Normandie l'établit gou-
verneur de Neaufle , pour défendre le pays Vexin contre
les François et sur-tout contre Gaultier l'ancien comte de
Pontoise. Guillaume épousa Eve, sortie d'une ancienne fa-
mille de France , et en eut Gislebert qui fera la matière de
cet article : Il avoit une dévotion singulière envers la sain-
te Vierge , dont il éprouva d'une manière sensible la pro-
tection dans plusieurs dangers , ansquels il se trouva ex-
posé. Quelques jours avant sa mort, il fit venir le bienheu-
reux Herluin abbé du Bec, dont son père Gislebert avoit
été un insigne bienfaicteur , et comme le second fondateur;
il lui demanda l'habit de saint Benoît, le reçut, mourut
quelques jours après , et fut enterré près de l'église. Sa veu-
ve détachée du siècle , se livra toute entière aux exercices
de piété ; et ayant pris dans la suite le voile sacré des mains
de Guillaume archevêque de Rouen , elle se consacra au
service de Dieu au Bec même , où elle fut inhumée auprès
de son mari.
Gislebert fils de Guillaume et d'Eve, fut offert par son
père dès sa plus tendre jeunesse , au bienheureux Herluin
abbé du Bec et à Lanfranc qui eurent soin de son éduca-
tion . Le jeune Gislebert qui avoit beaucoup d'esprit, ' et ict m. ord. ». Be-
un heureux naturel, fit sous de si habiles^ maîtres, auxquels p. 340, n'i'
il faut joindre saint Anselme, de grands progrès dans les let- cbron- Bec-
très tant sacrées que profanes ; et il s'y rendit si habile qu'on
le chargea lui-même de les enseigner aux autres. Lanfranc
étant devenu archevêque de Cantorberi, et connoissant son
mérite le fit abbé de Westminster. Saint Anselme qui étoit
alors abbé du Bec, ayant succédé à Lanfranc, écrivit à Gis-
lebert sur sa promotion à la dignité d'abbé de Westminster,
une lettre qui lui fait honneur : il lui rend témoignage que
la grâce l'a toujours conservé ; qu'il a été nourri dans la pié-
té , et il ajoute qu'une éducation si sainte doit donner de
grandes espérances pour l'avenir. Gislebert répondit par-
1 S Tome X. B b
XII SIECLE.
494 GISLEBERT CRISPIN,
faitement par sa sage conduite au choix que Lanfranc avoit
fait de sa personne pour l'élever à la dignité d'abbé ; et il
remplit toutes les espérances que son éducation toute sain-
te , sa science , sa piété avoient pu faire concevoir de son
gouvernement, qui fut de trente-deux ans, selon la chroni-
que du Bec.
Le long séjour que Gislebert a fait en Angleterre, où
il a gouverné pendant trente-deux ans une des plus célèbres
abbayes qui fut alors dans ce royaume, est sans doute ce
qui a donné occasion à quelques écrivains Anglois de le
placer parmi les sçavans d'Angleterre; si ces écrivains s'é-
toient contentés de lui donner rang parmi les auteurs de
leurs pays, à raison du séjour qu'il a fait en Angleterre où
il est mort, nous ne le trouverions pas mauvais, et nous en
usons nous-mêmes de la sorte : mais ils ont tort de compter
Gislebert Crespin parmi leurs sçavans, comme étant An-
glois de naissance, puisqu'il est certain qu'il étoit né en
cave. p. 557. Normandie et avoit été élevé dans le monastère du Bec.
Cave lui-même reconnoît que Gislebert étoit Normand.
t. 2, p. 735. ' Du Boulai a fait la même faute que les écrivains d'An-
gleterre, et est en cela moins excusable qu'eux. Non seule-
ment il fait Gislebert Anglois, mais par une nouvelle mé-
prise, il lui donne pour maître Anselme de Laon, au lieu
d'Anselme archevêque de Cantorberi, sous lequel il étudia
la théologie. Pitsée et d'autres écrivains sont encore tombés
dans une autre erreur plus considérable sur l'article de
Gislebert Crispin, en le confondant avec le moine Gisle-
voyez Airord, ad Lert , l'un des fondateurs de l'Université de Cambrige.
seq. Genebrad ' avant eux avoit déjà confondu le disciple de
{î! 545,aadâann 963* samt Anselme avec l'auteur de l'écrit intitulé : Altercatio
v -563 ad an. io76, ecclesiœ et synagogœ, contemporain de Jean Scot ou Eri-
gene qui vivoit à la fin du neuvième siècle.
Gislebert fut enterré aux pieds de l'abbé Vital 'avec cette
épitaphe :
Hic pater insignis, genus altum, virgo senexque
Gisleberte jaces, lux, via, duxque tuis.
Mitiseras, justus, prudens, fortis, moderatus;
Doctus quadrivio, nec minus in trivio.
Sic tanien ornatus, nece sexta luce decembris
Spiramen cceloreddis et ossa solo.
ABBE DE WESTMINSTER. 495 X1I SIECLE
Les historiens s'accordent assez sur l'époque de la mort
de Gislebert qu'ils placent en l'année \\M. Jean Picard,
chanoine régulier de saint Victor de Paris, ' se sert de cette Annot. in epist. s.
époque, qu'il fonde sur l'autorité de Florent de Vorches- PnS559,ncoi.'ie ''
ter, pour déterminer l'aimée que Gislebert fut fait abbé de
Westminster, et en conclud que ce fut en 1084. Néan-
moins cette époque de la mort de Gislebert en \\\1 n'est
pas sans difficulté; car, sans parler de l'histoire manuscrite
des abbés de Westminster, qui la met en \\\ 4, Pierre de
Blois ' dans la continuation de l'histoire de Croisland, nous Mab. ib. 73, ann.
apprend que Henri roi d'Angleterre envoya l'an 4 -H 8 , Gis- ' p'
lebert de Westminster avec Géofroi de Croisland, pour
proposer à Thibaud, comte de Blois une entrevue en Nor-
mandie , au sujet de la division qui étoit entre le roi de
France et ce comte. On pourroit peut-être lever cette
difficulté par les différentes manières de commencer l'an-
née qui étoient alors en usage. Mais il en reste une bien
plus considérable, fondée sur une lettre de Gislebert lui-
même, par laquelle il adresse son traité contre les Juifs à
Alexandre, évêque de Lincoln. Car cet Alexandre fut
placé sur le siège de Lincoln , selon le père Mabillon , ' Not. in epist. 64,
en -1123, d'où il s'ensuit que Gislebert de Westminster a annet""5, p.' 135.'
vécu pour te moins jusqu'en cette année, pour pouvoir lui
dédier cet écrit qu'il avoit déjà dédié autrefois à saint An-
selme.
§ IL
SES ÉCRITS.
Prisés nous représente Gislebert comme un homme Edit. op. Lanfr.
, , , , , . # , not. in vit. Lanfr.
comparable aux plus grands personnages de son siècle, p. 19.
non-seulement pour la piété, mais encore pour la science :
il étudia, dit-il, dans son monastère (cela seroit vrai si Pit-
sée entendoit le monastère du Bec) les belles-lettres et
tous les arts libéraux et la philosophie. « Il eut pour maî-
» tre en théologie saint Anselme archevêque de Cantorbe-»
» ri, sous la conduite duquel il pénétra tout ce qu'il y a
» de plus caché dans les saintes écritures. Ensuite il fré-
> quenta les académies de France, parcourut toute l'Ita-
Bb ij
XII SIECLE.
-196 GISLEBERT CRISPIN,
» lie, alla à Rome, et revint dans sa patrie en passant par
» l'Allemagne. Cet esprit avide de doctrine desiroit ar-
» demment de se remplir de tout ce qu'il pouvoit trouver
» de science : » Avidum hominis ingenium, quidquid erat
ubivis gentium scientiœ sitiebat ardenter, imo imbibebat
diligenter. Pitsé , après avoir ainsi parlé de l'abbé de
Westminster, donne le catalogue suivant de ses ouvrages.
Un livre sur la foi de l'Eglise contre les Juifs.
Un livre d'Homélies sur les cantiques.
Un livre sur Isaïe , adressé à saint Anselme.
Un livre sur le prophète Jérémie.
Sur les prologues de saint Jérôme , sur la Bible.
Sur la chute -du Diable.
Sur l'Ame.
Sur l'état de l'Eglise, lettres à saint Anselme.
Contre les péchés de pensée, de parole et d'action.
Il y a plusieurs autres ouvrages de Gislebert, sçavoir,
un Commentaire sur les lamentations, qui est dans le mo-
nastère de saint Aubin d'Angers.
Sur les épîtres de saint Paul, qui est dans l'abbaye de
saint Rémi de Reims.
Dispute contre les Juifs.
Il est surprenant que Pitsé, dans ce catalogue d'ouvra-
ges qu'il attribue à Gislebert, et dont plusieurs ne sont pas
de lui, ait omis la vie du bienheureux Herluin , dont il est
incontestablement l'auteur, comme nous le verrons.
A la tête d'un manuscrit du Mont saint Michel, cotté
4 98, se trouve le catalogue des livres que Philippe évê-
que de Bayeux, donna à l'Abbaye du Bec, vers le milieu
du douzième siècle. Ce catalogue contient les titres sui-
vans d'écrits appartenans à Gislebert Crispin : Contra Ju-
dœos liber Gisleberti Crispini. Item, ejusdem de Simoniacis
et de veritate corporis et sanguinis Domini. Item, ejusdem
sertno de dedicatione ecclesiœ. Item, homilia ejusdem super,
Cum vigilasset Dominus. Item, ejusdem epistolœ très.
Examinons quels sont les véritables ouvrages de Gisle-
bert Crispin; et commençons par la vie du bienheureux
Herluin , abbé du Bec : cet écrit est incontestablement de
l'abbé de Westminster, qui le composa n'étant encore que
Lib.7,hist.Norman, moine du Bec. Guillaume de Jumieges ' en parle en des
ABBE DE WESTMINSTER. . 197 IU SIiCLE
termes tres-avantageux , et y renvoyé ceux qui désirent c. 22. 1 Duchesne,
être instruits à fonds de ce qui regarde la conversion et fnan79' hi8t' "or"
la vie du bienheureux Herluin. Il assure que ceux qui
liront cet écrit t composé par Gislebert Crispin, depuis
» abbé de Westminster, également distingué par sa nobles-
» se et sa science, y trouveront de quoi se satisfaire. » Il
le loue comme un ouvrage écrit avec élégance : il étoit
permis à un écrivain du siècle de Guillaume de Jumieges
de parler ainsi de l'ouvrage de Gislebert, et d'en louer
l'élégance, qui eleganti sermone conscriptus est : 11 est ef-
fectivement assez bien écrit pour son temps. De plus il est
très-intéressant pour le fonds. On y trouve véritablement
de quoi satisfaire sa curiosité dans les détails qu'il renferme.
L'auteur y décrit d'une manière fort vive le zèle qu'avoit
le saint abbé pour faire avancer ses disciples dans la piété et
les sciences, et l'accueil qu'il faisoit aux gens de lettres
qui se présentoient à lui pour embrasser la vie religieuse.
Cette vie quoiqu'elle ne soit pas écrite d'un style aussi
élégant que le dit Guillaume de Jumieges, se lit avec plai-
sir, et on y découvre sans peine que l'auteur étoit homme
d'esprit, de jugement et de piété, et il mérite au moins
, une partie des éloges que lui ont donné Guillaume de
Jumieges , Pitsé , llarpsfeld , Possevin , du Boulai , et
autres. Ces auteurs n'ont fait la plupart que copier ce que
Balœus avoit dit avant eux à la louange de Gislebert.
La vie du b. Herluin a été imprimée en J648 à Paris,
par Billaine, dans l'appendice des œuvres de Lanfranc,
publiées par D. Luc d'Achery. ' D. Mabillon en a donné p. 3î.
une nouvelle édition dans le neuvième tome des actes des
saints de l'ordre Bénédictin. ' D. Hugues Menard est le pre- p. 340.
mier qui ait publié un abrégé de cette vie dans ses obser-
vations sur le martyrologe Bénédictin. ' Nous pouvons L.s.depuisiapage
joindre à la vie du B. Herluin trois épitaphes de ce saint Jusqu
abbé. ' D. Mabillon qui a donné les deux premières au' pu- Act. Bened. t. 9,
... , , ., . ' ,, , \ . r , p. 381. 365.
bue, ne décide point qui en est r auteur, et se contente de
dire qu'elles sont ou de l'auteur de la vie du b. Herluin,
ou de quelqu'autre écrivain du même temps.
2°. L'ouvrage le plus connu de Gislebert Crispin, et
que tous les écrivains lui attribuent unanimement, est un
traité contre les Juifs. Il n'est pas douteux que Gislebert
1 5 *
XII SIECLE.
498 GISLEBERT CRISPIN,
1497 et suiv.
n'ait fait un écrit sur cette matière. Mais quel est-il? Dom
Martenne remarque (t. 5, anecd. p. 4 507) que l'animo-
sité des Juifs contre les Chrétiens engagea plusieurs sçavans
de ce siècle à écrire contre eux. Gislcbert Crispin fut de
ce nombre ; mais les auteurs varient beaucoup sur le titre
de l'ouvrage qu'ils lui attribuent, soit qu'ils se trompent sur
le titre seulement, soit qu'ils se trompent sur l'ouvrage
même, en attribuant à Gislebert de Westminster un écrit
différent de celui dont il est véritablement auteur. C'est ce
qui est arrivé à Genebrard , comme nous l'avons déjà re-
Bib. Moetj. part, marqué, et à quelques autres. Adrien Moetjens ' prétend
que l'auteur d'un ouvrage imprimé «à Cologne en 4537,
sous ce titre, AHercatio synagogue et ecclesia? , n'est autre
que Gislebert ou Gilbert. Mais c'est à tort, puisque l'écrit
de l'abbé de Westminster est tout différent de celui qui a
été imprimé à Cologne. On a parlé de ce dernier écrit
dans l'histoire littéraire du neuvième siècle, tom. 5, p. 272.
D. Martenne et D. Durand ont publié un autre traité
Tom. s, anecd. p. contre les Juifs , intitulé Altereatio ecclesiœ et synagogœ ,
composé par un certain Gislcbert, sans décider quel est ce
Gislebert; si c'est Gilbert de la Porréc, ou Gislebert Cris-
pin. Mais puisque l'ouvrage de ce dernier, qui se trouve
parmi les œuvres de saint Anselme , est très-différent de
celui qu'a publié D. Martenne, et que personne n'a ja-
mais attribué deux ouvrages contre les Juifs à Gislebert
Crispin, on doit en conclure qu'il n'est point auteur de
celui-ci. Il y a beaucoup plus d'apparence que Gislebert de la
Porrée en est auteur, et qu'il le composa avant que d'être
évêque ; ce qui aura été cause qu'on ne lui a donné aucune
malité à la tête de cet ouvrage. Le lieu où les éditeurs
le cet écrit ont trouvé le manuscrit sur lequel ils l'ont im-
primé, nous autorise encore à l'attribuer à Gilbert de la
Porrée. Personne n'ignore que cet auteur étoit du Poitou,
et qu'il a été évêque de Poitiers. Or D. Martenne a trouvé
le manuscrit en question dans l'abbaye de la Colombe,
ordre de Cîteaux, non loin du diocèse de Poitiers; ce qui
doit former un grand préjugé que l'auteur de cette dispute
de l 'église et de la synagogue est plutôt Gilbert de la Porrée,
qu'un Normand qui vivoit en Angleterre. Nous éclairei-
rons davantage ce point de critique dans l'article de Gilbert
évêque de Poitiers.
I
ABBÉ DE WESTMINSTER. ^9
XII SIECLE.
' Enfin D. Gerberon a publié parmi les œuvres de saint p. 512.
Anselme, une dispute entre un Juif et un Chrétien sur la foi
chrétienne, sous le nom de Gislebert Crispin abbé de West-
minster. Disputatio Judœi cum Christiano de fide christiana,
scripta à domino Gisleberto, abbate Westmonasterii . Cet
ouvrage est incontestablement la production de celui dont
il porte le nom. C'est à tort qu'on l'a imprimé sous le nom
de Guillaume de Champeaux dans la bibliothèque des
Pères, de l'édition de Lyon, t. 20. Les manuscrits de s. Ré-
mi de Reims, de l'abbaye de s. Germain des Prés, et de celle
de saint Victor de Paris, lèvent toutes les difficultés qu'on
pourroit avoir sur ce sujet. Cet écrit qui est en forme de dia-
logue, est précédé d'une lettre par laquelle l'auteur le sou-
met au jugement et à la censure de saint Anselme arche-
vêque de Cantorberi, à qui il l'adresse. 11 y rend ainsi compte
de ce qui avoit donné occasion à son ouvrage. Gilbert
étant autrefois à Mayence, y avoit fait connoissance avec
un Juif instruit de sa loi, et même de celle des Chrétiens.
Ce Juif lui rendoit souvent visite, comme ami, et parce
que Gislebert lui rendoit des services importans. Chaque
fois que les deux amis se voyoient, leurs conversations
rouloient sur l'écriture et la religion chrétienne. Un jour la
providence leur ayant procuré plus de loisir, l'entretien l'ut
plus long qu'à l'ordinaire; les deux amis s'entretinrent de ce
qui avoit coutume de faire la matière de leurs conversa-
tions. Le Juif proposoit des difficultés avec beaucoup d'or-
dre et de méthode , les appuyant sur l'autorité de l'écriture
sainte. Gilbert puisoit ses réponses dans la même source,
et réfutoit les objections du Juif avec tant de justesse et de
force, que quelques-uns de ceux qui avoient assisté à cette
dispute, l'engagèrent à en faire une relation, en lui re-
présentant qu'elle pourroit être utile à d'autres. C'est ce
que fit Gilbert dans un écrit en forme de dialogue, où
il supprima son nom et celui du Juif.
Gislebert soumet entièrement son ouvrage au jugement
de saint Anselme, en le priant d'y faire non seulement
les retranchemens qu'il jugera à propos, mais même de le
supprimer totalement; et il lui déclare qu'il trouvera bon
tout ce qu'il décidera. Il ne dissimule pas toutefois que
Dieu s'étoit servi de celte relation pour toucher un Juif
III SIECLE.
T. 5, atin. I. 70, p
434, n. 7.
Ans. 1.3, ep. 117.
200
GISLEBERT CRISPIN,
Bibl. Cotton p
107, n. 14.
Possev.t. l,p.644,
Tritta. t. 1, Chron
I Hirsaug. p. 26-2. |
Le Long, Bibl.
sacr. p. 744. | Ba-
laeus, etc.
Cave, p. 557.
Cat. mss. Angl.
p:irt. 3. n. 1755.
I Ibid. n. 1754.
T. 2, éd. de l'an
lCuu, p I, et suiv.
de Londres, qui s'étant converti , avoit non seulement
demandé et reçu le baptême , mais même embrassé la pro-
fession religieuse dans l'abbaye de Westminster. Le P.
Mabillon doute si ce Juif converti n'est pas celui que saint
Anselme ' recommande à Ernulpbe prieur de Cantorberi ,
et à Guillaume archidiacre.
Pour revenir au dialogue de Gislebert, il porte les mêmes
caractères que la vie du b. Herluin. Le style en est le
même : on y reconnoît encore davantage la justesse d'es-
prit de l'auteur, et la connoissance qu'il avoit des saintes
écritures, dans lesquelles il paroît fort versé.
3°. ' Nous avons un dialogue sur la procession du saint
Esprit, que nous ne doutons [as qui ne soit de Gislebert
Crispin. Il a composé cet écrit à l'imitation de saint An-
selme son maître, et l'a réduit en forme de dialogue, afin
de le mettre plus à la portée de tous les esprits.
Voilà quels sont les ouvrages dont Gislebert de West-
minster est véritablement auteur. Pour ce qui est des autres
qui lui sont attribués, ils ne sont nullement de lui.
Les commentaires sur Isaïe, Jérémie, dont Pitsé, du
Boulai ' et autres, ' le font auteur, appartiennent à Gisle-
bert l'Universel évêque de Londres, auquel nous les resti-
tuerons.
L'ouvrage de la chute du diable, de casu diaboli, n'est
autre indubitablement que le dialogue de saint Anselme,
imprimé parmi ses œuvres, ' par les soins de D. Gerbe-
ron.
' Cave met au rang des écrits de Gislebert Crispin , des
homélies sur le Cantique des Cantiques, qui se trouvent
parmi les manuscrits de saint Pierre de Cambrige ' un com-
mentaire sur les prologues de saint Jérôme, et un livre
sur les péchés de pensée, de parole et d'action; ce der-
nier est manuscrit dans la bibliothèque de Gaultier Cope.
Le premier, c'est-à-dire les homélies ou sefmons sur le
Cantique des Cantiques est de Gilbert de Hoyland, dis-
ciple de saint Bernard, et abbé de Swinshed, au dioccèse
de Lincoln, mort en 4472 : l'identité de nom est le seul
fondement qui les a fait attribuer à Gislebert Crispin. ' Dom
Mabillon a imprimé ces homélies parmi les œuvres de saint
Bernard. Il est vrai qu'il y a quarante-huit homélies de
Gislebert
ABBÉ DE WESTMINSTER. 201 XII SIICLE.
Gislebert de Hoyland sur le Cantique des Cantiques, et
que les écrivains qui font Gislebert Crispin auteur d'un
semblable ouvrage, ne lui en donnent que quarante-sept.
Mais cette* difficulté est aisée à lever; car la dernière ho-
mélie, c'est-à-dire la quarante-huitième, ,n'est qu'un com-
mencement de sermon qui n'aura apparemment pas été
compté par ceux qui en ont fait auteur Gislebert Cris-
pin, et ne la comptant point, ils ne lui en auront attribué
que quarante-sept au lieu de quarante-huit.
L'écrit sur l'état de l'église, de statu ecclesiœ , que Pit-
sé attribue à Gislebert Crispin est d'un autre Gislebert ' Fabric.^7, bib.
évêque de Limerik en Ecosse, qui florissoit dans le même
temps. Quelques auteurs en attribuant cet ouvrage à Gisle-
bert Crispin, sont encore tombés dans une autre erreur, en
le faisant évêque de Limerik en Ecosse. C'est ce que rap-
porte Harpsfeld, ' qui cite Jean Leland pour garant de tout Hist. Eccies An-
ce qu'il avance touchant l'abbé de Westminster. Le même
Harpsfeld, après avoir parlé du dialogue de Gislebert avec
un Juif, dit qu'il a écrit quelques autres ouvrages de théo- p ^6-
logie.
On lui attribue encore un traité de l'ame, de anima,
qui n'est vraisemblablement autre que le traité de spiritu
et anima, imprimé dans l'appendice du sixième tome de
la nouvelle édition des œuvres de saint Augustin. Mais les
éditeurs ont découvert que cet ouvrage appartenoit à Al-
chere, moine de Clairvaux , qui vivoit vers l'an -1-160.
Il est à propos de remarquer que les ouvrages dont nous
venons de parler, sont attribués à Gislebert Crispin par
Balaeus, Pitsé, et autres écrivains Anglois, à l'autorité
desquels il ne faut pas aisément s'en rapporter, par rap-
port aux écrits qu'ils attribuent aux auteurs de leurs pays,
ou qu'ils croyent en être.
Tome X. C c
m siècle. 202 MARTIN, MOINE DE MONT1ERNEUF,
m;
MARTIN,
MOINE DE MONTIERNEUF,
a Poitiers,
ET AUTRES ÉCRIVAINS.
[ARTiN a écrit l'histoire de son monastère depuis sa
-fondation jusqu'à son temps , et l'a dédiée à un re-
t. 2, p. 1-264. ligieux du même monastère, nommé Robert. ' Les auteurs
de la nouvelle Gaule chrétienne ont cru que ce Robert
étoit abbé. Nous ignorons sur quel fondement ; car Martin
ne lui donne point cette qualité , et d'ailleurs son nom ne
se trouve point dans les listes des abbés, comme les auteurs
eux-mêmes l'avouent. Pour ce qui est du temps auquel Ro-
bert et Martin ont vécu, on peut le fixer à peu près, en fai-
sant attention à ce que dit Martin dans sa préface , et en
le comparant avec l'époque de la fondation de Montierneuf.
Martin nous y apprend qu'en s'entretenant familièrement
avec Robert, il s'étoit souvent plaint de ce que personne
n'avoit pris soin d'écrire ce qui étoit arrivé à la fondation
de Montierneuf, pour en conserver le souvenir, et le trans-
mettre à la postérité. C'est ce qui l'engagea à entreprendre
lui-même cet ouvrage , et à écrire ce qu'il avoit appris de
la fondation de Montierneuf, par le canal de Robert, qui
en avoit été témoin oculaire. Pour nous, dit-il , adressant
la parole à Robert , « Nous en sçavons quelque chose sur
» le récit que vous nous en avez fait , vous qui l'avez vu
» et entendu ; mais après votre mort , comment ceux qui
» viendront après nous, connoîtront-ils ce qui sera ense-
» veli dans l'oubli? » Et nos quidem vobis , qui audistis
et vidistis , referentibus , aliquantulum inde scimus ; sed
vobis obeantibus , unde posteri scient quod longœ silentio
oblivioni traditum fuerit? On voit par-là que Robert vivoit
lorsqu'on bâtit le monastère de Montierneuf, puisque ce fut
sur le récit de ce qu'il avoit vu que Martin écrivit l'histoire
de ce monastère; et puisqu'il la lui dédia, il vivoit encore
ET AUTRES ECRIVAINS, 205 Xn siècle.
lorsque cette histoire fut achevée. Ainsi pour découvrir le
temps auquel Martin vivoit, il ne s'agit plus que de sça-
voir celui de la fondation de Monticrncuf. Les auteurs de
la nouvelle Gaule Chrétienne nous apprennent que ce fut
vers l'an ^076. Cela supposé, cette époque peut et doit
servir , sinon à fixer précisément le temps auquel Martin
a composé son histoire , et auquel il est mort , du moins
à nous faire connoîlre en quel temps il a vécu. Il y a eu
sans doute un interval considérable entre l'époque de la
fondation de Montierneuf , et celle de la composition de
l'histoire de ce monastère , puisque l'auteur se propose d'y
détailler non seulement la construction de cette abbaye et
la dédicace, mais encore l'ordination et la succession des
abbés ; ce qui suppose qu'il y en avoit eu plusieurs , lors-
qu'il entreprit son ouvrage. Cet interval ne peut pas avoir
moins de quarante ou cinquante ans. On ne peut pas non
plus l'étendre davantage, puisque Robert à qui l'histoire
est dédiée, vivoit au temps de la fondation. Ainsi on
peut croire que l'histoire de Montierneuf a été composée
vers l'an \\\T , ou -H 27.
Nous n'en avons que le commencement imprimé par t. 3, anecd. p.
les soins de D. Martenne. L'auteur y parle fort au long ' e seq'
des ancêtres et des grandes qualités de Guillaume Geofroi
comte de Poitiers , fondateur de son monastère , mort l'an
-1086. Il promet d'y détailler la construction de cette ab-
baye, sa dédicace, l'ordination et la succession des abbés;
mais ce que nous avons ne nous conduit qu'à la dédicace
exclusivement. Ce fragment donne lieu de regretter la perte
du reste.
Anonyme auteur d'une relation d'un miracle opéré par
l'intercession de saint Hermeland abbé d'Aindre au diocèse
de Nantes. Cette relation est faite par un homme d'esprit
et judicieux, ' et fort bien écrite. Les Rollandistes l'ont pu- Bon. -v> mari. p.
bliée dans leur grande collection sur un manuscrit de la pa-
roisse de Herbland de la ville de Rouen. Le miracle détaillé
dans cette relation s'étoit opéré dans cette ville, sur un
malade nommé Herbert paralytique de la moitié de son
corps depuis deux ans et demi; qui s'y étant fait transpor-
ter dans une église dédiée à saint Hermeland dans l'espé-
C cij
III 8IBCLE.
204 BAUDOUIN, PREMIER DU NOM,
rance d'obtenir sa guérison par les mérites du saint, fut
exaucé le 27 du mois de Juin de l'an H47.
Hab. ann. i. 72, Pierre-Guillaume moine de saint Gilles est auteur d'un
christ. nov! t. 6,Y' livre des miracles de saint Gilles. 11 le composa par l'Or-
ly'pl83i5e Lang' dre de Hugues son abbé, auquel il l'addnssa en ces termes :
« Au très-révérend pere Dom Hugues , abbé du monas-
» tere de saint Gilles, situé dans la vallée Flavienne, frère
» Pierre, surnommé Guillaume, bibliothécaire du même
» monastère. » Pierre-Guillaume a écrit son histoire après
l'an J-H6, puisqu'il y rapporte qu'on jetta cette année les
fondemens d'une nouvelle église , l'ancienne n'étant point
assez spacieuse pour contenir les pèlerins qui y venoient
en foule de toutes parts. Il regarde comme un effet de la
protection de saint Gilles, et même comme un miracle de
ce que la démolition des anciens bâtimens se fit sans au-
cun événement fâcheux , et sans que personne reçut la
moindre blessure. Parmi les miracles du saint, l'historien
en rapporte un bien singulier d'un certain Allemand de la
nab. ib. ville de Cize , qui fut pendu trois fois sans ressentir aucun
mal , parce que il avoit eu recours à saint Gilles. L'Auteur
cite pour garant de ce fait un abbé nommé Girard, hom-
me d'un mérite distingué. Malgré la garantie de cet abbé ,
le lecteur aura de la peine à se persuader un fait si extraor-
dinaire.
BAUDOUIN,
PREMIER DU NOM.
ROI DE JERUSALEM
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
Baudouin, frère du célèbre Godefroi de Bouillon, chef
de la première croisade , ' fut élevé avec soin dans les
lettres, et destiné à l'état ecclésiastique. Il fut même pour-
XII SIECLE.
ROI DE JERUSALEM. 205
vu de plusieurs bénéfices dans les églises de Reims , de
Cambrai et de Liège. Mais ayant renoncé à cet état pour
embrasser celui des armes, il accompagna Godefroi son
frère à la première expédition des François dans la terre
sainte, et se distingua sur la route en toute occasion. ' Gnffl. Tyr. l. a, e.
Etant arrivé en Pisidie, il se sépara du gros de l'armée des
Croisés avec quelques troupes , marcha du côté de l'Eu-
frate, et s'acquit par ses exploits une si grande réputation,
que le prince d'Edesse lui envoya des Ambassadeurs, pour
lui demander son amitié , lui offrant la sienne , et même ses
étals après sa mort. Ce prince Grec étoit sans enfans, et *uich. camot. c.
ne pouvant ss défendre contre les Turcs, il se proposoit
d'avoir un puissant appui dans Baudouin et dans ses soldats,
dont on publioit par-tout la valeur. Le prince François
ayant reçu le serment des Ambassadeurs, passa l'Eufrate avec
sa petite armée qui consistoit en 80 soldats , et arriva à Edes-
se; où il fut bien reçu par le prince qui l'avoit invité, par
le clergé et le peuple ; et tout ce qui lui avoit été promis
fut au6si-tôt exécuté. Quinze jours après son arrivée , les
habitans d'Edesse qui haïssoient leur prince, formèrent le
dessein de s'en défaire pour mettre Baudouin à sa place ;
et le massacrèrent inhumainement, sans que Baudouin pût
obtenir grâce pour lui. C'est ainsi que Baudouin acquit la
principauté d'Edesse, selon le récit de Foulcher, témoin
oculaire de cet événement. Guillaume de Tyr le rapporte
bien différemment. Selon lui, le prince d'Edesse ' qui avoit L. 4, c. a, 8, 4, 5.
invité Baudouin, conçut de la jalousie contre lui à son ar-
rivée, en voyant l'accueil que lui fit le peuple, et il refu-
sa d'exécuter ses promesses ; ce qui fit prendre à Baudouin
la résolution de se retirer. Le peuple en étant informé , ac-
court au palais de l'ancien prince d'Edesse, et le presse de
retenir Baudouin, et l'oblige de remplir ses engagemens ,
ce qu'il fait malgré lui, l'adoptant pour son fils, lui don-
nant la jouissance de là moitié de ses états , et l'établissant
son héritier après sa mort. Quelque temps après les habi-
tans d'Edesse qui avoient plusieurs sujets de mécontente-
ment contre leur ancien prince , prirent les armes contre
lui , et l'attaquèrent dans une tour où il avoit coutume de
demeurer : dan6 cette extrémité il fit venir Baudouin, et
le pria de lui sauver la vie. Baudouin n'ayant rien pu ga-
XII SIECLE.
206
BAUDOUIN, PREMIER DU NOM,
Guil. Tyr. 1. 10, c
5.
9, c.
Aq. 1.
gner sur l'esprit du peuple, il en avertit ce prince infor-
tuné, qui réduit au désespoir, voulut s'échaper parle moyen
d'une corde. Mais avant que d'être descendu, il fut percé
de flèches par ces séditieux , qui firent encore mille ou-
trages à son corps en le traînant par les rues. Le lende-
main, ils élurent Baudouin pour leur souverain, et le mi-
rent en possession de la citadelle et de tous les thrésors.
Aussi-tôt le nouveau prince fit la guerre avec succès con-
tre les Turcs qui étoient dans ses états, et se rendit re-
doutable. ' Il jouissoit tranquillement de sa principauté,
lorsque la mort du roi Godefroi lui procura la couronne.
Si la nouvelle de cette mort lui causa quelque douleur ,
la joie qu'il eut de lui succéder , fut encore plus grande ;
Fuich.ibid. c 22. c'est ce que son chapelain et son historien n'a pas fait diffi-
culté de remarquer : Dolens aliquantulum de frutris mor-
te et plus gaudens de hœreditate.
Il y eut néanmoins un complot formé par le patriar-
che de Jérusalem et par Tancrede , pour faire tomber la cou-
ronne sur la tête de Boémont, ' au préjudice de Baudouin et
d'Eustache frères de Godefroi, et elle fut même offerte à
Raymond comte de Toulouse. Mais le complot ayant été
découvert et dissipé , et le comte de Toulouse ayant re-
Tyr. i. 10, fusé d'accepter ; les seigneurs de Jérusalem élurent ' Bau-
douin vers le \ 8 Octobre. Le prince d'Edesse n'attendit pas
la nouvelle de son élection pour prendre le chemin de Jé-
rusalem ; car se persuadant qu'on l'y attendoit pour succé-
Fuich. carn. c. 22. der à son frère' , il confia sa principauté à un de ses parens
nommé Baudouin , se mit à la tête de cent quarante hom-
mes, et partit le 2 Octobre d'Edesse, pour Jérusalem. H
essuya de grands dangers dans la route ; et Foulcher qui l'ac-
compagnoit, parlant de lui même, dit avec beaucoup de
franchise et de candeur qu'il auroit mieux aimé être à Char-
tres ou à Orléans , que de se trouver dans pareils rencon-
tres : Ego quidem vel Carnoti , vel Aurelianis mallem esse
quam ibi.
Enfin après bien des dangers, des combats et des fati-
gues, Baudouin et les siens arrivèrent à Jérusalem. ' Lors-
qu'il approcha de la ville sainte , le clergé et le peuple ,
les Grecs et les Syriens en sortirent avec des croix et des
cierges pour le recevoir, et le conduisirent à l'Eglise du saint
Guil. Tyr. I
2. | Albert.
7, c. 27.
Guill.
c. 1.
Ibid.
ROI DE JERUSALEM. 207 In siècle.
sépulchre : le Patriarche Daïmbert n'assista point à cette cé-
rémonie, parce qu'il étoit odieux à une partie du peuple,
et accusé d'avoir de mauvais desseins contre Baudouin.
A peine le nouveau roi eut il passé six jours dans Jérusa-
lem pour prendre un peu de repos, qu'il se mit en campa-
gne pour attaquer les ennemis; après quoi il revint. Le pa-
triarche Daïmbert ayant fait sa paix avec lui, le couronna
dans la basilique de la Vierge à Bethléem le jour de Noël
de l'an ^MOO. Foulcher et Guillaume rapportent cet évé-
nement à l'année -M (H , parce que ces deux auteurs com-
mençoient l'année le 25 de décembre , ce qu'il est à pro-
pos de remarquer.
Le règne de Baudouin fut de dix-huit ans, pendant les-
quels il fut toujours en guerre contre les Infidèles, avec un
succès le plus souvent heureux , et il leur enleva grand nom-
bre de places importantes. ' Etant tombé malade en Egypte Fuieh. carn.c.44.
où il faisoit la guerre pendant le carême de l'an 4 -H 8, il se
mit en route pour revenir dans ses états, mais la mort l'ar-
rêta en chemin ; son corps fut apporté à Jérusalem où il ar-
riva le dimanche des Rameaux, au moment que la proces-
sion descendoit de la montagne des oliviers dans la vallée
de Josaphat '; il fut enterré près du roi Godefroi son frère, {jjjfjj- _ , u
dans l'église du saint Sépulchre. c. 31.
' Un historien du temps lui a fait une épitaphe qui renfer- F»'eb. ibid.
me ses qualités et la plus grande partie de ses exploits :
EPITAPHE.
Cum rex iste mit. Franeoruni gens pia flevit,
Cujus erat scutum, robur et auxilium.
Nam fuit arma suis, timor hostibus. hostis et illis.
Dux validus patriae, consimilis Josue.
* Aehon,.C8esaream, Berutum, neene Sydonem ' Plolénialde.
Abstulit infandis hostibus indigtnis.
Post terras Arabum, vel quae tangunt mare rubrum,
Addidit imperio, subdidit obsequio.
Et Tripobm cœpit, sed Arsulh non minus ursit;
Pulchraque praeterea fecit honore rata.
Oblinuit regnum rex annis octo decemque
Hcnsibus atque tribus insuper appositis.
XII SIECLE.
208 BAUDOUIN, PREMIER DU NOM,
Sex decies Phaebus vervecis viserat astruni,
Cum BALDLiNisrex obiil eximius.
Octies et decies faciens menses duodenos,
Régis habes annos, patriam quibus optime rexit.
Baudouin réunissoit en sa personne plusieurs grandes
Guiii. Tyr. i. io, c. qualités de corps et d'esprit. ' Egal à Saùl pour la taille, il
paroissoit plus grand que les autres de toute la tête; grave
dans sa démarche, sérieux dans ses discours, modeste dans
ses habits, il avoit plus l'air d'un évêque que d'un prince,
mais les mœurs ne répondoient pas à ce bel extérieur; il
évitoit toutefois le scandale avec tant de soin, qu'à peine
y avoit— il quelqu'un dans son palais qui eut connoissance de
ses débauches. Baudouin avoit d'ailleurs d'excellentes qua-
lités qui étoient comme héréditaires dans sa famille; les
vertus civiles et militaires brilloient dans sa personne com-
me dans celle de son illustre frcre qu'il se proposoit d'imi-
ter, regardant comme un crime, dit Guillaume de Tyr,
de ne pas marcher sur ses traces; il s'en écarta néanmoins
beaucoup en plusieurs choses importantes; et s'il eut le
courage, l'intrépidité de Godcfroi dans les combats, sa
dextérité et son habilité dans l'exercice des armes, son ac-
tivité dans le gouvernement des affaires, il n'eut pas la mê-
me régularité de mœurs, ni la même piété.
Guiii. Tyr. ibid. ' Baudouin avoit d'abord épousé une noble Angloise
nommé Guterc, qui l'ayant accompagné à la Terre sain-
te, mourut en route de la fatigue du voyage. Après sa mort
il épousa à Edesse la fille d'un prince Arménien : du vivant
de cette seconde femme, il rechercha l'alliance d'A-
délaïde comtesse de Sicile, veuve de Roger frère de Ro-
bert Guischard, et lui envoya en -H42 des ambassadeurs.
Celte princesse ignorant que Baudouin fut lié par un ma-
riage légitime, accepta les offres de ses ambassadeurs, et se
rendit en Palestine l'an -I-H3, apportant des richesses im-
menses avec elle, et Baudouin l'épousa, comme s'il eût
été libre. Cette action fait peu d'honneur au roi de Jérusa-
lem, ainsi qu'au patriarche Arnoul, par le conseil duquel
Gui». Tyr. i. ii, c. Guillaume de Tyr ' assure que Baudouin épousa la com-
tesse de Sicile, qui étoit riche et puissante, pour remédier
à son extrême indigence. Il la renvoya en 44-17.
III SIBCLE.
ROI DE JERUSALEM. 209
§11.
SES ÉCRITS.
Tout ce que nous connoissons des écrits du roi Bau-
doin, se réduit à une lettre qu'il écrivit à Pascal, ' id. ibid. c. 28.
(peut-être par l'instigation du Clergé) pour lui demander
que toutes les villes dont il feroit la conquête, fussent sou-
mises pour le spirituel à la jurisdiction du patriarche de Jé-
rusalem. Le pape y consentit par sa réponse au roi datée du
M de Juillet; et il écrivit aussi sur le même sujet au patriar-'
che Gibelin, une lettre qui n'a aucune date : l'une et l'autre
paroissent toutefois écrites du même jour et avant l'an
4 -H 2, puisque Gibelin patriarche de Jérusalem mourut
cette année le 6 avril. Ainsi il ne jouit pas long-temps de
la faveur qu'il avoit obtenue : d'ailleurs Bernard d'Antio-
che, prélat respectable, étant informé de ce que Pascal II
avoit accordé à l'église de Jérusalem, au préjudice de celle
d'Antioche, écrivit à ce pape, et en obtint la révocation.
Pascal lui écrivit avec beaucoup de bonté et de modestie,
attribuant tout ce qu'il avoit fait à l'ignorance où il étoit
de la situation des diocèses , dont il ne pouvoit pas avoir une
exacte connoissance , à cause de leur éloignement; il finit
sa lettre en témoignant qu'il est bien éloigné de causer de la
division parmi ses frères, qu'il ne désire que d'entretenir la
paix parmi eux, et qu'il veut que chaque église conserve
ses droits. Cette lettre est datée du 7 Août, et a vraisem-
blablement été écrite l'an \\\\ ou \W2. Pascal écrivit
l'année suivante à Bernard d'Antioche une seconde lettre,
datée de Bénévent du 18 Mars; et une troisième au
roi Baudouin, datée du même jour. Dans l'une et l'autre
le pape rend raison des vues, qu'il avoit eues en accor-
dant au roi Baudouin ce qu'il lui avoit demandé en faveur
de l'église de Jérusalem. Il déclare que son intention est que
chaque église se renferme dans ses limites; qu'il ne peut
point s'écarter des saintes constitutions de ses pères, et qu'il
ne veut point que la dignité ecclésiastique soit diminuée
par la considération de la puissance des princes, ni la puis-
sance des princes par la considération de la dignité ecclé-
1 « Tome X. I) d
XII SIECLE.
240
BERNARD,
L. 11, C. 13.
siastique : Nec enim possimius manifeste sanctis patrum nos-
trovum constitutionibus obviare : Nec omnino volumus aut
pro principum potentia ecelesiasticam minui dignitatem; aut
pro ecclesiastica dignitate principum potentiam tnutilari.
Nous ne devons pas omettre ici que l'église de Beth-
lehem fut redevable à Baudouin de la dignité épiscopale,
à laquelle elle fut élevée dans le douzième siècle
en 4 4 40, par Pascal II. Ce prince voulant décorer son
royaume, et témoigner sa reconnoissance à Dieu , de qui
il l'avoit reçu, forma le dessein d'ériger en. cathédrale l'église
de Belhlehem , qui n'étoit auparavant qu'un simple prieuré,
où il avoit été couronné roi, et ce fut un des motifs qui le
portèrent à s'intéresser à la gloire de cette église. ' Guil-
laume de Tyr nous a conservé une charte de Baudouin de
l'an 44-10, où l'on voit de quelle manière son projet fut
exécute sous le pontilicat de Pascal II.
BERNARD
Abbé de Tyron.
8i.
HISTOIRE DE SA VIE.
Hab. t. 5, ann. I.
67, n. 61.
Marten. ampl. col-
lect. praef. t. G, n.
55. et suiv.
Bernard vint au inonde vers le milieu du onzième
siècle, dans le Ponthieu près d'Abbeville. Dès sa plus
tendre jeunesse, il méprisa les amusemens de son âge, pour
se donner tout entier à l'étude et aux exercices de piété.
Ayant acquis à l'âge de 20 ans une grande connoissance
des saintes écritures , il quitta sa patrie par un mouvement
de l'esprit de Dieu, et alla en Poitou avec trois compagnons
touchés du même désir que lui, pour y chercher un mo-
nastère, où la régularité fût exacte. La réputation de piété
où étoit alors l'abbaye de saint Cyprien de Poitiers, l'attira
dans cette maison. Elle étoit gouvernée par l'illustre abbé
Raynauld disciple de saint Robert, fondateur de la Chaise-
Dieu. Bernard y eut pour compagnons de solitude Hil-
debcrt, successivement abbé de Bourg-Dieu et archevê-
ABBÉ DE TYBON. 2\\
XII SIECLE.
que de Bourges ; Gervais depuis abbé de saint Savin et
plusieurs seigneurs qui s'y étoient retirés, dont le plus cé-
lèbre fut Garnier de Montmaurillon. Bernard se distingua
tellement par sa régularité et sa piété, que tous les soli-
taires le regardoient comme leur modèle. Dix ans après
Gervais ayant été fait abbé de saint Savin, il ne consentit
à son élection qu'à la condition qu'on dui donneroit Ber-
nard pour partager avec lui en qualité de prieur, la charge
qu'on lui imposoit L'union ne fut cependant pas telle
entre l'abbé et le prieur, qu'on avoit lieu de l'espérer.
' Gervais ayant voulu faire l'acquisition d'une église, pour Mah. an. t. 5,1.68.
aggrandir son monastère, Bernard jugeant que cela étoit
contraire aux loix de l'église , s'y opposa avec tant de force ,
que Gervais fut obligé de renoncer à son entreprise, et
il quitta même saint Savin , pour se retirer à saint Cyprien
de Poitiers. Alors Bernard se trouva seul chargé de l'ab-
baye de saint Savin , et la gouverna quelque temps avec
beaucoup de sagesse. Mais voyant que les religieux pen- ibid. n. 63.
soient à le choisir pour leur abbé, il s'enfuit secrettement,
et alla trouver le vénérable Pierre de l'Etoile, qui le reçut
avec beaucoup de charité dans son hermitage , qui étoit
peu éloigné de saint Savin. La proximité de cette nouvelle
retraite lui faisant craindre les sollicitations des religieux
qu'il avoit quittés, il en sortit de l'avis de Pierre, et alla
trouver Bobert d'Arbrissel et d'autres solitaires qui vi-
voient sur les confins de la Bretagne et du Maine. Pour
n'en être point connu, il changea de nom, et prit celui
de Guillaume. Il s'attacha à Vital , puis à un hermite
nommé Pierre qui s'occupoit à tourner, et à cultiver des
arbres. ' Il passa d'abord trois ans dans ce désert, occupé id. ibid.
de la prière et de la méditation des choses célestes, et me-
nant une vie toute angélique. Sa nourriture consistoit en
des herbes qu'il cueilloit dans la forêt, et dont il faisoit
son unique repas. Pour les rendre plus délicates, il y met-
toit du sel, mais seulement les jours de fêtes.
Au bout de trois ans les religieux de saint Savin, qui ib. iib.69 n. ei.
faisoient chercher Bernard de tous cotes, 1 ayant décou-
vert, obtinrent des ordres de l'évêque de Poitiers et de
l'abbé de saint Cyprien, pour le tirer de sa retraite, et l'é-
tablir leur abbé. Bernard informé de ce dessein, prit la
D d ij
m siecu. 2'2 BERNARD,
résolution d'aller se cacher sur les bords de la mer, puisque
les cavernes et les forêts de la terre ne pouvoient le sous-
traire à la connoissance des hommes. Il exécuta son dessein ,
et se retira sur les côtes de Bretagne, dans l'isle de Chaus-
Mab. ib. sey , ' où il vécut trois ans sans feu, sans compagnon, sans
aucun commerce avec les hommes, et dans un oubli parfait
de toutes les choses du monde. Les religieux de. saint Sa-
vin n'ayant pu le découvrir, prirent le parti de choisir un
abbé. Alors Pierre de l'Etoile chercha Bernard, le trouva,
et lui ayant appris cette nouvelle, il l'engagea à revenir
joindre ses compagnons de solitude, lui témoignant com- .
bien ils auroient de joie de le revoir. Bernard n'ayant plus
rien à craindre de la part des religieux de saint Savin, se
rendit aux désirs de Pierre. Il quitta l'isle de Chausaey,
et revint dans la forêt où il fut reçu par les hermites avec
toute la satisfaction imaginable. Il y bâtit une petite cabane
dans un lieu appelé Font-Goyhard. Raynauld abbé de saint
Cyprien, qui vivoit encore, ayant appris le retour de
Bernard dans sa première solitude, vint le trouver, l'en
tira par stratagème, et le ramena à saint Cyprien, où il le
fit établir prieur malgré lui, et le désigna pour son succes-
seur. Quatre mois après Raynauld étant mort, Bernard lui
succéda, et fut obligé enfin de se charger d'une dignité
qu'il avoit tant redoutée, et qu'il remplit si dignement.
Il assista cette même année (^00) au concile de Poitiers,
dont nous avons parlé ailleurs, et s'y distingua par son zèle
et sa fermeté, jusqu'à exposer sa vie.
Mab. ann. t.jsj. 'Bientôt après il s'éleva un orage contre le nouvel abbé
de saint Cyprien, de la part des religieux de Cluni qui pré-
tendoient que cette abbaye devoit être de leur dépendance.
Bernard ayant refusé de subir ce joug, les religieux de Cluni
eurent recours au pape Pascal, et obtinrent de lui une
bulle qui ordonnoit à Bernard de se soumettre aux Clunistes,
ou de quitter son abbaye. L'abbé de saint Cyprien accepta
la dernière condition, plutôt que de consentir à la servi-
tude de son église, qu'il avoit reçue libre.
Mab. ib. n. 82. ' Bernard ayant renoncé à son abbaye, retourna avec joie
dans sa chère solitude, et s'étant joint à Robert dArbrissel,
il partagea avec lui ses travaux apostoliques. Son absence
n'empêcha point les religieux de saint Cyprien de tenir
70. n. 63. I Bail!.
14 avr.
ABBÉ DE TYRON. 245
JII SIECLE.
ferme contre ceux de Cluni. Après quatre ans de combat,
ils allèrent avec des lettres de l'évêque de Poitiers cher-
cher leur abbé, pour l'engager à venir à leur secours. Ber-
nard après avoir passé quelques jours dans l'abbaye de saint
Cyprien , partit pour Rome, et fut bien reçu du pape, qui
le rétablit. De retour à Poitiers, il y vécut quelque temps
en paix; mais bientôt il fut obligé de retourner à Rome, pour
s'opposer aux nouvelles entreprises des Clunistes, qui pour
lors étoient d'intelligence avec les religieux de s. Cyprien.
Bernard demanda que son affaire fût examinée devant le Mab. u>. t. ti, n.
souverain Ponlife; et ne pouvant rien obtenir, 41 en ap-
pella au tribunal de Dieu, et y cita le pape : Papam ad
divinum judicium provocavit. Pascal irrité de la hardiesse du
saint abbé, le fit chasser de sa présence. Mais les cardinaux
Jean et Benoît, qui avoient été témoins de la fermeté de
Bernard dans le concile de Poitiers, ayant fait au pape l'é-
loge de sa vertu, il le fit rappeller, et lui donna une au-
dience très favorable. Il plaida sa cause avec tant de force,
que les religieux de Cluni n'eurent rien de solide à répli-
quer. Non seulement le pape jugea en sa faveur, et le ré-
tablit dans la dignité d'abbé, mais il voulut même le faire
cardinal, et le retenir auprès de lui. Le saint abbé refusa
l'un et l'autre, et ayant reçu du pape le pouvoir d'exercer
tes fonctions ecclésiastiques, c'est-à-dire de prêcher, de
confesser et de baptiser, il revint à Poitiers. Il y resta peu.
L'amour qu'il avoit pour la solitude,-lui fit prendre la réso- Mab. ann. t. s, i.
lution de retourner dans l'islede Chaussey, d'où il fut chassé nôe.' '
par des Pirates, et vint s'établir dans un lieu près de Fou-
gères. Comme ce lieu étoit trop proche du château, Ra-
dulphe de Fougères lui en accorda un autre dans la forêt
de Savigny, où Vital avoit construit un monastère. Ber-
nard voyant que les disciples de Bobert d'Arbrissel son
âmi , commençoient à peupler ce désert, crut devoir le
teur céder, et il se retira à Arcisses qui lui fut donné par
Rotrou comte du Perche. Mais Beatrix, mère de ce comte, ibid. l Martene
, , , n «• ampl.colleet. prse».
craignant que Bernard n eut quelque nouvelle allaire avec in {. e.
les religieux de Cluni qui avoient un monastère à Nogent
le Rotrou, lui fit donner un autre fonds dans la forêt de
Tyron. Ce fut dans cette forêt que la providence qui desti-
nait Bernard à faire revivre le premier esprit de saint
1 6 *
III SIECLE.
Mab. ib. n. 39.
24 4
BERNARD,
Goffr. vit. s. Bern.
c. 33.
Id. ibid. c. 42.
Mab. an. t. 5,1.71,
n. 40. i Order. Vi-
tal, hist. 1. 8, Bob.
de Monte app.
Guib. p. 812.
P. 497.
Benoît, le fixa après tant de voyages et de fatigues. ' La
chronique de saint Aubin d'Angers en marque précisément
le temps l'an -H 07. Cependant le nouveau monaslere ne
fut proprement en état d'être habité que l'an -H 09,' lors-
que Bernard ayant assemblé un nombre considérable de
disciples, reçut la bénédiction du célèbre Yves de Chartres,
qui favorisoit cet établissement de tout son pouvoir, et y
célébra la première messe le jour de Pâques dans la chapelle
de bois. A peine Bernard eût-il passé deux ans dans celte re-
traite , qu'il eût une nouvelle querelle à essuyer de la part
des religieux de Nogent.
Pour couper court à toute contestation , il pria l'évèque
et les chanoines de Chartres de lui accorder un petit fonds
dans le voisinage situé sur la rivière de Tyron , pour y
transférer ses solitaires. Il l'obtint. L'acte en fut expédié
le 5 février 4440, et confirmé trois ans après. Ce lieu plut
beaucoup à Bernard, parce qu'il étoit très-solitaire et sté-
rile, et peu propre à lia ter la délicatesse. La bonne odeur
que le saint abbé et ses religieux répandirent, attira bien-
tôt dans ce désert une multitude de fidèles, qui desiroient
profiter de leurs exemples et de leurs instructions. ' Bernard
les recevoit tous avec beaucoup de charité , les faisant tra-
vailler chacun selon son art et sa profession ; de sorte que
ce lieu qui auparavant étoit une retraite de voleurs, fut
peuplé de pénitens et de solitaires, qui menoient la vie
la plus sainte, et pratiquoient des austérités presqu'incroya-
bles. La réputation de Bernard et des religieux de Tyron
s'étendit de tous côtés, même parmi les nations étrangères.
Le double don de miracles et de prophéties que Dieu
avoit accordé au saint abbé, ne contribua pas peu à rendre
son nom célèbre. Après avoir passé environ dix ans dans
cette dernière retraite, il y mourut saintement entre les
mains de ses disciples, le 25 avril LU 8, selon D. Mabil-
lon. Le P. Pagi prétend qu'il mourut le 23 février 4 447,
et se fonde sur l'autorité de la chronique de Maillezais,
qui néanmoins place la mort de Bernard le 25 avril , et non
le 23 février. Le P. Ignace Joseph de Jesus-Maria dans
son hisloire'd'Abbeville, ' fait mourir le vénérable Bernard
le 44 avril 4442; M. Baillet et les Bollandistes, le 44
avril 4 447; la chronique de Maillezais, le 25 avril 4 4 46
ABBÉ DE TYRON. 245
ÏII SIECLE.
Parmi ces différens sentimens, celui du P. Mabillon mé-
rite la préférence, étant le mieux appuyé.' Il est certain Mab. ann. t. r>, 1.
que l'abbaye de Joug-Dieu dans le Beaujolois ne fut fon-
dée que l'an 4 448, et que Bernard y envoya de ses reli-
gieux , à la prière de Ricbard ; par conséquent il a vécu jus-
qu'en cette année. Pour ce qui est du jour, il est clairement
marqué dans le martyrologe de Tyron au vu des calendes
de mai, c'est-à-dire au 25 d'avril. Ce que dit Geofroi le
Gros, en parlant de la mort de Bernard, n'y est point
contraire : Imminente tennino, quo hurnani generis Creator
et redemptor tôt tantisque laboribus ejusdem finem vellet im-
ponere, ad incestimabilia stipendia undecimo ejus resurrec-
tionis die,, corporis invitatur molestia. Les Bollandistes ont
prétendu que Geofroi a voulu marquer par ces paroles que
Bernard tomba malade le onzième jour après Pâques, d'où
ils ont conclu que Bernard est mort l'année précédente.
Mais rien n'empêche qu'on n'entende ces paroles de la
mort même de Bernard. La fête de Pâque tomba le i 4
avril en l'année \ \\ 8 ; ainsi Bernard étant mort onze jours
après sa résurrection, sa mort est arrivée le 25 avril.
§ II.
SES ÉCRITS.
t
Guillaume de Neubrige, en faisant l'éloge de Ber- Rer. Àngl. 1. 1, c.
nard , dit qu'il dressa des réglemens particuliers pour
la conduite de ses religieux. Nous ne les avons trouvés
nulle part, mais nous ne doutons pas qu'un instituteur d'or-
dre n'ait fait quelques statuts. Peut-être se conservent-ils
dans l'abbaye de Tyron.
'Parmi les manuscrits du collège de la sainte Trinité de cat mss Angiic.
Dublin, il y en a un qui porte ce titre : Epistolœ Ivonis par '
Carnotensis Hildeberti Tyroni et Bemardi. Il est visible qu'il
y a une transposition dans le titre de ce recueil de lettres,
et qu'au lieu de Bemardi et Tyroni, il faut lire et Bemardi
Tyroni. En rétablissant ainsi le titre du manuscrit, on peut
avec beaucoup de vraisemblable conclure qu'il renferme
les lettres de l'abbé de Tyron à Ives de Chartres, avec
lequel le saint abbé avoit une graude liaison, et à Hildebert
III SIECLE.
24 6
PASCAL II,
évêque du Mans. Quoi qu'il en soit, n'ayant point le ma-
nuscrit sous les yeux, nous ne "pouvons assurer ayec une
entière certitude , que ce sont les lettres du bienheureux
abbé de Tyron.
PASCAL II
Pand. Pisan. , ap.
Murât, t. 3, p. 354.
An. B«n. 1. 69, l).
2.
Yepez,
2091.
t. 6, an.
8 l.
HISTOIRE DE SA VIE.
Pascal II auparavant appelle Reignier, fils de Cres-
cent et d'Alsacie, naquit à Blede en Toscane, ville au-
trefois épiscopale, et aujourd'hui du diocèse de Viterbe.
Prévenu de la grâce dès sa plus tendre enfance, il quitta
fort jeune sa patrie , pour embrasser la vie monastique dans
l'abbaye de Cluni , qui eut l'avantage de donner successive-
ment à l'église deux papes d'un rare mérite Urbain II, et
Pascal son successeur immédiat.
Les progrès que Reignier fit dans les sciences et la vertu
furent très-rapides. Il ne se distingua pas moins par sa pru-
dence et sa capacité pour la conduite des grandes affaires;
en sorte que n'étant âgé que de vingt ans, il fut envoyé à
Rome pour celles de son monastère. Son mérite y fut
bientôt connu, et ' Grégoire VII, qui occupoit alors le
saint siège, le fit élire abbé de saint Laurent et saint Etienne
hors la ville, et l'ordonna dans la suite prêtre cardinal de
saint Clément. Il se trouva à l'élection d'Urbain II, l'an
4 088, et y représenta les cardinaux prêtres qui étoient ab-
sens. Urbain qui avoit connu Reignier étant religieux à Clu-
ni, et qui sçavoit quelle étoil sa prudence et ses talens, l'en-
voya en qualité de légat en Espagne, pour solliciter la déli-
vrance de ' D. Diego Pelage, évêque de saint Jacques en
Galice, que le roi Alphonse VI retenoit en prison depuis
quatre ans. Ce prince avoit même forcé le prélat, par ses
mauvais Iraitemens, de donner sa démission dans un con-
cile auquel avoit présidé le cardinal Richard , qui eut la té-
mérité de lui substituer Pierre abbé de Sardaigne, sans con-
sidérer
PAPE. 2\7
XII SIECLE.
sidérer que n'étant plus légat du "saint siège, depuis que Vic-
tor III prédécesseur d'Urbain II, l'avoit révoqué, il ne pou-
voit plus en exercer les fonctions. ' Urbain avoit déjà écrit Lab. conc. t. 10,
sur ce sujet au roi Alphonse, et s étoit cru obligé, après lui p'
avoir fait ses remontrances, de mettre l'église de saint Jac-
ques en interdit.
' Rcignicr arrivé en Espagne , ne dissimula point au roi it>.
que l'élection de Pierre étoit nulle, et la déclara telle dans J^"'^ p "asa.
un concile qu'il tint à Laon. ' Mais n'ayant pu obtenir l'é- Yepez.ib.'
largissement du prélat prisonnier, qui étoit un esprit inquiet
et dangereux, et prévoyant qu'il seroit difficile de le réta-
blir sur son siège , quoiqu'il eût réclamé aussitôt après sa dé-
mission, et que le roi , quoique très-attaché à l'église, n'y
consentiroit jamais , il fit élire à sa place Dalmacc moine de
Cluni, qui visitoit alors les monastères d'Espagne dépen-
dans de cette abbaye. Le comte Raimond et Urraque l'a-
voient demandé avec instance , et tout le monde le désiroit.
Par ce tempérament qui fut approuvé du pape, la paix fut
rétablie dans la province, et le schisme éteint.
' Reignier après avoir terminé avec le même succès toutes Lab. »b. p. 719.
les autres affaires qui éloient l'objet de sa légation, revint
à Rome où il se fit généralement aimer et estimer, n'usant
de son crédit auprès du pape, que pour obliger tous ceux
qui s'adressoient à lui. ' C'est ainsi qu'en parle l'auteur de sa Panduiph. ibid. p.
vie. Il assista l'an -1097 au concile de Pari, et c'est de lui Lab. t. io, p. en.
que nqus apprenons, que le pape y excommunia ceux qui
recevoient , ou avoient reçu les investitures des laïcs. Enfin
l'an -1099, Reignier fut élevé sur le saint siège le 43 d'août,
-15 jours après la mort d'Urbain II, ' qui en mourant l'avoit AbUsp.an. 1099,
, , ." , . . .. _ . . , * „. ap. Murât, ibid. p.
désigne pour lui succéder. Pandulphc de Pisc, et non Pierre 354.
Pisan , comme l'appelle M. Fleury , historien du temps, rap-
porte qu'il prit la fuite sur le premier avis qu'il en eut,
mais qu'ayant été découvert et ramené de force, il fut con-
traint de se soumettre, ce qu'il lit en protestant de son indi-
gnité. Alors, continue le même auteur, quelques-uns du
clergé changeant son nom , crièrent trois fois : Pascal pape :
saint Pierre a parlé. Le lendemain \h d'août il fut sacré à
saint Pierre par Odon évêque d'Ostie. Cette élection fut gé-
néralement applaudie, et consola les Romains de la perte
qu'ils venoient de faire par la mort d'Urbain II. Us regar-
Tome X. E e
XII SIECLE.
218 PASCAL II,
doicnt depuis longtemps Reignier comme leur père com-
mun. Le zèle et la fermeté qu'il avoit fait paraître avant
que d'être pape , contre l'antipape Guibert , leur fit espé-
rer qu'ayant l'autorité en main, il achèverait de ruiner en-
ib. tiérement son parti. ' Ils l'en supplièrent avec instance , et
lui offrirent pour cela des secours d'argent.
Pascal comploit bien profiter de ces heureuses disposi-
tions, lorsque les députés du comte Roger arrivèrent pour
le complimenter de sa part , et lui offrirent mille onces d'or
ib. qu'ils mirent à ses pieds. ' Encouragé par ce nouveau se-
Hug. Flor. chr. -, 0. .. ,. > au » i
an. noo. cours, . lit attaquer 1 antipape a Albano , et le pressa si vi-
vement, qu'il l'obligea de prendre la fuite du côté de Citta-
di-Castello, où il mourut subitement au commencement
d'octobre de l'an 1100,1a vingt-unième année de son in-
trusion , après avoir résisté impunément à trois papes , et
causé des maux infinis à l'Italie.
Tandis que Pascal étoit occupé des affaires d'Italie, il
ne perdoit point de vue les besoin.- des églises éloignées.
conct. 10, p.622, ' Il écrivit le 4 mars de la même année à l'armée des croisés,
ep' pour les féliciter des avantages considérables qu'ils avoient
remportés sur les infidèles depuis la prise de Nicée , jusqu'à
celle de Jérusalem , et leur envoya pour légat Maurice
évêque de Porto, avec pouvoir de régler toutes choses
Mab. ann, i. C9, dans les églises nouvellement délivrés. ' 11 confirma vers
an. 1100, n. 1. . « , , , - . ,, > ., , , , , *
le même temps la légation en Allemagne a Gebchard eve-
que de Constance. Il envoya en France les cardinaux Jean
et Benoit, qui y tinrent deux conciles, l'un à Valence,
et l'autre à Poitiers, et excommunièrent dans le dernier le
roi Philippe qui, après la mort du pape Urbain II, avoit
Eadm. Wst. no7. repris Bertrade. ' Gui archevêque de Vienne alla en An-
gleterre, mais il ne put y exécuter les fonctions de légat,
les Anglois n'en reconnoissant point d'autre dans leur pays,
que l'archevêque de Cantorberi. Saint Anselme qui occu-
poit ce siège, et étoit exilé en France, en ayant été rap-
conc. t. 10, p. pelle après la mort funeste de ' Guillaume 'e Roux, arrivée
le 2 d'Août 'H 00, Pascal écrivit à ce saint prélat sur son
heureux retour, et l'exhorta à procurer la paix entre le roi
d'Angleterre et le duc de Normandie son frère, qui reve-
noit de la Palestine , où il s'étoit signalé contre les infi-
dèles.
PAPE. 2)9
XII SIECLE.
Nous ne devons pas omettre une députation célèbre,
quoique peu considérable aux yeux du monde, que reçut
cette année Pascal II, et qui fut un événement remar-
quable de son pontificat. Ce fut celle do Jean et d'Ildebod,
qui vinrent le trouver de la part d Alberic, pour lui de-
mander la confirmation du nouveau monastère : c'est ainsi
qu'on appclloit le monastère de Citeaux, devenu si célèbre
depuis. Pascal fit beaucoup d'accueil à ces deux religieux ,
et leur accorda ce qu'ils demendoient par une bulle datée
du 48 avril de l'année 4100. Celte bulle qu'on peut regar-
der comme le premier titre de Citeaux, se trouve impri-
mée en plusieurs endroits , dans le grand et le petit exorde
de ' Citeaux, dans les annales de cet ordre, etc. Pascal, Ann. cist. ad an.
comme nous l'avons vu, fut élu l'an 1099, le 15 d'août : ' p'
ainsi il étoit encore dans la première année de son pontifi-
cat le 48 avril 4 400, jour auquel il expédia fceltc bulle,
qui cependant est datée de sa seconde année. Mais cette
difficulté est aisée à résoudre. L'année 4 099, qui fut celle
de l'élection de Pascal , est compté'! pour la première année
de son pontificat; et la suivante 4 400 pour la seconde. On
trouve plusieurs exemples de cette manière de compter
dans les historiens.
Quoique le parti des schismatiques parût abattu en Italie
par les avantages que Pascal avoit remportés sur eux, et par
la perte qu'ils avoient faite de l'antipape Guibert leur chef,
ils firent de grands efforts pour se relever, et lui substituè-
rent successivement jusqu'à trois antipapes, Albert, Theo-
doric et Maginulfe. Le premier fut pris par les catholiques
le jour même de son élection, et enfermé dans un monas-
tère : le second subit le même sort au bout de trois mois et
demi : enfin le troisième qui avoit pris le nom de Silvcstre IV,
fut ebassé honteusement de Rome, et mourut en exil dans
une grande misère.
Dans ces entrefaites, arrivèrent à Home des députés du
Roi d'Angleterre, pour se plaindre au pape de ce qu'An-
selme refusoit de rendre à leur maître l'bommage que les
archevêques de Cantorberi lui avoient toujours rendus,
comme les autres évêques du Royaume, ei de recevoir de
lui l'investiture de son église. ' Le pape fit réponse au roi, Ep.^cow. t.io,
que ce qu'il exigeoit de saint Anselme étoit contraire aux
E e ij
xiisibcu. 220 PASCAL II,
loix de l'église, et que d'ailleurs il n'avoit point dessein de
diminuer sa puissance. « Ne craignez pas, lui dit-il , que
» nous voulions rien diminuer de votre puissance, ou nous
> allribuer rien de nouveau dans la promotion des évêques.
» Vous ne pouvez scion Dieu exercer ce droit, et nous ne
» pouvons vous l'accorder qu'au préjudice de voire salut et
» du nôtre. » Ces remontrances ne firent d'abord aucune
impression sur l'esprit de ce Prince qui regardoit les inves-
titures comme un droit inaliénable de sa couronne; et cette
affaire eut en Angleterre de grandes suites, dans lesquelles
nous n'entrerons pas ici. On peut les voir dans Eadmer et-
dans l'article de saint Anselme. Nous ajouterons seulement
que le roi renonça enfin aux investitures, dans une assem-
blée de seigneurs, qui se tint dans l'abbaye de saint Edmond
le premier d'Août I 107, et se contenta des hommages que
les évêques avoient coutume de lui faire avant leur' ordina-
Ep. 16, ib. p. 545. tion ; ' à quoi le pape consentit.
Pascal ne trouva pas tant d'opposition en France, où
Philippe occupé de l'objet de sa passion, laissa agir les lé-
gats Jean et Benoit, qui exécutèrent en différens conciles
les ordres du pape contre les investitures, sans y causer au-
cun trouble considérable.
L'an f!02, Pascal tint à Rome sur la fin du mois de
mars, un concile d;ms lequel il renouvella l'excommunica-
tion portée contre Henri IV, par les papes Grégoire VII,
et Urbain II. Il la fulmina lui-même le jeudi saint, et fit
dresser une formule d'ana thème qui fut envoyée en Alle-
magne , où elle souleva les sujets contre leur souverain. Le
pape écrivit en même-temps au comte de Flandres et autres
princes chrétiens . pour les exhorter à prendre les armes
contre Henri.
On fit quelque difficulté en Pologne, et même en Sicile,
Ep. i et 5, p. 62i , '. • recevoir la formule de Pascal. ' L'archevêque de Gnes-
ne, et celui de Palerme mandèrent au pape que Jesus-Christ
a voit défendu tout serment dans l'évangile, et qu'on ne
trouvoit pas que ni les Apôtres, ni les Conciles en eussent
ordonné aucun; qu'ainsi on éloit d'avis qu'ils ne dévoient
point prêter ce serment. A quoi Pascal répondit que la né-
cessité l'obligeoit de l'exiger, pour conserver la foi, l'obéis-
sance et l'unité de l'église. Ce n'est pas, leur dit-il, pour
PAPE- 2M X1IUECU.
notre intérêt particulier; c'est seulement pour montrer,
que vous êtes membres de l'église catholique et unis à son
chef. Les Saxons et les Danois sont plus éloignés quev ous ,
et toutefois leurs métropolitains prêtent le même ser-
ment.
Cette conduite du pape à l'égard d'Henri fut peut-être
ce qui engagea Philippe 1 roi de France, à avoir recours à
la clémence de Pascal, par la crainte des suites fâcheuses
que pouvoit avoir l'excQmmunication dont il avoit été frap-
pé dans le concile de Poitiers, et à promettre sincèrement
de quitter Bertrade. En conséquence ' le pape écrivit aux c°n« t io, ep.
archevêques de Reims, de Sens et de Tours, une lettre ,r
datée du 5 Octobre ^04, par laquelle le cardinal Richard
est chargé d'absoudre Philippe et Berîrade, et en son ab-
sence, Lambert évêque d'Arras. Ce fut ce dernier qui fit
la cérémonie l'année suivante , dans un concile tenu à Pa-
ris le 2 Décembre.
On venoit de déposer l'empereur Hunri IV à Mayen-
ce , dans une assemblée solemnelle , à laquelle assistèrent les
légats du saint Siège, et d'y proclamer roi son fils nommé
Henri. Le jeune prince fit aussitôt part au pape de son avè-
nement à la couronne , par une députation des seigneurs
les plus distingués de l'assemblée, suppliant sa sainteté de
vouloir bien venir le joindre en Allemagne, pour concer-
ter ensemble les moyens d'établir une paix solide entre le
saint Siège et l'empire.
Pascal s'y prêta volontiers; la mort d'Henri IV arrivée
peu après, au mois d'août de l'an 4406, ne fut point un
obstacle. Passant par la Lombardie, il s'arrêta à Guastalla,
où il avoit indiqué un concile pour le 22 d'Octobre. Dom spic. t. i3,p. tn.
Dacheri nous a donné une lettre que le pape écrivit pen-
dant ce concile aux évêques de France sur le meurtre d'Ar-
taud abbé de Vezelay, leur mandant de punir les coupa-
bles par l'exil. Pascal ne tarda pas à apprendre que le suc-
cesseur d'Henri IV avoit changé de disposition, et qu il
paroissoit aussi intraitable que son père l'avoit été sur l'arti-
cle des investitures. Cette nouvelle l'engagea à quitter la
route de l'Allemagne, pour prendre celle de France. Il y
indiqua en même temps un Concile à Troyes en Cham-
pagne. Ayant passé les Alpes , il arriva à Cluni , où il celé-
XII SIKCLE
222
PASCAL II,
Bib. Clun.
Mab. ann. 1
1.
p. 537
. 71, n
Hist df s.
I. 3, p. 135.
Pand. ap.
t. », p. 356.
bra la fête de Noël , et s'y reposa de ses fatigues jusqu'au
mois de Février. Il alla ensuite à sainte Hippolyte, où il
confirma toutes les possessions et les prieures des Clunistes,
auxquels il rend ce glorieux témoignage , qu'ils avoient ré-
tabli en France la religion dans la plupart des endroits, où
elle éloit éteinte : en passant par Lyon, il consacra le grand
autel de l'abbaye d'Aine, nouvellement construit par Jaus-
ceran , qui fut placé peu apics sur le siège de Lyon. Après
avoir parcouru plusieurs provinces de France, et visité dif-
férens monastères, il arriva au mois d'Avril dans la célèbre
abbaye de saint Denis, où le roi accompagné de la reine et
du prince Louis son fils, vint le trouver, et lui rendit de
grands honneurs. Suger observe dans la vie de Louis le
Gros, que Pascal donna un exemple rare de désintéresse-
ment , lorsqu'après avoir vu le thrésor , il ne demanda ni
or, ni argent, ni pierres précieuses , mais seulement quel-
Denis, ques morceaux des vêtemens de saint Denis. ' 11 entretint à
fond le roi et le prince Louis de l'état présent de l'église
de Rome et les conjura de le secourir dans la conjoncture
où il avoit affaire contre l'empereur Henri qui étoit un re-
doutable ennemi. Sur la nouvelle qu'on eut que les Am-
bassadeurs d'Henri V approrhoient de Chalons-sur-Marne ,
pour traiter avec le pape, Philippe le quitta et lui donna
plusieurs prélats pour le conduire. Suger l'accompagna dans
ce voyage avec son abbé , et c'est de lui qu'on sçait ce qui
se passa à cette conférence , et le mauvais succès qu'elle eut.
Pascal étant parti de Châlons, sans rien conclure, se
rendit à Troyes, pour y tenir le concile qu'il y avoit in-
diqué à la fête de l'Ascension de l'an -H 07. Le concile fi-
ni, il reprit le chemin de Rome, et y arriva sur la fin
d'Octobre. Il s'appliqua le reste de l'année, et une partie de
la suivante M 08, à rétablir la paix, que quelques séditieux
profitant de son absence avoient troublée. Mais informé de
ce qui se passoit en Allemagne et des desseins d'Henri V ,
il sortit de Rome pour prévenir les maux dont il étoit me-
nacé et pour se procurer quelques secours. Nous le voyons
à Florence le 24 Septembre; ensuite à Rénévent, où il
tint un concile au mois d'octobre; au mont Cassin, et
enfin à Capoue où il fit promettre au duc et aux seigneurs
du pays , de l'aider contre le roi d'Allemagne , s'il en avoit
Mural
PAPE. 225
XII SIECLE.
besoin; revenu à Rome, il fit faire les mêmes promesses
à tous les grands, et y célébra le 7 mars -H-IO, le second
concile de Latran , dans lequel il renouvella les décrets
contre les investitures. ' Cette même année Henri V par- chroa. rass. i. 4,
tit d'Allemagne pour aller en Italie, il célébra la fête de p. 776.
Noël à Florence, et envoya des députés au pape, il y eut
une convention et des articles arrêtés le 5 février \\\\ , en-
tre Pascal et Henri qui prêta à Sutri, le 9 du même mois, le
serment dont on étoit convenu. Après cela l'empereur s'a-
vança vers Rome, où il fut reçu le 42 février à la porte
de la ville par le clergé, conduit jusqu'aux marches de saint
Pierre, et proclamé empereur. Mais Pascal ayant deman- Pana, ap. Murât.
,, x FT . ., , .., . . ,, .. , p. 357. I Cliron.
de a Henri 1 exécution du traite dont on etoit convenu de cass iMab.ann. 1.
part et d'autre ; il le refusa et se saisit même de la personne 72, n- l'2,
du pape qu'il retint prisonnier pendant deux mois, et ne
lui rendit la liberté qu'après avoir extorqué une bulle en
faveur des investitures; le menaçant, s'il le refusoit, de le
faire mourir avec plusieurs clercs et quantité d'illustres
Romains qu'il tenoit dans les fers. Le lendemain \2 d'A-
vril il obligea encore le pape de le couronner empereur.
Quoique Pascal n'eut fait cette démarche que pour sau-
ver la vie à l'élite de son clergé et de la noblesse Romaine, ' Mab. ib.
qui se jetterent à ses pieds , le priant d'avoir pitié d'eux,
il eut néanmoins le chagrin de voir sa conduite blâmée hau-
tement par un grand nombre de cardinaux , d'évêques et
d'abbés, et de recevoir des lettres très-vives sur ce sujet.
Plusieurs cardinaux s'étant assemblés cassèrent la bulle qu'il
avoit accordée à Henri , comme contraire aux décrets des
papes précédens. Pascal qui avoit quitté Rome parce qu'il
n'avoit pu les appaiser, ni les portera excuser ce qu'il n'a-
voit fait que par nécessité, leur écrivit une lettre dans la-
quelle il loue leur zèle; mais il leur représente que leur dé-
marche n'est point régulière ni conforme à la charité, et
il ajoute humblement que mettant sa confiance dans la
miséricorde de Dieu , il aura soin de réparer ce qu'il a fait
en considération de ses frères et de ses enfans, et pour em-
pêcher la ruine de la ville et de toute la province.
' Brunon évêque de Signi, abbé du mont Cassin, fut l'un Mab ib.
des plus vifs, et écrivit deux lettres, l'une à Pascal lui-mê-
me , dans laquelle il lui témoigne qu'il le chérit comme son
III SIECLE.
224 PASCAL II,
père , et qu'il ne veut point avoir d'autre pape que lui ; mais
il déclare nettement qu'il ne peut point approuver un traité
si honteux, si contraire à la piété et à la religion, qui donne
atteinte à la foi et détruit la liberté de l'église : il finit en le
priant d'avoir pitié de l'église de Dieu et de l'épouse de Jé-
sus-Christ ; et de travailler à lui faire recouvrer la liberté
qu'il lui a fait perdre : Miserere ecclesiœ Dei, lui dit-il, mi-
serere sponsœ Christi. La seconde lettre est adressée à Pierre
évêque de Porto, qui avoit signé le traité immédiatement
après le pape; il y accuse d'hérésie ceux qui prennent la
défense de ce traité. Pascal fut si piqué de la liberté de Bru-
non, qu'il lui défendit de garder dorénavant son abbaye et
son évêché et fit écrire par l'évèque d'Ostie aux moines
*»b ">• du mont Cassin , de faire l'élection d'un autre abbé. ' Non-
seulement Brunon n'y mit point d'obstacle, mais il y exhor-
ta lui-même les religieux ; et voyant qu'ils le refusoient :
Je ne veux point, leur dit-il, être un sujet de division en-
tre vous et le souverain pontife ; puis mettant sur l'autel
le bâton pastoral , il se retira dans son évêché où il vécut
d'une manière très-édifiante jusqu'à sa mort.
Nous verrons dans l'article de Geofroi de Vendôme
avec quelle force et quelle vivacité cet abbé s'éleva aussi
contre le traité de Pascal avec Henri sur les investitures ,
et avec quelle liberté il en parle. Il faut avouer que ce pape
éloit excusable, du moins en partie, et qu'il méritoit d'ê-
tre traité avec plus d'indulgence. Néanmoins le zèle des
cardinaux, des évêques et autres qui le reprirent avec tant de
force et de liberté ne doit ni ne peut être blâmé, puisqu'il
est une marque de leur zèle et de leur grand attachement
pour l'église ; car ils ne partaient de la sorte , que parce
qu'ils éloient persuadés que la bulle accordée en faveur des
investitures, donnoit atteinte à la foi et à la religion, en
privant l'église de la liberté des élections.
Le pape craignant les suites que pou voit avoir la fer-
mentation où il voyoit les esprits, et qui tendoit au schisme,
prit de sages mesures pour le prévenir. Ce fut d'indiquer
itsperg. i ciiron. un concile dans lequel il rendit compte de sa conduite : le
concile fut ouvert le 28 Mars iH2, dans l'église de La-
tran. Le pape après avoir exposé ce qu'il a 6ouffert de la
part d'Henri V, et de quelle manière il avoit été contraint
de
C.iss
PAPE. 225
XII SIECLE.
de lui accorder les investitures , pour obtenir la délivrance
des prisonniers, et préserver Rome et l'Italie du pillage;
ajoute que lui et les cardinaux ayant juré de ne plus inquié-
ter à ce sujet ce prince et les siens, il ne prononceroit pas
d'analhême contre eux , quoiqu'ils eussent très-mal obser-
vé ce qu'ils avoient promis; que Dieu seroit leur juge;
qu'au reste il désaprouvoit fort cette concession; qu'il la ju-
geoit mauvaise, et soubaitoit pouvoir s'en relever. Ce
discours ayant été applaudi par tout le concile, le traité fait
avec Henri fut cassé et annullé. ' Le dernier jour du con- usp. ad an. 1112.
cile , Pascal fit sa profession de foi pour lever tous les dou-
tes qu'on pourroit avoir sur la pureté de sa créance : il y
déclare qu'il reçoit toutes les divines écritures de l'ancien
et du nouveau testament, les quatre évangiles, les sept
épitres canoniques, ccllos de saint Paul, les quatre con-
ciles généraux, comme les quatre évangiles, sçavoir, de Ni-
cée, d'Ephèse, de Constantinople, de Calcédoine; et il y
joint celui d'Antiocbe, les décrets des souverains pontifes,
sur-tout ceux de Grégoire VII et d'Urbain son prédé-
cesseur; il approuve, confirme, rejette, condamne, in-
terdit, défend tout ce qu'ils ont approuvé, confirmé, re-
jette, condamné, interdit, défendu. Godefroi de Vilerbe
ajoute que Pascal quitta la niante et la cappe, priant l'as-
semblée qui étoit composée de plus de cent évoques, de plu-
sieurs abbés et d'une multitude innombrable de clercs, d'é-
lire un autre pape; proposition qui fut rejettée.
Pendant tout le reste de son pontificat, Pascal n'eut pour
objet que de réparer la faute qu'il crut avoir faite par le trai-
té avec Henri, et d'anéantir la fatale bulle qu'il avoit don-
née en faveur des invesiitures. Pour tranquilliser les fidèles
allarmés à ce sujet , il manda à ses légats ce qui avoit été fait
dans le concile de Latran contre le traité conclu avec l'em-
pereur, leur enjoignant de s'y conformer dans les conci-
les qu'ils tiendraient à cet effet. On en tint plusieurs cette
même année -MI 2 et les suivantes, en France et ailleurs,
qu'il est inutile de rapporter. Il suffit de dire que dans tous
généralement, la bulle donnée en faveur des investitures
fut condamnée, et l'empereur excommunié.
L'an 1115, la mort de la Comtesse Matbilde, arrivée
le 24 Juillet, ayant attiré en Italie l'empereur Henri pour
1 i Tome X. F f
III SIECLE.
226 PASCAL II,
recueillir la succession de cetle princesse , il fit proposer au
pape des conditions de paix par Pons abbé de Cluni, qui
y travailla avec beaucoup d'application, mais sans succès.
L'année suivante Pascal tint au mois de Mars un grand con-
cerne. 1. 10, p. 805. cile dans l'église de Latran : ' il y parla avec beaucoup
|Usp. adan. 111G. ,,, ...,, , ° e . .,, n ■ j- * »-i >'» K
d humilité du fameux traite avec Henri, disant qu il s etoit
conduit comme un homme, parce qu'il n'étoit que cendre
et poussière, avouant qu'il avoit mal fait, et priant ceux
qui étoient présens, de joindre leurs prières aux siennes,
u»j. ib. pour obtenir le pardon de sa faute : Feci autemuthomo, quia
pulvis sum et cinis; fateor me maie egisse, etc. Puis il frap-
pa d'un anathême perpétuel l'infortuné traité, qui lui cau-
soit tant de peine , et pria tous les assistans de faire la même
chose, ce qu'ils firent. Il approuva ce qui avoit été arrêté au
concile de Vienne contre les investitures, ' et tout ce que
ses légats avoient fait à ce sujet dans les différens conciles
qu'ils avoient tenus. Le seul Conon évêque de Palestrinè,
cardinal légat du saint siège en avoit tenu cinq , dont il de-
manda et obtint la confirmation du pape et du concile : il
avoit excommunié l'empereur à Jérusalem, aussi-tôt qu'il
eût appris la violence qu'il avoit faite au pape; il l'excom-
munia ensuite dans la Grèce, en Hongrie, en Saxe, en
Lorraine, en France, de l'avis de ces églises, dans les cinq
conciles qu'il tint.
C'est ainsi que Pascal se releva du traité fait avec l'em-
pereur. Si ce fut une faute de sa part, on peut assurer qu'il
la répara bien ; et qu'il a donné à ses successeurs un exem-
ple de modestie et d'humilité d'autant plus grand et plus
admirable, qu'il est joint à la plus haute dignité. On peut
encore remarquer la modération de ce pape , en ce qu'il
ne voulut rien faire contre la personne de l'empereur, ni
prononcer contre lui de sentence d'excommunication.
L'empereur étant informé de tout ce qui s'étoit fait 'au
concile de Latran , et voyant tous ses projets dérangés , prit
la résolution de repasser en Italie, ce qu'il fit l'an -H 47. Au
bruit de son arrivée Pascal se retira au Mont Cassin, ensuite
à Capoue, de-là à Bénévent, où il apprit que l'empereur
avoit célébré la fête de Pâques à Rome, et s'y étoit fait cou-
ronner empereur par Maurice archevêque de Brague, plus
connu sous le nom d'antipape Bourdin. Le pape qui avoit
PAPE.
227
XII SIECLE.
envoyé Maurice, pour traiter de la paix avec l'empereur,
excommunia ce ministre infidèle , et le priva de ses digni-
tés dans un concile qu'il tint au mois d'avril. L'abbé d'Us-
perge ' rapporte que l'empereur étant frappé des malheurs usp. adann.nn.
arrivés en Allemagne , des tremblemens de terre qui s'y
faisoient sentir, des tonnerres effroyables et autres fléaux par
lesquels Dieu affligeoit ce pays , et qui sembloient annon-
cer le jour du jugement . il ne cessa d'envoyer des députés
au pape pour lui faire satisfaction, mais qu'il ne pût rien
obtenir. Pascal donnoit pour raison qu'il n'avoit point don-
né de sentence contre Henri , à cause de la promesse qu'il
lui avoit faite, quoique par force; mais qu'il ne pouvoit pas
non plus lever l'excommunication portée par d'autres, sans
avoir leurs avis , et sans entendre les deux partis dans un
Concile (I). Le pape ne vit pas la fin de cette grande affaire.
Etant revenu à Rome sur la fin de l'an \\\7 , il y mourut au
mois de Janvier de la suivante.
g II.
SES ÉCRITS.
Tons les écrits de ce pape ne consistent que dans les
lettres qu'il a écrites : le nombre en est considérable et
le seroit encore davantage , si le registre , ou le recueil que
Jean Cajetan chancelier du saint siège, et son successeur
immédiat en avoit dressé, étoit parvenu jusqu'à nous, mais
malheureusement il a été perdu. Le père Libbe en a re-
cueilli 407 qu'il a insérées dans sa grande collection des
conciles.
'La première est une lettre de félicitation aux croisés t.io, eonc.p.622
sur leurs conquêtes, et d'exhortation à continuer leurs glo-
rieux exploits.
'Dans la seconde, qui est datée du AS Avril de l'année ib. 6î3.
(1) His et Hujusmodi cladibus rex Henricus corde tenu» tauciatus non cessât
legationes satisfaclorias ad apostolicam sedem, licet ipse multiim infestalioni-
bus Italicis insudans, destinare. quas tamen constat minime profecisse. Nam
Dominus apostolicus, propter securitatem quam régi, licet coactus fecerat. dif-
fitetnr illum aaathematis vinculo colligasse. ab ecclesiœ tamen potioribus
membris excommunicationem connexam nonnisi ipsorum consilio ienegat se
poste disiotvere, concesso nimirum utrinque synodalis audientiœ jure.
F f ij
Ail SIECLE.
Ib. 624.
T. 10, conc.
620.
Ib. 627, 628, 629.
228 PASCAL II,
\\ 00 qu'il compte pour la seconde de son pontificat , il con-
firma rétablissement du nouveau monastère, c'est-à-dire,
de Cileaux dans le diocèse de Châlons : elle est adressée à
Albéric qui en étoit alors abbé, et à ses successeurs.
La troisième est une réponse à celle «pie saint Anselme lui
avoit écrite. Il y loue le courage de ce suint prélat, qui n'a
pu être abbattu par les menaces, ni gagné par les promesses.
11 s'y inscrit en faux contre ce qu'avoient avancé les dépu-
tés du roi d'Angleterre à leur retour, sçavoir, que le pape
étoit disposé à lui accorder les investitures; et que s'il ne le
lui avoit pas témoigné p:ir écrit, e'étoit pour ne point se com-
promettre avec les autres princes, ausquels il ne vouloit
point donner occasion de se plaindre. Il prend à témoin
Jesus-Christ scrutateur des cœurs et des reins, que ce cri-
me horrible ne lui c.-'t jamais venu en pensée depuis qu'il
est placé sur le saint siège. 11 s'élève avec force contre les
investitures que les laïcs donnent par le bâton pastoral et
l'anneau, et les regarde comme un renversement de la dis-
cipline ecclésiastique it de toute la religion.
'Dans la quatrième il confirme à Bernard de Tolède le
droit de primatic en Espagne; droit dont cette église avoit
joui anciennement, et dans lequel Urbain II son prédéces-
seur l'avoit rétabli. Il lui accorde l'usage du Pallium dans la
célébration de la messe, et marque en détail les fêtes aus-
quels il le doit porter; il veut que tous les évoques d'Es-
pagne le regardent comme leur primat, et portent à son
tribunal les affaires de conséquence qui peuvent naître par-
mi eux, sauf l'autorité du saint siège, et les privilèges de
chaque métropolitain. Il exhorte ensuite Bernard à se ren-
dre digne d'un tel honneur; à attirer à la foi les infidèles par
ses bons exemples, et à se distinguer autant par les vertus
intérieures aux yeux de Dieu, qu'il l'est à l'extérieur aux
yeux des hommes par sa dignité. Celle lettre est datée du
5 de mars de l'an 'M 00, second du pontificat de Pascal.
' La cinquième et sixième ne sont qu'une seule et même
lettre , comme le remarque M. Dupin ; la première n'étant
qu'un fragment de la seconde, dont on a changé le titre :
elle est adressée à un évêque de Pologne qui refusoit de prê-
ter serment au pape en recevant le pallium; et pretendoit
qu'il n'est jamais permis de jurer. Pascal lui représenie que
PAPE. 229
XII SIECLE
le serment est défendu , selon saint Augustin , parce que la
facilité de jurer peut faire tomber dans le parjure. C'est
pourquoi, ajoute— t— il , on ne doit jurer que dans la néces-
sité et lorsqu'on ne peut autrement persuader les hommes
de quelque chose qu'il leur est utile de croire. C'est par
nécessité que nous exigeons le serment, pour conserver la
foi, l'obéissance et l'unité : nous croyons même que saint
Paul l'employé dans ses lettres. Pascal relevé beaucoup
dans cette lettre l'autorité de l'église Romaine , et prétend
que c'est par elle que tous les conciles ont été assemblés ,
et que c'est d'elle qu'ils ont reçu leur force et leur autorité.
Il y fait aussi beaucoup valoir le pallium.
' Dans la septième adressée à Robert comte de Flandres, îbid. p. «9.
après avoir remercié ce comte de ce qu'il a exécuté les or-
dres qu'il lui avoit donnés touchant l'église de Cambrai , il
l'exhorte à poursuivre vivement Henri qu'il appelle le chef
des hérétiques, et les Liégeois. 11 assure qu'il ne peut point
offrir de sacrifice plus agréable à Dieu, que d'attaquer un
prince qui s'élève contre Dieu ; qui veut détruire le royau-
me de l'Eglise. Il lui ordonne de lui faire la guerre, com-
me un moyen d'obtenir la rémission de ses péchés, et d'ar-
river à la céleste Jérusalem.
' Cette lettre est suivie d'une réponse de l'église de Lié- »>. p oao
ge, addressée à tous les hommes de bonne volonté, dans
laquelle elle proteste qu'elle est inviolablement attachée
à la pureté de la foi et à l'unité de l'église {i). Cela n'a pas
empêché le père Labbe qui a inséré cette lettre dans sa col-
lection des conciles, de la ' qualifier de violente déclama-
tion; de traiter le clergé de Liège de schismatique, et
de le comparer aux Donatistes (2). Le lecteur jugera si cette
accusation est bien fondée.
Le clergé de Liège après avoir déploré en général et
gémi de la confusion et des maux causés dans l'église par
la division qui y régnoit , vient à la lettre par laquelle Pas-
cal exhorte le comte de Flandre à poursuivre les Liégeois.
Ceux-ci témoignent leur étonnement, de voir un tel or-
il) Omnibui bonœ voluntatis hominibus Leodiuntti eccUsia teritatem fidei tt
eatholicam un-animitatem inconcusse tenen*.
(*) Responsoria declamatio acerrima LeodUnsium schismaticorum, qui more
luorum comparum in schismale DonaUstarum adversut principes reiuitntium,
et ceUHolicim nomen affectantium, etc.
XII SIECLE.
250 PASCAL II,
dre donné par la mère commune des fidèles contre ses pro-
ib.p. C3i. près enfans, ' et qui est si contraire à la tendresse d'une
mère. Ils citent à ce sujet le jugement rendu par Salomon,
et font voir par grand nombre de textes de l'écriture, com-
bien une telle dureté est opposée à l'esprit et à la charité
de l'église. Les remerciemens que le pape fait au comte
de Flandres, de ce qu'il a exécuté ce qu'il lui avoit ordonné
touchant l'église de Cambrai est pour celle de Liège le su-
jet d'une double douleur. En qualité de fille de l'église
Romaine, elle gémissoit déjà des malheurs de Cambrai,
de la désolation de celle ville, de l'oppression des pau-
vres et des veuves, des rapines, des brigandages, des meur-
tres; mais c'est pour elle le sujet d'une nouvelle douleur,
d'apprendre par la bouche même de Pascal qu'il approu-
ve ces excès, et que c'est par ses ordres que le comte les
ib. p. 632, 633. a commis. 'Jamais le clergé de Liège n'auroit pu le croire,
si le pape ne l'eût déclaré lui-même : Nous n'invectivons
point, disent-ils, contre l'oint du Seigneur à qui appartient
le soin de toutes les églises. Mais puisque le pape se re-
connoît l'auteur de ces maux, et applaudit à celui qui a ra-
vagé l'église de Cambrai, en lui faisant des remerciemens,
nous ignorons s'il y a plus de sujet d'en gémir que d'en être
étonné. Ils citent l'exemple de Jesus-Christ , des Apôtres,
des hommes apostoliques, l'autorité de saint Augustin, celle
de saint Grégoire le Grand, pour faire voir qu'on ne doit
point se servir du glaive matériel contre ceux même qui
sont coupables, et qu'il faut les exhorter, les prier, les
reprendre avec beaucoup de patience. Mais pourquoi ,
ib. p. 634 disent-ils ' nous veut-on faire périr par le fer? Qu'avons-
nous fait contre les règles de l'église ? Quel est le crime qui
nous rend digne de mort et de l'excommunication? Ils nous
objectent que nous n'observons pas leurs nouvelles tradi-
tions; mais Dieu leur dit : Pourquoi violez-vous le comman-
dement de Dieu en suivant vos traditions? Dieu ordonne
de rendre à César ce qui appartient à César , et à Dieu ce
qui appartient à Dieu. Les apôtres saint Pierre et saint Paul
i Pet. 2. nous enseignent la même maxime : Craignez Dieu; honorez
le roi : Deum timete; regem honorificate. Après avoir établi
par l'écriture, l'obéissance due aux princes et aux puissan-
ces, le clergé de Liège conclut que c'est à tort qu'on
PAPE. 254
XII SIECLE.
veut les faire passer pour excommuniés, parce qu'ils hono-
rent le roi et qu'ils obéissent à leurs souverains. Ils se justi-
fient ensuite sur ce qu'on les accusoit d'être simoniaques, ' ib. p. 635.
en protestant qu'ils n'avoient aucun commerce avec eux,
et qu'ils évitoient avec soin , non-seulement les simonia-
ques, mais encore tous ceux qui en feignant de donner gra-
tuitement les dignités ecclésiastiques, les vendoient sous
le nom de charité. Puis revenant à la première accusation
ils s'écrient : Nous sommes saisis de douleur et d'étonne-
ment de ce qu'on prétend que nous sommes excommuniés :
quand l'avons-nous été? Par qui? Pour quelle raison? Ce
n'est pas par notre évêque; ce n'est point par notre mé-
tropolitain; ce n'est point même par le pape, parce que
nous sommes persuadés qu'il n'ignore pas cette maxime;
que la loi ne condamne personne sans l'avoir entendu . . .
Vous direz peut-être que nous sommes excommuniés,
parce que nous sommes attachés à notre évêque, qui est
lui-même attaché à l'empereur son souverain
Mais qui peut trouver à redire qu'un évêque soit fidè-
le à son prince, à qui il a fait serment de fidélité? Person-
ne ne doute que le parjure ne soit un grand péché. Lors-
que l'homme jure, Dieu lui ordonne d'observer son ser-
ment. C'est ce que n'ignorent pas ceux même qui allument
le schisme entre le sacerdoce et l'empire; et qui préten-
dent en suivant de nouvelles traditions, pouvoir absou-
dre de la peine du parjure ceux qui manquent à la fidé-
lité qu'ils ont promise à leur roi. ' Ils insistent beaucoup sur H>- P 636
cet article, et s'appliquent à prouver qu'on est indispensa-
blement obligé de garder la fidélité à son souverain; qu'on
ne peut y manquer, sans violer le commandement, qui dé-
fend de prendre le nom de Dieu en vain. Or n'est-ce pas
prendre le nom de Dieu en vain que de violer une pro-
messe que l'on a faite en employant son nom : Quis magis
assumit nomen Dei, quant ille qui violât hoc quoi per nomen
Dei jurât? C'est un crime qui mérite la mort de ne point
rendre à César ce qui appartient à César, comme Jesus-
Christ l'a ordonné; ou de ne point honorer le roi; ou
enfin de se parjurer en prenant en vain le nom de Dieu,
par lequel on a juré la fidélité à son prince. C'est parce que
nous ne voulons pas commettre ce crime, et que nous
XII SIECLE
252 ' PASCAL II,
sommes fidèles à notre souverain qu'on prétend que nous
sommes excommuniés : Ecce quare excommunicati dicimur.
Mais pourquoi nous appelle-t-on faux clercs, nous qui
menant une vie conforme aux règles de l'église, méritons
par nos actions de porter le nom de clercs?
L'auteur de cette lettre voulant justifier en particulier
l'évêque de Liège sur son attachement au parti de l'em-
pereur, allègue le serment de fidélité que le prélat a prêté
au prince en recevant de lui les régales : Cui ex regalibus
ejus acceptis juravit fidelitatem, c'est-à-dire, les domaines
dépendant de la couronne : il soutient que c'est une cou-
tume très-ancienne, sous laquelle sont morts plusieurs saints
évêques, qui ont rendu à César ce qui appartient à César,
Ambr. i. 9, exp. et à Dieu ce qui appartient à Dieu. ' Ils rapportent à ce su-
Luc. I Aug. tr. 6, . , , i.i i u • i. j
in Joan. jet deux textes , 1 un de saint Ambroise, 1 autre de saint
Augustin, pour établir ce que l'on doit aux princes par rap-
port aux biens temporels que l'on a reçu d'eux.
conc.t.io, p.637. 'Le clergé de Liège avance dans cet écrit, que si on lit
avec l'esprit de Dieu l'écriture sainte tant de l'ancien que du
nouveau testament, on verra clairement que les rois et les
empereurs ne peuvent point être excommuniés, ou qu'ils
ne peuvent l'être que difficilement : Aut minime aut diffici-
le possunt reges et imperatores excommunie ari. Voilà pour-
quoi on nous traite d'excommuniés, disent-ils, c'est par-
ce que nous suivons l'exemple des saints et des anciens pè-
res, et que nous imitons leur modération... C'est parce
que nous sommes attachés à l'ancienne régie, et que nous
ne nous laissons point entraîner à tout vent de doctrine;
voilà la raison pour laquelle on dit que nous sommes ex-
communiés : Quia igitur antiquœ regvlœ inhœremus, et non
omni vento doctrinœ circumferimur , ecce unde excommuni-
cati dicimur. Mais pourquoi le pape Pascal nDus appelle—
t-il de faux clercs? Les faux apôtres corrompent la parole
de Dieu; pour nous, nous ne la corrompons point; mais
nous conservons par la grâce de Dieu la foi catholique, et
nous y conformons notre vie ; . . . Nous suivons les règles
ib. p. 638. canoniques; nous évitons le schisme, ' la simonie et ce qui
pourroit mériter l'excommunication. Mais nous ne devons
pas trop nous allarmer de ce qu'on nous traite d'excommu-
niés; parce que nous croyons que Rome même nous ex-
ceptera
PAPE. 233 in SIlcLg.
ceptera de l'excommunication. Le pape Hildebrand (Gré-
goire VII) qui est auteur de ce nouveau schisme, et qui le
premier a levé la lance sacerdotale contre le diadème, ex-
communia d'abord tous ceux qui favorisoient le roi; mais
ensuite voyant qu'il avoit été trop loin, il excepta de cette
excommunication tous ceux qui étoient attachés à l'empe-
reur par devoir et par nécessité, non pour exécuter volon-
tairement ses ordres, ou lui donner de mauvais con-
seils.
Comme le pape Pascal traitoit l'empereur Henri d'hé- u>. p. 039.
rétique, le clergé de Liège fait cette réponse remarquable :
« S'il est tel, ce qu'à Dieu ne plaise, nous en sommes
» affligés et pour lui et pour nous. Nous ne dirons rien
» présentement en faveur de notre empereur : mais nous
> dirons que quand bien même il seroit tel , nous souf-
» fririons qu'il nous commandât, parce que nous croirions
» mériter par nos péchés d'avoir un tel souverain. Enfin,
» supposons même qu'il soit hérétique comme on le pré-
» tend, nous ne devons point prendre les armes contre lui,
» et chercher à nous en délivrer, par la force ; nous devons
» seulement employer nos prières : Je vous conjure, dit
» saint Paul, que Von fasse des supplications, des prières, 1. Tim. 2. 1.
» des demandes et des actions de grâces pour tous les hom-
* mes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en di-
» gnités.
» Les rois de ce temps, pour qui saint Paul conju-
» roit les fidèles de prier, n'étoient ni catholiques ni chré-
» tiens. Baruch écrivant par- ordre de Jérémie aux Juifs
» qui étoient captifs à Babylonne, leur recommande de
» prier pour Nabuchodonosor et pour son fils : la raison
» pour laquelle saint Paul veut qu'on prie pour les rois,
» c'est afin que nous menions une vie paisible et tranquille.
» Ce seroit 'une conduite apostolique, d'imiter l'apôtre.
» Mais pour nos péchés, l'Apostolique, (c'est-à-dire, le
» pape) qui devroit prier pour le roi, quoique pécheur,
» afin que nous menions une vie paisible et tranquille, lui
» fait la guerre et empêche lui-même que nous ne vivions
» en paix. Mpi qui suis fille de la sainte église Romaine,
> dit l'église de Liège, je demande humblement à ma me-
» re d'où vient au pape cette autorité de tirer le glaive ma-
fwe X. G g
III SIECLE.
234 PASCAL II,
» tériel pour mettre à mort, outre le glaive spirituel ?
» Quel est le souverain pontife qui se soit jamais attribué
» le pouvoir de faire usage du glaive matériel contre les
» pécheurs ? » L'auteur de la lettre cite ici l'autorité de
saint Grégoire le Grand qui écrivant au Diacre Sabinien,
lui marque qu'il ne veut point participer à la mort d'aucun
homme, quel qu'il soit; puis il ajoute, que tous les papes,
qui ont suivi saint Grégoire, marchant sur les traces de
ceux qui les avoient précédés, se contenaient de faire usa-
ge du glaive spirituel jusqu'au dernier Grégoire, c'est-à-
dire, jusqu'à Hildebrand, qui le premier s'est armé du glai-
ve militaire contre l'empereur et en a armé les autres pa-
pes à son exemple.
ceme. 1. 10, p. 64i. 'L'apologiste du clergé de Liège ne manque pas de rele-
ver la clause de la lettre de Pascal au comte de Flandre, où
le pape ordonne à ce Prince de faire la guerre à l'empereur
pour la rémission de ses péchés, et pour mériter d'entrer
dans la céleste Jérusalem. Jusqu'à présent, dit-il, je me suis
appuyé sur l'autorité de l'évangile, des apôtres et des pro-
phètes : mais ici je ne sçais plus que dire, ni de quel côté me
tourner. En vain parcourerois-je tous les livres de l'ancien
et du nouveau testament et tous les interprètes de ces
saints livres, pour y trouver l'exemple d'un semblable com-
mandement. Hildebrand est le seul qui mettant la dernière
main aux saints canons a enjoint à la comtesse Mathilde, pour
la remission de ses péchés, de faire la guerre à l'empereur
Henri. Si c'est justement ou injustement que lui et d'autres
l'ont fait, c'est ce que nous ignorons; mais nous sçavons
qu'on ne peut lier ni délier personne sans examen... C'est
une règle que vous aviez toujours observée, ô sainte église
Romaine notre mère , et que vous nous recommandiez
d'observer; d'où vient donc cette nouvelle maxime, par la-
quelle on accorde sans confession et sans pénitence, l'im-
punité des péchés passés, et la liberté d'eu commettre de
nouveaux ! Quelle porte n'ouvrez-vous pas par-là à la ma-
lice des hommes!
Telles sont les maximes de la lettre apologétique du
ffist eeel. i. 65, n. clergé de Liège. ' < Dès le titre, dit M. de Fleuri, ils se
» déclarent catholiques et attachés inviolablement à l'u-
» nité de l'église, et ils le montrent encore mieux dans le
40, p. 78, t. 14.
PAPE. 255
XII SIECLE.
» corps de la pièce, où ils nomment l'église Romaine leur
» mère, le pape Pascal leur père, l'apostolique, l'évêque
» des évêques, l'ange et l'oint du Seigneur, à qui appartient
» la sollicitude de toutes les églises. Ils reconnoissent aussi
» pour vrai pape Hildebrand ou Grégoire Vil, et déclarent
> qu'ils n'adhérèrent jamais à aucun antipape. » Ainsi, ajou-
te M. Fleuri, il n'y a aucun sujet de les traiter de schis-
matiques. Cependant le perc Labbe dans sa collection des
conciles, n'a pas craint de leur donner cette infamante qua-
lification, et de les comparer aux Donatistes; mais le lec-
teur sensé et judicieux ne balancera pas à préférer le sen-
timent de M. Fleuri appuyé sur de solides raisons, à celui
de l'éditeur des conciles, dont l'injuste accusation n'est éta-
blie sur aucune preuve. Cet auteur prétendroit-il, que le
clergé de Liège étoit schismatique, parce qu'il étoit demeu-
ré fidèle à son souverain quoiqu'excommunié par Pascal II?
En ce cas il pourroit traiter de même tous les François qui
ne cessèrent de regarder comme leur roi légitime Henri le
Grand, malgré les excommunications lancées par les pa-
pes, et à la fidélité desquels la France est redevable de ce
que le sceptre s'est conservé dans la maison régnante.
Nous pouvons encore opposer au père Labbe l'autorité
du père Fisen son confrère. Cet écrivain enseigne expres-
sément comme le remarquent les auteurs ' de la nouvelle Gaii. christ, t. s,
Gaule chrétienne, qu'on ne doit point regarder l'église de p"
Liège, comme schismatique, puisque, quoiqu'elle demeu-
rât attachée et fidèle au roi Henri IV qui étoit excommu-
nié, elle ne reconnut point l'antipape Guibert, et ne fa-
vorisa point son schisme. Et même après la mort du roi
Henri, les Liégeois firent leur paix avec le pape Pascal IL
Du reste nous conviendrons néanmoins sans peine
qu'il y a des traits trop vifs dans cette lettre que Dom
Mabillon appelle pour cela Htteras acideatas. Mais ces
traits sont corrigés par d'autres. On sçait que l'auteur de
cet écrit apologétique du clergé de Liège , est Sige-
bert moine de Gemblou , qui leur prêta sa plume, l'une
des meilleures de ce siècle. ' Le compte que Dom Ri- Hist. m. t. 9, p.
.,, , , . , - • • j 1 557, et suiv.
vet en a déjà rendu en parlant de cet écrivain dans le
volume précédent, nous dispense de faire d'autres remar-
Gg ij
in SIECLE.
236 PASCAL II,
ques que le lecteur y trouvera. Revenons aux lettres de Pas-
cal II.
conc. 1. 10, p. 642. 'La huitième est adressée au clergé et au peuple de
Bamberg , pour leur recommander Otton leur évêque ,
qu'il avoit ordonné sans préjudice des droits du métro-
politain.
n>. p. 643. Dans la neuvième adressée à Henri I roi d'Angleterre ,
il témoigne à ce prince la part qu'il prend aux bienfaits
dont Dieu l'a comblé en lui faisant remporter des avanta-
ges considérables sur ses ennemis et en lui donnant un
fils. Le pape soubaiteroit pouvoir joindre à ces faveurs
du Ciel, la grâce que Henri lui avoit demandée, et lui
accorder ce qu'il désire, c'est-à-dire les investitures; mais
il ne lui est pas possible. Il l'exhorte à rappeller dans son
royaume saint Anselme, et lui promet que quelque grâ-
ce qu'il lui demande, il la lui accordera, s'il le peut, se-
lon Dieu.
ib. p. 6M. ' Dans la dixième datée de la quatrième année de son
pontificat, il donne des avis à Didace de Compostelle sur
la manière de gouverner son diocèse.
conc. t. îo, p. 64i. La onzième datée de la dixième année de son ponti-
ficat, est proprement la bulle de canonisation de Pierre
évêque d'Anagnia, dont Pascal ordonne que la fête sera
célébrée le 3 du mois d'Août.
ib. p. 645. La douzième sans date est adressée à Gebehard évêque
de Constance, à Oderic de Passau et aux catholiques de
l'empire, tant clercs que laïcs. Pascal l'écrivit au sujet de
quelques-uns, qui s'imaginant qu'on encouroit l'excommu-
nication en communiquant avec des excommuniés, de
quelque manière que ce fut, méditoient de quitter leur
pays, par la crainte d'avoir commerce avec ceux qui étoient
dans le cas. Le pape les rassure en décidant que ceux qui
fréquentent des excommuniés malgré eux par nécessité ou
par devoir, ne tombent point dans l'excommunication,
ce qu'il appuyé de l'autorité de Grégoire VII lui-même.
ib p. -si, 752. 'Les deux lettres suivantes, sçavoir, la treizième et la
quatorzième ont été écrites à l'occasion d'un différend du
clergé et du peuple d'Ausbourg avec Hériman leur évê-
que qui étoit allé trouver le pape. Pascal invite le clergé
PAPE- 237 xii siècle.
et le peuple à se trouver à l'assemblée qu'il avoit indiquée
au premier de Novembre pour y terminer cette affaire.
Dans la quatorzième il leur témoigne la joie qu'il a eue en
apprenant par leurs lettres qu'ils étoient réconciliés avec
leur évêque, et il les en félicite.
Dans la quinzième il avertit le clergé et le peuple d'Ar- ib. p. R46.
les, de faire l'élection d'un archevêque pour remplir le
siège de leur église vacant par la translation de Gibelin,
sur celui de Jérusalem.
La seizième est adressée à s. Anselme sur sa réconciliation
avec le roi Henri. 11 y remercie Dieu, qui a entre ses mains
le cœur des rois, de ce que celui d'Angleterre a rendu au
saint siège l'obéissance qu'il lui devoit. 11 attribue cet heu-
reux changement à la charité et aux prières de saint An-
selme.
' 11 ordonne dans la dix-septieme à Gérard archevêque »>■ p- 647.
d'Yorck, de faire ses soumissions à saint Anselme, à l'exem-
ple de ses prédécesseurs.
La dix-huitiéme est adressée à ikiudouin roi de Jérusalem u»- p- 648
qui l'avoil prié de soumettre à Pévêque de cette ville, com-
me à leur métropolitain, toutes les villes qu'il avoit pri-
ses, ou qu'il pourrait prendre sur les infidèles. Pascal lui
accorde sa demande en considération des dangers ausquels
il a exposé sa personne pour relever l'église de Jérusalem.
La lettre suivante est écrite sur le même sujet à Gibe- foid. p 648.
lin patriarche de Jérusalem, à qui il confirme et à tous ses
successeurs le droit de métropolitain.
Il déclare dans la vingtième à Bernard patriarche d'An- ih. p. 649.
tiothe, que son intention n'a point été en accordant le droit
de métropolitain au patriarche de Jérusalem, de préjudiciel-
aux droits de son église, dont il relevé la dignité, en ce
qu'elle a eu dans la personne de saint Pierre le même
chef que celle de Rome, avec laquelle elle a toujours eu
une liaison particulière : Eadem Pétri personna utrasque
illustravit crclesias. Il s'excuse même sur cela en disant, que
si dans ce qu'il a réglé touchant les limites des deux égli-
ses d'Antioche et de Jérusalem, il y a de l'erreur, ce n'est
point en lui l'effet de la légèreté ou de la malice, mais de
î éloignement des lieux et de l'ignorance de leurs noms.
Cette lettre ne calma pas les inquiétudes de Bernard , et
m siècle. 238 PASCAL II,
Pascal lui écrivit encore, comme nous le verrons, pour le
même sujet.
Dans la vingt-unième, il charge Didace évêque de Com-
postelle d'engager Uraque fille du roi de Castille, qui avoit
épousé Alphonse roi d'Arragon, son parent au troisième dé-
gré, à se séparer de lui sous peine d'excommunication et de
privation de la puissance séculière : Ut vel à tanta prœsum-
ptione désistât, vel ecclesiœ consortio et seculari potestate pri-
vetur.
ib p 650. 'La vingt-deuxième adressée à l'empereur Henri V, re-
garde les investitures, et semble être^un projet de bulle
qui contient les clauses du premier traité de Pascal avec
Henri. Par ce traité fait entre les députés des deux partis,
le pape s'engageoit à couronner empereur Henri V , qui
promettait de son côté de rendre la liberté aux églises, et
de renoncer aux investitures, mais c'étoit à condition que
ce prince retireroit les duchés, les comtés, les marquisats,
les terres, les droits de monnoies, de justice, de marchés,
les redevances, péages, et autres biens que les églises te-
noient de l'empire.
ntip . bib.ecci. 12. Cette convention, ' comme le remarque M. Dupin, sem-
bloit donner gain de cause à l'église ; mais dans le fonds
elle dépouilloit les évêques de leurs biens et de leurs di-
gnités, pour un honneur chimérique, et les réduisoit à une
extrême pauvreté. L'empereur ne fit pas difficulté de signer
ce traité, prévoyant de deux choses l'une, ou que cette
convention seroit exécutée, et qu'il y gagneroit beaucoup;
ou que si le pape ne pouvoit pas faire résoudre les évêques
d'Allemagne à quitter ces grands biens (comme il ne le
put effectivement) il rentreroit dans ses droits touchant
les investitures.
p- 65° 'Pour venir à la lettre de Pascal à l'empereur Henri V,
ce pape remarque d'abord que les canons défendent aux
ecclésiastiques de se mêler des affaires temporelles, et d'al-
ler à la cour, si ce n'est pour des œuvres de charité ; puis
il se plaint que dans l'Allemagne, les évêques et les abbés
sont tellement occupés des choses qui leur sont défendues,
et sont si souvent à la cour, que les ministres de l'autel
sont devenus des ministres de l'empire : Ministri vero al-
taris, ministri curiœ facti surit,- parce qu'ils ont reçu des
PAPE. 239 XII SIECLE.
rois, des villes, des duchés, des marquisats, des droits de
monnoies et autres choses qui les engagent au service
des princes. De-là est venu dans l'église la coutume de re-
cevoir par la main des rois, l'investiture qui a été condam-
née dans plusieurs conciles par les papes Grégoire VII et
Urbain II. Pascal marchant sur leurs traces, déclare qu'il a
confirmé dans un concile , ce qu'avoient fait ses prédéces-
seurs, et qu'en conséquence il a ordonné qu'on rendît à
l'empereur tout ce qui appartenoit à l'empire du temps des
empereurs Charles, Louis, Otton et autres princes prédé-
cesseurs d'Henri. Il défend sous peine d'anathême, qu'au-
cun évêque ni abbé ne s'empare de ces sortes de biens,
qui consistent en villes, duchés, comtés, marquisats, droit
de monnoie, etc. Il veut que les églises, avec leurs obla-
tions et leurs héritages soient libres, conformément à la
promesse que l'empereur a voit faite le jour de son couron-
nement.
' La vingt-troisième est adressée aux cardinaux qui s'étoient ibid. p. 65i.
assemblés à. Rome pour casser le décret que Pascal avoit fait
en faveur de l'empereur Henri V , par lequel il lui accor-
doit les investitures. ' Pascal casse lui-même par la lettre sui- ib.
vante à Gui archevêque de Vienne, son décret en faveur
des investitures. ' Il marque dans la vingt-cinquième, au ib. p. esa.
clergé d'Ausbourg, que l'évêque de celte ville s'étoit pré-
senté devant lui cinq ans auparavant, et qu'il l'avoit inter-
dit de ses fonctions, sur les plaintes faites contre lui; il
ajoute que ce prélat n'ayant point comparu depuis , pour
se purger, il ne se souvient pas d'avoir levé l'interdit. ' Pas- ib. p. 653.
cal charge par sa vingt-sixième lettre, l'archevêque de
Mayence nommé Arnoul, d'examiner et de décider l'affaire
de l'évêque d'Ausbourg accusé de choses horribles et infâ-
mes. Ce pape changea apparemment d'avis, puisque par la
lettre vingt-septième adressée aux chanoines d'Ausbourg,
il renvoya l'affaire d'Heriman leur évêque, à Gui évêque
de Coire. On voit par cette lettre, qu'il y avoit d'abord eu
autrefois trois chefs d'accusation contre l'évêque d'Aus-
bourg , sçavoir sur son entrée dans l'épiscopat , sur sa con-
duite, et sur la dissipation des biens de son église. Sur ces
premières accusations, Pascal l'interdit, et fixa un temps,
auquel le prélat et ses accusateurs dévoient se présenter de-
XII SIECLE.
240 PASCAL II,
vant lui. Le pape ayant entendu former de nouvelles accu-
sations contre Herinian , se rappella les anciennes, et il
écrivit la lettre dont il s'agit ici, par laquelle il permet à
l'évêque de Coire , de rétablir Heriman dans ses fonctions,
s'il peut se purger des crimes dont on l'accuse,
ib. p. 653, 634. 'Les lettres vingt-huitième et vingt-neuvième adressées,
l'une à Bernard patriarche d'Antioche, et l'autre à Baudouin
roi de Jérusalem, sont écrites sur le môme sujet que la
vingtième. Pascal y déclare de nouveau qu'il n'a point pré-
tendu donner atteinte aux droits de l'église d'Antioche, par
le privilège qu'il avoit accordé à celle de Jérusalem. Il or-
donne aux clercs de Jérusalem de se contenter des préroga-
tives de leur église, et de ne point usurper ce qui appartient
à celle d'Antioche.
u». p. 655. 'Dans la trentième adressée à Henri roi d'Angleterre, et
aux évêques de son royaume, Pascal témoigne qu'il ne veut
déroger en rien aux droits de l'église de Cantorberi. Il veut
que cette église conserve dans leur intégrité les préroga-
tives que saint Grégoire le Grand lui a accordées par le
ministère de saint Augustin, et donl Anselme de sainte mé-
moire a joui.
Après avoir exhorté dans la trente-unième lettre Henri I
roi d'Angleterre, à maintenir dans son royaume l'honneur
de Dieu et des églises, il se plaint de ce qu'on a chassé de
son siège, sans aucune formalité de justice Turstin, qui avoit
été élu archevêque d'York. Son intention n'est point de
donner atteinte aux droits cl': i i ië des deux églises de
Cantorberi et d'York; mais il veut (pie l'on observe ce qui
a été établi par saint Grégoire l'apôtre d'Angleterre.
Ib Par la trente-deuxième adres à Ponce abbé de Clum,
il ordonne que l'on observe dans la distribution de l'eucha-
ristie ce que Jesus-Christ notre maître a enseigné et prati-
qué. et que l'on donne séparément les espèces du corps
et du sang. Il veut que l'on suiv^ toujours cet us:u;e, ex-
cepté à l'égard des enfans et des infirmes.
'Il marque dans la trente-troisième, à Daïmbert arche-
vêque de Sens, qu'il a consacré l'évêque de Paris, sans pré-
judice des droits de l'église de Sens, salvo in omnibus Sé-
nonensis ecclesiœ jure.
h»-657- 'Il confirme dans la trente-quatrième ce qui avoit été
• la,
u.
PAPE. 24^
XII SIECLE.
fait par son prédécesseur, en faveur de la ville d'Arras,
dans laquelle Urbain II avoit rétabli le siège épiscopal qu'elle
avoit eu autrefois. 11 veut que Lambert placé sur ce nou-
veau siège par Urbain , jouisse de tout ce qui avoit été donné
à cette église par saint Rend, et de tous les droits et pri-
vilèges dont l'église d'Arras jouissoit autrefois, lorsqu'elle
avoit un évêque. Il lui donne deux archidiaconés qu'il dé-
membra de l'église de Cambrai , et ordonne de plus que
celle d'Arras jouïroit de tout ce qu'elle possédoit autrefois.
Cette lettre adressée à Lambert évêque d'Arras , est du mois
d'avril de l'an -MOI.
' Pascal ayant appris par les lettres de quelques évoques ib. 658.
de France , que le roi Philippe avoit résolu de quitter Ber-
trade , au sujet de laquelle il l'avoit si souvent averti , et
même excommunié, il écrivit aux archevêques et évoques
des provinces de Reims, de Sens et de Tours, leur mar-
quant qu'il les avoit commis avec Lambert évêque d'Arras,
pour absoudre ce prince et sa concubine , en cas qu'ils vou-
lussent se séparer sincèrement, et promettre de n'avoir plus
aucune liaison. Cette lettre est la trente-cinquième; ' elle est ib.
suivie du serment que Philippe et Bertrade prêtèrent l'an
M 04 , entre les mains de Lambert d'Arras qui fit la fonc-
tion de légat, et de plusieurs évêques.
' Il exhorte dans la trente-sixième, Daïmbert archevêque ib. 659.
de Sens , à se préparer à la mort , et le charge de termi-
ner un différend entre l'abbé de Vezelay et celui de Fleuri,
Floriacensem , et non de Flavigny. Car nous ne voulons
point, dit le pape, que les privilèges que nous accordons,
portent préjudice à aucune église : Non enim volinnas, pri-
vilegiomm obtentu, ecclesia quœlibet prajadieium patiatur.
' La trente-septième adressée aux archevêques , évêques , r. ggo.
abbés, princes, etc. , est proprement la formule par laquelle
Pascal fait Gérard d'Angoulême son légal dans les provinces
de Bourges, de Bordeaux, d'Auch , de Tours et de Bre-
tagne.
' 11 confirme dans la trente-huitième datée de l'an -H 00, ib.
l'élection lie Norgaud évêque d'Autun. Il défend dans
cette lettre de rien exiger pour le lieu de sa sépulture :
Statuimus quoque ut pro sepulturce quidem loco et spatio,
nullum penitus ab aliquo pretium exigatur; mais il approuve
1 s Tome X. H h
III SIECLE.
242 PASCAL II,
que les mourans, pour la rémission de leurs péchés, fassent
quelqu'aumône à l'église , où ils ont reçu les sacremens.
662. ' La trente-neuvième est adressée à Etienne évêque d'Au-
tun, qui l'avoit prié de confirmer toutes les possessions de
son église ; ce que le pape lui accorde.
C63. ' Dans la quarantième, il témoigne à saint Anselme la
part qu'il prend à son retour en Angleterre; il lui recom-
mande de travailler premièrement à corriger et à réformer
les églises d'Angleterre, selon les décrets de l'église Ro-
ui.une; ensuite à lui procurer la bienveillance du Roi et
le payement du denier de saint Pierre. Vous n'ignorez pas,
dit-il, le besoin extrême où nous sommes. Comme l'église
Romaine travaille pour toutes les autres, et non pour elle
seule, quiconque lui fait tort, se rend sacrilège envers toutes
les églises.
il. ' Dans la quarante-unième à saint Anselme, il remercie
Dieu du courage qu'il lui a donné, n'ayant point cessé d'an-
noncer la vérité, même dans les plus grands dangers, au
milieu des barbares, et exposé à la violence des tyrans. Il
l'exhorte à continuer, en agissant et parlant toujours avec
la même fermeté et la même liberté.
664, 665, 666. ' La quarante-deuxième est une réponse à plusieurs ar-
ticles, sur lesquels saint Anselme l'avoit consulté. Il y
décide entr'autres choses, qu'un évêque qui est consa-
cré, ne peut point recevoir de la main des laïcs, des biens
ecclésiastiques qui sont dans un autre évêché; mais qu'il
peut recevoir ceux qui sont dans son propre évêché, parce
qu'alors ce n'est qu'une restitution qu'on lui fait. Les abbés
ne doivent en recevoir que par le canal des évêques.
2°. Il vaut mieux recevoir le corps de notre Seigneur
de la main d'un prêtre, quel qu'il soit, que de s'exposer à
mourir sans le recevoir, en attendant un digne ministre.
Pascal ajoute que si quelques prêtres refusoient d'administrer
le viatique à des montions, parce qu'ils auroient méprisé
leurs messes, à cause de leur mauvaise vie, ils doivent
être punis comme des massacreurs d'ames. (\)
tn. La quarante-quatrième est une réponse à celle que lui
avoit écrit saint Anselme, pour le prier de ne point ac-
11 Si quia rero presbylerorum, pro viUe suie conlemtu prœlerxto , in illo ex-
tremitali* articula posilis vialicum dentgârxnt , tanquam onimarum homicidce
dtftrictius puniantur.
PAPE. 2^5 III SIECLE.
corder le pallium à Thomas archevêque d'York, avant qu'il
fût consacré, et qu'il lui eût rendu l'obéissance qu'il lui
devoit en qualité d'archevêque de Cantorberi. Pascal lui
marque qu'il considère trop saint Augustin l'apôtre des An-
glois, pour faire quelque chose qui puisse préjudicier à la
dignité de son siège. Quant à ce que saint Anselme lui avoit
mandé qu'on étoit scandalisé en Angleterre, qu'il tolérât
les investitures en Allemagne, Pascal répond qu il ne les
a point tolérées . et qu'il ne les tolérera point ; et que
si le roi marche sur les traces d< son père, il éprouvera le
glaive de saint Pierre, qu'il a déjà commencé de tirer.
Dans la quarante-cinquième à saint Anselme, il lui
accorde tout ce qu'il avoit demandé, et confirme les pré-
rogatives de l'église de Cantorberi.
' Il déclare dans la quarante-sixième au clergé de Te- ib.
rouane, que les clercs concubinaires qui ne vouloient point
quitter leurs femmes, doivent être exclus de leurs fonc-
tions et privés de leurs bénéfices,
'Dans la quarante-septième adressée à Madelme . abbé 668.
de sainte Sophie près de Bénévent, il confirme toutes les
possessions de ce monastère, dont il fait l'énumération.
Dans la quarante-huitième, à Richard archevêque de 66».
Narbonne, il confirme les droits et biens de cette église,
et menace de grandes peines, même de la damnation éter-
nelle, quiconque osera troubler l'église de Narbonne, en-
lever ses biens ou les retenir. Richard à qui cette lettre
est adressée, s'étant plaint de ce que les abbés de saint
Pons et d'Aleth communiquoient avec des personnes qu'il
avoit excommuniées, le pape leur défendit par une lettre
qui est la quarante-neuvième, de tenir une conduite con-
traire aux canons, et spécialement aux décisions du con-
cile qu'il avoit tenu à Troyes.
La cinquantième est adressée à Rothard archevêque de 67i.
Mayence. Pascal s'y plaint de ce que les princes ayant
voulu se rendre maîtres de ce qui ne leur appartenoit pas,
ils ont fait perdre à l'église sa liberté. Il fait remonter la
source de ce désordre jusqu'à Simon le Magicien. Le com-
mencement d'un nouveau régne est pour lui un nouveau
motif de redoubler ses soins, pour arrêter ce désordre. Il
est néanmoins disposé à accorder aux princes tout ce qui
H h ij
XII SIECLE.
244 PASCAL II,
leur est dû, et à conserver tous leurs droits dans leur inté-
grité, pourvu qu'ils laissent jouir l'église de toute la liberté
que Jésus-Christ lui a acquise par son sang. 11 s'élève contre
les investitures que les laïcs donnoient par le bâton pasto-
ral et l'anneau : Quid enim ad militem bacuïus episcopalis?
Quid annulus sacerdotalis? (i) Que les princes ayent dans
l'église le premier rang ; qu'ils en soient les défenseurs, qu'ils
en tirent des subsides. Que les rois ayent ce qui appartient
aux rois; et les prêtres, ce qui appartient aux prêtres; et
qu'ainsi tous vivent en paix. Pascal renouvelle dans sa let-
tre le décret du concile de Plaisance tenu sous Urbain II,
contre les clercs ordonnés dans le schisme. A l'égard de ceux
qui étant excommuniés et dans le schisme, se sont fait ordon-
ner évêques, il renvoyé à un concile, pour juger de quelle
manière ils doivent être traités.
672. 'Dans la cinquante-unième à Artaud abbé de Yezelay,
673. il accorde plusieurs privilèges à ce monastère. Par la cin-
quante-deuxième, il levé l'interdit ou la défense que l'é-
vêque d'Autun et ses archidiacres ou archiprêtres avoient
faite , de visiter par dévotion le monastère de Vezelay ,
d'entrer dans l'église, d'y porter des offrandes.
674. 'Dans la cinr)uantc-troisieme, à Robert abbé de Veze-
lay, il lui déclare qu'il le prend sous la protection du s. siège.
675. ' Dans la cinquante-quatrième adressée à Guillaume
comte de Nevers, il lui recommande de protéger les égli-
ses, et en particulier le monastère de Vezelay, contre les
violences de ceux qui le veulent opprimer.
ib. 'La cinquante-cinquième est encore écrite en faveur du
monastère de Vezelay, à Daïmbcrt archevêque de Sens, et
à plusieurs autres évêques. La cinquante-sixième est adressée
aux évêques de France contre les meurtriers de l'abbé de
Vezelay.
676. ' Par la cinquante-septième , à Raoul archevêque de
Reims, il confirme les privilèges accordés par son prédé-
cesseur à l'évêque d'Arras ; et il déclare que jamais il ne
souffrira qu'il soit soumis à l'église de Cambrai. La cin-
quante-huitième au clergé et au peuple d'Arras, est écrite
sur le même sujet.
(1) IJabeant in ecclesia primatum suutn. ut sint ecclesice defensores, et
tcclesiœ subsidiis perfruanlur. TInbeant reges, quod regum est; quod sa-
cerdotum est, habeant sacerdoles.
PAPE. 243 iasnsclB.
Dans la cinquante-neuvième, il marque à Lambert évê-
que d'Arras, qu'il a nommé' des arbitres pour régler le
différend qui étoit entre les chanoines d'Arras et les moines
de l'abbaye de saint Vast. La lettre suivante, soixantième, est
adressée aux arbitres qui étoient au nombre de douze.
'Dans la soixante-deuxième adressée ^ Etienne abbé de «77.
Beze, Pascal confirme les biens de cette abbaye, dont il
fait le détail.
'Par la soixante-troisième, il prend sous sa protection 679.
l'abbaye de saint Maixant. Elle est adressée à Geofroi qui
en étoit abbé.
Dans la soixante-quatrième, à Galon évêque de Paris, et 8S°
au chapitre, il confirme ce qui avoit déjà été réglé par le
roi (Louis le Gros), que les serviteurs de cette église scroient ,
dorénavant recevables à rendre témoignage contre des per-
sonnes libres dans les affaires civiles. Us en étoient aupa-
ravant incapables, étant regardés comme serfs, ce qui fai-
soit beaucoup de tort à l'église de Paris.
Les deux suivantes sont adressées à Bernard de Tolède
primat d'Espagne. ' La soixante-cinquième regarde l'élec- &si.
lion de l'évêque de Burgos. Par la soixante-sixième, il lui
soumet l'église de Ségovie dans la vieille Castille, à moins
que cetie ville ne veuille avoir un évêque particulier.
' La soixante-septième adressée aux archevêques et évêques n»d.
de France, est très-hbnorable aux religieux de Cluni ; il
prie les prélats de ne point s'opposer aux privilèges accor-
dés par les papes à cette abbaye ; il leur défend même de
le faire, sous peine d'encourir l'indignation du saint siège.
Il les exhorte à imiter leurs prédécesseurs, qui ont respecté
cette vénérable congrégation; et de concourir avec eux,
au salut de plusieurs pécheurs que Dieu opère par leur mi-
nistère.
'La soixante-huitième adressée à Hugues abbé de Cluni, m*-.
ne fait pas moins d'honneur que la précédente à cette cé-
lèbre abbaye. Il confirme tous les privilèges qui lui avoient
été accordés par ses prédécesseurs, spécialement par Gré-
goire VII et Urbain II, et en accorde de nouveaux.
'Les trois lettres suivantes 69, 70, 1\ , sont adressées «83,684,68».
au même Hugues, en faveur de l'abbaye de Cluni.
' Part* la 6ôixante-douzieme , à Pons abbé de Cluni, il m.
1 s *
III SIECLE.
246 PASCAL II,
confirme les privilèges de Cluni. La soixante-treizième
adressée au même abbé, est encore une confirmation des
privilèges de cette abbaye, et de ses nouvelles acquisitions.
Par la soixante-quatorzième il accorde à Pons l'usage des
687. ornemens pontificaux dans la célébration de la messe. Dans
la soixante-quinzième, il reprend cet abbé, de ce qu'il
avoit fait consacrer le saint crème dans l'abbaye de Cluni ,
au préjudice des droits de l'évèque de Mâcon, qui lui en
avoit porté des plaintes. Il l'exhorte à ne rien faire de sem-
blable dans la suite, et à ménager ce prélat qui mérite leur
attachement par celui qu'il a lui-même pour les religieux
de Cluni.
«8«. 'La soixante-seizième est une réponse à Otton, que l'em-
pereur avoit nommé évêque de Bamberg. Otton avoit déjà
refusé deux fois l'épiscopat. Enfin étant nommé pour la troi-
sième fois, il en informa Pascal, en lui marquant qu'il re-
nonceroit à son évêché, s'il ne lui donnoit lui-même l'in-
vestiture et la consécration. Le pape fut très-satisfait de
ces dispositions, et lui marqua de le venir trouver au plu-
tôt, en l'assurant de sa bienveillance.
689. ' Dans la soixante-dix-septieme adressée au clergé de Pa-
ris, il fait l'éloge de Galon leur évêque, et le leur re-
commande. Il les exhorte à le recevoir avec charité, à le
respecter et à lui obéir. Galon fut lui-même porteur de
cette lettre, par laquelle le pape lui donne tout pouvoir
pour recouvrer les biens de l'église de Paris, et même
d'excommunier ceux qui les retiendroient , de quelque
diocèse qu'ils fussent. Il le charge de travailler à la ré-
forme du monastère de saint Eloy , dont les religieuses
étoient fort dérangées, laissant à sa discrétion le choix des
moyens qu'il jugeroit à propos d'employer. L'éditeur re-
connoît dans une note qui est au bas de cette lettre, qu'elle
auroit dû être placée avant la soixante-quatrième adressée
à Galon lui-même : c'est le rang dans lequel il l'auroit mise,
si elle lui étoit tombée plutôt entre les mains.
690. La soixante-dix-huitieme est adressée à Gui archevêque
de Vienne, à qui il confirme les droits et privilèges de
métropolitain, marquant en détail toutes les églises sur les-
quelles sa juridiction doit s'étendre.
«si- 'Par la soixante-dix-neuvieme, il charge Gui archevê-
PAPE. 247
III SIECLE.
que de Vienne, son légat, de terminer le différend qui
duroit depuis longtemps entre les chanoines de saint Jean
et de saint Etienne de Besançon. Le sujet de la contestation
étoit le droit de métropole, que les uns et les autres s'at-
tribuoient. ' La quatre-vingtième est adressée au même,pré- ibid.
lat, et écrite pour le même sujet. Sans entrer dans le détail
de ce différend, nous nous contenterons de dire qu'il sub-
sista encore plus d'un siècle , malgré le jugement rendu l'an
M45, au concile de Tournus, en faveur des chanoines
de saint Jean, confirmé depuis par Calixte II, et que la con-
testation ne put être terminée que par la réunion des deux
églises, que le cardinal Hugues unit par un traité conclu
entr'elles vers le milieu du siècle suivant.
Dans la quatrevingt-unieme adressée encore à Gui , il
confirme ce qui avoit été fait au concile de Vienne touchant
les investitures.
Dans la quatrevingt-deuxieme, à Ives de Chartres, et ib. p. 595.
à Ranulphe de Xaintes, il ordonne qu'on observe le décret
du concile de Clermont, tenu sous Urbain II, concernant
certaines redevances sur les autels et les églises.
' Dans la quatrevingt-troisieme il accorde les investitures p. 780.
à l'empereur Henri V.
Par la quatrevingt-quatrieme aux Vélitriens, il casse 692.
ce qu'avoit fait l'antipape Guibert, à leur préjudice, et
confirme les limites que Grégoire VII avoit accordées à
la cité de Velitre.
Dans la quatrevingt-cinquieme à Guillaume évêque 693.
de Melphe, il supprime l'évêché établi dans le bourg de
Lavelle, et confirme les possessions et les droits de l'église
de Melphe. La raison que Pascal allègue de la suppression
de cet évéché, c'est que saint Pierre et saint Anaclet ont
défendu, à ce qu'il prétend, d'établir des évéchés dans les
campagnes, les bourgs et les petites villes; car il seroit très-
préjudiciable à l'église, ajoute— t'il , que le nom et la dignité
d'évêque vinssent à s'avilir par le grand nombre et la pau-
vreté : Magnum enim est ecclesiœ detrimentum, cum epis-
coporum nomen et dignitas frequentiâ inopiâque vilescit.
Nous ne voyons cependant pas que la pauvreté des apô-
tres, et celle des évêques des temps apostoliques, ait rien
diminué de leur mérite aux yeux des fidèles, et avili leur
dignité.
XII SIECLE.
248 PASCAL II,
La quatrevingt-sixieme est une confirmation des droits
69i. et privilèges de l'église de Pavie, adressée à l'évêque Gui
qui la lui avoit demandée. La plus grande partie des let-
tres qui suivent, ne sont, comme plusieurs de celles dont
nous avons parlé, que des comfirmations de privilèges.
695etsuiv. ' Telles sont les lettres 87, 92, 93, 94, 95. Il or-
096. donne dans la quatrevingt-neuvieme ' aux clercs de Flo-
rence d'assister les jours de dimanches et de fêtes principales
6y7. à l'office de la grand 'messe. ' Dans la quatrevingt-dixieme
aux clercs et au peuple de Florence , il déclare leur évêque
innocent du crime de simonie, dont il avoit été accusé
par l'archidiacre et quelques autres; et il prive les calom-
niateurs de leurs bénéfices.
703. ' La quatrevingt-seizieme est une réponse . à 'Henri I roi
d'Angleterre, qui lui avoit demandé par ses ambassa-
deurs le droit d'établir les évêques et les abbés par l'in-
vestiture, sur quoi le pape lui dit que cela est contraire à
l'institution divine; que les princes ne sont point la porte
par laquelle les ministres doivent entrer dans l'église: que
ceux qui entreroicnt par cette porte, ne seroient point des
pasteurs, mais des voleurs; que la religion ne lui permet
pas d'accorder ce qu'il lui demande. Il lui cite ces belles
paroles de saint Ambroise , que l'empereur ne doit pas croire
qu'il ait droit sur les choses divines; que les palais appar-
tiennent à l'empereur, et les églises au prêtre; qu'il a reçu
le pouvoir sur les villes, mais qu'il n'en a point sur les choses
sacrées : Ad imperatorem palatin pertinent, ad sacerdotem
ecclesiœ. Publicorum tibi mœnium jus permission est, non sa-
crorum.
703. ' La quatrevingt-dix-septieme est adressée au même
prince, et regarde la même matière.
Dans la quatrevingt-dix-huiticme, à Osberne évêque
d'Excester, et aux clercs de cette église, il leur ordonne
de ne point s'opposer, comme ils faisoient, à ce que les
religieux de saint Martin de la même ville eussent un cime-
tière dans leur monastère, pour enterrer leurs morts.
7og. ' La quatre-vingt-dix-neuvième adressée à saint Anselme,
regarde les investitures et la promotion des fils de prêtres
aux ordres. Dans la centième au même prélat, il lui té-
moigne la part qu'il a prise à toutes ses traverses, et lui
marque
PAPE. 249
XII SIECLE.
marque que les fauteurs des investitures en Angleterre,
avoient été excommuniés dans le concile de Latran.
Dans la cent-unième, il mande à Guillaume évêque de
Rouen, qu'il a renvoyé son affaire à saint Anselme, et
qu'il approuve tout ce qu'il fera en sa faveur; à condition
y toutefois ' qu'il éloignera de lui ceux qui par leurs mau- 707.
vais conseils lui ont fait faire beaucoup de fautes.
'Dans la cent-deuxième Pascal permet à saint Anselme, nid.
vu la multitude de fils de prêtres qu'il y avoit en Angle-
terre, d'élever aux ordres ceux qui en seroient dignes par
leur science et leurs mœurs.
'La cent-troisième est une réponse à celle de saint An- 708.
selme, qui lui avoit demandé la permission de faire un dé-
membrement de l'évêché de Lincoln, pour en ériger un
nouveau à Eli, à quoi Pascal consent. A l'égard du mo-
nastère que l'on eboisissoit pour être le siège du nouvel évê-
que, il veut que l'on observe ce qui s'étoit pratiqué en pa-
reille occasion en Angleterre, dans les monastères où l'on
avoit établi des évêchés. ' Nous remarquons dans cette 709.
lettre, que le pape donne au roi Henri le titre de roi très-
chrétien : Christianissimus rex Anglorum Henricus.
' Pascal répond par la cent-qualrieme au roi , qui s'étoit u>.
joint à saint Anselme, pour lui demander l'érection du nou-
vel évêcbé, parce que celui de Lincoln étoit trop vaste,
pour qu'un seul évêque pût suffire à le gouverner. Il loue
le prince de sa demande, et la lui accorde.
' Dans la cent cinquième au même prince , il se plaint 710.
de ce qu'il n'a pas pour le saint siège le respect qui lui est
dû ; et de ce que l'entrée de ses états est fermée à ses lé-
gats ; en sorte qu'on n'y reçoit ni légats ni lettres sans sa
permission et ses ordres. 11 se plaint encore de ce que l'on
ne porte aucune affaire d'Angleterre à Rome; d'où il ar-
rive qu'on y fait beaucoup de choses contre les régies. Une
telle conduite est bien éloignée de celle des anciens rois
d'Angleterre, dont quelques-uns ont porté la vénération
et l'attachement pour les apôtres , jusqu'à quitter leur
royaume pour aller visiter en personne leur tombeau, et
même finir leurs jours à Rome. Pascal marque ensuite au
roi, qu'il lui envoyé Anselme abbé du monastère de saint
Saba, pour traiter d'affaires, et corriger ce qui mériteroit
Tome X. I i
XII SIECLE.
250 PASCAL II,
de l'être. Il consent à ce que le roi et les évêques lui avoient
demandé touchant l'archevêque de Cantorberi , quoiqu'ils
eussent agi contre l'autorité du saint siège. Il s'agissoit de
la translation de Radulphe évêque de Rochester sur le siège
de Cantorberi. Enfin Pascal se plaint de ce que le denier
de saint Pierre avoit été levé avec tant de négligence et
de mauvaise foi, que l'église Romaine n'avoit pas reçu la
moitié de ce qui lui étoit dû.
7ii. ' La lettre cent sixième est adressée à l'église de Cantor-
beri , qui lui avoit envoyé des députés pour l'informer de
la translation de Radulphe, de l'église de Rochester à celle
de Cantorberi.
712. ' Dans la cent septième au roi Henri, il se plaint de ce
que l'on fait beaucoup de choses en Angleterre, sans con-
sulter le saint siège ; en particulier de ce qu'on y décide
les causes des évêques, et qu'on ôte aux opprimés la li-
berté de recourir au souverain pontife par la voie de l'ap-
pel ; quoique ce soit à lui, et non à d'autres, qu'appartient
le jugement des affaires des évêques, et des causes ma-
jeures. Il cite, pour le prouver, les paroles des papes Vic-
tor et Zephirin, tirées des fausses décrétales d'Isidore Mer-
cator.
conct.io.p. 6-22- 'En rendant compte des lettres de Pascal, nous avons
suivi l'ordre dans lequel elles sont rangées dans le dixième
volume de l'édition des conciles, qui n'est ni l'ordre chro-
nologique, ni celui des matières. La crainte de nous en-
gager dans une trop grande discussion, nous a empêché
de changer cet ordre dont le changement causeroit d'ail-
leurs de l'embarras au lecteur. Nous laissons ce travail à
ceux qui voudront entreprendre une nouvelle édition de
ces lettres, qui ne seroit point inutile. On pourroit y en
ajouter plusieurs qui ont échapé aux dernières éditions.
cod. Mois, apud 'Telles sont celles qu'il écrivit aux religieux de Cluni, et
Mab. ann. lib. 69. , ,.„., . n , . ,„T , . ° ,,
n. io8. a dilierens princes, sur la mort d Urbain II, et sur son élec-
tion ; la lettre à Ansel évêque de Beauvais , rapportée par
Souchet dans ses notes sur la deux cent quatrevingt-unieme
iv. p 256. lettre ' d'Ives de Chartres : telles sont deux lettres et deux
bulles publiées par D. Martene dans le premier volume
de son thrésor d'anecdotes, pages 336, 337, 338; les let-
tres du même pape données au public par M. Baluze,
PAPE. 251 XIISIECLE_
dans le septième tome de ses mélanges, \°. à l'abbé et aux
moines du Bec; 2° à Robert, évêque de Conventri ; 3°.
aux moines de saint Gilles ; 4°. à Guillaume arcbevêque de
Rouen. Pour ce qui est de la cinquième à saint Anselme,
ML Baluze pouvoit se dispenser de l'imprimer dans son re-
cueil, puisqu'elle se trouve dans l'édition des conciles, p.
624; enfin plusieurs autres lettres et bulles du même pape,
indiquées dans le cinquième et sixième volumes des annales
de Tordre de saint Benoit; où l'on trouve un grand détail des
actions de ce pape. Nous n'avons point indiqué les différentes
éditions des lettres de Pascal, parce que les éditeurs citent
les sources d'où ils les ont tirées, qui sont la collection
des conciles de Binius, le spicilége de D. Dacbery, l'his-
toire des nouvelles d'Edmere, Yltalia sacra, etc.
Ces éditeurs ont ajouté à la suite des lettres de Pascal p. 713.
plusieurs fragmens de décrets et d'autres lettres, cités sous
son nom dans Gratien. 'Quelques-uns de ces fragmens re-
gardent la grande affaire dont ce pape fut occupé pendant
tout son pontificat, c'est-à-dire, les investitures : d'autres,
les dixmes que le pape ne veut point qu'on exige des moines
et des chanoines, qui travailloient de leurs mains pour
subsister. On y trouve des défenses faites aux moines de
s'arroger les droits appartenans aux évêques. Enfin il y en
a sur les mariages, et sur des sujets particuliers.
LAMBERT,
ABBÉ DE POUTIERES,
ET AUTRES ECRIVAINS.
Lambert eut le bonheur d'être le disciple de saint Mab. ann. t. 5, 1.
Bruno instituteur des Chartreux , comme il le témoi- 70, n' **'
gne lui-même. C'est tout ce que nous sçavons de ses pre-
mières années et de son éducation. Il embrassa l'état
monastique et fut abbé de Poutieres, abbaye de l'ordre de
saint Benoît dans le diocèse de Langres. ' Il assista en cette Mab. ib. n. 75. 1
qualité au concile tenu à Troyes l'an 44 04. La chronique 4,%'. 735? ' "°V' "
de Beze nous apprend qu'il étoit à la suite de Pascal II ,
I i ij
ni siècle. 232 LAMBERT, ABBÉ DE POUTIERES,
lorsqu'il visita ce monastère en W07. Nous ignorons l'année
Mab. ann. t o.i. de la mort de Lambert; ' mais il est certain qu'il vivoit en-
73> "• fll- core en l'année -1^8, puisqu'il est nommé comme témoin
dans une charte qu'Hugues, comte de Champagne, donna
cette année en faveur des religieux de Marmou tiers.
D'Arannes, bibi. ' Nous avons une lettre de Lambert moine de Pou-
cccies. Turon. p. tjeres ^ adressée à l'abbé Alberic et aux frères qui étoient
avec lui. Cet abbé Alberic est indubitablement celui qui
quitta l'abbaye de Molême dont il étoit prieur, avec quel-
ques compagnons, pour se retirer dans la forêt de Cîteaux,
Mab. et fut fait abbé de ce célèbre monastère l'an -1099. ' Alberic
et ses compagnons avoient consulté Lambert sur la pronon-
ciation de certains mots; ce qui fait voir qu'il avoit la répu-
tation d'homme sçavant et habile dans les belles lettres.
La réponse qu'il fit à ces pieux solitaires, suffit dans sa briè-
veté, pour donner une idée avantageuse de sa capacité. 11
paroît que Lambert avoit du goût et de l'érudition, qu'il
sçavoit faire usage des écrivains de la bonne latinité qui
n'étoient point effacés de sa mémoire, quoiqu'il fût fort
avancé en âge lorsqu'il écrivit cette lettre. D. Mabillon
l'a fait imprimer dans l'appendice du second tome de ses
annales, page 744.
A cette lettre de Lambert on peut joindre la réponse
, qu'il fit à la lettre circulaire, par laquelle les disciples de
saint Bruno avoient annoncé la mort de leur saint institu-
teur. Lambert qui avoit été instruit dans les lettres et dans
Brun.vit.apudsur. la connoissance de la religion, ' à l'école de ce saint homme,
ne manqua pas de témoigner ses regrets sur sa mort, de
louer sa sainteté , et de se féliciter de l'avoir eu pour
maître.
Le Long, bibi. Fr. Anontme Auteur d'un écrit intitulé : Lemovicenses
p' 181 episcopi usque ad annum i\\S. C'est un manuscrit in-fol.
conservé parmi ceux de M. Duchesne dans la bibliothèque
de M. Colbert, aujourd'hui dans celle du Roi. Ce manus-
crit avoit appartenu à l'abbaye de Grandmont.
On conserve encore dans les mêmes manuscrits un autre
écrit qui porte ce titre : Gesta Lemovicensium episcoporum
usque ad annum 4438, auctore incerto.
Anonyme auteur d'un écrit intitulé, Opus in duos
libros divisum, quorum primas agit de litteris , de voce,
ET AUTRES ÉCRIVAINS. 253
III SIECLE.
de verbo, de syllaba, de ceris cartis et pergamenis , de
generibus opusculorum , de ortographia , de glossa, prosa et
historia. Secundus agit de bibliotheca, de interpretibus , de
Trinitate, de prophetis , de omnibus sanctorum ordinibus, de
clericis, de monachis, de festivitatibus , de officiis, de or-
dine missce. ' Cet ouvrage est indiqué parmi les manus- p. îe.n. 113.
crits de la bibliothèque de l'abbaye de saint Martial de Li-
moges, dont le catalogue fut imprime à Paris m-8°, en 4730,
chez les frères Barbou. L'éditeur de ce catalogue donne
au moins 700 ans d'antiquité au manuscrit qui contient ce
catalogue : ainsi l'auteur sur lequel on ne nous donne au-
cune connoissance, doit avoir écrit pour le plus tard vers
l'an ^30.
DROGON,
MOINE DE SAINT ANDRÉ DE BRUGES.
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
ON a déjà remarqué dans le volume précédent, à t. 9, p. 11 et 1-2.
l'article de Drogon moine de Berg saint Vinok, que
presque tous les bibliographes et autres écrivains ont con-
fondu trois hommes qui ont porté le nom de Drogon ou
Dreux, et que des trois ils n'en ont fait qu'un. Ces trois
hommes sont , Drogon moine de Berg saint Vinok ,
Drogon évêque de Terouane , et Drogon moine de saint
André de Bruges. Par une suite de cette première erreur ,
les mêmes écrivains sont tombés dans une autre, en attri-
buant à un seul Drogon tous les écrits portant le nom de
Drogon. Nous ne répéterons pas ici ce qui a été dit à ce
sujet, pour dissiper la confusion, et découvrir la méprise;
nous nous contenterons de remarquer qu'un peu d'atten-
tion sur les dates auroit fait éviter cette méprise et cette
confusion. A peine Drogon de saint André étoit-il au monde,
lorsque Drogon de Berg s. Vinok fiorissoit. Celui-ci écri-
XII SIECLE.
254 DROGON,
voit dès l'année 4058 l'histoire des miracles de s*. Lewine;
l'autre n'écrivit la vie de sainte Godoleve morte en 4 070,"
que vers l'an 4098. 11 avoue lui-même qu'il n'a point été
témoin oculaire des faits qu'il rapporte, mais seulement
qu'il les a appris de personnes dignes de foi, qui les avoient
vus, et qui vivoient encore au temps qu'il les écrivoit. Ces
différentes époques montrent assez clairement que l'auteur
de l'histoire des miracles de sainte Lewine, et celui delà
vie de sainte Godoleve, ne sont pas un seul et même
homme, et qu'il faut les distinguer.
Drogon qui fait le sujet de cet article, n'étoit peut-être
pas encore né au milieu de l'onzième siècle. Il embrassa la
vie religieuse dans le monastère de saint André de Bruges.
Il en fut tiré pour faire les fonctions de chapelain, ou de
curé, à Ghistelle monastère de filles, fondé vers l'an 4 090,
dans l'ancien diocèse de Tournai. Ce monastère porte au-
jourd'hui le nom de sainte Godoleve, et est dans le nou-
pal27er' n°v' '' 5' veau diocèse de Bruges.
p. 593.' ib. p. 329. Sanderus avance dans son Franconatu, ' que Drogon flo-
rissoit l'an 4 448, et qu'il fut envoyé à Ghistelle après cette
année, pour gouverner cette église. Néanmoins la chro-
nique d'Arnoul Gocthals, d'où Sanderus semble avoir tiré
ce qu'il dit de Drogon, ne marque point l'année 4448.
Quoiqu'il en soit de l'année où Drogon fut envoyé à Ghis-
telle, il gouverna parfaitement bien cette église tant pour
le spirituel que pour le' temporel, jusqu'à sa mort dont on
ignore le temps.
§ II-
SES ÉCRITS.
LE grand nombre de miracles que Dieu opéra au tom-
beau de sainte Godoleve, et les pressantes sollicita-
tions de plusieurs personnes engagèrent Drogon à écrire la
vie de cette sainte, dont le corps reposoit dans l'église de
Ghistelle. Il dédia son ouvrage à Radbode ou Radbodon,
évêque de Noyon et de Tournai, mort en 4098. La dé-
dicace que Drogon a faite à ce prélat, peut servir à fixer
l'époque d'un écrit dans lequel l'auteur n'a mis aucune
date.
MOINE DE SAINT ANDRÉ DE BRUGES. 255
XII SIECLE.
L'auteur anonyme qui a interpolé l'ouvrage de Drogon ,
a cru que la vie de sainte Godoleve avoit été faite par Dro-
gon , et lue par l'évêque Radbodon , avant que ce prélat
fit en l'année 4 084, l'élévation du corps de la sainte; étant
nécessaire qu'il fût instruit de sa vie, de ses vertus et de ses
miracles, avant que de faire cette cérémonie : il est même
persuadé que Radbodon alla en personne porter ces pièces
à Rome. Il faut excuser l'anonyme qui ayant peu de con-
noissance de l'antiquité , et voulant juger des siècles qui l'a-
voient précédé par les usages de celui où il vivoit, a cru
qu'on observoit dès-lors dans la canonisation des saints des
cérémonies qui n'ont été introduites que dans la suite-, et
qu'il falloit une vie écrite, des procès verbaux en bonne
forme , etc.
Selon l'auteur de la chronique de saint André de Bruges ,
Drogon entreprit beaucoup plus tard d'écrire la vie de sainte
Godoleve, et il ne la composa qu'après l'an -144 8, étant
curé de Glùstelle ; ce qu'il fit, si l'on en croit cet auteur , à
la prière de ses paroissiens. Mais cela n'a aucun fondement;
car \°. Drogon ne se donne nulle part le titre de chape-
lain ni de curé de Ghistelle, il prend seulement ceux de
moine et de prêtre. 2°. Il ne dit point que ce fut à la
prière de ses paroissiens , qu'il entreprit d'écrire la vie de
sainte Godoleve, mais qu'il y fut engagé par les pressantes
sollicitations de plusieurs personnes. Ainsi on ne peut point
en conclure qu'il étoit alors curé de Ghistelle.
'Les continuateurs de Bollandus prenant le milieu entre Bon. ejui. p.see,
ces deux sentimens, croyent, et avec plus de vraisemblance,
que Drogon a composé son ouvrage du vivant de Radbo-
don évêque de Noyon et de Tournai, qui mourut l'an
-1098, et qu'il l'aura présenté la même année à ce prélat,
lorsqu'il vint à Bruges pour la dernière fois.
Un autre point de critique plus important, est de dé-
mêler parmi les différentes légendes de sainte Godoleve ,
quelle est le véritable ouvrage de Drogon. Il y en a deux
principales, l'une donnée par Surius, l'autre tirée d'un ma-
nuscrit du monastère d'Aldenbourg du seizième siècle, et
publiée par les continuateurs de Bollandus. Quoique la lé-
gende donnée par Surius paroisse du premier coup d'œil la
meilleure et la plus ancienne, elle ne peut néanmoins être
ïll SIECLE.
256 DROGON,
regardée comme le véritable ouvrage de Drogon , tel qu'il
est sorti de ses mains, puisque Surius avoue lui-même qu'il
en a presqu'entierement changé le style ; dictionem fere totam
mutavi. Non seulement il en a changé le style, mais il a
encore retranché tout ce qui n'avoit pas rapport à l'his-
toire, et s'est contenté d'extraire ce qui regardoit les ac-
tions, le martyre et les miracles de la sainte. Malgré ces
Bon. 6 juillet, p. changemens, on trouve dans l'édition de Surius ' tout le
fond de la vie de sainte Godoleve, écrite par Drogon. On
y trouve des phrases entières toutes semblables, et les faits
rapportés dans le même ordre qu'ils le sont dans la légende
que les continuateurs de Bollandus croyent sur des raisons
assez solides être le véritable ouvrage du moine de saint An-
dré. C'est ce qui les a déterminés à la faire imprimer de nou-
ib. ajui. p. 109. veau dans leur recueil, ' à la suite de celle qu'ils ont tirée
du manuscrit d'Aldenbourg.
Quant à l'ouvrage en lui-même, il est dédié, comme
nous l'avons déjà dit , à Radbodon évêque de Noyon et
de Tournay. L'auteur se qualifie de moine et prêtre in-
digne, et dit qu'il a été forcé d'entreprendre cet ouvrage
qui est beaucoup au dessus de ses forces. Il prie le prélat
de l'examiner et de le corriger avant que de le publier , et
de le confirmer par son autorité qui lui tiendra lieu de dé-
fense contre les critiques. Il assure qu'il n'y a rien avancé
que sur la foi de témoins oculaires qui étoient encore vi-
vans. Cette légende est pleine de lieux communs, sur-
chargée de réflexions qui néanmoins respirent la piété, et
font voir que l'auteur avoit de la justesse d'esprit, et étoit
versé dans la lecture de l'écriture et des Pères, et même
dans celle des auteurs profanes. Le style en est diffus,
obscur, et tel qu'on peut l'attendre d'un écrivain de la fin
du onzième siècle.
La vie de sainte Godoleve telle qu'elle est dans Surius ,
et la véritable production de Drogon, telle qu'elle est sor-
tie de sa plume , ont été traduites l'une et l'autre en Fla-
mand; la première en l'an 4 619, et la seconde en -1629.
Les continuateurs de Bollandus voulant flater le goût
de leur nation, ont publié à la suite des deux vies de sainte
Godoleve, dont nous venons de parler, une longue lé-
gende de la même sainte, qu'ils croyent avoir été faite
vers
MOINE DE SAINT ANDRE DE BRUGES. 257 Xn smclï.
vers le milieu du seizième siècle, et qui fui presque aussi-
tôt traduite en Flamand, en faveur des bons habitans de
Ghistelle. Cette troisième légende de sainte Godoleve, et
la traduction qui mit tous les Flamands en état de la lire,
fit tomber celle de Drogon. Elle fut .reçue d'autant plus
agréablement, qu'elle étoit plus ample et plus remplie de
faits merveilleux .et de prodiges inouis. Le goût pour cette
légende, comparable au roman de YInnocence reconnue,
qui a eu tant de cours dans ce pays, s'est tellement con-
servé, qu'on s'en sert encore aujourd'hui dans les petites
écoles pour apprendre à lire aux enfans. Ne seroit-ce pas Lib. 7, conf. c. 25.
ici le cas de dire avec saint Augustin : Vœ tibi flumen
morts humani ! Pourquoi choisir un tel livre pour remplir
l'esprit des enfans de fables, en leur apprenant à. lire?
L'auteur de cette légende a supprimé son nom pour son
honneur. On ignore de même son état et sa condition :
les éditeurs soupçonnent qu'il pourroit bien avoir été maître
d'école à Ghistelle. L'histoire de sainte Godoleve est telle-
ment défigurée dans cette légende, qu'elle n'y est plus re-
connoissable. L'anonyme qui l'a composée, avoit promis
dans son prologue d'être court, et d'éviter la prolixité qui
est la mère de l'ennui. Malheureusement il ne s'est pas sou-
venu de sa promesse en écrivant, du moins il n'a pas tenu
parole. Cette esp*ece de roman est rempli de lieux com-
muns, de moralités, de faits fabuleux. Le style est aussi
ennuyeux que le fond : le sacré et le profane, la prose et
les vers, surtout de Virgile, se trouvent cités pêle-mêle.
Sainte Godoleve y est nommée fille de Jupiter et sœur Bou ejuti. p. 433,
d'Apollon; elle est qualifiée de déesse et de nymphe. L'au-
teur adressant la parole à la sainte, lui dit dévotement ;
t Je vous salue, Godoleve (4), vierge sainte, miroir de
» patience, modèle d'humilité, vraie fille de Jupiter, mar-
» tyre unique de notre Flandre, etc.
On peut juger par ces traits du bon goût de l'auteur
et du mérite de la pièce. ' Mais il faut rendre aux éditeurs Bou. u>. p. 438.
la justice qu'ils méritent. Ils désapprouvent nettement les
( 1 ) Salve igitvr, 6 tu Godoleva, virgo sacra, spéculum patientioe, exemplar hu-
miliiatis. decus eirtutum. vera JovU proies, (u et dea etrl}, tu Pbœbi soror et
nympbarum sangulnis una, U stygïi tremvtte Idcus, te jaMtor orci, otia titper
rttmbon* ant.ro temtia cruento
Tome X. K k
XII SIECLE.
BoU. il), p. 370,11.
51.
238
OTBERT, OtJ OBERT,
expressions profanes, et blâment l'usage que l'auteur en a
fait. Ils font même en quelque sorte excuse au lecteur d'a-
voir publié une telle pièce ; ' et pour prévenir les reproches
qu'ils ont prévu qu'on pourroit leur en faire, ils se justifient,
en disant qu'ils sont redevables aux sages et aux insensés.
Ils ajoutent qu'ils onC voulu recueillir ensemble tout ce qui
concerne sainte' Godoleve : ce qui ne peut être que très-
agréable à leurs compatriotes.
Marten. ampl. col.
t. 1, prsef. p. 39.
il. 54, 50.
OTBERT ou OBERT,
EVESQUE DE LIEGE.
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
Otbert ou Obert fut premièrement chanoine de l'é-
glise de saint Lambert, et prévôt de sainte Croix. En-
suite ayant été chassé de Liège à cause de ses crimes,
par l'évêque Henri, prélat recomniandable par sa piété et
son zèle pastoral, il se retira auprès de l'empereur Henri IV,
qui le mit au rang de ses chapelains. Pendant le séjour
qu'il fit à la cour, l'évêque de Liège étant mort, il obtint
ce siège, à force d'argent, de l'empereur, auquel il pro-
mit de donner tous ses soins pour maintenir dans la sou-
Mirœus , chron. mission la principauté de Liège. ' Ce fut en l'an 4 09-1 qu'Ot-
ad a»n. 1091. , . \ r, . „ .,,,,. . n
bert parvint par de telles voies a 1 episcopat, De tels com-
mencemens n'annonçoient pas un heureux gouvernement.
Hugo, t. î, part. Cependant ' l'auteur des annales de Prémontré assure que
quoiqu'Otbert fut si mal entré dans l'épiscopat, il s'y con-
duisit d'une manière qui lui fit honneur, et que la fin en
fut glorieuse. Licet aliundè quam per portant in ovile in-
troierit Otbert us , tamen indecora principia glorioso fine
correxit , prœclara enim permulta regiminis sui tempore ges-
sit. Gilles d'Orval parle encore plus favorablement d'Ot-
bert, que l'annaliste de Prémontré; non seulement il ne dit
rien de désavantageux sur son entrée dans l'épiscopat, ni de
EVESQUE DE LIEGE. 259
XII SIECLE.
ce qui Favoit précédée, mais il loue sa sagesse , sa prudence ,
son habileté dans les choses divines et humaines , son zèle
épiscopal et ses belles actions. Chapeauville auteur sçavant
et exact, en parle de la même manière. L'autorité de ces
écrivains a porté D. Mabillon à avoir des sentimens assez
favorables pour ce prélat, et à ne le pas croire aussi cou-
pable et aussi mauvais évêque que d'autres le prétendent ;
et en particulier Jarenton abbé de saint Bénigne, qui lui
paroît parler trop durement d'Olbert. ' Sic desinit Jarento- Hist. litt. 1. 10, p.
nis epistola... veritatis zelo et caritate referta, sed paulô
durior in Otbertum episcopum, qui aliàs non ita malus vi-
detur episcopus. Quelques modernes ont suivi D. Mabil-
lon; de ce nombre est D. Rivet, qui porte le même juge-
ment que lui de la lettre de Jarenton. 11 ne la juge pas
assez mesurée en ce qu'elle dit d'Otbert évêque de Liège ,
et ne croit pas ce prélat si mauvais évêque, qu'il méritât
d'être mis en parallèle avec Cerinthe et Simon le magi-
cien.
' D. Martenne prétend au contraire que ces modernes Marten. it>.
auroient eu des sentimens bien différens d'Otbert, s'ils
avoient consulté l'histoire du monastère de saint Hubert ,
écrite du vivant même de cet évêque, et les anciens mo-
numens de saint Laurent de Liège; et qu'ils y auroient vu
qu'Otbert étoit non seulement un mauvais évêque, mais
même un scélérat : non mode malum episcopuln , sed et sce-
leratissimum fuisse facile animadvertissent. Il faut avouer que
si on s'en rapporte aux auteurs auxquels D. Martene ren- Ampi. cou.t. 4, p.
• ,-i e j>/-wi. 1 ■ „ 973, n. 81 et suiv.
voye pour sçavoir ce qu il faut penser dOtbert; si on con-
sulte l'histoire de saint Hubert, celle du monastère de saint
Laurent de Liège , et autres monumens imprimés par les
soins du même D. Martene, on sera persuadé qu'Otbert
étoit non seulement un mauvais évêque, mais même un
grand scélérat. Le portrait que le pape Urbain II fait de lui,
dans sa lettre à Berenger abbé de saint Laurent, s'il est fidèle,
prouve fort bien que Jarenton n'en a pas parlé trop dure-
ment en le comparant à Cerinthe et à Simon le magicien,
puisque ce pape employé des expressions pour le moins aussi
dures, en l'appellant Antichristi signifer, satanœ jumentum,
perfidiœ Simonis manifestus sectator, etc.
Mais ces autorités quelques respectables qu'elles soient,
K k ij
XII Sir.CLE.
260 OTBERT, OU OBERT,
doivent-elles être d'un tel poids, qu'il ne soit pas permis
de s'en écarter? Est-il impossible que l'historien de saint
Hubert parlant d'un prélat qui avoit vexé son monastère, et
en avoit chassé l'abbé Berenger, ait quelquefois exagéré les
choses et grossi les objets? Est-il incroyable que des écri-
vains attachés au saint siège se soient trop livrés à leur
zèle, et ayent crû plus coupable qu'il n'étoit, un évêque
dévoué à l'empereur Henri IV , qui étoit pour lors excom-
munié? En un mot Otbert ne peut-il pas être considéré
comme la partie de ceux qui déposent contre lui ? Est-il de
l'équité de s'en rapporter au témoignage et à la déposition
de l'adverse partie, sans écouter les témoins qui lui sont fa-
vorables? Puis donc que d'autres auteurs, dont la sincérité
et l'exactitude sont reconnues, ont parlé d'Otbert assez favo-
rablement, ne pourroit-on pas au moins faire usage de leur
témoignage , pour apprécier à sa juste valeur ce qui est dit
contre lui dans les monumens que nous avons cités? Après
tout , nous ne pensons pris qu'on puisse blâmer ceux qui
imitant la modération du sage et judicieux D. Mabillon, et
des modernes qui- l'ont suivi, ne croyent pas Otbert aussi
mauvais évêque qu'on se le représente ordinairement. Il est
spic. t. 12, p. 4i6. vrai ' qu'il fut attaché au Roi Henri IV, tant que ce prinee
vécut, et qu'il lui demeura toujours fidèle. Il le reçut à
Liège, lorsqu'il y passa en fuyant son fils, pour se retirer
en Lorraine , et lui rendit de grands services. Mais qui peut
blâmer un évêque , comme le disent les Liégeois dans leur
lettre apologétique, de favoriser son prince, à qui il s'est
engagé par serment de demeurer fidèle? Qui peut, dis-je,
blâmer un évêque de ce qu'il est exact au serment de fi-
délité qu'il a fait, pourvu qu'il ne favorise ni l'erreur du
Prince, si elle est, ni le schisme? On ne peut donc point
faire un crime à Otbert de la fidélité qu'il garda à Henri.
Il seroit plus difficile de le justifier sur le traitement injuste
qu'il fit à Berenger, en le chassant de son abbaye de saint
Laurent : et c'est en partie ce qui a porté l'abbé Jarenton
à parler de lui avec tant de vivacité.
Enfin quoique l'entrée d'Otbert dans l'épiscopat ne pa-
roisse pas régulière ni canonique , l'église de Liège n'en
souffrit point; au contraire Otbert lui fit beaucoup de bien
pendant les vingt-huit ans qu'il la gouverna. On lui re-
EVESQUE DE LIEGE. 264 XII SIECLE.
proche à la vérité d'avoir dépouillé les églises de son dio-
cèse, et de n'avoir pas même épargné le tombeau de saint
Lambert, en enlevant tout ce qu'il y avoit d'or, d'argent,
et de pierreries, pour payer trois cents marcs d'argent, et
trois marcs d'or au célèbre Godefroi de Bouillon qui ,
avant son départ pour la croisade, lui avoit vendu son châ-
teau de Bouillon, et les terres qui en dépendoient. Mais
Gilles d'Orval excuse sur cela Otbert , par les avantages qui
revinrent de cette acquisition à tout le pays, qui ne fut plus
exposé comme auparavant au pillage et aux violences des
soldats de la garnison du château. Otbert acheta encore de
Baudouin comte de Hainaut , l'an 4096, le château de Cor-
vin ; ce qui donne occasion à Le Mire ' de dire que les chrome, ad ann.
deux seigneurs qui vendirent leurs châteaux à l'évêque de '
Liège, se firent plus d'honneur en vendant, que le prélat
ne s'en fit en les achetant : Et vero major fuit utriusque ven-
dentis quam ementis gloria.
'Otbert éleva de terre l'an 4 4 02 le corps de sainte Ode Butkens, trophées
. ., , , - ' .• i_i- j if» i- de Brabant, p. 96.
vierge , et 1 exposa a la vénération publique dans 1 église | Mir. chron. ad.
de Rode, qui du nom de celte sainte, a été depuis appel- ann- 1093-
lée sainte Oden-Rode. Il fit l'an 444 0, avec grande solem-
nité, la même cérémonie pour les reliques de saint Gui-
bert fondateur de Gemblou. Les historiens rapportent plu-
sieurs autres actions d'Othort qui font honneur à sa mémoire,
et d'où l'on peut conclure avec Gilles d'Orval, et avec les
auteurs de la nouvelle Gaule chrétienne ' , que ce prélat cor- Gaii. chr. t. 3, p.
rigea les vices de ses premières années par une fin glo-
rieuse. Il mourut le 34 janvier 4 449 : d'autres mettent sa
mort l'an 4448; mais cette différence ne vient que de la
différente manière de commencer l'année. En la commen-
çant à Pâques, la mort d'Olbert est arrivée l'an 444 8; mais
en la commençant au mois de janvier, il est mort l'an 444 9,
§ II.
SES ÉCRITS.
Otbert ayant été attaché à l'empereur Henri IV, tant
qu'il vécut, écrivit après sa mort une lettre que ' Gol- ApudGoui. p. 204
^ . » / . ». . . . ad p. 226.
dast a insérée sous ce titre, Otbe.rU episcopi epistma pa-
1 9 *
III SIECLE.
262
JEAN,
606.
rentatoria, de vita et obitu Henrici IV imperatoris , dans
l'apologie qu'il a publiée pour cet empereur. Baronius en
parlant dans ses annales de cette vie de l'empereur Henri
IV , écrite par l'évêque de Liège , fait entendre que le
véritable auteur de cet ouvrage est Reinec Leinec, qui
l'a imprimé, et qui pour lui donner plus d'autorité, l'a
jonrn.desscav.de publié sous le nom d'Otbert. Mais M. Wendler réfute
' cette prétention de Baronius par une raison bien solide ,
en faisant voir que l'ouvrage dont ce cardinal veut faire
auteur Reinec Leinec, a été imprimé en ' Allemagne (à
Bâle en -1 5-1 8) avant que Reinec Leinec fût au monde;
ce qu'il confirme par l'autorité de Cuspinien auteur contem-
porain.
' L'auteur de l'histoire du monastère de saint Hubert rap-
porte une lettre d'Otbert à Wirede ," usurpateur de l'ab-
baye de saint Hubert , par laquelle il lui donne jour pour
venir à Liège recevoir la bénédiction abbatiale de sa main.
Wirede s'y rendit, reçut la bénédiction, et s'attira l'indi-
gnation de tous ses frères.
Marten. ampl. col.
t. 4, p. 1004,1005.
JEAN,
DIACRE ET MOINE DE SAINT OUEN,
On a déjà remarqué dans le huitième volume de l'histoire
littéraire, ' que les études étoient en honneur en l'ab-
baye de saint Ouen de Rouen dans l'onzième siècle, et
qu'il s'y forma alors des élevés de mérite. Jean, diacre,
moine de cette abbaye, fut du nombre, et commença
dès l'âge de vingt ans , à se distinguer par des ouvrages ,
dont une partie est venue jusqu'à nous. Mais rien ne fait
plus d'honneur au moine Jean, que le choix qu'on fit de lui,
pour tenir la plume, et faire les fonctions de notaire ou de
conc t. io, p. 872. secrétaire, dans le ' concile tenu à Reims l'an -H -1 9 , par
72, p'. 863. " ' le pape Calixte IL Cette glorieuse époque sert à faire voir
qu'il a vécu pour le moins jusqu'en 1H9, et qu'on ne
peut placer sa mort, dont le temps est incertain , avant cette
année.
DIACRE ET MOINE DE SAINT OUEN, 265 m S1KCLE
Jean n'avoit pas encore vingt ans, lirsqu'il composa en
prose et en vers la vie de saint Nicolas. Il fit à l'âge de
vingt-cinq ans des additions en vers et en prose rimée à
celle de saint .Ouen, faussement attribuée par Henschenius
à Fridegode auteur Anglois, dont les sçavans reconnois-
sent aujourd'hui que Thieri moine de saint Ouen, est le
véritable auteur. Si l'on veut en croire ce qui est rapporté
dans quelques manuscrits, Jean eut une vision dans laquelle
saint Ouen lui ordonna d'écrire sa vie, à quoi il obéît.
Mais ce qui est plus certain, c'est qu'il entreprit ce travail
par ordre de son abbé. La nouvelle vie de saint Ouen que
le moine Jean entreprit d'écrire, est faite sur une plus an-
cienne vie du saint évèque de Rouen, écrite par un ano-
nyme du huitième siècle, ensuite mise en vers par Thierri
moine de saint Ouen, avec lequel Jean avoit vécu. Le
travail de ce dernier consiste en des additions qu'il a faites
à l'ouvrage précédent, en y ajoutant quelques miracles
qui avoient été omis par le moine Thierri. Ainsi ce n'est
proprement que la même vie de saint Ouen, mais aug-
mentée. M. Baillet ne paroit pas avoir eu connoissance de
cette nouvelle vie.
On croit que le moine Jean peut être l'auteur de plu-
sieurs discours ou sermons, qui se trouvent avec beaucoup
d'autres ouvrages, recueillis dans un fort beau manuscrit
de l'abbaye de saint Ouen de Rouen, appelle ïe livre
noir , par le P. Pommeraye. Ce manuscrit a six cents ans
d'antiquité, au jugement de D. Martene, et par consé-
quent va jusqu'au temps qu'a vécu le moine Jean. Le même
D. Martene ' a publié quatre pièces de ce manuscrit, du t. 3, Tbes anecd.
. j ,1 , • , -, P 1669. etsoq.
nombre de celles dont on croit que le moine Jean est au-
teur, sans toutefois les lui attribuer, ni les lui contester.
Ces pièces sont quatre discours, dont le premier est sur la
translation de saint Ouen faite en 94 8; le second, sur une
autre translation du même saint, dont le corps se trouva pour
la troisième fois entier, sans aucune altération, et dans le
même état où il étoit, lorsque saint Ansbert son successeur,
le tranféra la première fois pour le placer à l'orient de l'au-
tel de saint Pierre; et lorsque, cent soixante-cinq ans après
cette première translation , l'archevêque Riculfe l'éleva dans
le temps du ravage des Normans, pour le mettre dans une
xii siècle. 264 JEAN, DIACRE ET iMOINE, ETC.
«..il. 24 ang. p. châsse garnie d'or et de pierres précieuses. ' Les conti-
nuateurs de Bollandus ont publié les deux pièces dont
nous venons de parler sur l'édition de D. iMartene, qu'ils
ont conférée avec un manuscrit; et ils ont ajouté des notes
pour l'éclaircissement du texte. Le troisième discours porte
ce titre : Translation de saint Nicaise martyr, et de ses com-
pagnons, saint Quirin prêtre, et Scuvicul, diacre. Enfin
le quatrième discours ou sermon est sur la fête des saints,
dont on conservoit alors les reliques dans l'abbaye de saint
Ouen, et qui ent été brûlées depuis par la fureur des Cal-
vinistes.
Si le moine Jean est auteur du troisième de ces discours,
comme le P. Pommeraye le suppose, on ne peut lui en
contester aucun. Ils sont si semblables pour le style, et
pour tout ce qui peut caractériser un auteur, qu'on ne
peut lui en attribuer un sans le reconnoitre auteur de tous
les quatre. De plus, le temps où ils ont été faits, con-
vient fort bien au temps où vivoit le moine Jean, qui
les aura composés pour servir à l'office des différentes
fêtes dont il y est question. Ces discours sont moins des
serinons, que des relations historiques de ce qui a occa-
sionné les translations de saint Ouen et de. saint Nicaise,
et des différais événemens qui les ont accompagnées.
Pomm. îùst. de s. 'H ne faut point séparer du moine Jean, Ambroise reli—
gieux de la même abbaye, qui employa sa plume à célé-
brer en prose et en vers l'illustre sainte Agnès vierge et
martyre. Cette vie se trouve dans le même manuscrit qui
contient les ouvrages du moine Jean, et est écrite du même
caractère; ce qui donne lieu de croire que ces deux au-
teurs ont vécu dans le même temps. Le P. Pommeraye
le conjecture ainsi.
Ouen, p. 5:19.
liERHEKT ,
HERBERT, EVESQUE DE NORWICH. 2G;> xn siècle.
HERBERT,
EVESQUE DE NORWICH,
Surnommé Lozinga.
§ à.
HISTOIRE DE SA VIE.
Herrert ' né en Normandie, dans un lieu appelle Mon. Angi. 1. 1, p.
Hiesmes, in pago Oximensi, embrassa la profession
monastique dans la célèbre abbaye de Fccan , dont il de-
vint prieur. Quelques-uns le font natif d'Oxford on An-
gleterre, ' trompés sans doute par la ressemblance du nom Bui. t. 2, p. 544.
latin du lieu de sa naissance , en lisant in pago O.roniensi,
au lieu de in pago Oximensi. De Fccan il fut transféré en
Angleterre par Guillaume 1 1 , et fait abbé de Ramsey l'an
4087. Quatre ans après, en 1091, 'il monta sur le siège Mon- Anet- edu.
7 1 m ./• 1 .1 -.■.'> • 1656, p. 240, col.
episcopal de llietlord, qu il avoit acheté a prix d argent. 2.
Herbert procura à son père nommé Robert, l'abbaye de Hist. Angi. p. 947.
Wincbestrc , par la même voie par laquelle il s'étoit pro-
curé à lui-même l'évéi lié de Thi tford ; ce qui donna oc-
casion à un poêle de faire cette sanglante épigramme contre
l'évêque et l'abbé.
Surgit in ecclesia nionsinim genitorc Losinga, Alford , ad ann.
Simoniduni secte, ranoiitiui virtute r dicta. 1093, n. 39.1 Cen-
. . , tur. Mngdeb. ren-
Petre, iiiniis lardas, nain Simon ad ardua tentât. tur. 111, p. 1096.
Si prasens esses, non Simon ad alla volaret.
Proh dolor ! Ecclcsiae nunirnis vendnnlnr et are.
Filius est prsesul, pat^r ablias, Simon iiterque.
Omd non speremus, si luimmos possidearous ?
Omnia miniums babet, inod voit faeit, addi! el aufert.
Res nimis injuste, nummis m prxsiil et abbn s.
L'entrée d'Herbert dans l'épiscopat ne donne pas de ce Hist. Eccies. Angi.
prélat une idée fort avantageuse, non plus que ce qu'en dit Guiul'iuîùiesb.'i!
Harpsfcld qui le représente comme un homme prostitué à 2» c- 2-
la plus basse et la plus honteuse flatterie; ce qui lui mé-
Tome X. L 1
XII SIECLE.
Angl. sacr. t. 1,
398.
Malmesb. ib.
Spelm. conc. Brit
t. 2, p. 21.
266 HERBERT, EVESQUE DE NORWICH,
rita le surnom de Losinga : à mendaci adulatione, quâ se ad
régis, potentiorum , ad aliorumque non modo sensum et vo-
luntatem, sed quasi nutum atque vultum turpiter blandiendo
convertebat, Losinga dictus est. Enfin touché de Pieu , il
prit la résolution de descendre d'une place dans laquelle il
étoit entré par une si mauvaise porte. ' Pour cet effet , il
alla à Rome , et remit le bâton pastoral et l'anneau entre les
mains du pape , qui usant d'une grande indulgence à son
égard, comme parle Guillaume de Malmesbury , le réta-
blit, indulgentia clementissimœ sedis.
Herbert de retour en Angleterre, transféra l'an 4094
le siège épiscopal de Thetford à Norwich, où il fonda un
monastère des plus célèbres par le grand nombre et la vie
édifiante des religieux qui étoient au nombre de soixante.
Il établit aussi à Thetford des moines de Cluni. C'est ainsi
qu'Herbert travailla à réparer les fautes de sa jeunesse; di-
sant souvent avec saint Jérôme : Erravimus juvenes, emen-
demus senes. ' Il assista l'an -H 02 au concile national, que
saint Anselme tint à Londres dans l'église de saint Pierre
de Westminster, où plusieurs abbés d'Angleterre furent pri-
vés de leurs dignités , dans lesquelles ils étoient entrés par
simonie, ou qu'ils a voient deshonorées par leur mauvaise
conduite. Pendant le séjour que saint Anselme fit à Lyon ,
au retour de son second voyage de Rome, où ses démêlés
avec le roi Henri I, au sujet des investitures, l'avoient obligé
de retourner , Herbert lui écrivit avec quelques autres évê-
foPiUdiA?,Hi;3h,e^' y^S' une lettre ' des plus pressantes, pour l'engager à reve-
nir au plutôt remédier aux abus que son absence occasion-
noit. Ces prélats lui déclarent dans leur lettre, qu'ils sont
prêts non seulement à le suivre , mais même à marcher de-
vant, et à se sacrifier, s'il l'ordonne. Saint Anselme fit ré-
ponse aux évêques , et leur témoigna la part qu'il prenoit
aux maux dont ils se plaignoient, et la joie qu'il avoit de
ce qu'ils reconnoissoient enfin les malheurs où leur trop
grande patience les avoit fait tomber.
Depuis le moment que Dieu toucha Herbert , il se con-
duisit de telle sorte qu'il semble avoir effacé le vice de son
entrée dans l'épiscopat , par plusieurs belles actions, par son
zèle pour le rétablissement de la discipline contre les clercs
concubinaires ; par le soin qu'il eût de construire des églises,
121. | Eadra. hist
nov. p. 73.
Ib. ep. 122.
ET AUTRES ECRIVAINS. 267
XII SIECLE.
et de fonder des monastères : ce qui fait dire à Barthelemi Angi sac. t. i,p,
de Cotton qu'il a immortalisé son nom. Ainsi on peut lui
faire une juste application de ce que Gilles d'Orval dit
d'Otbert évêque de Liège, dont l'entrée dans l'épiscopat
étoit aussi irréguliere que celle d'Herbert ; Licet aliundè
quàm per portant introïerit , tamen indecora principia glo-
rioso fine correxit. Prœclara enim permulta regiminis sui
tempore gessit. Aussi voyons-nous que non-seulement Bar-
thelemi de Cotton , mais encore plusieurs autres écrivains ,
font les plus grands éloges de ce prélat. Il mourut le 22
juillet 4 4 4 9. 'Nous croyons devoir préférer le sentiment ib.
de ceux qui mettent sa mort en cette année, à celui de M.
Du Gange , de Fabricius , et autres , qui la placent en
4420.
§ II.
SES ÉCRITS.
Quant aux écrits d'Herbert, voici ceux que Posse-
vin, Pitsée, Fabricius, les Centuriateurs de Magde-
bourg lui attribuent; un livre adressé à saint Anselme,
contre les mauvais prêtres; dix-huit sermons; un traité de
la durée des temps; un autre de la fin du monde; et des
lettres écrites à différens particuliers. Il seroit à désirer que
les écrivains qui attribuent ces ouvrages à Herbert , nous
eussent fourni des preuves convaincantes qu'il les a compo-
sés; et de plus qu'au lieu d'en faire une simple liste, ils nous
en eussent donné des notions suffisantes pour pouvoir en
rendre compte. ' On trouve encore dans le catalogue des sander. Mb. mss.
manuscrits de l'abbaye de Cambron deux écrits sous le nom 357!' par ' ' p'
d'Herbert. Herbertus de septem sacrammtis ; de situ terree
Jerosolymitanœ. Comme nous n'avons vu aucun de ses
éerits, nous ne pouvons en porter de jugement.
AUTRES ECRIVAINS.
Saint Geofroi abbé de Nogent , puis évêque d'Amiens,
mort l'an 4448, est auteur d'une lettre à Baudri évê-
que de Noyon , et de quelques chartes qui se trouvent
L lij
xii siècle. 268 HERBERT, EVESQUE DE NORWICH,
spic. t. 8, p. 163, partie imprimées dans le spicilége de D. Dachery, partie
manuscrites dans les archives de Jlarmoutiers, de Mo-
lesme , et ailleurs.
Bernard doyen de l'église de Soissons, a fait quel-
ques vers sur saint Gcofroi évêque d'Amiens, selon le té-
moignage de Nicolas auteur de la vie de ce prélat.
n. 109.
Geracd second abbé de Chazal-Bcnoît, au diocèse de
Bourges, disciple du b. André, premier abbé et fonda-
teur de ce monastère, soutint avec beaucoup de réputation
et de succès, depuis l'an \ 113 ou environ, jusqu'en 4 1 19,
l'institut de Vallombreuse. 11 écrivit la vie du b. fondateur,
avec Alger autre disciple du saint abbé; mais cet ouvrage
ne se trouve nulle part. On croit qu'il fut enfermé dans le
tombeau du bienheureux André.
Saint Melchiade moine de Clairvaux , mort en \\ 20 ,
est auteur d'un ouvrage intitulé, de légitima Pétri
De visch. bibl. cathedra contra schismaticos. ' L'auteur et son écrit ne nous
Clst- p •"-'-'• sont connus que par ce qu'en dit le bibliothécaire de Ci-
teaux.
La mémoire de Progom de Troyes n'a passé à la posté-
rité que par ce trait mordant de Jean de Salisbury, par
lequel on voit qu'il avoit composé un ouvrage peu estimé :
Magnus Theodorieus , ut memini, Topica , non Aristotelis ,
sedr Trecassini Progonis irridebat.
Ludolpoe premier prieur du monastère de saint André
de Bruges, qui dans son origine n'étoit qu'un prieuré
Gaii. chr. nov. t. dépendant de l'abbaye d'Afflighem , ' érigé depuis en ab-
5, p. 269. baye, fut ensuite fait abbé d'Oostbrouck. 11 florissoit en
-! i 05 , et doit avoir vécu jusqu'en -H20. Il est auteur d'une
lettre sur l'origine de saint André.
Mab. ann. i. 5, i. ttulcuerede qui de moine ' de saint Martin de Seez , dc-
h^t.ni.55,*p.58i; JP vint abbé de Scrobcsburi en Angleterre, étoit plein de
ib. i. io, p. 781. zeje et habiie interprète de l'écriture sainte : In divink
tractalibus explanator profitais. C'est le témoignage que lui
rend Ordric Vital. Cet historien rapporte que Fulcherede
ET AUTRES ECRIVAINS. 269 XII SIECLB
ayant été choisi par les abbés et les prêtres, pour prêcher
dans une grande fête qui se célébra à Glocestrc le premier
d'août de l'an -H 00, il parla avec beaucoup de force
sur les malheurs qui alloicnt accabler le royaume d'Angle-
terre, et sembla annoncer, comme s'il eût prophétisé, la
mort funeste du roi Guillaume qui fut tué le lendemain à
la chasse, en poursuivant un cerf. Nous n'avons de Fulehe-
rede que le fragment ou extrait du sermon qu'il fit en cette
occasion. Il mourut vers l'an -H 20.
Pibon ' moine de saint Mansuy de Toul en Lorraine, An. ... t. •?, p.
est auteur d'un petit écrit intitulé , Tractatus de translatione 108"' 1092'
secunda sancti Mansueti , imprimé par les soins de Dom
Martenne. C'est une espèce de notice ou une petite his-
toire de la seconde translation de saint Mansuy, faite en
-1104, par l'abbé Thiemare, avec l'agrément de l'évêque
Pibon. Mais elle n'a été écrite qu'après la mort de l'abbé
et du prélat, et ainsi après l'an -H 4 5, puisque Thiemare
vivoit encore en cette année, selon ' D. Mabillon. L'au- Ann. i. 72, n. 100.
teur commence ainsi sa narration : « Après avoir parlé en
» peu de mots de la vie et des actions de notre B. P. saint
» Mansuy, nous nous proposons d'écrire sa seconde trans-
» lation, d'en expliquer le sujet; et de rapporter de quelle
» manière elle s'est faite. » On voit par ces paroles que
Pibon avoit aussi écrit la vie de saint Mansuy, et que l'his-
toire de la seconde translation n'est qu'une addition et une
suite. Lorsqu'on eut indiqué le jour de cette cérémonie,
qui se fit au mois de juin de l'an -H 04; les seigneurs et
le peuple du pays y accoururent avec autant d'empresse-
ment , dit l'auteur, que si on leur eût annoncé qu'ils alloient
voir ressusciter le saint évêque.
Lambert , évêque de Tournai et de Noyon , mort en
W2\ , est auteur d'une lettre, par lequelle il exhorte
Secard abbé de saint Martin , qui avoit quitté son mo-
nastère, à revenir en prendre la conduite, ou à donner sa
démission, pour pouvoir en élire un autre. ' D. Martenne Marten. anecd. t.
a tiré cette lettre d'un manuscrit de saint Martin de Tour- 7305! ' ' ' P'
nai, et l'a insérée parmi ses anecdotes, D. Maur d'Antinne
cite dans son nouveau Du Cange, une charte du même
m mai. 270 JEAN,
Lambert , qui se trouve dans le eartulaire de l'abbaye de
saint Quentin en l'Isle , en faveur de laquelle elle a été don-
née, Elle est datée de l'an 4422, quoique Lambert soit mort
en -H 21, ce qui vient apparemment de la différente manière
de commencer l'année.
Rogo Fretellus a fait un ouvrage sous ce titre, Fre-
tellus, de locis sanctis , que ' D. Martenne témoigne avoir
p' vu parmi quelques historiens de la guerre sainte, dans un
manuscrit de la bibliothèque de Marchienne. Cet écrit
est sans doute le même que celui qui est ainsi cité dans M.
cang. indi. auct. Du Cange : Rogo Fretellus Anliochenus archidiaconus , de
locis patriarchii Hierosolymitani usque ad Arnulphum III.
Gaii. chr. nov. t. TTiRiEBOLDE qui fut fait Doyen de l'église de Cambrai,
3. P. 69. JLVan \\2\ , étoit très-habile dans l'intelligence de l'é-
criture; et faisoit souvent des exhortations au peuple.
C'est le témoignage que lui rend Guibert abbé de Nogent,
qui nous le représente comme un missionnaire : Cùm in
scripturœ scientia copiosus foret, multos circumquaque faciebat
ad populum sermones.
JEAN,
Moine de Beze.
§1.
HISTOIRE DE SA VIE.
Jean moine de l'abbaye de la fontaine de Beze, au dio-
cèse de Langres, et aujourd'hui dans celui de Dijon, fut
élevé dès son enfance dans ce monastère. Il s'y distingua
surtout par son goût pour les livres, et par le zèle qu'il
eut pour en amasser, soit en les copiant lui-même, soit
chron. Bez., t. î, en les faisant copier. ' C'est en qualité de sacristain et de
Spicileg. p. 659. , , • t 7 i- • • i
chantre , que le moine Jean s appliqua ainsi à procu-
rer des livres; ce qui ne doit pas cependant s'entendre
MOINE DE BEZE. 274
III SIECLE.
comme s'il ne s'agissoit que des livres concernant l'office
divin. Son soin s'étendoit également aux livres de piété et
de science; soin qui étoit alors attaché à son emploi. On
voit à la suite de son épitaphe l'énumération des livres qu'il
fit copier , dont le nombre est considérable pour le tems où
il vivoit. (4 ) C'est tout ce que nous sçavons de sa vie ; son
épitaphe, quoique longue, ne nous apprend pas d'autres par-
ticularités. Nous ignorons même l'époque précise de sa
mort, que nous croyons pouvoir placer vers l'an -H 20. Il
paroît qu'il vivoit encore en l'an \\\<è , et qu'il mourut sous
l'abbé Etienne, auquel Gérard succéda pour le plus tard
l'an -H25. Cet abbé voulant remédier à la négligence qu'on
avoit eue d'entretenir les livres de son monastère depuis la
mort du chantre Jean, fit un règlement, par lequel il obli-
gea tous les prieurs dépendans de son abbaye à faire une re-
devance annuelle au chantre, pour fournir à celte dépense.
Tous y concoururent d'autant plus volontiers, qu'ils
croyoient que c'étoit un moyen ' d'obtenir la rémission de n>. P 665.
leurs péchés. Cela montre l'idée qu'on avoit alors de cette
bonne œuvre , et du mérite qu'il y a de procurer de l'ins-
truction par la lecture des bons livres (2). Voici l'épitaphe
du moine Jean, dans laquelle on fait son éloge et celui de
l'abbé Etienne, en rapportant ce qu'ils ont fait l'un et l'autre
pour le bien de leur monastère ; l'un en réparant les édi-
fices , et augmentant les revenus , l'autre en l'enrichissant
de livres; l'un en rétablissant la maison du Seigneur, et u»d. p. 658, 659.
l'autre en travaillant à l'embellir et à l'orner.
EPITAPHE.
Ostendit nobls monachi pia cura Jotaannis,
Qualis in ecclesia fuit à pumlibus annis.
Abbatis Stepbani studium quserens imitari,
Plus studuit reliquis ea qux bona sunt operarl .
(11 Dans le catalogue des livres que le moine Jean fit copier, on marque : une
grande partie de Joseph ; saint Augustin sur cinquante pseaumes ; ses confessions :
l'eumeron de saint Ambroise. ses offices ; sur les sacremens; sur la mort de son
frère Satyre; son traité de la virginité ; le pastoral de saint Grégoire ; sur les mi-
racles ; la vie de saint Gai, et plusieurs autres vies ; des actes des martyrs, la vie
de saint Léon ; saint Jérôme sur Sophonie, Aggée, etc.
(2) Omnes ver'o abedientiarum prœpositi huic decrelo, quod eis in remissionem
peccatorum injungebatwr. assenserunt, et libenter se hoc acturos promiserunt.
m siècle. 272 JEAN,
Abbas ecclesiam venerabiliter renovavit,
Desertasque domos, veluti patet, aediflcavit.
Hic partem cupiens ipsius habere laboris,
Libris scribendis operani dédit omnibus bons.
Stephanus ecclesiae possessa suae duplicavit,
Dùm reditus, fundos et praedia multiplicavit.
Hic rerum custos sibi crédita dùm benè servat,
Multiplici studio libros studiosus acervat.
Stephanus ecclesiae thesauros ampliûcavit,
Omnia septa ferè meliùs mutando locavit.
Hic rerum custos, dùm curis invigilavit,
Plus in ea reliquis custodibus aediflcavit.
Stephanus ecclesiam ditem de paupere fecit,
Quain meliùs statuendo superflua quaeque rejecit.
Cujus et iste sequens factum non degeneravit,
Dùm res ecclesia; pro posse suo decoravit.
Stephanus ecclesiae caput extendit super amnem.
Novimus auxilium simul impendisse Johannem.
Cuisque modo famulando suo dat plurima, proque
Fine sui cursus bravio lit dignus uterque.
Ecclesiae Domini dilexit uterque decorem,
Dùm pro posse sui famulatûs praestat honorem.
Fidus uterque cliens Domini sepelire talentum
Noluit, ex uno dùm quaerit reddere centum.
Vila patris Stephani pustoribus est imitanda :
Vita Johannis erit non immérité memoranda.
Hic erit exemplo praelatis, iste sequendus,
Quis in officio suus est successor habendus.
Nos igitur, qui tôt tanti bona patris habemus,
Quique Johannis opus tôt florida scripta videmus,
Expansis régi manibus qui régnât ubique,
Conférât, oremus, meritum pietatis utrique,
Ut qui justiflcat majores atque pusillos
Connumeret patriae cœlestis civibus illos.
§ II.
SES ÉCRITS.
Jean est auteur d'une chronique de son monastère, que
D. Dachery a fait imprimer dans le premier tome de son
spicilége. Quelques critiques ont voulu lui enlever cet ou-
vrage,
MOINE DE BEZE. 275 xn sibixb.
vrage, pour en faire honneur à un anonyme qui auroit
vécu après le milieu du huitième siècle. La raison qu'en
donnent ces critiques est que l'auteur de la chronique' , qu'on chron. B«e, p.
attribue au moine Jean, en rapportant un événement ex-
traordinaire , et le quatrième ravage de son monastère ,
arrivé vers l'an 754 , dit l'avoir appris de témoins ocu-
laires ; ce qui ne peut convenir à un écrivain mort dans le
douzième siècle. Cette raison, l'unique qu'on allègue, est
plus spécieuse que solide. Ne sçait-on pas que les auteurs
des chroniques ne font souvent que copier les faits , et les
rapportent tels qu'ils les trouvent dans leurs mémoires, sans
rien changer dans les expressions? C'est ainsi que l'auteur
de la chronique de Beze a transcrit dans son ouvrage le
fait rapporté par un écrivain qui l'avoit appris de témoins
oculaires, et en a conservé jusqu'aux paroles. ' La preuve ib. p. 504.
en est évidente par rapport à notre auteur ; car outre que
quelques lignes après il parle de l'empereur Louis le Dé-
bonnaire, qui n'a commencé à régner qu'en 8L4 , il dit plus
bas ' qu'il va rapporter les différens ravages faits dans son p- 5Î6-
monastère, jusqu'à celui des Normans , qu'il appelle la dé-
solation de la désolation , selon ce qu'il a trouvé écrit dans
les anciennes chartes de la maison. (\ ) Dans la description
qu'il fait de ces ravages , voici de quelle manière il parle
du quatrième. « ' Le quatrième, dit— il , arriva du temps P. s»i.
> de Rémi , frère du Roi Pépin , père de • Charlemagne ,
» par une certaine femme nommée Angla , à qui ledit
» Rémi avoit donné ce lieu , comme nous l'avons déjà rap-
» porté plus haut. » ' L'auteur après cela renvoyé son lecteur
à ce qu'il en a dit ; puis il ajoute que le monastère demeura
dans cet état, jusqu'au temps d'Alberic qui le rétablit, c'est-
à-dire jusqu'en 830. Ce fut du moins en cette année qu'il
obtint de Louis le Débonnaire une charte confirmative de
ce qu'il avoit fait. Enfin il raconte tout de suite la dernière
désolation du monastère de Beze, qui fut pillé et ravagé
par les Normans , l'an 888. Qu'on fasse attention à cette
description, et l'on verra que celui qui a écrit le ravage fait
par les Normans en 888 , est le même que celui qui a rap-
(11 Dicamug \Qitur. meut in antiquis membranuli* nostris vix recolHgfre po-
(uimui, quamoau tt à quibus seilxes Uevaaalum Ht, ut tandem ad liane *l-
timam tt atrocistxmam desolalionem paulb htiiU difTfrendam acetdamut.
2 0 Tome A. M m
III SIECLE.
274 JEAN,
porté l'événement de l'an 754 , et le quatrième ravage de
son monastère , puisqu'il dit lui-même qu'il en a fait mention
plus haut : Unde et nos in superioribus mentionem fecimus.
L'auteur de la chronique de Beze n'est donc pas un anonyme
qui auroit vécu après le milieu du huitième siècle , puis-
qu'il écrit encore vers la fin du neuvième après l'an 888.
Mais comment , dira-t-on , un auteur qui a rapporté sur
la foi de témoins oculaires , un événement arrivé en 754 ,
aura-t-il pu écrire après l'an 888 ? 11 faudroit pour cela qu'il
eût vécu pour le moins un siècle? La réponse est aisée; c'est
qu'en rapportant l'événement de l'an 754 , il n'a fait , selon
l'usage assez ordinaire des chroniqueurs, que de le transcrire
tel qu'il l'a trouvé dans un écrivain plus ancien que lui ,
qui l'avoit lui-même appris de témoins oculaires. On pour-
roit peut-être insister et prétendre que cette chronique est
l'ouvrage de plusieurs mains, et qu'elle a été continuée
par différens auteurs. Cela pourroit être. Mais néanmoins
si l'on veut bien faire attention que l'auteur dans sa pré-
face donne le plan de son ouvrage, qu'il l'exécute comme
il l'a tracé, sans s'en écarter, qu'on voit partout la même
manière de rapporter les choses , et le même style , on con-
viendra sans peine que c'est l'ouvrage du même auteur ,
et celui de Jean moine de Beze. Car quoique M. Papillon
ait prétendu prouver par une dissertation insérée dans le
quatrième tome de la continuation des mémoires de litté-
chron. Bez. p. ratlire et d'histoire ' imprimé à Paris en 4 727, que la con-
Fab. bib. med. et jecture sur laquelle D. Dacheri et ' D. Mabillon se sont ap-
inf Lat I Q p ,
56i. ' ' puyes pour attribuer cette chronique au moine Jean , est in-
certaine , il paroît évident par le témoignage de celui qui l'a
continuée qu'il en est le véritable auteur. (Et assurément il
méritoit une place dans la bibliothèque des écrivains de Bour-
gogne . ) Quel sens en effet peut-on donner à ces paroles du
continuateur de la chronique de Beze , qui après avoir fait
le catalogue des livres que le moine Jean avoit ou copié
spic. t. î, p. 660. lui-même, ou fait copier, ajoute : ' Istum etiam librum de
diversis rébus et cartis composuit. Peut-on désigner d'une
manière plus claire la chronique dont il s'agit ?
Cette chronique et celle de saint Bénigne de Dijon sont
si semblables , qu'il faut nécessairement que celle de Beze
ait été copiée sur celle de Dijon, ou celle de Dijon sur
MOINE DE BEZE. 275 xn sikcle.
celle de Beze. C'est sur quoi les sçavans sont partagés. An-
dré de Valois et le P. le Cointe sont d'un sentiment op-
posé.
Pour résoudre la difficulté , il n'est question que de sça-
voir quelle est la plus ancienne des deux chroniques. Car
il est certain que la plus récente a été faite sur celle qui
l'a précédée. ' D. Rivet s'est déjà déclaré en faveur de l'a- Hist. litt. t. i, p.
nonyme auteur de la chronique de saint Bénigne, comme
étant le plus ancien , puisqu'il n'a poussé son ouvrage que
jusqu'à l'an 4 052. Il ajoute qu'environ un siècle après que
cet anonyme eut fini son ouvrage , Jean moine de Beze ,
entreprenant aussi d'écrire la chronique de son monastère,
le prit tellement pour modèle, qu'il en copia littérale-
ment la préface et plusieurs autres longs morceaux. Quoi-
qu'il n'y ait pas un interval aussi long entre la chronique
de saint Bénigne et celle de Beze , que D. Rivet semble
le marquer , nous nous rendons à son sentiment , et nous
pensons que celle de saint Bénigne a servi' de modèle au
moine Jean , qui commence la sienne dans les mêmes ter-
mes que l'auteur de la chronique de saint Bénigne, ne
faisant que substituer le nom de son monastère à celui de
saint Bénigne. Il ne le copie néanmoins pas toujours ser-
vilement dans ce qu'il emprunte de lui. ' Il déclare que P- *9"-
pour ne pas donner lieu à ceux qui lui succéderont, de
se plaindre de la négligence de son temps , comme il y avoit
lieu de la reprocher à leurs prédécesseurs , il entreprenoit
de leur transmettre , quoique d'un style impoli et grossier,
l'histoire de la fondation de son monastère, de son anti-
quité ; de faire connoître , autant qu'il a pu l'apprendre ,
les dons faits par les rois , les évêques , les ducs , les com-
tes, et autres personnes illustres, pour exciter la reconnois-
sance des moines envers leurs bienfaiteurs, et les engager
à prier Dieu pour eux. Voilà quel est son dessein qui est
assurément très-louable. Il entre ensuite en matière, et com-
mence sa chronique par le régne de Clovis, qui défit Sia-
grius, et établit la monarchie Françoise, en chassant les
Romains des Gaules. Comme cette partie de la chronique
de Beze se trouve toute entière dans celle de saint Béni-
gne, l'éditeur, pour ne point répéter inutilement les mê-
mes choses, a retranché tout ce qui précède la fondation
M m ij
III SIECLE.
276 JEAN, MOINE DE BEZE.
du monastère de Beze , faite l'an 600 , sous le régne de
Clovis II, par le Duc Amalgaire. L'auteur de cette chro-
nique, suivant le plan qu'il s'est proposé, s'attache parti—
culiérememt à ce qui regarde son monastère ; il fait la des-
cription du terrein , dans laquelle il n'a pas oublié la belle
fontaine qui forme une rivière à sa source, fournit une grande
abondance de poissons, et produit des herbes qui dans des
tems de disette servent de nourriture aux pauvres. Il fait
le détail des donations que fit le fondateur, et continue
son histoire , rapportant tous les différens événemens , de-
puis la fondation jusqu'à son temps : en sorte que cette
chronique n'est proprement que l'histoire et le recueil des
chartes du monastère de Beze. Son continuateur en a donné
une idée fort juste par ces paroles : Istum etiam librum de
chron. p. 606, i diversis rébus et cartis composuit. ' Il conduit sa chronique
Mab.gann. 1. 67, jUSqU»au temps de l'abbé Etienne, sous lequel le monastère
de Beze fut si florissant, que sa réputation s'étendit non
seulement par toute la France , mais même jusqu'à Borne.
La communauté étoit composée de soixante religieux ; et
on en comptoit de plus quarante qui habitoient au dehors
dans des celles particulières. Plusieurs d'entr'eux furent
choisis pour gouverner d'autres monastères. De ce nombre
furent Gui abbé de saint Michel de Tonnerre, Henri de
Saint Seine, Eustase de saint Eloi de Noyon, Godefroi
de saint Jean de Beome, etc.
Quoique l'objet principal de l'auteur de la chronique de
Beze soit de rapporter ce qui concerne cette abbaye, on
y trouve cependant plusieurs traits importans pour l'histoire
de Bourgogne et des évêques de Langres. Nous remarque-
rons en finissant, que cette chronique a été continuée à
peu près sur le même plan, mais d'une manière moins in-
téressante pour l'histoire générale, jusqu'au temps de Geo-
froi qui étoit abbé de Beze en -1253 et en -1255.
ALBERT D'AIX. 277 In sncLB
ALBERT D'AIX.
\ lbert ou Alberic , chanoine et gardien ' de l'église Cu$to$ œdituui
sacritia.
Gall. chr. n
1. p. 310. I
Belg. p' 38.
-f*-d'Aix en Provence, Aquensis, et non d'Aix-la-Cha- Gau^chr. n
pelle au diocèse de Liège , comme le prétend Valere An- j^g- ^•1^8I Bibl
dré, a composé une histoire de la première croisade, qui
commence en 4095, et finit en la seconde année du règne
de Baudouin du Bourg roi de Jérusalem. Il est vraisemblable,
selon ' Vossius, que cet auteur qui paroît être le plus an- vos», dehist. ut.
cien historien de cette guerre, finit ses jours en la même ' c' 48'
année qu'il termina son histoire , c'est-à-dire la seconde an-
née du règne de Baudouin second du nom, et troisième roi
de Jérusalem. Mais ce prince ayant été couronné roi de
Jérusalem le jour de Pâques de l'an 444 8 , la seconde année
de son régne doit concourir avec l'année -M 20, et non avec
l'année 4448, comme le marque ' Vossius. Ainsi nous ne voss. ib.
pouvons placer la mort d'Albert, dont nous convenons
volontiers avec le P. Pagi que l'année est incertaine, avant Pag. ad an 1129,
l'an 4-120. Oudin dans son supplément, avance qu'Albert
a continué son histoire jusqu'en l'an 4426, en quoi il se
trompe très-certainement, et nous donne lieu de croire,
qu'il ne s'est pas donné la peine de jetter les yeux sur cet
ouvrage.
' Albert avoit toujours eu grand désir d'aller en personne i« 1. c. 1.
à l'expédition de la terre sainte ; mais divers obstacles l'en
ayant empêché, il entreprit d'écrire ce qu'il en avoit ap-
pris par le canal de ceux mêmes qui en avoient été té-
moins; afin d'accompagner au moins d'esprit et de cœur
ceux qu'il ne pouvoit accompagner de corps dans cette
expédition : ut vel sic non in otio, sed quasi in via, si non
corpore, at Ma mente conscius essem. Il a partagé son ou-
vrage en douze livres, qui contiennent l'histoire de vingt
cinq ans, depuis l'origine de cette célèbre entreprise, qui
vient de Pierre l'hermite, du diocèse d'Amiens, jusqu'en
4420. L'histoire d'Albert est une des mieux détaillées et
des mieux circonstanciées que nous ayons de la croisade :
Il y rapporte des fait3 considérables qu'on ne trouve pas
2 0*
xusiECLE. 278 ALBERT D'AIX.
Franc.
ailleurs, ou du moins qu'on ne trouve pas si bien expli-
qués. Ce qui fait voir qu'il avoit consulté , comme il le
dit, (4 ) des personnes très-instruites, et des témoins fidèles
des événemens qu'il raconte. On peut juger par-là de ce
qu'il faut penser de Sandius, qui dit qu'Albert n ecrivoit
qu'en -H 84. Si Albert n'avoit écrit son histoire qu'en -H 84 ,
auroit-il trouvé alors des témoins qui avoient vu les choses
arrivées depuis l'an -1095, qu'il commence son ouvrage,
jusqu'en -H 20 qu'il le finit? Le style de cet auteur est simple
et naturel : il ne faut point y chercher la pureté du lan-
gage ; mais on y trouve , comme dans la plupart des histo-
Gest. Dei per riens de la croisade , ' selon la remarque de celui qui en a
donné le recueil, la vérité toute nue, sans ornement et sans
artifice. (2) Tout ce qu'on peut reprocher avec fondement
à Albert, c'est de n'avoir pas eu soin de marquer les années
des événemens qu'il décrit. Un autre défaut que j'y trouve,
est d'avoir souvent défiguré les noms propres : par exemple,
Gaston de Bearn y est toujours appelle Gastur de Berdeh,
etc.
Reiner-Reineccius a publié pour la première fois, sans
nom d'auteur, l'ouvrage d'Albert l'an -1584, à Hemstad,
sous le titre de Chronique de Jérusalem : Chronicon Hiero-
solymitanum de bello sacro. Cette édition en deux vo-
lumes m-4°. est très-rare. David Haeschelius découvrit dans
sa préface sur l'Alexiade, le nom de l'auteur de la chronique
publiée par Reineccius; et après lui Jacques Gretser dans
un manuscrit de la bibliothèque de saint Martin de Lou-
vain. Depuis cette découverte, l'ouvrage a été publié avec
le nom de l'auteur, dans le recueil des historiens de la croi-
sade , que Bongars a donné au public l'an \ 64 \ , avec ce
titre : Gesta Dei per Francos. L'histoire d'Albert cha-
noine et gardien de l'église d'Aix, tient le cinquième rang
dans le premier tome de ce recueil, depuis la page 484,
jusqu'à la page 38-1 (2).
(1) Decrevi saltem ex Us aUqua memoriœ commendare, quœ auditu et revela-
tione nota fièrent ab his qui prœsentes ad fuissent.
(2) Bi quamvis rusticule, sine fuco et fallaciis, nudam et incontammatam ve-
ritaiem exhibent.
GUI CHANCEL. DE L'EGL. DE NOYON. 279 xtI SIKCLE.
GUI,
CHANCELIER ET TRESORIER
de l'Eglise de Noyon.
G m a vécu sous l'épiscopat de Baudri , et sous celui de a™, de régi de
.1 . .-./» .. » j' i Noyon, p. 1317,
Lambert, mort en -H 20. H a compose une decla- ms.
ration sommaire de l'église de Noyon , qui est dédiée à
Robert doyen de la même église. ' Peut-être est-il encore ind. auct.
auteur de l'ouvrage rapporté sous ce titre, par M. du
Cange : Guidonis magistri summa dictaminum. Du moins
nous ne connoissons point d'autre Gui à qni on puisse l'attri-
buer. D'ailleurs personne n'étoit plus propre à composer
un écrit de la nature de celui dont il est question, qu'un
chancelier dont l'office étoit de dresser toutes les lettres,
les chartes, les diplômes, et autres actes qu'il falloit
expédier. La qualité de maître, qui est donnée à l'auteur
convient au chancelier de l'église de Noyon. Tout chan-
celier portoit le titre de maître ; et on ne donnoit cet em-
ploi qu'à ceux qui avoient long-tems exercé celui de scho-
lastique , et conduit les écoles. Ces raisons nous portent
à croire que le chancelier de Noyon pourroit bien être
auteur de cet ouvrage. On a parlé d'un semblable écrit
dans le septième volume de l'histoire littéraire, Le lecteur p. 393 et 594.
peut le consulter.
III SIECLE.
280 LEGER,
LEGER,
Archevesqde de Bourges.
HISTOIRE DE SA VIE.
Léger succéda à Audebert, ou Hildebert, arche-
vêque de Bourges, mort l'an 4 096. ' Toutefois le sen-
Àlless. Rer. Aqmt. • , , ,
1. 10, c. 10. p. 465. tnnent le plus commun est que Léger ne tut place sur ce
"em'a seT0' ai' si^°e 9uel'an 'l 097 , et même selon Henriquez , 'en 4098.
Il le tint jusqu'à l'année 4420, qui fut celle de sa mort,
arrivée le 34 de mars. Léger assista l'an 4 099 au concile
de Rome , 'que le pape Urbain II tint la troisième semaine
après Pâques. 11 se trouva l'an 4 440 avec les évêques et
les abbés de sa métropole , à celui de Fleuri , ou de saint
Benoit sur Loire, auquel présida Richard évêque d'Albane.
Il écrivit de-là une lettre à Pierre évêque de Germon t en
Auvergne, au sujet de la division qui ré^noit entre l'abbé
de Mauriac et les religieux. Cette lettre qui est fort courte ,
spicii. 1.2, p. 760. se trouve dans la chronique de saint Pierre le Vif. ' Léger
envoya l'an 4 442 un député au concile de Latran , dans
lequel les investitures furent condamnées ; et assista avec
,bi(1- ses sullragans à celui de Beauvais tenu en 44 44. Nous ne
doutons point que le métropolitain de Bourges, qu'Or-
dric Vital appelle Leother, ne soit le même que Léger;
ainsi il fut l'un des huit archevêques de France , qui avec
Marien. anecd. t. plusieurs évêques , composoient le ' concile de Reims tenu
par le pape Caliste II 1 an '4 4 4 9. Léger survéquit à peine
souch. not. ia op. un an , étant mort le 54 mars de l'année suivante. ' Il fut
enterré au monastère d'Orsan , dont il peut être regardé
comme le fondateur. Cette maison est la seconde de l'ordre
de Fontevraud , que ce prélat avoit toujours favorisé de
Andr. cosn. G.iii. son vivant. ' Il avoit été fort attaché au bienheureux Ro-
bert d'Arbrissel, qui étoit mort quelques années aupara-
vant dans ce monastère : il lui rendit visite pendant sa ma-
ladie, et se chargea de faire transporter après sa mort son
corps
ARCHEVESQUE DE BOURGES. 28J
XII SIECLE.
corps à Fontevraud. Il voulut même l'accompagner; et
après ses obsèques, il fit dans le chapitre des religieuses
un discours sur les vertus de leur saint instituteur. Ce dis-
cours ou oraison funèbre est cite par le P. d^ la Main-
fcrme dans son Bouclier de l'ordre de Fontevraud , ' et dans T. 1, p. 30 et*7.i
j. . . 1 n ii" ., I. î, p. 401, et
d autres auteurs plus anciens. On en a publie un en Iran- SUiT;
çois, avec la vie du bienheureux Robert, l'an 458G. Mais
M. Baluze soutient que l'archevêque de Bourges ne peut
être auteur de ce discours; parce qu'il y est fait mention
des hérétiques Albigeois , de s. Dominique, du pape Inno-
cent III , et du roi Philippe Auguste. Comment en effet
Lcger auroit-il pu parler de s. Dominique, d'Innocent III
et de Philippe Auguste qui n'étoient pas encore au monde,
lorsqu'il fit cette oraison funèbre en \\\11 II ne paroît pas
possible de se tirer d'une semblable objection. Faut-il donc
rejelter avec M. Baluze ce dicours, comme étant fausse-
nt ni attribué à Léger archevêque de Bourges? // se trouve
parmi les morceaux qu'on nous a conservés de cet ' eloqe Pu- Dissert, apoioget.
-i ? î 77 » < î i • 7 • „ e 7 ] , i imprimée à Anvers
nebre , de trop belles choses a la aloire du sumt fondateur de en noi, not. p. 5,
l'ordre de Fontevraud, pour que les enfans animés d'un juste el suiv-
zèle pour l'honneur de leur saint patriarche , n'en sou-
tiennent pas l'authenticité. Aussi le religieux de cet ordre,
qui a fait l'apologie du bienheureux Hobert contre Bayle,
dans une dissertation en forme de lettre, entreprenl-il se
prouver que ce discours est de l'archevêque de Bourges.
Pour cela il avoue d abord « qu'il y a quelques fourures
» dans ce que cite Ives Magïstri qui a parlé de cette oraison
» funèbre, et qui en a fait l'analyse; » et il ajoute que ce
n'est pas sur ce qui est dit ;cs Albigeois, qu'Ives a mis
quelque chose du sien; ce qu'il prouve en faisant voir que
ces hérétiques étoient nés avant la mort du bienheureux
Robert, que ce saint missionnaire les avoit combattus dans
ses prédications, et qu'ainsi Léger a pu en parler dans son
oraison funèbre. Mais il n'est pas si aisé de répondre sur
ce qui est dit dans le discours de l'archevêque touchant
saint Dominique, Innocent III, et Philippe Auguste. Néan-
moins comme il semble qu'on ne puisse pas douter que
Léger n'ait fait un éloge funèbre du bienheureux Robert,
ce fait étant attesté par des auteurs anciens, qui en citent
même des extraits, nous croyons qu'on pourroit recen-
Tome X. .N n
xii siècle. 282 LE B- THEODGER, OV DIETGER,
cosnier, in Fontis noîfre la pièce citée par ' Cosnier et par Ives Magistri , an-
Ebraldi exordio , • i _• ir> j , , ., ,,
p.4i,etseq.p. 126. CI(?n chroniqueur de Fontevraud, pour le véritable ou-
vrage de Léger, en avouant qu'il y a des foururcs.
LE BIENHEUREUX
THEODGER, ou DIETGER,
EVESQDE DE METS.
§ I-
HISTOIRE DE SA VIE.
^ ^heodger, ou Diotger, appelle Theogerus par les La-
lins, et Theok:irus par les Allemands, frère de Fol-
mare comte de Mets, reçut l'habit monastique des mains de
Mab. ann. t. 5, 1. Guillaume', dans l'abbaye d'Hirsange au diocèse de Cons-
chr. noy. t. s, p". lance'. Comme il étoit habile dans les lettres divines et
M°a°b.' ibid. | Hist. l>uniaines, l'abbé le chargea avec un au re sçavant reli-
Lorr. 1. 1, p. 1175. gjeux nomme Hcrinon, de travailler à corriger les fautes
qui s'étoient glissées par la négligence des copistes (fans
les livres saints de l'ancien et du nouveau testament. N'é-
tant encore que diacre, il fut fait prieur du monastère de
Rcichenbach, et reçut peu après l'ordre de prêtrise. Le
respect qu'il avoit pour les saints mystères, étoit si vif,
et lui inspiroit une si grande frayeur, qu'il en étoit saisi, et
Mab. ib. tomboit presque en défaillance, lorsqu'il mettoit l'étole ' :
Quo munere tanta eum révèrent ici fungebatur, ut cum stolam
collo imponeret, prœ nimio tremore pêne deficeret. Theod-
ger fut fait abbé de saint Georges dans la forêt noire, l'an
4088. Il se conduisit dans le gouvernement de ce mo-
Mab. ib. nastere avec beaucoup de fermeté. ' Zélé pour la pratique
des régies, il en donnoit l'exemple, et les faisoit obser-
ver. Sévère à lui-même, il le fut aussi à l'égard des autres,
jusqu'à ce qu'une infirmité occasionnée par une chute de
cheval, lui fit comprendre que la conduite d'un supérieur
EVESQUE DE METS. 233 msiEcu.
doit être mêlée d'indulgence. Après avoir gouverne son
monastère pendant près de vingt-huit ans , il fut choisi vers
l'an 1117 ou 1118, pour être mis sur le siège de Mnts à
la place d'Adalheron qui s'en étoit emparé, et qui oppri-
moit cette église. Thcoclger ayant appris son élection ,
en fut consterné, et mit tout en œuvre pour qu'elle n'eût
pas lieu. ' Ceux qui l'avoient élu, n'ayant aucun égard à Mab. ann. t. 6, l.
/ / / 73 n 34 et 35
son refus et à ses raisons , et son élection ayant été con-
firmée dans un concile tenu à Cologne l'an 1118, par Co-
non cardinal, légat du pape, il fut obligé de céder à une
si grande autorité, et de se soumettre. 11 reçut peu après
l'ordination épiscopalc des mains du légat : mais jamais il
ne put prendre possession de son église, à cause de la ré-
sistance des habitans de Mets, qui tenoient le parti d'A-
dalberon. L'auteur de la chronique de Saxe semble cepen-
dant dire le contraire, en marquant qu'après avoir essuyé
bien des insultes de la part des partisans de l'empereur, ' Mab. ib.
il mourut dans le Seigneur, et fut enterré dans l'église
qu'il avoit gouvernée, Mais cet auteur se trompe, et ce
qu'on lit dans les autres historiens, fait voir que Theodger
ne put prendre possession de l'église de Mets, et qu'ainsi
il ne la gouverna jamais.
Tritheme qui a sans doute tiré ce qu'il dit touchant ce
saint évêque , de l'auteur anonyme ' qui écrivit sa vie par chronic. Hirsaug.
. ;,,',,„, ,. . , j . \ , ,-, ad an. 1087.1 Mab.
ordre de 1 abbe Erbon disciple du saint, rapporte qu il as- ann. t. 6, 1. 73, n.
sista au concile tenu à Heiins l'an 1119, par Caliste H, 1U-
et qu'il accompagna ce pape jusqu'à l'abbaye de Cluny ,
où il passa quatre mois après le départ du pape, unique-
ment occupé de la méditation des choses divines et de la
prière. 11 y fut attaqué le quatrième mois d'une fièvre qui
l'emporta le 29 d'avril, et fut enterré dans l'église de saint
Pierre. Tritheme ajoute qu'il se fit plusieurs miracles sur
son tombeau; mais cet auteur se trompe visiblement sur
l'année de sa mort qu'il met en 1119 ; ce qui ne peut être,
puisqu'elle n'arriva, selon Tritheme lui-même, qu'après le
concile de Reims. Or si Theodger assista au concile de
Reims tenu sur la fin d'Octobre de l'année 1119, s'il sui-
vit le pape à Cluni , et mourut quatre mois après que le
saint père en fût parti pour se rendre à Rome, sa mort ne
peut être placée au moi- d'avril 1119 , mais au mois d'avril
N n ij
XII SIECLE.
n>. hlst. de Lorr.
Meurisse, p. 390.
28i LE B. THEODGER, OU DIETGER,
de l'année suivante, comme Dodechin, l'auteur de la chro-
nique de Saxe , le P. Mabillon et autres écrivains la pla-
cent. ' D. Calmet , sur l'autorité de Meurisse, historien de
Mets , avance quelques faits sur Theotger , qui ne sont
point conformes à ce que nous venons de rapporter. « On
» ignore, dit-il, ce que fit Theotger durant son épiscopat;
» on doute même qu'il se soit fait sacrer évèque. On assure
» que l'amour de la solitude et de la vie comtemplative le
» porta à renoncer à l'épiscopat en \ 120, et à se retirer dans
» l'abbaye de Cluni , où il vécut encore quelques années ,
» et mourut enfin comme un saint, « Dieu ayant fait éclater
» plusieurs miracles par son mérite à son tombeau. » On
ne peut douter que Theotger ne fût sacré, puisqu'il le fut en
effet par le légat Conon assisté des archevêques de Saltz-
Lourg et de Magdebourg , et de deux autres évèques ,
comme le marque le P. Mabillon , sur la foi d'un manus-
crit qui lui avoit été communiqué par le P. Papebroc,
avec lequel on sçait qu'il éloit lié. Ce manuscrit, quoi-
qu'imparfait , nous apprend tout ce que nous sçavons de la
vie de ce saint prélat , écrite par un de ses disciples. Elle est
divisée en deux parties, et finit à l'année H4 9.
§ H-
SES ÉCRITS.
Hist. de Lorr. 1. 1, < rneEOTGER écrivit plusieurs ouvrages de piété,
p'115' » -L dit D. Calmet, plusieurs lettres spirituelles, des
» commentaires sur les pseaumes, des conférences ou ho-v
» mélies pour l'instruction des novices, un traité de la
» musique, et quelques autres ouvrages. » De tous ces
ouvrages, le plus connu est le traité de la musique', dans
lequel il traite de son invention, des nombres et des pro-
portions avec assez de délicatesse , subtiliter. C'est le juge-
i09i.Bern.Pez. ment qu'en porte l'anonyme de Moleh. ' D. Bernard Pez
î%19.1' m' ayant trouvé cet écrit de Theotger, sous ce titre, Inci-
pit musica Theotgeri episcopi, parmi les manuscrits du mo-
nastère de Tegernsée en Bavière, a cru faire plaisir aux
sçavans , en donnant le prologue de cet ouvrage , qui est
fort court. L'auteur y loue Pythagore comme l'inventeur
Ch
anecd
Isag. p
EVESQUE DE METS. 285
XII SIECLK.
de la musique parmi les Grecs ; Boece et le moine Gui ,
comme deux sçavans qui ont travaillé à perfectionner cette
science. Dans cet ouvrage sur la musique, Theotger traite
la matière plus du côté de la théorie, que de la pratique.
C'est le jugement qu'en porte M. l'abbé Le Beuf. Dissert, sa r rhist
de Paris, t. S, p.
115.
HUGUES
DE SAINTE MARIE,
Moine de Fleuri.
h:
HISTOIRE DE SA VIE.
ugces de sainte Marie, ainsi appelle du nom d'un
village appartenant à son père, où éloit une église
dédiée à la sainte Vierge , ' embrassa la vie monastique dans Note du mss. de
l'abbaye de saint Benoît sur Loire, et s'y rendit célèbre ! ' uro,*96s-
par son sçavoir, vers la fin du onzième siècle. C'est presque
tout ce que nous sçavons de la vie et des actions de cet au-
teur, qui ne nous est connu que par son nom , sa profession
et ses écrits. Le plus considérable de tous par la solidité
et l'exactilude, est son traité de la puissance royale et de
la dignité sacerdotale , que ' M. Baluzc a imprimé dans le Miscei. t. 4, p. 9,
recueil des anciens monumens. Hugues l'adressa à Henri I, Jusqu
roi d'Angleterre, par un prologue ou préface qu'il mit à
la tête. Le dessein de Vauteur est d'appaiser les disputes qui
divisoient les deux puissances, et de combattre l'erreur de
ceux qui croyant sçavoir ce qu'ils ignoroient, renversoient
l'ordre de Dieu. Ce que notre auteur appelle erreur avec
raison, et ce qu'il entreprend de combattre, est le senti-
ment de ceux qui prétendoient que la puissance temporelle
n'a point été établie de Dieu, mais par les hommes, et
qui en conséquence mettoient la dignité sacerdotale au
dessus de Ja royale, quoiqu'elle lui doive être soumise, non
en dignité, mais par l'ordre de Dieu (I ). Hugues se flatte
(1) OrdinemhDeo diipo$itum evertunt, dilm njHnantur te teire quod ncteivvt.
xii siècle. 286 HUGUES DE SAINTE MARIE,
qu'après qu'il aura dissipé les nuages de cette erreur, on
se rendra peut-être à la vérité et aux dogmes qu'il appelle
Miscei. ib. p. 10. divins : ' divinis dogmatibus acquiescent. Il traite de sacri-
lèges et de Pharisiens les partisans de l'erreur qu'il entre-
prend de réfuter : ce sont des furieux qui ne cherchant
qu'à satisfaire leur fureur, renversent l'ordre établi par Dieu
même, et entretiennent entre les puissances des divisions
qui mettent le trouble dans l'église que Jesus-Christ a ra-
chetée de son sang. Quel nom notre auteur donneroit-il
aujourd'hui, s'il vivoit, à ceux qui non contens de ren-
verser l'ordre de Dieu , en avançant que la puissance tem-
porelle vient des hommes et non de Dieu, détruisent en-
core la puissance ecclésiastique ; et qui aussi ignorans qu'ils
voit, dans un li- sont impies, attribuent aux Vandales ' la distinction des
belle qui a pour U- , r „ , , •,.
tre, la Vuix du Sa- deux puissances. La raison qui engagea Hugues a dédier son
5e- traité au roi d'Angleterre, é'oit pour lui donner plus de
poids et d'autorité ; et il suivoit en cela, dit-il, l'exemple
des sçavans, qui avoient autrefois coutume de présenter
leurs ouvrages aux rois versés dans les lettres. Il prie sa
majesté de l'examiner avec des gens sages, pour découvrir
tout ce qui mériteroit d'être corrigé. Pour ce qui est de
ces téméraires qui renversent l'ordre des choses, il prévoit
que son ouvrage ne sera point de leur goût , tant à cause
du style qui leur paroîtra grossier, que parce qn'il combat
leur sentiment : car hélas, dit-il, les aveugles de cœur se
pl.iisent pour l'ordinaire dans leur aveuglement et leur té-
mérité! Nam cœcis corde plerumque sua, proh dolor ! cœcitas
atque temeritas placet. 11 les exhorte cependant à ne point
s'offenser de son style, et à préférer dans son discours la
vérité à l'éloquence. Malïnt veros quàm disertos audire ser-
mones.
Du reste , il sçait qu'il y a plus de sûreté à entendre la
vérité qu'à l'annoncer soi-rnème : tutiùs veritas auditur ,
'quàm prdœicatur ; c'est pourquoi il prie les évêques et les
autres prélats de l'église, qui liront son livre, de ne point
croire qu'il ait la présomption et la témérité de vouloir
les enseigner, eux qui sont assis dans des chaires, et ins-
Putant enim quod terreux regni dispositiu non à Deo, sed ab hnminibus sit
orainuta. sive dispnsita. Et ide'o sa<erdntulim dnjmtatem majestati regiœ
prœfervnt, vàm et subesse ordme, non dignitate, debîat.
MOINE'DK FLKURI. 287
XII SIECLE.
truits des secrets de la divine Philosophie. Ce que nous
venons de rapporter du prologue d'Hugues de Fleuri , ne
peut que donner une idée trés-avantageuse du traité de la
puissance royale et de la dignité sacerdotale : il est divisé
en deux livres. Dans le premier, après avoir établi par
l'autorité de l'apôtre, que tout pouvoir vient de Dieu; cap. 1, p. 12.
qu'un ' roi est dans son royaume, ce qu'est la tête dans le cap. 2, p. 13.
corps humain; qu'il est ' l'image de Dieu le père, comme cap. 3, ibid.
l'évêque est celle de Jesus-Christ , il explique fort au long
en quoi consiste le devoir d'un véritable roi.' Il doit era- cap. 4, p. 15.
ployer son ministère à tirer ses sujets de l'erreur , et à les
ramener dans les voies de l'équité et de la justice, en quoi
il peut être très-utile à l'église. Notre auteur remarque d'a-
près un père de l'église', dont il emploie les paroles, sans saint Grégoire le
citer la source, que Dieu donne souvent aux peuples des
rois pour les gouverner tels qu'ils les méritent, (1) et
qu'il y a quelquefois une si grande connexion entre les mé-
rites des sujets et des personnes qui les gouvernent , que
la vie des sujets devient plus déréglée par la faute de celui n>. 16.
qui les conduit; et que le prince change de vie par le
mérite de ses sujets. ' Un bon roi est un don de la miséri- P- n.
corde de Dieu , et un mauvais est donné par un effet de
sa colère; selon qu'il est écrit '; Je vous donnerai un roi
dans ma fureur : et ailleurs; II fait régner l'homme hypo-
crite à cause des péchés du peuple. Mais quelques soient les
rois et ks princes, il faut les souffrir, et on ne doit jamais
avoir la témérité de s' lever contr'eux, en leur résistant.
En suivant le précepte de l'apôtre ', si nous étions sous la P. is.
domination d'un prince payen , il faudrait l'honorer, et
souffrir patiemment tous les traiteme! s qu'il pourrait nous
faire. Il nous est ordonné de prier pour eux, et non de
leur résister. C'est par la prière, et non pas les armes,
qu'il faut résister aux mauvais princes. Saint Ambroise n'op-
pns:i à la persécution de l'impératrice Justine, que les prières
continuelles qu'il faisoit à Dieu jour et nuit. ' C'est une lé- P- 20.
mérité et un crime pour tout prélat de prendre les armes
(1* Verumtnmen secundùm mérita subditorum tribuuntur plerumqur pemonœ Grpg. Mag. mor.
reyentium; et ila nmiMiiiiqnàm aibi itHricem connectiintur mérita snbditnrum in Job. 1. 25, c.-iO.
alifne rectorum , ut tx culjm reclaris fiât ûeteriur rila subdituram et ex
mentis subditorum mutetur cita recturum.
msmcLB. 288 HUGUES DE SAINTE MARIE,
p. n. contre un roi ou un empereur. ' C'est se révolter contre
Dieu même , que de résister aux puissances. Quiconque
meurt en portant les armes contre son prince , meurt , non
nomme un martyr, mais comme un voleur qui subit la
peine qu'il mérite. Mais ce n'est point à dire pour cela qu'on
«toive obéir aux puissances, si elles commandoient de faire
le mal. Si les disciples de Jesus-Christ doivent aux princes
l'obéissance dans les choses de ce monde, ils doivent à
Dieu leur innocence (I). C'est pourquoi si un chrétien se
trouvoit dans la nécessité, ou de blesser l'innocence et la
justice, en obéissant aux puissances, ou de perdre la vie,
en refusant de leur obéir, il doit préférer la mort à une vie
périssable, qu'il ne peut conserver qu'aux dépens de sa
conscience, et de la fidélité qu'il doit à Dieu. (2)
c. 6, p. «4. 'le devoir d'un bon roi est de gouverner son peuple dans
l'équité et la justice et de défendre l'église de tout son pou-
voir. Il doit être le défenseur du pupile , le protecteur de la
veuve, et le père du pauvre, afin de pouvoir dire à Dieu
comme Job : J'ai été l'œil de l'aveugle, le pied du boiteux;
j'examinois avec soin les affaires dont je 7i'étois pas instruit.
Il doit aimer de tout son cœur le Dieu tout-puissant , qui l'a
choisi pour gouverner des milliers d'hommes; et le peuple
qui lui est confié, comme lui-même. Il est encore du devoir
d'un grand roi d'orner et d'embellir les églises de son royau-
me , et de veiller à ce que le culte de la religion s'y conserve
religieusement , à l'exemple de Constantin et de plusieurs
autres rois et princes. Il doit avoir les quatre vertus princi-
pales; la soLriété, qui lui fera éviter la paresse, tant par rap-
port au corps que par rapport à l'esprit ; la justice qui le fera
chérir de Dieu et de tous les hommes sensés ; la prudence
qui lui fera faire le discernement de ce qui est juste et in-
juste ; la tempérance qui l'empêchera de tomber dans aucun
excès. Ce n'est point assez qu'il soit orné de verlus, il doit
aussi être instruit de lettres, afin de pouvoir nourrir son es-
prit par la lecture des livres saints, et s'instruire et se forli-
(1) Verùm ad malvm perpetravduw , rtullus pnlestntibus débet adhibere can-
srvsum quia si Mis dtbetur à Chrisli culluiibus terrena militia, Deo debelur
innocenlia.
[i> Uimi si jertè enaelus puer il rtliquis christiunus. ut aut eis nbediendo,
justitiw vel innocenlia} régulant infringal, aul quamlibet pœtiam aut rrwrtem
pro contemlu hujusmodi solvat, eligal Deo fidelis anima magi» fugitivam vi-
tam annttere, quàm reatum peragere.
fie
MOINE DE FLEURI. ... 289 x„ S1ECLB.
fier par les exemples des granls hommes anciens et mo-
dernes. Noire autçur propose au* rois la prière de Salo-
mon, pour modèle de ce qu'ils doivent demander à Dieu;
et il y joint différens textes tires des livres de ce roi de
Jérusalem, pour leur servir d'instruction. ' 11 veut que le c. 7, p. 28.
prince corrige les mœurs de tes sujets, en les exhortant
et leur inspirant la crainte , et en leur donnant lui-même
l'exemple du bien : qu'il ait de la considération pour les
hommes vertueux et sages; qu'il reçoive comme des ora-
cles de Dieu les avis qui lui sont donnés par de saints
personnages : qu'il soit libéral, affable, tranquille, d'un es-
prit gai, vrai dans ses paroles, modeste dans son ris, etc.
qu'il ait une langue sçavante, une foi pure; qu'il ait en hor-
reur la débauche, l'envie, et la cupidité qui est la source de
tous les maux : que ses ministres soient modestes, hommes
de bon sens et de bons conseils, etc.
A l'égard des rois qui s'écartent de la voie de Dieu, notre
auteur dit sagement que pour les ramener, on doit em-
ployer des moyens qui soient tels, qu'on honore toujours
en eux la majesté royale, et que le péché cependant soit
puni ('l ); les rois n'étant point, par leur dignité et leur puis-
sance , exempts de suivre les loix de l'église , et dispensés
de sa discipline , à laquelle ils sont soumis par la profession
qu'ils font de la foi. Ainsi il faut les reprendre non avec
hauteur, mais charitablement, et avec les ménagemens .
de la sagesse, caritatis affectu, sapienterque. Notre auteur
parle ensuite de la punition que Dieu exerce sur les rois et
les princes, qui désobéissent à ses commandemens '; il es, p. sa.
leur arrive ce qui arriva au premier homme après son pé-
ché. Aussitôt qu'il eût désobéi au commandement de son
créateur, il éprouva on lui-même une révolte de ses mem-
bres, et les mouvemens de la concupiscence qui s'é-
leva contre sa volonté. Les animaux qui avoient été créés
pour lui être soumis, secouèrent le joug de son empire,
et refusèrent de lui obéir. C'est ainsi qu'il arrive souvent
que les sujets d'un roi rébelle à Dieu s'élèvent contre lui ,
(1) Porr'o Regibus trunsgressnribus modi curatinnum laie» tunt ndhxbendi. ut
et majeslas regia m ei< honuretur. et redtus puniatur censura justitiœ. Sub re-
liqionit eium disciplina regia putes ta" pusUa est. .Vum quamiis stt rex pulet-
talis culmine prœditus, nod > tamen christianœ fidei tenelur adstriclus.
2 f Tome X. 0 o
XII SIECLE.
290 HUGUES DE SAINTE MARIE,
lui tendent des embûches, et refusent l'obéissance qu'ils
lui doivent. Pour l'ordinaire même les princes prévarica-
teurs périssent misérablement.
c. 9, p.33. 'Après avoir parlé de la puissance royale, Hugues passe
à la dignité sacerdotale, dont il relève le ministère. L'é-
vêque a reçu de Dieu et de Jesus-Christ le pouvoir d'ou-
vrir et de fermer le ciel aux hommes. Les rois et les puis-
sances lui soumettent leurs têtes, parce que quoique les
rois et les empereurs ayent la souveraine autorité sur la
terre, cependant ils sont liés par le lien de la foi : Quia licèt
rex vel imperator culmine pote statis sit prœditus, nodo tamen
fidei tenetur adstrictus. L'évêque doit être le sel de la terre par
sa doctrine. Il est roi pour conduire le peuple; c'est un ange,
parce qu'il annonce une bonne nouvelle ; il est pasteur,
parce qu'il nourrit les hommes de la parole de Dieu. En
en, p. 37. parlant des mauvais prélats', il se plaint de ce que cette
dignité se donne plutôt à des ambitieux et à des ignorans,
qu'au mérite, ce qui déshonore la religion, et attire le
mépris de la dignité sacerdotale. Il y en a quelques-uns
d'eux, dit-il, qui délivrent du serment de fidélité qu'on doit
c. 12, p. 38. à ses maîtres, ce qui absurde. ' Il combat cet abus dans
le chapitre suivant, et blâme le zèle indiscret des pasteurs,
qui font servir la rigueur de la discipline à leur haine et
à leurs passions, dans les jugemens qu'ils prononcent, soit
contre l'innocent, soit en faveur du coupable : il faut donc
examiner sérieusement les causes, et exercer, après cet
examen , la puissance de lier et délier. L'évêque doit bien
prendre garde de ne pas avilir la doctrine qu'il prêche par
la manière dont il vit : c'est l'avilir et la rendre méprisable,
que de n'y pas conformer sa vie. Néanmoins quelque soit
sa conduite, elle n'autorise point à mépriser sa personne
et sa prédication. Ce seroit mépriser Jesus-Christ. Les fi-
dèles doivent donc respecter non seulement les évêques ,
mais encore les prêtres et les clercs ; et quand même il y
en auroit quelques-uns de répréhensibles, tous ne sont pas
pour cela méprisables. D'ailleurs tous les hommes, tant
qu'ils sont dans cette chair corruptible , sont sujets à faire
des fautes. Mais Dieu, afin d'empêcher que les crimes ne
se multipliassent par l'impunité , a établi des rois sur la
terre , pour les punir par des peines capables d'inspirer de
MOINE DE FLEURI. 294 xn SIECLE.
la crainte aux hommes qui méprisent ses commandemens.
Ce seroit une piété mal réglée, que de laisser le crime im-
puni, parce que ce seroit le multiplier. Cependant les juges
doivent se conduire avec beaucoup de discrétion , et pour
cela ils doivent être instruits, afin de discerner ce qui doit
être puni, et ce qui mérite quelqu'indulgence. Ainsi les
rois, les empereurs et les juges ne font rien contre le com-
mandement, qui défend de tuer, soit lorsqu'ils condamnent
des criminels à mort, soit lorsqu'ils font la guerre pour de
justes raisons.
Comme les rois sont établis de Dieu sur la terre, pour
la punition des méchans, de même les évcques le sont dans
l'église, pour exercer la puissance qu'ils ont reçue à l'égard
des pécheurs. Il en est que l'évêque doit, selon la nature
de la faute, séparer du corps et du sang de Jesus-Christ,
et leur imposer une pénitence qu'ils accomplissent, pour
être réconciliés et réunis à la société des fidèles. Il est
obligé, par le devoir de sa charge, d'instruire les uns, de
corriger les autres, d'en excommunier d'autres. Quelque-
fois il diffère de reprendre, soit pour attendre un temps plus
favorable, soit par la crainte que celui qu'il reprendroit n'en
devînt plus mauvais.
Voilà une partie des maximes que notre auteur établit
par l'autorité de l'écriture et des pères, dans son premier
livre, où il fait voir que toute puissance vient de Dieu, el
que c'est détruire l'ordre établi par Dieu même, que de ré-
sister aux puissances. Comme il relève la puissance tempo-
relle dans cet écrit, il semble qu'il ait voulu prévenir une
objection qu'on pourroit lui faire là-dessus, et se justifier par
les paroles suivantes. Je ne prétends point, dit-il, établir
qu'il soit permis à aucun roi ou à aucun empereur, de faire
quelque chose contre les commandemens de Dieu et les
saints canons; ' mais je dis que comme un bon chrétien ne ib. p. 44.
doit point obéir aux loix des rois, lorsqu'elles sont con-
traires à celle de Dieu ; ainsi on fait mal lorsqu'on n'obéit
point à ce qu'ils ont sagement établi. Car, comme dit saint
Augustin, la paix de toutes choses consiste dans la tran-
quillité de l'ordre.
'Hugues, après avoir prouvé solidement dans l'écrit dont Bai. Mise. 1. 2, p.
nous venons de rendre compte, que toute puissance vient de
0 0 ij
XII SIECLE.
292 HUGUES DE SAINTE MARIE,
Dieu, entreprit de faire voir par un second, que Dieu a établi
et placé deux puissances dans son église, la royale et la sacer-
dotale; l'union et le concours de ces deux puissances étant né-
ii). p. 50. cessaire pour assurer la paix et la tranquillité. ' Ce sont deux ai-
les par le moyen desquelles l'église s'élève jusqu'au ciel; c'est
par les pieux soins de ces deux puissances qu'elle s'est étendue
depuis une mer jusqu'à l'autre. Pour prouver ce qu'il avance,
P.47, 48. il remonte jusquà Moïse ', puis il cite Josué, Samuel, David,
Salomon, etc., comme des rois qui ont travaillé de concert
49^ avec les prophètes, pour l'établissement de l'église. ' Il donne
le nom d'église à la synagogue, parce que ce qui arrivoit alors
étoit la figure de ce qui est arrivé depuis à l'église établie par
50. le sang de Jesus-Christ ', dans laquelle les prêtres tiennent le
rang que les prophètes avoient dans la synagogue. L'ancien
Testament a précédé le nouveau , comme une figure et une
ombre qui a été dissipée par la lumière de l'évangile. Dieu
qui envoyoit les prophètes sous l'ancienne loi, a envoyé
son fils qui en a établi une nouvelle, en répandant son sang
pour racheter les hommes de la mort éternelle, et les déli-
vrer de la captivité. Ses disciples ausquels on a donné le nom
d'apôtres, ont prêché cette nouvelle alliance par tout l'uni-
vers , et ont fondé l'église sur Jesus-Christ la pierre angu-
52. laire, en qui les deux peuples, les Juifs et les Gentils, ont
été réunis pour n'en faire qu'un. L'église s'est établie au mi-
lieu des persécutions qu'elle a essuyées de la part des empe-
reurs payens, pendant l'espace de 300 ans, jusqu'à la conver-
sion de Constantin qui fit fermer les temples des idoles, et
bâtir des églises. Hugues parle à ce sujet d'une manière con-
forme aux préjugés de son siècle, des biens et des honneurs
que cet empereur accorda à l'église de Rome. Mais quelques
soient les prérogatives par lesquelles les empereurs ont re-
levé la dignité épiscopale, les évêques en ont reçue une bien
plus glorieuse de Jesus-Christ, par le pouvoir qu'il leur a ac-
cordé, d'ouvrir et de fermer le ciel, pouvoir auquel les prin-
ces eux-mêmes sont soumis.
Il est du devoir des évêques de reprendre les rois, lors-
qu'ils s'écartent des voies de la justice, et de les y ramener,
m. comme on le voit par l'exemple de saint Ambroise ' , qui sé-
para de la communion , et mit en pénitence le grand Théo-
dose tout empereur qu'il étoit. Cette sévérité à l'égard des
MOINE DE FLEURI. 295 HI MECir
princes est d'autant plus nécessaire, que leur exemple est '
plus contagieux et plus capable d'entraîner le peuple. Au-
cun catholique ne peut refuser de se soumettre aux loix de
l'église , et il doit obéir au prêtre qui lui donne des avis
salutaires. Notre auteur insiste beaucoup sur l'obéissance
due aux évêques successeurs et disciples des apôtres : en-
suite il revient' à ce que les princes ont fait en faveur de 55.
l'église, et aux services qu'ils lui ont rendus. 'Il compte par- 56.
mi ces services le soin qu'ils ont pris de lui procurer de di-
gnes pasteurs : il en cite des exemples. C'est pourquoi , dit-
il, le grand pape saint Grégoire qui, par les fleurs de son
éloquence, répand encore aujourd'hui la bonne odeur dans
la sainte église, ne refusa pas d'obéir à l'ordre de l'empereur
Maurice, et consentit à son ordination. Avant lui, saint
Ambroise avoit accepté , par ordre de Valentinien ,
la prélature de l'église de Milan. Saint Ouen et saint Eloi
ont été de même élevés à l'épiscopat par le roi Dagobert,
et placés l'un sur le siège de Rouen, l'autre sur celui de
Noyon. Mais l'église voulant s'opposer aux abus qu'on vit
bientôt naître, et mettre une barrière à l'ambition de ceux
qui par le moyen de l'argent, obtenoient cette dignité des
princes peu religieux, elle défendit dans un concile d'or-
donner un évêque sans le consentement du métropolitain.
Les papes Gelase , Céleslin , Léon , s'élevèrent contre un
pareil abus, en faisant défense de reconnoître pour évêque,
celui qui n'auroit pas été élu par le clergé, demandé par
le peuple, et ordonné par les évêques de la province.
' Le roi doit travailler à concilier les évêques , lorsqu'il 57.
y a de la division entr'eux. Gela fait partie des obligations
des princes, au jugement de Hugues, qui cite plusieurs
exemples pour le prouver. Valentinien le jeune assembla
un concile, pour examiner les accusations formées par Bas-
sus contre le pape Sixte, dans lequel celui-ci fut justifié, et
son accusateur condamné. Theodoric, roi d'Italie, prit
connoissance de l'affaire qu'occasionna dans l'église de
Rome l'usurpation de l'archidiacre Laurent qui vculoit
s'emparer du siège, malgré l'élection canonique de Sym-
maque. A ces deux exemples, ' Hugues ajoute ce que fit 58.
l'empereur Othon à l'égard d'Octavien. De- là vient que
2 1 *
r rIII SIECLE.
294 HUGUES DE SAINTE MARIE,
tous les évêques du royaume (4 ) sont soumis au roi com-
me un fils l'est à son père, en vertu de l'ordre établi
de Dieu ; afin qu'il n'y ait dans un état qu'un seul principe
de gouvernement duquel tout dépend , et auquel tout se
rapporte. Enfin il appartient au roi de connoître toutes les
plaintes et les différends qui naissent dans ses états, d'exa-
miner prudemment toutes choses, de corriger ce qui mé-
rite de l'être , et d'établir la paix et le bon ordre. C'est
pourquoi , dit-il , quelques-uns blâment Grégoire VII d'a-
voir été consacré sans en avoir préalablement obtenu la per-
mission et l'agrément de l'empereur; ce qui causa tant de
désordres, et fit répandre tant de sang. Et par malheur il
ne se trouve personne qui discute avec précaution cette
matière, qui l'examine prudemment, et qui en porte un
jugement équitable. On blâme aussi, dit notre auteur, le
décret par lequel le même Grégoire VII défend de rece-
voir de la main du roi ou de l'empereur, l'investiture d'un
évêché ou d'une abbaye. La raison qu'il en donne, c'est
qu'il y a eu de saints personnages qui ont reçu l'investiture des
princes; ce qu'ils n'auroient pas fait, s'ils avoient cru com-
mettre i n cela quelque faute : et Dieu n'auroit pas fait con-
noître leur sainteté par tant de miracles. Mais les princes
du siècle auxquels leur grandeur inspire de l'orgueil , se
prévalent souvent de leur rang, pour faire le mal impuné-
ment; et sous prétexte qu'il ne sont soumis à aucune puis-
sance, ils rejettent les sages avis des médecins spirituels,
qui pourroient leur être salutaires. Ils n'en agiroient pas
ainsi, s'ils craignoient Dieu et le feu qui est préparé au dé-
«o. mon et à ceux qui l'imitent. 'Hugues s'excuse ici sur la li-
berté qu'il semble se donner de critiquer la conduite des
personnes constituées en dignité, et se justifie par l'exemple
de saint Paul qui reprit saint Pierre. Reprenant ensuite sa
matière, il cite le décret du pape Nicolas, qui prescrit ce
qu'il faut observer dans l'élection du pape, et en particu-
lier les égards qu'on y doit avoir pour l'empereur , confor-
ma, mément au précepte de saint Pierre ' : Subjecti estote omni
(1) Régi rite subjacere videntur omnes regni ipsius episenpi. sicut patri filius
deprchenditur esse subjeetus, non vatura sed ordine, ut universxtas regni ad
unu-in redxgatur principium.
MOINE DE FLEURI. 295
XII SIECLE.
humanœ creaturœ , propter Deum, sive régi quasi prœcellenti,
etc. ' Hugues veut que chaque puissance conserve les 64.
prérogatives qui lui sont attachées (1); que les évoques 65.
imitent l'exemple que Jesus-Christ leur chef a donné; qu'on
honore la puissance royale.*' Le Roi, dit-il, doit être le dé- es.
fenseur de l'église, c'est pourquoi il doit être respecté, non-
seulement des prélats , mais de tous ceux sur lesquels il
a autorité. Ce respect est dû au rang que Dieu lui a donné.
On a tort d'objecter qu'il y a peu de bons princes, et
qu'il en est beaucoup de mauvais. C'est Dieu qui les place :
il les souffre pour exercer ses élus. Nous devons donc
aussi les souffrir nous-mêmes, quelqu'injustes qu'ils soient,
non par crainte, mais par charité et par amour pour celui
qui les a mis sur nos têtes : Toleremus malos caritate illius
qui eos 7iobis œquo judicio prœtulit, atque prœposuit. Legem
quippe non implet nisi caritas. Mais il ne faut pas que le
respect qui est dû aux puissances, nous engage à leur obéir,
lorsqu'elles nous font des commandemens injustes. Nous
devons alors leur répondre, qu'il faut obéir à Dieu plutôt
qu'aux hommes, sans craindre tous les mauvais traitemens
dont ils pourroient nous menacer (2). Notre auteur en
finissant, fait mention d'un écrit qu'il avoit déjà composé
sur le même sujet. Cet écrit n'est autre, comme il y a lieu
de le croire, que la première partie du traité des deux puis-
sances. Nous nous sommes étendus dans l'extrait que nous
venons d'en donner, parce que l'importance de la matière
nous a paru l'exiger. Nous sommes persuadés que cet ex-
trait ne déplaira pas au lecteur. Il y verra avec plaisir que
dans un siècle où la malheureuse division qui regnoit entre
les deux puissances, causoit tant de maux et tant de scan-
dales , et faisoit souvent avancer de part et d'autre tant de
maximes fausses et dangereuses, il y avoit cependant des
gens sensés qui sçavoient démêler le vrai, et marcher entre
les deux extrémités opposées. Le traité de Hugues en est
une preuve. Cet écrit dans sa brièveté est très-propre à don-
ner des idées justes des puissances que Dieu a établies ; de
(1) Decet igitur ut uniruique potestati suce autoritalU privilegium sibi sem-
per saluum et incolume ferseueret.
(2) Denique si per eos, id est.siper pnwns prœlatos, diabolus nos instigat
verbo, aut urget tormento ut malum peragamus ; mox illis respondeamus, quia
obedire Deo oportet magis quàm hominibu».
m sieclb. 296 HUGUES DE SAINTE MARIE,
leurs droits, de leurs prérogatives; et de l'obéissance qui
leur est due. Le sage et judicieux auteur de ce traité éta-
blit tout ce qu'il avance sur l'autorité de l'écriture et des
pères, surtout de saint Ambroise, de saint Augustin et de
saint Grégoire, dans les écrits desquels on s'apperçoit aisé-
ment qu'il étoit très-versé. En puisant dans ces sources pures,
qui lui étoient très-familieres , et en suivant des guides
si éclairés, il a évité les écueils.où tant d'autres écrivains de
ce tems sont tombés, les uns en attaquant la puissance
ecclésiastique , les autres en attaquant la puissance sécu-
lière.
2°. Un autre écrit d'Hugues de sainte Marie , plus con-
sidérable pour le volume, est son bistoire ou sa chronique,
intitulée Hugonis Floriacensis monachi chronicon. Elle est
divisée en six livres, dont le premier comprend un abrégé
de l'histoire des Juifs depuis Abraham jusqu'à Jesus-Christ.
p. 2, etsuiv. ' Hugues y traite des anciennes monarchies qui ont suc-
cédé les unes aux autres pendant ce long espace de temps,
jusqu'à la mort de Jules César. Il fait connoître les rois qui
ont régné, et commence par Ninus roi des Assyriens : les
grands hommes du paganisme y trouvent leur place; la
fable n'y est pas négligée; mais il passe légèrement dessus,
n'en parlant qu'autant que cela entre dans 6on dessein, qui
est de faire voir la conduite de Dieu sur les hommes pen-
dant les différons âges du monde jusqu'à Jesus-Christ.
Le second livre qui est précédé d'une longue préface ,
contient l'histoire des Scytes, des Amazones et des Par-
thes. Dans le troisième, Hugues donne la suite des em-
pereurs Romains , depuis Auguste , sous lequel Jesus-Christ
vint au monde, jusqu'à Domitien. Sous chaque empereur
il rapporte les papes , les hommes apostoliques, les persé-
cutions, les martyrs, les confesseurs, les docteurs, les
hérésies , les conciles. Il garde la même méthode dans les
livres suivans , qui sont tous distingués par des préfaces par-
ticulières. L'auteur conduit son histoire jusqu'à Charles le
Chauve.
On auroit tort de regarder cette chronologie comme
une compilation de faits extraits des auteurs sans goût , et
arrangés sans art. Hugues ayant dans la bibliothèque de
son monastère les principaux historiens et les écrits néces-
saires
MOINE DE FLEURI. 297
XII SI .E.
faires pour son dessein, il s'appliqua à les lire, à les com-
parer ensemble, à en exprimer ce qu'il appelle le suc di
vrai, medullam veritatis (4 ). S'il fait des extraits, il le*
fait en habile historien, qui sçait les placera propos, et se
les approprier. Il paroît qu'il avoit devant les yeux Eu-
trope, Justin, Orose, Grégoire de Tours, Eginard, Paul
diacre, Aimoin , et plusieurs autres mémoires qui ne sont
point parvenus jusqu'à nous. Ce qui fait , comme le re-
marque l'éditeur, qu'on trouve dans son histoire beaucoup
de choses intéressantes, qui n'avoient point été écrites
avant lui , ou qui ne se trouvoient pas communément :
' Et non pauca aliis intacta, vel saltem non nbivis obvia Prsf.
recenset.
Le principal objet de l'auteur dans cette histoire est d'in-
struire des principaux mystères de la religion; ce qu'il et
cute en habile théologien. Il ne parle d'aucune hérés.e.
qu'il ne la réfute, mais avec beaucoup de précision. Sou
vent même la seule exposition qu'il en fait, en est la ré-
futation. Ce qu'on peut observer spécialement dans ce
qu'il rapporte de Pelage et de ses sectateurs.
Il ne commence à parler de la monarchie Françoise que
dans son cinquième livre; c'est pourquoi il donne dans la
préface qui est à la tête, la description des Gaules, comme
il avoit donné d'après Paul diacre, celle de l'Italie, dans
la préface du troisième, qui commence à l'empire d'Au-
guste. ' M. Duchesne a inséré cette description des Gaules p. i6i.
dans son premier volume des historiens de France. Robert
Cœnal l'a copiée page 4 35 de son histoire.
Nous avons trouvé cette chronique bien moins étendue
dans un manuscrit de la bibliothèque du Roi, cotté 4963.
Ce manuscrit qui est très-ancien, peut passer pour origi-
nal. Le titre en lettres majuscules de la même antiquité,
est ainsi conçu : Incipit liber historiée ecclesiasticœ , gesto-
rumque Romanorum atque Francorum, comprehensus bre-
viter ab Ilugone de sancta Maria. Suit l'épître dédicatoire
(1) Ecclesiaslicam relegens historinm à muUis historiologis editam , 1 1 modii
variis cotnprehensam, Iwc «no volumine decrevi coaictare et coadunatit mini
quhm plurïmis Ubrts deflorare, veritatirque medullam de stngulit diligenter
extrahere. utnis eorumdem auctorum verbis , quibvsdam in locis , aliquando
vero sermonibus meis.
Tvme X. P p
XII SIECLE.
298 HUGUES DE SAINTE MARIE.
dont personne n'a parlé jusqu'à présent, à Adèle comtesse
de Chartres, de Blois et de Meaux, princesse qui cultivoit
les lettres, et avoit la réputation de femme sçavante. « Il
» est bien juste , lui dit l'auteur, sérénissime princesse, que
» je vous offre cet ouvrage préférablement à toute autre ,
» à vous qui êtes la plus distinguée de notre siècle, par
» votre naissance et votre vertu ; et qui relevez l'éclat de
» votre rang par l'amour que vous avez pour les lettres. »
La suite de l'épi tre dédicatoire confirme ce que nous avons
déjà remarqué , que Hugues s'étoit proposé dans son his-
toire d'instruire des principaux mystères de la religion (4 ).
Il entre là-dessus dans un détail qu'il seroit trop long de
rapporter.
Dans le manuscrit du roi, l'histoire n'est divisée qu'en
quatre livres , dont le premier commence par une espèce
de préambule où Hugues avertit qu'il ne fait remonter son
ouvrage qu'au troisième âge du monde, et qu'il omet plu-
sieurs événemens rapportés par Moïse. Le titre de ce pre-
mier livre porte que Hugues de sainte Marie , bénédictin ,
a composé cette histoire l'an -H 09. Mais il ne la conduit
toutefois que jusqu'à Louis le Débonnaire, dont il ne dit
rien. La conclusion qui, quoique de même caractère, pa-
roît avoir été ajoutée, est comme une seconde dédicace.
Hugues après avoir fait une longue récapitulation des ma-
tières qu'il y a traitées, témoigne à la princesse qu'il lui
dédie son ouvrage , plutôt qu'à des princes qui n'ont aucune
teinture des lettres, et qui les regardent même avec mé-
pris : Non illiteratis principibus, quibus ars litteraria spre-
tui est, sed vobis mérita dedicavi, Il joint à cet épilogue
la généalogie des ancêtres de la princesse depuis Rollon
premier duc de Normandie; et lui promet de donner dans
un autre livre l'histoire tant des princes Danois et Nor-
mands, ses illustres ancêtres, que des rois de France, de-
puis Louis le Débonnaire , jusqu'à son temps.
Quoique l'histoire de Hugues soit moins étendue dans
le manuscrit de la bibliothèque du roi, que dans les autres
que nons avons vus, et dans l'édition publiée à Munster
en \ 658, on ne peut cependant point dire que ce soit un
(1) Prœtereà hujus kistoriœ hber nimis profunda lalenter contintl Ecclesiœ
sacramenla.
MOINE DE FLEURI. 299
XII SIECLE.
abrégé. En examinant avec attention ces manuscrits et
l'imprimé, nous n'y avons remarqué que des additions
faites en différens endroits, qui ne sont point dans le
manuscrit du roi. Mais c'est partout le même fonds
d'histoire, le même ordre et les mêmes expressions.
D'où l'on peut conclure que le manuscrit du roi contient
l'histoire de notre auteur, telle qu'il la composa d'abord,
et qu'il la présenta dans cet état à la comtesse de Blois;
mais que dans la suite ayant fait de nouvelles découvertes,
il la retoucha , et y fit des additions que nous voyons dans
d'autres manuscrits et dans l'imprimé. ' Par exemple, la com- Ed. p. u.
paraison qu'il fait à la fin du premier livre, des sçavans de
l'antiquité, des philosophes, des sepi sages de la Grèce,
avec les patriarches et les prophètes qui étoient inspirés de
Dieu; cette comparaison, dis-je, est une addition considé-
rable dont on ne trouve rien dans le manuscrit du roi. Le
troisième livre est précédé dans l'imprimé, d'une longue
préface qui ne se trouve point non plus dans le manuscrit
dont nous parlons. Le cinquième livre est parfaitement
conforme avec le troisième du manuscrit du roi. La pré-
face est la même, à quelques changemens près, qui font
toujours voir que cet ouvrage a été retouché. Enfin la pré-
face du sixième livre, lequel s'accorde avec le quatrième
et dernier du manuscrit, est neuve. Nous ne parlons point
des transpositions ni de la différente distribution de cette
histoire, qui est partagée en quatre livres seulement dans le
manuscrit du roi, et en six dans ceux qui contiennent l'ou-
vrage tel qu'il sortit en dernier lieu des mains de l'au-
teur.
Hugues nous apprend dans sa préface sur son sixième
livre , que l'ouvrage d'Anastase le bibliothécaire , dont il
n'avoit eu jusques-là aucune connoissance, lui étant tombé
entre les mains, il en avoit tiré beaucoup de choses, qu'il
ignoroit auparavant. Les découvertes qu'il fit par la lec-
ture de cet auteur, dont il témoigne faire beaucoup de
cas, le déterminèrent sans doute à revoir son ouvrage, et
à l'augmenter. Cet ouvrage ainsi revu et augmenté , est
l'histoire de Hugues de sainte Marie, que l'on trouve dans
tous les manuscrits; je dis tous : car le manuscrit du roi est
peut-être le seul qui contienne cette histoire telle qu'elle
P p ij
i tbile. 300 HUGUES DE SAINTE MARIE,
sortit la première fois des mains de l'auteur; soit que les
copistes l'ayent négligée, comme étant moins étendue,
soit que Hugues lui-même ait contribué à la suppression de
son premier travail. Il n'employa gueres qu'un an à le re-
voir et à l'augmenter, et put l'offrir à la comtesse Adèle
l'an \\\§. Mais il l'envoya d'abord à Ives de Chartres, pour
l'examiner, comme nous l'apprenons par une note qui
cot. 8n. est au commencement de l'histoire, dans un manuscrit
de la bibliothèque de saint Victor. Elle porte expressément
que t Hugues moine de Fleuri , ou de saint Benoît sur
» Loire, composa cette histoire en faveur d'Adèle comtesse
» de Blois , de Chartres et de Meaux , et qu'il l'envoya
au maître Ives alors évêque de Chartres, l'an \\\f). » On
a cru jusqu'à présent avoir la lettre que l'auteur écrivit à
Ives , en lui envoyant son histoire ; toutefois il n'est pas
parlé d'histoire dans la lettre. Hugues marque seulement
à Ives qu'il lui envoyé deux de ses ouvrages, Ecce ego,
tibi prœcellentissime Domine , duo humilitatis meœ opus-
cula transmitto , sans spécifier quels sont ces deux ouvra-
ges. Ainsi on ne peut décider certainement s'il s'agissoit
de son histoire , quoique d'ailleurs on ne puisse douter qu'il
ne la lui ait envoyée , par l'estime qu'il avoit de l'évêque de
Chartres et la confiance en ses lumières. Mais de plus,
la note que nous avons déjà citée , le dit formellement :
Eam (historiam) misit magistro Ivoni tune episcopo Carno-
tensi. Le titre de l'histoire dans quelques manuscrits le con-
firme encore : Historia Hugonis Floriacensis monachi Ivoni
ou ad Ivonem Carnotensem. Ce titre a même trompé plu-
sieurs sçavans , en leur faisant croire que l'ouvrage a été
dédié à l'évêque de Chartres. Mais est-il vraisemblable que
Hugues ayant composé son histoire en faveur de la com-
tesse Adèle, gratta Adelce comitissœ , il l'eut dédié à un
autre? S'il y avoit quelque doute là-dessus, Hugues les
levé lui-même, et déclare bien formellement dans la pré-
face du sixième livre , en adressant la parole à la princesse ,
(4 ) qu'il lui dédie son ouvrage par la connoissance qu'il a
de son érudition, pour lui faire passer agréablement quel-
(1) Codicem ittum tibi meritb. ôidela, nobilis comititta, dienvi ; quam nonme-
dio criter eruditam non ambigo, ad delenicndum animum tuum, et acuendam
/titan pe et or il lui.
MOINE DE FLEURI. 301
XII SIECLE
ques momens de son loisir , et pour animer sa foi.
3°. Après que Hugues eût revu et augmenté son his-
toire , il pensa sérieusement à un autre à laquelle il s'étoit
engagé, en promettant à la comtesse d'écrire les actions,
tant des princes Danois et Normans ses illustres ancêtres ,
que des rois de France, depuis' Louis le Débonnaire, jus-
qu'au temps où il vivoit. Jusqu'à présent cette histoire n'a
point vu le jour; nous n'en n'avons que l'épître dédicatoire
publiée par D. Martenne ' Elle est adressée à l'impératrice Mart anec. t. i,
Mathilde nièce d'Adèle, et non à Adèle; ce qui nous fait p'
juger que la pieuse comtesse avoit renoncé au monde ,
lorsque l'ouvrage fut en état de paroître, et s'étoit déjà
retirée au monastère de Marcigny, où l'on sçait qu'elle finit
saintement ses jours l'an 44 37. Effectivement Hugues ne
paroît l'avoir achevé que sous le régne de Louis le Gros.
Car après avoir exposé à l'impératrice qu'il avoit recueilli
les actions de ses ancêtres et des rois de France, depuis
Louis le Débonnaire , jusqu'au prince actuellement ré-
gnant ; ce que personne, dit-il, n'avoit encore tenté, il
ajoute qu'il n'ose y joindre les hauts faits de ce prince,
de crainte de les obscurcir par la bassesse de son style. Cela
suppose qu'il y avoit déjà quelque temps que Louis le Gros
étoit sur le trône. Il est du moins certain que Mathilde
n'ayant eu le titre d'impératrice que par son mariage avec
l'empereur Henri V, et ce mariage n'ayant été célébré que
l'an \\\ 4, l'histoire dont nous parlons n'a pu lui être pré-
sentée avant cette année, en qualité d'impératrice. C'est
à quoi D. Martenne n'a pas fait attention, en plaçant l'é-
pître dédicatoire l'an \ \ 4 0.
On ne doit pas passer légèrement sur ce que dit notre au-
teur, qu'il étoit le seul qui jusqu'alors eût entrepris une
histoire suivie depuis Louis le Débonnaire , jusqu'à son
temps. On en doit conclure qu'il peut être regardé comme
auteur original de ce morceau considérable de l'histoire de
France. Il est très-vraisemblable que les historiens qui ont
travaillé après lui , ont puisé dans cette source. Peut-être
même n'ont-ils fait que transcrire et insérer dans leurs
écrits celui d'Hugues, sans le nommer, comme il seroit
facile de le voir ; et c'est ce qui aura fait tomber dans
l'oubli cette histoire qui nous seroit à peine connue, si
XII SIECLE.
Duchesn. t. 3,
334.
T. i, p. 97, 98.
502
HUGUES DE SAINTE MARIE,
D. Martenne n'en avoit pas donné au public l'épi tre dé-
dicatoire.
Les deux fragmens de chronique que ' M. Duchesne
a insérés dans son recueil des historiens de France , sous
le nom de Hugues de sainte Marie, peuvent bien en avoir
été extraits. Ces deux fragmens réunis ensemble forment
une chronologie suivie de nos rois , depuis l'an 997 , jus-
qu'en UI09. Mais cette chronologie ne répond point à l'i-
dée qu'on peut avoir de l'ouvrage de Hugues de Fleuri. On
n'y trouve que des dates qui marquent sèchement le com-
mencement et la fin des régnes , avec quelques faits dé-
tachés, sans aucun détail : au lieu que l'ouvrage de notre
au leur étoit un recueil des actions de nos rois et des princes
Danois et Normans, qu'il avoit tirées avec beaucoup de
peines et de fatigues, de plusieurs livres, et de différens
mémoires où elles étoient dispersées sans ordre et sans liai-
son. Cet ouvrage devoit servir comme de supplément à
l'histoire dont nous avons parlé (4 ). Ainsi les deux fragmens
rapportés par M. Duchesne ne peuvent passer que pour un
abrégé fort succinct de ce supplément de l'histoire d'Hugues
de Fleuri.
4°. On trouve parmi les œuvres d'Ives de Chartres , dans les
éditions données en \ 585 et \ 647 , ainsi que dans le recueil
des historiens de France , publié | ar Marquard Freher ,
une petite chronique attribuée à l'évêque de Chartres. Mais
nous souscrivons au jugement de M. Duchesne, qui Ja
regarde comme une production de Hugues de Fleuri. Notre
auteur accoutumé à soumettre ses écrits à la critique et à
l'examen de l'évêque de Chartres, lui aura envoyé celui-
ci, et quelque copiste peu attentif, le trouvant parmi les
écrits du prélat, le lui aura attribué. Hugues fait remon-
ter cette chronique jusqu'à l'origine des Francs, et la con-
duit jusqu'à son temps.
Tous les écrits historiques dont nous venons de parler,
quoique publiés par l'auteur en différens temps , et dédiés
à différentes personnes, semblent néanmoins ne faire qu'un
même ouvrage, ou uri même corps d'histoire. Il seroit à
(1) Sed Ma quœ vobis deflorare curavimus, non à nobis accepimus , sed h
multis codicibus nosiro sudore decerpsimus, ad suplementum historiée illius
cujus supra meminimus. et quam, swut prœmisimus, nuper edxdimus.
MOINE DE FLEURI. 303 XII S1ECLK
souhaiter que quelque sçavatvt voulût prendre la peine d'en
donner une édition exacte, et fit en sorte de découvrir la
partie de cette histoire , qui est dédiée à l'impératrice Ma-
thilde, dont nous n'avons que l'épître dédicatoire. On
pourroit peut-être y trouver des choses importantes pour
l'histoire des rois de la troisième race.
Marquard Freher est le premier qui ait mis au jour l'his-
toire de Hugues, ou plutôt une partie, la plus grande à la
vérité. Mais en publiant l'an 4 645, dans son recueil des
anciens historiens de France, les quatre premiers livres de
cette histoire, et la préface du cinquième, il a enlevé l'hon-
neur de cette production à son véritable auteur , pour le
transférer à Ives de Chartres, sans toutefois citer aucun
manuscrit en faveur de son sentiment, et avouant même
au contraire que personne jusqu'alors n'avoit fait aucune
mention de cet écrit prétendu d'Ives de Chartres. Nous ne
dissimulerons cependant pas qu'il y a quelques manuscrits
qui portent le nom de l'évêque de Chartres. On en voit,
par exemple, deux dans la bibliothèque de saint Evroul en
Normandie, ainsi intitulés, Histoi'ia magistri Ivonis. Celui
de la bibliothèque de l'empereur dont parle' Lambecius, Bibi. cœs. 1. 1, c.
a un titre encore plus favorable à Ives. Mais ce sont-là des ' p
fautes des copistes. Quelqu'ignorant, en copiant l'histoire
de Hugues , aura lu dans son original , Historia Hugonis ma-
gistro Ivoni episcopo Camotensi, ou quelqu'autre titre à peu
près semblable, et ne connoissant pas le nom de Hugues, qui
peut-être n'étoit exprimé que par la première lettre, il
l'aura témérairement retranché. Cette faute se sera ensuite
répandue en d'autres copies, comme cela arrive ordinaire-
ment. Mais personne ne doute aujourd'hui que Hugues ne
soit le véritable auteur de l'histoire que Freher attribue
à Ives de Chartres.
L'an 4 658, Bernard Rottendorf, sçavant médecin de
Munster, fit imprimer dans cette ville l'histoire d'Hugues
de Fleuri, sous ce titre : Hugonis Floriucensis monachi
Benedictini chronicon, quingentis ab hine annis, et quod
excurrit, conscriptum, monasterii Westphaliœ , typis et im-
pensis Bernardi Baesfeldii, un volume in-4?. C'est propre-
ment la seule édition que nous ayons de cette histoire, et
qui est fort rare. Il paroît que l'éditeur a pris tout le soin
III SIBCLE.
504 HUGUES DE SAINTE MARIE,
possible, pour la rendre parfaite. Il l'a enrichie d'une sça-
vante préface et de notes très-intéressantes. La lettre
d'Hugues à Ives de Chartres, qui n'avoit point encore été
donnée, est placée immédiatement après la préface. Suit
un prologue où le plan de l'ouvrage est tracé en dix-neuf
vers. Ce prologue est adressé au roi Louis , que D. Ma-
billon croit être Louis le Gros; ce qui n'est point douteux,
si le prologue est véritablement de l'auteur. Mais il y a
lieu de douter qu'il soit de lui, puisqu'il ne se trouve dans
aucun des manuscrits que nous avons vus. Bernard Rotten-
dorf se plaint dans sa préface, de ce que celui sur lequel
il a donné son édition, étoit si plein de fautes de toute
espèce, qu'il n'a pu y remédier entièrement. C'est ce que
nous n'examinerons pas ici, nous observerons seulement
que les livres ne sont point distingués dans cette édition,
quoiqu'ils le soient dans tous les anciens manuscrits, et
que nous n'y avons point trouvé la préface du sixième
livre, qui commence à l'empereur Maurice.
Nous pourrions encore ajouter divers fragmens de chro-
nique et d'histoire, qui ont été imprimés soit dans la se-
conde partie des historiens contemporains donné par M.
Pithou, et dans son recueil des onze anciens historiens de
Duchesne, t. 3, p. France; soit dans la collection de M. Duchesne ', soit
rPithlYec.Pde9i7i enfin dans la ' grande collection de D. Bouquet, qui re-
s p °w33BnU3>î' ,r,arflue qu'on a inséré plusieurs extraits de la chronique
341,353.' ' d'Hugues dans celles de saint Denis, où ils se trouvent tra-
duits en notre langue.
Lab. bibi. no*, t. ' 5°. La vie de s. Sacerdos, ou par abréviation , s. Sardos ,
' p °61' et s. Sardot évèque de Limoges, publiée par le P. Labbe et
par les Bollandistes, au 5 de mai , est l'ouvrage d'Hugues de
Fleuri. Le travail de notre auteur ne consiste qu'à avoir
corrigé et mis en meilleur latin la vie de ce saint prélat, dé-
figurée par les copistes, et écrite en langue du pays, c'est-à-
dire, en cette basse latinité qu'on parloit encore au temps
qu'elle avoit été composée. Ce fut à la prière d'Arnould abbé
de Sarlat, que Hugues entreprit ce travail, non vers l'an
1430, comme Henschenius l'a cru, mais au plus tard,
Ed. p. 127. vers l'an -H 07, ou 4408. ' La preuve en est évidente,
puisque Hugues fait mention de la vie de saint Sacerdos,
qu'il avoit entrepris de corriger dans son histoire qui fut
certainement
MOINE DE FLEURI. 305 m siècle.
certainement écrite l'an -H 09, et revue l'an I HO. Il aver-
tit dans la préfaee de cette vie ', que sans s'attacher à la Bon. app. mai, p.
lettre, il s'est particulièrement appliqué à en exprimer le
sens; comme l'abbé Arnoul l'en avoit prié : Non studeo
verbum pro verbo transcribere. . , sed sensum ex sensu depro-
mere.
6°. Le dernier ouvrage d'Hugues de sainte Marie, qui
soit parvenu jusqu'à nous, mais qui n'a cependant point
encore été imprimé , est un livre des miracles opérés de
son temps, par l'intercession de saint Benoît. C'est une con-
tinuation du recueil d'Aimoin et de Raoul Tortaire, l'un
et l'autre moines de cette abbaye d'un mérite distingué.
Aimoin l'avoil conduit jusqu'en 1005, et l'avoit divisé en
trois livres. Nous avons quelques ex'raits du dernier livre
dans M. Duchesne '. Hugues avertit dans sa préface que t. 4, p. 142, H3.
Raoul avoit continué cet ouvrage jusqu'à sa mort, et qu il
avoit oublié un miracle arrivé en 1059 sous l'abbé Rainier.
C'est par ce miracle qu'il commence son ouvrage. Il en rap-
porte ensuite neuf opérés jusqu'en \ H 4 ; puis un autre opéré
sur un jeune liomme sourd et muet, qui fut guéri de la sur-
dité le 4 décembre 1H7, et commença à parler le deux
mars de l'année suivante. Enfin il termine son écrit par la
relation de trois miracles opérés en 1H9. Cet ouvrage d'Hu-
gues' de sainte Marie se conserve dans un manuscrit de t'ab- Bihi. sac Leiong,
? , . . „ ». p. 785. | Cat. mss.
baye de saint Bcioit. Angi. part. 4, n.
7°. Le P. Leiong, dans la bibliothèque sacrée, attribue 299-
un écrit sur le psautier à Hugues, moine de Fleuri. Parmi
les manuscrits de la cathédrale de Durham il y en a un qui
porte ce titre : Hugo Floriacensis super psalterium. C'est tout
ce que nous pouvons dire de cet écrit , dont nous n'avons
connoissance que par les indications que nous rapportons.
Hugues de sainte Marie est un auteur estimable , et qui
mérite une singulière attention par rapport à son traité des
deux puissances. Il lui est glorieux de s'être élevé au des-
sus des préjugés de son siècle, et d'avoir sçu prendre le
juste milieu entre les deux extrémités également vicieuses.
Rien n'est plus exact, plus sage, plus solide, que ce qu'il
dit de la puissance royale et de la dignité sacerdotale. Son
écrit sur cette importante matière est un monument pré-
cieux de la véritable doctrine de l'église si obscurcie alors
2 2 Tome X. Qq
xii siècle. 5°6 HUGUES, MOINE DE FLEURI.
par les funestes démêlés des papes et des empereurs , de-
puis le pontificat de Grégoire VII. Les autres ouvrages du
même auteur ont aussi leur mérite; en particulier son his-
Methode pour étu- toire ' dédiée à la comtesse Adèle. L'abbé Lenglet du Fres-
dier l'histoire, t. 3, , . . , „ ... . , ., .
p. 66, éd. 1729. noy convient lui-même quelle est utile pour les bas siècles
rmchesne, t. i, p. ^c l'église et de l'empire. Sa petite chronique ', depuis
l'an 996, jusqu'en ^09, publiée par M. ' Duchesne, est
courte, mais bien dirigée, au jugement de M. l'abbé le
Gendre : elle contient en peu de mots beaucoup de choses ,
et est bien écrite. Son style n'a pas la pureté des auteurs
de la bonne latinité, mais il est clair et concis. Hugues a
un avantage sur les écrivains de son siècle, selon M.
Lebeuf, dissert. sur l'abbé Lebeuf ', et qu'il ne partage qu'avec Guibert de
lhist.de Paris, t. 2, AT - , , , «; • i i" • • r>
p. ni. Nogent; c est qu on ne connoit point d écrivains François
du onzième siècle, depuis la mort du roi Robert, qui ait
montré la moindre connoissance de Géographie, sinon
Hugues de sainte Marie, moine de Fleuri; qui peut-être,
ajoute M. Lebeuf, ne fit que copier quelques exemplaires
d'Aimoin. Nous ne voyons point sur quel fondement peut
être appuyé un tel soupçon. Ce n'est point en faisant le
métier de copiste, mais en puisant dans les sources, en
lisant les historiens, que notre auteur avoit acquis ses con-
noissances, et s'étoit rendu capable de composer lui-même
de bons ouvrages , comme nous l'avons fait voir en parlant
de son histoire.
GUILLAUME DE CHAMPEAUX, 507
XII SIECLE.
GUILLAUME
DE CHAMPEAUX,
EVESQUE DE CHALONS
Scr Marne.
HISTOIRE DE SA VIE.
Guillaume , dit de Champeaux, du lieu de sa Rouiti. Wst.de Me -
•II U J l « • lun. P-202. 203- I
( naissance , qui est un village ou bourg dans la Brie , Robert, de Monté
Prps de Melun, se rendit célèbre dès la fin du onzième hUtC*eec"ès! t e" p"
s>ecle. Après avoir étudié avec beaucoup de succès sous 520. i Dubois w'st.
An 1 1 • • • » r> de Par. I. 11, c. 7,
Anselnie de Laon , qui enseignoit pour lors a Pans, il fut n. 10, c. 9, n. 1, et
fa't archidiacre et scholastique de l'église de cette ville, nov^G9%Ch8T7.'
e* enseigna lui-même publiquement pendant plusieurs
années, avec la réputation du plus habile philosophe
de scn temps. C'est pour cela que Pasquier ' , dans ses PasQ- Recn- edit.
recherches , regarde les écoles formées à Paris par Guil- ' p' '
laume de Champeaux et Anselme de Laon , comme la pre-
mière origine de l'université de cette même ville. L'an
-H 03, Pandulphe, prêtre de l'église de Milan, auteur
d'une histoire de Milan , imprimée par les soins de M.
Muratori ' vint à Paris à la suite d'Anselme de Pustella et Apud Murât, t. 5,
d'Olric vidâme de Milan, qui furent successivement l'un 485." - IC' p'
et l'autre archevêques de cette église, pour entendre
les leçons d>3 Guillaume di Champeaux. ' Robert de Be- Angi. sac t. 2, p.
thune, evêque d'Herfort l'un des plus grands prélats de
son siècle, étudia sous le même maitre. Le fameux Abe-
lard attiré par sa réputation, vint aussi à son école. Mais
bientôt le mérite du jeune disciple fit ombrage an maître,
qui excessivement jaloux de sa réputation, craignit d'être
éclipsé. Les choses allèrent même si loin de part et d'autre ,
Q q U
in siècle. 508 GUILLAUME DE CHAMPEAUX,
que le maître et le disciple se déclarèrent une guerre ou-
verte. Guillaume , par dégoût du monde , pour les désa-
vantages qu'il eut dans ce différend , mais plus encore par
le désir d'une plus grande perfection, et non comme le dit
ep. i. Abelard ' , par ambition , et pour se frayer le chemin à l'é-
piscopat, forma le dessein d'embrasser la vie monastique.
Lobin. hist dePar. 11 quittn la ville de Paris l'an J108, pour se retirer dans
op1,8PBern.1 faib,' un fauxbourg où étoit une chapelle dédiée à saint Victor
app. p. h. martyr. Ce fut là que Guillaume prenant l'habit de cha-
noine régulier, jetta les fondemens de la célèbre abbaye
de saint Victor de Paris, qui fut fondée l'an \\\ 5, par
lettres patentes de Louis VI, et confirmée l'année sui-
vante par le pape Pascal IL 11 reçut à ce sujet une lettre
mm. ep. i. d'Hildebert ' évêque du Mans, qui le félicitoit de ce qu'il
avoit renoncé aux honneurs et aux dignités ecclésiastiques
pour embrasser la vraie philosophie. Mois comme plusieurs
des disciples de Guillaume se plaignoient de ce qu'ils éloient
privés par sa retraite du fruit qu'ils retiroient de ses instruc-
tions, le prélat l'exhorta à continuer de donner ses leçons,
et à ne point fermer les ruisseaux de sa science, en lui di-
sant avec Salomon : Que les ruisseaux de votre fontaine cou-
prov. a, v. le. lent dehors, et répandez vos eaux dans les rues. ' « Noli
» ergo claudere rivos doctrinse tuse, sed juxta Salomonem,
» deriventur fontes tut foras et aquas tuas in plateis di-
» vide.
Champeaux se rendit à cet avis , et ouvrit à saint Victor
Dubois, hi=t. dePa- des écoles publiques , où il enseigna la réthorique, la phi-
vuiefore,v'ie7de's. losophie et la théologie. ' On prétend qu'il est le premier
Bernard,' p. 42. qUj ait enseigne dans le royaume cette dernière science
d'une manière contentieuse , c'est-à-dire la théologie scho-
laslique. Ce fut lui qui introduisit cette méthode de rai-
saresb. Met. i. 3, sonner ' , dont les écoles ont fait depuis un si grand usage,
c 9, p. i6ô. cn prescrjvant la manière de faire des argumens : Quam
hilaris memoriœ Guillelmus de Campellis, postmodum Ca-
talaunensis episcopus definivit, etsi non perfectè, esse scien-
tiam reperiendi médium terminum , et indè eliciendi argu-
mentum cujus (medii) interventu copulentur ex-
tretna.
Depœnit. î. io, c. 'Le P. Morin assure qu'avant l'an -H42, personne n'a-
voit enseigné publiquement la théologie i Paris; quoi-
22, n. 8.
EVESQUE DE CHALONS SUR MARNE. 309 ,„ SIKCLE
qu'An6elmc et Alberic remplissent alors l'on et l'autre cette
fonction avec beaucoup de gloire, le premier à Laon , et
le second à Reims, Ce sçavant homme ' remarque encore m. »•
à l'occasion de la retraite de Guillaume de Champeaux,
qu'elle lut l'origine d'une double source de théologie scho-
lastique, l'une dans la ville de Paris, l'autre dans l'abbaye
de saint Victor : Nemo ad hune annum illum -H -12 theo-
logiam Parisiiis publiée docuerat E Guillelmi secessu
duplex fans theologiœ seholasticœ erupit, unus inter tnuros
Parisienses , alter in abbatia Viclorina. Guillaume, avant que
d'embrasser la vie de chanoine régulier, quoique son nom
fût célèbre p^r toute la France, et qu'il eût enseigné pendant
plusieurs années la philosophie à Paris, alla à Laon se met-
tre au rang des disciples d'Anselme ' , pour y recevoir des le- »ior. u>.
ço:>s de théologie; c'est pourquoi, dit le P. Morin, il l'ensei-
gna dans la retraite, et ne négligea pas la philosophie. Nous
devons remarquer ici à la louange de Guillaume, que dans
son école i'e. saint Victor, il faisoit gratuitement ses leçons
à tous ceux qui se présentoient. C'est le témoignage que
lui rend un de ses disciples dans une lettre citée par D.
Martenne ' : Omnibus ad eum undique venientibus gratis et Ampi. con t. 5,
causa Dei solummodô. . . . devotum ac benignum se prœbuit. priBf n" li'
Abelard qni avoit été obligé de faire un voy;ige dans sa
patrie, pour rétablir sa santé, étant revenue Paris, alla
aussi à l'école de saint Viclor prendre les leçons de son
ancien maître, et le poussa si vivement sur son opinion
touchant les universaux (question autrefois fameuse dans
les écoles , et qui paroîl aujourd'hui si frivole à tous les
gens sensés ) qu'il le força de se retracter. Il falloit avoir
beaucoup d'humilité, pour souffrir patiemment de telles
attaques de la part d'un disciple. Mais si Abelard eut l'hon-
neur d'avoir remporté une victoire si glorieuse pour ces
temps, il n'eut pas assez de crédit pour empêcher que son
ennemi ne traversât ses desseins, comme nous le verrons
dans son article.
Guillaume conlinua encore quelque temps ses leçons ,
et gouverna jusqu'en \W5 la communauté de chanoines
réguliers, qu'il avoit formée à saint Victor, en qualité de
prieur, et non en qualité d'abbé, comme le dit l'historien
de Melun ; car Hilduin son successeur , le plus cher et Rouu p «03
2 2 *
ai siècle. 3*° GUILLAUME DE CHAMPEAUX,
Lobin. hist. de Pa- le plus illustre de ses disciples,' fut le premier honoré du
Gaiï. christ. nov.' t. titre d'abbé sur la fin de l'an -H 4 4, ou au commencement
deP Mom.1 apùd de ^^- L'abbaye de saint Victor ne fut même fondée
Gujb. app. i pu- .qu'après que Guillaume en eût été tiré l'an 4 -H 3, et non
\ H2, pour être placé sur le siège de Châlons sur Marne.
Rup. Tint, apud Nous apprenons de Rupert ' que ce ne fut qu'après avoir
Marten. t. 0, ampl. ,e ',■«..„, . ^ „ r ,L
coll. p. 102a. reluse trois lois lepiscopat, que Guillaume se rendit, et
l'accepta malgré lui, terque licèt subterfugisset , tandem in-
vitus episcopus efficitur. Ce qui fait voir que c'est à tort
qu'Abelard l'a accusé de n'avoir quitté le monde, que pour
se frayer le chemin à cette dignité.
Son premier soin, en quittant sa communauté, fut de
choisir un sujet capable de le remplacer, et de continuer
ce qu'il avoit si heureusement commencé. Il le trouva dans
la personne du vénérable Hilduin , qui remplit dignement
cette place pendant trente-cinq ans. Rien n'est plus admi-
l. 2, occid. hist. rable que ce que rapporte Jacques de Vitri ' de ce nou-
vel établissement , et le portrait qu'il fait de l'abbaye de
saint Victor. Nous souhaiterions pouvoir nous étendre sur
un sujet si édifiant ; ce seroit même l'éloge le plus parfait
de l'instituteur qui fait le sujot de cet article : mais les bor-
nes dans lesquelles nous sommes obligés de nous renfer-
mer, ne le permettent pas. Guillaume de Champeaux ,
deux ans après son ordination , eut l'avantage de donner
vit. s. Bem. i. î. la bénédiction abbatiale à saint Bernard ' , qui alla la rece-
c 7 •
voir a Châlons sur Marne , parce que le siège de Langres
étoit pour lors vacant. Il se forma dès ce moment une si
étroite liaison entre le prélat et le saint abbé, que ce ne-
toit plus qu'une ame. La même année \W5 il assista au
concile de Reims et de Châlons sur Marne , et à plusieurs
autres les années suivantes, spécialement à celui de Reims
tenu en H 19, célébré par le pape Caliste II. Il fut un des
prélats qui s'y distinguèrent le plus par leur éloquence , et
orderic. 1.12, hist. qu'Orderic ' appelle pour ce sujet duces verbi. Il se trouva
eccles i Aliess 1
io, Rer. Aquit.'c. encore l'an 1120 au concile de Beauvais, pour la cano-
15, p. su, 512. nisalion de saint Arnoul évêque de Soissons , et Lisiard
évêque de cette même église , le qualifie de colomne des
docteurs dans les actes de ce concile , columna doctorum.
Mab. act. t. o, p. La chronique de Maurigni ' nous apprend que Guillaume
accompagna le légat Conon cette année 4120, lorsqu'il
EVESQUE DE CHALONS SUR MARNE. 5\\
XII SIECLE.
alla dans ce monastère'; et elle nous représente ce prélat du chesne, t t.
comme un homme plein de zèle , qui avoit dirigé des écoles
sublimes, sublimes scholas, ce que le P. Mabillon ' entend Not. in 3. er. s.
des écoles de théologie; et qui l'emportoit sur tous les
évêques de France par la science des divines écritures :
Super omnes episcopos totius Galliœ divinarum scripturarum
scientiâ fulgebat. ' Le voyage que Guillaume fit à Mau- Mab. ib. not. Fus.
rigny l'an •H 20, et le concile de Beauvais auquel il assista
cette même année, font voir d'une manière bien convain-
cante, qu'il n'est point mort en 4H9, comme Manrique
et quelques autres le prétendent. Ce prélat vécut certai-
nement jusqu'à l'année H 21 , qui est la véritable époque
de sa mort, comme elle est marquée dans Alberic, dans Aib. ehron ad an.
, ,. . ... u- * • j 1 • 1121. I Mab. ib. |
la plupart des meilleurs historiens, et dans tous les anciens pagi, ad an nsi.
monumens de l'église de Chàlons. Pour ce qui est du jour,
l'autorité de Simeon de Durham, Roger de Hoveden et
d'un ancien livre de l'église de Châlons , nous porte à croire
qu'elle est arrivée le 48 janvier, quoique le nécrologe de
saint Victor la place le 25 de ce mois , qui a peut-être été
le jour de son enterrement. Nous ne sçavons sur quel fon-
dement Hcnriquez a inséré son nom dans son menologe
de* Citeaux.
Roger de Hoveden rapporte que huit jours avant sa
mort, il reçut l'habit monastique dans l'abbaye de Clair-
vaux, et qu'il y fut enterré. ' Seguin rapporte la même L.iet2, devir. M.
chose, et compte Guillaume de Champeaux parmi les hom-
mes illustres de l'ordre de Citeaux : l'abbé Rupert ' se sert Kup. ap. Marten.
, , ,.. , , . t. 9, ampl. coll. p.
de cet exemple pour prouver qu il est permis ^a un chanoine 1023.
régulier, et même à un évêque d'embrasser la vie monas-
tique, pour arriver à une plus grande perfection. ' Le P. Pagi ad an. mi.
Pagi paroît convaincu de la vérité de ce fait, et trouve
mauvais que Manrique ' le révoque en doute. Néanmoins Manr. ann.cisterc.
les raisons d en douter rapportées par cet analiste de 1 or-
dre de Citeaux, sont assez solides. Car si Guillaume avoit
quitté son évêché pour se faire religieux de Clairvaux , s'il
s'y étoit fait enterrer dans une chapelle qu'il avoit lui-même
fait bâtir , n'en seroit-il pas fait mention dans les monumens
tant de l'église de Châlons, que du monastère de Clairvaux?
On n'a pas oublié dans ces monumens la tendre affection
de l'évêque de Châlons pour le saint abbé de Clairvaux;
XII SIECLE.
54 2
GUILLAUME DE CHAMPEAUX,
Lob.hist. de Paris.
t. 1. p. 144.
lnter e|>ist. Wibal.
ep.147 apudMart.
t. 2, ampl. coll. p.
334.
De Wiscb.bib. Ci-
sterc. p. 133.
M .l>. not. In ep.
: 6 s liera, t. l,p.
49
Ma!) art. t.3,prsef.
H. 7.j. | Ann. t. 5,
I. 7j, 11. 28.
comment auroit-on passé sous silence la plus grande marque
qu'il pouvoit en donner, qui est celle d'avoir abdiqué l'é-
piscopat, et pris l'habit religieux pour finir ses jours avec
lui, et mél r ses cendres avec 'les siennes? Comment ne
découvriroit-on pas à Clairvaux , sinon le lieu où repose son
corps, du moins quelques indices qui fassent connoître
qu'il y a été inhumé.
§ II.
SES ÉCRITS.
Guillaume de Champeaux ' étoit sans contredit le pro-
fesseur le plus accrédité de tous ceux qui enseignoient
à Paris au commencement du douzième siècle; et il
rendit son nom célèbre non seulement par ses leçons,
mais encoie par ses écrits : ce qui le fit regarder comme
une des plus grandes lumières tic la France. ' Wibsud
parlant de lui sous le nom de Guillaume de Paris, dans
sa lettre à Manegolde chonoine et scholastiquc de Puder-
bon, le compte parmi les maîtres modernes de l'église,
qui avoient rempli le monde de leur doctrine et de leurs
écrits, Quorum doctrina et seriptis mundus impletus est.
11 composa plusieurs traités de ph.Iosophie en faveur de la
doctrine des Réalistes, Quibus Realium doctrinam non pa-
rùm illust ravit; c'est ce que dit de Viscli. ' On voit par-là
que les Réalistes étoient dès-lors connus, et que celte secte
de philosophes n'est pas redevable de sa naissance et de
son nom au fameux Scot , comme l'insinue le dictionaire
de Trévoux , en disant que le nom de Réaliste a été donné
aux philosophes opposés à Ochan, et sectateurs de Scot
et des autres docteurs , qui croyent que les universaux
sont des réalites qui existent de fait hors de la pensée et
l'imagination.
2°. ' Outre les écrits philosophiques, Guillaume fit sur
la théologie plusieurs opuscules dont il est parlé dans un
livre manuscrit de l'abbaye de Cheminon , ordre de Cî-
teaux, dans le diocèse de Châlon. On trouve dans le même
livre intitulé Pancrms , plusieurs fragmens de ces opus-
cules. ' D. Mabillon qui a eu communication de ce ma-
nuscrit , en a tiré un fragment très-important sur l'eucha-
ristie :
EVESQUE DE CHALONS-SUR MARNE. 515 xn slgCLE.
ristie : on y voit non seulement la présence réelle établie de
la manière la plus claire et la plus précise , mais encci !
l'usage de l'église dans l'administration de cet auguste sacre-
ment. Les fidèles reçevoient encore alors l'eucharistie sous
les deux espèces; mais il faut sçavoir, dit Guillaume, que
celui qui n'en reçoit qu'une, reçoit Jesus-Christ tout entier,
parce qu'il est tout entier, soit sous les deux, soit sous cha-
cune : Non enim accipitur Christus membratim vel paulatim,
sed totus vel in utraque specie , vel in altéra. On la donnoit
aussi aux enfans aussi-tôt après le baptême , mais seulement
sous l'espèce du vin, parce que leur état les rendoit inca-
pables de la recevoir sous l'autre espèce : Infantulis mox
baptisatis solus ealix datur , quia pane uti non possunt. Il
traite d'hérésie le sentiment de ceux qui prétendent qu'il
est nécessaire de recevoir l'eucharistie sous les deux es-
pèces. Cependant ajoute— t— il , l'église conserve toujours ce
sacrement sous l'une et l'autre espèce : Sacramentum utrius-
que speciei ab ecclesia imrnutabiliter retinetur. Ces paroles
font voir, dit le P. Mabillon ', que du temps de Guil- Ann. t. 6, 1. 73, n.
laume de Champeaux, la communion sous les deux espè-
ces étoit encore en usage. Mais peu après, c'est-à-dire,
vers le milieu du douzième siècle, cet usage cessa insensi-
blement.
3°. De tous les ouvrages de théologie composés par Guil-
laume, le plus considérable est celui des sentences, qui se
trouve dans la bibliothèque de Notre Dame de Paris , et
dans celle de durions sur Marne C'est, dit' M. Lebeuf, Diss. t. 2, p. îao.
un abrège de théologie. M. Dargcntrc, évoque de Tulle, Yar. diss. p. 404.
qui nous a donné une liste de plusieurs commentaires en-
core manuscrits des anciens maîtres de la scholastiquc, place
Guillaume de Champeaux à la tête de sa liste, et le re-
garde comme le premier des scholastiques de Paris, qui ait
composé un livre des sentences sur les matières de théo-
logie. Il avoit néanmoins été précédé par Anselme de Laon
comme nous l'avons vu dans l'article de cet auteur.
4°. Le seul ouvrage imprimé que nous ayons de Guil-
laume de Champeaux, est un petit traité de l'origine de
l'ame, que D. Marlenne a publié dans son trésor d'anecdo-
tes ', sur un manuscrit de l'abbaye de saint Ouen de Rouen, t. 5, p. ssi.
C'est une question, dit notre auteur, qu'on agite souvent
Tome X. R r
III SIECLE.
3U GUILLAUME DE CHAMPEAUX,
comment les enfans qui meurent sans batême, peuvent
être damnés justement. Il n'est pas étonnant que le corps
qui tire son origine d'Adam pécheur, soit souillé; mais on
ne peut pas dire la même chose de l'ame qui ne tire point
son origine d'une masse corrompue, mais qui sort des mains
d'un Dieu très-bon, et est unie au corps, non par son pro-
pre choix, mais par la volonté du créateur. C'est cepen-
dant un point de la foi de l'église, que si un enfant meurt
aussitôt que l'ame est jointe au corps, l'ame est damnée à
cause du péché originel : ce qui semble retomber sur le
créateur qui crée l'ame pour la placer dans une demeure
où il est nécessaire qu'elle se souille. Cette difficulté en a
porté quelques-uns à croire que l'ame ainsi que le corps
vient des parens par la génération. Ce sentiment n'est point
celui de Guillaume. Il explique ensuite comment Dieu
peut sans injustice créer des âmes qui doivent contracter la
tache du péché originel, par leur union avec le corps.
Si l'homme avoit persévéré dans la justice dans laquelle
il avoit été créé, sa justice auroit passé à ses descendans,
et les âmes que Dieu avoit résolu de toute éternité de join-
dre aux corps qui naîtroient par une succession continuelle,
ne se seroient point souillées par leur union avec les corps :
mais l'homme s'étant rendu coupable par sa désobéissance,
il a mérité d'en être puni , et de ne plus engendrer que dans
la concupiscence. L'homme ayant ainsi corrompu sa na-
ture , en ce qui dépendoit de lui par la génération , Dieu
devoit-il suspendre ce qu'il avoit résolu par ses décrets éter-
nels, et ne plus créer de nouvelles âmes, pour les joindre
à des corps auquels elles ne pouvoient plus être unies
sans se souiller? Dieu a donc exécuté ce qu'il avoit résolu
de toute éternité, en suivant les régies de sa juste provi-
dence; et a uni les âmes à des corps souillés. L'ame n'a
point sujet de s'en plaindre, et elle ne peut accuser que nos
premiers pères du mal qu'elle souffre. Guillaume, après
avoir ainsi établi la foi de l'église touchant le péché ori-
ginel , assure que la peine des enfans morts sans baptême ,
sera beaucoup plus légère. Il admire la bonté de Dieu qui,
après la chute de l'homme, a bien voulu lui accorder le
remède du baptême, qui purifie de tout péché l'enfant qui
le reçoit. Quant à ceux qui meurent sans baptême, si on
EVESQUE DE CHALONS SUR MARNE. 3^ XII SIECLE>
demande à notre auteur pourquoi Dieu ne leur a pas fait
la grâce de le recevoir, pour repondre à cette question,
il a recours comme l'apôtre, aux secrets jugemens du Tout-
Puissant; In his verà qui antè baptismum pereunt, quare
Deus hoc disposuerit , ut ad baptismum non pervenirent , oc-
culta sunt judicia Dei.
5°. 'D. Martenne qui a publié ce petit écrit, fait men- ib.p. 877.
tion d'un autre qu'il a trouvé parmi les manuscrits de l'ab-
baye de Clairvaux, intitulé Moralia abbreviata Guillelmi
de Campellis. C'est cet ouvrage dont parle Alberic dans sa
chronique' , où il dit que Guillaume de Champeaux, évê- Ad ann. 1113.
que de Châlons , abrégea les morales de saint Grégoire. Il
contient les fleurs des morales de ce saint pape, divisées en
35 livres.
6°. ' On trouve dans les manuscrits de l'abbaye de saint Montf. bibi. mm.
Ouen de Rouen, un écrit de Guillaume sous ce titre,
Guillelmi de Campellis episcopi Catalaunensis quœstio unica.
C'est sans doute le petit traité sur l'origine de l'ame, pu-
blié par D. Martenne, dont nous avons parlé. .
7°. ' Nous ne parlerons pas ici de la dispute entre un t. 20, p. issi.
Chrétien et un Juif, imprimée mal à propos sous le nom
de Guillaume de Champeaux, dans la bibliothèque des
pères ; nous avons fait voir ailleurs que c'est l'ouvrage de
Gislebert Crispin abbé de Westminster.
Les Centuriateurs de Magdebourg lui attribuent une
lettre à Innocent II, contre Abelard, sans faire attention
que Guillaume de Champeaux étoit mort neuf ans pour
le moins avant qu'Innocent II fût élu pape, ne l'ayant été
qu'au mois de février -H 30, et Guillaume étant mort dès
le mois de janvier -H2J. Ces écrivains auront apparem-
ment confondu Guillaume de Champeaux avec Guillaume
abbé de saint Thierri.
m siècle. 5!6 RICHARD CARDINAL,
RICHARD,
CARDINAL,
Arcbevesque de Narbonne,
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
cal. chr. noy. t. e, t) ichard ' étoit fils de Richard vicomte de Milhaud
Mïst Lang. t. 2, JLtet de Rixinde fille de Berenger I, vicomte de Nar-
p- m- bonne. Il embrassa la profession monastique dans l'abbaye
de saint Victor de Marseille, à l'exemple de Rernard son
frère, qui en fut fait abbé, et il lui succéda immédiate-
ment l'an 4 079. Il étoit déjà cardinal, lorsqu'il fut
élu abbé de saint Victor; et en cette qualité il faisoit les
caii. chr. ibid. i fonctions de légat en Espagne; où il tint un concile à Bur-
arian. . , c. • g0g> j^g igque^ à ja prière de Constance femme d'Al-
fonse roi de Castille, les anciens rit et office Gothiques fu-
rent abrogés, pour leur substituer le rit et l'office romains.
Les uns placent ce concile en 4076, d'autres en 1080.
Ferr. hist. dEsp. ' Ferreras met ce changement en 4079. Cet historien dit
qu'Alfonse députa une personne avec des présens à Rome,
pour engager le pape à envoyer un légat en Espagne, afin
d'exécuter ce projet. Grégoire VII choisit Richard. Aussi-
tôt qu'il fut arrivé, on travailla avec chaleur au change-
ment de l'office ecclésiastique; et pour cette fois, ajoute
Ferreras, l'office Romain demeura établi avec le consente-
ment du roi et des prélats. Richard eut une grande part aux
voyez les lettres faveurs de Grégoire VII ' , dont il fut chéri à cause de ses
im,6 papi93, eic! belles qualités. Ce fut ce souverain pontife, selon l'histo-
Hist. Lang. t. 2, p. rien de Languedoc', ou plutôt Alexandre II, selon la nou-
velle Gaule chrétienne, qui l'honora de la pourpre Ro-
maine, à cause de son mérite, quoiqu'il fût jeune. Gré-
goire VII l'envoya en Espagne l'an 4078, en qualité de
ARCHEVESQUE DE- NARBONNE. 347
III SIECLE.
Légat. Il y étoit encore, lorsqu'il fut élu pour succéder à
son frère Bernard dans l'abbaye de saint Victor. Grégoire
applaudit au choix des religieux, et leur écrivit une lettre
par laquelle il approuva leur élection. Il écrivit aussi à
Richard ' , l'exhortant à ne point contrister ses frères par sa Ep. 7. 1. 7.
résistance, et à se soumettre à la volonté de Dieu. Ce pape
continua d'employer le cardinal Richard ' en différentes Hist. Lang. ibid.
affaires importantes. Il le chargea le 28 avril 4 080 de n.1b.ad *"' im'
travailler à la réforme des abbayes de Montmajour et de
la Grasse.
Richard n'eut pas la même faveur sous Victor III, suc-
cesseur de Grégoire VII. Ce pontife offensé de ce que Ri-
chard prenoit le parti d'Hugues archevêque de Lyon, con-
tre lequel il avoit de justes sujets de plainte; ou même si
l'on en croit Ciaconius, de ce qu'il favorisoit le schisme
de Guibert de Ravenne, l'excommunia dans un concile
qu'il tint à Bénévent l'an 4 087. Mais sa disgrâce ne fut
pas de longue durée, et Victor III étant mort quelques
mois après le concile de Bénévent, Richard rentra en
grâce avec le saint siège, et fut toujours depuis constam-
ment attaché aux papes. ' C'est pourquoi Ciaconius se trompe vit. pontu*. nom.
lorsqu'il avance que Richard mourut dans le parti de l'an- p'
tipape Clément III, c'est-à-dire de Guibert de Ravennes.
Bertrand ' archevêque de Narbonne , ayant été déposé de mst. Lang. t. 2, p.
son siège, soit pour cause de simonie, soit par le crédit
de Mahaud son ennemie, Richard fut élu à sa place d'un
consentement unanime, le 5 novembre -H 06, et non l'an
■H 07 ou -H 08, comme quelques-uns l'ont prétendu. Pas-
cal II confirma cette élection peu de temps avant que d'ar-
river en France, où il vint sur la fin de l'an 4406. Cette
année est la vraie époque du commencement de l'épisco-
pat de Richard ;* quoique l'on trouve des actes signés de lui
en qualité d'archevêque de Narbonne, qui sont de l'année
4400 , et même 4098. Mais ces signatures ne sont que des
confirmations des actes où elles se trouvent, et elles y ont
été ajoutées depuis, pour leur donner plus de poids. On
en voit souvent de semblables dans les actes. L'hiBtorien
de Languedoc ' remarque que, Ricbard, depuis sa promo- I1,id-
tion à l'archevêché de Narbonne, ne prit plus le titre de
cardinal; ce qui est effectivement remarquable. Il tint ce
III SIECLE.
Ib. p. 390.
318
RICHARD CARDINAL,
T. 2, p. 358.
Ital. sacr. nov.
edit. p. 352.
siège quatorze ans trois mois et dix jours, et mourut le 45
de Février de l'année 4-124. ' D'autres mettent sa mort en
l'année 4420, ce qu'il est aisé de concilier, par la manière
différente de commencer l'année, qui étoit l'année 4 424
pour ceux qui commençoient l'année aux calendes de jan-
vier , et l'année 4 4 20 pour ceux qui ne la commençoient
qu'au 25 de mars, ou à Pâques.
Nous remarquerons ici avec l'historien de Languedoc ' ,
que quelques auteurs confondent mal à propos le cardinal
Richard archevêque de Narbonne, qui fait le sujet de cet
article, avec un autre cardinal de même nom, évêque
d'Albano, légat du saint siège, qui tint l'an 4440 un con-
cile à Toulouse, touchant les différens survenus entre l'ab-
baye du Moissac et celle de Mas-Garnier.
S H.
SES ÉCRITS.
4°. t E cardinal Richard est redevable à Aimeri II, vi-
-L^comte de Narbonne, de la place que nous lui
Hist. deLang. t. 2, donnons dans ' l'histoire littéraire de France, celte émi-
8ufv.v p ' e nence n'étant connue dans la république des lettres que
par la relation qu'elle a faite de ses démêlés avec le vi-
comte. L'origine de ces différends étoit antérieure à l'é-
piscopat de Richard, et Bertrand son prédécesseur immé-
diat, auroit éprouvé de la part d'Aimeri I, ce qu'il éprou-
voit de la part d'Aimeri II son fils. L'archevêque de
Narbonne, après avoir exposé ses plaintes et ses griefs con-
tre Aimeri II, exhorte ceux qui lui succéderont dans le gou-
vernement de cette église, et les prie de faire leurs efforts
pour recouvrer les droits qu'il a laissés enlever par sa foi—
blesse , et parce qu'il n'avoit pas eu assez de courage pour
résister aux maux qu'on lui faisoit souffrir. On voit dans
cette relation, que Bertrand prédécesseur de Richard, avoit
été déposé par le pape, et que l'archevêché de Narbonne
fut vacant quelque temps, jusqu'à ce qu'enfin le pape Pas-
cal II en pourvût Richard, à la prière du clergé et du
peuple. Quoique cet archevêque eût été extrêmement mal-
traité par les gens du vicomte de Narbonne, qui l'avoient
ARCHEVESQUE DE NARBONNE. 349 xuslECLB.
enfermé dans une étroite prison, d'où il ne sortit qu'en ac-
quiesçant à tout ce qu'on exigeoit de lui , cependant son
mémoire est écrit avec assez de modération, mais avec
plus de candeur que d'éloquence. Cette relation apologé-
tique du cardinal Richard , archevêque de Narbonne , con-
tre le vicomte Aimeri II , se trouve dans l'appendice du
sixième volume de la nouvelle Gaule chrétienne', et parmi Gaii. chr. t. 6, ap.
i a m • . - a i a ' p.24 |Hist. Lang.
les preuves de 1 histoire du Languedoc . «t. s, pr. p. 399.
2°. D. Martenne a publié dans sa grande collection ' t. 1, p. 497.
une lettre de Richard à Sanche V roi de Navarre, par la-
quelle il confirme l'excommunication lancée contre les dio-
césains de Pampelune , et interdit toute communication avec
eux. Il y défend d'ensevelir les morts, et de célébrer l'of-
fice divin dans les églises ; et permet seulement d'admi-
nistrer le baptême aux enfans en cas de maladie et de dan-
ger de mort. Richard a encore écrit une lettre au pape
Grégoire VII, dont le P. Mabillon parle dans ses annales '. T.5,1. «5,n.8i.
C'est tout ce que nous connoissons d'ouvrages de ce car-
dinal.
FREDERIC,
Evesque de Liège.
HISTOIRE DE SA VIE.
près la mortVotbert ', évêque de Liège; le clergé, vu. Fred. appar-
ies nobles et le peuple s'étant partagés pour lui don- 4, P. 1023.
ner un successeur , cette église fut exposée à de grands trou-
bles qui occasionnèrent un schisme fâcheux. Alexandre,
trésorier et l'un des archidiacres de Liège , après s'être fait
un parti considérable par toutes sortes de moyens, présens,
caresses, promesses, alla trouver l'empereur Henri V, à qui J^P^ftW;
il donna 7000 livres d'argent, selon le bruit public, et bgçm fi. ûst. ecei
reçut de lui l'investiture de l'évéché qu'il ambitionnoit. ' w' n- 7>
L'archevêque de Cologne informé de ce qui s'étoit passé,
fit défense aux Liégeois de reconnoître Alexandre, et cita
A
XII SIECLE.
520 FREDERIC,
devant lui les parties. L'intrus n'ayant point comparu mal-
gré trois citations, le métropolitain tint une assemblée, dans
laquelle Frédéric frère du comte de Namur, fut élu par le
concours du clergé et du peuple , pour remplir le siège de
il p. 1026. Liège. ' Frédéric étoit encore plus recommandable par la
pureté de ses mœurs et par sa science, que par sa haute
naissance. Il accepta ce fardeau, et se soumit au joug qu'on
lui imposa, quoiqu'il n'ignorât pas qu'il lui en couteroit la
vie, et partit pour Reims, où le pape Caliste II qui y te-
noit un concile au mois d'octobre de l'an -H49, lui im-
ib. ,>. 1027. posa les mains. ' Le nouveau prélat prit ensuite la route de
Liège, et la fit pieds nuds. L'élection canonique de Fré-
déric ne mit pas fin aux maux de cette église : Alexandre
son concurrent, soutenu par le duc de Louvain , continua
de causer du trouble , et fit beaucoup de maux. Comme
Frédéric demeuroit maître de Liège, et qu'il avoit toujours
ib. p. 1029. l'avantage sur le parti d'Alexandre ', on eut recours au
poison pour se défaire de lui. Parmi les officiers du prélat,
il s'en trouva un qui voulut bien se prêter à un crime aussi
horrible; ce fut l'échanson. Frédéric fut empoisonné, et
traîna quelque temps une vie languissante ; mais cpmme le
poison n'opéroit pas assez promptement au gré de ses en-
nemis, on réitéra jusqu'à trois fois, et le prélat y suc-
comba. Au milieu des douleurs les plus violentes causées
par le poison, il fit paroître une patience et une charité ad-
mirables. Non seulement il pardonna généreusement à ses
ennemis et ses meurtriers, et pria pour eux; mais il en fit
même venir quelques-uns, se jetta à leure pieds, leur de-
mandant lui-même pardon, pour tâcher de les toucher, et
de leur inspirer le repentir de leur crime. Tels furent les
sentimens dans lesquels mourut Frédéric évêque de Liège,
un vendredi, sur la fin du mois de mai ou de juin (car les
auteurs varient) l'an W2\. Dieu fit connoitre la sainteté de
ib . p io30. son serviteur, selon la prédiction d'un solitaire ', par plu-
sieurs merveilles arrivées à sa mort, et par grand nombre
de miracles qui continuèrent pendant L2 ans à son tom-
beau, et y attiroient une foule de malades, dont les uns
recouvroient l'ouïe , d'autres la vue , d'autres y trouvoient
la guérison des différentes maladies dont ils étoient alta-
ii' i> «67. qués. Les auteurs de la nouvelle Gaule Chrétienne ' n'osent
pas
EVESQUE DE LIEGE. 32*
in SIECLE.
fias assurer que Frédéric soit mort de poison. Néanmoins
'auteur de sa vie que l'on peut regarder comme un auteur
contemporain, puisque dans le temps qu'il écrivoit ' , plu- u>. p. 1029, 1030.
sieurs des ennemis du saint prélat vivoient encore , le dit
d'une manière si formelle, en détaillant les effets du poi-
son , qu'il n'est pas possible d'en douter. Le même auteur
qualifie Frédéric de saint ', et même de martyr, en assu- p. 1024.
rant que le poison fut pour lui un genre de mort plus
cruelle qu'elle ne l'auroit été par le feu ou le fer. On '
peut voir dans Molanus ', et dans les trophées de Brabant Moi. natal. 39. Beig.
de Butkens, les éloges qu'ils font de ce prélat. Butq. 1. 4,'p. 9s|
Nous sommes redevables à D. Martenne non seulement "•
de la vie de Frédéric, ' qu'il a publiée sur un manuscrit de Marten.ampi. coi.
1. 11 1.1 1 • / i. 1,1 » ' t. 1, p. 10i3, 1030.
1 abbaye d Aulne; mais encore dune lettre du même pre- t. i, p. 653, 656.
lat, qu'il a insérée dans sa grande collection. Dans cette
letlre adressée à l'église de Malines, Frédéric entreprend de
justifier le prévôt de cette ville, qui après avoir obtenu sa
liberté sur un serment qu'il avoit fait de retourner en pri-
son , ne s'y étoit point rendu. Comme quelques-uns pou- ib. p. 653.
voient lui faire le reproche d'avoir manqué à sa parole et
à son serment, notre prélat déclare que le prévôt n'a rien
fait que par son conseil et par celui de toute l'église de
Liège, qui l'avoit prié d'interposer son autorité pour l'em-
pêcher de se rendre en prison , comme il l'avoit promis ,
et de l'absoudre de son serment. ' Le prévôt étoit tellement ib.
disposé par lui-même à l'observer, qu'il avoit fallu le rete-
nir de force, et même le lier, pour empêcher qu'il ne se
rendît au lieu et au jour marqués. 11 fut même si touché
de se voir retenu de la sorte, et hors d'état de pouvoir
satisfaire à ses engagemens , qu'il en devint furieux, et qu'il
sembloit avoir perdu la raison. Après avoir exposé le fait,
Frédéric rapporte plusieurs exemples , pour faire voir 654.
qu'on n'est point obligé d'exécuter ce qu'on a promis même
avec serment ' , lorsqu'on s'y est engagé étant contraint. Il 655.
n'oublie pas parmi ces exemples celui, de Pascal II , qui bien
loin de se croire obligé d'accorder à l'empereur Henri V,
ce qu'il lui avoit promis avec serment , cassa son traité dans
un concile qu'il assembla pour ce sujet. Mais comme les
exemples cités par Frédéric , pouvoient paroître insuffisans ,
étant des exemples domestiques et modernes, il remonte
2 3 Tome X. S «
xii siècle. 322 FREDERIC, EVESQUE DE LIEGE
plus haut, et rapporte que le pape Jean VII, (lisez VIII)
dispensa l'empereur Louis du serment qu'il avoit fait par la
crainte de la mort, à Adalgise duc de Bénévent, de ne
jamais rentrer dans ses états. L'apologiste du prévôt de
Malines cite en sa faveur l'autorité de Ciceron, qui décide
dans le troisième livre des offices, qu'il y a des occasions
où l'on peut sans parjure manquer à sa parole et à son ser-
ment , comme lorsqu'on a promis de l'argent à des voleurs
pour sauver sa vie : Ut si prœdonibus factura pro capite pre-
tium non attuleris, nulla fraus est, ne si juratus quidem id
non feceris. La raison qu'en donne Ciceron est qu'un pirate
étant ennemi commun de tous les hommes, on ne doit rien
avoir de commun avec lui, ni fidélité ni serment. Pirata
communis est hostis omnium, cùm hoc nec fides, nec jusju-
randum potest esse commune.
Frédéric, après avoir ainsi justifié le prévôt de Malines,
prie ceux a qui il adresse sa lettre , de la faire courir de côté
et d'autre, lorsqu'ils l'auront lue, afin qu'on la lise, et qu'on
ait de quoi répondre à ceux qui osent blâmer sa conduite.
Il y avoit d'autant moins de sujet de le condamner, qu'il
avoit donné depuis sa sortie de prison, l'argent dont il étoit
convenu pour sa personne. On ne peut point d'ailleurs lui
faire un crime de n'être point retourné en prison ; puis-
qu'il en a eu la volonté, et qu'on l'en a empêché; et qu'en-
fin il n'étoit point obligé de garder la parole qu'il avoit
donnée, non à un ennemi juste et légitime, mais à un
voleur, à un brigand, à un tyran. Cette lettre est bien
écrite, on y trouve du feu, de la justesse, de l'éloquence et
de l'érudition.
XII SIECLE.
ROBERT, ABBÉ DE SAINT REMI. 525
ROBERT,
Abbé de Saint Rémi de Reims.
■ Il ■ » . ■ — ■ .1.111 ■ I . . I ■ ■!■■■■
HISTOIRE DE SA VIE.
Robert ou Rupert fut élevé dans l'abbaye d£ saint
Rémi de Reims, sous la discipline de l'abbé Hérimar,
et passa dans la suite dans le célèbre monastère de
Marmoutiers. ' L'an 1094, après la mort d'Henri abbé de Mab. ann. t. 5, !
saint Rémi, Robert fut rappelé pour remplir sa place;
mais Bernard abbé de Marmoutiers, s'y opposa, ou du moins
n'y consentit qu'à la condition qu'il auroit droit de corri-
ger le nouvel abbé, si sa conduite étoit telle qu'il méritât
correction. Bernard ne tarda pas à faire usage du droit qu'il
s'étoit réservé à l'égard de Robert, soit que celui-ci y eût
réellement donné occasion, soit qu'on l'eût accusé injuste-
ment. Après le concile de Clermont, auquel Robert avoit
assisté, Bernard le cita à comparoître devant lui, sous peine
d'excommunication, pour y rendre compte de sa conduite.
Robert n'ayant point comparu au jour marqué , l'abbé de
Marmoutiers prononça contre lui une sentence d'excom-
munication, qui fut confirmée dans un concile ' tenu à Mab.ib.n.65.|Bai.
■ ™.r , ii i • Miscel. t. 5, pag.
Reims 1 an 4097. Robert appella de ce jugement au pape 304. i eau. chr.
Urbain II, et Lambert évêque d'Arras informa le souve- "ang. t.Vp.2^'!
rain pontife de toute cette affaire par une lettre qu'il lui
écrivit, le priant de confirmer ce qui s'étoit fait dans le
concile. Robert alla en personne à Rome, et fut bien reçu
du pape , qui cassa la sentence de Bernard et du concile de
Reims, sur ce fondement qu'un moine tiré d'un monastère,
pour être chargé de la conduite d'un autre, n'est plus sou-
mis à la jurisdiction de l'abbé de ce premier monastère. Si
l'on juge de Robert par la lettre que ' Hugues archevêque J1»1- a|"pi- coll.
de Lyon, écrivit au pape Urbain II contre lui, on sera
S s ij
III SIECLE.
524 ROBERT,
persuadé que sa déposition ne fut que la juste punition qu'il
s'attira par l'irrégularité de sa conduite. Hugues de Cluni écri-
vit aussi au même pape une lettre peu favorable à Robert.
Elles se trouvent l'une et l'autre dans la grande collection
de D. Martenne. D'un autre côté Baudri abbé de Bour-
gueil, s'intéressa pour Robert qu'il paroît qui avoit été son
Mab. ann. 1. 69, n. disciple ', et le recommanda à Odon cardinal, évêque d'Os-
66, tie, par une lettre en vers, dans laquelle il insinue que
l'archevêque de Reims maltraitoit trop cet abbé : Namque
manum super hune nimis aggravât Me Remensis , etc. Il est
vraisemblable, selon D. Mabillon, que la déposition de
l'abbé de saint Rémi fut l'effet de la haine qu'avoit contre
lui Manassés archevêque de Reims, qui le décria dans l'es-
prit de Bernard, et confirma lui-même dans son concile,
l'excommunication portée par l'abbé de Marmoutiers contre
Metr. Rem. t. 2, i. celui de saint Rémi. Marlot 'croit qu'il fut déposé, parce
2, c. n, p. 221. qU-j| avojj dissipé les biens de son abbaye , pour fournir aux
frais du voyage de la terre sainte; mais ce ne fut qu'après
sa déposition que Robert entreprit ce voyage, puisqu'il se
trouva à la prise de Jérusalem l'an ^99.
p. 26i. D. Martenne', dans une histoire manuscrite de l'pbbaye
de Marmoutiers, attribue à la même cause la déposition
de Robert, qu'il place après son retour du voyage de la
Palestine, quoiqu'il paroisse certain qu'elle l'a précédé.
Hugues archevêque de Lyon, légat du saint siège, écri-
vant à Urbain II, entre dans un assez grand détail sur Ro-
bert el sur sa déposition; cependant il ne parle ni de son
voyage de la terre sainte, ni de la dissipation des biens de
son abbaye pour fournir aux frais de ce voyage. Mais il
rapporte seulement en général, qu'il fut déposé, parce
qu'il n'étoit point zélé pour faire observer la règle, et n'en
donnoit point non plus lui-même l'exemple, quoiqu'on l'eût
averti plusieurs fois. Cette lettre a été donnée au public par
Mart. atnpi. coll. D. Martenne '; elle est très-importante pour ce qui re-
Hist'. ^'u"f • 9 p garde l'affaire de Robert ; et nous n'avons rien de plus pro-
325- pre à nous mettre au fait de cet événement.
Quoique le pape Urbain II eût cassé le jugement rendu
contre Robert , il ne put rentrer dans son abbaye ; on lui
permit seulement de se retirer au prieuré de Senuc , d'où
il sortit bientôt pour suivre les croisés dans la première ex-
pédition de la terre sainte.
ABBÉ DE SAINT REMI. 528 mmat.
'L'affaire de Robert fut examinée de nouveau dans le Gaii. chr. md. i
concile de Poitiers, tenu l'an 44 00, et décidée en sa fa- Mab lbn ll-
veur. On y déclara que sa vie étoit irréprochable, son en-
trée légitime, sa promotion et son ordination authentiques et
canoniques, et confirmées par les lettres du pape Urbain.
On y jugea qu'il avoit été injustement déposé., et que la
substitution de Burchard, qui avoit été mis à sa place, étoit
illicite. Néanmoins Robert ne fut point rétabli, ni Bur-
chard confirmé; ' et on élut abbé de saint Rémi un sujet Mab. u>. n. «9 et
d'un mérite distingué, également recommandable par sa
naissance et sa piété, nommé. Azenaire, parent de Gui de
la Tremoille, insigne bienfaiteur de l'abbaye de saint Ré-
mi. C'est ce que l'on voit par une inscription' qui se con-
serve encore dans cette abbaye (i). Alors Robert retourna
dans l'azyle qu'on lui avoit accordé après sa déposition,
c'est-à-dire dans le prieuré de Senuc, où il vécut en simple
particulier, content du titre de prieur. Ce fut-là qu'il
composa son histoire de la croisade. Mais il n'eut pas la
satisfaction de finir tranquillement ses jours dans cette re-
traite ; on l'accusa encore de mal administrer les biens de
son prieuré, et de les dissiper. On en porta même des
plaintes jusqu'au pape Caliste II , qui par un rescrit daté
du 46 mai, donna ordre qu'on le destituât. Robert survé-
cut peu à cette dernière déposition, et mourut vers l'an
4422. Sa mort est marquée dans le nécrologe' le 23 d'août *ab. «m. ». «, i.
en ces termes : Robert dixième abbé de ce monastère, mourut ;
il gouverna deux ans. Une main plus récente a ajouté : //
fut enstiite déposé, et mourut moine vers Van 4422.
(1) Anno Domini milletimn noniqetimn octavo. ctim incendio contumpUim
fuistet magna ex parte monastenum nottrum observitom eccletiam nostram
novam quce non mullo anti- dedientn fuerat h domino papa Leone, et restaura-
tum monnsterxum sumptibui fortiftinii ducii Guidomt Trimoliennt . cognati
abbat'i noxtri, et ordim* surtcti Brnedicti pii defenso i>\ rrd"cis ab erpugna-
t'one tanctce Jeiusalrm qun noviaaverat in au xi hum Gittofredit régi» s domi-
na» abbns nos 1er. ut s>ng ■ l\s tabbatis gralir Deo rtdd'rentur. hanc Dei-parœ
Virgmi* effigiem (n oratorio novitinrum potuit nnfiomilletftnin cenlettmo Celle
figure delà Vierge, qui est de bols, s'est conservée jusqu'à présent avec l'inscription.
2 3 *
XII SIECLE.
326 ROBERT,
§ II.
SES ÉCRITS.
Gest. Dei . per -1°. T) obert ' est auteur d'une histoire de la première
Franc. 1. 1, P. 30. lLexpédition des Chrétiens d'Europe dans la Pales-
tine. Cette histoire est divisée en huit livres, ou en neuf,
et même en dix; parce qu'on partage quelquefois en deux
quelques-uns de ces livres; ce qui en augmente le nombre.
L'auteur a mis à la tête une préface apologétique , dans
laquelle il rapporte de quelle manière l'abbé B. c'est-à-dire
Bernard abbé de Marmoutiers, comme il est marqué dans
le manuscrit de cette abbaye, l'engagea à entreprendre cet
ouvrage, en lui montrant une histoire de cette célèbre ex-
pédition, qui lui déplaisoit, tant' parce qu'elle ne remontoit
pas jusqu'au concile de Clcrmont, que parce qu'une si
belle matière n'y étoit pas traitée avec la méthode et le
style convenables. Ensuite de quoi l'abbé ordonna à Robert
qui avoit assisté au concile de Clermont , de donner une
nouvelle forme à cette histoire, en y ajoutant ce qui re-
gardoit ce concile, et en corrigeant le style. L'histoire que
Robert entreprit de mettre en un meilleur style, n'est autre
que celle de l'anonyme, qui tient le premier rang dans le
recueil de Bongars, et dont il est parlé à la fin du huitième
tome de l'Histoire Littéraire. Il commence sa narration au
grand concile tenu l'an \ 095 à Clermont en Auvergne , où
la croisade fut résolue, et la continue jusqu'à l'an 4 099 ,
finissant à la victoire que les croisés remportèrent le -12
août de cette année sur le Soudan d'Egypte, environ un
mois après la prise de Jérusalem. Robert, pour orner sa
narration et la rendre plus agréable, a soin de mêler de
temps en temps des vers à sa prose. Il exprime même en
vers qu'il met en marge par forme de sommaire, ce qui
est de plus important dans le corps de l'ouvrage. Parmi ces
vers mis en marge , on peut en remarquer deux qui fixent
l'année de la prise de Jérusalem , non qu'ils soient remar-
quables par la poésie, mais parce qu'ils se trouvent rapportés
ibid.p. 75. par plusieurs historiens 'postérieurs à Robert, dont cepen-
ABBE DE SAINT REMI. 527 x„ SIECLE
dant aucun ne marque qu'il en soit auteur .
Anno milleno cenleno, quo minus uno,
Hierusalem Franci capiunt virtute poti'iiti.
Robert assure que ceux qui liront son histoire, n'y trou-
veront ni faussetés , ni bagatelles , ni mensonge , mais la seule
vérité (-1 ). Cependant les choses merveilleuses qu'il raconte
en parlant des exploits de Godefroi de Bouillon , qui d'un
coup de sabre coupoit un homme en deux, ont fait porter
à Jean Griphian un jugement très-désavantageux de l'ou-
vrage de Robert. Non seulement il le regarde comme rem-
pli de fables, selon le témoignage de Decker, mais il prend
même encore occasion de soupçonner qu'il est l'auteur du
fameux roman connu sous le nom de Jean Turpin. Il faut
avouer qu'on trouve dans ce roman, ou dans cette préten-
due histoire de la vie de Charlemagne et de Roland, des
merveilles semblables à celles que Robert rapporte tou-
chant Godefroi dans son histoire de la première croisade.
Mais si c'est-là un juste motif de le croire auteur du roman
de Turpin, Jean Griphian pouvoit, par la même raison,
l'attribuer aux autres historiens de la croisade, puisque la
plupart, sans en excepter Guillaume de Tyr, rapportent
les mêmes merveilles. Quant au jugement que Griphian
porte de l'écrit de Robert, tant pour le fonds que pour le
style, il doit d'autant moins servir de régie, qu'il s'accorde
peu avec celui des autres écrivains. ' L'auteur de la hiérar- l. 4,c. 9.
chie terrestre compte Albert de saint Rémi, c'est-à-dire,
selon Vossius ' , Rupert ou Robert, parmi les plus illustres Hist.iat. 1.3, part,
historiographes de France. Yepez ' témoigne qu'il a tou- Vep" t. 4,rp. 195.
jours fait beaucoup de cas des dix livres de l'histoire de la
guerre sainte, composée par Robert moine de saint Rémi,
qui a rendu son nom assez recommandable entre les autres
historiens. Tri thème cité par Marlot ' , loue Robert pour son Metr. Rem. t. 2, p.
habileté' dans les saintes écritures, son esprit, son élo-
quence, et appelle son histoire historiam insignem. Orderic
Vital n'en parle pas moins avantageusement sur la fin de son
(11 Siant qui hœc legtrint, sivè qui audierint. qu'nd nihil frivoli, nihil men-
dacii, nihil nugarum, nisi qu'od verum est, enarrabunus.
III SIECLE.
528 ROBERT,
neuvième livre, où il dit que Robert n'a pas écrit avec moins
de vérité que d'élégance.
Outre ces témoignages en faveur de l'écrit de Robert,
il faut considérer qu'il a été témoin de la plupart des évé-
nemens qu'il rapporte depuis le commencement jusqu'à la
fin, ayant assisté au concile de Clermont en 4 095, et s'é-
tant trouvé au siège et à la prise de Jérusalem en 4 099.
L'histoire de Robert reçoit encore un nouveau degré d'au-
Mart. ampi. coll. torité par l'usage qu'un anonyme ' en a fait dans une histoire
de la croisade sous le nom du patriarche , des évèques et
ib. p. 5i2. de toute l'église de Jérusalem. D. Martenne ' , après avoir
pris la peine de ffrer une copie de l'histoire de cet ano-
nyme, sur un manuscrit de l'abbaye d'Hemmerode de l'or-
dre de Cîteaux, dans le diocèse de Trêve, s'étant aperçu
que ce n'est presqu'autre que l'ouvrage de Robert abbé
de saint Rémi, auquel il a ajouté quelques fragmens de
Foucher de Chartres , n'a pas jugé à propos de la donner
ib. p. 536. au public. Il a seulement promis ' de le faire, si les sça-
vans en étoient d'avis, et s'est contenté en attendant, de
publier la préface qui est en vers hexamètres, au nombre
de trente-quatre. L'auteur y donne le plan de son histoire,
qu'il commence à la prise de Nicée. 11 la finit à la troi-
sième année de Baudouin III roi de Jérusalem, par l'ordre
duquel il dit l'avoir écrite. La troisième année de ce prince
répond à l'an -H45 : ainsi notre anonyme a composé son
histoire vers ce temps. A la suite de la préface dont nous
venons de parler, D. Martenne a publié une relation abré-
gée de la guerre sainte , faite dans le goût des chroniques ,
qui commence en 4 097, et finit en -H 28. Nous indiquons
ici ces auteurs, pour n'être pas obligés d'y revenir: quoi-
que d'ailleurs nous n'ayons pas de preuves qu'ils "appar-
tiennent à la France. Mais de quelques pays qu'ils soient ,
il convenoit de dire un mot du premier qui s'est approprié
l'ouvrage de notre abbé.
L'histoire de la première croisade par Robert , est un des
premiers ouvrages que l'on ait mis sous la presse à Paris ,
depuis l'invention de l'art admirable de l'impression. C'est
ce que nous sommes portés à croire par la notice d'une
édition sans date, sans nom de lieu, ni d'imprimeur, qui
nous
ABBÉ DE SAINT REMI. 329
nous a été envoyée de Limoges. 4°. Le caractère de cette
édition , qui est en lettres quarrées, séparées et dans le
goût de la bible latine inpriméc à Venise en 1476, mais
encore plus ancien, fait juger qu'elle est antérieure à cette
année, et par conséquent peu après que l'imprimerie fut
en usage; à Paris. On sçait qu'UIric Gering, Martin Crantz,
et Michel Fribulge, les premiers imprimeurs de Paris,
vinrent s'y établir en 1470. Il est naturel de penser que
l'histoire de la croisade de Bobert étant glorieuse à la na-
tion Françoise qui eut plus de part que les autres à cette
expédition, les François furent les premiers à la publier.
2°. Une preuve certaine de l'ancienneté de cette édition,
est qu'on n'y trouve ni lettres capitales, ni chiffres, ni re-
clames, ni alphabeth; ce qui, selon Naudé, est la marque
d'une grande antiquité, surtout le manque de l'alphabeth,
autrement registre, puisqu'on le trouve établi dans les livres
imprimés en 1476 et 1477. Ainsi il paroît que l'édition
de l'histoire de Robert a précédé ces années. Nous remar-
querons encore ici avec le même Naudé , que les premiers
imprimeurs de Paris furent les plus négligens à mettre à
la tête de leurs ouvrages leurs noms et la date. Cette an-
cienne édition contient 126 feuillets d'impression non chif-
frés, et commence par une lettre de l'empereur de Cons-
tantinople, écrite quatre ans avant le voyage de Jérusalem,
adressée aux églises d'Occident ; mais spécialement à Bo-
bert comte de Flandres, qui avoit vu l'empereur dans un
voyage qu'il avoit fait auparavant en pèlerin dans la terre
sainte , pour visiter le saint sépulcre. Cette lettre est suivie
de la préface apologétique de l'historien , et d'un prologue
tels qu'on les voit dans l'édition de Bongars. A la fin de
l'histoire, on trouve une cour'c lettre du patriarche de Jé-
rusalem, des évèques tant Grecs que Latins, et de toute
l'église d'Occident. Si cette édition a l'avantage d'être la
plus ancienne, elle est aussi la plus remplie de fautes,
comme nous le voyons par les échantillons qui nous ont
été envoyés. C'est pourquoi nous ne pouvons croire que
ce soit l'une des trois éditions dont Bongars s'est servi, qu'il
dit être très-bonne et très-ancienne, mais sans nom de
lieu ni d'imprimeur. Ou peut-être l'a-t-il regardée comme
Tome X. T t
XII SIECLE.
XII SIECLE.
550 ROBERT,
très-bonne, parce qu'elle renferme lout l'ouvrage de Ro-
bert.
La plus ancienne édition, après celle dont nous venons
de parler, est lVdition faite à Bâle en 4555, par les soins
Gest. Dei per d'Henri Pierre. Bongars ' en porte un jugement des plus
desavantageux, lorsqu'il dit : Nos usi sumus alio depra-
vatissimo Basileensi Henrici Pétri.
Juste Beuber fit imprimer la même histoire, et l'inséra
p. 2\7 dans son recueil des historiens d'Allemagne, qui pa-
rut à Francfort l'an 1584, sous ce titre, Veterum scripto-
rum, qui Cœsarum et imperatorum Germanicorum res per
aliquot sœcula gestas litteris manddrunt. Enfin Bongars
ayant revu l'histoire de la croisade de Bobert, sur trois
manuscrits, et sur trois éditions précédentes, sçavoir une
très-ancienne et très-bonne, mais sans nom de lieu ni d'im-
primeur; une très-mauvaise faite à 'Bâle dn -1555, et une
beaucoup plus correcte, faite par Juste Beuber, il en a
doimé lui même une nouvelle qui tient le second rang dans
le recueil des historiens de la croisade, publié en deux vo-
lumes in-fol. Gesta Dei per Franeos, etc. Hanoviœ , typis
Wechelianis , apud hœredes Johannis Aubrii , ann. -161-1.
Depuis l'édition de Bongars, l'histoire de Robert a encore
été réimprimée en ^26 à Francfort, avec des notes de Gas-
pard Barthius, parmi les écrivains d'Allemagne de Juste
Beuber.
Ajoutons à toutes ces éditions de l'ouvrage de Bobert,
une traduction q:;i en a été faite en langue Italienne, et
imprimée à Florence : Historia di Roberto monacho délia
guerra fatta da principi christiani contra Saracini per Vac-
quisito di terra santa , tradotta per M. Francesco Baldelli,
à Florence, -1552, in 8°.
Nous sommes obligés de faire remarquer ici une mé-
prise dans laquelle sont tombés quelques écrivains, en con-
fondant Bobert, abbé du mont saint Michel, avec Bobert,
abbé de saint Bemi , et en attribuant au premier l'ouvrage
Gesn. p. 73o.|Du- du second. De ce nombre sont ' Gesner , Duchcsne, Pos-
chesne, t 4, p. 74. . _ , . , . ,,,„,,,, .
IPoss. t 2, p. 329, sevin. Ce dernier, après avoir attribue a 1 abbe du mont
344 et 345. sajnt ]\]jche| l'histoire de la croisade, divisée en huit livres,
imprimée à Bâle en -1555, sans penser qu'il tombe en con-
ABBE DE SAINT REMI. 531 xu siècle.
tradiction avec lui-même , restitue dans la page suivante la
même histoire à son véritable auteur, avec cette différence
qu'il partage l'histoire en dix livres.
2°. Possevin ' parle d'un Robert de Clcrmont, qui a, dit- Poss. ib. p. 341.
il, écrit sur le concile tenu dans cette ville contre les
Turcs, sous Urbain VI. Ce prétendu Robert de Clermont
n'est certainement autre que Robert abbé de saint Rémi ,
puisque le concile de Clermont dont il est ici question ,
s'est tenu , non sous Urbain VI , mais sous Urbain II , l'an
4095. Selon les apparences, l'ouvrage sur le concile de
Clermont est celui que Possevin ' attribue lui-même quel- ib.p. 345.
ques pages après , à Robert de saint Rémi. On ne peut pas
douter que notre auteur n'ait fait quclqu'écrit sur les con-
ciles, ou du moins sur le concile de Clermont, auquel il
avoit assisté; puisque plusieurs écrivains ' s'accordent à lui Yepez, t. 4, p. 195.
attribuer un livre sur les conciles : Robertus Remensis mo-
nachus , dit entr'autres Konigius', collegit acta conciliorum. p. 696.
M. Fleuri ' , après avoir rapporté sur l'autorité de Guillaume Hist. ecci. t. 13,
de Tyr , le discours que le pape fit dans ce concile, cite p' 1 '
Rémi moine de saint Rémi de Reims , qui étoit présent au
concile, comme ayant écrit l'histoire de ce concile. Il est
visible que ce célèbre, historien se trompe , et prend Rémi
pour Robert, qui y assista effectivement, et qui rapporte
dans son premier livre ce qui s'y passa. D'ailleurs on ne con-
noît aucun moine de l'abba\e de saint Rémi de Reims,
appelle Rémi, qui ait écrit sur ce sujet.
3°. Parmi les lettres de Lambert évêque d'Arras, impri-
mées par les soins de M. Baluze ' , on en trouve une que Mise. t. 5, p. 315,
Robert écrivit à ce prélat, pour se plaindre de sa déposi- Mab40^PP°stt-3-
tion dans le concile de Reims. Il y rapporte le jugement
rendu à Rome en sa faveur , pour faire voir qu'on l'avoit
injustement déposé, et prie Lambert d'intercéder pour lui
auprès de son archevêque qui le vexoit.
Tt ij
III SIECLE.
352
VITAL ABBE DE SAVIGNI,
VITAL,
Abbé de Savigni,
ET AUTRES ÉCRIVAINS,
Mab. ann. I. 68, n.
07.1 Marten. ampl.
coll. t. 6, praef. n.
60. | Fleur.hist.ee-
cles. t. 14, n. 18.1
Maar. ann. Cist. t.
1, p. 63. 64 IRob.
de mont. ap. op.
Gulb. p. 812.IOrd.
Vil. I. 8, ad an.
1094, p. 715. 1 Men.
1. 2, obs. in Mart.
Bened. p. 562, 563.
Voy. t. XI. Avert.
p. xixiij.
Le bienheureux Vital ' fils de Reinfroi et de Roharde ,
vint au morde vers le milieu du onzième siècle, dans
le village de Tierceville, prés de Mortain, d'où lui vint
le surnom de Vital de Mortain. Ses parens qui étoient très-
pieux , le firent élever avec beaucoup de soin dans la piété
et les lettres. 11 étoit dès-lors si grave, que ses compagnons
l'appelloient le petit abbé. Après ses humanités il quitta
ses parens pour chercher d'autres maîtres, et fit de grands
progrès dans les sciences. Puis étant retourné dans sa pa-
trie, il fut ordonné prêtre, et devint chapelain de Robert
comte de Mortain, qui lui donna une prébende de la col-
légiale de saint Evroul, qu'il venoit de fonder dans sa
ville. Mais bientôt l'amour de la solitude lui fit quitter son
bénéfice, et vendre son bien qu'il distribua aux pauvres,
pour aller chercher une retraite. 11 en trouva une dans les
rochers de Mortain, où il assembla quelques compagnons,
avec lesquels il alla peu après s'établir dans la forêt de Craon
en Anjou, et se joignit avec le célèbre Robert d'Arbrissel.
Ils y assemblèrent un grand nombre d'hermites; mais s'y
trouvant trop resserrés, ils passèrent dans la forêt de Fou-
gères, à l'entrée de la Bretagne. Raoul qui en étoit sei-
gneur, les y souffrit quelque temps; mais comme ce sei-
gneur aimoit passionnément la chasse, il craignit que ces
solitaires ne dégradassent sa forêt, et aima mieux leur aban-
donner celle de Savigni , près d'Avranche. Ce fut là que
Vital se fixa, et qu'il jetta les fondemens du monastère de
Savigni, l'an 4105, selon 1). Mabillon; ce qui doit s'en-
tendre du commencement de ce monastère qui ne fut achevé
que sept ans après , c'est-à-dire l'an \W2. La charte de fon-
dation est datée de cette année ; mais comme le remarque
ET AUTRES ECRIVAINS. 333 m siècle.
D. Mabillon ', elle suppose une donation antérieure qu'elle Ann. 1. 72, n. 43.
confirme. Vital gouverna dix ans cette nouvelle abbaye,
et prescrivit aux religieux qu'il avoit rassemblés, de nou-
velles constitutions semblables en quelque chose à celles de
Cîteaux , in aliquibus Cisterciensibus similes . Orderic Vi- chron.saMin. Bai.
tal les appelle modernas institutiones Neophytorum, ce que iMa'rt.'amph cou!
le P. Martenne entend des constitutions des religieux de cu?ii PNeubrn'H6erl
Citeaux , qu'Orderic a coutume de désigner par le nom Angi. 1. i,c. 15. i
a m' u . n ap. 1 •» a 41 i Neustr.pia,p.676,
de Néophytes. Comme Vital avoit un grand talent pour etseqq.
la parole, et un zèle admirable, il prêchoit souvent, et
avec une grande liberté, reprenant les vices sans ménager
personne. La vie pénitente et austère qu'il menoit, don-
noit un nouveau poids à ses prédications; et il s'attira éga-
lement l'estime et la vénération des peuples, des princes,
des rois , des prélats et des papes. On voit quel cas Ca-
lixte II faisoit de cet homme apostolique ', par une lettre Mart. ampi. cou.
qu'il écrivit en sa faveur aux évêques d'Avranches et du
Mans, au comte de Mortain et aux seigneurs de Fougères
et de Mayenne. Ce même pontife ayant entendu Vital prê-
cher dans le con. ile qu'il tint à Reims l'an 4 -M 9, avec cette
force et cette liberté qui lui étoient propres, il déclara que
personne jusques-là ne lui avoit si bien représenté les obli-
gations des papes. Le zèle de Vital ' ne se renferma pas dans M»b- ann.i. 70, n.
la France, il passa en Angleterre l'an -H 20, et y prêcha
avec un succès étonnant; quoique ses prédications fussent
en langue romance, ou en françois du temps, ceux mêmes
qui ne l'entendoient pas en étoient touchés. Vital , après
avoir passé presque toute sa vie dans la pénitence et les
travaux apostoliques, tomba malade l'an \ -122 dans le
prieuré de Dampierre, que Henri I roi d'Angleterre lui
avoit donné trois ans auparavant, et y termina sa vie par
une mort aussi sainte que l'avoit été sa vie. ' Il conserva l'a- Manr. ib. Mart.
mour de la régularité, et la pratiqua jusqu'au dernier sou-
pir. Orderic Vital rapporte qu'après avoir reçu les sacre-
mens, il se trouva le premier à l'église pour chanter ma-
tines, et expira dans ce saint exercice le 46, ou selon Pagi, ' Pagi, ab an. un,
le 24 septembre. Il se fit plusieurs miracles pendant trois
jours que son corps demeura exposé à la vénération du peu-
ple. Les religieux donnèrent aussitôt avi» de sa mort aux
plus célèbres églises de France et d'Angleterre, dont ils
XH SIECLE.
334 VITAL ABBÉ DE SAVIGNI.
reçurent des réponses pleines d'éloges du saint abbé, que
l'on conserve dans l'abbaye de Savigny. Sa vie fut écrite
non par Etienne prieur de saint Florent, près de Saumur,
et ensuite évêque de Rennes, mais par Etienne de Fou-
Manr. adan. 1179, gères ' successeur du premier dans l'évêehé de Rennes. Voici
son épitaphe faite par un anonyme, eti donnée au public
Balaz.Hiscei. t. 4. par M. Baluze '.
p. 556. r
EPITAPHE.
Vitalis vita puer et vir vixit honesta :
Canonicus primo, post heremita bonus.
Cœnobium Savigneii construxit, et abbas
PTimus iu boc sanctè vixil et ulililer.
Jejunans, vi„'ilans, crans, sic membra subegit
Quod caro spiiilui subdita jure fuit.
Vox cl imantis erat spargendo semina verbi,
Verus praeco Dei sedulus atque lubens.
Ipse die postquam decessit nocte secundà,
Obtulerat Domino sacra sacer sacrifex.
Psallebant Domino fratres, psallebat et ipse.
Psallens ascendit psallere dulcè Deo.
Hospilium carnis cœli novus incola liquit,
Cùm sol egreditur virginis bospitium.
Quelque célèbre qu'ait été Vital par ses prédications,
il ne nous en est rien resté, Nous n'avons pas même les sta-
tuts qu'il dressa pour ses religieux, à moins qu'on ne les
conserve manuscrits dans l'abbaye de Savigni. Cette ab-
baye, ainsi que tous les autres monastères qui en dépen-
doient , furent réunis à l'ordre de Citeaux par l'abbé Serlon.
LE nom de Reginald , moine de saint Augustin de
Canlorberi, qui est purement François, et la liaison de ce
religieux avec Hildebert évêque du Mans, donnent lieu
de croire qu'il étoit François, et peut-être même Manceau :
car il y avoit alors plusieurs Manceaux en Angleterre, tels
que Geofroi XVI et Robert XVIII , abbé de saint Alban ;
comme on peut le voir dans l'histoire des abbés de ce cé-
p. 35 et 42, edit. lébre monastère, par Matthieu Paris '.
An». i. 3, ep. 2%. ' Saint Anselme ' écrivant à Boson religieux du Bec, le
ET AUTRES ECRIVAINS. 555 m siècle.
prie de saluer de sa part son très-cher fils Rainald frère du
même Boson : Saluta dulcissimum filium meum , fratrem
tuum Rainaldum. Ce Rainald moine du Bec, ne seroit-il
pas le même que Reginald moine de Cantorberi , que saint
Anselme y auroit attiré depuis dans ce monastère, comme
il y attira Boson lui-même '. On sçait d'ailleurs que Rai- ^^ a™- *• 5> '•
naldus et Reg maldus sont le même nom, et désignent ordi-
nairement une seule et même personne. Néanmoins Pit-
sée ' compte Reginald parmi les illustres écrivains d'Angle- ^p,1"1181, AngL
terre, et dit qu'il étoit Anglois de nation, de Tordre de
saint Benoît, moine de Cantorberi. Le même auteur' nous Ibid-
représente Reginald comme un sçavant qui possédoit par-
faitement la langue Latine, et la parloit avec beaucoup
d'élégance. Il fit une étude particulière des meilleurs au-
teurs, et devint également célèbre dans la Rélhorique
et la poésie : Evasitque rhetor et poëta inter suos insignis.
Reginald ' s'appliqua aussi à l'étude de la langue Grecque , f'ts. ib.
et s'y rendit assez habile pour traduire en vers latins l'his-
toire Grecque d'un certain moine nommé Malchus. La
prétendue histoire Grecque du moine Malchus que Pitsée
dit avoir été traduite en latin par Reginald, n'est autre que
la vie latine du moine Malchus, écrite par saint Jérôme,
qui aura été mise en vers par Reginald. Il envoya cette
pièce de poésie à Hildebert ' alors évèque du Mans, puis Hild. op.1. 3, ep.
de Tours , qui l'en remercia par une lettre très-obligeante.
Mais quoique le prélat comble d'éloges l'ouvrage et l'au-
teur, ce qu'il en dit n'en donne pas une idée fort avanta-
geuse. Reginald fit encore d'autres ouvrages sur différens
sujets, ejusdem versus rythmici multi'plich argumenti,
dont quelques-uns sont adressés à saint Anselme , qui étoit
pour lors en exil. Cela peut servir à fixer le temps où notre
poëte florissoit, c'est-à-dire au commencement du douzième
siècle, puisque saint Anselme fut rappelle en Angleterre
l'an -H 06. Un ne peut placer sa mort avant l'an -H 22, s'il
est vrai , comme le marque l'éditeur des ouvrages d'Hil-
debert, que la lettre de ce prélat à Reginald, a été écrite
vers l'an W22.
Robert , ' premier du nom , religieux de Cluni , prieur ™- f£[- n0T- l-
de saint Sauve de Valencienne, également recommanda-
III SIECLE.
556 RAOUL,
ble par sa piété et ses lumières, a écrit quelques ouvrages
que l'on conserve manuscrits dans le monastère de saint
Sauve. Il y a aussi quelques chartes de sa façon. Pans le
Gallia christiana on a ajouté le mot sacra a celui à'instru-
Mab. an. t. i, p. menta, seul employé par D. Mabillon '; ce qui peut signi-
Ma'b. ' it>.' fier des vases sacrés, des reliquaires. Robert ' est mort
??53.ChI" '■ 4' p- au plus tard dans le commencement de l'an W22, puisque
Richard son successeur fut placé par Ponce abbé de Cluni,
qui abdiqua au mois d'avril de cette année (I).
RAOUL,
Archevesque de Cantorberi,
Si.
HISTOIRE DE SA VIE.
Mab. ann. i 67. n. -p aoul , issu d'une illustre famille de Normandie,
-LXprit l'habit monastique dans l'abbaye de saint Martin
de Seès Pan ^79. Dix ans après Robert qui en étoit abbé,
étant mort, Raoul fut choisi ponr lui succéder. Inquiété
par Robert de Relesme, il passa en Angleterre pour se met-
tre à couvert des vexations de ce seigneur, et fut bien
ib. i. 7i, n. 59. reçu du roi Henri. ' Son mérite fut bientôt connu en Angle-
terre , et le siège de Rochester ayant vaqué par la mort de
Gondulphe, Raoul fut regardé par saint Anselme comme
le plus capable de remplir cette place, et reçut l'ordi-
nation des mains de ce saint prélat. Six ans après il fut
transféré de Rochester sur le premier siège d'Angleterre.
Cette élection se fit le 26 avril 4 44 4, dans une assem-
blée de prélats et de seigneurs, terne à Ouindsor, pour
donner un pasteur à l'église de Cantorberi, qui en étoit
Mab ann. 1. 72. n. privée depuis la mort de saint Anselme.' Après quelques
69. I Kadm. hist. r . . ,. . , <• » -,
nov. i. 5. contestations occasionnées par les eveques, qui auroicnt
souhaité que l'archevêque fût choisi dans le clergé, quoique
depuis saint Augustin l'apôtre d'Angleterre, tous les pré-
lats
76
ARCHEVESQUE DE CANTORBERI. 337 xn SIiCI.E.
lato de cette église, à l'exception d'un seul, eussent été tirés
de l'ordre monastique, tous les suffragans se réunirent en
faveur de l'évêque de Rochester. Le roi qui d'abord étoit
porté pour l'abbé Farice, agréa l'élection, et elle fut gé-
néralement applaudie, c Si vous examinez la naissance, di-
» soient ceux qui l'élurent, selon le rapport de Guillaume
» de Malmesbury ( \ ) , il tire son origine d'une illustre fa-
» mille de Normans. ... Si vous demandez la science ,
> il a épuisé Athènes; si vous cherchez l'éloquence, la pa-
» rôle coule de sa bouche comme le miel. A cette éloquence
» est jointe une exactitude et une délicatesse dans le dis—
» cours, qui caractérisent les habitans du Maine. » On voit
par ce témoignage qui fait honneur à Raoul et à sa patrie ,
que quoiqu'il fût Normand d'origine , il étoit né au Mans
ou dans le pays du Maine ; et que les Manceaux passoient
alors pour gens qui parloient le mieux et le plus correcte-
ment la langue Françoise. Car c'est de cette langue dont
il est ici question.
Raoul', après son élection, se rendit le \ 7 juin à Cantor- radm iti5.iM.ib.
a mi t & I 79 u
beri, où il fut reçu avec grande joie par le clergé , le peuple , io>.
et par les évêques qui s'y étoient assemblés. On envoya dej
députés à Rome , pour demander le pallium au pape , qui
d'abord ne donna aucune réponse favorable, piqué de ce que
le nouvel archevêque n'étoit point venu en personne le de-
mander, et de ce qu'il avoit été transféré, sans sa participa-
tion , de l'église de Rochester à celle de Cantorberi. Mais
Anselme neveu du saint archevêque, prédécesseur de Raoul ,
obtint de Pascal II, auprès duquel il avoit beaucoup de cré-
dit, ce que les députés n'avoient pu obtenir, et fut chargé de
porter lui-même le pallium au prélat , qui le reçut le 27 juin
LH5. Edmere , ' qui rapporte tous ces faits dans un grand ib.
détail , nous a conservé les lettres de part et d'autre à
ce sujet.
La conduite de Raoul justifia pleinement la bonne opinion
qu'on avoit conçue de lui, dit Guillaume de Malmesburi ,
(1) Si gtnus explores, speclabili Normannnrum prosapia oriundus. . . si scien-
tiam littermrum rimeris, totasexhausit Athtnai ti tloquentiam exigns, mellto
quodam (ap?u ex ejus ore fluit oralio; ru; nccedii geniali» iuH, id est Cenormi-
nici, accur.itui et quasidepexus sermo. Guill. M, Imesb not. Fr Juret in ep.25U.
h unis carnol. p. -loi.
Tome X. V v
2 4
XII SIECLE.
558 RAOUL,
qui d'ailleurs est peu favorable aux François , comme le re-
ib- marque D. Mabillon. ' Il remplit dignement le siège de Can-
torberi, et en soutint vivement les droits, surtout contre
Turstan ou Turstin , archevêque d'Iorck , qui , pendant tout
le temps de l'épiscopat de Raoul, aima mieux renoncer à son
élection, que de lui rendre l'obéissance qu'il exigeoit. Après
avoir gouverné l'église de Cantorberi pendant huit ans et
six mois, Raoul mourut le 20 octobre 4422, selon Ed-
Eadm. hist. nov. mer', dont le sentiment doit être préféré à celui d'Orderic
Vital qui place la mort de ce prélat en 4425. Personne n'eut
plus de religion que Raoul, religione impar nulli, selon le
Guiii. Maimesb. témoignage d'un auteur ' le moins suspect. Il étoit très-ha-
74,"n. 25.' ann' ' bile dans les lettres, affable, généreux, n'employant son
bien qu'à en faire aux autres. Le seul défaut qu'on put lui
reprocher , étoit d'être enclin au ris et à la plaisanterie ,
plus qu'il ne convenoit à son rang et à sa dignité : mais tout
ce qu'il faisoit venoit d'un excellent fond, et on ne pou-
voit, sans blesser la religion, former contre lui le moindre
soupçon désavantageux (4). Edmere ne parle pas avec
moins d'éloges de Raoul dans son historia novorum , dont
les deux derniers livres, c'est-à-dire le cinquième et le
sixième ne contiennent presque que l'histoire de son épis-
Ep. 252. copat. Ives de Chartres' appelle Raoul Virum religiosum
et honestum scientid et moribus elarum , dans une lettre
qu'il écrivit en sa faveur au pape Pascal, pour l'engager à
confirmer son élection, et à lui envoyer le pallium. A ces
témoignages rendus par des auteurs contemporains et non
suspects , nous pourrions ajouter les éloges que font de
nnir. i. io, ei 12. | Raoul plusieurs écrivains ' postérieurs , comme Artus du
Neiist. pia, p. 579. m .- j iv- « • ■ i
Moutier dans sa jNeustrie pieuse , etc.
(1) Periliâ lilterarum magnifiée pollens, affabibtale cerlè facile omnium pri-
nuis ; qui /oi tuni'rum ampliludine nihil plus acquisierit. nisi ut plus hei-efucere
possft quitus Vellet. ■ ■ ( CBlerÙnl nultxus delicti suspinnne Vil levinotabilis nisi
quml ad risnseljocos inclmalior erut. quàm vel diguitatis, vel grudus interesse
videretur. Sed tiuwcuniqite faciebal bono uiique anima vir ille faciebat ; de quo
quidquam sinislrum suspicari, contra relinionem estnili.
XII SIECLE.
ARCHEVESQUE DE CANTORRERI. 339
§ II.
SES ÉCRITS.
\°. tvjous ne connoissons d'autres écrits de Raoul, que
-L* quelques lettres dont la plus considérable et la plus
intéressante est celle qu'il écrivit au pape Cnlixte, pour
se plaindre de l'injure faite à sa personne et à l'église de
Cantorberi ', dans l'ordination de l'archevêque, et la cause Bibi. coït. p. 46,
de l'église d'Yorck : Epistola Radulphi archiepiscopi Can- n' ,ep'
tuariensis ad Calixtum papam missa, querentis de injuria
sibi et ecclesiœ Cantuaviensi Mata in consecratione archiepis-
copi et causis ecclesiœ Eboracensis. Le sujet des plaintes de
l'archevêque de Cantorberi étoit que Turstin archevêque
d'Yorck, qui avoit refusé de recevoir l'ordination de ses
mains, conformément aux droits et privilèges de l'église
primatiale de Cantorberi, ' étant allé trouver le pape Ca- Eadm. tnst. nov. i.
lixte à Reims, où il avoit assemblé un concile, il s'étoit '
fait ordonner par le pape même, ayant mis les Romains dans
ses intérêts, en employant le moyen efficace par lequel
on réussit à gagner leurs suffrages dans toutes sortes d'af-
faires; quo in quœque negotia pertrahi soient, largitatis offi-
cio. Ce n'^est pas ici le lieu de faire l'histoire de cette af-
faire, quoiqu'elle ait occupé Raoul tout le reste de son
épiscopat; nous remarquerons seulement que l'archevêque
de Cantorberi avoit d'autant plus sujet de se plaindre de
l'ordination de Turstin , que le pape avoit été informé de
son différend avec l'archevêque d'Yorck, ' par un envoyé ibid.
du roi d'Angleterre même, qui avoit chargé surtout cet
envoyé de recommander au pape de ne point ordonner,
et de ne point permettre que Turstin fût ordonné par au-
cun autre prélat que par l'archevêque de Cantorberi.
Turstin lui-même n'avoit obtenu du roi la permission d'al-
ler au concile indiqué à Reims l'an -H 4 9, par Calixte II,
que sur la promesse solemnelle qu'il fit de ne rien faire au-
près du pape qui pût donner atteinte aux privilèges de
l'église de Cantorberi, et de n'y point recevoir l'ordina-
tion. Mais lorsqu'il fut arrivé à Reims, où Raoul ne put
se rendre tant pour cause d'infirmité, que pour d'autres
V v ij
XJI SIECLE.
540 RAOUL,
raisons, il oublia ses promesses, et se fit ordonner.
ib. p. 93, coi. 2. 2°. Raoul ' au retour d'un voyage de Rome, s'arrêta en
Normandie , d'où il écrivit une lettre à ses très-chers frères,
et fils, au prieur et aux autres serviteurs de Dieu, qui
eomposoienf le clergé de l'église de Cantorberi. 11 leur té-
moigne un grand désir de les revoir après une si longue ab-
sence, et fait l'éloge d'Edmere qui fut le porteur de cette
lettre.
ib. p. 07, coi. î. 3°. Raoul ' étant revenu en Angleterre, Alexandre I,
roi d'Ecosse, lui écrivit une lettre par laquelle il le prioit
de lui envoyer un religieux nommé Edmer, pour le mettre
sur le siège de l'église de saint André , qui vaquoit depuis
longtems. L'archevêque de Cantorberi reçut avec joie
ib. coi. 2. cette proposition, et écrivit à Henri roi d'Angleterre', pour
lui demander son agrément; l'ayant obtenu, il envoya Ed-
mer en Ecosse , et le chargea d'une lettre pour Alexandre ,
dans laquelle il témoigne ' que quoique ce soit lui arracher
l'œil ou la main droite, que de lui enlever Edmer, il con-
sent néanmoins à ses justes désirs, pour ne pas résister à la
ib p. 98, coi. î. volonté de Dieu. ' Les belles qualités d'Edmer, et l'em-
pressement avec lequel le roi d'Ecosse l'avoit demandé,
donnoient lieu de croire que cette affaire auroit un heu-
ib. p. 99, coi. 2, reux succès. ' Le contraire arriva néanmoins ; et Edmer
fnt obligé de revenir à Cantorberi ; ce qui engagea Raoul
à écrire au roi d'Ecosse deux lettres sur ce sujet. Ce sont-là
toutes les lettres que nous ayons de Raoul.
Ap. cent. Magd. Bala?us ' lui attribue quelques homélies. Nous avons en
quelque sorte obligation à Raoul de la vie de saint An-
Angi. sac. t. 2. selme écrite par Edmer', puisque ce fut par son ordre qu'il
Mab. ann. 1.74, n. l'écrivit '. Nous ne devons pas oublier que du temps de
Raoul, les lettres étoient florissantes dans le monastère de
Christ, qui étoit la cathédrale de Cantorberi : les beaux
manuscrits de ce temps en sont la preuve. Parmi ces ma-
nuscrits il y en a un remarquable en lettres d'or et d'argent,
littcris aureis atque argenteis, ac passim miniatis, écrit par
un sçavant moine de Christ nommé Eduin. Ce qui est con-
tenu dans ce manuscrit, et l'ordre qui y est gardé, déno-
ib. tent, au jugement de D. Mabillon ', non seulement un
habile écrivain, mais encore un homme versé dans l'écri-
ture sainte. On y voit surtout un psautier en trois colonnes,
ARCHEVESQUE DE CANTORBERI. 541 xn sb.xb.
avec des préfaces, des commentaires et des prières jointes
à chaque psaume. Dans la première colonne est placé ce
qu'on appelle le pseautier Gallican; dans la seconde, le Ro-
main, avec la version interlinaire Normande- Saxone ; dans
la troisième, l'Hébraïque avec la version Normande-Fran-
çoise, ' Hiquès a donné des échantillons de tous ces psau- Hiq. t. s, p. les.
tiers dans son trésor des langnes septentrionales.
SERLON,
EVESQCE DE SEEZ.
Serlon ' sorti de l'ancienne et noble maison d'Orger, Monast. oaii. m«s.
fit d'abord profession de la régie de saint Benoît dans
le monastère de saint Evroul, dont il fut ensuite abbé l'es-
pace de deux ans. Il se trouva l'an -1 091 au concile que Guil-
laume archevêque de Rouen assembla pour donner un
successeur à Girard évêque de Seez, mort au commen-
cement de cette année , ' et y fut choisi malgré lui , pour or<i. vit. i. 8. p.
remplir ce siège, de lavis de tous les eveques, par Guil- es, n. t.
laume qui le sacra le 22 de juin. Il gouverna cette église
l'espace de trente- deux ans, et eut beaucoup à souffrir
de la part de Robert de Belesme, dont les mauvais trai-
temens l'obligèrent de passer en Angleterre. On assure
qu'il avertit Guillaume le Roux la veille de sa mort, du
funeste accident qui lui arriva , lorsque poursuivant un cerf,
qu'il avoit blessé, un chevalier nommé Tirrel lui perça le
cœur d'une flèche , en tirant sur ce même cerf. Serlon
fut considéré du roi Henri I successeur de Guillaume, et
trouva en lui un protecteur contre les violences de Ro-
bert de Belesme. ' L'an 4105 étant à la suite de ce prince, ib.1.70, n. io«.
comme il alloit célébrer les saints mystères le jour de VI- sis. '
ques à Carentan, il s'apperçut que l'église étoit toute rem-
plie des meubles des paysans qui les y avoient apportés,
pour les mettre à couvert du pillage de Robert et de ses
adhérans : il fit un discours sur ce sujet en présence du roi.
Il parla en même-temps avec tant de force contre ceux qui
laissoient croître leurs barbes et leurs chevçus ', que ce
2 4 *
u. siècle. 342 SERLON,
prince et tous les gens de sa suite consentirent qu'il les
pom.p.295,n.io. dépouillât de ces vains ornemens. ' Le P. Pommeraye nous
a conservé un précis de ce discours dans son histoire des ar-
ord. 1. 11, p. sis. chevêques de Rouen. ' Orderic Vital qui fait aussi mention
de ce sermon prêché devant le Roi Henri, pour l'engager à
remédier aux maux dont l'église de Normandie étoit alors
ib. 1.22. affligée, comble Serlon des plus grands éloges, ' et le
représente comme l'homme le plus éloquent que la Nor-
Guiii. Gem. i. 7, mandie eût produit. Guillaume de Jumieges en parle
Hisyiorm. c 32, ^g ies mêmes termes. Hildebert le loue dans une de
HUd.j. 2, ep.7, p. ses lettres', de la fermeté avec laquelle il avoit défendu le.
68 • droit d'azyle que l'église accorde à ceux qui s'y réfugient.
Dans une autre lettre le même prélat s'excuse d'avoir dif-
féré de lui envoyer un petit présent, et témoigne faire beau-
ib. 1. i, ep. 3, p. coup de cas de son amitié : ' il lui demande le secours de
17a- ses prières, dont il a besoin, étant sur le point de partir,
pour se rendre à un concile que Calixte avoit indiqué à
Rome. D. Reaugendre croit cette lettre écrite en -H 02;
ce qui ne peut être., puisque le pape Calixte ne monta sur
le siège de saint Pierre que l'an -H19. D'ailleurs le con-
cile, auquel Hildebert étoit invité, est selon D. Reaugen-
dre, le concile de Latran , qui ne se tint que l'an -H 23,
C'est-là tout ce que nous pouvons dire de Serlon. Ce vé-
ord. i. 12, p. 877. nérable prélat', après avoir célébré nos saints mystères
j^Mab. ann. i. 74, dang ga cathédrale le 26 octobre de l'an W22, ayant assem-
blé ses chanoines, leur dit qu'd sentoit que sa fin étoit
arrivée; qu'il les recommandoit à Dieu, et se recom-
manda lui-même à leurs prières : puis il alla accompagné
de son clergé, à la chapelle de la Vierge; marqua le lieu
de sa sépulture, fit sa prière, et jetta de l'eau bénite. Après
quoi on creusa la terre, et l'on prépara toutes choses,
comme s'il eût été mort. Le lendemain il se rendit à l'é-
glise, suivant son zèle plus qu'il ne consultait ses forces,
il vouloit encore célébrer la messe, mais il ne le put. L'of-
fice fini, il invita ses chanoines à manger, pour disposer
en leur présence de ce qui lui restoit en faveur de l'église.
A l'heure de none, il se mit à table; mais ne pensant qu'aux
choses du ciel. Après le repas on annonça l'arrivée de
deux cardinaux légats du saint siège; le vénérable prélat
donna ordre qu'on les reçût avec tous les égards et le res-
M,'
EVESQUE DE SEEZ. 545 XIISieclb.
pect dûs au père commun des fidèles. Tandis qu'on étoit
occupé à les recevoir, le saint prélat s'étant assis sur son
siège comme pour reposer, expira tranquillement le 27 oc-
tobre -H22, après trente-deux ans et quelques mois d'é-
piscopat.
MARBODE,
Evesque de Rennes.
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
arbode étoit né, non en Angleterre dans le pays
de Galles, comme le prétend Pitsée ', qui l'appelle pus. ab ann. 1150,
Cambro-Britannus , mais à Angers, ou dans l'Anjou : Natus
erat , quorum decus extitit, Andegavorutn. Sa famille étoit
une des plus considérables de la province, comme l'assure
Ulger; on veut même que ce soit l'ancienne famille des
Marbœufs, qui subsiste encore aujourd'bui en Bretagne (-1).
Si cela est, il faut qu'elle ait changé de nom; puisque le
père de notre auteur s'appelloit Robert Pelletier, comme
on le voit par plusieurs titres de l'abbaye de saint Aubin '. His; do uret. i. 4,
Marbode fut instruit des lettres et des autres sciences dans 259,267. ' '
sa patrie , et y exerça lui-même dans la suite avec distinc-
tion l'office de maître d'éloquence ; ce qui ne dérogeoit en
rien, comme le remarque le dernier éditeur de ses œuvres,
à l'éclat de sa naissance.
Après avoir été professeur d'éloquence, il fut chargé par
l'évêque Eusebe Brunon , de la direction des écoles de
l'église d'Angers ', emploi qu'il remplit pendant quatorze Hist. univ. d'Angi.
ans, c'est-à-dire depuis 4067 jusqu'en ^0S\ , avec tant de p'
3uccès, que l'école d'Angers fut de son temps l'une des plus
(X) Le lecteur curieux peut voir sur ce sujet les notes de M. Loyauté sur les
actes des évêques du Mans, et les remarques de l'éditeur des œuvres d'Hildeberl,
page 59.
III SIECLE.
544 MARBODE,
florissantes de la France. Il semble même que Marbode a
eu la gloire d'être le fondateur de l'université de cette
ville. C'est ce qu'Ulger a donné lieu de croire à M. Du-
cange , en parlant ainsi de lui : Transtulit hùc studium, trans-
Bourdigné, chron. tulit ingeniùm. Aussi les historiographes d'Anjou ' ne man-
quent-ils pas de faire honneur à Marbode d'avoir donné le
commencement aux écoles publiques d'Angers. Il étoit assu-
rément bien capable de les conduire, s'il étoit, comme
le dit Ulger, l'homme le plus éloquent qu'il y eût dans l'u-
nivers, au dessus même de Ciccron, de Virgile et d'Ho-
mère : Cessit ei Cicero , cessit Maro , junctus Homero. L'au-
teur de l'histoire manuscrite de l'université d'Angers croit,
qu'un tel éloge paroîtroit tenir de la flatterie, si divers au-
teurs du temps de Marbode ne concouroient avec Ulger ,
pour nous le donner comme un des plus habiles hommes
de son siècle. A la bonne heure qu'on nous donne Mar-
bode comme un des plus habiles hommes du douzième
siècle; mais malgré le concours de diflérens auteurs en sa
faveur , on ne nous persuadera jamais qu'il l'a emporté
sur Ciceron , Virgile et Homère. On compte parmi les
élevés de Marbode, Samson évêque de Winchestre ; Rai-
naud de Martigné-Briand élu évêque d'Angers en \\(S\ ,
puis archevêque de Reims ; Geoffroi Martel , second du
nom, comte d'Anjou, etc.
Hist. And. mss. t. M. Menard ' prétend qu'outre les arts libéraux, Mar-
vu. Maiii'. Mena- bode enseigna aussi le droit Romain; que les titres de Fu-
ge, p. si, 57. Diversité d'Angers démontrent qu'il alla à Rome , pour
y solliciter des privilèges en faveur des écoles de cette
ville ; qu'il en rapporta une bulle du pape , qui lui per-
mettoit d'enseigner le droit civil et le droit canon. M. Me-
nard témoigne avoir lu dans quelques écrits de Papyre Mas-
son, que cet auteur avoit vu la bulle, qui, dit le même
Menard, est dans les archives de l'université d'Angers. Néan-
moins quelque recherche qu'on y ait faite , il n'a pas été
possible de la découvrir : ainsi jusqu'à ce qu'on ait produit
ce titre fondamental de l'établissement de l'université d'An-
gers, l'opinion de M. Menard pourra essuyer des contra-
dictions. D'ailleurs est-il croyable qu'on ait commencé à
donner des degrés dans les écoles d'Angers plus de cin-
quante ans avant que cette coutume se soit introduite dans
les
EVESQUE DE RENNES. 545 x„ SIECLE.
les écoles de Paris. On sçait que l'opinion la plus probable
sur l'origine des dégrès dans l'université de Paris, est qu'ils
n'y eurent lieu que vers l'an 'M 50.
A la dignité de scholastique, Marbode joignit celle de
grand arcbidiacre d'Angers; car il paroît par une transac-
tion faite entre les cbanoincs de saint Jean-Baptiste et Eudes
seigneur de Blaison en Anjou, qu'il étoit revêtu de ces deux
dignités, puisqu'on lui donne le double titre de scholastique
et de grand archidiacre. Le nom de Marbode se trouve
dans une multitude d'actes de différens chartriers du dio-
cèse d'Angers, en sorte qu'on peut dire qu'il ne se tenoit
pour lors aucune assemblée considérable, soit dans la ville,
soit dans le diocèse, qu'il n'y fût appelle. C'est la marque
de la haute estime qu'on avoit de son mérite.
L'an 4 095, selon l'ancien calcul, ou l'an 4 096, selon
le nouveau, Marbode fut élu évoque de Rennes. Il n'éloit
point encore sacré au mois de Mars de celte année,
comme on le voit par une charte donnée en faveur de
l'abbaye de Cormery par Urbain II, qui tenoit alors un
concile à Tours. Marbode ', qui étoit à la suite du pape, a spic. t. 6, p. a.
signé cette charte comme évêque de Rennes élu : Mar-
bodi Rhedonensis electi. Ce qui fait voir qu'il n'avoit point
encore reçu l'ordination. Bien loin d'avoir recherché cette
dignité, il ne l'accepta que malgré lui, selon le témoi-
gnage d'Ulger , et parce qu'il y fut forcé : Hic pi'œsul fac-
tus, nolens licèt atque coactus. Ne regardant l'épiscopat que
comme un état de perfection , qui l'obligeoit à une plus
grande vertu, il employa plus de temps à la prière et à
toutes sortes de bonnes œuvres : ses veilles furent plus lon-
gues, ses jeûnes plus rigoureux, ses aumônes plus abon-
dantes. Il y avoit déjà cinq ans qu'il gouvernoit son dio-
cèse avec beaucoup de sagesse, lorsque le siège d'Angers
étant venu à vaquer par la démission de l'évêque Geofroi,
qui se retira à Cluni , il y eut pour le remplir , une grande
contestation , qui donna occasion à Marbode de faire pa-
raître le crédit que lui avoient acquis sa science, sa vertu et
ses autres qualités. Rainaud de Martigné avoit été élu, mais
Etienne doyen de la cathédrale, et la plus saine partie du
clergé réclamoient contre l'élection , comme étant contraire
aux canons; plusieurs grands personnages, tels que Hilde-
Tome X. X x
XII SIECLE.
546 MARBODE,
HiM. ep. 4, 5, e, 1. bcrt évêque du Mans ', Geofroi abbé de Vendôme, et
plusieurs autres y étoient opposés. Rainaud de Martigné
qui sçavoit l'autorité que Marbode avoit dans la province
et principalement dans le chapitre de l'église d'Angers,
eut recours à lui , et le pria de venir. Marbode y con-
sentit, et soit qu'il ne jugeât pas que l'élection de Rai-
naud fût «régulière, soit qu'il crût que Rainaud, qui à la
vérité étoit un jeune homme, mais qui avoit de la nais-
sance et des talens, seroit capible de remplir cette place,
il entreprit de maintenir l'élection , et d'aller même à Rome
pour ce sujet. Comme il étoit en chemin, le doyen sça-
chant son dessein, le fit arrêter et mettre en prison. Mar-
bode en étant sorti peu après , alla à Tours trouver l'ar-
chevêque Radulphe qui vouloit porter cette affaire à Rome,
non pour y être examinée , mais pour faire casser l'élection :
rem judicio papœ non tàm decidendam , quàm rescindendam ,
reservare decreverat; et il agit si puissamment par ses prières
et ses larmes, que non seulement il détourna Radulphe de
son dessein, mais qu'il l'engagea même à confirmer l'élec-
tion qu'il vouloit faire casser, et à consacrer Rainaud. En-
fin pour mettre la dernière main à cette affaire, il reprit le
chemin de Rome, et obtint du pape Pascal H la confirma-
tion de l'élection de Rainaud. Alors ceux qui lui avoient
été opposés, se réunirent et le reconnurent pour leur lé-
gitime évêque. Mais ce qui doit paroître bien extraordi-
naire, c'est que Marbode qui s'étoit donné tant de peine,
pour réunir les esprits, et qui avoit eu un succès si heu-
reux, ne fut pas plutôt revenu de Rome, qu'il tomba, sans
qu'on en puisse dire la raison , dans la disgrâce du nouveau
prélat, qui l'obligea de sortir incontinent de la ville d'An-
. gers , et le priva de tous les titres par lesquels ses prédéces-
seurs avoient cru devoir récompenser sa vertu, sa scien.ee
et ses bons services. L'affaire alla jusqu'à Rome, où il pa-
roît même que Rainaud eut l'avantage. Mais enfin après
lui avoir fait du mal pour tout le bien qu'il avoit reçu
de lui , comme Marbode le dit dans la lettre qu'il lui
écrivit sur ce sujet, on réconcilia ensemble les deux pré-
lats en -H 08. Quelques années après Marbode fut chargé
du gouvernement du diocèse d'Angers, pendant l'absence
de Rainaud de Martigné.
EVESQUE DE RENNES. 347 XIiSIECLE.
D. Lobineau avance que Rainaud étoit déposé par les
légats du saint siège : cependant Messieurs du chapitre d'An-
gers', dans leur défense de saint René, attribuent l'absence Beaug. not. in i.
de ce prélat à une cause bien différente , en assurant que Rai- cp' Marb' p' 1389'
naud étoit allé à Jérusalem. Mais quelle qu'ait été la cause
de l'absence de Bainaud, il est certain par différens actes,
que Marbode gouverna ce diocèse pendant plusieurs an-
nées, et y fit les fonctions épiscopales. Marbode ' assista l'an Act. Pont, cenom.
4-120 à la dédicace de l'église du Mans, et consacra un au- ed.foi. pM3n.an
tel sous le nom de saint Pierre et de saint Paul, et en l'hon-
neur de tous les apôtres. On voit à cette occasion un bel
éloge de ce prélat dans les actes des évêques du Mans :
il y est dit que Marbode évêque de Rennes , cassé de vieil-
lesse , et privé de la vue , soutenoit la foiblesse de son corps
par la force de son esprit, par ses sages conseils et par une
sagesse consommée. Marbode ' quitta son évéclié sur la fin Lob. ib.iMab. ann.
de sa vie , et se retira dans l'abbaye de saint Aubin , où il prit ' 4' n' 57-
l'habit monastique , et mourut âgé d'environ 88 ans , le \\
septembre -H 23. Son corps fut mis dans un tombeau creusé
dans la muraille de l'église, du côté du septentrion, près
l'autel de saint Clair. Bourdigné prétend que les habitans
de Rennes obtinrent un ordre du pape, pour que le corps
de leur pasteur leur fût rendu , à condition qu'ils demande-
raient un religieux de saint Aubin pour évêque, et que les
religieux donnèrent leur abbé nommé Hamelin , qui alla à
Rennes l'an W51 , et transféra en même-tems le corps de
Marbode. Nous ignorons d'où Bourdigné a tiré ce qu'il dit
de cette translation , dont on ne trouve aucun monument
dans l'église cathédrale de Rennes, ni dans l'abbaye de saint
Aubin, où l'on voit encore aujourd'hui le tombeau de Mar-
bode. Il étoit autrefois orné de vers, c'est-à-dire des épi—
taphes composées par Ulger évêque d'Angers; mais ces
épitaphes qui ne sont plus à présent sur le tombeau, nous
ont été conservées dans d'autres monumens. ' Elles se trou- Marb. pr. p. i»».
.._ , i , ■ ., ,,,.-, . Mart. The. anec.
vent dans plusieurs manuscrits, et ont ete imprimées parmi t. i, p. 357.
les œuvres de Marbode et dans d'autres recueils. Néan-
moins nous croyons devoir les rapporter ici.
X x ij
xnsiicLB. 348 MARBODE,
Première Epitapde de Marbode,
Composée par Ulger évêque d'Angers.
Si quis quantus erat Mâhbodis noseere quœrat,
Postulat hoc quod ego dicere posse nego.
In toto mundo non invenitur eundo
Unus compar ei nominis atque rei.
Omnes facundos sibi vidimus esse secundos :
Nullus ei ingenio par nec in eioquio.
Cessit ei Cicero, cessit Maro, junctus Homero.
Ut dicam breviter, vicit eos pariter.
Per cunctas metas, per quas sua se tulit aetas,
Nulla sibi placuit res, nisi quae decuit.
Curans ut fleret virtutem quod redoleret. .
Transtulit bùc studium, transtulit Lngenium.
Illi sic noto dédit eis, sed sine voto.
Christi judicium, pontificum solium.
Hic praesul factus, nolens licèt atque coactus,
ÉITecit meliùs, quae benè cuncta priùs.
jEquâ mensurâ mensurans singula jura,
Lenls erat placidis, et rigidus lu midis.
Jugiter orabat, jejunabat, vigilabat.
Quodque sibi minuit, pauperibus tribuit.
Hic tàm laudari diguus, tam dignus amari.
Sorte cadens hoininum transiitad Dominum.
Omnes personse quae sunt in religione,
' IngemuSre nimis planctibus et lachrymis.
Nobilitas flevit, nec plebs àfletu quievit.
Tàm gémit et plorat, quàm bona commémorât.
In cunctis annis nova mors erit ista Britannis,
Quos vivens tenuit, quos aluit, docuit.
Praecipuè Rhedoni, propriique morte patroni,
Est velut aegra jacens , factaque muta tacens
Seconde Epitaphe de Marbode,
Par le même Ulger.
Hahbodi vila doctrinae luce perita,
Enituit mundo sensu fœcunda profundo.
EVESQUE DE RENNES. 549 in8iiCLi.
Natus erat, quorum decus extitit, Andegavorum :
Post Rbedonum turbis, et clero prafuit Urbis.
Diim studio vixit, quae prosunt plurima dixit.
Occidit autistes, facit haec occasio tristes ;
Sed succurat ei Deus , et societ requiel.
Rivallon archidiacre de Rennes, qui avoit été disciple
de Marbode , renferma dans les vers suivans les vertus de
ce saint prélat, pour me servir des paroles du P. ' Sirmond : sirm.not. ad ep.
Vind.
Reddidit ingenium sapientem, lingua disertum,
Mens memorem, vigilem sollicitudo gregis,
*tas longasenem, jucundum gratia moris,
Ordo pontiflcem, relligioque sacrum,
Sobrietas parcum sibi, muniflcentia largum
Pauperibus, rectum régula justitise.
Hic basis ecclesiae pondus portabat, et idem
Mansuetudine bos, et feritate leo.
Les religieux de l'abbaye de saint Aubin, qui avoient
reçu les derniers soupirs de Marbode, annoncèrent
sa mort par une lettre circulaire qui est très-édifiante , .et
digne d'être lue. D. Beaugendre ' a cru devoir la donner Marb. pr. 1393.
toute entière pour l'édification du lecteur , et comme un
monument plus durable que le bronze de la sainteté de Mar-
bode. On y loue sa vertu , son éloquence, son zèle pour rem-
plir les fonctions de sa dignité pendant vingt-huit-ans d'épis—
copat, parmi un peuple difficile à conduire. ' D. Martenne Thés. ann. 1. 1, p.
a publié cette même lettre encore plus entière qu'elle ne ° '
l'avoit été par D. Beaugendre, en y ajoutant ce qui regarde
un saint religieux de saint Aubin , nommé Girard , qui mou-
rut environ deux mois après Marbode, et dont la mort est
annoncée dans cette lettre. Quoique la vie de Girard n'eût
été qu'un long martyr, et qu'il l'eût passée dans l'exercice
continuel des bonnes œuvres, et dans la plus rigoureuse
pénitence, cependant comme le corps qui se corrompt, ap-
pesantit l'ame, et que personne sur la terre n'est exempt de
péché, pas même l'enfant qui ne fait que naître, les reli-
gieux de saint Aubin demandent le secours des prières
des fidèles pour Girard; et en les demandant, ils prient
XII SIECLE.
350 MARBODE,
de retrancher tout ce qui est l'effet de la vanité et de la lé-
gèreté : car, disent-ils, nous vous demandons de véritables
prières, qui soient utiles aux âmes, et non de vains orne-
mens de paroles, qui ne servent de rien aux morts, et qui
souvent nuisent beaucoup aux vivans. Ces paroles sont re-
marquables : Nos enim vota precum animabus profutura ,
non verborum phaleras postulamus , quœ defunctis nihil pro-
ficiunt , et vivis plurimùm soient obesse. Il est vraisemblable
que ce qui engagea Marbode à choisir l'abbaye de saint Au-
bin pour le lieu de sa retraite, ce fut pour y profiter de
l'exemple admirable qu'y donnoit par la sainteté de sa vie
et l'austérité de sa pénitence, le vénérable Girard qui ne lui
survécut que deux mois. Ferrarius , dans son catalogue gé-
néral et du Saussaye dans son martyrologe, mettent ce
prélat au nombre des saints, en parlant de lui au \\ de sep-
tembre qui est le jour de sa mort. Toutefois son nom ne
se trouve ni dans le nouveau martyrologe de Paris , ni dans
le martyrologe universel de Châtelain. C'est pourquoi les
11 sept. p. 745. Bollandistes ' ne voyant point son culte établi , n'ont pas
cru devoir lui donner place dans leur grande collection.
§11.
SES ÉCRITS.
D,
ans le détail où nous allons entrer des ouvrages de
'Marbode , nous suivrons l'ordre de la dernière édition ,
en commençant par les lettres qui sont au nombre de
six.
\°. La première est adressée à Rainaud d'Angers, au su-
jet des traitements qu'il en avoil reçus, et dont nous' avons
Marb. p 1388, et déjà parlé. Marbode ' lui reproche d'avoir violé toutes les
V 1 1 1 V / ■
loix de l'évangile dans la conduite qu'il a tenue à son égard ,
en le condamnant sans l'avoir entendu. Si j'avois péché
contre vous , lui dit-il , n'auriez-vous pas dû m'avertir en
particulier? Si j'avois été incorrigible, n'auriez-vous pas
dû prendre avec vous deux ou trois témoins? Mais au lieu
de suivre la régie établie par Jesus-Christ , vous m'avez
traité comme un payen et un publicain. Vous m'avez ôté
tout moyen de m'excuser, de me justifier, ou de réparer
EVESQUE DE RENNES. 554 xn siècle.
ma faute, si j'en avois commis quelqu'une à votre égard.
Mais enfin quelle est donc la faute par laquelle j'ai mérité
un pareil traitement de votre part? Seroit-ce parce qu'en
écrivant au pape, j'ai rejette la cause de mon retardement
sur la malice d'Angers? (Marbode parle de la malice d'E-
tienne doyen d'Angers , qui le fit arrêter et mettre en pri-
son). Mais peut-être, conlinue-t-il , qu'au lieu de dire la
méchanceté d'Angers, je devois dire que la bonté d'An-
gers m'avoit retenu. Marbode, après avoir fait sentir le ri-
dicule d'une telle accusation, dit à Rainaud, que quand
bien même il auroit commis quelque grande faute contre
lui , les grands services qu'il lui avoit rendus devroient
l'emporter : cela lui donne occasion de parler de tout ce
qu'il a souffert, et fait à Angers, à Tours, et à Rome,
pour maintenir l'élection de Rainaud, qu'il avoue avoir
été tumultueuse, contraire aux canons, et désapprouvée
par la partie la plus saine du clergé. Il lui reproebe de l'a-
voir chassé honteusement d'Angers, sans vouloir lui accor-
der un délai de six mois, qu'il lui demandoit pour se reti-
rer honnêtement. Comme Marbode se plaignoit d'être
traité si indignement par l'évêque d'Angers , celui-ci dé-
féra l'affaire au pape , sous prétexte qu'il étoit inscrit dans
deux églises. Notre auteur, en rappellant ce trait à Rainaud,
lui dit : o Après avoir refusé de m'entendre, après que je
» me suis épuisé de toute manière pour vous, par les dé-
» penses que j'ai faites, par les fatigues que j'ai essuyées;
» vous qui êtes jeune, robuste, riche et tout fier de votre
» nouvelle dignité, vous me forcez malgré moi tout acca-
» blé que je suis d'années et d'infirmités, actuellement
» même attaqué de la fièvre, d'aller plaider ma cause à
» Rome, où j'ai de ma bonne volonté plaidé la votre par
» mes larmes. » Marbode exhorte ensuite Rainaud à mo-
dérer ses emportemens , à ne pas suivre l'impétuosité de la
jeunesse, à respecter ses anciens, et à ne pas vérifier par
sa conduite ce que quelques-uns di?o:ent de lui , que le
bonheur et l'élévation où il est, ont fait connoître son es-
prit. Si je vous parle ainsi, ajoute-t-il , ce n'est pas à des-
sein de vous porter à être indulgent à mon égard, et à
avoir pour moi des manières plus dignes d'un honnête
homme; l'expérience que j'ai ne me permet pas de l'espé-
III SIICLB.
352
MARBODE,
Aug. I î, Const.
Paroi, c. II.
Hisi . Bret. I.
117.
i. P-
rer : mais je crains que vous n'en traitiez d'autres de la même
façon, en abusant à leur égard comme au mien, de la puis-
sance qui vous a été donnée pour édifier, et non pas pour
détruire.
Dans la seconde lettre adressée à un solitaire nommé
Ingelger, et à ses frères, dont on disoit beaucoup de bien,
il les reprend de ce qu'un zélé indiscret, qui n'étoit point
selon la science, les-portoit non seulement à ne point as-
sister aux oblations des mauvais prêtres, mais même à dé-
tourner les laïques de recevoir les sacremens de leurs mains.
Si cela est vrai, dit-il, il est à craindre que le démon qui
ne peut vous faire tomber dans des crimes manifestfs, ne
cherche à perdre vos âmes, en vous prenant dans le filet
caché de cette erreur, qui n'est autre que l'hérésie des No-
vatiens. Il leur prouve par plusieurs passages de saint Au-
gustin ', que les sacremens peuvent être administrés valide-
ment par de mauvais prêtres; qu'on ne doit pas les mé-
priser à cause de l'indignité de ceux qui les administrent;
que les mauvais prêtres ne nuisent qu'à eux-mêmes; qu'il
faut les souffrir jusqu'à ce qu'ils soient rejettes et condam-
nés par le jugement des évêques; que les choses saintes,
en passant par leurs mains, ne contractent aucune souillure.
Ingelger, ou Engelger, à qui cette lettre est adressée, étoit
un ancien compagnon de Robert d'Arbrissel, auquel Mar-
bode en écrivit aussi une, dont nous parlerons bientôt.
Cela donne occasion à D. Lobineau ' de dire que * Robert
» ne fut pas le seul qui éprouva le chagrin de Marbode, et
» que ce prélat animé contre le chef, ne pardonna pas aux
> membres. Engelger ancien compagnon de Robert d'Ar-
» brissel, ajouie-t-il , préchoit avec fruit aux environs de
» la forêt de Fougères, qui lui servoit de retraite. Maroc—
» dus lui écrivit , comme à Robert , une lettre pleine d'in-
» vectives, où il l'accusoit entr 'autres choses de troubler
» par une conduite irréguliere l'ordre de la hiérarchie,
> en prêchant et administrant sans mission et sans aulo-
» rite. » Il paroît par le jugement que D. Lobineau porte
de la lettre à Ingelger , qu'il ne l'a pas lue avec assez d'at-
tention ; car elle est remplie de principes très-solides, pour
prouver la validité des sacremens administrés par de mau-
vais prêtres, et nullement pleine d'invectives. Marbode
y
EVESQUE DE RENNES. 555
y parle avec estime d'Ingelger et de ses compagnons; et il
ne les accuse point de prêcher et d'administrer les sacre-
mens sans mission et sans autorité; mais seulement de ne
point assister aux oblations de mauvais prêtres, et de détour-
ner les laïques de recevoir les sacremens de leurs mains.
La troisième lettre est une réponse aux mêmes solitaires
qui avoient écrit à Marbode, qu'ils ne s'éloignoient pa3
de la doctrine de l'église sur la validité des sacremens ad-
ministrés par de mauvais prêtres, mais qu'ils étoient per-
suadés qu'il falloit éviter les hérétiques, et déposer les
prêtres fornica leurs. Marbode leur témoigne la joie qu'il
a eue de voir par leur lettre, qu'ils ne pensoient et n'ensei-
gnoient rien que de conforme à la doctrine de l'église.
Car qui ne sçait, dit-il, qu'il faut en général éviter et dé-
tester les hérétiques? Et les saints,w canons ordonnent qu'on
dépose les prêtres concubinaires. Mais il les avertit qu'il
n'appartient pas à tout le monde de les condamner, et qu'on
ne doit le faire que suivant les régies de l'église. Quand bien
même les crimes seroient véritables, il faut, selon l'ordre,
qu'ils soient constatés par un jugement juridique. Quatre
sortes de personnes doivent concourir à ce jugement ; l'ac-
cusateur, le défenseur, les témoins et le juge. Outre l'ordre
général des jugemens qui prescrit ce qui doit être observé
à l'égard de ceux qui méritent d'être condamnés, il faut
une discussion et un examen particulier de chaque personne
[i). Qui seroit assez osé pour changer cet ordre, et pour
s'attribuer la liberté déjuger? Marbode exhorte ensuite ces
solitaires à reprendre les pécheurs avec douceur , à prier
pour eux, et même à les accuser, s'ils le trouvent à pro-
pos, devant ceux à qui il appartient de les juger, afin qu'ils
soient déposés, s'ils sont convaincus, ou qu'ils avouent leur
faute, Ut convicti vel confessi juste damnentur.* C'est en
priant plutôt qu'en disputant qu'on obtient cette grâce du
Seigneur. Nous ne connoissons que ces deux lettres de Mar-
(1) Constitutio autem itaest. etnrdn judiaorum, ut quamvii vera sint quœ-
dam.nun lainincredanluràjudire. nisiquœ ordine judniarin fuermt publtcata.
Elinomnijudicin quatuor debent esse per«mœ. accusator. de/ensor. iebtei, ju-
in. Etindecreti-inabelis.utnuUumjudicium. nisiordinabiliter hahitum. te-
ntalur. Nnm prœter damnandnrum, quod hubetur in requlit générale Judtcium.
prnpriam tnmen singulnrum discusnnnem rxigit proprietas penonarum Hanc
ifiilur ordinis constitulionem quis audeat perturbare î aut non sxbi permistam
judieandi Itceniiam quis audeat usurpare f
Tome X. Y y
2 5 J
III SIECLE
ÏII SIECLE.
554 MARBODE,
bode à Ingelger, et nous ne voyons pas ce qui a pu faire
dire à D. Lobineau que le temps adoucit l'esprit de Marbo-
dus, et que l'on trouve qu'il fit des excuses à Engelger. Car
il n'y a point d'insulte dans la première , ni d'excuse dans la
seconde.
Dans la quatrième Marbode prie un serviteur de Dieu,
nommé Vital, (qui n'est autre que le fondateur de l'abbaye
de Savigny) de donner une place dans un monastère qu'il
avoit fondé, à une pauvre fille qui désiroit de se consacrer
à Dieu; et qui quoiqu'elle eût toutes les qualités néces-
saires, et qu'elle fût même instruite dans les lettres, ne
pouvoit pas espérer d'être reçue dans les anciens monas-
tères, où, par une mauvaise coutume, on préféroit l'argent
au mérite. C'est pourquoi il a recours à Vital, ne doutant
point que son monastère ne soit exempt de cette contagion.
Marb.i398,etsuiv. ' La cinquième est écrite à une religieuse nommée Ageno-
ris. Il la félicite d'avoir renoncé à tous les avantages dont
elle jouissoit dans le siècle, ou qu'elle pouvoit se procurer,
et d'avoir plus aimé Jésus-Cbrist que tous les biens tempo-
rels : il l'exhorte à faire tous ses efforts pour faire chaque
jour du progrès dans la vertu. « Car telle est, dit-il, la con-
» dition de l'homme dans cette vie mortelle; il ne peut res-
» ter longtemps dans le même état, et il recule dès qu'il
» cesse de vouloir avancer. C'est pourquoi il faut que vous
» viviez chaque jour comme si vous ne faisiez que com-
» mencer. » Il lui propose l'exemple de l'apôtre parlant
c.3. v. 13, u. ainsi aux Philippiens ' : Mes frères, je ne pense point avoir
atteint où je tends. Mais tout ce que je fais maintenant ,
c'est qu'oubliant ce qui est derrière moi, et m' avançant vers
ce qui est devant moi, je cours incessamment vers le bout de
la carrière. Si le grand apôtre qui avoit reçu tant de faveurs
du ciel, tient ce langage, quel est l'homme, quelque saint
qu'il soit, qui puisse se flatter d'avoir fait quelque progrès?
Luc n, îo. Notre Seigneur ' instruisant ses apôlres, leur dit : Lorsque
vous aurez fait toutes ces choses, dites : Nous sommes des
serviteurs inutiles, nous n'avons fait que ce que nous de-
vions. En vous parlant de la sorte, dit-il, mon dessein n'est
pas de vous jetter dans le désespoir, mais de vous inspirer
l'humilité , de peur que les louanges qu'on vous donne, ne
vous portent à croire que vous êtes les seuls qui pratiquiez
EVESQUE DE RENNES. 555 XII S1KCLB.
l'évangile, ayant renoncé à tout pour suivre Jesus-Christ.
Il lui fait sentir qu'elle doit avoir des sentimens bien dif- ,
férens ; qu'en quittant le monde, on n'est pas pour cela
victorieux de l'ennemi de notre salut. C'est seulement lui
déclarer la guerre, et commencer le combat. L'atblete
ne se tient pas assuré de la victoire, lorsqu'il s'est dépouillé
et qu'il a fait les préparatifs nécessaires pour se battre. Ce-
lui qui veut passer un fleuve à la nage, est plus en état de
nager, lorsqu'il a quitté ses habits , mais il n'est pas pour
cela assuré qu'il arrivera à l'autre bord. Il en est de même
de ceux qui renoncent à tous les a\antages du siècle pour
se consacrer entièrement à Dieu. En se dépouillant de tout,
ils se sont mis à la vérité dans l'état où il faut être pour
combattre l'ennemi du genre humain, et passer à la nage
les fleuves de Babilone; mais ils sont exposés au danger
de périr dans le combat et dans les eaux du fleuve, si leur
esprit ou leurs mains se lassent. L'ennemi emploie toutes
sortes de ruses pour vaincre : il tâche de séduire en rap-
pellant le souvenir des plaisirs passés : il inspire le dégoût
par la vue de l'avenir, et il tire de la vertu même des
armes pour blesser. Pour vous, servante de Jesus-Christ,
repoussez tous ces traits avec le bouclier de la foi; et ou-
bliant ce qui est derrière vous, avancez vers ce qui est de-
vant vous , en mettant votre confiance dans celui à qui
vous vous êtes consacrée, et qui ne permettra pas que
vous soyez tentée au dessus de vos forces. Considérez com-
bien il y a de vanité dans les choses du monde, com-
bien au contraire il y a de douceur dans l'amour des biens
éternels. Les biens temporels ne sont qu'imaginaires et
aceompagnés d'une infinité de traverses. 11 est doux de ser-
vir Dieu , et il n'y a que de la peine à servir le démon : Suave
ergo est servire Deo, laboriosum verà servire diabolo.
Marbode ' craignant que les occupations d'Agenoris ne lui ib. p.. U03.
permissent pas de relire souvent une aussi longue lettre que
celle qu'il lui écrivit, ajouta à la fin une règle de vie tirée
des maximes des anciens, pour qu'elle pût y avoir fréquem-
ment recours, comme à un miroir qui lui feroit connoitre
tout ce qu'il y auroit à réformer dans sa conduite. Cette
régie consiste dans la pratique de quatre vertus auxquelles
on do»ne diflërens noms, et qu'il appelle la prudence,
Y y ij
III SIECLE.
356 MARBODE,
la magnanimité , la continence ei la justice. Yoici les ins-
tructions qu'il lui donne sur ces vertus. Par la prudence
on juge des choses considérées en elles-mêmes, et non
suivant l'opinion des hommes. En suivant la prudence ,
on tient toujours une conduite uniforme : si l'on s'accom-
mode aux temps et aux circonstances, c'est sans changer. Il
est de la prudence de tout peser et examiner, de prévoir
.l'avenir et de prendre des mesures pour tout ce qui peut
arriver. L'homme prudent ne dira jamais, Je n'ai pas cru
que cela se fit, parce qu'il n'est pas eu suspend, mais qu'il
attend : il ne soupçonne pas, mais il se tient sur ses gardes.
Rejetiez toutes les pensées vagues et semblahles à un songe.
Que vos discours ne soient jamais inutiles, mais qu'ils
tendent toujours à persuader , à toucher, à consoler, à ins-
truire. Soyez réservée à louer et à blâmer, afin d'éviter le
soupçon de malignité et de flatterie. Cherchez ce qu'on
peut trouver, apprenez ce qu'on peut sçavoir. Si vous avez
la magnanimité que l'on appelle force , vous vivrez dans
une grande confiance, vous serez libre et intrépide. C'est
un des plus grands biens de l'esprit d'être ferme , de ne
point craindre , et d'attendre avec intrépidité la fin de sa
vie. C'est-là le bien que la magnanimité seule procure.
Si vous avez la continence que l'on nomme tempérance,
vous rejetterez tout ce qui est superflu , vous mettrez à
l'étroit vos désirs : vous considérerez ce que la nature exige ,
et ce que la cupidité recherche; vous arrêterez celle-ci
en lui mettant un frein, et en rejettant tout ce qui n'est
que pour le plaisir. Ne craignez personne plus que vous-
même. Que votre repos ne soit pas oisif, et tandis que
les autres jouent ou prennent quelque délassement, occu-
pez-vous de quelque chose de saint et d'honnête. Pour de
qui est de la justice, vous remplirez les devoirs qu'elle
prescrit, en soumettant votre esprit à Dieu; et votre corps
à votre esprit ; en ne faisant injure à personne ; en fai-
sant du bien à tout le monde; en attribuant à vous seule
tout le mal , et à Dieu tout le bien que vous faites. Telles
sont les maximes et les régies que Marbode prescrit à Age-
noris, pour s'avancer dans la vie chrétienne et religieuse.
Marb. p. H03. 'La sixième et dernière lettre de Marbode est adressée à
Robert serviteur de Dieu , c'est-à-dire à Robert d'AArissel.
EVESQUE DE RENNES. . 557 ni SIECLB
Il lui témoigne d'abord la joie qu'il a d'entendre dire du
bien de lui , et la douleur qu'il ressent lorsqu'il en apprend
des choses désavantageuses; puis il lui représente que l'é-
tat qu'il a embrassé exige de sa part une grande circons-
pection dans ses paroles et ses actions , afin de ne donner
aucun scandale, ni aucune occasion à la médisance. Après
cet avis général Marbode entre dans le détail, et dit à
Robert qu'il va lui marquer en particulier ce qui scanda-
lise dans sa conduite; afin que s'il se reconnoît coupable,
il travaille à se corriger; et s'il ne l'est point, qu'il dissipe
ces faux bruits (/t). On voit par ces paroles que Marbode
ne portoit pas un jugement fixe sur ce que l'on débitoit
de désavantageux contre Robert, mais qu'il l'avertit cha-
ritablement pour lui donner occasion de se corriger ou
de se justifier. C'est pourquoi il y a lieu d'être surpris que
l'hstorien ' de Bretagne regarde cette lettre comme l'ef- Lob. wst. de Bret.
fet des préventions de Marbode contre le fondateur de ' 4' p' °8'
Fontevraud. « Quand les ennemis de Robert, ajoute en-
» core cet historien , voulurent décrier sa conduite , ils
» trouvèrent l'esprit du prélat tout disposé à croire le mal
» qu'on voulut lui en dire. Il lui écrivit une lettre pleine
» d'aigreur et de reproches, mais plus capable dans le
» fonds d'en décrier l'auteur, que de noircir celui à qui
» elle est adressée. » Les reproches que l'on faisoit à Ro-
bert, et dont Marbode l'avertit, se réduisent à trois chefs.
Le premier regarde la trop grande familiarité qu'on pré-
tendoit qu'il avoit avec les femmes qui l'accompagnoient
dans ses missions; le second, la singularité de son habille-
ment; le troisième, la liberté qu'il se donnoit d'invectiver
dans ses prédications contre toutes sortes de personnes,
soit présentes, soit absentes, surtout contre les ecclésias-
tiques. A l'égard de la première accusation, Marbode re-
présente avec beaucoup de force à Robert le danger qu'il
y a dans la trop grande familiarité avec les personnes du
sexe, et il l'exhorte à éloigner de lui ces sortes de tenta-
tions, qui quand bien même son ame n'en seroit point bles-
sée par le consentement, ne peuvent que faire beaucoup
(1) Qua cirea te plurimo$ tcandaliztint, tpecialittr dtsignobo, ut H eulpam
cognovtrU. emtndare n<m nrgligas : tin minus contraria ofinionit errorem ra-
twnabili satisfaction» dissolvas.
2 5 *
xn SIECLE.
558 MARBODE,
de tort à sa réputation et à la religion. (4)Marbode ve-
nant ensuite au second chef d'accusation , dit à Robert que
plusieurs trouvent à redire à la singularité de son habille-
ment, qui ne convient ni à la profession de chanoine ré-
gulier, qui est celle qu'il a premièrement embrassée, ni à
l'ordre de prêtrise auquel il a été élevé. Chaque profes-
sion, chaque ordre a son habillement particulier qu'on ne
peut changer sans choquer le public. L'homme sage est at-
tentif à ne point causer de trouble, et n'attire point les
regards du peuple sur lui par aucune singularité. Il faut
avoir égard dans l'habillement vil et humble , au sens com-
mun et à la coutume, et garder des mesures. Autre chose
est de se revêtir d'un habit éclatant, autre chose d'avoir un
habit propre. Fuyez également la parure et la malpropreté;
l'une marque la mollesse, et l'autre la vanité. A quoi bon,
lui dit-il, vous donner en spectacle au public, en marchant
pieds nuds parmi le peuple, couvert d'un cilice sur la chair,
revêtu d'un habit usé et déchiré, ayant les jambes à demi
nues, portant une grande barbe, les cheveux coupés à la
hauteur du front, ensorte qu'on dit qu'il ne vous manque
rien, pour avoir tout l'équipage d'un lunatique, que de
porter une massue à la main (2).
Pour ce qui est de la liberté que Robert se donnoit dans
ses discours, en déclamant en présence des gens ignorans,
sans épargner ni les absens , ni les personnes constituées en
dignité; Marbode lui dit que ce n'est point là prêcher,
mais déchirer la réputation : hoc non est prœdicare , sed de-
trahere. Bien loin qu'il y ait du fruit à espérer de pareilles
déclamations contre des absens, c'est donner occasion de
pécher aux simples qui croiront être autorisés par un tel
exemple à faire la même chose. Car telle est, dit-il, la con-
dition des supérieurs; ce qu'ils font semble être des pré-
ceptes et des régies de conduite pour les inférieurs : Hœc
est enim conditio superiorum, ut quiquid faciunt prœcipere
videantur. Quelques-uns s'imaginoient même que Robert
(1) Hemnve. obtecro. h te hvjvsmo i tentamenla, quœ elsi animant luaw per
consentumnon vulnerant. sine dubio famam tuum commaculant. religiunemque
infnmnnt.
(2) Qun modo \gitur libi, objectn hanitu oprrtum ad carnem cilicio attrilnper-
luiuque birro. seihinudn crure. barba proltxa, cnpitlis ad fronlem cxr.uincisi» .
nudi pedem pervulgus incrdere. et novum quasi *p« ctaculum prtrbtre videnlibus,
ut ad ornatum lunaiiet tvlam tit,i jam elavam deexte hquaniur.
EVESQUE DE RENNES. 559
XII SIECLE.
ne déclamoit de la sorte contre les ecclésiastiques, que pour
être lui seul estimé du peuple. Du moins c'étoit l'effet que
produisoient ses prédications. Les pasteurs étoient aban-
donnés de leurs troupeaux, qui couroient en foule pour l'en-
tendre : en quoi cependant on voyoit que l'amour de la nou-
veauté, plutôt que la religion, les conduisoit, puisque leur
vie n'en étoit pas plus régulière.
A ces reproches , Marbode en • ajoute encore d'autres.
Il reprend Robert de ce qu'ir admet à la profession religieuse
toutes les personnes qui paroissent tant soit peu touchées
de ses prédications, sans distinction d'âge, de sexe, de con-
dition, et sans aucune épreuve; ce qui est contraire au
précepte de l'apôtre saint ' Jean : Probate spiritus si ex Deo i.Joan.4. v.i.
sint; Eprouvez si les esprits sont de Dieu. Il fait ensuite
la description des mauvais effets et des suites fâcheuses d'une
telle conduite, qui n'est point accompagnée de prudence
et de discrétion. Enfin le dernier reproche que Marbode
fait à Robert, est d'avoir quitté la vie de chanoine, qu'il-
avoit embrassée, et le monastère dans lequel il avoit fait
vœu de stabilité, où il avoit été établi supérieur de ses frères,
pour prendre la conduite de ses sœurs. Sur tout cela il lui
demande une réponse qui soit satisfaisante, sans quoi il lui
témoigne qu'il craint beaucoup pour son salut (-1 ),
Il y a de l'apparence, dit M. Dupin, 'que Robert d'Ar- Bibi. ecei. miect.
brissel se justifia de ces reproches auprès de Marbode , mais par
il n'y en a point que cette lettre soit supposée, comme le P.
Mainferme l'a prétendu.
Le zèle que les disciples du bienheureux Robert d'Ar-
brissel ont eu pour venger la mémoire de leur saint fonda-
teur, a rendu cette lettre fameuse par les efforts qu'ils ont
faits pour en prouver la supposition. Mais qu'il nous soit
permis de le dire , leurs efforts ont été inutiles en tout
sens. La réputation et la sainteté du bienheureux fondateur
de Fontevraud est indépendante de la supposition, ou de
l'autenticité de la lettre de Marbode, comme de celle de
Geofroi de Vendôme. Combien l'histoire ne nous fournit-
elle pas d'exemples de saints, dont la réputation a été at-
taquée, même quelquefois par des saints auxquels on en
avoit imposé? S'est-on jamais avisé, pour les justifier, de
(1) Super auo, vtl rationabilem à tua jraternitatt pttimui responrionem, vel
certam tibi (imtmus damnationem.
III SIECLE.
560 MARBODE,
faire passer pour supposés les écrits dans lesquels ils ont
été maltraités? Les hommes peuvent être surpris; les plus
saints n'en sont pas exempts : saint Jérôme ne l'a-t-il pas
été à l'égard de saint Melece et de saint Jean Chryso-
stome? La même chose est arrivée à Marbode à l'égard du
bienheureux Robert. C'est tout ce que l'on peut , et ce
qu'on doit raisonnablement penser de lui touchant sa let-
tre : car prétendre qu'elle est supposée, c'est ce qu'on ne
prouvera jamais par aucune raison solide. Quiconque se
donnera la peine de la lire et de la comparer avec les
autres lettres de Marbode , sera convaincu qu'elles sont
toutes du même auteur. L'évêque de Rennes y prend le
titre qu'il se donne dans toutes les lettres qu'il a écrites,
Minimus episcoporum. 11 la termine par ces paroles, Oran-
tem pro nobis sanctitatem tuam Christus custodiat, dilectis-
sime frater : C'est ainsi qu'il finit ordinairement ses lettres,
comme on le voit par la précédente adressée à Agenoris :
Orantem pro nobis religionem tuam Christus custodiat dilectis-
sima soror; et par celle qu'il écrivit à Ingelgcr : Deusom-
nipotens orantem pro nobis sanctitatem vestram exaudiat.
On voit dans la lettre à Robert le même style que dans les
autres , le même feu , le même fonds de raisonnement ,
la même abondance de citations et d'autorités de l'écriture
et des pères, la même manière de les citer; en sorte qu'il
n'est pas possible de se refuser à une telle évidence. C'est
pourquoi les critiques les plus sensés, les plus sages et les
plus judicieux , n'ont jamais douté de l'autenticité de cette
lettre, et que Marbode n'en fût l'auteur : Quem verum hujus
An. 1. 69, n. 24. epistolœ parentem esse non dubito, dit le P. Mabillon', dont
tout le monde connoît le sage discernement et la modes-
Marb. p. 1412. tie , quand il s'agit de décider. Cependant D. Beaugendre '
a quelque scrupule de la lui attribuer. La raison qu'il en
donne, c'est qu'il ne l'a trouvée ni dans le manuscrit d An-
gers, ni dans les deux de Jumieges, ni dans celui du Bec,
mais seulement dans l'édition de Rennes, dont il témoigne
ne pas faire beaucoup de cas. En conséquence, il regarde
cette pièce comme suspecte, sans toutefois vouloir décider
absolument une question si difficile. Il est vrai que la lettre
de Marbode ne paroît p'.us aujourd'hui dans le manuscrit
d'Angers, mais il n'est pas moins vrai qu'elle y étoit au-
trefois
EVESQUE DE RENNES. 564 x„ sibcle.
trefois, comme on le voit par un ancien catalogue de la
bibliothèque de saint Aubin. L'auteur d'une histoire ma-
nuscrite de cette abbaye, dont nous tirons ceci, ajoute
qu'elle a été enlevée de la bibliothèque avec plusieurs au-
tres pièces rares. Il y a toute apparence que le zèle porté
trop loin pour l'honneur du bienheureux Robert , a fait
disparoître la lettre de Marbode dans le manuscrit d'An-
gers , par la même voie que celle de Gcofroi au même Ro-
bert a disparu du manuscrit de Vendôme. Nous ne pensons
pas qu'aucun lecteur sensé et judicieux balance un moment
sur le parli qu'il doit prendre; sçavoir s'il ('oit s'en rappor-
ter au jugement du P. Mahillon, qui est persuadé que la
lettre est de Marbode, non dubito, ou à celui de D. Reau-
gendre, qui se fait scrupule de la lui attribuer, et qui la
regarde comme enfantée par l'envie, et remplie de calom-
nies. Ce n'est point là l'idée qu'on se formera de la lettre de
Marbode à Robert d'Arbrissel. (Quiconque la lira sans pré-
vention, jugera non seulement qu'elle est de l'évêque de
Rennes, mais encore digne de lui, et écrite, non par l'im-
pression de l'envie, mais par celle de la charité chrétienne,
qui veut qu'on avertisse le prochain, soit pour lui donner
occasion de se justifier, s'il est innocent, soit pour qu'il se
corrige s'il est coupable. Ceux qui ont attribué cette lettre
à Roseclm, n'y ont pas pensé. S'ils y avoient fait réflexion,
ils ne lui auroient pas fait tant d'honneur, et ne l'auroient
pas cru capable d'une telle production.
' Le P. de la Mainferme fait un raisonnement bien singu- T. 1, dissert. 1, c.
.. , , . . .. , ., , °., 2, p. 67, éd. 1684.
lier, pour prouver la supposition de la lettre dont il s agit.
11 est fondé sur ce que dit Etienne de Fougères évêque de Ren-
nes, mort en 44 78, en parlant des poésies de Marbode,
sçavoir que toutes celles qui portent son nom, ne sont pas
de lui (4). Pourquoi, conclud le P. de la Mainferme, n'en
seroit-il pas de même de la lettre à Robert, qui porte son
nom, quoiqu'il ne l'ait point éente? Si cette conséquence
étoit juste et bien tirée, il y auroit peu d'écrits qu'on ne
pût faire passer pour supposés. Dès lors qu'on aura attribué
faussement quelqu'ouvrage à un Père de l'église , on pourra,
(1) Stephanus Fulgensis loquens de Varbodo, ait : Extant etiam hodie versus
ineruditi, vt temponbus illis ; quamvis non omnes qui ejus nomine àrcumferun-
tnr, veresintipsius (juidniigitur eliam sub nomine ejusdent Marbodi prœdicta
circumferatur epistoïa (ad Roberlumj quamvis ab eo non fuerit verè conscripta.
Tome X. Z z
XII SIECLE.
562 MARBODE,
pour se débarrasser de l'autorité des autres, les rejetter tous
en détail , selon son caprice , en suivant la méthode du P.
de la Mainferme. Il y a , dira-t-on , p-.irmi les écrits de saint
Cyprien, de saint Augustin, de sjint Jérôme, etc. des ou-
vrages et des lettres qui leur sont fausseme: t attribuées;
pourquoi n'en seroit-il pas de même de tel ouvrage.de telle
lettre, qui porte le nom du saint Docteur, quoiqu'il ne l'ait
point écrite? Quidni igitur etiam, etc.
Alex sec xn, t. 6, Je ne sçais pas pourquoi le P. Alexandre ' qui reconnoît
dissert. 5. h let(re de Geofroi de Vendôme à Robert d'Arbrisscl ,
pour véritable, a pris ici un parti opposé, en contestant la
vérité de celle de Marbode. Aussi tournit-il lui-même les
réponses aux objections qu'il fait : en sorte que, pour re-
pondre au P. Alexandre, on n'a besoin que du P. Alexan-
dre. Tout ce qu'il a dit ponr la défense de la lettre de l'abbé
de Vendôme, contre les raisonnemens du P. de la Main-
ferme, a une application d'autant plus naturelle ici, que
les objections contre les deux lettres sont les mêmes. Cest
pourquoi on trouve dans la réponse du P. Alexandre au
P. de la Mainferme, touchant la lettre de Geofroi, tout
ce qu'il faut pour détruire les objections du P. Alexandre ,
contre la lettre de Marbode à Robert.
Les enfans du bienheureux Robert d'Arbrissel , et ceux
qui ont pris parti pour eux dans cette querelle, semblent
s'être persuadés que la réputation de leur saint fondateur
est dépendante de 'l'autenticité de ces deux lettres; en
sorte qu'on ne puisse en soutenir la vérité, sans donner
atteinte à sa sainteté. Mais si les exemples des siècles pré-
cédons ne sont pas suffisans, pour guérir là-dessus leur ima-
gination , qu'ils jettent les yeux sur ceux qui ont soutenu
que les lettres de Geofroi et de Marbode sont véritables.
Ont-ils moins eu , et ont-ils moins de respect et de véné-
ration pour le B. Robert , que ceux qui ont regardé les deux
lettres comme des pièces supposées? Mais c'est trop s'é-
tendre sur ce sujet.
Fabricius croit qu'aux six lettres dont nous venons de
parler, on pourroit en ajouter une septième , que D. Lia-
sse, t. 13, p. 95. chéri a publié dans son spicilége ', sous le nom de Mar-
bode. Mais ce sçavant bibliographe n'a pas fait attention
que D. Beaugendre a placé cette lettre parmi celles d'Hil-
EVESQUK DE HENNES. 365 XII slECLB
debert, comme ay:nt été écrite par ce prélat alors évêque
du Mans , à Marbode évêque de Rennes.
2°. Les autres ouvrages de Marbode, soit en vers, soit
en prose, sont plus considérables que les lettres dont nous
venons de rendre compte. Ces ouvrages sont les vies de
quelques saints , et un grand nombre de poésies sur difie-
rens sujets. Commençons par les vies , en suivant toujours
l'ordre de la dernière édition.
La première est celle de saint Lezin évêque d'Angers ,
connu dans les auteurs latins sous le nom de Licinius. La
vie de ce saint prélat, mort en 606, avoit été écrite par
un anonyme d'Angers même. Marbode entreprit, à la prière
des chanoines d'Angers, de donner une nouvelle vie de
saint Lezin ; ce qu'il fit en conservant tout le fond de la
première; et bornant son travail à en changer le style, à
l'abréger en quelques endroits, et à l'augmenter en d'au-
tres. 11 explique dans une courte préface' , les motifs qui Marb.p. 1417.
l'ont engagé à retoucher cette vie , et le plan qu'il a suivi
pour la rendre plus utile. Elle est divisée en quatre cha-
pitres. Dans le premier, il parle de l'éducation et des pre-
mières années de saint Lezin , de la piété qu'il fit dès-lors
paroître, et qui ne lit que croître en lui, même au milieu
des délices de la cour, et du tumulte des armes, qu'il quitta
pour entrer dans l'état ecclésiastique , et embrasser la vie
religieuse, où il se distingua par la pratique de toutes les
vertus. Dans le second chapitre , Marbode rapporte de
quelle manière Lezin fut choisi malgré lui , pour remplir
le siège d'Angers , et avec quel zele il s'acquitta de tous
les devoirs de cet éiat, en exerçant les œuvres de miséri-
corde, en visitant son diocèse, en prêchant la parole de
Dieu, et travaillant à la conversion des pécheurs. Dans
le troisième chapitre , il raconte plusieurs miracles du saint
prélat. Dans le quatrième, il continue de parler des mer-
veilles que Dieu operoit par le ministère de saint Lezin,
dont la mort précieuse aux yeux du Seigneur , fut encore
accompagnée et suivie de plusieurs miracles. Marbode ctoit
archidiacre d'Angers , lorsqu'il fit cet ouvrage ; Ego Mar-
bodus indignus archidiaconus Andegavensis ecclesiœ vitam
beati Licinii descripsi et recognovi.
Les Bollandisles ' ont publié la vie de saint Lezin dans 13 febr. p. 682.
Zz ij
III SIECLE.
564 MARBODE,
leur grande collection , en y joignant celle de l'anonyme
d'Angers qui la précède , avec des notes qui ne sont pas
inutiles. D. Beaugendre s'est contenté de publier l'ouvrage
de Marbode. Nous ne devons pas omettre que la vie de
saint Lezin a paru si édifiante à M. Arnauld d'Andilly, que
ce grand homme l'a traduite en notre langue, et l'a insérée
parmi ses vies de saints illustres, page 287.
3°. La seconde vie écrite par notre auteur, est celle de
saint Robert fondateur et premier abbé de la Chaise-Dieu,
dans les montagnes d'Auvergne. Un disciple du saint abbé
nommé Gerauld , ou Gérard de la Venne , avoit déjà écrit
sa vie aussitôt après sa mort, arrivée l'an -1 067 , et avoit
assez bien réussi à rapporter avec exactitude les actions du
saint, en ayant été le témoin, en qualité de disciple et de
chapelain. Mais comme l'ouvrage, quoiqu'écrit avec fidé-
lité, étoit d'un style embarrassé et trop diffus , l'abbé et les
religieux de la Chaise-Dieu prièrent Marbode archidiacre
Marb.proi. vit. s. d'Angers, de le retoucher. '11 se rendit à leur prière qui
lui parut fondée sur la raison. Car, dit-il, comme le but
de celui qui écrit les actions des saints , est de porter les le-
cteurs à suivre leur exemple, il doit écrire d'une manière
qui soit à leur portée , afin qu'ils ne soient ni embarrassés
par l'obscurité du style, ni ennuyés et dégoûtés par la lon-
gueur. Ainsi Marbode ne fit, comme il le déclare lui-même,
que de mettre en un style plus clair et plus concis la vie
de saint Robert , écrite par Gerauld de Venne. De sorte
qu'on peut dire que l'ouvrage de Gerauld, quoique perdu,
subsiste encore pour le fonds dans celui de Marbode , qui
est venu jusqu'à nous.
Gérard avoit divisé son ouvrage en deux parties, ou deux
livres , dont le premier contenoit l'histoire de la vie de saint
Marb. act. sec. 6, Robert, et le second traitoit de ses vertus. Marbode' ayant
par ' ' p' retouché le premier , l'envoya à l'abbé et aux religieux de
la Chaise-Dieu, qui en furent si satisfaits, qu'ils le prièrent
avec beaucoup d'instance de faire la même chose à l'égard
du second. L'archidiacre d'Angers se rendit à leur désir, et
fit un second livre, qu'il adressa à l'abbé de la Chaise-Dieu,
accompagné d'une lettre qui ne respire que la modestie et
l'humilité chrétienne. Comme l'abbé à qui cet écrit est
adressé , n'est désigné que par la lettre S , les uns ont cru
EVESQUE DE RENNES. 365 iusiicli.
que c'étoit l'abbé Etienne , les autres , l'abbé Seguin , qui
ont été tous les deux abbés de la Chaise-Dieu du vivant de
Marbode ; Mais pour peu qu'on y fasse attention, on verra
aisément que c'est l'abbé Séguin. Car outre qu'on îrouve le
le nom de Seguin dans les plus anciens manuscrits , il est cer-
tain , par le témoignage de Bernard de la Chaise-Dieu , que
Marbode fit cet ouvrage n'étant qu'archidiacre d'Angers :
le style même de la lettre qui ne convient point à un évêque
parlant à un abbé , le marque assez. Or l'abbé Etienne ne
fut élu abbé de la Chaise-Dieu qn'en 4108 , et Marbode
étoit évêque de Rennes depuis douze ans , ayant été placé
sur ce siège en 4 096. Par conséquent ce n'est point à l'abbé
Etienne , mais à Séguin , qu'il a adressé la vie de saint Ro-
bert. Cet ouvrage a été donné au public par D. Mabillon ,
parmi les actes des saints de l'ordre de saint Benoît, dans
la seconde partie du sixième siècle, et par les Bollandistes,
au 24 d'avril, page 31 G et suivantes.
4°. Les chanoines de l'église collégiale de sr.int Main-
bœuf d'Angers, s'adressèrent aussi à Marbode, alors évêque
de Renr.es , pour l'engager à écrire la vie de leur saint pa-
tron , le prélat voulut bien se charger de ce travail , et
mit en meilleure forme la vie de ce saint évêque d'Angers,
qui avoit été écrite par un anonyme , comme il avoit fait
celle de saint Lezin , dont Mainbœuf avoit été disciple.
D. Beaugendre a publié l'une et l'autre parmi les œuvres
de Marbode.
5°. Aux vies dont nous venons de parler, il en faut
joindre deux autres qui ne se trouvent point dans la der-
nière édition des œuvres de Marbode. Les Bollandistes
ont donné la première dans leur grande collection au \\
de mai ; et ils ont promis de donner la seconde au 22 de
septembre. Ils ont trouvé l'une et l'autre dans un manuscrit
qu'ils croyent être du temps même de l'auteur, et qui ren-
ferme plusieurs de ses ouvrages, sous le nom de Marbode
qualifié archidiacre d'Angers. La première de ces deux vies
est celle de saint Gautier abbé et chanoine d'Esterp dans le
Limousin, mort en 4070. Il est étonnant que D. Beaugendre' Gai. cnr. nov. t a,
n'ait pas eu connoissance de cette vie, qui se trouve non
seulement imprimée dans l'histoire sacrée de la vie des saints imprimée a umo-
. . r . . . ges , cher Martial
principaux, et autres personnes vertueuses, qui ont pris Barbou, en îero.
XII SIECLE.
366 MARBODE,
naissance, qui ont vécu , ou qui sont en vénération particu-
lière en divers lieux du diocèse de Limoges; maii encore
dans la grande collection de Bollandus. 11 est certain que
l'autorité de ces critiques dont le P. Beaugendre témoigne
faire tant de cas en plusieurs occasions, jointe à celle d'un
manuscrit, qui paioit être un des meilleurs recueils, et
des plus amples des ouvrages de Marbode, auroît engagé
l'éditeur à publier cette vie. Marbode composa celle de
saint Gauthier sur une plus ample, écrite par uu disciple
du saint , ou par un témoin oculaire de ses actions , dont
il a tiré ce qui convenoit le plus à son sujet. La seconde
vie omise dans l'édition des œuvres de Marbode , et con-
tenue dans le même manuscrit , est celle de saint Florent ,
dont nous serons plus en état de rendre compte, lorsque
les continuateurs de Bollandus l'auront donnée iiu public,
comme ils l'ont promit. Ils pourront aussi nous donner plu-
sieurs éclaircissements sur les écrits de Marbode, par le moyen
du manuscrit qu'ils ont entre les mains.
Ce sont là toutes les vies des saints que Marbode a com-
posées en prose, ausquellcs il en faut ajouter d'autres écrites
en vers , et qui font partie de ses poésies , dont il nous
reste à parler.
6°. La première vie écrite en vers, est celle de saint
Théophile. Quelques critiques l'ont regardée comme une
fable; mais les raisons par lesquelles les Bollandistes en
établ.ssent la vérité, ont paru si solides à D. Beaugendre,
qu'il a cru que ce seroit blesser l'équité et la pieté, et
même donner atteinte au crédit que la sainte Vierge a au-
près de son fils, pour obtenir aux pécheurs la rémission
de leurs pèches, de douter de la vérité de cette histoire.
Ne pourroit-on pas dire au contraire que c'est blesser l'é-
quité et la piété, et donner atteinte à ce que la religiou
nous apprend du crédit des saints , et même de la sainte
Vierge auprès de Dieu , de les faire dépendre de la vérité
de faits semblables à ceux qui sont rapportés dans la vie de
Théophile? Le lecteur sensé et éclairé en jugera. Cette vie
est renfermée dans une espèce de poëme de 568 vers , divisé
en quatre chants ou chapitres. .Dans le premier, l'auteur parle
des premières années de Théophile, et de sa chute; dans
le second, de sa pénitence; dans le troisième, d'une ap-
EVESQUE DE RENNES. 367
III SIECLE.
parition de la sainte Vierge qui lui fait des reproches, et
lui donne espérance du pardon de son crime; dans le qua-
trième, du pardon qu'il obtient et de sa mort.
' Thaophile avoit été élevé dans la piété, et y avoit fait Marb. p. 1507,
de grands progrès ; mais sa vertu échoua , et ne put se sou-
tenir cont.-e les mauvais trailemens d'un prélat qui occu-
poit un si%e qu'il avoit lui-même refusé. Se voyant donc
dépouillé de la dignité d'œconome, et maltraité, il se livre
au chagrin. Dans cet état il rencontre uu magicien qui lui
demande le sujet de ses peines ; Théophile en ayant fait
le détail , le magicien lui en promet le remède , et l'assure
qu'il le fera rentrer dans sa dignité, dont il portera les
droits au dessus même de l'épiscopat. Les paroles sont don-
nées de part et d'autre; le magicien lui déclare que satan
est son roi , se charge de le lui présenter , et donne des le-
çons à Théophile sur le cérémonial. 11 l'avertit surtout de
ne point faire le signe de la croix , pareeque ce seroit mal
s'y prendre pour gagner ses bonnes grâces. (4) Théophile
consent à tout, et ne pense qu'à exécuter sa promesse :
il se trouve au rendez-vous pour son entrevue avec le
diable. Le sorcier ne manque pas de se rendre au lieu et
à l'heure dont ils étoient convenus ensemble, c'est-à-dire,
pendant une nuit obscure. Il fait des invocations ; aussi-
tôt satan paroît escorté de sa troupe maligne, et envi-
ronné d'une lumière telle qu'il convient au prince des ténè-
bres , et se place sur son trône. Le magicien l'appellant
son père, fait valoir le zèle qu'il a pour sa gloire, et pour
augmenter le nombre de ses sujets , en enlevant à Jesus-
Christ les siens, comme il le voit- dans la personne de celui
qu'il lui présente, et auquelle il prie d'être favorable. Mon
fils, répond satan, c'est une grande faute que de faire du
bien à ceux qui en sont indignes, au préjudice de ceux
qui le méritent: vous sçavcz que c'est se nuire à soi-même
que de favoriser son ennemi. Celui-ci étant donc mon en-
nemi, il n'est pas juste qu'il ait part à mes faveurs; à moins
qu'il ne renonce à Jcsus-Christ, à son baptême, et à la
mère de Jesus-Christ , pour me servir, en me reconnois-
(I) . . . . Tibi nec sijnum emeis tdas,
Perquod evmsignum ntquta* reperirebenignum.
IFI SIECLE.
568 MARBODE,
sant pour son souverain. A cette condition, je veux bien
le recevoir au nombre de mes sujets, et répandre mes fa-
veurs sur lui. Théophile accepte la condition, renonce à
Jesus-Christ , à sa mère, et- au baptême : il en signe l'acte
par ordre du diable, et le lui remet. C'est ainsi que les
choses se passèrent dans cette entrevue. Satan tint parole;
l'évèque qui avoit maltraité Théophile, changea tout d'un
coup de dispositions à son égard , reconnut qu'il avoit eu
tort dans la conduite qu'il avoit tenue, et le rétablit dans
la dignité dont il l'avoit dépouillé. Théophile étant ainsi
rentré dans sa place, s'y conduisit d'une manière digne des
moyens qu'il avoit employés pour cela. Livré à l'ambition
et à l'orgueil , il entreprit tout ce qu'il voulut , sans trou-
ver d'opposition , et tout plia sous lui. Le sorcier lui ren-
doit de temps en tems visite, pour l'exhorter à tenir fidè-
lement parole. Lorsqu'il étoit ainsi enseveli comme le La-
zare dans le tombeau , le vrai médecin dit : Mon ami dort.
Uu coup de la grâce réveille Théophile ; il rentre en lui-
même, réfléchit sur son triste état, et se croit perdu. Il se
dit à lui-même : Il n'y a de sauveur pour moi que mon
créateur; mais que puis-je attendre? Qui me sauvera, après
que j'ai renoncé le fils t'e Dieu et sa sainle mère? Je me
suis livré à satan ; qui pourra lui enlever l'acte par lequel
je me suis donné à lui ? Mon crime ne mérite aucun par-
don , je le sçais ; et il ne me reste aucune espérance. Malheur
à moi, misérable que je suis! Je n'ai plus à attendre que
des peines et des supplices éternels, dont personne ne peut
me délivrer. Hélas! dans quelle abime me suis-je précipité!
Je ne puis en sortir , et ne vouloir pas en sortir est un nou-
veau crime. Je ferai donc tous mes efforts ; quoique j'aye
péché, quoique je vous aye renié, Jésus Christ, et votre
mère qui régne dans tous les siècles, j'implorerai votre
secours : oubliant le boire et le manger, je ne cesserai de
la solliciter, en gémissant et répandant mes prières en pré-
sence de Dieu. Mais je pense qu'une telle entreprise est le
comble du crime , parce que la prière qui sort de la bouche
du pécheur, est souillée, (\ ) et celui qu'on a offensé, s'ir-
(1) Bœc audere tamen, puto criminis est cumulamen,
Dùm ptecatorit oratio sordtat orit.
rite
EVESQUE DE RENNES. 569
XII SIECLE.
1512.
rite, lorsqu'on le prie. Triste situation des méchans; c'est
une double peine pour eux, soit de prier, soit de se taire,
La crainte m'arrête, l'espérance m'anime, et mon gémis-
sement me rend coupable. N'importe, je passerai par des-
sus, j'aurai la témérité de me présenter, je ferai comme
je pourrai , je frapperai à la porte , je prierai Marie. Théo-
phile, après s'être ainsi exhorté et rassuré, alla dans une
église dédiée à la sainte Vierge, où il demeura pendant
quarante jours, jeûnant pleurant et priant jour et nuit.
' Alors la sainte Vierge apparut à Théophile ; et lui Marbode, c. 3, p.
ayant reproché son crime, elle promit de solliciter sa
grâce, jusqu'à ce qu'elle l'eût obtenue de son fils qui est
miséricordieux, mais qui est aussi très-juste. Lorsque la
sainte Vierge eut cessé de parler et de donner des avis à
Théophile, il prit courage, lui fit un compliment, et con-
fessa son crime qui, dit-il, ne mérite aucun pardon. Quippè
caret venia scelus hoc, mi sancta Maria. Il l'espère toute-
fois en considérant que Dieu a pardonné aux Ninivites, à
David, à saint Pierre qui avoit renié trois fois Jesus-Christ ,
à la Madeleine, à Saul qui avoit persécuté l'église, à l'in-
cestueux de Corinthe, à Cyprien le Magicien. Tous ces.
exemples rassurent Théophile; il espère que Dieu aura
pitié de lui, et qu'il lui pardonnera, si la sainte Vierge
veut bien l'en prier, parcet enim pro te. Votre fils, dit-il,
fera ce que vous voudrez; vous n'avez qu'à ordonner, et ce
que vous voudrez se fera : Velle tuum faciet natus, tu prœ-
cipe, fiet. (i ) La sainte Vierge exhorta ensuite Théophile à
rentrer dans sa première voie , à confesser son fils, qu'il avoit
renoncé , et à croire tout ce qui doit être cru , en l'assurant
que Dieu qui est plein de miséricorde, écouteroit ses gé-
missemens. Théophile répondit qu'il croyoit, et qu'il se
donnoit tout entier à elle , après quoi il confessa en détail
tous les principaux articles de foi, et finit en la suppliant
de retirer des mains de sa tan sa signature; triste monument
Plus irritatur infensus, quando rogatur.
Ce que dit Ici Théophile, n'est point exact. La prière du pécheur qui est tou-
ché de son crime, qui le déteste, qui désire d'en sortir, qui en demande humble-
ment pardon, n'est point souillée, et n'irrite point Dieu ; au contraire elle l'appaise,
et obtient le pardon.
(1) Quelque grand que soit le pouvoir de la mère du Sauveur, elle n'obtient rien
de lui que par prière, et non par commandement : elle le sollicite, mais elle ne lui or-
donne pas.
2 6 Tome X. A a a
XII SIECLE.
570 MARBODE,
de son crime, qui étoit le sujet de sa crainte. La sainte
Vierge l'assura qu'elle prieroit Jesus-Christ de le rétablir
dans l'état d'où il étoit tombé, et disparut. Théophile
demeura dans le même endroit, et y passa trois jours en
prières, et répandant beaucoup de larmes. La sainte Vierge
lui apparut de nouveau avec un visage doux, et lui dit,
en le consolant : Votre constance a triomphé ; le Sauveur
vraiment miséricordieux, vous a pardonné à ma considé-
ration . conservez cette grâce, et ne péchez plus. Théo-
phile répondit qu'il se consacreroit à Dieu et à elle pour
toujours, prolestant que tant qu'il vivroit, il ne suivroit
qu elle pour guide ; et il la pria de vouloir bien prendre
soin de lui : mais il lui restoit encore une peine au sujet
de sa signature, qui le tourmentoit beaucoup. Il se pros-
terna donc, et redoubla ses prieies et ses larmes, pour
obtenir qu'elle lui fût rendue. Il fut bientôt exaucé. Dès
le lendemain la sainte Vierge lui apparut en songe, et la
lui remit. Il s'éveilla tout tremblant, et dans son étonne-
ment mêlé d'une grande joye, il fait éclater sa reconnois-
sance , en chantant les merveilles de Dieu. Le dimanche
suivant, lorsque le peuple fut assemblé pour la célébration
de l'office divin, Théophile se prosterna au pieds de l'é-
voque, raconta toute son avanture , montra son billet qui
fut lu en présence de tous les assistans. Après quoi le pré-
lat parla sur les grandes choses que Dieu venoit d'opérer,
exhorta son peuple à considérer les fruits de pénitence
qu'on voyoit dans celui sur qui elles s'étoicnt opérées , et
releva beaucoup la puissante protection de la sainte Vierge,
qui avoit retiré ce frère de l'abîme où il s'étoit précipité.
Lorsqu'il eut fini, Théophile se leva de terre, et pria qu'on
jettàt au feu son malheureux billet; ce qui fut exécuté,
pendant que le peuple chantoit les louanges de Dieu. On
célébra la messe, Théophile y reçut les saints mystères, et
son visage parut aussi éclatant que le soleil. Tout le monde
en fut dans l'étonnemcnt et l'admiration. On le conduisit
ainsi, au milieu des chants de joie, dans l'église dédiée à
la sainte Vierge, où il avoit passé tant de jours et de nuits
dans les larmes : son corps en étoit épuisé. Il redoubla ses
prières, ranima son courage dans ce lieu saint, et y de-
meura trois jours , ne pensant plus aux choses de ce monde
EVESQUE DE RENNES. 57\ m SÏECLE-
Enfin après avoir salué les frères, et distribué aux serviteurs
de Jesus-Christ et aux pauvres tout ce qui lui restoit, il
mourut saintement. ' Les Bollandistes ont publié cette pièce, x<Hfeb. p. ast.
persuadés qu'elle mer i toit une place dans leur grande col-
lection , ob sententiarum gravitatem et verborum pondéra luce
publica dignum : ce que le P. Beaugendre a entendu mal à
propos du poëme sur les pierres précieuses dont nous par-
lerons bientôt.
Nous laissons au lecteur à porter son jugement sur la
vérité de cette histoire , et sur le mérite d'une pareille pro-
duction , de quelque plume qu'elle soit sortie. Nous disons
de quelque plume qu'elle soit sortie, parce qu'il ne nous
paroît pas bien certain que l'évêque de Rennes en soit
auteur. Les raisons que les Bollandistes ' en donnent ne Boit. 4 feb.
sont rien moins que convaincantes. Ces critiques attribuent
à Marbode la vie de saint Théophile, parce qu'il l'ont
trouvée dans un même manuscrit, avec des pièces dont
ils croyent que notre prélat est auteur. Ces pièces sont
celles qui suivent : le martyr de saint Laurent , la vie de
saint Alexis. La pénitence de Théophile est placée ici , et
suivie d'autres ouvrages, sçavoir : le martyr de la légion
Thébéenne, le poëme sur les pierres précieuses, et un
extrait des écrits de Solin, etc. Les éditeurs ajoutent que
ces écrits sont sans nom d'auteur dans leur manuscrit ,
mais qu'ils croyent que c'est Marbode : Nidlus auctor ap-
ponitur, quem opinamur Marbodum. Sur quel fondement
le croyent-ils? Est-ce parce que cette vie se trouve jointe
avec des écrits qui appartiennent véritablement à l'évêque
de Rennes? Il est vrai qu'il y en a deux, sçavoir le mar-
tyre de saint Laurent , et celui de la légion Thébéenne ,
qui lui sont attribués par Sigebert, et que nous ne dou-
tons pas qui ne soient de lui; mais il y en a aussi d'autres,
comme la vie de saint Alexis , le traité des pierres , l'ex-
trait des écrits de Solin, qui, pour ne rien dire de plus,
sont fort douteux. Ainsi puisque la vie de saint Théophile
se trouve avec des écrits de Marbode, dont les uns lui ap-
partiennent, d'autres sont suspects, on ne peut rien con-
clure touchant l'auteur de cette vie, de la circonstance des
écrits dans la compagnie desquels elle se trouve. On sçait
que les copistes ont souvent mêlé dans un même manus-
A a a ij
xi, siècle. 372. MARBODE,
crit les productions de diflerens auteurs. Le dessein de celui
qui a dressé le recueil dont nous parlons, n'a certaine-
ment pas été de réunir ensemble toutes les productions en
vers héroïques sortis de la plume de l'évêque de Rennes.
Il a si peu eu ce dessein, qu'il n'a pas même mis le
nom de notre prélat à la tête des pièces qui lui appar-
tiennent.
Nous remarquerons ici en général, que parmi les ou-
vrages de Marbode, surtout dans les poésies, il y en a plu-
sieurs de suspectes. Cela demanderoit une grande discus-
sion, mais nous ne sommes point en état de la faire, faute
de manuscrits. C'est pourquoi nous aimons mieux , en con
tinuant de rendre compte des écrits de notre prélat, nous-
en rapporter à l'éditeur, que de combattre des conjectures
par d'autres conjectures.
Marb. p. 1517, et ' 7°. Marbode a écrit en vers le martyr des sept frères
smv- Machabées, et de leur sainte mère. Ce poëme ne contient
que cent cinquante-huit vers; il se trouve dans l'édition de
4 524.
ib.p.i52i,etsuiv. '8°. Le poëme sur le martyr de saint Laurent est attri-
bué à Hildebert évêque du Mans, ensuite archevêque de
Tours, dans le manuscrit de saint Marien d'Auxerre; mais
dans celui d'Elnone ou de saint Amand, qui est présente-
ment à la bibliothèque du Roi , il suit immédiatement le
poëme sur le martyre de saint Victor } qui est expressé-
ment attribué à Marbode dans ce manuscrit. Cette preuve
seroit équivoque par elle-même, si elle éloit seule, pour
prouver que les deux écrits sont la production d'une même
plume. Mais elle est confirmée par le témoignage de Si-
sigeb. ser. eui. c. gebert ' , qui attribue le poëme sur saint Laurent à notre
158- prélat. De plus Tritheme, Possevin , Yossius, Pitsée, et la
foule des bibliographes reconnoissent l'évêque de Rennes
et non celui du Mans, pour auteur de ce poëme. Il consiste
en 355 vers hexamètres.
ib.p.i528,etsuiv. '9°. Un poëme de 482 vers hexamètres sur le martyr de
saint Victor. D. Beau rendre l'a publié sur deux excellens
manuscrits, l'un delà bibliothèque du roi, l'autre de saint
Gatien de Tours. Ce poëme est imparfait; car la mort du
saint martyr, qui en fait le sujet, n'y est point rapportée.
C'est pourquoi on lit à la fin du manuscrit de saint Gatien ,
EVESQUE DE RENNES. 375 In SIECLB
le vers suivant, Scribitur hîc partim Victoria passio passim ,
qui a été ajouté, pour faire voir, comme le remarque l'édi-
teur, que cette pièce est défectueuse. ' Dans le huitième Hi8t. utt. t. 8, p.
volume de cette histoire, on a déjà parlé des actes de
saint Victor, dont il s'agit ici. Il est inutile de répéter ce
qui a été dit : nous prions le lecteur de vouloir bien con-
sulter l'article de Rainard évêque de Langres, n°. 5. Nous
remarquerons seulement que ce poëme est attribué à Hil-
debert dans le manuscrit de saint Marien d'Auxerre. Mais
l'autorité des manuscrits de Tours et de saint Amand, qui
le donnent à Marbode , doit l'emporter.
'40°. Autre poëme sur le martyr de saint Maurice et de ib.p i535,et»uiT.
ses compagnons.
''M0. La vie de sainte Thaïs pénitente d'Egypte, en 459 p. imi.
vers. L'auteur débute par déclarer qu'il entreprend d'écrire
cette vie, afin de faire connoître par l'exemple de cette sainte
pénitente, que ceux qui se sont livrés aux plaisirs du
monde, ne doivent pas désespérer de leur salut, pourvu
qu'ils y renoncent pour faire pénitence.
' 42°. Un poëme de 56 vers, sur le martyr de saint Fe- P- ims.
lix et de saint Adauct. L'auteur a ajouté une prière aux
saints martyrs, dans laquelle il rend témoignage de plu-
sieurs miracles obtenus par leur intercession ', et dont il a P- ims.
été lui-même témoin.
' \ 5°. La vie de saint Maurille disciple de saint Martin , n>id •
ensuite évêque d'Angers. Elle est divisée en deux livres,
qui sont remplis d'un grand nombre de miracles. ' L'auteur p. 1552.
n'y a pas oublié l'histoire, ou la fable de saint René, et sa
résurrection sept ans après sa mort. Ce poëme est de 642
vers. M. de Launoy cite p. 45 de sa dissertation sur saint
Maurille, un traité de miracle3 opérés par ce saint après
sa mort. Cette pièce est l'ouvrage d'un chanoine d'Angers
nommé Chermer , dont on ignore le temps. M. de Tille-
mont ' dit qu'il ne sçait si ce traité est imprimé, ni s'il en Hist. eccie». 1. 10,
, . • p. 356.
vaut la peine.
'44°. Un recueil de poësies sur différens sujets et en dif- p. 1536
férentes sortes de vers. La première, que l'éditeur donne
sous le titre d'hymne sur la Magdelaine, est un parallèle
entre Marie mère du Sauveur, et Marie sœur du Lazare,
qui sont deux pa trônes que le ciel a accordées aux fidèles ,
2 6 *
XII SIECLE.
574 MARBODE,
dont l'une leur sert de modèle de pénitence, et l'autre de
mère, pour obtenir le pardon de leurs pèches. La seconde
est une hymne sur Marie, que Jesus-Christ délivra de ses
péchés, et qui apprend aux pécheurs à ne point désespé-
rer du pardon de leurs crimes, s'ils font pénitence. La
troisième est encore une hymne sur la pécheresse qui entra
dans la maison de Simon, et qui, sans parler, exposa par
ses larmes au Sauveur ce qu'elle demandoit. L'auteur con-
fond dans les trois hymnes Marie sœur du Lazare, Mag-
delaine et la femme pécheresse, ne faisant des trois qu'une
seule personne. La quatrième est une prière à Dieu le
père ; la cinquième est une j riere à Dieu le fds , pour lui
demander le pardon de ses péchés, et les vertus. « Par-
» donnez-moi ceux-là, accordez-moi celles-ci Lors-
» que vous nous ordonnez de rechercher les vertus, que
» vous appeliez le royaume de Dieu, donnez-nous vous-
» même ce que vous voulez que nous cherchions, et or-
» donnez ainsi ce que nous devons faire.
La sixième est une prière dans laquelle il témoigne à
Dieu un vif regret d'avoir recherché des choses périssables.
La septième est une prière à la sainte Vierge , dont il im-
plore la protection , pour obtenir de Jesus-Christ le pardon
de ses péchés, qu'il confesse. La huitième est encore une
prière à la mère de Dieu. La neuvième est sur les douze
patriarches. La dixième est une ode sur les prêtres. La on-
zième est une lettre à Hildebert évèque du Mans, sur ses
ouvrages dont il fait un grand éloge. La douzième sur la
chasteté. La treizième sur les vertus et les vices, dont il
fait la comparaison. ' La quatorzième est adressée à une
vierge, pour la féliciter sur les avantages de son état. La
quinzième à une vierge chrétienne. La seizième contre l'a-
mour prophane. La dix-septieme sur le même sujet; il y
témoigne sa douleur de s'être livré à cet amour. La dix—
huitième contre un abbé qui prenoit les ornemens d'é-
vêque; il le compare à un âne couvert de la peau d'un
lion (A ) : La dix-neuvieme sur l'Incarnation. La vingtième
(1) Quod si pontificem simulât, sed permanet abbas,
Permanel ergb tatens sub pelle leonis asellus,
Aut velul in scena personam fert alienam.
EVESQUE DE RENNES. 575 Xn siècle.
est un éloge de la vie monastique. Le P. Sirmond , ' dans s>™. not. in ep.
ses notes sur les lettres de Geofroi de Vendôme, rapporte '
cette pièce comme l'ouvrage d'un auteur incertain : mais
les manuscrits d'Angers et de saint Catien de Tours, où
elle se trouve parmi les écrits de Marbode, ne permettent
pas de douter qu'elle ne soit de lui. La vingt-unième est
une lettre à Samson évoque de Wincbestre , l'un de ses
plus chers disciples. 11 lui témoigne un grand dcsir de
le voir; mais la mer qui les sépare, ne permet pas à un
vieillard comme lui de s'y exposer. Il l'invite à venir lui-
même, et offre d'aller le trouver à Bayeux qui peut bien
suffire à trois évêques : Sedes prœsulibus sufficit Ma tribus.
La vingt-deuxième est adressée à Rivallon archidiacre de
Nantes, ou plutôt de Rennes. La vingt-troisième à Er-
mengarde fdle de Foulques Rechin femme d'Alain Fer-
gent duc de Bretagne. Il y fait le détail de tous les avan-
tages dont elle jouit dans le monde, dont le temps et la
mort doivent la dépouiller tôt ou tard ; mais l'amour qu'elle
a pour Jesus-Cbrist , le soin qu'elle prend des pauvres,
sont des biens que ni la viellesse ni la mort ne peuvent
lui enlever. La vingt-quatrième à Mathilde reine d'Angle-
terre. Il la loue sur sa beauté, ses excellentes mœurs, son
éloquence, sa modestie. La vingt-cinquième sur l'Annon-
ciation. La vingt-sixième sur l'épiphanie. La vingt-seplieme
sur l'hypapante, ou la présentation de l'enfant Jésus au
temple. La vingt-huitième sur le triomphe de Jesus-Christ
dans son ascension. La vingt-neuvième sur la solitude. Notre
auteur, pour se délasser des fatigues de la régence, avoit
coutume de se retirer de temps en temps dans une mai-
son de campagne qui appartenoit à son oncle paternel. C'é-
toit là où, pour me servir de ses expressions , dégagé des
embarras du siècle, et éloigné du tumulte de la ville, il se
retrouvoit, et rentrait au dedans de lui-même :
Rus habet in sylva patrnus meus , hue mihi sœpè
Mos est abjeclis curarum sordibus , et quœ
Excruciant hominem, secedere ruris amœna;
Iljrba virens, et silva silens et spiritus aurae
Lenis et œstivus, et fons in gramine vivus
Defessam mentem recréant, et me mihi reddunt
Et faciunt in me consistere.
XII SIECLE.
376 MARBODE,
Il y a lieu de croire que c'est dans cet agréable séjour que
Marbode a composé une grande partie de ses poésies. Le
lecteur peut juger par l'échantillon que nous avons ap-
porté de celle-ci , du succès que noire poëte aurait eu dans
ce genre d'écrire, s'il eût pu s'élever au dessus du mau-
vais goût de son siècle, qui étoit une démangeaison d'y
mettre des rimes; ce qui ne fait que gâter la poésie latine.
C'est un défaut qui régne dans la plupart des productions
de Marbode , sans parler de plusieurs autres. La trentième
sur la désobéissance du premier homme, qui a introduit
la mort dans le monde. La trente-unième contre ceux qui ,
après avoir fait profession de la vie religieuse , renonçoient
à leur état. La trente-deuxième sur la différence des peines
des damnés. La trente-troisième est une prière d'un péni-
tent qui est retombé plusieurs fois dans le crime. Dans la
trente-quatrième il fait des reproches à un moine qui avoit
de l'éloignement pour lui; il lui fait sentir qu'il a tort de
se glorifier, parce que personne dans cette vie n'est assuré
de son sort. Dieu fait miséricorde à qui il veut : il retire
quelquefois les plus grands pécheurs de leurs crimes, et
les sauve , tandis qu'il permet que des justes tombent et pé-
rissent. La trente-cinquième sur la chute du premier hom-
me. La trente-sixième sur la vie et la mort : la terre est un
exil, pour nous, dit-il, le ciel est notre patrie. Après avoir
fait une description des maux de cette vie, il demande si on
peut lui donner le nom de vie , et si c'est vivre que d'être
tourmenté (■<). Au contraire la mort de la chair mérite le
nom de vie, parce que la foi nous apprend qu'elle rend
l'homme heureux, c'est-à-dire celui que la grâce de Jesus-
Christ sauve. La trente-septième est un éloge de Boëmond,
dont il décrit le exploits. La trente-huitième sur une in-
vitation à des funérailles : il compare celui qui l'y avoit
invité au chathuant oiseau de mauvais augure. La trente-
neuvième est une consolation pour ceux qui sont dans l'af-
fliction. Jesus-Christ a pleuré avant que de ressusciter le
Lazare, pour nous apprendre par son exemjle à avoir un
cœur compatissant; les chrétiens peuvent donc avoir de la
(I) Tantis pressa malis an débet vita vncarit
Numquid concèdes ut vivere sit cruciari?
douleur
EVESQUE DE RENNES. 577 inSiECL*.
douleur de la mort des personnes qui leur sont chères (■!);
mais il faut que l'espérance modère la crainte et essuyé les
larmes. La quarante et quarante-unième sont deux prières
pour les morts. La quarante-deuxième sur la mort des chré-
tiens, qu'on ne doit pas pleurer. La quarante-troisième sur
l'épitaphc d'un abbé Jean, dans laquelle on avoit mis de»
choses inutiles, qu'il blâme, comme ne pouvant édifier
ceux qui liroient cette épitaphe. La quarante-quatrième
sur Jonas jette dans la mer, sa prédication à Ninive, et
la pénitence des Ninivites, qu'il propose comme un grand
sujet de consolation pour ceux qui pleurent leurs péchés
(2). La quarante-cinquième sur l'histoire de Ruth. La qua-
rante-sixième sur l'enlèvement de Dina, et le massacre des
Sichimites.
'-I50. Dans le temps que Marbode enseignoit les huma- Mai*, pr. 1587.
nités et la Rhétorique à Angers, il fit sur cette matière,
pour l'instruction de ses disciples, un ouvrage qui porte ce
titre dans le manuscrit de Jumieges : Marbodus discipulo
suo , de ornamentis verborum. Il est divisé en trente articles.
Dans chaque article il commence par donner en prose l'ex-
plication d'un terme ou d'une figure qui est en tête; puis
il en donne un exemple en vers. Ainsi après avoir expli-
qué ce que c'est que la répétition, il en fournit un modèle
dans les vers suivans :
Tu mihi rex, mihi lex, mihi lux, mihi dux, mini vindex,
Te colo. te laudo, le glorificans, tibi plaudo.
Cet écrit est terminé par un épilogue dans lequel l'au-
teur promet de donner encore d'autres instructions sur la
même matière. Cœtera quce restant, me dispensante, dabun-
tur. En attendant , il exhorte son disciple à se remplir de
celle-ci. 11 ajoute que celui qui veut s'acquérir de la ré-
putation en écrivant, doit surtout s'appliquer à peindre au
naturel l'âge, le sexe, les mœurs, les conditions des per-
sonnes dont il parle : en s'écartant de ces régies , il ne sera
(1) Est contriîlari piares in funere cari.
(2) Qui culpas fletis magnum solamen habetit;
Non desperetis, quia cèdent tristia lœtis.
Tome X. Bbb
XII SIECLE.
578 MARBODE,
SUIV
qu'un Bavius; et s'il les suit, il égalera Homère : Hœc
spernens Bavius; hœc servans fiet Homerus.
Marb. p. i59f>, et '4G°. Le livre des dix chapitres est un des ouvrages
de nofre auteur qui lui fait le plus d'honneur; et quoique
sa muse fût vieille, lorsqu'il composa cet écrit, il a mieux
réussi que dans aucun autre. Non seulement les pensées
en sont justes, mais la poésie en est meilleure. Dans le
premier chapitre qui traite de apto génère scribendi, il dé-
bute en témoignant son regret de plusieurs productions de
sa jeunesse, qui sont trop libres (\). Il souhaiteroit ne les
avoir jamais publiées; mais cela n'étant pas possible, il
se propose d'être plus sur ses gardes pour l'avenir, en évi-
tant de tomber dans de semblables fautes, et en ne s'exer-
çant plus que sur des sujets graves et sérieux. Il exige trois
choses pour bien écrire; sçavoir : que le discours soit clair ,
sans défauts et orné de figures (2). Celui qui réunit ces
trois choses, a trouvé le secret d'allier ensemble l'utile et
l'agréable, et de mériter l'attention de ses lecteurs et de
ses auditeurs. Dans le second chapitre Marbode fait une
très-belle et très-vive peinture des différens états de
l'homme , des maux et des passions auxquels il est sujet
dans chaque âge , depuis le moment de sa naissance jusqu'à
sa mort. Mais il ne faut pas croire, dit-il, que lorsque nous
mourrons, tout meurt avec nous. Le corps même ne périt
point, et il sera réuni à l'ame immortelle à laquelle le Tout-
puissant l'avoit joint (5). Notre auteur finit ce chapitre par
une humble confession de ses péchés, et il en demande
pardon à Dieu, dont la miséricorde est l'unique fonde-
ll) Quœ juvenis scripsi, senior dùm plura retracto,
Pœnitet, et quœdam vel scripta vel édita nollem.. . .
Sed quia missa semel vox irrevocabilis exil
Restât ulinreliquumjam cautior esse luborem.
(2) Sam lex scribendi reclè tria postulat. Vt sit
Perspicuum, vitioque carens et schemate vernans.
Qund qui consequilur fit dulcis et utilis idem.
Et relinere potest animos auresque legentum.
(3) Son est credendum nos funditùs interituros ,
Sed potiùs constat , quod nec caro nostra peribit ,
Mtemm menti miro simul ordine juncta.
EVESQUEDE RENNES. 579 XIiSiecle.
ment de son salut et de son espérance. Dans le troisième
il fait un grand détail des maux que la femme cause dans
le monde : elle est une source de querelles, de divisions,
de séditions, même parmi les parens et les amis, qu'elle
soulevé les uns contre les autres ; elle fait tomber la cou-
ronne de dessus la tête des monarques , arme les nations
pour se détruire réciproquement, renverse les villes, rem-
plit tout de sang et de carnage, porte le feu et le fer dans
les campagnes : en un mot ' il n'est sorte de maux où elle Marb. p. îeoo.
n'ait quelque part. Denique nulla mali species grassatur in
orbe, in qua non aliquam sibi sumat fœmina partern. L'en-
vie, la colère, l'avarice, le désir de la vengeance font
son caractère. ' Dans le quatrième chapitre notre auteur p. ieoi.
fait l'éloge de la femme vertueuse, qui est le plus grand
bien que Dieu accorde dans cette vie. Après avoir repré-
senté tous les avantages qu'elle procure dans la société,
il ajoute qu'on a souvent vu dans ce sexe, quoique le plus
foible, une vertu non-seulement égale à celle de l'homme,
mais même qui la surpasse. Il en cite plusieurs exemples
tant sous l'ancienne que sous la nouvelle alliance, et même
parmi les payens. D'où il conclud que le sexe n'est point
pour la femme un sujet de blâme , ni celui de l'homme un
titre d'honneur; mais que ce qui fait le mérite de l'un et
de l'autre, est la vertu. ' Dans le cinquième chapitre il p. 1603.
parle de la vieillesse dont il décrit les incommodités , et
ensuite les avantages. Il remercie Dieu de l'avoir conduit
jusqu'à un âge où il a l'agrément de recueillir le fruit de
ses études, en lisant, méditant, écrivant quelque chose
d'utile, et en instruisant son troupeau (i). Le sixième cha-
pitre est sur le destin et la naissance. Il y combat l'astro-
logie judiciaire par des raisonnemens solides, et déclare
qu'il a éprouvé lui-même la fausseté de cette science, à
laquelle il s'étoit autrefois appliqué. ' Dans le septième cha- p. 1607.
(I) Ast ego nunc suaves studiorum collign fructus,
Cùm lego vel meditor, vel qttidhbet utile scribo,
Vel mini eommissns moralibus i'islruo ver ois.
Ergb Creatori non cesse m reddere grates
Mtatem qui me miserons perduxil ad islam.
B b b ij
m SIECLE.
580 ' MARBODE,
pitre Marbode réfute le système d'Epicure qui, selon lui,
a fait consister le souverain bien dans le plaisir. Dans le
huitième il entreprend d'établir quelles sont les loix de la
véritable amitié parmi les gens de bien , et les fruits agréa-
bles qu'on en retire. Il traite de dogme exécrable et inhu-
main le sentiment de certains philosophes, qui ont pré-
tendu que le sage doit vivre content de s'aimer lui-même.
Pour lui il regarde comme une chose si nécessaire d'avoir
des amis, qu'il croit qu'il vaut mieux en avoir même de
suspects que de n'en point avoir du tout : Suspectos opus est
etiam patiamur amicos, queis, licèt indignis, vxtœ tantùm
indiget usus. Aussi ne fait-il point difficulté de dire qu'un
ami est le plus grand bien qu'il y ait, après Dieu et la
vertu (4). Dans le neuvième chapitre il fait voir les avan-
tages de la mort. Tous les hommes se plaignent de l'arrêt
de mort prononcé contr'eux. Tout âge, tout sexe, toute
condition, le jeune et le vieillard, le pauvre et le riche,
le sujet et le souverain font sur cela des plaintes, mais
elles sont injustes. La mort n'est point à craindre pour les
bons, puisqu'elle est la fin de leurs travaux et le com-
mencement de leur bonheur. Pour ce qui est des méchans,
ee n'est point la mort, mais leur mauvaise vie qui leur
attire les supplices qu'ils craignent, et qui leur font crain-
dre la mort ; ainsi la raison qui la leur fait craindre n'est
point juste. La mort leur est même avantageuse, ' parce
qu'en terminant leur carrière, elle arrête leurs crimes qui
leur attireroient encore de plus grandes peines, s'ils vi-
voient plus long temps. Enfin dans le dixième et der-
nier, il prouve la résurrection des corps.
47°. Le livre des dix chapitres est suivi d'un recueil de
plusieurs petites pièces de peu de conséquence pour la
plupart. On y voit cinq épitaphes, dont la plus remar-
quable est celle du célèbre Anselme de Laon. Il y en a une
autre dans laquelle il plaisante sur un certain Robert, qui
n'étoit ni riche, ni pauvre, ni bien sage, ni bien fou, ni
fort célèbre, ni absolument inconnu, ni trop saint, ni trop
(1) Obtinet ergo loeum Deïtas super omnia primum,
Proxima *tat virtus, postquam numeretur amicus ■
Quo meliùs post Ma duo niM esse putamus.
EVESQUE DE RENNES. 581
XII SIECLE.
débauché. Les deux dernières pièces de ce recueil sont
adressées à un poëte nommé Gaultier, dont il fait grand
éloge.
'48°. D. Beaugendre a tiré du manuscrit de S. Gatien Marb. wm.
un autre recueil de poésies, dont aucune n'avoit encore
paru; à l'exception de l'épitaphe de Lanfranc , qui a été
imprimée sous le nom de saint Anselme dans le dernier tome
des actes des saints de l'ordre de saint Benoît; et la satyre
contre les habitans de Rennes , qui avoit déjà été publiée
dans l'ancienne édition , et dans l'histoire de Bretagne ' par t. 2, p. 345.
D. Lobineau. Dans cette satyre (car c'est le nom qu'on
peut donner à la petite pièce de Marbode , de civilate
Redonis) les habitans de Rennes sont représentés comme
un peuple livré au plaisir , ennemi du travail ; qui méprise
les gens de bien, et met toute son application à tromper.
Il n'y avoit point de mauvaise cause , qui ne fût assurée
de trouver dans cette ville des avocats, qui étoient tou-
jours prêts à employer leur ministère, pour faire con-
damner l'innocent et absoudre le coupable.
Causidicos perfalsidicos absolvit iniquos.
Veridicos et pacificos condemnat auucos.
Les gens de bien y étoient à charge , Quisque bonus
reputatur onus; la bonne foi y étoit inconnue; la no-
blesse exerçoit une cruelle tyrannie sur les paysans; les
riches opprimoient les pauvres. D. Lobineau se contente
dédire, qu'il y a un peu de passion dans ce portrait. ' Il Hist. Bret. t. 1, p.
semble qu'un historien de Bretagne pouvoit, sans s'écarter 204'
de l'impartialité, dont on doit toujours faire profession,
dire quelque chose de plus , et moins ménager une pièce
si injurieuse aux habitans de la capitale d'une province,
dont il publioit l'histoire. Mais il aura sans doute pensé,
qu'il étoit inutile de se donner la peine, de repousser des
reproches, qui n'ont plus aujourd'hui de fondement à l'é-
gard des citoyens de la ville de Rennes. ' D. Beaugendre iwd. not. ad. pag.
avoue qu'il avoit d'abord eu dessein de supprimer cette 1825-
pièce, afin de ne point choquer les esprits, mais l'autorité
des manuscrits où elle se trouve, et la crainte de passer pour
téméraire, l'en ont empêché. Il la regarde comme une
III SIECLE.
582 MARBODE,
production de la jeunesse de Marbode , qui la composa peut-
être dans un temps, où il y avoit quelque division entre
les habitans d'Angers et ceux de Rennes. De plus il pense
qu'elle est du nombre de celles, dont Marbode a eu du
regret , et dont il a dit qu'il auroit souhaité ne les avoir
jamais publiées, ou pouvoir les effacer : Vel delenda cita,
vel non edenda fuissent.
p. i63i. H y a dans le même recueil une autre pièce ' plus con-
sidérable, et beaucoup plus vive que la précédente : elle
est intitulée Versus canoniales. Notre poète y fait une
peinture affreuse des mœurs des ecclésiastiques. Il leur
reproche d'avoir des relies particulières pour eux, de com-
mettre impunément toutes sortes de crimes , d'exercer une
domination qu'il appelle exécrable , placet execranda po-
testas; de dépouiller les autels, de briser les calices, etc.,
sans qu'on ose même blâmer de tels excès : nec mu tire
licet. Ce serait même un crime digne de punition, d'y
trouver à redire. Si quelqu'un a la hardiesse de le faire , il
est menacé d'une sévère punition pour servir d'exemple aux
autres : c'est à nous, disent les ecclésiastiques, à régler
les loix, et à prescrire aux autres ce qu'ils doivent ob-
server. Nos leges regimus, nos jura docenda tenemus. Si
nous volons, nous voulons que le vol soit impuni. La loi
n'a de force qu'autant qu'il plaît au Souverain. Le Roi et
les supérieurs ne sont soumis à aucune loi : Rex et prce-
positi nulla sunt lege premendi. En détaillant les excès,
dont il les accuse, il répète plusieurs fois ces paroles,
altéra prcepositis est , altéra régula nobis. Outre les plaintes
générales qui regardent tous les ecclésiastiques, il fait encore
les portraits de quelques particuliers , qui n'y sont point
ménagés. Il n'épargne pas même l'évêque , qu'il traite
d'ignorant, et dont il parle avec beaucoup de mépris. Il
lui sied bien, dit-il, d'occuper le premier rang, de vou-
loir être le maître des autres, lui qui n'est propre qu'à
conduire des ânes (4). L'auteur de l'histoire manuscrite de
p. 79. l'université d'Angers, ' croit que ce prélat étoit Geofroi
(1) Cur tenet imperium? Cur se vult esse magistrum?
Et cur doctores sub se premit atque priores,
Que m decetex atavis asinum deducere sxlvis?
EVESQUE DE RENNES. 5x85 m siècle.
de Mayenne, contre lequel on porta des plaintes au pape
comme ayant été ordonne néophitc, et n'ayant aucune
teinture des lettres. Ce Gcoffroi quitta l'évêché d'An-
gers l'an MOI , ' et se retira dans l'abbaye de Cluni. La Mab.ann. 1. 70, n.
pièce dont nous venons de parler, ne fait pas honneur à
Marbode, il y marque trop de passion et trop peu de cha-
rité. C'est pourquoi on peut croire avec fondement, que
ces vers sont du nombre de ceux, dont il a témoigné du
regret dans sa vieillesse, et qu'il auroit souhaité n'avoir ja-
mais composés.
49°. Ne pourroit-on pas dire la même chose du poëme
sur les différentes espèces et la nature des pierres; ou-
vrage dont l'auteur « se montre presque par tout grand
» partisan de l'astrologie judiciaire et même de la plupart des
» superstitions et des fables ridicules ' des pavens. » Ce qui a Hist. utt. 4, t. 2,
j» u j e m • - t^ «• it j. ~ •„ 1 ■ p. 335 et suiv.
d abord lait croire a D. Rivet, que 1 auteur etoit payen lui-
même, n'étant pas croyable qn'un chrétien eût prêté sa plume,
pour faire passer à la postérité tant de rêveries payennes ou
magiques, sans donner quelque marque qu'il les improu-
voit, ce qu'il ne fait nulle part. En conséquence le même
D. Rivet a cru , que ce poëme n'est point l'ouvrage d'un évê-
que aussi plein de piété que l'étoit Marbode ; et que c'est mal-
à-propos qu'on l'a confondu avec un poëte ancien , qui en
est le véritable auteur. La confusion est venue, selon lui,
de ce que Marbode ayant donné une explication ' des pierres ibid.p. 338.
précieuses, dont il est parlé dans l'apocalypse, cela aura
donné occasion de lui attribuer le poëme de l'ancien poëte
sur la nature des pierres, parce qu'il en a fait quelqu'usage
dans son explication, et parce qu'il se sera peut-être trouvé
sans nom parmi ses papiers. Mais plusieurs raisons, dit-il,
pouvoient empêcher de tomber dans cette confusion et dans
cette erreur; sçavoir la différence du style, qui est plus poli,
plus latin et plus élégant dans le poëme de l'ancien poëte,
que ne l'est celui de Marbode : 2°. La différence de senti-
mens; l'explication des pierres précieuses de Marbode étant
toute chrétienne et ne tendant qu'à inspirer la piété, au
lieu que celle de l'ancien poëte est toute profane, et ne
respire que les superstitions de la magie et du paganisme.
Ces raisons ont paru plus que suffisantes à D. Rivet, pour
convaincre les personnes judicieuses, que le poëme sur les
M SIECLE.
584 MARBODE.
134.
>
différentes espèces et la nature des pierres n'est point
de Marbode. Il ajoute encore que l'opinion qui le lui donne ,
n'est appuyée sur aucun solide fondement. On ne trouve
que deux manuscrits qui portent le nom de Marbode. Un
troisième , d'un égale antiquité, si même il n'est pas plus
ancien , n'a aucun nom d'auteur. Un quatrième porte le
nom d'Hildebert évêque du Mans. Celui sur lequel a été
faite l'édition de 4 43J , porte simplement Marbodeus Câl-
ins. Enfin les écrivains du treizième siècle, qui ont cité le
poème, dont il est ici question, ne l'ont fait que sous le
nom d'Evax , qui est l'auteur original, ou sous le nom ap-
pellatif de Uapidaire . ou de Liliaire.
Quelque convaincantes qu'ayent paru ces preuves à D.
Rivet , elles ne l'ont pas empêché de revenir lui-même
au sentiment le plus commun , et de reconnoitre que Mar-
inât, im. t. t. p. bode est auteur du poëme sur la nature des pierres. ' € Mar-
> bode , dit-il , évêque de Rennes dans la suite , a fait un
» traité de soixante-une pierres précieuses, dont il donne
une assez juste connoissance , surtout par rapport à leurs
» principales propriétés et leurs qualités essentielles. > Ef-
fectivement les raisons sur lesquelles D. Rivet s'étoit d'a-
bord appuyé, pour enlever cet ouvrage à Marbode, sont
plus spécieuses que solides; et notre habile critique, en
les donnant pour convaincantes, avoit plus suivi le mou-
vement de son cœur et de sa piété, qui lui faisoient regar-
der cet ouvrage comme indigne d'un évêque , que ses lu-
mières et son discernement ordinaires. \°. Quant au style,
la différence n'est pas assez grande, pour en tirer une preuve
solide ; d'autant que dans les poésies qui sont constament
de Marbode, on y trouve quelquefois tant d'inégalité
et de différence , qu'on est tenté de croire qu'elles ne sont
pas du même auteur. 2°. Pour ce qui est de la preuve tirée
du fond de l'ouvrage, qui paroit être' celui d'un payen et
non d'un évêque aussi plein de piété que Marbode ; cette
preuve, dis-je, n'a pas plus de force que la première, puis-
que ce reproche ne peut tomber que sur le premier auteur
de l'ouvrage , et non sur celui qui n'en est que l'abbrévia-
teur; et qui en l'abrégeant ne doit pas être censé donner
ses propres sentimens. Qu'on lui reproche, si l'on veut,
d'avoir fait un mauvais usage de ses talens et de sa plume ,
pour
EVESQL'E DE RENNES. . 38o m SIICLB.
pour faire passer à la postérité des rêveries payennes , ou
magiques, nous conviendrons que ce reproche est bien
fondé ; mais on ne peut pas en conclure qu'il n'est point
auteur de cet ouvrage. Combien y a-t'il de chrétiens, qui
ont fait des écrits en vers et en prose, indignes de notre
sainte religion, et pleins de superstitions et des fables ri-
dicules des payens? Combien pourrions-nous en donner d'e-
xemples? Doit-on en conclure qu'il ne sont pas de ceux
dont ils portent les noms? La même chose a pu arriver à
Marbode dans sa jeunesse. Ne dit-il pas lui-même en re-
passant dans sa vieillesse les écrits qu'il avoit publiés étant
jeune , qu'il y en a plusieurs qui font la matière de ses re-
grets (•!)? Ne voit-on pas par ses écrits, qu'il s'étoit oc-
cupé à des études inutiles, telles que l'astrologie (2)? 'Ainsi p. i6œ.
on ne doit point regarder comme une chose incroyable ,
qu'il ait fait, ou plutôt abrégé le traité de soixante-une
pierres précieuses , qui porte son nom dans deux anciens
manuscrits, et qui lui est attribué par une multitude d'auteurs,
Il s'en trouve à la vérité qui ne citent cet ouvrage que
sous le nom d'Evax. ou de Marbodus Gallus, et qui dou-
tent que ce Marbodus Gallus soit le même ' que l'évêque Hist. deBret. m>. "
de Rennes. € On doute, dit d'Argentré, si c'est celui qui 3| c" 5' p' i5 '
» fut évêque de Rennes, homme de grande probité et
> religion , et instruit en toutes lettres Ce que ne
» montrent toutefois pas les vers qu'on dit être de lui. >
Le même d'Argentré ajoute « qu'il faut que quelqu'un
» mal apris voulut emprunter son autorité et crédit, et
» sous icelui faire couler cette folle et indocte composition. »
Ce qu'il avance sans en donner de preuves. Lilius Giraldi,
dans son quatrième dialogue ' sur l'histoire des poètes, doute inier. ej.op. t. s,
si Marbodus Gallus, auteur du Liliaire ou Lapidaire, est le p' 306, et 307
même que l'évêque de Rennes , qui a fait un poëme sur
les martyrs de la légion Thébéenne , et sur les canti-
ques, et qui vivoit du temps d'Henri III, l'an 4 0o0. Mais
ce doute, joint aux méprises dans lesquelles il tombe en
(1) Qua juvenis seripsi , senior dùm plura rttracto,
Pœmtet , et quœdam vel scripta vel édita nollem.
(S) Bœc apud astrologos quondam mihi lecta reeordor....
Sicut in hoc studio versons aliquando protavi.
2 7 Tome X. C c c
XII SIECLE.
386 MARBODE,
parlant de notre Marbode, prouve seulement qu'il n'étoit
pas bien instruit de ce qui regarde cet écrivain. Pour ce qui
est de l'auteur, quel qu'il soit , il en porte un jugement
peu avantageux : Sed ute unique prceter facilitatem , nihil Me
satis castum habet : nam elocutionem née puram , nec sylla-
bas prœcipuè grœcas , probe satis enuntiat.
Malgré les raisons que nous avons de croire que l'écrit
sur les pierres précieuses, appartient à Marbode, nous ne
prétendons point décider absolument. Nous ne dissimu-
lons même pas qu'il y a de part et d'autre beaucoup de proba-
bilité. Ainsi nous consentons volontiers qu'on regarde
cet écrit comme une production, sinon faussement attri-
buée à Marbode , du moins douteuse. Le compte que D.
Hist. nu. t. 2, p. Rivet a rendu de cet ouvrage , de la traduction françoise,
averf1 pAv\). ' ' (que M. Falconet regarde comme la plus ancienne qu'il y
Marb. p. 1679. ajt en notre langue) et des différentes éditions, nous dis-
pense d'en parler davantage. Nous ajouterons seulement
d'après Fabricius deux éditions de ce traité, sous le nom
d'Evax roi des Arabes l'une , à Lubec in-S°. l'an 4 575;
l'autre à Lipsic m— 4°. l'an \ 585 , et une troisième à Leyde
\ 707 , m— 4° , grand papier.
2i°. Outre le traité des soixante-une pierres, Marbode
a encore fait un petit écrit sur les douze pierres précieuses
dont il est parlé dans l'apocalypse. ' C'est une prose en seize
stropbes, qui n'avoit point encore été imprimée, et que D.
Beaugendre a donnée sur un manuscrit de saint Victor.
L'auteur y donne une explication morale des douze pierres,
qui servent de fondement à la Jérusalem céleste: Le jaspe,
dont la couleur est verte, marque ceux dont la foi est tou-
jours la même, sans aucune altération, et qui résistent cou-
rageusement au démon. La sardoine, par sa couleur rouge,
désigne les martyrs qui répandent leur sang pour Jcsus-
p. 1581, et suiv. Christ : ainsi des autres. Marbode répète les mêmes expli-
cations, en douze articles ' qui suivent la prose, et il les
ib p. 1684. étend quelques fois plus. ' Vient ensuite un petit écrit, dans
lequel l'auteur parle de la nature des pierres, et leur attri-
bue des effets merveilleux. C'est un précis de ce qu'il y a
de plus superstitieux dans le traité des soixante-une pierres;
il y joint un autre précis bien différent , qui est celui des
explications morales des douze pierres. Ce petit écrit est
EVESQUE DE RENNES. 587
XII SIECLE.
terminé par seize vers en vieux françois, sur ces douze pier-
res précieuses, qui sont la figure îles saintes âmes, qui
servent Dieu (I). Le tout est terminé par une liste latine et
françoise des soixante-une pierres. Enfin on trouve à la fin
des ouvrages de Marbode un petit poëme, ' qui traite en- P- 1687.
core de quelques pierres et de leur vertu ; mais il est incer-
tain s'il est de Marbode. Abraham Curée l'avoit déjà pu-
blié en 4 595.
Marbode est auteur de l'éloge en vers de Milon ; ' qui Mab. ann 1. 70, n.
de Moine de saint Aubin d'Angers, fut évêque de Pales-
tine, cardinal et légal du pape Pascal II en France. D.
Beaugendre n'a point donné celle pièce qui se trouve néan-
moins dans un manuscrit de l'abbaye de saint Aubin. Pour
y supléer, on l'a imprimée ' dans l'appendix du cinquième ib. p. 670.
tome des annales Bénédictines.
22°. Le P. Hommey dans son suplément des pères, nous Hom. supi. p. 546-
a donné, sous le nom de Marbode, un écrit sur les trois 551-
ennemis de l'homme , de tribus inimicis hominis liber,
qui sont la femme, l'avarice et l'ambition.
§ III.
ÉCRITS SUPPOSÉS.
■
-1°. "Plusieurs écrivains anciens et modernes comp-
-Etent parmi les ouvrages de Marbode un commen-
taire en vers héroïques sur le cantique des cantiques. Si- sig.de script, ecci.
gebert, mort avant notre auteur, le lui attribue.' ïliri- Trim. ' de script,
thème en parle comme du plus excellent de tous ses centPMagdPcent'
écrits:' inter quœ prœcellit opus insigne, quod triplici sensu n, c. io, p. 557.
eleganti métro composuit in cantica canticorum.
Le même commentaire lui est attnbué par M", de sainte
Marthe , le Père Hommey et Balaeus. ' Ce dernier ne fait
que trois bévues en trois mots , lorsqu'il dit que Marbode
s'appelloit Evax, qu'il etoit né en Angleterre, ' et qu'il
florissoit en 4 050. Enfin, sans parler de plusieurs autres,
( 1 ) De saints urnes portent figure,
Ki Deu servent s'en ponre,
Tûtes maneres de sainieté
Unt à urnes figures.
C c c ij
III SIECLE.
588 MAR130DE,
D. Beaugendre a publié ce commentaire sous le nom de
Marbode, sur un manuscrit du collège de Clermont, qui
lui a été communiqué par le P. Hardouin, quoique ce ma-
nuscrit ne portât point anciennement le nom de Marbode,
qui a été ajouté depuis. Le véritable auteur de ce com-
mentaire est Willerame, scolastique de Bamberg, ensuite
Ampi. ceu. t. 1, religieux de Fulde, enfin abbé de Mersbourg. ' C'est une
p' ' ' découverte, dont nous avons l'obligation à D. Martenne
et à D Durand, ' qui ont trouvé dans l'abbaye de saint
Eucher, aujourd'hui de saint Matbias, à Cologne, le com-
mentaire sur le cantique des cantiques en vers, et en lan-
gue Teutonique, sous le nom de Willerame scolastique de
Bamberg, moine de Fulde. Il est précédé d'une préface
de l'auteur, dans laquelle il gémit, en comparant le zèle
qu'avoient autrefois nos pères pour l'étude de l'écriture
sainte, avec la négligence des chrétiens de son siècle, qui
n'avoient plus de goût pour les lettres, et ne s'exerçoient
qu'à l'avarice, à l'envie et à la dispute. Ceux même qui
apprenoient la grammaire et la dialectique en demeuroient-
là, et négligoient entièrement l'étude de l'écriture sainte;
« quoiqu'il ne soit permis, dit-il, à des chrétiens de lire
» les livres de gentils, que pour mieux sentir la différence
» qu'il y a entre la lumière et les ténèbres, entre la vérité
» et l'erreur » (-\ ). Paroles remarquables et dignes d'un
chrétien. La vue de ces maux, et le désir d'y apporter
quelque remède, engagèrent Willerame à entreprendre de
donner une explication du cantique des cantiques en vers,
et en langue Teutonique. Ce qu'il lit, sans y rien mettre de
lui-même, mais en tirant toutes ses interprétations des
saints Pères. Tel est l'auteur du commentaire sur le canti-
que faussement attribué à Marbode. D. Martenne a fait
imprimer la préface, qui est fort édifiante, avec le com-
mencement de l'ouvrage, tant en vers qu'en langue Teuto-
nique pour en donner idée. Il est inutile d'avertir que la
préface manque dans l'édition de D. Beaugendre, car s'il
en avoit eu connoissance il n'auroit pas attribué cet ou-
vrage à l'évêque de Rennes.
(1) Cùm\pb hoc solùm chrislianis liceat genliles libros légère, ut ex his quan-
ta dislantîa sit lucis et tenebi arum, ventotis et erroris, postint discernere.
EVESQUE DE RENNES. 389 XII SIECLK
2°. Possevin attribue à Marbode ' un écrit sous ce titre, bîm. sel. part. 2,
Vitœ eremitarum Thebaïdis. Ce bibliographe n'auroit-il pas p' 455'
pris le poème de notre auteur sur les martyrs de la légion
Thébéenne, pour la vie des hermites de la Thébaïde ?
Car on ne trouve point d'ouvrage de Marbode sous ce titre,
ni dans l'ancienne ni dans la nouvelle édition, ni dans les
manuscrits, ni dans Fabricius, et dans les écrivains qui ont
donné la liste des productions de cet auteur.
§ iv.
Son génie, son érudition, le jugement qu'on en a porté.
Il est aisé de se former une juste idée de Marbode, par
les extraits que nous avons donnés de quelques-uns de
ses ouvrages. Il étoit d'un caractère vif et caustique, com-
me on le voit par les lettres à Robert d'Arbrisselles, à
Renaud d'Angers, et par plusieurs de ses poésies, qui
sont pleines de feu, d'invectives et de railleries. Quoi-
qu'il se fût plus appliqué à l'étude de l'éloquence, qu'à
celle de la théologie, il paroît néanmoins qu'il n'avoit pas
négligé celle-ci. L'usage qu'il fait de l'écriture et des pères
dans ses différens ouvrages, montre qu'il avoit puisé dans ces
sources pures , et qu'elles lui étoient familières. Sa seconde
lettre à Vital, sa réponse à une consultation d'Hildebert,
quelques courtes qu'elles soient l'une et l'autre , prouvent
qu'il étoit versé dans les écrits de saint Augustin. Son style,
tant dans sa prose que dans ses vers, n'est pas tel qu'on pour-
roit l'attendre d'un écrivain, qui a passé une partie de sa vie
à professer l'éloquence; il est néanmoins agréable et se fait
lire avec plaisir, mais plus par la vivacité des pensées, que
par la pureté des expressions. ' Ses lettres sont assez bien
écrites , et remplies de bons principes et de passages de
l'écriture et des pères, très-bien appliqués. Ses poésies, dit
M Dupin, ne sont pas en fort beaux vers, ni d'un style bien Bibi. îaueci.pwt.
poétique; mais elles sont pleines de pensées justes et so- s' p' 539'
ïides. Il s'en trouve néanmoins quelques-unes, comme
son poëme sur la solitude, la lettre à la reine Mathilde, et
quelques autres dont le style est meilleur, et peut faire
juger du succès qu'il auroit eu dans ce genre d'écrire, s'il
2 7 *
xn siècle. 390 MARBODE,
ne s'étoit point astreint aux rimes, selon le mauvais goût
p. 80. de son siècle. L'auteur de l'histoire manuscrite de l'uni-
versité d'Angers prétend que quand Marbode vouloit
bien ne point s'astreindre aux rimes latines, ses vers éga-
loient quelquefois ceux des meilleurs poètes. On auroit
bien de la peine à en produire des exemples. D. Beau-
gendre qui pense a^sez favorablement des poésies de Mar-
bode , remarque dans un avertissement , qui est à la tête
du poème sur le martyre de saint Victor, que les poètes de
ce temps avoient une si grande démangeaison de rimer dans
leurs vers, qu'ils forgoient quelquefois pour cela des mots
nouveaux, qui n'avoient aucun sens. C'est ainsi, dit-il,
que l'auteur de ce poème , quoique d'ailleurs très-habile
dans les belles lettres, met iliu pour illius, afin de le
faire rimer avec diu. Mais D. Reaugendre se trompe lui-
même en prétendant que iliu est mis pour illius. ' Il est
mis pour f,Xïcu , qui singnifie soleil.
Nox abit, baneque diù, jam lux orientis iliu
Sparserai auroiani, elc.
L.i.deimag.mun- L'explication en est bien simple et bien naturelle; outre
b'ricC suppLPbibi~ que Marbode n'est pas le seul qui se soit servi de cette ex-
îat. p. 88i. pression; on trouve dans Honoré, casa iliu, c'est-à-dire,
la maison du soleil, pour marquer le ciel, qui est la de-
meure de cet astre. La remarque de P. Beaugendre est
juste d'ailleurs, et il n'est pas douteux que si les poètes de
ce siècle, et Marbode en particulier, n'eussent pas af-
fecté de rimer dans leurs vers, ils auroient mieux réussi :
Mais il se laissa entraîner au torrent, et suivit le goût do-
minant , dont il commença trop tard à appercevoir les mau-
vais effets. Il les reconnut néanmoins enfin , et dans un
ouvrage qu'il fit, étjnt déjà fort âgé, il se corrigea. Cet
ouvrage est celui des dix chapitres , dans lequel il se proposa
d'éviter les défauts dans lesquels il étoit tombé auparavant,
qui eonsistoient à préférer l'harmonie des sons et l'agrément
des expressions, à la solidité des choses mêmes (4).
(1) Ergo proposition mihi sit, neque ludicra queedam
Scribere,nec rerbi» aures mulcere canoris;
Non quod inomatè describere séria Inudem,
EVESQUE DE RENNES. 591 XII siècle.
Si l'on s'en rapporte au témoignage des écrivains du
siècle de Marbode, et de quelques autres qui ont suivi, on
aura de lui l'idée la plus avantageuse. ' Non-seulement Epist. Enc. Marb.
ou le regardera comme le roi des orateurs de son temps, li83'
Oratorum rex ; et avec Baudry de Bourgueuil, comme le
poëte le plus excellent, ipseque Marbodus vatum specta-
bile sydus; mais on le mettra même avec Ulger au-dessus
de Ciceron, de Virgile et d'Homère : Cessit ei Cicero ,
cessit Maro junctus Homero.
Le lecteur appréciera ces éloges à leur juste valeur.
Tritbeme écrivain postérieur de plusieurs ' siècles, en parle De script, eccies.
d'une manière qui approche plus du vrai. Marbode, dit- ElstV p! leiV °P'
il , étoit très-habile dans la connoissance des saintes écri-
tures, versé dans la lecture des anciens, et très-instruit
des sciences. Il composa tant en prose qu'en vers différens
ouvrages, dont la lecture peut être aussi utile qu'agréable,
Quœ legentibus non minus placere possent quàm prodesse.
L'auteur de l'histoire manuscrite de l'université d'Angers p. to.
assure que Marbode fit de son temps les délices de la pro-
vince d'A jou , que tous les historiens qui ont parlé de lui
se sont accordés à le dépeindre comme l'homme le plus
accompli de son siècle; qu'il joignoit à la science et à
l'éloquence un jugement solide, une bravoure digne de
son rang et une piété exemplaire. M. Dusaussay évêque
de Toul n'a pas fait difficulté de mettre Marbode au rang
des saints, et d'insérer son nom au -H de Septembre dans
son martyrologe.
Pour ce qui est des éditions de ses ouvrages, différens
auteurs en ont donné des parties séparées, dont il seroit
trop long de faire l'énumération. Le plus grand nombre
a été recueilli et publié l'an ^524 à Rennes en un volu-
me m-4°. par Jean Baudouin. On est redevable de cette
première édition au zèle qu'Yves Mayeux, évêque de
Rennes, eut pour l'honneur d'un de ses plus illustres pré-
décesseurs, et qui porta ce prélat à faire rechercher les di-
vers ouvrages de Marbode pour les donner au public; c;
qui fut assez mal exécuté, tant pour le fond que pour la
Sed ne, quodprius est, neglecto pondère rerum.
Dulcisonos numéros, concinnaque verbasequamur.
XII SIECLE.
592 RIVALLON,
forme. D. Beaugendre en travaillant à donner une édition
des ouvrages d'Hildebert, ayant fait beaucoup de nou-
velles découvertes touchant les écrits de Marbode , qui se
trouvoient souvent mêlés et confondus avec ceux d'Hil-
debert, il a entrepris de publier ensemble ces deux auteurs.
Une nouvelle édition des œuvres de Marbode étoit d'au-
tant plus nécessaire, qu'outre les défauts essentiels de la
première, les exemplaires en étoient devenus si rares, qu'à
Rennes même il n'y en avoit pas un seul; et que dans la
capitale du royaume il ne s'en est trouvé que dans la biblio-
thèque du collège Mazarin, l'une des plus riches de Paris
pour les anciennes éditions. Les manuscrits sont aussi très-
rares, et quelque recherche qu'ait fait le dernier éditeur,
il n'a pu en découvrir que cinq, dont aucun même ne
contenoit tous les ouvrages de Marbode. Avec le secours
de ces cinq manuscrits, sçavoir de l'abbaye de saint Vic-
tor de Paris, de saint Gatien de Touis, de saint Aubin
d'Angers, de Jumiéges et du Bec, D. Beaugendre a pu-
blié l'an 4 708, une nouvelle édition des ouvrages de Mar-
bode à la suite de ceux d'Hildebert.
RIVALLON,
Archidiacre de Rennes,
Mart. anecd. t. 1
p. 319.
Nous plaçons à la suite de Marbode, un de ses disciples
nommé Rivallon archidiacre de Rennes. Nous voyons
Aug. du Paz. Hist. dans le même (emps trois archidiacres de ce nom. ' \°. Ri-
e Bret. p. 623. vayon archidiacre de s. Malo, qui en cette qualité donna l'an
\\Q\ , son consentement à la fondation du prieuré de Lohëac.
2°. ' Rivallon archidiacre de Nantes, qui fut présent à une
donation faite l'an \\\0 aux religieux de l'abbaye de Mar-
moutiers. Ce même Rivallon assista à la dédicace de l'église
cosn. Fontis-Ebr. de l'abbaye du Ronccray ' d'Angers, faite par le pape Calixte
exord. P. 191. j| ^ le 7 septembre \\\<è. ' Enfin le troisième Rivallon, dont
Not. in Hiideb. il s'agit ici , est l'archidiacre de Rennes, auquel M. Loyauté
conjecture, avec assez de vraisemblance, que la deuxième
lettre
ep. p. 15, 10.
ARCHIDIACRE DE RENNES. 593 IIISieclb.
lettre d'Hildebert , (la vingt-deuxième du troisième livre Not. in HUd. ep.
de la nouvelle édition) est adressée. Cet archidiacre, qui p' '
étoit un grand poëte de son temps, a composé des épigram-
mes sacrées, que le même M. Loyauté témoigne dans ses
notes sur les lettres d'Hildebert, avoir vues dans le manus-
crit de Claude Menard. Toutefois il est assez difficile de
prouver que ces épigrammes lui appartiennent plutôt
qu'à l'archidiacre de Nantes, de même nom , auquel on les
attribue. ' Rivallon de Rennes est auteur d'un épitaphe
de Marbode, qui est à la tête des œuvres de ce prélat dans
l'édition de D. Reaugendre, ' et qui se trouve dans le pre-
mier tome des anecdotes du P. Martene, et enfin parmi
les preuves de l'histoire de Rretagne de D. Lobineau. ' Lob. p. 26i.
Parmi les poésies de Marbode, il y en a une qui porte ce
titre : M. episcopns Ii. archidiacono. C'est une réponse
de ce prélat à l'archidiacre, lequel lui avoit envoyé des
vers, qu'il avoit composés à sa louange :
Amplector missos à te, rarissime fili,
Versus, ingenii signa benigna tui.
Mais quel est l'archidiacre désigné par la lettre R? Elle
peut désigner l'archidiacre de Rennes, Rhedonensi archidia-
cono : Elle peut aussi être regardée comme la lettre initiale de
Rivallon , qui étoit commun aux deux archidiacres de Nan-
tes et de Rennes. Ainsi il sera incertain quel est celui des
deux, qui a composé des vers à la louange de Marbode.
Quoi qu'il en soit de l'archidiacre, à qui cette poésie de
Pévêque de Rennes est adressée, le prélat le loue sur la
pureté de ses mœurs, et le félicite sur ce qu'après avoir
porté les armes, il étoit entré dans l'état ecclésiastique.
Ecclesiae castris te gratulor adsociatum,
Qui modo sub niuiidi principe miles eras.
Mais quoique nouvellement engagé dans une nouvelle
milice, l'église ayant plus d'égard à son mérite qu'à la
sévérité de ses canons, l'avoit placé dans un rang distingué,
qui ne se donnoit qu'à l'ancienneté, et aux services ren-
dus à l'église. Marbode, après avoir loué l'archidiacre sur
ses vertus et ses belles qualités, qui marquoient la no-
blesse de son origine, lui annonce qu'il sera un jour évê-
Tome X. D d d
m siècle. 394 EBREMAR,
que : Poslmodo pontifias suscipies apieem. Il lui témoigne
que ce sont là ses espérances, et l'exhorte à travailler jour
et nuit à faire ensorte qu'elles ne soient point vaines.
Nous ne voyons cependant pas que les désirs du prélat
ayent été accomplis.
EBREMAR ou EVERMER
Patriarche de Jérusalem,
ET AUTRES ÉCRIVAINS.
Ebremar ou Evermer né à Cickes village du
diocèse de Terouane, entra dans le clergé d'Arras,
où il fut élevé à la prêtrise , et eut pour maître , Lambert ,
qui passoit pour une des plus grandes lumières de la se-
conde Belgique , et qui fut ensuite placé sur le siège d'Ar-
l. 10, c. 26. ras, Guillaume de Tyr ' nous apprend qu'Ebremar alla en
Palestine à la première expédition des François pour le re-
couvrement de la terre sainte. Il s'y consacra à Dieu dans
l'église du saint sépulcre, et fut apparemment du nombre
Hist. Jerosoi. ex- des chanoines réguliers que ' Godefroi y établit peu de temps
ppdit.I. 9,c. lfiet „ < i • î t' i *u . i>4- l i
17, p. 339. après la prise de Jérusalem. Albert d Aix auteur contem-
porain, nous donne une idée très-avantageuse d'Ebremar,
et nous le représente comme un homme plein de zèle pour
la religion, de charité pour ses frères, et qui rendit même
au roi Baudouin des services importans dans les guerres
contre les Sarrasins et les infidèles.
C'est ainsi qu'en parle cet historien dans l'endroit même
où il rapporte de quelle manière Ebremar fut placé sur le
siège de Jérusalem, après la déposition du patriarche Daïm-
bert qui venoit d'être déposé pour ses crimes, dans une
assemblée de prélats, d'abbés et de seigneurs du royaume
de Jérusalem. Ce témoignage en faveur d'Ebremar, mé-
rite d'autant plus d'attention, que tous les historiens mo-
dernes, sur l'autorité de Guillaume de Tyr, nous repré-
sentent Ebremar comme un intrus qui s'étoit emparé du
PATRIARCHE DE JERUSALEM. 395 xu siècle.
siège de Jérusalem, dont le patriarche Daimbert avoit
été injustement dépouillé. Cependant nous voyons tout
le contraire dans Albert, qui nous apprend que Daimbert
avoit été accusé et convaincu de simonie, d'homicide et
de plusieurs autres crimes, par des témoins irréprochables,
dans un concile auquel présidoit un cardinal. Il ajoute que
ce patriarche fut frappé d'anathême, et que ses partisans
même forcés par l'évidence de la vérité, l'avoient aban-
donné; en un mot, que le siège de Jérusalem étoit vacant
par la déposition canonique de Daimbert. Ce fut alors que
de l'avis du cardinal Robert, et par le choix du clergé et
de tout le peuple, Ebremar recommandable par ses bonnes
qualités, par la pureté de ses mœurs, par sa compassion
tendre pour les pauvres, par son zèle pour la religion, par
sa charité pour ses frères, par les services importans qu'il
avoit rendus au roi et à l'état; ce fut alors, dis-je, qu'E-
bremar fut placé sur le siège patriarchal de Jérusalem (-i).
C'est-là néanmoins celui que la plupart des modernes
font passer pour un intrus. ' D. Rivet lui-même semble , Hist. litt. t. 9, p.
dans sa préface sur le douzième siècle, s'être laissé entraî-
ner par la foule , et parle d'Ebremar comme d'un usurpa-
teur. Sans vouloir blâmer tant d'habiles gens, qui le re-
gardent comme tel, nous avons cru pouvoir au moins
rapporter une partie de ce qui est dit à sa décharge par un
historien du temps. Nous pourrions encore joindre au té-
moignage d'Albert, en faveur d'Ebremar, celui de Radul-
phe , dans son Tancrede ' , qui assure que tout le monde Marten. anecd.
applaudit au choix d'Ebremar, et qu'il fut élevé malgré
lui sur le siège de Jérusalem. Enfin ' Guillaume de Tyr Guiii. Tyr i. 10,
reconnoît qu'étant venu à la première croisade, il s'étoit c' 2 '
fait aimer de tous par sa sage conduite; honestœ conversa-
tionis merito cunctis acceptus. Il le blâme seulement d'a-
voir cru par une ignorance grossière, qu'il pouvoit s'em-
parer du siège de Jérusalem , du vivant du patriarche.
Mais si Daimbert avoit été canoniquement déposé, comme
(a) ConsiHo rju*dem Rnherti cnrdinalis, cleri qnoque ac totius popnli electio-
ne. Evermerus quidam, vir et clericus boni teslimonn. prœclarus achilans dis-
tnbnt'ir eleemosynarum, vice et loco Dagoberli patriarcha conslitulus, succès-
sil nmni studio reiigvmis, ac bonœ cmversatioms. in amore fraternilatis et
caritute, illic in lemplo dnminici sepulchri servie»», et régi Balduino contra
Sarracenos et incredulos fidelis adjuior existent. Gesta Dei per Franco*, t. I, p.
333.
D d d ij
m siècle. «»« EBREMAR,
le dit Albert d'Aix, Ebremar peut-il être regardé comme
un intrus, pour être monlé sur le siège de ce patriarche?
Albert ne fixe point le temps de la déposition de Daïm-
bert et de l'élection d'Ebremar; mais' on doit rapporter
cet événement à l'an -H 03 ou 4 4 04.
Ebremar n'oublia pas dans son élévation Lambert évê-
que d'Arras, qui avoit été son maître, et il lui écrivit une
lettre pleine de sentimens de reconnoissance. « Je vous
» rends grâces, lui dit-il, de l'affection que vous avez eue
» pour moi, lorsque j'étois sous votre discipline, et je vous
» déclare comme à mon père et à mon maître, que je n'ai
» point oublié l'amitié qui nous unissoit alors. Ainsi mal-
> gré la distance des lieux , qui m'empêche , à mon grand
» regret, de jouir de la douceur de votre compagnie, je ne
» perds point de vue votre charité , et Dieu sçait avec
» quelle tendresse je vous suis attaché. Plein de confiance
> en votre bonté , je vous supplie de m'aider à porter le
» fardeau qui m'a été imposé. » Ebremar accompagna cette
lettre de quelques petits présens, et l'envoya l'an 4 4 04.
Guw. de Tyr, i. 'L'année suivante (4405), le Calife d'Egypte connois-
11 ' °- 3' sant la foiblesse du nouveau royaume de Jérusalem , mé-
dita d'en faire la conquête, et de tirer vengeance des fré-
quentes invasions que les croisés faisoient dans ses états.
Il envoya pour cela en Palestine une nombreuse armée
commandée par des chefs expérimentés. A la première
nouvelle de leur arrivée , Baudouin ramassa tout ce qui
étoit capable de porter les armes ; et ayant à peine assem-
blé 4 500 chevaux et 2000 hommes d'infanterie, il mar-
cha avec cette petite armée contre les infidèles. Lorsqu'elle
fut rangée en bataille, le patriarche Ebremar parcourut les
rangs , tenant en main la portion de la vraie croix qu'on
avoit conservée à Jérusalem : il exhorta les soldats à com-
battre vaillamment à la vue de ce signe salutaire , et de
se souvenir de celui qui étoit mort attaché à ce bois pour
les racheter. Les soldats animés par cette exhortation, et
pleins de confiance, marchèrent au combat avec un cou-
rage extraordinaire, enfoncèrent les ennemis, en taillèrent
en pièce une partie , et mirent l'autre en fuite.
Ebremar demeura sur le siège de Jérusalem jusqu'en l'an
4407, sans être troublé par Daïmbert. Celui-ci après sa
PATRIARCHE DE JERUSALEM. 397 in stICL1
déposition, ou, si l'on veut, après son expulsion, s'étoit
retiré à Antioche , dans la principauté de Boëmond son
protecteur, qui le mena l'année suivante avec lui en Eu-'
rope. Boëmond y alla solliciter des secours pour la terre
sainte, et Daïmbert pour porter des plaintes au pape, de
ce que le roi Baudouin l'avoit injustement chassé de son
siège , à ce qu'il prétendoit. Ce patriarche étant arrivé en
Italie, alla trouver Pascal II, qui le retint plus de deux
ans à sa suite, pour voir si ceux qui l'avoient chassé de
son siège, se présenteroient pour justifier leur conduite.
Personne n'ayant comparu, Daïmbert fut renvoyé avec
des lettres du Pape, qui témoignoit qu'il étoit en ses
bonnes grâces; mais la mort arrêta le patriarche. Etant
tombé malade à Messine où il attendoit une occasion favo-
rable pour s'embarquer, il y mourut le \A mai de l'an -H 07.
Ebremar apprenant que Daïmbert revenoit triomphant pour
remonter sur son siège, et ne sachant point sa mort, résolut
d'aller à Rome pour justifier son innocence , et faire con-
noîlre que bien loin d'être un usurpateur, il avoit été
placé malgré lui sur le siège de Jérusalem. Mais y étant
arrivé, il ne put rien obtenir autre chose, dit Guillaume
de Tyr , sinon qu'on enverroit un légat à Jérusalem, pour
prendre sur les lieux une pleine connoissance de cette af-
faire. Gibelin , archevêque d'Arles, fut chargé de cette
commission par le pape, et étant arrivé à Jérusalem, il
assembla un concile des évêques du royaume , où il s'ins-
truisit pleinement de la cause d'Ebremar. Ayant donc re-
connu par les dépositions de témoins au dessus de tous
soupçons , que Daïmbert avoit été dépouillé de son siège
sans aucun fondement, par la violence d'ArnouI et la vo-
lonté du roi, il déposa par l'autorité qu'il avoit, Ebremar
qui étoit monté sur le siège d'un patriarche vivant et en
communion avec l'église Romaine : mais considérant sa
piété et sa grande simplicité, il lui donna l'église de Césa-
rée, qui étoit pour lors vacante. C'est ainsi que Guillaume
de Tyr qui a été suivi de tous les modernes, rapporte la
chose. Mais Albert d'Aix la raconte d'une manière toute
différente. ' Selon lui, Ebremar se justifia pleinement à Albert dAix, 1. 10.
Rome, dans un concile, et il en revint apportant le juge-
ment de l'église Romaine en sa faveur , et des lettres que
XII SIECLE.
598
EBREMAR,
Albert ib. n. 58.
le pape Pascal écrivit au roi, pour lui recommander de
maintenir Ebremar sur le siège de Jérusalem : Evermerus
patriarcha Jérusalem, à Romana synodo rediit, quant causa
excusandi se de omni querela et culpa sibi à rege et Ar-
nolpho cancellario Mata, adiit, et etimdem iniqua adversùs
se loquentem in medio ecclesiœ Romanœ, et in domini
Apostolici audientia , obstructo ore fecit obmutescere ,• et ex
sentent'm sanctœ Rornanœ ecclesiœ, cum litteris et signo ip-
sius domini apostolici Pascalis ad regem remissus est, quate-
nùs honorificè, et sine offensione, sedem patviarchalûs ultra
retineret.
Si l'on demande pourquoi Ebremar ayant été si solem-
nellement justifié à Rome, et renvoyé à Jérusalem, il ne
remonta pas sur le siège patriarchal? la réponse est aisée.
'Baudouin roi de Jérusalem, à l'instigation d'Arnoul, qui
étoit maître de son esprit, n'ayant aucun égard au juge-
ment de l'église Romaine, et aux lettres du pape, s'op-
posa absolument au rétablissement d'Ebremar, qui fut obligé
de se retirer à Accaron. Ensuite, pour ne pas laisser l'é-
glise de Jérusalem sans pasteur, on élut Gibelin patriar-
che. Cela étoit injuste, comme le dit Albert d'Aix, et
contraire aux canons, qui ne permettent pas de déplacer
un évêque, pour en mettre un autre sur son siège, sans
l'avoir auparavant jugé selon les régies et condamné. Le
pape néanmoins y consentit, à cause de l'état où étoit
l'église de Jérusalem. Quèd quamvis injustum sit . . . tamen
quia rudis et tenera adhuc Hierosolymitana erat ecclesia,
id fieri concessit Apostolicns. Effectivement, si Pascal eût
voulu maintenir Ebremar à Jérusalem contre la volonté du
Roi qui étoit indisposé contre lui, cela auroit pu causer
du trouble dans une église foible et naissante, et avoir des
suites fâcheuses pour un royaume assez mal affermi. Mais
ce qui fait voir qu'on n'avoit rien à reprocher à Ebremar,
c'est qu'en même temps qu'on le dépouilla du siège de
Jérusalem, on le plaça sur celui de Césarée.
Afin que le lecteur soit plus en état de juger de ces ré-
volutions arrivées sur le siège de Jérusalem. Il est à pro-
pos de lui faire connoître Arnoul de Rohës, l'auteur de
tous les troubles dont nous venons de parler. Il avoit été
chapelain du duc de Normandie Robert II, et l'accompa-
PATRIARCHE DE JERUSALEM. 399
XII SIECLE.
gna à la première croisade. ' Guillaume de Tyr le dépeint GuM. de Tyr, i. 9,
comme un homme sans naissance, étant fils d'un prêtre;
sans mœurs, et d'une vie si irréguliere, qu'il avoit scan-
dalisé toute l'armée des croisés, et étoit devenu le sujet
de leurs chansons : Ità ut in expeditione canticum populis
se exhiberet , et esset materia fatuis et lascivis hominibus in
choro canentibus. ' Il s'étoit lié avec un certain évêque Ga- Gum. de Tyr, ib.
labrois par les liens que la ressemblance de mœurs et le
libertinage sont capables de former, et qui étoient encore
alors resserrés par des vues d'intérêt et de cupidité. L'é-
vêque s'étoit emparé de l'église de Bethlehem, et pour
se maintenir dans cette usurpation, il lui falloit un évêque
tel qu'Arnoul. Ayant gagné une partie du peuple, il le fit
élire dans une assemblée tumultueuse, et l'intronisa sur le
siège patriarchal. ' Albert d'Aix ne parle pas aussi désavanta- Ltb. e, c. 39.
geusement d'Arnoul , que Guillaume de Tyr; il lui donne
même beaucoup de prudence et d'éloquence : il ajoute
que les princes ayant appris, peu après la prise de Jéru-
salem, la mort de Simeon patriarche Grec de cette église,
s'étant assemblés pour délibérer sur le choix d'un successeur,
ils jugèrent à propos de différer l'élection, jusqu'à ce qu'ils
eussent trouvé un sujet capable de remplir cette place, et
qu'en attendant, ils nommèrent Arnoul chancelier de l'église
de Jérusalem, trésorier et garde des aumônes. Cela se passa
dans une assemblée tenue le premier d'août 4 099. Le Père
Papebrok remarque à l'occasion de la dignité qui fut con-
férée à Arnoul, que les historiens varient dans les titres
qu'ils lui donnent , les uns l'appellant patriarche de Jéru-
salem, d'autres vice-patriarche. Quoi qu'il en soit, s'il le
fut pour lors, il n'occupa pas longtemps ce siège; car
Daïmbert fut élu cette même année, selon Albert d'Aix;
ou vers la fête de Pâques de l'année suivante , selon un his-
torien anonyme des croisades, cité parle P. Mabillon. ' Mus. itai. 1. 1, p.
Arnould se voyant frustré d'une place qui faisoit l'objet
de son ambition, ne laissa tranquille ni Daïmbert, qui lui
fut préféré, ni Ebremar, qui fut élu après la déposition et
la retraite de Daïmbert. Ce fut lui qui, par ses intrigues,
empêcha qu'Ebremar ne remontât sur le siège de Jérusa-
lem, après être revenu de Rome, où il s'étoit justifié. II
ne s'opposa pas néanmoins à l'élection de Gibelin, et même
III SIECLE.
400
ANSELLE,
T. 5
331.
il la favorisa; mais comme le remarque Guillaume de Tyr,
c'est qu'il considérait que Gibelin étant accablé sous le poids
des années et décrépit, il n'occuperoit pas longtemps ce
siège. (Hoc etiam prœdictus Arnulphus malitiosè dicitur cons-
truxisse, ut homo senex et decrepitus in illa sede diù vi-
vere non posset.) Gibelin ne l'occupa en effet que quatre
ans , étant mort sur la fin de l'an \\\\. Alors Arnould vit
enfin ses vœux accomplis, et monta sur le siège de Jéru-
salem, invita divinitate, comme parle un historien. Sa con-
duite fut telle, que le pape en étant instruit, crut devoir
envoyer sur les lieux un légat, pour y remédier. Le légat
étant arrivé, assembla un concile, cita Arnould, et enfin
le déposa pour ses excès, Tneritis exigentibus. Arnould plein
de confiance dans le talent qu'il avoit de renverser les es-
prits par ses intrigues, ou ses prestiges, selon l'expression
de Guillaume de Tyr, alla à Rome, trompa la religion du
souverain pontife, revint à Jérusalem, remonta sur son
siège, et continua d'y mener la vie qu'il menoit avant sa
déposition, jusqu'à sa mort arrivée au mois d'avril 444 8.
Il eut pour successeur Gortmond François de nation, de la
ville de Pequigny , dans le diocèse d'Amiens. Arnould est
auteur d'une lettre à Frutare abbé en Piémont que Gui-
chenon a insérée dans sa bibliothèque Sébuzienne. Quant
à Ebremar, il assista l'an -H 20 au concile de Naplouse
(Sichem) assemblé par le patriarche Gortmond, et auquel
se trouva Baudouin roi de Jérusalem. Il signa en 4425 le
traité fait entre les princes croisés et les Vénitiens. C'est
tout ce que nous sçavons d'Ebremar : nous ignorons le
temps de sa mort. Nous n'avons de lui que la lettre à Lam-
bert d'Arras dont nous avons parlé, et qui a été imprimée
avec la réponse de cet évêque, par les soins de M. Ba-
Miscell. p. luze '.
Anselle ou Anceau, à qui l'église de Notre Dame de
Paris est redevable de la précieuse portion de la vraie croix
qu'elle possède, étoit un chanoine de cette église, recom-
mandable par sa naissance, mais encore plus par la pureté de
ses mœurs. Ayant accompagné les croisés dans la première
expédition de la terre sainte, après la prise de Jérusalem,
il fut fait préchantre de l'église collégiale du saint Sèpul-
çhre.
CHANOINE DE PARIS. 401
chre. H ne perdit jamais le souvenir de sa patrie, ni de l'é-
glise de Paris, dans laquelle il avoit été élevé; et il lui en
donna une marque bien sensible par le riche présent qu'il
lui fit, d'une croix faite du bois de celle sur laquelle Jesus-
Christ a souilert la mort pour le salut du genre humain.
Il ne se vit pas plutôt en possession de ce pieux trésor,
qu'il écrivit à l'évèque de Paris (Galon), et à quelques
chanoines de ses amis, leur témoignant la disposition où
il étoit de s'en dépouiller en leur faveur. 11 ajoutoit que
s'ils vouloient lui envoyer quelque personne de confiance ,
avec des lettres de créance, il le chargerait de cette pré-
cieuse relique, pour en enrichir leur église.
L'évèque de Paris et les chanoines acceptèrent les offres
obligeons d'Anselle, et lui en firent leurs remerciemens
par une "lettre, dont ils chargèrent Anselme ou Anselin,
et Foulques son fils; qu'ils députèrent pour ce sujet, ou
plutôt qui entreprirent d'eux-mêmes par piété le voyage
de la terre sainte. Le Préchantre du saint Sépulchre confia
à ces deux voyageurs le bois de la vraie croix, après leur
avoir fait promettre qu'ils le remettroient fidèlement à l'é-
vèque et aux chanoines de l'église de Paris. Il accompa-
gna ce riche présent d'une lettre remplie de témoignages
de l'amitié la plus tendre. Anselle y rapporte ainsi comment
il avoit acquis ce trésor. David roi des Géorgiens, qui le
possédoit , étant mort , la reine son épouse , princesse d'une
grande piété, renonça au monde, prit le voile, vint à Jé-
rusalem, pour y finir ses jours, apportant avec elle cette
portion de la vraie croix. Elle y institua une congrégation
de religieuses Géorgiennes, dont le patriarche Gibelin l'en-
gagea de prendre la conduite. Les grandes libéralités que
cette pieuse princesse fit aux pauvres et aux pèlerins, l'ayant
mise hors d'état de pouvoir faire subsister les filles de son
institut , dans une famine qui survint , elle fut obligée de
vendre la relique qu'elle avoit apportée, et le chantre du
saint Sépulchre l'acheta.
Elle fut apportée en France par Foulques qui avoit perdu
se» père dans la route. Foulques étant arrivé dans un lieu
près de Paris, juxta Parisios, nommé Fontenay (i), s'y
(1) M. l'abbé Lebeuf a fait une dissertation pour prouver que ce Fontenay est
FOnttu»? «on* Louvre»
2 « Tvmc X. E e e
XII SIECLE.
XII SIECLE.
402 ANSELLE,
arrêta , et donna avis de son arrivée à l'évêque de Paris ,
et au chapitre, qui s'y rendirent. La relique fut déposée à
saint Cloud le 50 juillet 44 09, et apportée le dimanche
suivant premier août, à l'église de Notre-Dame, dans une
procession solemnclle à laquelle les évoques de Meaux et
de Senlis se trouvèrent.
Dans la lettre de remerciement , que Galon et les chanoi-
nes de Paris écrivirent à Anselle, ils lui proposèrent quel-
ques difficultés, et lui demandèrent pour quelle raison,
et par quelle nécessité cette partie de la vraie croix avoit
été srparée. Cela donna occasion au chantre du saint Sé-
pulchre de leur écrire , et de leur marquer ce qu'il avoit
appris là-dessus , par les écrits et la tradition des anciens
Syriens, ex Utteris et relatione seniorum Surianorum. Il re-
monte jusqu'à la découverte de la vraie croix par Ste 'Hélène,
et en parle en pen de mots, puis il continue ainsi. Chosroës
ayant pris et pillé Jérusalem , enleva la Ste croix qu'il transpor-
ta en Perse. Mais Héraclius i'a recouvra , et la replaça sur le
Mont-Calvaire, pour être exposée à la vénération des fidèles.
Après la mort d'Héraclius, les infidèles qui opprimoient
les chrétiens, firent tous leurs efforts pour en éteindre le
nom , et pour effacer le souvenir de la croix et du sépul-
chre. Pour cela ils tentèrent de les brûler. Alors les chré-
tiens, qui avoient caché la croix, formèrent la résolution
de la diviser en plusieurs parties, afin que s'il en tomboit
dans les mains de ces barbares, il leur en restât du moins
quelques-unes. Ces portions de la vraie croix furent distri-
buées en différens endroits. La ville de Constantinople en
eut trois, outre celle de l'empereur; l'isle de Chypre, une,
l'isle de Crète, une autre : on en mit trois à Antioche;
une à Edesse ; une à Alexandrie ; une à Damas , une à
Ascalon; quatre à Jérusalem; les Syriens en eurent une;
les Grecs de saint Sabas, une; les moines de la vallée de
Josaphat, une; les Latins qui éloient auprès du saint Sé-
pulchrc, en eurent une d'une palme et demie de hauteur;
le patriarche des Géorgiens en eut une; et c'est celle,
dit le chantre du saint Si'pulchre , que vous avez actuelle-
ment. Tels sont les réponses que le chantre du saint Sé-
pulchre fit aux questions qu'on lui avoit proposées sur son
précieux présent. Bernard préchantre de sainte Geneviève
fut le porteur de cette deuxième lettre d'Anselle, qui se
CHANOINE DE PARIS. 403 x„ SIECLB.
servit de la même occasion pour envoyer encore à l'évê-
que et aux chanoines de Notre-Dame , une croix de la
pierre du Sépulchre de Notre Seigneur. Mais on ne sçait
ce qu'est devenue celte croix , qui s'est apparemment per-
due par les chemins de Jérusalem à Paris. Les deux lettres
d'Anselle dont nous venons de parler , se trouvent impri-
mées dans l'ancienne Gaule chrétienne de MM. de sainte
Marthe; ainsi que dans la nouvelle; et dans l'histoire de
Paris par le P. Dubois. On les conserve manuscrites dans
les archives de l'église de Notre-Dame. M Grancolas les
a traduites en François et insérées dans le tome premier ,
page 378 et suivantes de son histoii-e de l'église, de la ville,
et de l'université de Paris , qui a été suprimée.
C Grégoire Bechade, du château de Lastours, de turri-
*bus, dans le Limousin, étoit peut-être frère ou fils du che-
valier Geofroy de Lastours, qui se dislingua dans la pre-
mière croisade par sa valeur et ses grandes actions. ' Be- Maimb. hist. des
chade n'avoit que quelque teinture des lettres, aliquan- et°suiv.' 2' P" 179
tulum litteris imbutus ; mais il joignoit à un esprit très-vif
et très-subtil, beaucoup de talent pour écrire. Ce fut sans
doute pour cette raison, qu'Eustorge évêque de Limoges,
l'engagea à faire l'histoire de la délivrance ou de la prise
de Jérusalem par les François. Grégoire obéit aux ordres
du prélat , et employa douze ans à la composition de cette
histoire, ou de ce poëme; car elle étoit écrite en vers
françois ou limousins. M. ' l'évêque de la Ravaliere parlant Rer. de la Lang.
de cette production de Bechade dans le premier tome des Fraaç- p' 125'
poésies du Roi de Navarre , dit que c'est donc le premier
poëme françois, ' comme la Henriade est le dernier. Nous
prions le lecteur de vouloir bien prendre la peine de con-
sulter l'avertissement, qui est à la tête du septième volume
de l'Histoire Littéraire, pge ix , et suivantes; il y trouvera
de quoi fixer son jugement sur l'antiquité des ouvrages
écrits en langue romance, ou françoise; et apprendra ce
qu'il doit penser de la prétention de M. de la Ravaliere.
L'ouvrage de Bechade ne nous est connu que par la chro- c. 30.
nique de Geoffroy du Vigeois; et s'il existe, on ne l'a
point encore découvert. On peut juger du temps où il le
publia, par celui où Eustorge a tenu le siège de Limoges,
E e e ij
XII 8IECLE.
404 GREGOIRE BECHADE,
puisque ce fut par ses ordres qu'il le composa. Ce prélat
fut fait évêque en 44 06 et mourut en -H 37. Il est à croire
que ce fut dès le commencement de son épiscopat qu'il
engagea notre poëte à ce travail , et qu'il n'attendit pas à
ses dernières années pour instruire les gens de son pays,
d'évenemens aussi intéressans que ceux de la croisade , et de
la délivrance de Jérusalem, prise par les François dès l'an
-1099. En supposant donc, comme il est très-croyable,
que Bechade entreprit d'écrire l'histoire de la croisade vers
le commencement de l'épiscopat d'Eustorge, c'est-à-dire,
vers l'an -H 06, et y ayant employé douze ans, il a pu
Cou. ui.iem.p.io. le publier en -H48 ' pour le plutôt. Collin croit qu'il le
finit en -H 20; et lui attribue un autre ouvrage, sçavoir l'his-
toire des guerres des Anglois en Aquitaine. Voyez ce que
voy. t. u. Avert. D. Rivet a dit de cet auteur dans l'endroit déjà cité.
p. 34.
DIVERS AUTEURS ANONYMES.
Lab. Bibb. ms. t. \" . \ nonyme auteur du martyrologe, ou plutôt
2, p. ose et seq. ix du nécrologe de saint Bénigne de Dijon. Le P.
Labbe nous a donné de longs extraits de cet ancien né-
crologe, 'qui contiennent les éloges de cinq évêques de
Langres, bienfaiteurs de l'abbaye; dont le premier est
mort en 880, et le dernier nommé Robert, en -l-HO.
On y trouve l'éloge d'Odon évêque de Bayeux, frère de
Guillaume le conquérant duc de Normandie, et celui du
pieux et sçavant abbé Jarenton mort l'an -l-H-l. On voit
par-là que ce martyrologe, qui devroit plutôt être appelle
nécrologe, a été commencé vers la fin du neuvième siècle,
et qu'il a été continué jusques vers l'an -H 20. Cet ou-
vrage a un mérite particulier qui le distingue des autres
écrits de ce genre, en ce qu'il est instructif, et donne la
connoissance des personnes dont il parle. C'est ce qu'on
ne trouve pas ordinairement dans les nécrologes, qui la
plupart sont secs, décharnés, et ne contiennent presque
que des noms et des dates,
spic. t. s, p. 739. 2°. Autre Anonyme, auteur de la vie de saint Gilbert,
évêque de Meaux. Ce prélat est mort, selon la chronique
de saint Pierre le Vif, l'an 4045, ' a'près vingt ans d'épis-
ET AUTRES ECRIVAINS. 405 ra sbclk.
copat, et étoit par conséquent monté sur le siège de Meaux
l'an 995. « Les Bollandistes, dit l'auteur de la nouvelle
» histoire de Meaux, ' rapportent néanmoins sa mort à l'an t. t, p. 739, not.
> -1009, ou environ.... Mais ces sçavans hommes ne **"
» prouvent point leur époque de -1009 Après tout,
» les actes de saint Gilbert ne sont pas exempts de fautes;
» et les sçavans Bollandistes y ont observé eux-mêmes
» plusieurs contradictions, dont ils ne se sont pas pressés
» de nous donner le dénoument. » Cependant il faut dire
pour la justification des Bollandistes , qu'il paroît en lisant Bou. 19. febr. p.
avec attention cet article de leur recueil, que lorsqu'ils 718'n-7-
ont mis la mort de saint Gilbert en 4 009, ils n'ont fait que
donner le sentiment de Claude Hemeré, et n'ont pas pré-
tendu fixer eux-mêmes cette époque. 2°. S'ils ne se sont
pas pressés de nous donner ' le dénouement des contra-
dictions qui se trouvent dans les actes de saint Gilbert,
c'est qu'ils n'avoient pas ces actes ; et que ne les ayant pu
trouver, ils ne les ont pu donner. Ils s'engagent à la vérité ib. p. 719, n. 11.
à applanir les difficultés et les contraditions qu'ils relè-
vent dans le Gallia Christiana de Claude Robert , mais
c'est lorsqu'ils auront recouvré la vie de saint Gilbert, dont ib.717, n.2, p. 71.
l'auteur de la chronique de saint Marien d'Auxerre, fait
mention et loue le style comme étant très-beau. En atten-
dant, les Bollandistes, pour suppléer à celte vie, ont donné
les leçons, qui se lisent dans le bréviaire de Meaux le jour
de la fête du saint; et un abrégé de sa vie de saint Gilbert,
Meré dans son Augusta Veromanduorum illustrata. C'est
tout ce que nous pouvons dire de la vie de saint Gilbert,
sur laquelle nous souhaiterions avoir pu trouver de plus
grandes lumières , tant dans les Bollandistes que dans la
nouvelle histoire de Meaux.
3°. Autre Anonyme, auteur de la vie de S. Ansaric,
ou Anseric ' évêque de Soissons. Cet écrivain qui semble Bon, 5 sep», r 547-
avoir été moine de saint Medard , par l'intérêt qu'il prend
à ce monastère, n'a écrit la vie du saint évêque qui gouver-
noit l'église de Soissons l'an 625, que plusieurs siècles
après sa mort ; soit dans le onzième , soit dans le douzième.
Aussi est-elle pleine d'anachronismes grossiers; et l'ordre
des faits y est renversé d'une manière qui fait voir que l'au-
teur avoit aussi peu de connoissance de l'histoire que de la
2 8 *
III SIECLE.
406 GREGOIRE RECHADE,
chronologie. Il ne manquoit cependant pas de talens pour
écrire, et il auroit pu réussir s'il avoit eu de bons mé-
moires. Les Rollandistes ont inséré cette vie dans leur
Ad. 5 sept. p. 543 recueil, ' faute d'une meilleure, sur une copie tirée des
et8eq' archives de l'église de Soissons, avec une dissertation pré-
liminaire et des notes préférables à l'ouvrage.
4°. Autres Anonymes, auteurs de trois sermons sur
Bib. Fior. pan. 2, S. Medard évêque de Noyon. 'Ces trois sermons se trou-
p' * ' vent dans la bibliothèque de Fleuri, à la suite d'une vie de
saint Medard, que le bibliographe nous donne sous le nom
Hisi. lut. t. 8, p. de Fortunat, quoiqu'elle ne soit point de lui. ' D. Rivet
a déjà parlé de cette vie dans le huitième volume de l'His-
toire Littéraire, à l'occasion de Radbod évêque de Noyon.
L'auteur du premier sermon sur saint Medard cite une vie
Bon. 8 jun. p. 73, de ce saint; ' mais on ne voit pas si c'est l'ouvrage de Radbod,
ou celui de l'Anonyme imprimé dans la bibliothèque de
Fleuri. S'il s'agissoit de ce dernier, l'Anonyme n'auroit
fait son sermon qu'au douzième siècle au plutôt, et peut-
être qu'au treizième : car les Rollandistes sont plus portés
à placer dans le treizième siècle l'auteur de cette vie. D.
Quatremaire a cru que la vie et le sermon étoient de la
même plume; mais la remarque des continuateurs de
Rollandus paroît suffisante pour prouver le contraire. Ce
sermon, quoiqu'il en soit du temps où il a été fait, est
moins la production d'un orateur que celle d'un historien.
L'auteur y fait le récit de quelques révolutions arrivées à
l'église de son monastère, qui avoit été détruite par les
Normands, auquels il donne le nom de Marcomans. Cette
église étoit celle qu'avoit fait bâtir Louis le Débonnaire,
laquelle altiroit de loin les regards par sa grandeur et sa
magnificence, et faisoit l'admiration de ceux qui la
voyoient, par sa beauté, l'élévation de ses voûtes, sa
largeur et sa hauteur. C'est ainsi que l'orateur parle de
cette basilique comme subsistante encore de son temps,
après avoir dit que les Normands l'avoient détruite de
fond en comble, et réduite en un monceau de pierres.
Cela fait une contradiction, et pour la lever, les Rollan-
Boii. u>. p. 76, n. distes croyent ' que ce qui est dit de la destruction de cette
église pourroit bien être une interpolation , et que celle
qui avoit été bâtie par la libéralité de Louis le Débonnaire
ET AUTRES ECRIVAINS. 407 XIISBCLr
subsistait encore lorsque ce sermon fut débité. Cette con-
jecture peut être appuyée sur le silence que garde l'ora-
teur à l'égard de l'église qui fut rétablie par l'abbé Odon,
et consacrée à sa prière, l'an 4450 par le pape Innocent H.
Si l'auteur du sermon étoit postérieur à cet événement,
il n'auroit pas manqué d'en faire mention; et son dessein
même .l'exigeoit. Son discours ne se borne pas à ce qui re-
garde l'église de saint Medard , il y a encore fait entrer le
détail des vexations de toute espèce, que le monastère de
saint Medard avoit essuyées de la part de Warimbert évê-
que de Soissons, qui en étoit abbé; et il a soin d'ajouter
à ce détail la mort funeste du prélat. 11 passe ensuite brus-
quement à un autre sujet , ' et renvoyé à un auteur de la Bib. Fior. p. uî.
vie de saint Medard , qui a aussi écrit l'histoire de la trans-
lation de ses reliques; et à l'auteur d'une troisième vie,
qui de la précédente et de celle de Fortunat n'en a fait
qu'une, à laquelle il ajoute, dit-il, plusieurs choses qu'il
a tirées des anciens monumens.
Le deuxième sermon est un panégyrique de s. Medard et
de s. Gildard son frère, rempli de lieux communs, qui
pourroient s'appliquer à tout évêque recommandable par
sa sainteté, ' comme à saint Medard. Il n'y a rien qui soit Bib.Fi.p.113-150.
particulier à ces deux saints , si ce n'est que l'orateur , con-
formément à la tradition populaire, les suppose jumeaux,
ordonnés évêque , et enfin morts le même jour.
Le troisième sermon est imparfait, et n'est qu'une co- ib. p. 150-153.
pie de la vie- de saint Medard ' par Fortunat. C'est ce
que le bibliothécaire de Fleuri n'a pas apperçu , et ce qui
ne doit pas surprendre. Un écrivain, qui nous donne sous
le nom de Fortunat l'ouvrage d'un Anonyme bien posté-
rieur, étoit capable d'une telle méprise.
5°. 'Autre Anonyme, auteur de la chronique d'Eter- Amp. cou. t. 4, p.
nac; Brève chronicon Eptemacense. D. Martenne a donné 505"5?9-
au public cette chronique ' sur un manuscrit de l'abbaye
d'Eternac. L'auteur l'a dressé sur les titres et les chartes
de sa maison; il en cite une entr'autres de l'an 877, P.506.
dans laquelle on lit, que Carloman fut aveuglé par les
ordres de Charles le Chauve son père , et que Louis le Ger-
manique son oncle lui donna l'abbaye d'Eternac, pour
le faire subsister. Notre Anonyme commence sa chroni-
iiisieclr. 408 GREGOIRE BECHADE,
que à la mort de Willibrord , qu'il place en l'an 838; et
il la finit à l'abbé Gérard, qui succéda à Theofroy en
IHO. Comme il n'y est point parlé de la déposition et de
la mort de ce même Gérard arrivée en -M 22, ainsi qu'il est
marqué dans la continuation, il faut que l'auteur y ait mis
la dernière main avant l'an -H 22. Cette cbronique est d'au-
tant plus intéressante que les dates des élections, et de la
mort des abbés, sont non-seulement marquées exactement,
mais encore liées avec les années du règne des princes
sous lesquels ils ont vécu, et sont morts. On y ajoute
même quelquefois les traits les plus remarquables de l'his-
toire de ces princes.
D. Martenne a publié sur un manuscrit d'Eternac, une
ib. p. 509-517. chronique' qui est une continuation de la précédente, et
faite dans le même goût. On y trouve la suite des abbés
de ce même monastère , depuis Rabodon archevêque de
Trêves , qui le gouverna huji ans en qualité d'abbé ,
jusqu'à Robert de Montréal, mort l'an -1 559. Après ce
dernier, dont le gouvernement fut très-sage , et très-avan-
tageux à l'abbaye d'Eternac , tant pour le temporel que
pour le spirituel, on a ajouté ses successeurs au nombre
de dix; mais on ne donne que leurs noms et surnoms,
sans rien dire de leur gouvernement. Il n'est pas douteux
que cette seconde chronique ne soit de différentes mains;
il seroit à souhaiter que toutes les chroniques des mo-
nastères fussent faites avec autant de goût et d'exactitude,
que les deux dont nous venons de parler : non-seulement
on ne seroit point embarrassé pour fixer la chronologie des
abbés, mais on y trouveroit encore des lumières et des se-
cours pour l'histoire en général.
6°. Autre Anonyme, auteur de la chronique d'Aurillac,
alors de l'ordre de saint Benoît, au diocèse de Clermont,
Anal t. 2, p. 237 aujourd'hui collégiale dans le diocèse de saint Flour.
et8eq D. Mabillon a jugé cet ouvrage digne de voir le jour,
puisqu'il l'a inséré dans le deuxième lome de ses Analectes,
avec des remarques de sa façon. Cette chronique est écrite
avec beaucoup d'ingénuité, de bonne foi, et même avec
assez d'exactitude, à quelque chose près. L'éditeur n'y re-
levé que deux fautes dans ses remarques. Elle est très-
intéressante pour connoître la suite des abbés, qui ont gou-
verné
ET AUTRES ECRIVAINS. 409 X[I SIECLE.
verné ce monastère depuis son origine, et sa fondation
par saint Gérard.
L'auteur, qui étoit religieux d'Aurillac , comme il pa-
roît par la petite préface qu'il a mise à la tête de son ou-
vrage, avoit pour but d'empêcher que la mémoire de ces
abbés ne tombât dans l'oubli. Il termine sa chronique à
l'abbé Pierre de Roca , dont il met la mort en -H 29. Cette
époque peut être regardée comme celle , à peu près , où
il écrivoit.
7°. Anonyme auteur de la vie de sainte Colombe. ' Momb. t. i, Le-
Mombntius la fait imprimer dans son recueil de vies des 472.
saints. Les actes de sainte Colombe sont rejettes par tous
les sçavans comme fabuleux. ' « Le culte de cette sainte, Boii. t. 7, jun. p.
» dit le P. Sollier, dans ses observations sur le martyro-
» loge d'Usuard , est fort étendu : on en a même différons
» actes, soit manuscrits, soit imprimés; dans lesquels,
» pour ne rien avancer de trop fort, on souhaiteroit trou-
» ver quelques caractères de sincérité. On ne digérera
» pas facilement d'y voir , que l'empereur Aurélien lui
» offrit son fils en mariage, fils inconnu dans l'histoire. »
Le culte de cette sainte étant si étendu , il est à présumer
que ces actes, quelque mauvais qu'ils soient, ont été fa-
briqués avant le douzième siècle; et qu'om n';iura pas at-
tendu si longtemps à en supposer. Vie de sainte Colombe ,
Paris 4602, «i-S°. Vita di santa Columba, da Giovani-
Battista Monzini , \ 604 , in-S°,
Tome. X. F f f
XII SIECLE.
•'»I0 SAINT ETIENNE
SAINT ETIENNE
De Muret.
§ I.
HISTOIRE DE SA VIE.
Mab act. sœc. 6. T71TÏENNE, fils du vicomte de Thiers et de Candide
praef. 2 in 2, part, p, . -, , ,, tixio « mu- n
p. 48. 1 Ban s. J-^son épouse, vint au inonde 1 an 404» a Tliiers, ville
8efai.BGaiiadchrfstî ^e 'a Dasse Auvergne, et fut élevé avec beaucoup de soin
nov. t. 2, p. ci6. dans la piété et les I tires. 11 n'avoit <|iic 12 ans, lorsque
son père l'ayant mené avec lui eu Italie, il y tomba ma-
lade à Bénévent. Le vicomte obligé de laisser ce bis si
cher dans un pays étranger, eut la consoldlion de trouver
dans la personne de Milon, un compatriote, un ami, et
peut-être même un parent, qui voulut bien en prendre
soin, et se charger de son éducation. 11 y avoit pour lors
dans la Calabre une congrégation de religieux, qui vi-
voient dans une grande réputation de régularité; Milon
qui connaissoit leur vertu, avoit coutume d'en taire l'é-
loge, et de les proposer pour modèle. Dcs-lors Etienne
conçut le dessein de les imiter : il se retira même parmi
Mab. an. 1. 64, n. eux, ' et y vécut quelque temps, sans toutefois prendre
leur habit. Il alla ensuite à Rome, étant pour lors âgé
de 2i ans, et y en passa quatre à la cour d'Alexandre II,
pour solliciter auprès de ce pape la permission d'établir un
nouvel ordre, sur !e modelé de la congrégation de religieux
qu'il avoit vue dans la Calabre. 11 ne put l'obtenir, parce
que la foiblesse de son tempérament faisoit craindre que
l'entreprise ne fût au-dessus île ses forces. Mais ayant re-
nouvelle ses instances sous Grégoire VII , successeur d'A-
lexandre II, ce pape voyant la persévérance d'Etienne,
se rendit à ses vœux, et lui accorda par une bulle donnée
le premier mai, la première année de son pontificat,
la permission d'établir, comme il le désiroit, un ordre
37.
DE MURET. AU
XII SIECLE.
27, p. 67.
monastique, selon la règle de saint Benoît. La plupart de
ces faits, quoique rapportés par l'auteur de la vie de saint
Etienne, et adoptes par Pollandus, M. Baillet et au-
tres, souffrent beaucoup de difficultés. La bulle même
de Grégoire VII en souffre encore de plus grandes.
Sans parler du style, qui ne ressent nullement au juge-
ment du P. Mabillon, ' celui de la chancellerie de Rome : Mab.an^lib. 64,n.
Qiiod non omnino sapit , nt verum futcar, stylum cancel-
lariœ Romance; elle énonce des faits qui sont combattus
par des autorités très-graves. Il y est dit qu'Etienne avoit
demeuré chez Mi Ion archevêque de Bénévcnt : Gérard
assure qu'il y lit un séjour de 42 ans; qu'il alla ensuite à
Rome, après la mort de Milon, que Bollandus met l'an Tom. 3,feb.p.603.
1070, et y resta quatre ans avant que d'obtenir la permi-
sion d'établir son ordre, qui lui fut accordée l'an 4 075,
par Grégoire VIL Or Milon n'étoit point encore alors
archevêque de Bénévcnt, ' et il ne le fut que l'an 4074, Mab. ibid. p. 66.
selon la petite chronique de Bénévcnt, et le témoignage
de. d'Ughelli , qui compte l'année 1074 pour la première
du pontificat de Milon. Cette autorité renverse également
ce que dit Gérard des douze années de séjour d'Etienne à IW. sac. t. 8, p.
n' t î ,-r t j \m-i i < n i 135.| H.-irt. ampl.
Benevent sous le poniihcat de Milon, et a Rome après la coll. t. o, p. 1053,
mort de ce prélat. Il faut donc, ou que Gérard, auteur ^ not-
d'ailleurs peu exact, ou Ughelli se soit trompé. Mais quand
on rejettroit la méprise sur ce dernier, le premier ne seroit
point pour cela justifié. Ulric , ou Udalric, prédécesseur de
Milon , assista au concile de Rome l'an 4 059, ainsi Milon n'a
pu occuper ce siège avant l'an 4 060 : par conséquent il est
faux qu'Etienne ait demeuré douze ans chez Milon arche-
vêque de Bénévcnt avant que d'aller à Rome. Il est en-
core faux ' que Milon fût mort en 4 070 lorsqu'Eticnne alla conc. t. 10, p.
à Rome, puisque les actes du concile de Bénévent de l'an 1813-
1075, nous apprennent qu'il gouvernoit cette église la
même année de ce concile. Enfin nous voyons par l'acte
de la fondation du monastère de saint Florent , près de Dol Mab. ib. 1 item, 1.
en Bretagne, que Milon archevêque de Bénévent vivoit 65, n-29,
encore l'an 1078. Ce monastère fut fondé eu cette année
par l'autorité de Grégoire VII, par l'entremise de Milon,
qui, de doyen de l'église de Paris, avoit été fait arche-
vêque de Bénévent. 11 est vrai que D. Malienne ne croit
F f f ij
XHS.ECLE. «2 SAINT ETIENNE
Ampi.coi. t. 6, p. pas que Milon ait vécu jusqu'en 4 078,' parce que Roffrede
son successeur, occupoit le siège de Bénévent en 4 076,
comme le démontre l'ghelli. A l'égard de l'acte de la fon-
dation du monastère de saint Florent, qui a fait croire à
D. Mabillon que Milon vivoit encore en 4 078, D. Mar-
tenne y répond en disant, que Milon a pu s'intéresser
à la fondation de ce monastère quelques années avant
qu'elle eût lieu. Mais soit que Milon soit mort deux ans
plutôt ou plus tard, la difficulté est toujours la même.
Qui pourra concilier avec des monumens si autentiques ce
que Gérard, et après lui, Bollandus, M. Baillet , et au-
tres avancent , qu'Etienne demeura douze ans auprès de
Milon archevêque de Bénévent, qui n'occupoit point en-
core ce siège; et qu'il alla à Rome l'an 1070, après la
mort de ce prélat, qui vivoit encore en l'an 1075, comme
on le voit par des actes authentiques? Comment Gré-
goire VII auroit-il pu dans une bulle datée de l'an 4 075,
donner le titre d'archevêque de Bénévent à Milon, qui,
selon Ughelli, ne commença à remplir ce siège que l'an
4074. Ajoutons à cela, que le sceau de cette bulle, qui
est sans exemple, en démontre évidemment la fausseté. Ce
qui fait dire à D. Martenne, que si le P. Mabillon l'avoit
vu , il n'auroit pas balancé à rejetter absolument cette
bulle.
A travers de ces difficultés, voici ce qui nous paroît
de plus vraisemblable, et à quoi nous jugeons qu'il faut
s'en tenir. Nous ne le donnons cependant, avec D. Mar-
T. 6, coll. ampi. tenne , ' que comme des conjectures, dont nous laissons
praef n. 2ô, 26. jg jUgement aux sçavans. Nous convenons d'abord, que
les parens d'Etienne le mirent à l'âge de douze ans entre les
mains de Milon pour l'élever. Nous remarquons ensuite ,
que Milon n'étoit point alors archevêque de Bénévent,
mais doyen de l'église de Paris, il signa en cette qua-
lité, l'an 1071 , la charte d'une donation, faite par le comte
de Corbeil, ' dont il est fait mention dans la nouvelle
Gaule chrétienne, où il est dit que ce Mi'on étoit d'Au-
t. 7, p. 194. vergne, ' et qu'il fut fait archevêque de Bénévent l'an
4074. L'acte de la fondation du monastère de saint Flo-
Hab.an. lib. 64, n. rent, préside Dol, de l'an 1078, ' dont nous avons déjà
parlé, porte expressément que Milon, doyen de Paris,
DE MURET. 443 ra siecu.
fut ordonné archevêque de Bénévent par le pape : Per
testimonium Milonis archiepiscopi , qui prius decanus eccle-
siœ Parisiensis ab Apostolico ordinatus est archiepiscopus
Beneventanœ .
'Cela supposé, il est probable que le jeune Etienne Mart. ibid.
fut élevé, non à Bénévent, mais à Paris, par Milon
doyen de la" cathédrale , et qu'il le suivit en Italie, lors-
qu'il fut fait archevêque de Bénévent l'an 4 074. Milon
étant mort , Etienne alla à Rome, où il passa quelque
temps, et revint dans sa patrie. Après un séjour assez
court chez ses parens, il renonça à tous les biens et à
tous les honneurs de ce monde , ' pour s'ensevelir dans la
solitude, et se livrer à la pénitence. Il choisit pour cet
effet le désert de Muret, près de Grandmont dans le ter-
ritoire de Limoges. ' Là s'étant fait une petite cabane avec
des branches d'arbres entrelassées, il se consacra à Dieu
d'une manière toute particulière, par des formules ex-
traordinaires; et scella sa consécration en mettant dans
son doigt un anneau, qui étoit la seule chose qu'il se fut
réservée de tous les biens paternels. Etienne vécut seul
pendant la première année de sa retraite sans aucune con-
solation humaine. La seconde année, deux compagnons
se joignirent successivement à lui. Mais leur exemple fit
peu d'impression, chacun se contentant de les admirer
sans penser à les imiter. Etienne n'avoit encore qu'un très-
petit nombre de disciples lorsqu'il reçut l'an 444 4 Hugues
de Lacerla, qui a été le plus célèbre. Cela fait voir qu'on
ne peut guéres placer le commencement de l'ordre de
Grandmont, ' que vers la fin du onzième siècle, ou au
commencement du douzième. Vincent de Bcauvais , Ba-
ronius, l'historien, et l'annaliste de Grandmont, etc, en
fixent l'établissement vers l'an 4 076 ; mais il est visible que
cette époque ne peut se concilier avec celles de la vie du
saint fondateur de cet ordre. 11 est certain qu'il n':dla à
Rome qu'après la mort de Milon arrivée en 4075,- ou
4076, comme nous l'avons fait voir : il demeura, à ce
qu'on prétend, quatre ans dans cette capitale du monde
chrétien; ainsi il ne revint dans sa patrie que vers l'an
4079 ou 4 080 : il y fit quelque séjour, et se retira en-
suite dans la solitude de Muret. Comment donc Etienne
XII SIECLE.
414
SAINT ETIENNE
aiiroît— il jette les premiers fondrmens de son ordre l'an
4076, puisqu'il ne s'étoit pas même encore alors retiré
dans le lieu , qui en tut le berceau? Nous pouvons en-
core confirmer ce sentiment par l'autorité de Guillaume de
Dandina, écrivain fort exact, qui marque dans la vie de
Hugues de Laccrta , que saint Etienne mourut Ad ans
après sa conversion. Or ce saint étant mort en 112 5, sa
retraite ne peut être placée avant l'an 1078, et par consé-
quent on ne peut fixer rétablissement de l'ordre de Grand-
mont en 1070, à moins qu'on ne prétende qu'il a précédé
la retraite du sair.t instituteur.
Nous n'entreprendrons pas de faire ici le détail des ac-
tions de S. Etienne, ni de parler i!e l'austérité de sa péni-
tence, de ses jeûnes, de ses veilles, de son humilité,
de sa charité, de sa sagesse, de sa prudence, de la soli-
dité des instructions qu'il donnoit à ses disciples, des lu-
mières que Dieu répandoit dans son esprit pour les con-
duire, des miracles par lesquels le Tout-puissant fit con-
noître la sainteté de son serviteur avant et après sa mort.
t. 6 ampi. coll. p. Le lecteur peut consulter sa vie ' écrite par Gérard, sep-
tième prieur de Grandmont, et publiée par D. Marlennc.
Nous nous contenterons de rapporter un trait de la pro-
fonde humilité d'Elienne, qui a du rapport avec celle
du saint précurseur de Jesus-Christ. Quelque soin qu'il
prit de vivre caché aux yeux des hommes, sa réputation
s'étendit au loin et lui attira ta visite de deux cardinaux
légats en France , célèbres dès-lors , et qui le furent en-
core davantage dans la suite ' par le différend qu'ils eu-
rent entr'eux. l'un nommé Grégoire, ayant été pape sous
le nom d'Innocent II; et l'autre appelle Pierre de Léon,
anti-pape sous celui d'Anaclet II. Ces deux cardinaux
ayant demandé à Etienne quel étoit le genre de vie (pi' il
menoit dans ce désert, si c'étoit celui de chanoine, de
moine ou d'hermite : sa modestie l'empêchant de s'attri-
buer aucune de ses qualités, il leur répondit, (pie la
grâce de Jesus-Christ les ayant tirés du monde et conduit
dans ce désert , ils y avoient embrassé une profession de
pauvreté et d'abaissement , qui leur avoit été imposée par
le pontife Romain en pénitence de leurs péchés. 11 ajouta
que leur foiblesse ne leur permettant pas d'atteindre à la
1043 et suiv.
Mart. t 6, vit. s
Stephan. p. 1062.
DE MURET. 4W, XIISIECLE_
perfection de ces saints hermites, qui passoient autrefois
les semaines entières dans la contemplation , sans pren-
dre aucune nouriture ; cependant comme ils s'etoient tant
soit peu éloignés de la voie large , et tàelioient d'imiter
en quelque sorte les frères , qui servoient Dieu dans la
Ca labre , ils attendoient la miséricorde de Jesus-Cbrist au
jour de son dernier jugement. Les deux cardinaux édifies
de la réponse d'Etienne donnèrent à sa prudence et à son
humilité les louanges qu'elles mériloient, et témoignè-
rent qu'ils n'avoient jamais rien vu de semblable, et que
le saint-Esprit paiioit par sa bouche. ' Oucbiucs jours après Mart. p. 1066. 1
. ,• . -,.. , u 11 j- ■ 1 1 • . Mab.an.lib.74. II.
leur départ , Etienne tomba malade : ses disciples lui ayant 91.
demandé comment, après sa mort, ils pomroient vivre
dans une si grande pauvreté, il leur fit cette belle réponse.
« Je vous laisse Dieu seul, à qui tout appartient, et pour
» l'amour duquel vous avez tout quitté, jusqu'à vous mê-
» mes. Si en aimant la pauvreté, vous vous attachez cons-
» tament à lui , sans jamais vous écarter du chemin de
» la vérité, sa providence aura soin de vous, et il vous
» donnera tout ce qu'il jugera vous ctra avantageux. Que
» si au contraire, ce qu'à Dieu ne plaise, en recherchant
» des biens temporels , vous vous éloignez de lui , je ne
» veux point vous laisser ce qui, en vous faisant subsister,
» seroit des armes pour le combattre. » Le cinquième
jour de sa maladie, il se fit porter dans la chapelle; où
après avoir entendu la messe, reçu l'extrème-onction , et
ensuite le corps et le sang de Jesus-Christ , il expira au mi-
lieu de ses disciples, en disant ces paroles : Seigneur je
remets mon esprit entre vos mains. Sa mort arriva le 8
février 4424. ' C'est à tort que Baronius la met en -M26 ■, Mab. an. ub. 64,
puisqu'en l'an 1126, le 8 février tomboit le lundi, au lieu " '
qu'en l'an I12i, il tombe le vendredi, jour auquel Gé-
rard marque expressément qu'il mourut. Saint Etienne
avoit seulement l'ordre de diacre, ou s'il étoit prêtre, com-
me le dit D. Mabillon, il ne fit jamais à l'autel d'autre
fonction que celle de diacre. Dieu fit connoîlre la sainteté
de son serviteur par un grand nombre de miracles. Le
pape Clément III lui décerna un culte public, en le met-
tant au rang des saints, par une bulle du 45 mars de
l'an 1489. Ce fut à cette occasion que Gérard prieur de
XII SIECLE.
\ib. 64, n. 112.
416 SAINT ETIENNE
Grandmont , composa la vie de ce saint , dont nous réser-
vons à parler dans l'article de l'auteur.
§ II.
SES ÉCRITS.
1° Ajous croyons pouvoir mettre au rang des écrits
vu. s. steph. ap. IN de ssini Etienne ' l'acte remarquable, par lequel
mart. t 6, coll. p. .. : _. T1 ? . ».-«
1056. i Mab. an. il se consacra a Dieu. Il est trop court et trop édifiant,
pour ne pas le rapporter ici : « Moi Etienne, je renonce
» au démon et à ses pompes : je m'offre à Dieu , et me
» remets entre les mains du Père, du Fils et du saint
> Esprit, un seul Dieu en trois personnes, vivant et vé-
» ritable. » Tel étoit l'acte qu'Etienne écrivit, après avoir
mis à son doigt un anneau, comme la marque de l'alliance,
qu'il vouloit contracter avec Jesns-Christ : Puis le mettant
sur sa tête, il dit : « Dieu tout-puissant et miséricordieux,
» Perc , Fils et saint Esprit, un seul Dieu en trois perso n-
» nés, qui vivez et régnez éternellement; moi frère Etienne
» je vous promets, que dès ce moment je vous servirai
» dans ce* désert dans la foi catholique. C'est pour cela
» que je mets cet acte sur ma tète, et cet anneau à mon
» doigt, afin qu'au jour de ma mort, celte promesse et
» cet acte me servent de bouclier et de défense contre les
» embûches de mes ennemis. Rendez-moi, Seigneur, je
» vous en supplie, la robe nuptiale; daignez me mettre au
» nombre des enfans de votre sainte église; et lorsque mon
» ame se séparera de mon corps , revètcz-la de la robe de
» votre charité, et faites-la entrer dans la salle du festin
» des noces de votre Fils, pour régner avec tous vos
» saints. Sainte Marie, mère de notre Seigneur Jesus-
» Christ, je remets à votre Fils et à vous, mon ame,
» mon corps et mon esprit. »
2°. Saint Etienne a laissé à ses disciples une régie distri-
buée en soixante-quinze chapitres, à la tête desquels est
un prologue très-pathétique, dans lequel on voit les
grands principes de religion, dont l'auteur étoit pénétré et
bien instruit. Toutes les règles des divers ordres reli-
gieux, dit-il , ne sont que des ruisseaux , et non la source
de
DE MURET. À\7
XII SIBCLK.
de la religion; ce sont des feuilles et non la racine. Il y
en a une , qui est la régie des régies , et l'origine de
toutes les autres, qui est l'Evangile. C'est-là que tous les
fidèles ont puisé et qu'ils puiseront jusqu'à la fin des siecle9,
pour y trouver les moyens d'observer les commandemens
de Dieu, et d'arriver à la perfection. Il veut que ses
disciples répondent à ceux qui seront curieux de sçavoir
quelle est la régie , dont ils font profession , qu'ils n'en
observent point d'autre que celle de l'évangile. Si on leur
faisoit voir qu'il y a quelque chose qui n'y est pas con-
forme , il veut qu'on corrige sa régie , quoiqu'il assure n'y
avoir rien mis que par l'avis des docteurs et des personnes
d'une grande piété, et après avoir consulté avec grand
soin les régies des pères pour s'y conformer. ' Cette régie c. 1
contient plusieurs statuts excellens : la pauvreté et l'obéis-
sance y sont recommandées, comme étant le principal
fondement de la vie religieuse. Le quatrième est remar-
quable, par la défense que le législateur fait à ses disciples
d'avoir des églises, et de recevoir aucune rétribution pour
les messes. L'entrée de leur oratoire est interdite, les
jours de dimanche et de fête, aux séculiers, parce qu'il
convient qu'ils assistent aux offices dans leurs églises pro-
pres. Tout commerce et tout procès sont défendus par le
quinzième chapitre. Le cinquante-quatrième, qui confie le
soin du temporel aux frères convers , a occasionné dans l'or-
dre de Grandmont des troubles, qui ont failli le renverser.
Dans le cinquante-sixième, on voit quelle étoit la charité
du saint instituteur à l'égard des malades , pour le soulage-
ment desquels il ordonne qu'on vende même les ornemens
de l'église. ' Néanmoins il leur interdit absolument l'usage c. 57
de la viande , sans aucune exception. (D. Mabillon croit
que ce qui a engagé saint Etienne à interdire l'usage de
la viande même aux malades, c'est pour éviter le reproche
que les Grecs schismatiques avoient fait sur ce sujet aux
moines Latins, sous le pontificat de Léon IX.) Il
prescrit un jeûne perpétuel, depuis l'exaltation de la sainte
croix jusqu'à Pâques , excepté le dimanche et le jour de
Noël; avec cette différence, que pendant le carême, l'u-
nique repas se faisoit après vêpres, et dans les autres
temps après none : depuis la fête de la Toussaint jusqu'à
2 9 Tome X. G g g
An. 1. 64, n. 113.
III SIECLE.
418 SAINT ETIENNE
Noël, il prescrit la même abstinence que pour le carême;
dans les autres jeûnes il permet les œufs et le fromage.
c. 60. L'élection du prieur de Grandmont ' se devroit faire par le
concours de tout l'ordre : deux religieux de chaque mo-
nastère s'étant rendus au lieu de l'élection , on en choisis-
soit douze, six clercs et six convers, qui élisoient le prieur.
Cette régie a été approuvée par plusieurs papes, dont
quelques-uns y ont changé difiérens articles : elle a été
mitigée en particulier par Innocent IV, l'an 4247, après
le concile général de Lyon ; et par Clément V, l'an \ 309 ,
à Avignon.
L'éditeur de Rouen , qui a publié la régie de saint
Etienne , et M. Baillet dans la préface sur la traduction
des maximes de ce saint, avancent qu'il se contenta d'ins-
truire ses disciples par ses paroles et son exemple , sans
jamais rien écrire; et que la régie a été recueillie en-
suite par ses disciples, particulièrement par Pierre de Li-
moges, et mise dans la forme où elle est, par Gérard,
t. e. ann. lib. 74, septième prieur de Grandmont. Mais D. Mabillon , ou
plutôt D. Martenne , dans une addition qu'il a faite au
manuscrit de D Mabillon, soutient que cette prétention
n'est appuyée d'aucune raison et d'aucune autorité; et
qu'il suffit de lire cette excellente régie avec quelqu'atten-
tion, pour être persuadé que le véritable auteur est saint
Etienne, qui s'y découvre lui-même, tant dans le prolo-
gue, que dans les chapitres 9, \\ et 4 4.
On a douté autrefois si saint Etienne de Muret et ses
premiers disciples avoient fait profession de la régie de
saint Benoit. Tritheme, Yepez, Haëftenne, Le Mire,
Choppin , et plusieurs autres ont été pour l'affirmative;
le P. Mabillon a suivi ce sentiment dans sa préface sur la
Mab. an. iib. 64, seconde partie du sixième siècle des actes. Néanmoins
H 37 ^t D 112
c'est un sentiment qu'il faut abandonner, à l'exemple du P.
Mabillon lui-même, qui ayant examiné avec plus d'atten-
tion les fondemens sur lesquels il est appuyé, en a reconnu
le peu de solidité, et toujours conduit par l'amour du
vrai, a changé d'avis. Il est inutile de rapporter ici les
raisons qui font voir que saint Etienne de Muret n'a suivi
ni la régie de saint Benoît , ni celle de saint Augustin ,
mais qu'il en a dressé une particulière. Le lecteur peut
DE MURET. 449 XII SIECU.
consulter ce que dit sur cette matière D. Martenne ' dans la Ampi. cou. t. 6,
préface du sixième volume de sa grande collection, où il n-20618^-
parle de l'origine de l'ordre de Grandmont. 11 nous suffit
de dire que, quelle que fût la régie de ce saint institu-
teur, ses disciples firent l'admiration et l'étonnement de
leur siècle par leur sainteté. Tous les écrivains qui en
ont parlé, ' ont dit des choses merveilleuses. C'étoient Pet. Ceii. ep. 8.
des anges selon l'expression de Pierre de Celles, qui étoit
persuadé que la moindre prière de ces saints solitaires, ou
de ces anges, comme il les appelle, pouvoit lui procurer
le secours du ciel. Jean de Salisbury auteur contemporain , Mab. an. 1. 74, n.
nous les représente comme des hommes, qui s'étant élevés 92-
au-dessus des nécessités de la vie, ' étoient victorieux non- saresb. Poly. 1. 7,
seulement de la cupidité, de l'avarice, mais de la nature c' '
même. Etienne de Tournay n'en parle pas avec moins
d'éloges. Il les qualifie de bons hommes; nom qui leur fut
donné, comme pour marquer leur bonté et leur piété :
de sorte qu'on appelloit boni-hominias les maisons qu'ils
habitoient. stepb.Torn. ep.2.
La régie de saint Etienne a été imprimée à Dijon chez
Pierre Palliot l'an 4 645, en un petit m-42, sous ce titre :
Régula S. Stephani confessons, auctoris et fundatoris or-
dinis Grandimontensis. ' Lipen en cite une autre édition Lip. bibi. tnéoi.
in-4 6, plus ancienne de deux ans, dans la même ville. ' ' p' 8'
Albert Barny vicaire général de l'ordre de Grandmont,
l'a fit imprimer l'an 4650 en un volume in-4 8, à Paris
chez Jean Paslé; ' et y joignit les maximes de saint Etienne Bibi. s. vinc ce-
recueillies par ses disciples; les constitutions et statuts faits nom*
dans le chapitre général de cet ordre tenu en 4 643; enfin
l'office du saint fondateur. L'an 4 674 la même régie a
été imprimée à Rouen par Eustache Viret.
3° Outre la régie de saint Etienne, nous avons de lui
des maximes et des instructions, qui n'ont été recueillies
qu'après sa mort par ses disciples. ' M. Baillet prétend que Pref. de la trad.
les disciples de ce saint « voulurent même que l'on prît p'
» ce recueil pour la régie de leur institut, qui selon lui,
» n'en avoit effectivement pas d'autre alors que l'Evangile ,
» c'est-à-dire, la régie commune de tous les disciples de
» Jesus-Christ , et le testament laissé à tous ses enfans. A
» dire vrai, ajoute M. Baillet, ces maximes ne sont au-
G g g ij
XII SIECLE.
420 SAINT ETIENNE
> très choses que les maximes de l'Evangile même ; et l'on
» peut juger que saint Etienne n'avoit point eu intention
» de donner une autre régie à ses disciples, puisque sur
» la fin de ses jours, il les exhortoit encore à persévérer
» dans la régie qu'il avoit prise de l'évangile pour les con-
» duire : Tantùm in régula, de evangelio fer me suinta,
» perseveretis . » Ces paroles citées par M. Baillet ne semblent-
elles pas prouver le contraire de ce qu'avance ce célèbre
critique? Si Etienne n'avoit point donné absolument à
ses disciples d'autre régie que celle de l'évangile, leur
auroit-il dit de persévérer dans celle qu'il avoit prise de
l'évangile? Il leur auroit dit simplement de persévérer dans
la pratique de l'évangile; il leur avoit donc donné une
régie qu'il avoit tirée de l'évangile; per me sumta de evan-
gelio. Si saint Benoit avoit dit à ses disciples de persévérer
dans la régie qu'il a prise de l'évangile, comme il pouvoit
le dire avec autant de fondement que saint Etienne de
Muret, auroit-on un juste fondement d'en conclure qu'il
n'a point donné de régie particulière distinguée de l'évan-
gile? D'ailleurs la réponse même, que saint Etienne veut
que ses disciples fassent à ceux qui pourroient les interro-
ger sur le genre de vie qu'ils mcnoient et les blâmer, est
une preuve qu'ils avoient une régie particulière. Cette
réponse comprend une partie des pratiques prescrites par la
régie, qui ne sont point exprimées dans l'évangile, mais
qui bien loin d'y être contraires, y sont très-conformes :
Aussi leur étoit-il ordonné de répondre, que si ce qu'ils
faisoient n'étoit point conforme à l'évangile, ils étoient
prêts à se corriger et à le réformer.
Il ne faut point confondre la régie de saint Etienne
dressée en particulier pour ses disciples, dont nous avons
parlé, avec les maximes dont il s'agit ici, qui sont com-
munes, et à ses religieux, et aux personnes qui venoient
du dehors pour le consulter : c'est-à-dire, qui renferment
non-seulement des pratiques propres et particulières aux
disciples de saint Etienne, mais encore des instructions
générales qui conviennent à tous les fidèles. Il est vrai
qu'une partie de ce qui est prescrit dans la régie se trouve
ici parmi ces maximes, qui sont au nombre de -122, mais
il y a plusieurs choses, qui regardent moins les disciples de
DE MURET. 421 in 8ŒCLB.
saint Etienne, que les personnes qui venoient prendre ses
avis, et beaucoup d'autres qui sont propres à tous les
fidèles. On peut même dire en général de ces maximes,
ce que l'on a dit des Ascétiques de saint Basile le Grand,
comme le remarque M. Baillet, que, quoiqu'il semble y Pref. p. u.
avoir eu principalement en vue l'instruction des personnes
retirées du monde, il n'y en a presqu'aucune qui ne soit
à l'usage de tous les chrétiens, de quelqu'état et condition
qu'ils soient.
Guillaume Dandina nous apprend que les maximes de vu. Hug. apud
saint Etienne de Muret furent recueillies après sa mort ?oii!p.t'iîw.amp''
par Hugues de Lacerta le plus célèbre de ses disciples,
qui les avoit souvent entendues de la bouche de ce saint
homme, auprès duquel il étoit toujours de son vivant. M.
Baillet veut qu'on les considère selon l'esprit qui les a pro-
duites en les tirant de leur source divine, ' et selon le corps Bail pref. p. s.
dont elles sont revêtues, pour ne pas confondre ce qui
appartient à saint Etienne avec ce qui n'est que de ses dis-
ciples. « Du côté de l'esprit, dit-il, elles ne seront pas
» un petit sujet d'admiration à ceux qui sans s'arrêter à la
» surface, voudront en pénétrer la profondeur. On sera sur-
» pris d'y trouver un si grand sens et tant de solidité, joint à
» l'élévation de l'esprit et à la délicatesse des pensées. Le
» tour même que le saint y prend , pour exposer les grandes p. 9.
> vérités dans leur jour, et l'agrément dont il l'accom-
» pagne , ne fait que trop entrevoir une finesse de goût
» et une politesse, que le renoncement au monde et l'ha-
» bitation sauvage des bois et des montagnes n'avoient pu
» effacer. On y trouve un sel, une vivacité, et un bril-
» lant même qu'on ne s'aviseroit gueres d'exiger d'ailleurs
> d'un homme humilié, et pour ainsi dire étouffé depuis
» tant d'années sous les mortifications de l'esprit et du
» corps.
Il y a lieu de croire que ces maximes teHes que nous les
avons, ne sont que la moindre partie de ce qu'on avoit
pu en recueillir. Mais ce qui nous en reste montre une va-
riété qui plaît, avec un air de nouveauté, qui fait juger
de la fécondité et de la beauté du génie de l'auteur. On
trouvera la preuve de ceci dès le premier chapitre dans la
proposition que le saint faisoit à ceux qui demandoient à
2 9 *
XII SIECLE.
422 SAINT ETIENNE
être reçus au nombre de ses disciples. Il leur disoit agréa-
blement qu'ils seroient renfermés dans une prison , qui
n'avoit ni trou ni porte pour en sortir, et qu'ils ne pour-
roient retourner au siècle que par la broche qu'ils y fe-
roient eux-mêmes : que si ce malheur leur arrivoit, il ne
pourroit envoyer après eux pour les ramener, parce que
tous ceux qui y étoient, avoient les jambes coupées pour
le siècle aussi-bien que lui. Nous souhaiterions pouvoir
nous étendre davantage, et faire voir par d'autres exem-
ples, l'agrément et la solidité qui se trouvent dans les
instructions que le bienheureux Etienne donnoit tant à
ses disciples qu'aux personnes du dehors, que sa réputa-
tion attiroit dans le désert de Muret. Quelle lumière,
quelle force dans ce qu'il disoit aux premiers sur les avan-
c. 3, 4, 5, 6, 7, 8, tages de la vie religieuse; sur les tentations par les-
9, îo, 12, 16. quelles le démon tâche de les faire tomber; sur les moyens
de s'en garantir; sur la vaine gloire et les funestes effets;
sur l'ambition de commander ou d'enseigner les autres;
sur la science nécessaire pour servir Dieu de la manière
qu'il doit être servi; sur la miséricorde que Dieu fait à celui
qui entre en religion; sur le centuple promis dans l'évan-
gile à ceux qui quittent tout pour Jesus-Christ? On recon-
noit à chaque trait un homme rempli et pénétré de l'es-
prit de Dieu, qui répand comme une pluie, selon l'ex-
pression de l'écriture, les paroles de sa sagesse. Là il fait
en. sentir au pécheur, combien il est horrible de se séparer de
c. i8. Dieu : ici il rassure le juste, ' en lui montrant ce qui doit
c. 22. faire le sujet de sa confiance. ' Il apprend aux fidèles com-
ment ils doivent se reposer des soins de cette vie sur le
c. 20, 23. Seigneur : ' il leur fait comprendre la douceur de ses
commandemens, comment ils sont doux et faciles à
observer; l'obligation sans bornes qu'ils ont d'aimer et
c. 27, 42. de servir Dieu sans fin ; ' comment ils doivent posséder
l'amour de Dieu et le faire prévaloir sur toutes les autres
choses. 11 faudroit transcrire ces maximes en entier, si nous
voulions rapporter tout ce qu'elles renferment d'utile et
d'édifiant sur plusieurs points importans de la morale chré-
tienne. Mais nous pouvons dire en général, qu'il est peu
d'écrits en ce genre aussi instructifs, aussi lumineux, et
aussi exacts que le recueil des sentences de saint Etienne.
DE MURET. 423 XII SIEClB.
Le style de ces maximes ne répond nullement à la beauté,
à la justesse et à la solidité des pensées; ce qui donne
lieu de croire qu'elles ont beaucoup perdu, en passant par
le canal des disciples du bienheureux Etienne, qui ne les
auront point rendues dans la même netteté, la même for-
ce , et la même beauté qu'ils les avoient reçues de leur
saint instituteur. Quant à la méthode qu'on a suivie, et
l'ordre dans lequel on les a placées , il ne paroît pas qu'on
en ait gardé d'autres, que de les ranger selon qu'elles ve-
noient à l'esprit de celui, ou de ceux qui en ont dressé le
recueil.
Il a paru deux éditions in-\2 des maximes de saint
Etienne, à Paris, en latin et en françois : la première
l'an 4 704, chez Pierre-Augustin le Mercier, et la veuve
Jean de saint Aubin; la seconde en 4707, chez Jacques
Vincent. L'auteur de cette traduction est M. Baillet, si
célèbre dans la république des lettres. Ceux qui ignorent
la langue latine, lui ont une vraie obligation de leur
avoir procuré le moyen de lire des instructions, dont ils
peuvent tirer beaucoup de fruits. Ceux même qui sçavent
cette langue, tireront aussi de la traduction françoise du
secours pour l'intelligence de plusieurs endroits obscurs
dans le latin, dont le sens est quelquefois interrompu ou
suspendu. Le sçavant traducteur a remédié à ce défaut,
en suppléant ce qui lui a paru avoir été omis par ceux qui
ont fait ce recueil; ' en achevant des pensées, qui ne lui Pref. p. 12.
paroissoient point finies; en déterminant ou fixant quelque-
fois un sens qui sembloit être suspendu; en expliquant enfin
par l'addition de quelques mots, ou par des courtes phra-
ses, ce qui demandoit d'être un peu développé. Mais pour
ne point manquer à la fidélité d'une traduction exacte, le
traducteur ' a eu soin de ne pas laisser confondre avec le p. 13.
texte de l'original les additions qu'il y a faites; et il les a
renfermées dans des parenthèses pour les distinguer.
4°. Nous trouvons encore quelques autres maximes et
instructions de saint Etienne de Muret dans une courte vie
de ce saint , composée par les soins d'Etienne de Lisiac ,
quatrième prieur de Grandmont, selon le témoignage de
Bernard Guidonis. ' Cette vie intitulée S. Stephani dicta Jiart. ampi cou.
„ , ,. . , . , . * ,. , . t. 6. p.l043etsuiv.
et facta, est divisée en seize chapitres, qui ont ete in-
III SIECLE.
424 SAINT ETIENNE
sérés dans la vie du saint fondateur de l'ordre de Grand-
mont écrite par Gérard Ithier. D. Martenne en donnant
au public la production de celui-ci , s'étant apperçu de cette
fourrure, par la différence du style et par d'autres raisons,
a jugé que ces seize chapitres avoienl été insérés mal à
propos dans l'ouvrage de Gérard après le quarante-sixième
p. us. chapitre, ' et les eu a retirés pour les imprimer séparément.
Parmi les maximes rapportées dans ces seize chapitres, il
y en a quelques-unes qui sont les mêmes , et dans les mê-
mes termes, à peu près, qu'elles se lisent dans le recueil
des cent vingt-deux. C'est ce qu'on peut voir en comparant
le troisième chapitre avec le cinquante-septième du recueil;
le quatrième avec le soixante-troisième, dans lesquels on
rapporte les avis que saint Etienne donnoit aux soldats sur
la manière dont ils pouvoient se sauver dans leur profession;
et avec quel esprit ils dévoient faire les exercices militaires,
et servir Dieu dans les services qu'ils rendoient à leurs prin-
ces. Mais il y en a d'autres dans les seize chapitres, spé-
cialement dans le huitième qui ne se trouvent point dans le
p. 11-22. recueil. ' Ce chapitre est ainsi intitulé : Qua ratione mere-
tricibus et histrionibus bona temparalia largiebatur . Saint
Etienne vouloit qu'on soulageât ces sortes de personnes dans
les besoins du corps , pour avoir occasion de leur procurer
les biens de l'ame « Si le pécheur, disoit-il, en s'adressant
» à nous , est reçu avec des paroles dures , il croira que
> Dieu est cruel, et demeurera plus attaché à son péché; au
» lieu qu'il écoutera plus volontiers ce qu'on lui prescrira
P. U23. > pour le salut de son ame , s'il reçoit d'abord les besoins
» du corps. » Le neuvième chapitre porte ce titre : Qua
ratione confraternitates sœcularium hominum vitabat. Saint
Etienne répondoit à ceux qui lui proposoient ces sortes de
confrairics, que toutes les bonnes œuvres, que lui et ses
disciples pratiquoient, étoient communes à tous les hom-
mes, qu'ils ne pouvoient point ajouter d'autres prières à
celles qu'ils faisoient chaque jour : après cela, il disoit à ses
disciples en particulier, en leur rendant compte de ces
propositions , que ceux qui les faisoient , vouloient sans le
sçavoir , sous le spécieux prétexte d'un bien , les rendre
coupables de simonie. Mais, à Dieu ne plaise, ajoutoit-il,
que nous vendions l'office djvin. C'est être mercenaire,
que
DE MURET. 425 XII SIECLE.
que de prier lorsqu'on donne quelque chose, et de cesser de
prier lorsqu'on ne donne rien (4 ).
5°. D. Montfaucon indique parmi les manuscrits de la Bibi. p. 1375.
bibliothèque de saint Victor de Paris, une lettre de sanu
Etienne : Stephani prirni patris Grandimontanorum.
ARNOUL ou ERNULPHE,
EVESQUE DE ROCHESTER,
ET AUTRES ECRIVAINS.
8 1.
HISTOIRE DE SA VIE.
Ernclphe naquit à Reauvais vers l'an -1040, et fut
envoyé dès sa plus tendre jeunesse ' à la célèbre école Maim.i î.degest.
du Rec, dont saint Lanfranc avoit la conduite. Après y Ponl' Hoff"
avoir fait de grands progrès dans la vertu et les lettres, il
revint dans sa patrie , et se consacra à Dieu dans le monas-
tère de saint Lucien de Reauvais, et non dans celui de
saint Symphorien, ' comme l'a cru Yves de Chartres. On Yv.ep. 78.
le jugea dès-lors capable de donner des leçons de grarnmai- Ans. ep. 300, 1. 1,
res aux jeunes religieux, et il fut chargé de cette fonction. p- 325,
Mais comme il vit certains abus qu'il ne pouvoit ni corri-
ger, ni souffrir en conscience, il forma le dessein de quit-
ter ce monastère ' pour se retirer dans un autre plus régu- Maim. tbié.
lier. Il en écrivit vers l'an 4 070 à saint Anselme, dont il
avoit éprouvé les bontés pendant son séjour dans l'abbaye
du Rec , lui témoignant un grand désir d'avoir quelqu'en-
tretien avec lui sur les mesures qu'il auroit à prendre. ' Saint Ep. 30, p. 323.
Anselme fit réponse à Ernulphe par une lettre pleine de
(1) Sic et sic admanent nos, ignorantes equidem sub specie bonitatis fleri si- C. 9.
moniacos ; sed absit h nobis dwinum vendere officium. Opus est enim merct-
narii twnc orare cùm aliquid datur, et àprecibus eessare, cum nihil datur.
Tome X. H h h
xii siècle 42G ERM'LPHE EVESQUE, etc.
tendresse, approuva son dessein, et l'exhorta même à l'exé-
cuter, en supposant néanmoins le consentement de son ab-
bé, dont il veut qu'il s'assure. Mais il paroit surpris de le
voir enseigner aussitôt après sa profession , et dans un temps
où il ne devoit penser qu'à s'instruire lui-même des devoirs
et des obligations de l'état qu'il avoit embrassé. Il lui con-
seille de n'avoir aucune autre vue dans le changement qu'il
médite; et de choisir un monastère, où loin d'enseigner les
autres il ne travaille qu'à sa propre instruction. Nec locum
ubi vos aliis prodesse aliosque inslruere, sed ubi vos per
alios pruficere, et ab aliis ad spiritualem militiam instrui
possitis , eliaatis.
Maim. ibid. ' Ernulphe suivit ce conseil , et s'adressa à Lanfranc , alors
archevêque de Cantorbery. Après lui avoir ouvert son
cœur, comme à un père, qui l'a voit élevé, il le consulte
sur le choix du monastère, lui promettant de se soumettre
à tout ce qu'il voudrait bien lui prescrire. Le saint arche-
vêque lui offrit une place parmi ses religieux, et lui enjoi-
gnit sur toutes choses de sortir sans différer d'un lieu, où
il se voyoit exposé à se perdre. Ernulphe obéit prompte-
ment à un ordre si précis, et passa en Angleterre vers l'an
Ans. pp. 43, 1. 1, -1075 ou -1072. ' Il v trouva plusieurs religieux du Bec, qui
p. 327-55, p. 331- . . , ' e P t b H.
60. p. 334-65, p. avoient accompagne Lantranc , et ne pensa qu a suivre les
avis que lui avoit donné saint Anselme , en profitant des
momens de loisir que Lanfranc consacroit à son instruc-
tion. Mais bientôt il fut chargé lui-même d'exercer le ta-
lent qu'il avoit d'enseigner la grammaire; ce qui lui pro-
cura l'occasion d'obliger saint Anselme dans la personne de
ses élevés, dont plusieurs étoient tendrement aimés du
ibid. saint- abbé du Bec, comme on le voit dans ses lettres.'
Angi. sacr. 1. 1, p. 'Henri prieur de Cantorbery, ayant été élu abbé du
caut. H'St' pnu'"' monastère de la Guerre de Bello; et vulgairement la Bataille,
Ernulphe fut jugé digne de le remplacer, par saint Anselme
alors archevêque de Cantorbery, et il justifia le choix de ce
saint prélat par la sagesse de sa conduite, et par les services
qu'il lui rendit dans les circonstances fâcheuses où il se trou-
Ans, ep. p. 434, va peu après. ' On conserve dans les archives de Cantorbery,
une charte d'un prieur de Rochester appelle Ernulphe, qui a
fait croire que celui dont il s'agit dans cet article, avoit été
prieur de cette église, et qu'il avoit succédé à Ordwin, qui se
ET AUTRES ECRIVAINS. 427 x„ SIECLE.
démit en 4089. Mais nous venons de voir, que notre Ernulphe
demeura toujours à Cantorbery depuis son arrivée en Angle-
terre; et d'ailleurs on ne trouve aucun vestige qu'il ait été
prieur de Rochester. ' Il est fait mention dans une lettre de l- i, ep. 44, p.
S. Anselme, d'un Ernulphe chapelain de Gondulphe évêque
de Rochester : ce chapelain se fit religieux, eL il fut chargé
de portera Cantorbery, selon l'usage, le bâton pastoral de
Gondulphe ' après la mort de ce prélat arrivée l'an 44 08. *p- E»dm. hist.
Cet Ernulphe est vraisemblablement le prieur de Rochester
de ce nom, qu'on a mal à propos confondu avec celui
qui fait l'objet de cet article.
Ernulphe, après avoir dignement rempli la place de
prieur de Cantorbery, fut successivement abbé de saint Angi. sac. t. i, p.
Pierre de Rurgh l'an 4-107, et évoque de Rochester l'an
■1444. Il tint ce siège neuf ans et quelques jours, et mou-
rut âgé de 84 ans, le 45 de mars 4 425, selon l'ancienne
manière de commencer l'année, ou 4 424, selon la nou-
velle. Yves de Chartres parle d'Ernulphe avec éloge dans
sa soixante-dix-huitieme lettre. On loue sur-tout en lui la
probité et la prudence ' qu'il fit paroître dans toutes les Guiu. Maim. ibid.
places qu'il occupa.
§ H.
SES ÉCRITS.
4°. T)ARMi les manuscrits, dont Philippe évêque de
L Rayeux fit présent à l'abbaye du Rec sur la fin du
douzième siècle, il y avoit deux traités d'Ernulphe ainsi
intitulés : Liber Erntdphi de incertis nupliis : Item qua-
tuor quœstiones divinœ scripturœ solutœ ab eo. Ces deux T. 2, spic. p 412.
traités ne sont autre chose que les deux lettres d'Ernulphe,
publiées par D. Dacheri sur un manuscrit du sçavantM. Ri-
got, où elles ont ce titre : Arnulphus Roffensis episcopus, de
incertis conjngiis : ejusdem epistola de sacramento altaris.
2°. Le premier de ces deux ouvrages est adressé à Va-
chelin évêque de Winchestre. Ernulphe lui rappelle une
conférence, qu'ils avoient eue ensemble à Cantorbery,
dans laquelle ils avoient agité cette question : An uxor à
filïo conjugis, non suo, adulterium passa, a thoro conju-
gis merito suo sit pontificali judicio removenda. Ernulphe
H h h i}
in siècle. 428 ERNULPHE EVESQUE, etc.
avoit soutenu que dans un tel cas la femme doit être sé-
parée pour toujours : Vauchelin étoit d'un sentiment op-
posé : après avoir disputé long-temps , ils s'étoient séparés
sans rien décider. Ernulphe revenant à la charge dans cet
écrit, remarque d'abord avec saint Augustin, dont il cite
les paroles, en l'appellant Magnus ille doctor, Augusti-
num dico, que les questions qui regardent les mariages,
sont très-difficiles et très-obscures; puis il expose le sen-
timent de Vauchelin, rapporte les autorités dont il l'ap-
puyoit, et y répond. Après quoi il soutient que selon les
loix et la coutume de l'église, les décrets des conciles,
et la doctrine des pères, une femme qui se trouvoit dans
le cas proposé, devoit être mise en pénitence, et séparée
pour toujours de son mari. Notre auteur dit en finissant
son écrit , qu'il n'a fait que rapporter le sentiment de Lan-
franc de glorieuse mémoire, avec lequel il avoit eu des
ib. p. 431. entretiens sur cette question.
2°. La deuxième lettre d'Ernulphe est adressée à Lam-
bert , savant religieux de saint Bei tin , depuis abbé de ce
Mart. thés. anec. célèbre monastère. Lambert avoit proposé quatre ques-
,p' tions sur le sacrement de l'Eucharistie à notre auteur, qui
fut deux ans sans y répondre, à cause d'une longue maladie.
Lambert demandoit en premier lieu , pourquoi les fidèles
recevaient le corps de Jesus-Christ trempé dans le sang,
au lieu que les Apôtres avoient reçu séparément le corps
et le sang des mains du Sauveur. C'étoit encore alors,
comme on voit par cette question, l'usage de communier
sous les deux espèces : Id enim quotidianus ecclesiœ prœten-
dit usus, ut tribuatur hostia sanguine intincta , cùm à Do-
mino prius corpus, deinde sanguis porrectus fuisse memoretur.
Ernulphe répond à cette première question, que Jesus-
Christ, en instituant les sacremens, a laissé à l'Eglise le
spic. t. 2, p. 433. pouvoir de régler la manière de les administrer. ' C'est pour-
quoi le Sauveur en disant à ses Apôtres ; Faites ceci en
mémoire de moi, ne leur prescrivoit pas la manière de le
faire, et ne leur dit point, faites-le de cette manière, Non
ait : hoc modo facite : De même lorsqu'il institua le sacre-
ment de Baptême, il dit à ses Apôtres : Allez, baptisez
toutes les nations au nom du Père, du Fils et du saint-
Esprit. Ainsi l'église dans sa naissance a eu des usages, qui,
ET AUTRES ECRIVAINS. 429 in8iECLi.
pour de justes raisons ont été changés dans la suite des
temps, et auxquels on en a substitué d'autres. Ernulphe
appuie ce qu'il dit ici de l'autorité de saint Augustin, qui
écrivant à Jannarius, enseigne que l'église a voulu par
respect pour le corps de Jesus-Christ , qu'on le reçût avant
toute autre nourriture , quoique les disciples ne fussent
point à jeun, lorsqu'ils le reçurent de la main du Seigneur.
Ernulphe répond ensuite aux autres questions de Lambert,
avec beaucoup de justesse et de solidité, et établit de la
manière la plus claire et la plus précise la foi de l'église sur
l'Eucharistie. Il remarque judicieusement , que ces sortes
de questions sont ordinairement proposées par des per-
sonnes qui veulent passer pour sçavans , et aiment mieux
se livrer à des disputes de philosophie que de se soumettre
humblement aux autorités les plus sacrées et à la discipline
ecclésiastique. Il ne veut point qu'on mette en question ce
qui doit être l'objet de la foi , parce qu'il n'est point avanta-
geux à une ame chrétienne de vouloir discuter les mystères
de notre rédemption. C'est en quelque sorte ébranler ce
qui est le fondement de son salut, que de faire sur des
mystères de foi des questions qui marquent du doute (-1).
' 3°. Ernulphe étant évêque de Rochester , fit une re- Ang. »ac. t. î ,
cherche exacte des privilèges, des chartes, des ordinations pref' p' xxx°
d'évêques et autres monumens de son église , ' depuis sa Fabr. m>. î. biw.
fondation jusqu'à son temps, et en forma un recueil qu'il atp284-
intitula : Textus de ecclesia Roffensi , per Ernuîphum epis-
copum. Tous ces titres sont écrits en Latin et en Saxon,
ou Anglois. Ernulphe y insera les loix d'Hethelbert, d'Al-
fred , de Guntrum , de Canut et de Guillaume I , etc ,
écrites pareillement en Latin et en Saxon. Il ajouta en-
core à ce recueil des extraits des décrets des papes , jus-
qu'au temps où il vivoit , avec leurs noms , ceux des
évêques de Jérusalem et des quatre églises patriarchales ,
des archevêques et évêques d'Angleterre depuis saint Au-
gustin ; les jugemens de la ville de Londres , la généalo-
gie d'Edouard l'ancien, et celle des rois de l'Eptarchie
(1) Bipc idcircb dixerim, ut quœ fi.de sola intuenda sunt, in questionem non
adducatU , quia non est utile animce christiance insolitis disput ilionibus dis-
culrre mystena redemptionis nostrœ Quoniam de sua salutr dubitare videtur,
qui de mytteriis salulis quœstwnem lacère eognotcitur ; icriplum quippe est :
Qui dubitat, non crédit.
III SIECLE.
430 ERNULPHE EVESQUE, etc.
depuis Ada. On conserve précieusement ce recueil dans
les archives de Rochester. On y a ajouté depuis Ernulphe,
les noms des quinze archevêques de Cantorbery , et de
treize évêques de Rochester. Tout le reste est écrit de la
même main et est du temps même de l'auteur.
T. 1, p. 329, et 'On a imprimé une partie de ces mémoires dans VAnglia
8Uiv- sacra, c'est-à-dire, ceux qui concernent l'église de Ro-
chester; Ernuîphi episcopi Roffensis collectanea de rébus
ecclesiœ Roffensis à prima sedis fundatione ad sua tempora,
ex textu Roffensi, quem composuit Ernulphus.
4°. On voit dans la bibliothèque de saint Benoît de
Cambrige un recueil de lettres, liber epistolarum, qui
cat. mss. Angi. commence ainsi : Ernulphus, Dei gratiâ , etc. ' Nous pou-
part 3. n. H80 vong jjjen conciure qU'Une partie de ces lettres est de l'é-
vêque de Rochester; mais nous ne pouvons dire avec cer-
titude qu'il est auteur de toutes celles qui sont contenues
dans ce recueil.
Balœus attribue à Ernulphe deux écrits, l'un sur l'ouvrage
App. sac. 1. 1, p. des six jours, l'autre sur les six paroles de notre Seigneur
wion. 1. 2, p. sur la croix, de operibus sex dierum, et de sex verbis Do-
i0i- mini in cruce; mais ces écrits sont l'un et l'autre d'Ar-
nold de Bonneval. Possevin qui attribue ces mêmes écrits
à Ernulphe, y joint encore des sermons. Wion le fait
p. oie. ' auteur d'un traité en vers sur les proverbes de Salomon ,
dont le P. le Long fait mention dans sa bibliothèque sacrée.
ord. 1. 12, p. 882. tjaoul le Verd , archevêque de Reims, est loué par
•Tiorderic Vital comme ayant fait d'excellentes études, et
l'un des prélats de son temps qui avoit le plus d'érudition
Gai. chr. noy.t. 9, et d'éloquence. Nous n'avons de lui que cinq ou six let-
p' très fort courtes et de peu de conséquence sur des affaires
particulières, et environ autant de chartes. Ce prélat mou-
rut l'an ^24, fut enterré dans l'église de l'abbaye de saint
Rémi , pour laquelle il avoit toujours eu beaucoup d'affec-
tion. Il y a même apparence qu'avant sa mort il embrassa
dans sa dernière maladie la vie monastique ; et qu'ainsi
il exécuta, quoique bien tard, le dessein qu'il en avoit
formé autrefois de concert avec saint Bruno.
Mab. an. lib. 66, Le saint instituteur des Chartreux lui avoit même écrit
de sa retraite de Calabre, pour le faire souvenir de sa ré-
solution, et l'engager à la remplir.
ET AUTRES ECRIVAINS. 434 x„ siècle.
(""(oscelin doyen de l'église de Beauvais, est auteur
Jd'une lettre à Raoul le Verd, ' que D. Martenne nous a t. i, p. 349.
donnée dans ses anecdotes.
Jean de Cootance a composé un traité du Comput
ecclésiastique, ' dont l'objet principal est de fixer la fêle Neustr.pia.p.6»o.
de Pâques, suivant le cours du soleil et de la lune. Il est rtiistfde'pàrft?"
précédé d'un chapitre dédicatoire adressé à Geoffroi abbé p- 90-
de Savigny, et à toute sa communauté. M. l'abbé le Lœuf
dit qu'il l'adressa vers l'an -1 4 20 à Geoffroi; ce qui ne peut
être, puisque cet abbé ne commença à gouverner l'abbaye
de Savigny qu'en l'an -H 22 : ainsi Jean n'a composé son
traité qu'après cette année, et avant l'année -H 39, qui
fut celle de la mort de Geoffroi. ' D. Martenne a donné Thés, anecd. 1. 1,
au public l'épitre dédicatoire, par laquelle il paroît que p' 3
l'auteur avoit entrepris cet ouvrage à la prière de ceux à
qui il l'adresse. Il les prie d'y corriger ce qui méritera de ib.
l'être , ou de l'en informer. Car je sçai , dit-il , qu'il y a
dans votre sainte et vénérable communauté plusieurs sça-
vans, qui étoient en état, s'ils avoient voulu, de se char-
ger d'un pareil travail, et de s'en bien acquitter, et qui
pourront y faire les corrections nécessaires. ' Le P. Pome- Pom. p. 305.
raye parle dans son histoire de la cathédrale de Rouen,
d'un doyen de cette église nommé Jean de Coutance.
Mais comme celui-ci n'est mort qu'en 4498, ce ne peut
pas être l'auteur du Comput ecclésiastique dont il s'agit.
Pierre, chanoine de Noyon , est auteur d'une lettre à
Eustache abbé de saint Eloi de la même ville. ' Elle con- Mart. amp.coii. t.
tient la relation de la découverte des corps du père et de la ' p'
mère de saint Eloi, qui avoient été nouvellement trouvés dans
l'église de l'abbaye de saint Martin , hors les murs de la ville
de Limoges. Pierre qui se trouvoit pour lors sur les lieux,
fut témoin occulaire de tout ce qui se passa, et en fit part
à Eustache, ' abbé de saint Eloi depuis l'an 4 -H 5 jus- Mab. an. I. 71, n.
qu'environ l'an W25. Tel est le sujet de la lettre que D. '*' '' '*' "•
Martenne a donnée au public sur un manuscrit de M. de
Chauvignieres.
insncLE. 432 ERNULPHE EVESQUE, etc.
Nous seroit-il permis d'avancer ici , sur l'auteur de cette
lettre, une conjecture qui n'est point sans vraisemblance,
et de dire que Pierre, chanoine de Noyon, est le même
que Pierre scholastique de Limoges, dont il est parlé dans
le huitième volume de cette histoire , où on lui attribue
Hist. un. i p. une vie de saint Martial en vers ? ' L'auteur de la lettre à
Eustache se donne partout pour témoin oculaire de ce
qui se passa à Limoges à cette occasion. Il parle comme
ayant fait un long séjour dans cette ville, et connoissant
parfaitement les lieux, les usages, et les habitans du
pays. Il paroît surtout qu'il avoit beaucoup fréquenté l'ab-
baye de saint Martin. Il marque expressément qu'il s'est
souvent trouvé à la démolition de l'ancienne église, où
reposoient les corps saints avant cette découverte; et avoir
souvent ouï dire à un grand nombre d'ecclésiastiques, de
moines et de laïcs de la ville, avant que les corps fussent
découverts, qu'ils y avoient été autrefois enterrés par saint
Eloi qui en étoit le fondateur. Tout cela fait voir, que si
l'auteur de la lettre n'étoit pas de Limoges, il y avoit au
moins fait un long séjour, et avoit peut-être exercé quel-
qu'emploi. Cet emploi ne seroit-il pas celui de scolastique?
Il étoit certainement capable de le remplir. On sçait de
plus, qu'alors les sçavans enseignoient souvent ailleurs
que dans leur pays.
L'abbé de saint Martin, dont il est souvent parlé dans
cette lettre, quoiqu'il n'y soit pas nommé, n'est autre,
selon D. Martenne, que Gérard premier, sous lequel le mo-
nastère souffrit une grande disette au commencement du
douzième siècle. Or Pierre le scholastique adresse son poëme
de saint Martial à un moine nommé Gérard , qui pourroit
bien être le même que l'abbé de saint Martin.
GUIBERT
GUIBERT, ABBÉ DE NOGENT. 455 XUSiecl«.
GUIBERT,
Abbé de Nogent.
§1.
HISTOIRE DE SA VIE.
GuiBERT vint au monde la veille de Pâques de
l'an 4 055, dans le diocèse de Beauvais, ' et probable- Mab. an. iu>. «o,
ment dans la petite ville de Clermont. Son père nommé
Evrard, étoit un seigneur distingué par sa noblesse et ses
richesses. Sa mère, dont il ne nous apprend point le nom,
étoit une dame d'une grande piété et des plus chastes de
son temps. Guibert fut consacré en naissant à Dieu et à la
sainte Vierge par ses parens, conformément au vœu qu'ils
en avoient fait, pour obtenir l'heureuse délivrance de la
mère, qui pendant le carême presqu'entier, ressentit les
douleurs de l'enfantement. A peine l'enfant avoit-il huit
mois, qu'il perdit son père. Ce que Guibert regarda de-
puis comme un effet de la divine providence, ' persuadé Guib. deritasua,
que si Evrard avoit vécu, il auroit formé quelqu obstacle * ' c' ' ' '
aux desseins de Dieu sur lui , et à l'exécution des promesses
que l'on avoit faites à son sujet. Sa pieuse mère qui étoit
pleine de religion, prit un soin particulier de son éduca-
tion. Aussitôt qu'il fut en âge, elle le mit sous la conduite
d'un précepteur, homme sévère et de mœurs excellentes,
qui éleva le jeune Guibert dans la piété avec une attention
extraordinaire. Mais comme il étoit peu versé dans les let-
tres, et d'ailleurs d'un caractère trop dur, n'ayant ni la
prudence, ni les ménagemens qu'exige un âge si tendre, ' n>. c. 6, p. *«o.
l'élevé ût peu de progrès sous un tel maître. Cependant
malgré les mauvais traitemens qu'il essuyoit fréquemment,
sans les avoir mérités, ' il ne laissoit pas d'avoir pour lui ce.
une affection singulière; ce qui est surprenant et prouve
le bon naturel de Guibert. Bien loin même de s'en plain-
3 0 Tome X. I i i
xn SIECLE
434 GUIBERT,
dre, il résista à sa mère qui vouloil pour ce sujet le retirer
c. 7. des mains de son précepteur. ' Quelque temps après, il
fut pourvu d'un canonicat par des voies peu conformes
aux saintes loix de l'église; mais il le garda peu.
Les bonnes inclinations du jeune Guibert s'affaiblirent pour
un temps, et souffrirent une espèce d'éclipsé, après la re-
çu, traite de sa mère, ' qui s'étoit retirée près du monastère
de Flay, ' pour y vivre dans la solitude; et celle de son
précepteur, qui avoit embrassé la vie religieuse dans le
même monastère. N'ayant plus ces deux guides pour veiller
sur sa conduite, et oubliant les bonnes instructions qu'il
en avoit reçues; il suivit le torrent du mauvais exemple,
et se livra à la dissipation et aux amusemens des personnes
de son âge. Sa pieuse mère ayant appris ce triste change-
ment, en fut si allarmée, et elle en conçut une si vive
douleur, qu'elle pensa mourir. Mais Dieu qui avoit des
desseins de miséricorde sur lui , l'arrêta sur le bord du pré-
cipice; et elle eut la consolation d'être elle-même l'instru-
ment dont le Tout-puissant se servit , pour empêcher qu'il
. n'y tombât, et pour le ramener dans la voie dont il com-
mençoit à s'écarter. Cette vertueuse dame pria l'abbé de
Flay, autrement S. Germer, de vouloir bien permettre
que le précepteur de Guibert reprit le soin de sa conduite :
ce qui lui ayant été accordé, elle fit venir ce fils qui lui
causoit tant d'inquiétude, et elle eut la satisfaction de voir
le succès le plus prompt de ses démarches. Ecoutons Gui-
bert lui-même rapporter avec action de grâces le change-
ment qui se fit en lui au moment de son arrivée au monastère
ibtd. de Flay. ' « Vous m'êtes témoin, ô Dieu, plein de mi-
» séricorde, qui disposez de toutes choses, que dès le mo-
p. 472. » ment que je fus entré dans l'église du monastère, et
» que j'eu vu les religieux qui y étoient, je conçus en les
» voyant un si grand désir de la vie monastique, qu'il ne se
» rallentit jamais; et que je n'eus aucun repos, jusqu'à ce
» qu'enfin j'eusse satisfait mon désir. » La mère de Guibert,
à qui il s'ouvrit sur son dessein, craignant qu'il n'y eût de
la légerté, l'en détourna; le précepteur fit la même chose.
Alors il prit le parti de dissimuler, et d'agir comme s'il eût
changé de résolution. 11 demeura dans cet état violent,
depuis la Pentecôte jusqu'à Noël. Enfin impatient de satis-
ABBÉ DE NOGENT. 435 nBI(ai.
faire ses désirs , animé par l'esprit de Dieu , et passant par-
dessus l'opposition de sa mère et la crainte de son précep-
teur, il alla se jet ter aux pieds de l'abbé Garnier, le
priant avec larmes de recevoir un pécheur. L'abbé qui Mab. an. 1. 62, n.
le désiroit lui-même , lui accorda sa demande et le revêtit 56'
deux jours après de l'habit religieux en présence de sa mère ,
qui répandoit beaucoup de larmes. D. Mabillon place cet
événement en l'an -1 064 ; ainsi Guibert avoit alors -12 ans,
étant né en -1053.
Guibert s'appliqua dès-lors à l'étude, et y prit un tel
goût qu'il regardoit comme perdus les jours, où il n'ap-
prenoit pas quelque chose de nouveau. Il remercie Dieu à
cette occasion d'une faveur signalée qu'il lui avoit faite au
moment qu'il reçut l'habit monastique. « 11 me sembla
» alors , dit-il , qu'un nuage qui couvrait mon cœur , se
» dissipa, et je vis clairement des choses, à l'égard des-
» quelles j'étois dans l'erreur et l'aveuglement. » ' Toute- l. i, c. u, p.
fois dans ce commencement, les vues de Guibert, en étu- 473-
diant, n'étoient pas des plus pures. Le désir de la gloire,
l'envie de se distinguer, s'y mêlèrent, H eut aussi contre
lui des amis, qui par leurs lettres et les louanges qu'ils lui
donnoient, lui faisoient envisager la science jointe à sa no-
blesse , comme un chemin pour arriver aux dignités ; ne se
souvenant point que Dieu a défendu de monter à l'autel
par de telles voies. Les grands sentimens de piété que Dieu
avoit mis dans le cœur de Guibert corrigèrent ces défauts.
Il avoit dans cet âge une aussi grande horreur pour les plus
petites fautes , qu'il auroit souhaité de l'avoir dans un âge
plus avancé pour les plus grands crimes.
Les progrès que Guibert fit dans l'étude lui ayant attiré
l'envie de ses compagnons, après avoir supporté pendant
quelque temps avec beaucoup de patience les mauvaises
manières qu'ils avoient pour lui, il forma le dessein de s'y
soustraire, en se retirant dans un autre monastère, du con-
sentement de l'abbé, et avec l'agrément de sa mère. ' Mais il ibid. c. h, p. 475.
en fut détourné par une vision qu'elle eut à son sujet, et qu'il
raconte dans l'histoire de sa vie. Il resta donc dans son mo-
nastère, et continua de s'appliquer à l'étude. Le goût qu'il
prit pour la poésie, et pour la lecture des poètes propha-
nes, fut un écueil pour lui. Oubliant sa profession et sa
I i i ij
in SIECLE.
456 GUIBERT,
première ferveur , il se laissa tellement séduire par les char-
mes trompeurs de ces auteurs , qu'il négligeoit la lecture de
l'écriture sainte, pour se livrer à la sote vanité de faire des
vers : Ita ut universœ divinœ paginœ séria pro tam ridicula
ibid. c. 16, p. 476. vanitate sepônerem. ' Il en vint même au point, non-seulement
de prendre plaisir à lire les poésies d'Ovide, mais même de
faire usage dans ses discours et ses lettres des expressions
libres et contraires à la pudeur, dont ce poëte est rempli.
Dieu qui avoit toujours des vues de miséricorde sur Gui-
Hab. ib. n. 98. bert , ' le tira de cet état dangereux , par une maladie qui
le fit rentrer en lui-même. Le goût qu'il avoit eu pour ces
inutilités empoisonnées s'aiîoiblit : et comme son esprit ne
pouvoit demeurer sans occupation, il fut comme par né-
cessité forcé de reprendre la lecture de l'écriture sainte; il
en rechercha l'intelligence dans les commentaires des pères ,
surtout dans ceux de saint Grégoire le grand, qui donne
la clef des sens mystiqes. Ce fut saint Anselme qui l'exhorta
à cette étude. Cet homme incomparable, comme Guibert
l'appelle, visitoit souvent le couvent de saint Germer étant
prieur du Bec, et depuis qu'il en fut abbé. Il y connut Gui-
bert, alors fort jeune, et ayant goûté son esprit, il le
prit en affection, s'entretenoit volontiers avec lui, et se
plaisoit à l'instruire familièrement, comme un père au-
roit fait son propre fils : de manière qu'il paroissoit ne
venir que pour lui dans l'abbaye de saint Germer. Ce fut
en suivant les conseils de ce saint docteur qu'il se forma le
Guib. ib. goût pour l'écriture sainte, 'et qu'il apprit à l'interpréter
Mab. an. i. 63, n. selon les divers sens que le saint Esprit y a cachés, et il
fit son premier essai sur l'ouvrage des six jours et le reste de
la genèse , qu'il dédia dans la [suite à Barthelmy évêque de
Laon. Voici quelle en fut l'occasion.
Guibert s'étant trouvé le jour de la fête de la Madeleine
avec son abbé dans un monastère voisin, on proposa à l'abbé
de dire quelques paroles d'édification à la communauté as-
semblée au chapitre : l'abbé qui peut-être n'avoit pas le
don delà parole, s'en déchargea sur lui, et lui ordonna de
parler. 11 obéit, et prenant pour texte ces paroles de la Sagesse;
Sapientia vincit malitiam attingit a fine ad finem fortiter,
il fit un discours qui charma tous les assistans. Le prieur
de la maison en fut si satisfait , qu'il pria l'orateur de vou-
ABBÉ DE NOGENT. 437
xn siïcli.
loir bien lui donner quelqu'ouvrage de sa façon, où il
pût trouver des pensées pour toutes sortes de sujets. Gui-
bert qui prévoyoit que l'abbé pourroit le trouver ' mau- ibid. p. m.
vais, ne voulut point s'y engager sans lui en demander la
permission. L'ayant obtenue, il commença l'ouvrage qu'il
s'étoit proposé de faire sur le commencement de la Ge-
nèse, qui étoit une explication morale de l'ouvrage des six
jours. Mais l'abbé ayant vu le commencement de son tra-
vail, il lui défendit de continuer. ' Guibert jugeant que ce cuib. ibid.
qu'il écrivoit ne pourroit être pour son abbé que des épines
dans ses yeux, continua de travailler dans un grand secret,
afin qu'il n'en eût aucune connoissance. ' Sous le gouverne- Mab. an. 1. m, n.
ment d'un abbé si peu amateur des lettres, lés travaux lit- ""•
téraires de notre auteur demeurèrent cachés, comme il le
dit : mais cet abbé ayant quitté sa dignité vers l'an -1084, ' Cuib. p. m, m.
sa démission fut suivie d'une vacance qui mit Guibert en
état de continuer son ouvrage, et de l'achever en peu de
temps. Ce qu'il fit, et en entreprit encore d'autres, dont
nous parlerons. Guibert eut pour cela toute la liberté qu'il
pouvoit désirer sous l'abbé Hugues, qui avoit plus de goût
pour les lettres que Garnier son prédécesseur. Ce fut alors
qu'il sentit en lui les impressions de la cupidité. Le progrès
qu'il avoit déjà fait dans les sciences ; les heureuses dispo-
sitions, les qualités d'esprit et du corps, qui formoient en
lui une personne très-propre pour le monde, les talens, la
noblesse, les vives sollicitations de parens puissans; ' tout cuib. 1. 1, c. 18,
cela conspiroit à faire élever Guibert à quelque dignité p' 48°
ecclésiastique; mais il eut toujours horreur d'y entrer par
des voies qui ne 6eroient pas canoniques. Jamais il ne voulut
se prêter aux mouvemens et aux démarches de ses parens.
La crainte de Dieu prévalut toujours dans son cœur , et il
étoit résolu de n'accepter aucune place , à laquelle Dieu ne
l'auroit pas appelle. Il lui demandoit en grâce, que les dé-
msrches, que l'on faisoit pour lui, n'eussent d'autres prin-
cipes que Dieu même. Il étoit affligé d'-en tendre dire que
ses parens lui cherchoient quelque dignité ecclésiastique;
et que les autres y entroient par le choix de Dieu, sans
employer aucun moyen humain. ' Car ses parens, qui tra- ibid. coi. ».
vàilloient moins pour lui que pour eux-mêmes, comme le
dit Guibert, ne le consultoient point. Ses amis tentèrent
3 0 *
m SIECLE.
438 GUIBERT,
i
491
à son inscu de le faire élire dans quelques abbayes; mais
comme leur intention n'étoit pas droite, et qu'ils recher-
choient moins la gloire de Dieu que leurs propres intérêts,
il ne permit pas qu'ils réussissent dans leurs projets. Gui-
bert en remercia Dieu , et ennuyé d'être le jooet de l'am-
bition de ses parens et de ses amis , il renonça à toute vue
d'élévation, et ne songea qu'à se sanctifier dans la vie privée
du cloître. Il se plaisoit à se voir petit , comme il le dit ,
ibid. p. 481 , col. deïectabar esse modicus. Un rang distingué, une place éle-
vée lui faisoit horreur : Horrebam penitus gradum potio-
rem et magni nominis umbram. Retiré en lui-même, dé-
gagé du tumulte des passions , son ame se réunissoit toute
en Dieu, n'ayant plus d'autre objet, ni d'autre ambition
ib. lib. 2, c. 3, p. que celle de lui plaire ' Il goûtoit avec joie la douceur de
ce saint repos , et se trouvoit comme dans un paradis anti-
cipé, ainsi qu'il le dit, lorqu'au moment qu'il y pensoit le
moins, il fut élu abbé de Notre-Dame de Nogent sous
Couci , dans le diocèse de Laon, par le consentement una-
nime des religieux de la communauté, qu'il ne connoissoit
point, et dont il n'étoit connu que de réputation. C'est ce
qu'il est à propos de remarquer contre Casimir Oudin, qui
prétend qu'il étoit religieux de Nogent lors de son élection.
Il succéda à l'abbé Geoffroi , qui avoit été élu évêque d'A-
miens, et fut le troisième abbé de ce monastère qu'il gou-
verna avec beaucoup de sagesse. Sa pieuse mère qui vivoit
encore, n'apprit qu'avec une exirême douleur l'élection
de son fils. Elle lui avoit souvent inspiré de l'éloignement
pour tout ce qui peut flatter l'ambition , lui représentant les
dangers des dignités, par des discours si pleins de sagesse
et de lumière, qu'en l'entendant parler, on auroit cru que
c'étoit, non une femme sans lettres, mais un évêque qui
parloit. Elle survéquit deux ans à la promotion de Gui-
bert , et mourut aussi saintement qu'elle avoit vécu, l'an
-H06 le jour de l'Annonciation.
Nous n'entrerons point dans un plus grand détail sur ce
Mab. an. 1. 74, n. qui regarde la personne de Guibert : ' en parlant de ses
écrits, nous aurons occasion de parler de plusieurs autres
actions importantes de sa vie. Après avoir gouverné pen-
dant l'espace de vingt ans l'abbaye de Nogent , il mourut
l'an -H 24. On ignore le jour de sa mort, et le lieu de sa
71
ABBE DE NOGENT. 459 m SIECLE.
sépulture. Trois ans auparavant il avoit fondé un aniver-
saire pour lui. ' L'acte donné par l'éditeur des œuvres de p. 627.
Guibert , porte excommunication contre ceux qui employe-
roient la somme d'argent destinée pour cette fondation à
quelqu'autre usage. Chaque prêtre devoit dire la messe au
jour marqué, sçavoir le jour de la fête de sainte Luce, qui
étoit peut-être celui auquel il avoit reçu la bénédiction.
MI-
SES ÉCRITS.
4°. T A vie de Guibert écrite par lui-même, tient le der-
J-^nier rang dans l'édition de ses œuvres données par
D. Dacheri. C'est néanmoins par cette vie que nous com-
mençons à rendre compte des écrits de cet auteur. Elle
est divisée en trois Livres : le premier contient vingt-quatre
chapitres; le second, six; et le troisième, dix-neuf. La vie
de Guibert n'est pas seulement une histoire de ce qui le re-
garde, mais encore un ouvrage de piété et de morale,
composé à l'imitation des confessions de saint Augustin,
que Guibert semble s'être proposé pour modèle, surtout
dans le premier livre, 'qui est proprement l'histoire de sa Lib.i.c. î.p.ue.
vie. Il déplore, à l'exemple de ce saint docteur, les égare-
mens de sa vie passée, et rend grâces à Dieu des bienfaits
signalés qu'il en a reçus. « Je confesse, ô mon Dieu, en
» présence de votre souveraine majesté, les égaremens infi-
» nis de ma vie; et je reconnois que mes retours fréquens
» vers vous ont été l'effet de votre miséricorde et de vos
» inspirations sécrètes. Je confesse les misères de mon en-
» fance et de ma jeunesse, qui se font encore sentir dans
» un âge plus mur; et ces passions déréglées fortifiées par
» l'habitude, dont je ressens encore les mouvemens dans
» un corps cassé par la vieillesse. . Combien de fois, Sei-
» gneur, en me rappellant le souvenir de mes désordres,
> et le regret que vous m'en avez toujours inspiré, admirai-
> je les entrailles de votre bonté, et votre patience infinie
» à mon égard. » ' Guibert, après avoir rélevé la miséricorde c. 2.
de Dieu lui rend grâces des faveurs, dont il l'a comblé pré-
ferablement à beaucoup d'autres; et reconnoît que l'abus
m SIECLE.
440 GUIBERT,
p. 457, 458. qu'il en a fait, rend son ingratitude plus criminelle. ' Il le
remercie spécialement de lui avoir donné une mère recom-
mandable par sa vertu, sa beauté, sa charité, sa modestie,
son air grave, qui seul étoit capable d'inspirer du mépris
des vanités du monde; son amour pour la retraite et le si-
lence, parlant peu, et se tenant toujours renfermée dans
sa maison, évitant de se trouver avec les dames de son
rang. En faisant l'éloge de sa mère, Guibert déclare que
l'amour qu'il a pour elle n'y a aucune part, et que les
louanges qu'il lui donne sont fort au-dessous de son mérite.
En parlant de sa beauté, il a soin d'ajouter qu'il seroit ri-
dicule de lui en faire un mérite, comme on ne loue pas un
pauvre de ce qu'il est jeune, si elle n'avoit été jointe en elle
c.3, p. 458, coi 2. avec une chasteté exemplaire. ' C'est d'une telle mère que
Guibert eut l'avantage de naître : aussi ne fait-il point diffi-
culté de dire, qu'après Jesus-Christ, la sainte Vierge et les
Saints, il fonde sur elle les principales espérances de son
salut. Il est persuadé que, comme elle avoit de son vivant
pour lui une tendresse et une affection plus particulière,
parce qu'il étoit le dernier fruit de son mariage , ce qui ar-
rive assez ordinairement, elle ne l'oublioit point dans le
Lib. î, cap. 4, 5, ciel ; ' où elle étoit remplie de Dieu, et connoissoit les
îs^ub/i/cap.1!! misères de son fils. Il fait encore l'éloge de sa pieuse mère
dans plusieurs autres endroits, et témoigne lui être rede-
vable de ce qu'il est revenu de ses égaremens, comme
saint Augustin l'a été de sa conversion aux soins et aux lar-
mes de sainte Monique. Il est surprenant que Guibert nous
ait laissé ignorer son nom.
Notre auteur, en écrivant sa vie, n'a pas fait une simple
relation de ce qui lui est personnel. ' Il y fait de longues
digressions sur différens sujets. Il décrit dans le chapitre
neuvième la conversion admirable d'Evrard comte de Bre-
tueil : ' dans le dixième, celle de Simon fils du comte
Raoul, célèbre par ses grands exploits; qui par son exem-
ple et ses prédications, persuada une multitude de per-
sonnes de l'un et de l'autre sexe, de se convertir et de faire
pénitence. ' Dans le onzième, il parle de la conversion de
saint Bruno , et garde un profond silence sur le prodige ou
plutôt la fable, que des écrivains postérieurs ont prétendu
avoir été l'occasion de la retraite du saint instituteur de l'or-
dre
ABBÉ DE NOGENT. AU xn siwxi.
dre des Chartreux. On trouve dans cet article un trait
bien glorieux aux rois de France. Guibert parlant de la mau-
vaise conduite et de la tyrannie de Manassès premier, ar-
chevêque de Reims, qui fut la véritable occasion de la
retraite de saint Bruno , dit que ce prélat affectoit d'imiter
le faste des rois des nations étrangères. Puis il ajoute :
€ Je dis des nations étrangères; car les Rois de France se
» sont toujours distingués par une modestie qui leur est na-
» turelle, ' et telle qu'on peut dire, qu'ils ont pratiqué Bel. c. sa, y. x.
> ce que dit le sage : Vous a-t'on établi pour gouverner
les autres? Ne vous en élevez point : soyez parmi eux com-
me l'un d'entr'eux". In Francorum enim regibus ea viguit
naturalis semper modestia, ut illud sapientis dictum, eisi non
in scientiâ in actu tamen habuerint • Principem, inquit, te
constituerunt , molli extolli , sed esto in illis quasi unus ex illis.
Dans les derniers chapitres, Guibert npporte divers évé-
nemens fâcheux arrivés au monastère de saint Germer par
le feu du ciel ; l'heureuse mort de quclqu* s moines , et la
fin funeste de quelques autres. En finissant le premier livre ,
notre auteur annonce qu'il entreprendra de donner l'histoire
du lieu dont il a été élu abbé. C'est effectivement ce qui fait
le sujet du second livre de sa vie. ' Dans le premier chapitre cap. 1 , p. 487,
il raconte des choses admirables d'un roi qui régnoit en An-
gleterre avant que notre Seigneur fût monté au ciel. Ce
prince étoit habile dans la poésie et la philosophie , et
avoit de plus une inclination naturelle à faire du bien et
à exercer les œuvres de miséricorde : En réfléchissant sur
la multitude des Dieux, que les hommes adoroient , il
se convainquit qu'il n'y en a qu'un , qui est invisible, qui
gouverne toutes choses ; et qu'il falloit l'adorer lui seul.
Comme il flottoit encore dans ses réflexions, Dieu lui ins-
pira -d'aller à Jérusalem , pour y être instruit de ce qu'il de-
voit croire. Il obéit, renonce à sa patrie et à sa couronne,
passe en France; et après avoir traversé beaucoup de pays,
il s'arrête à Nogent sous Couci , dans le diocèse de Laon.
On dit qu'il y avoit autrefois dans ce lieu un temple dédié .
à une Vierge* qui n'étoit point encore née, mais qui de-
voit naître , et qui devoit enfanter un Dieu ; ce qui ne
doit pas paraître plus surprenant, dit Guibert, que l'autel
d'Athènes dédié à un Dieu inconnu. Les Athéniens" étoient
Tome X. K k k
XII S1ECLK.
442 GUIBERT,
persuadés que ce Dieu inconnu naîiroit d'une femme com-
me tous ces autres Dieux qu'ils adoroient : Pourquoi n'au-
roient-ils pas fait le même honneur à la mcre, dont il de-
voit naître? Le roi d'Angleterre s'étant reposé quelque
temps dans ce lieu, continua sa route et arriva heureuse-
ment à Jérusalem , peu après l'accomplissement des mys-
tères, de la mort, de la résurrection, de l'ascension de notre
Seigneur, et de la descente du saint Esprit. 11 n'eut pas
de peine à y trouver ceux qu'il cherchoit; c'est-à-dire, les
apôtres , qui préchoient publiquement et sans crainte.
Ayant donc trouvé saint Pierre et les autres apôtres, avec
la sainte Vierge, il leur exposa le sujet de son voyage, et
les pria de lui conférer les mystères de la nouvelle régéné-
ration. Il apprit d'eux ce qu'il devoit croire, et reçut le
baptême, dans lequel on lui donna le nom de Quilius. Le
nouveau baptisé, avant que de quitter Jérusalem, de-
manda des reliques aux apôtres , qui lui donnèrent quelques
parties des chaînes avec lesquelles noire Seigneur avoit été
lié ; de la courronne d'épines qu'on lui avoit mise sur la
tête ; de la croix à laquelle il avoit été attaché; de la che-
mise , dont la sainte Vierge étoit revêtue lorsqu'elle mit le
Sauveur au mor:de. Quilius mit ces reliques dans une pe-
tite cassette, et se mit en route pour revenir en Occident.
Etant arrivé dans les Gaules, il tomba malade au même
endroit, où il s'étoit arrêté en allant, et apprit par une ré-
vélation, qu'il eut en songe, qu'il y mourroit; et que les
reliques qu'il avoit apportées de Jérusalem seroient placées
dans le lieu où reposeroit son corps : ce qui arriva. Long-
temps après, Dieu permit que la cassette fût découverte,
et quelques fidèles l'ornèrent de lames ou de feuilles d'or ,
d'un ouvrage ancien, qu'on conservoit encore du temps de
Guibcrt. Tels furent les commencemens de Nogent.
Not. p. 616, coi. ' Quelqu'extraordinaire que paroisse ce récit, léditeur des
œuvres de Guibert ne veut point qu'on l'accuse d'igno-
rance ni de mauvaise foi; parce qu'outre qu'il ne propose
point ces faits comme étant absolument certains, et n'exige
point qu'on les croye, il ne les rapporte que sur l'autorité
de monumens, et sur la foi d'écrivains plus anciens que lui.
Nous n'accuserons Guibert , ni d'ignorance , ni de mau-
vaise foi ; mais nous ne pensons pas qu'il nous soit défendu
i.
ABBE DE NOGENT. 443
XII SIECLE.
de croire qu'il a été un peu trop crédule; et qu'il n'a pas
fait usage de la sage critique et du discernement que nous
voyons en lui dans d'autres occasions.
'Guibert continuant son histoire de Nogent, rapporte et, p. 489.
que ce lieu devint célèbre par plusieurs miracles opérés par
l'intercession de la sainte Vierge, dans une église dédiée à
cett>'. sainte mère de Dieu. Ce fut ce qui engagea des per-
sonnes de piété à proposer d'y mettre des moines, pour
célébrer l'office divin et desservir l'église, qui s'accrut par
la libéralité des seigneurs de Couci et la piété des fidèles des
environs. Henri abbé de saint Rémi de Reims, qui l'étoit
aussi d'Homblieres près la ville de Saint-Quentin en Ver-
mandois, fut choisi pour avoir soin de cette nouvelle ab-
baye, dont il fut le premier abbé. 11 en fit consacrer l'é-
glise par Helinand évêque de Laon, dans le diocèse du-
quel étoit l'abbaye de Nogent. Henri se voyant cassé
de vieillesse, pensa à se démettre du gouvernement en fa-
veur d'un neveu, mais il ne réussit pas dans ses vues; et
l'élection tomba sur Geoffroi moine du Mont Saint-Quentin
près de Peronne , qui se conduisit avec beaucoup de sagesse.
L'an -H 04, Geoffroi ayant été élu évêque d'Amiens,
Guibert fut choisi pour lui succéder dans l'abbaye de No-
gent. Nous ne dissimulerons pas qu'il y a de la partialité
dans le récit que fait notre auteur de l'élection de Geoffroi,
en faisant entendre qu'il aspiroit à cette place , ou du moins en
témoignant du doute, s'il l'avoit recherchée ou redoutée :
Utrum affectabat, an verebatur, novit Deus. ' Ce soup- Mab. an. i. 70, n.
çon nous paroît injuste; ainsi que ce qu'ajoute encore Gui-
bert, que les commencemens de son épiscopat furent
beaux, mais que la fin n'y répondit point. ' Il est certain Guib. ibid. p. 491,
que l'élection de Geoffroi fut très-canonique, ayant été co ' '
faite par le clergé d'Amiens, agréée par le roi Philippe, et
confirmée dans le concile de Troyes tenu par le légat Ri-
chard. Geoffroi qui se trouvoit à ce concile, fut le seul à
qui elle déplut, selon le témoignage de Nicolas, auteur
de la vie de ce prélat. Sa conduite fut très-réguliere , très-
édifiante, et bien soutenue depuis son entrée dans l'épis-
copat jusqu'au dernier moment de sa vie, qu'il termina par
une mort précieuse aux yeux du Seigneur.
Dans le troisième chapitre, Guibert rapporte de quelle p. 491.
K k k ij
XII SIECLE.
444 GUIBERT,
manière il fut élu abbé de Nogent, ce qui se passa dans
la cérémonie de son élection, le discours qu'il fit à cette
occasion en présence de sa communauté, le présage qu'un
religieux tira de son bon gouvernement , sur ce qu'à l'ouver-
ture du texte de l'évangile, qui lui fut présenté à baiser, il
avoit d'abord fixé les yeux sur ce verset : lucerna eorporis
tui est occulus tuus. Le quatrième chapitre est tout entier
sur la bienheureuse mort de sa pieuse mère. Dans le cin-
quième, il parle d'un excellent religieux de l'abbaye de
saint Germer, Juif de naissance, qui avoit été sauvé du
carnage de ceux de sa nation, qui se fit à Rouen dans le
temps de la publication de la croisade : ceux de cette
ville , qui se préparoient à cette expédition , voyant des
Juifs , se dirent les uns aux autres : « Qu'est-il nécessaire
» d'aller jusqu'en Orient pour attaquer les ennemis de Dieu,
> tandis que nous avons sous nos yeux des Juifs , qui sont
» ses plus grands ennemis ? » Aussitôt ils prennent les ar-
mes, et égorgent tous les Juifs qu'ils rencontrent, sans
distinction d'âge ni de sexe; n'épargnant que ceux qui con-
sentoient à se faire chrétiens. Guillaume fils de la comtesse
Helisende veuve du comte d'Auge, eut compassion d'un
jeune enfant, le sauva du carnage, et le mit entre les mains
de la comtesse sa mère, qui le reçut avec plaisir, et lui
demanda s'il vouloit être chrétien. L'enfant qui craignoit
la mort, témoigna qu'il le désirait, reçut le baptême, et
fut appelle Guillaume , du nom de celui qui lui avoit
sauvé la vie. Guibert avoit appris ce fait de la comtesse
Helisende elle-même, qui lui raconta à ce sujet un mi-
racle singulier arrivé lorsque l'enfant reçut le baptême. La
comtesse prit soin de l'éducation de ce jeune néophyte,
et lui fit apprendre le latin. Puis craignant que ses parens
ne le pervertissent, comme ils l'avoient tenté plusieurs fois,
elle le mit dans l'abbaye de saint Germer, où il embrassa
la vie monas'ique et devint un excellent religieux. Il fit
tant de progrès, non-seulement dans la pieté, mais encore
dans les sciences , qui étoient alors florissantes dans ce mo-
nastère, qu'il l'emporta sur tous les plus habiles, qui y
p. 494, coi. 2. étoient en grand nombre : Ibi Htteratorum multitudo. ' Gui-
bert pour le fortifier dans la foi qu il avoit embrassée , lui
adressa un petit traité, qu'il avoit fait quatre ans aupara-
ABBÉ DE NOGENT. 445 lumctg.
vant pour réfuter le comte de Soissons, fauteur des Juifs
et qui judaïsoit lui-même. ' Guillaume prit tant de goût à ibid.
la lecture de l'écrit', que lui avoit envoyé l'abbé de No-
gent, qu'il entreprit lui-même quelqu'ouvrage semblable
pour la défense de la foi (\). C'est ce que nous apprenons
de Guibert, et ce que nous remarquons ici, pour n'être
pas obligés d'y revenir Dans le dernier chapitre, Guibert
raconte l'aventure d'un domestique de Guescelin seigneur de
Chaulni, qui obligé de passer une rivière pour se rendre à
son poste, et ne trouvant point de barque pour le porter à
l'autre bord, appella le diable à son seconrs. Le diable se
présente, lui offre de le passer, le transporte près de Sutry
en Italie , et lui casse la cuisse en le mettant à terre. Son
maître qui revenoit de Rome, où il avoit fait un pèlerinage
de dévotion, le rencontra le lendemain sur le chemin; et
ayant appris son aventure (vraie ou fausse), il le fit porter
à la ville pour en avoir soin. A cette histoire, ou si l'on
veut à cette fable, Guibert ajoute la conversion d'un clerc
de Reims , qui s'étant lait chanoine régu'ier, quitta son
état pour rentrer dans le monde ; mais frappé de maladie,
il revint à résipiscence et embrassa la vie monastique dans
l'abbaye de saint Nicaise de Reims, où il finit heureuse-
ment ses jours, après avoir été tourmenté longtemps par
les démons.
Le troisième livre de la vie de Guibert ' contient en vingt- Ub.3, c.i.pwe.
un chapitres, l'histoire des événemens tragiques arrivés de
son temps dans la ville de Laon , dont il fait remonter
l'origine jusqu'à Ascelin , surnommé Adalberon, qui par
une insigne trahison livra à ses ennemis, comme un autre
Judas , le jour du jeudi saint , le jeune roi son maître ,
auquel il avoit fait serment de fidélité. Helinand qui avoit
été chapelain d'Edouard roi d'Angleterre , succéda à Adalbe-
ron. ' Il n'avoit ni naissance ni lettres, littératures pertenuis ; ci.
mais beaucoup d'argent et une ambition démesurée : en-
sorte que non content de l'évêché de Laon, il s'empara du
siège de Reims par ses intrigues et son argent ; mais le
pape l'obligea de le quitter. Quelqu'un lui ayant un jour
(I) Quem ( libetlum ) Ult. ut audio. tantopere ampltctilw, ut de fidei ratione
•liqua compilante piè illud oputcvlum mmulelur.
III SIECLE.
446 GUIBERT,
demandé pourquoi il portoit si loin ses vues; il lui répondit
naïvement, que s'il pouvoit réussir à devenir pape, il l'en-
treprendroit. Toutefois Guibert loue Helinand de sa libé-
ralité pour l'entretien et l'ornement de son église, et de
L. 3, c. 3, p. 496, sa fermeté à en soutenir les droits. ' Il eut pour successeur
497 .
lngclramne, prélat qui pouvoit passer pour avoir de la nais-
sance et des lettres en comparaison d'Helinand , mais sans
fermeté, sans honneur, et sans aucuns sentimens de re-
ligion. Libre dans ses paroles, peu régulier dans sa condui-
te , il favorisa ouvertement les désordres d'un de ses parens
nommé Ingelramne , qui avoit enlevé la femme de Gode-
froi comte de Namur. Il donna même secrètement l'ab-
solution au comte et à la complice de son crime, qui avoient
été excommuniés plusieurs fois l'un et l'autre par les évê-
ques. Ingelramne mourut misérablement quelque temps
après. Après sa mort, le clergé se partagea et lit une dou-
ble élection : les deux élus, nommés Gautier et Ebles, qui
étoient archidiacres, furent rejettes tous les deux par le
pape, à cause de l'irrégularité de leur conduite. Un troi-
sième, chantre de cette église, étant venu en cour, sous
prétexte de solliciter l'é\êché pour un autre, le demanda
pour lui-même, et l'obtint du roi, après lui avoir fait de
grands présens et lui en avoir promis de plus grands. Mais
il fut frappé de mort, le jour même qu'il attendoit les en-
voyés du roi pour le mettre en possession du siège epis-
copal. Il fut mis après sa mort dans la chaire qu'il avoit em-
bitionné; où l'on rapporte qu'il creva,
c. 4, p. 498. ' Enfin le siège de Laon vacant depuis environ deux ans,
fut rempli par Gaudri, qui pour le malheur de la ville et
de toute la province . fut élu à la sollicitation du roi d'An-
gleterre , dont il étoit référendaire. Tous consentirent à
l'élection, excepté le seul Anselme, la lumière de toute la
France et de toute l'Eglise latine. C'est l'éloge que fait
de cet homme célèbre, Guibert, qui consentit lui-même à
l'élection quoiqu'avec peine. Gaudri se rendit à Laon, puis
il se mit en chemin pour aller à Rome, avec les abbés de
saint Vincent de Laon, de Ribemont et de Nogent, qu'il
avoit engagés à l'accompagner. Ayant appris à Langres
que le pape venoit en France (c'étoit Pascal II , qui vint
ABBÉ DE NOGENT. ÂÂ7 ïn sibcle.
l'an -H07, chercher un asyle dans ce royaume, à l'exem-
ple de ses prédécesseurs,) ils l'attendirent dans cette vills.
Les clercs de Laon allèrent à Dijon trouver le pape, qui
étant déjà informé de ce qui s'étoit passé, promit de leur
donner satisfaction. Mais les personnes de sa cour sçachant
que l'élu étoit riche, ils applaudirent et firent son éloge.
Car, dit Guibert, aussitôt qu'on parle d'or à ces sortes de
gens, ils s'adoucissent. Moris enim est, ut audito auri no-
mine mansuescant. Le pape discuta l'élection dans une
assemblée, à laquelle Anselme, qui seul s'y étoit opposé,
se trouva : mais celui-ci jugeant que son opposition seroit
inutile, et que ce seroit entreprendre d'arracher la massue
de la main d'Hercule, il cessa ses poursuites , et Gaudri
fut confirmé. Guibert se fit beaucoup goûter dans cette
occasion , où il fut presque le seul qui parla : ' il en reçut p. «9.
des complimens de la part des cardinaux, qui lui témoi-
gnèrent avoir été satisfaits de l'entendre. Mais , dit Gui-
bert, ce n'étoit point tant mon éloquence qui leur faisoit
plaisir, que l'argent dont Gaudri étoit chargé. Trois ans
après son ordination, le prélat forma une conjuration con-
tre Gérard de Crecy, ou de Cherisi , qui étoit un seigneur
distingué dans le pays par sa probité et son grand courage : ' c- 5. p- 50°-
et afin de ne pas paroître avoir part à cette conjuration, il
alla à Rome. Pendant son absence les conjurés massacrèrent
Gérard , comme il faisoit sa prière dans l'église. Le frère
de l'évêque étoit à leur tête, et donna le premier coup.
Gaudri en apprit la nouvelle avec grande joie ; et trouva
moyen par les présens qu'il fit à Rome de se laver du soup-
çon de ce crime , et d'obtenir des lettres du pape adressées
au roi, aux évêques, et aux abbés de son diocèse, par
lesquelles il étoit déclaré innocent du meurtre de Gérard.
Hubert évêque de Senlis , fit la cérémonie de la réconci-
liation de l'église; 'et Guibert prononça le discours, à la
prière d'Anselme et du clergé; prenant ces paroles pour
texte : Salvum me fac, Deus, quoniam intraverunt aquee
usque ad animam meam. ' Guibert nous a conservé une
partie de son sermon , dans lequel il déclara que les meur-
triers de Gérard, et tous les complices de ce meurtre étoient
excommuniés : ce qui lui attira une haine implacable de
leur part, et en particulier celle de l'archidiacre Gautier,
III SIICLK.
448 GUIBERT,
c. 6, p. soi. qui étoit du nombre des conjurés. ' Cependant le roi per-
suadé que Gaudri éloit coupable de la mort de Gérard, fit
saisir tous ses biens : ensorle que le prélat à son retour de
Rome ne put rentrer dans Laon. Mais bientôt à force de
présens, il s'accommoda avec Louis le Gros, et ren-
c.7, p. M>3. tra triomphant dans la ville. ' La corruption des mœurs
des habitans étoit extrême, tant dans le clergé que
dans le peuple; la licence y régnoit au point, qu'on h'y
craignoit ni Dieu ni souverain. Les gens du roi même y
étoient insultés : on exerçoit des violences inouies sur les
gens de la campagne : ce n'étoit que vols, que briganda-
ges, que meurtres. Quiconque sortoit la nuit étoit dépouilé ,
maltraité, et souvent mis à mort. Pour remédier à ces dé-
sordres, et en même-temps dans la vue de tirer de l'ar-
gent du peuple, le clergé et les principaux de la ville lui
proposèrent de l'affranchir de la servitude , et de former
ensemble une société pour leur sûreté réciproque, moyen-
nant une somme d'argent. Le peuple accepta avec joie cette
offre, et donna les sommes qu'exigeoient le clergé et les
seigneurs , qui firent serment de le maintenir en liberté.
Telle fut l'origine de la commune de Laon , l'une des pre-
mières, dont il soit fait mention. (On sçait que les com-
munes, étoient des sociétés, que formoient entr'eux les ha-
bitans des villes par la concession de leurs seigneurs, pour
se défendre contre les violences des nobles, et se rendre
Fleur Hist ecci. justice eux-mêmes. ' Ceux qui juraient ces sociétés, se
nommoient proprement bourgeois. Mais comme les habitans
des villes et des villages étoient encore serfs pour la plu-
part, ils rachetoient leur liberté par de grosses sommes,
qu'ils donnoient aurai, ou au principal seigneur, pour
obtenir ce droit de commune et réduire à une seule taxe
toutes les redevances qu'ils payoient auparavant. ) Gaudri
n'étoit point à Laon lorsque la commune s'établit; il étoit
allé en Angleterre pour y amasser de l'argent, dont il avoit
besoin pour se soutenir. A son retour il apprit l'établisse-
ment fait pendant son absence, et s'y opposa d'abord. Mais
ensuite gagné lui-même par l'argent du peuple, il y con-
Guib. p. 50*. sentit et jura d'observer la commune, ' qui fut aussi con-
firmée par le Roi Louis le Gros. Dans la suite Gaudri se
repentant de ce qu'il avoit fait , résolut de* rompre la com-
mune.
ABBÉ DE NOGENT. - 449
IHSIÏCLE.
mune. Ayant assemblé dans son palais les principaux de la
ville avec quelques-uns des clercs , il concerta les moyens
pour y réunir. Le succès répondit à ses vues , malheureu-
sement pour lui, car il lui en coûta la vie. Les bourgeois
et le peuple au désespoir de se voir réduits en servitude ,
et exposés à mille vexations de la part du prélat, 'jurèrent Cap. 8, 9, 10.
sa perte, et le massacrèrent le 2o d'avril de l'an \ 112, qui
étoit le jeudi de la semaine de Pâques. Son cadavre, après
avoir été exposé pendant plus de vingt-quatre heures aux
insultes et à la rage d'une populace furieuse, fut enfin en-
levé par les soins d'Anselme, et porté à l'abbaye de saint
Vincent, où on l'enterra à la hâte. Guibert fait ensuite la
description des maux effroyables qui suivirent le meurtre
de Gaudri. Le palais épiseopal, la cathédrale même, et
plusieurs autres édifices furent réduits en cendres. Les
bourgeois de Laon craignant la colère du roi, appellerent
à leur secours Thomas de Marie, fils du seigneur de Couci,
le plus cruel tyran du pays; accoutumé depuis sa jeunesse
à commettre toutes sortes^ de crimes, et à exercer des bri-
gandages et des cruautés inouies.
Après que les troubles furent un peu appaisés, on prit
des mesures pour réparer les désordres. Le clergé demanda
au roi la permission de procéder à l'élection d'un évèque, ' Gufl>- P- 5U.
mais ce prince nomma lui-même Hugues doyen de l'église
d'Orléans, qui ne tint le siège que quelques mois. Il eut
pour successeur Barthelemi chanoine thrésorier de Notre-
Dame de Beims, qui fut élu canoniquement , et placé
malgré lui sur ce siège. Guibert remarque à l'occasion de
ce prélat, ainsi qu'à celle de son prédécesseur, et en plu-
sieurs autres, que c'étoit la coutume dans ce temps, au sacre
des évèques et à la bénédiction des abbés, de consulter
Lécriture sainte, pour en tirer un pronostic de leur gou-
vernement. C'est la superstition, que les anciens appel-
loient le sort des saints. On doit remarquer ici le peu de
fonds qu'on pouvoit faire sur ces sortes de pronostics, puis-
que ce furent les mêmes paroles de l'écriture sainte, tuam
ipsius animam pertransib't gladius, qui servirent de pro-
nostic pour Gaudri et pour Barthelemi : quoique la con-
duite et la fin de ces deux prélats aient été si différentes.
Si Guibert avoit survécu à Barthelemi, il auroit reconnu
3 i Tome X. LU
XII SIECLE.
450 GUIBERT,
l'abus de cette pratique, et l'événement lui auroit appns
que c'est mal-àrpropos qu'il a conclu du pronostic de Bar-
tlicleini, (]u'il devoit craindre que quelque malheur ne
ib. coi. 2. lui arrivât : Quid autem infortunii sibi imminent, ' viderit
Deus.
Pour reparer l'église de Laon, on porta les reliques qui
p. 512, 513, 514. avoient été sauvées de l'incendie, 'dans différentes provinces
de France, et même jusqu'en Angleterre. Dieu fit plusieurs
miracles , selon le rapport de Guibert , dans les pays où ces
reliques furent portées; ce qui produisit de si abondantes
aumônes, que l'église fut réparée en très-peu de temps.
Notre auteur après avoir fait le détail des malheurs arrivés à
la ville de Laon et à la province, parle de ceux que l'éta-
p. 515. blissement ' de la commune occasionna aussi à Amiens, et
blâme fort l'évêque d'avoir consenti à cet établissement,
qui eût des suites presqu'aussi funestes à la ville d'Amiens
qu'à celle de Laon. Nous avons déjà remarqué, que Gui-
bert n'est pas assez équitable à l'égard de Geoffroi évêque
d'Amiens; il en parle encore ici avec moins de ménage-
ment , donnant une interprétation maligne à toutes ses dé-
p. 516, si". marches; ' il l'accuse même d'avoir fait un discours plus
digne de Catilina que d'un ministre de Dieu, en présence
du roi et du peuple, pour les engager à attaquer les ré-
beles qui s'étoient retirés dans la tour d'Amiens. Il est vrai
que Guibert a raison de dire qu'il ne convient point à un
évêque d'exhorter à répandre le sang humain.
p. 517. 'Dans le seizième chapitre, notre auteur rapporte un
événement sur lequel il fait une réflexion qui mérite d'être
remarquée. Un fameux voleur nommé Ansel, ayant pris
des croix, des calices d'or, porta son vol chez un marchand
de Soissons pour le lui vendre, et lui fit promettre avec
serment qu'il ne le déclareroit point. Le marchand ayant en-
suite entendu prononcer l'excommunication dans les églises
de Soissons contre les complices de ce vol, vint à Laon,
et découvrit la chose au clergé. Ansel nie le fait : le mar-
chand lui propose de se battre pour en décider : Ansel l'ac-
cepte, et tue le marchand. II faut, dit sur cela Guibert,
ou , que le marchand ait mal fait de découvrir un secret qu'il
avoit promis avec serment de garder; ou, ce qui est beau-
coup plus vrai , que la loi (de se battre pour décider de l'in-
ABBE DE NOGENT. 451 XII S1ECLE
nocence et de la vérité) est injuste. Car il est certain,
ajoute— t'il , qu'il n'y a aucun canon qui autorise une telle
loi.
Dans le dix-septieme chapitre, ' il parle des mœurs cor- P. 518.
rompues, des impiétés, et de la mort malheureuse de Jean
comte de Soissons, contre lequel il avoit fait un écrit sur
l'Incarnation, qu'il adressa à Bernard doyen de Laon. Ce
comte non-seulement favorisoit les Juifs , et judaïsoit lui-
même, mais il étoit encore attaché à des hérétiques de
son temps, qui enseignoient la plupart des erreurs des
Gnostiques, des Ebionites, et surtout des Manichéens;
et commettoient toutes sortes d'infamies dans des lieux
souterrains et cachés où ils s'assembloient. ' Selon eux, p. 519.
l'Incarnation du Verbe , sa vie , sa mort , sa résurrection ,
n'avoient point été réelles, mais en apparence. Ils rejet-
toient le baptême que les enfans reçoivent sur la foi des
pareins. Ils avoient une telle horreur du mystère de l'Eucha-
ristie, qu'ils appelloient bouche d'enfer la bouche des prê-
tres. Lisiard évèque de Soissons fit venir les deux chefs de
ces hérétiques, nommés Clémentius et Evrard, qui étoient
deux frères; et leur reprocha leurs erreurs et leurs conven-
ticules. Ils convinrent des assemblées secrètes, mais du reste
leurs réponses furent conformes à la foi orthodoxe; Christia-
nissimè responderunt , conventicula non negârunt : ensorte
que l'évêque ne pouvant tirer la confession de leurs erreurs,
et les témoins étant absens , il les condamna au jugement
de l'eau exorcisée. Tandis qu'on préparoit ce qui étoit né-
cessaire pour cette épreuve, ' Lisiard pria Guibert de les p. 520.
interroger en particulier, pour tâcher de tirer l'aveu de
leurs hérésies. Mais il ne put rien leur faire avouer, et fut
d'avis qu'on exécutât le jugement de l'évêque. Le prélat dit
la messe, à laquelle il communia les accusés, en disant :
Que le corps et le sang de Notre Seigneur soit aujourd'hui
une épreuve pour vous. Puis il fit l'exorcisme de l'eau, dans
laquelle on jetta Clémentius, après qu'il eut assuré avec
serment n'avoir jamais rien cru ni enseigné de contraire à
notre foi. Loin d'aller au fonds de l'eau, il surnagea com-
me un roseau et fut tenu pour convaincu. On le mit
en prison avec son frère, qui avoit confessé ses erreurs,
mais sans y renoncer. On arrêta aussi deux autres héréti-
L 1 1 ij
in SIECLE.
452 GUIBERT,
ques qui étoient venus de Dormans à ce spectacle. Ensuite
Lisiard et Guibert partirent pour aller consulter les évê-
ques du concile, qui se tenoit à Béarnais, sur ce qu'il y avoit
à faire. Mais le peuple de Soissons craignant qu'on ne trai-
tât ces hérétiques avec trop de douceur, courut à la prison,
et les en ayant tirés, il les brûla hors de la ville. C'est ce
qui nous a paru de plus remarquable dans les trois livres
de la vie de Guibert, qui mérite d'être cru dans ce qu'il
rapporte comme témoin occulaire, quoique d'ailleurs trop
crédule sur les faits merveilleux. Il étoit âgé lorsqu'il com-
posa cet ouvrage, puisqu'il y marque, que son corps étoit
cassé de vieillesse. Il y fait mention de la plupart des écrits
qui nous restent de lui, et dont nous allons rendre compte.
2°. La première production de Guibert paroît être le
sermon qu'il fit le jour de la Madeleine dans un monastère
étranger, où il avoit accompagné son abbé. Nous avons
déjà vu de quelle manière il s'y trouva engagé , et le suc-
cès qu'il eut. Ce sermon n'est point un panégyrique de la
sainte, mais un discours de morale, dans lequel l'orateur
prenant pour texte ces paroles de l'écriture : La malignité
ne peut prévaloir contre la sagesse; elle atteint avec force
depuis mie extrémité jusqu'à Vautre, et dispose de toutes
choses avec douceur, il cherche quelles peuvent être les
extrémités entre . lesquelles la sagesse tient le milieu, et at-
teint depuis l'une jusqu'à l'autre. Il les trouve dans trois
paraboles de l'évangile ; sçavoir , la parabole du trésor ca-
ché dans un champ. 2°. Celle d'une pierre précieuse ache-
tée par un marchand. 5°. Celle du filet jette dans la mer.
Le prédicateur, suivant le génie de son siècle, donne dans
l'allégorie, et cite grand nombre de textes de l'écriture,
auxquels il donne presque toujours des sens figurés. Il ex-
plique les trois paraboles de Jesus-Christ , sur-tout de sa
passion et de sa "résurrection, par lesquelles il nous a mérité
tous les dons de la sagesse. 11 y montre combien Dieu est fort,
et en même temps plein de douceur; mais pour le sentir il faut
le goûter. Il parle des mystères de notre religion en habile
théologien; et de la vie spirituelle en homme d'une piété
éclairée et solide. 11 y a une grande abondance de pen-
sées et d'instructions, sur plusieurs points très-importants;
sur la confiance que nous devons avoir dans la médiation
ABBÉ DE NOGENT. 433
XII SIECLB.
de Jesus-Christ , sans laquelle la vue de nos péchés nous
feroit tomber dans le désespoir; sur le souvenir de sa passion;
sur la conformité que nous devons avoir avec lui, par la
pénitence et la mortification de nos corps; sur le renonce-
ment à nous-mêmes et à notre propre volonté; « qui, dit-il,
> dépouille le paradis, et enrichit l'enfer; qui rend inutile
» le sang de Jesus-Cbrist, et soumet le monde à l'empire
» du démon. » Le prédicateur finit par une courte et belle
récapitulation de son discours, où il y a un trait remar-
quable, et qui peut faire juger qu'elle étoit sa charité pour
les malades. « L'avarice s'efforce de détruire la miséricor-
» de, et sous le spécieux prétexte du bien, elle s'oppose à
» ce qu'on vende ce qui appartient au monastère pour sou-
» lager les malades; comme si les soulagemens qu'on procure
» aux malades, étoient capables de ruiner le monastère. »
D. Mabillon a donné ce sermon ' parmi les ouvrages fausse- t. », p. 701.
ment attribués à saint Bernard; mais le sçavant éditeur avertit
qu'il croit que Guibert de Nogent en est auteur , fondé
sur ce qu'il dit lui-même dans le seizième chapitre du pre-
mier livre de sa vie. Dans les annales de l'ordre de saint Be-
noît, D. Mabillon dit encore expressément que ce sermon
est de Guibert, et que les auditeurs en furent si satisfaits, ' An. 1. w, n. iîo.
que le prieur du monastère pria le prédicateur de le lui
donner par écrit.
3°. L'éditeur des œuvres de Guibert a mis à la tête de
ses écrits un petit traité très-méthodique et très-instructif
sur la manière de prêcher. Le P. Alexandre l'a jugé si so-
lide, qu'il en conseille la lecture à tous ceux qui se pré-
parent à ce saint ministère, ou qui sont chargés d'annoncer
la parole de Dieu. Notre auteur remarque d'abord qu'il est
très-dangereux à celui qui est chargé par le devoir de sa
charge d'annoncer la parole de Dieu, de ne pas remplir ce
devoir ; et que comme c'est une chose damnable de don-
ner mauvais exemple, on n'est gueres moins digne de blâ-
me, de ne pas vouloir contribuer à la guérison des pécheurs
en les instruisant. Les hommes, continue ensuite Guibert,
ont à cet égard des vues différentes. Il en est qui s'abstien-
nent de prêcher par orgueil, d'autres par dégoût, d'autres
par envie. Les premiers ne veulent point passer pour prê-
cheurs, parce que c'est une qualité qu'on méprise. Il en
3 1 *
xn SIECLE.
454 GU1BERT,
est cependant d'autres qui prêchent par orgueil et par am-
bition. Si l'on compare ces deux sortes de personnes, dont
les uns refusent de prêcher par orgueil, et les autres prê-
chent par vanité; ces derniers sont plus utiles que les pre-
miers, puisqu'ils instruisent et ne font tort qu'à eux-mêmes
par le motif qui les conduit : au lieu que ceux qui s'en
abstiennent font tort, par leur silence, à ceux qu'ils ne
veulent pas instruire, et à eux-mêmes par leur orgueil.
Ceux qui s'abstiennent de prêcher par envie, le font, ou
parce qu'ils ne veulent pas contribuer à rendre meilleurs
par leurs instructions ceux à qui ils annonceroient la parole
de Dieu ; ou parce qu'ils craignent qu'en leur faisant part de
ce qu'ils sçavent, ils ne deviennent aussi habiles qu'eux,
ou même qu'ils ne les surpassent. 11 est une autre sorte
d'envie, qui perte quelquefois un prédicateur à s'appliquer
avec plus d'ardeur à l'étude, non dans la vue d'édifier,
mais par le désir de l'emporter sur d'autres prédicateurs.
Celui-là est un mauvais dispensateur de la parole de Dieu,
et se perd en cherchant les autres; mais de quelque ma-
nière qu'on annonce Jesus-Christ , il faut s'en réjouir, et on
ne doit point rejetter celui qui dispense la parole de Dieu,
parce que le mercenaire ne laisse pas d'être utile en beau-
coup de choses.
Enfin il en est qui ont du dégoût pour la prédication; ce
qui n'est point surprenant dans ceux qui ne font aucune
bonne action; mais il y en a d'autres qui vivent bien, dont
la conduite est édifiante, et qui parce qu'ils n'ont point
charge d'ame dans l'église, s'imaginent qu'ils n'ont point
d'obligation d'annoncer la parole de Dieu à leurs frères :
ce qui est très-absurde, dit Guibert, qui soutient que tous
les chrétiens qui ont quelque science de l'écriture, sont
obligés d'enseigner la parole de Dieu. « Car si, selon saint Am-
De offlc. 1. 1, c. 36. > broise, dit-il, ' celui qui n'empêche pas qu'on fasse injure
» à son prochain, lorsqu'il le peut, est aussi coupable que
» celui qui la fait; ne peut-on pas dire que celui-là est éga-
» lement coupable, qui voit pécher son frère et qui ne veut
» pas le reprendre? » Le ministre de la parole ne doit rien
dire dans ses exhortations qui ne vienne de Dieu , comme
de sa source; il ne doit avoir que Dieu en vue, et ce seroit
un sacrilège que de chercher sa propre gloire. Car si le vol
ABBÉ DENOGENT. 453 m SIKCL8.
est regardé parmi les hommes comme un crime très-hon-
teux, quel est le crime de celui qui enlevé à Dieu ce qui
lui appartient, et se l'approprie? Si furtum inter humana
negotia probrosissimum est, quid eriminis esse putamus, sua
subtrahere Deo , et sibi arrogare?
Notre auteur veut que le prédicateur joigne la pratique
des vertus à l'instruction des autres, qu'une conscience pure
soit comme le livre d'où il tire la matière de son discours ,
afin qu'en prêchant le bien aux autres, il ne soit point tour-
menté par le souvenir de ses crimes, et qu'une secrette con-
fusion n'arrête point ses paroles (-1 ). La prière doit précé-
der la prédication, afin que l'ame étant toute embrasée de
l'amour de Dieu, elle exprime avec force les sentimens
qu'elle a de lui, et allume dans les cœurs de ses auditeurs
le même feu dont elle brûle elle-même. Car un discours
prononcé d'une manière tiède et languissante, n'étant pas
même agréable à celui qui le prononce, ne peut plaire à
personne. Ce seroit une merveille, si un discours prononcé
par un orateur qui n'est point animé, étoit capable d'animer
les autres. L'expérience nous apprend que de tels dis-
cours ne sont propres qu'à accabler d'ennuis, et à mettre
l'auditeur de mauvaise humeur. Un autre défaut que le pré-
dicateur doit éviter, est d'être ennuyeux et à chfirge par
sa longueur. On lit dans saint Ambroise, qu'un discours
ennuyeux met en colère. C'est ce qui arrive, soit lors-
qu'on répète les mêmes choses, soit lorsqu'on s'étend trop
sur différens sujets. Le prédicateur ne doit pas trop se li-
vrer à son zélé, quelque grand qu'il soit, quelque soit
son sujet, ' quclqu'heureuse que soit sa mémoire, quel- Guib. p. 4, coi. î.
que facilité qu'il ait de parler avec grâce et éloquence;'
il doit avoir égard à la foiblesse de ses auditeurs, et penser
qu'il vaut mieux débiter un petit nombre de vérités qui se-
sont reçues agréablement, que de débiter une infinité de
choses, dont on n'en retiendra aucune. Il est à propos qu'il
finisse toujours avant que d'ennuyer, afin que lorsqu'il par-
lera une autre fois, il trouve les esprits disposés à l'écouter.
Guibert ajoute à cela un avis très-sage sur ce que doi-
vent faire les prédicateurs, pour se proportionner à la por-
(1) SU liber noster, ex quo nostrœ procédai textus orationis,puraconscientia,
ne dam lingua atiis bona annuntiat peccati memoria nos inius mordeat, qum
locutionis impetum occulta confusione prœpediat.
III SIECLE.
456 GUIBERT,
tée de leurs auditeurs. Ils en ont de sçavans et d'ignorans :
il faut qu'ils aient égard aux uns et aux autres. Pour cela
ils doivent expliquer les choses aux ignorans d'une manière
claire et intelligible; et en mêler de plus relevées pour
les sçavans.' Il dit qu'il est à propos de mêler des sentences
de l'ancien Testament dans les sermons, parce qu'elles pa-
roissent nouvelles et réveillent les auditeurs. Venant en-
suite aux sujets que les prédicateurs doivent prendre,
il les réduit aux quatre sens de l'écriture; sçavoir l'histori-
que, qui rapporte les événemens; l'allégorique, qui sous
un discours propre à une chose, en fait entendre une au-
tre; le tropologique, qui est une expression morale, qui
apprend à régler les mœurs; l'anagogique, ou mystique,
qui élevé l'esprit aux choses célestes et divines de la vie
future et éternelle. L'auteur démontre ces quatre sens, en
prenant pour exemple le mot de Jérusalem. Selon le sens
historique, c'est une ville; dans le sens allégorique , il signi-
fie l'église; dans le tropologique, c'est l'ame fidèle, qui
soupire après la jouissance de la paix éternelle; selon l'a-
nagogique, il marque la vie des citoyens célestes, qui jouis-
sent dans le ciel du souverain bonheur en voyant Dieu.
De ces quatre sens, le plus utile, et celui auquel le prédi-
cateur doit plus particulièrement s'attacher, est le moral.
D'ailleurs il est plus aisé, et il y a plus de sûreté à traiter
de la nature des vertus, que de ce qui regarde la foi. Car
en voulant quelquefois trop approfondir les mystères, on
donne occasion en en parlant à des esprits bornés de tom-
ber dans l'erreur, au lieu qu'en traitant des matières de mo-
rale, on en retire de l'utilité. Ainsi quoique le sens allégo-
rique soit plus agréable, et quoiqu'il soit quelquefois né-
cessaire de parler de ce qui regarde la foi et l'intelligence
de l'écriture, néanmoins le principal objet du discours doit
être les mouvemens intérieurs, c'est-à-dire, les passions.
Ces mouvemens et ces passions sont si communes à tous
les hommes, qu'un discours qui traite de cette matière
ne peut être obscur, n'y ayant personne, qui, réfléchissant
sur lui-même, n'y apperçoive comme écrit dans un livre
tout ce que peut dire le prédicateur touchant les différentes
tentations.
Un prédicateur ne doit pas moins s'appliquer à donner
des
ABBE DE NOGENT. 457 XII siècle.
des avertissemens sur la liaison des vices et sur les moyens
de les éviter, que sur la pratique des vertus ; il peut faire
beaucoup de fruit, en faisant connoître de quelle manière
les vices naissent les uns des autres, et les effets pernicieux
qu'ils produisent. Il y a des hommes si grossiers, si char-
nels, et si plongés dans la matière, qu'ils n'entendent et
ne comprennent que ce qui est sensible , et ce que les bêtes
mêmes peuvent comprendre : en sorte que les vices du
corps et de Pâme, auxquels ils sont sujets, et sous le joug
desquels ils vivent, leur sont inconnus, et qu'ils les igno-
rent jusqu'à ce qu'on les leur fasse connoître. « Je dis donc,
» continue Guibert, et je dis vrai, que quelquefois un
» discours de la nature du vice n'est pas moins utile qu'un
» discours sur la nature des vertus. Car si je ne connois la
» laideur du vice, comment aimerai-je la vertu? Et com-
» ment fuirai-je le vice, si je ne connois ce qui est bon, et
» que je ne puis acquérir, si je ne fuis le vice. Il y a des lé-
» gumes, il y a de la ciguë; l'un est bon, l'autre est mor-
» telle. » Il faut connoîlre l'un et l'autre, afin de n'être
point exposé à s'empoisonner, en mangeant de la ciguë avec
des légumes. 11 est donc nécessaire de faire connoître le
vice, afin qu'on l'évite.
' Il n'est point de prédication plus utile , que celle qui p. 5.
fait connoître l'homme à l'homme lui-même; et qui le rap-
pellant du dehors où il est répandu, le fait rentrer au dedans
de soi, et le représente comme dépeint devant ses yeux.
Pour traiter cette importante matière de l'homme intérieur,
Guibert renvoyé aux morales de saint Grégoire, et aux
écrits de Jean Cassien. Mais on l'apprend surtout par sa
propre expérience; et rien n'est plus utile à Pâme, que de
réfléchir sur ce qui se passe en elle-même. C'est par cette
expérience que l'homme connoît les victoires qu'il rempor-
te sur les tentations, en leur résistant courageusement;
ses affoiblissemens et ses chutes, lorsqu'il se lasse du com-
bat et qu'il désespère de pouvoir résister à des attraits, aux-
quels son cœur étoit impénétrable; ' ses retours vers Dieu, ibid.
qui lui fournissent différens moyens pour le relever, ou pour col. 2.
l'empêcher de tomber; soit en lui inspirant l'esprit de com-
ponction, c'est-à-dire, en lui faisant sentir la foiblesse de
sa volonté; soit en lui faisant entendre quelque discours
Tome X. M m m
xn SIECLE.
458 GUIBERT,
de piété; soit en lui faisant lire quelque page de l'écriture,
qui tire l'esprit de sa langueur; soit enfin par une infinité
d'autres moyens, qui rappellent l'homme au bien. Gui-
bert fait à cette occasion une description pathétique de l'é-
tat des justes, qui travaillant à leur perfection, sont expo-
sés aux (lots des tentations. Ils en sont agités, niais ils ne
sont pas submergés. Dans ces violens combats de l'esprit
et de la chair, qui se heurtent et se font la guerre, ils ne
cesseit point d'agir et de résister courageusement; et loin
de tomber dans le désespoir, ils tournent leurs regards vers
Dieu, et se jettent entre les mains du Tout-puissant, qui
p. c>. peut les délivrer des maux dont ils gémissent. ' Ceux-là ont
vu, dans l'abattement d'esprit, dans les nuages de la ten-
tation, dans la crainte de pécher, c'est-à-dire, ils ont
éprouvé les œuvres du Seigneur, et les choses étonnantes
qu'il fait au milieu de l'abîme. Après être sortis de ces
combats, et de ces dangers, ils rentrent en eux-mêmes,
et considérant par quelles fautes ils ont mérité d'être li-
vrés à ces tentations, et de quelle manière ils ont été dé-
livrés, ils font des réflexions utiles et capables d'instruire
sans lettres et sans livre. Celui qui est chargé par état de
travailler à l'instruction des autres, peut se servir utilement
de l'expérience qu'il a acquise par lui-même dans ces com-
bats. Un homme qui n'a jamais porté les armes, peut par-
ler de la guerre, sur des discours qu'il aura entendus, ou
des histoires qu'il aura lues ; mais il n'en parlera jamais aussi
pertinemment que celui qui a fait la guerre en personne, et
s'est trouvé à plusieurs batailles. Il en est de même dans
la vie spirituelle.
Guibert parlant de l'usage qu'un prédicateur doit faire
de l'écriture dans ses sermons, ne veut pas que ceux qui
ne sont pas exercés dans cette étude, hazardent des allé-
gories nouvelles. Il avertit sur-tout le prédicateur, que
s'ils veulent faire du fruit, ils doivent remplir leur minis-
tère de telle sorte qu'ils ne fassent paroître d'autre inten-
tion que d'instruire et de procurer le salut de leurs audi-
teurs , et qu'ils ne cherchent point à s'acquérir de la gloire
par leur éloquence. Car rien ne choque tant un auditeur,
que de penser que celui qui lui annonce la parole de Dieu ,
le fait par intérêt et par ostentation. Celui qu'on connoît
ABBÉ DE NOGENT. 459 XII SIECLE.
pour tel, irrite plutôt qu'il n'instruit ; et plus il prend de
peine pour orner ses discours, plus il fait mépriser sa per-
sonne, et même les choses qu'il dit.
Après cela, Guibert propose les principales matières,
que les prédicateurs doivent traiter dans leurs sermons. Il
veut qu'on représente aux pécheurs, non-seulement la ri-
gueur des supplices éternels, qu'ils souffriront sans aucune
espérance d'en être jamais délivrés ; mais encore les peines,
les inquiétudes, et tous les maux qui accompagnent le cri-
me, même dans cette vie. Il en fait la description d'après
Boëce, en employant les paroles de ce célèbre philoso-
phe.
Telles sont les régies que prescrit Guibert , et les avis
qu'il donne aux prédicateurs dans son excellent traité de la
manière de prêcher, qui sert de préface à son commentaire
sur la Genèse, et peut-être d'apologie à l'auteur. En
effet, ce qu'il dit pour prouver que tout chrétien est obligé
de procurer tout le bien qu'il peut, soit par l'exemple,
soit par l'instruction, la manière dont il insiste sur cette obli-
gation, ne permet pas de douter que l'auteur n'ait voulu
se justifier, et combattre les préventions de l'abbé Garnier,
qui vouloit l'empêcher de composer son ouvrage sur la
Genèse.
4°. L'ouvrage de Guibert sur la Genèse consiste en dix
livres de commentaires moraux, qu'il a composés à l'imi-
tation de ceux de saint Grégoire le Grand sur Job. Il nous
apprend lui-même ce qui l'engagea à s'appliquer au sens
moral plutôt qu'à l'allégorique ou à d'outrés : c'est qu'il
crut qu'un commentaire de ce genre seroit plus utile dans
le temps où il vivo.t, ' parce que la foi étoit saine, et que
les mœurs étoient très-corrompues (J). A l'égard du sens Ub. 1, vit. c. w.
littéral , il donne une raison particulière ' pour laquelle il pi-ocem. p. i.
ne s'y est point attaché; en disant qu'il y auroit eu de la
folie à l'entreprendre après saint Augustin, qu'ainsi la crainte
de passer pour fol l'en a empêché (2). L'auteur a la mo- itod.
(1) Porto in Geneti, ideb potissimum moralilati intendi.... Qubd judicio meo
alleijoncis mnralia salis hoc tempore utiliora put art m, fide tx Deo ad integrum
fiante, monbus pêne omnium mult vlici vitio proftigalis.
(2) Allendenttum, quia B. Auqvstmo aut dUsona. aut paria lexere insani tapi-
Us notant terent jure tuptrstderim .
M m m ij
XII SIECLE.
4G0 GLIBERT,
destie de dire, en parlant dans le premier livre de sa vie de
ce commentaire et de ce qui y a donné occasion, qu'il ignore
s'il a été utile à quelqu'un : il avoue toutefois qu'il a fait
plaisir aux sçavans, et que pour lui il en a retiré un grand
avantage, en ce qu'il lui a fait éviter l'oisiveté. Il n'est pas
possible de faire l'extrait d'un semblable ouvrage : nous
nous contentons d'en donner quelques échantillons, pour
que le lecteur puisse s'en former une idée. Voici l'explica-
tion qu'il donne du premier verset de la Genèse. Au com-
mencement le Seigneur créa le ciel et la terre. « Dans le
» commencement de notre conversion, nous sentons en
» nous un combat de deux choses, qui sont contraires l'une à
» l'autre, et qui ne peuvent jamais être en paix, pas même
» un seul moment dans celui qui vit bien. Ces deux choses
» sont la chair et l'esprit.
» L'homme dans le premier état, où Dieu Pavoit créé,
» étoit exempt de tout mouvement déréglé : il y avoit entre
» l'esprit et la chair une concorde si j arfaite, qu'il n'éprouvoit
» rien qui lui fil peine, jusqu'à ce qu'ayant violé le comman-
» dément de Dieu en obéissant au serpent, il sentit la ré-
» volte de la chair contre l'esprit. Il étoit bien juste que
» l'homme ne sentit aucune contradiction en lui tant qu'il
» demeura soumis à Dieu; et il n'étoit pas moins juste,
» qu'il ne fut plus maître de lui-même, du moment qu'il se
s révolta contre Dieu.... Dès-lors la concupiscence régna
» en nous, et nous fit éprouver malgré nous des mou-
» vemens déréglés. » Notre auteur fait ensuite l'application
de son commentaire, à ce qui se passe en nous au commen-
cement de notre conversion, lorsque nous renonçons à nos
crimes pour retourner à Dieu. Nous avons donc, dit-il,
en nous le ciel , qui nous fait soupirer après les choses cé-
lestes ; et nous avons au contraire la terre qui nous en-
traîne comme des bêtes vers les choses viles et mépri-
sables,
r. 12. ' Sur le verset troisième : Que la lumière soit faite, et
la lumière fut faite : « Que devons nous entendre, dit-il,
» par la lumière, sinon ce premier bien, qui est donné à
» ceux qui se convertissent, en rentrant au fond de leur
» cœur? Or quel est ce premier bien, sinon la crainte du
» Seigneur, qui est le commencement de la sagesse
ABBÉ DE NOGENT. 46^
Mais il faut examiner pourquoi cette crainte (4 ) , que nous
appelions lumière , est meilleure que celle que l'on voit
dans des hommes, qui en se livrant à la débauche,
craignent d'être découverts. Il en est, qui craignent d'ê-
tre surpris dans leurs crimes, et cette crainte est plus ca-
pable de porter à les commettre que d'en empêcher.
Car, comme le dit un poëte, plus on couvre le feu, plus
il s'allume.
Quoque magis tegitur tectus magis aestuat ignis.
» De même on peut dire , que le désir de commettre le
péché est d'autant plus grand , qu'il se commet plus secrè-
tement Il y en a donc quelques-uns, qui craignent
d'être découverts et surpris, mais parce que cette crainte
ne vient point de la grâce, et quelle ne renferme point
l'amour de Dieu, elle n'arrête point le désir du péché (2).
Les enfans d'Israël craignoient les peines portées par la
loi, mais ni cette crainte, ni les récompenses charnelles
qui leur étoient promises, ne pouvoient les empêcher de
violer la loi , parce qu'ils ne s'appliquoient à bien faire
par aucun amour de Dieu, n'agissant en tout que par con-
trainte, comme des esclaves, et non par l'esprit d'adop-
tion. La crainte, que Guibert appelle lumière, est celle
qui dissipe les nuages des mauvaises pensées, et qui porte
à l'amour de la vertu. Celui donc qui, dans le com-
mencement, n'avoit qu'une douleur infructueuse de sa
langueur, et ne pouvoit s'en délivrer, parce qu'il n'avoit
point la lumière de la grâce céleste, conçoit une douleur
qui n'est plus vaine, parce qu'elle est jointe à l'onction du
saint Esprit, qui le fortifie et l'instruit de toutes cho-
ses. »
Nous pouvons dire en général, qu'il y a un grand fonds
d'instructions très-solides dans les commentaires moraux
de Guibert sur la Genèse , et que l'auteur y montre par-
ti) Timenf ilaqut deprehendi, timent proditioni, etiam suœ aliqui, ttd quia
ex gratia Dei non e$t, quia ex amore non cunst.it, vitiorum ardorem non supe-
rut.
(4) Filii Israël pœnat, quas lex minabatur, timentes, nec metu panarum,
nec carnalium prœmio promissorum à legis prœvarteatione teneri p.. feront quia
nullo Dei amore ad bine agendum animos applicabant, ted tofum coacti servi-
liter, non spiritu adopiionU agebant.
in SIECLE.
m siècle. ^62 GUIBERT,
tout beaucoup de lumières et de piété, et un grand atta-
chement à la doctrine des saints Pères, dans la lecture
desquels il paroît très-versé. « 11 n'y a point d'erreur plus
» dangereuse, que de s'écarter des régies et des sentimens
p. 10. coi î. > des saints pères, dit-il, ' en parlant de la nécessité qu'il
» y a de consulter lorsqu'on étudie l'écriture. Qu'on s'atta-
» che donc ajoute-t'il, aux sentimens de ceux, qui nous ont
> appris dans leurs écrits de quelle manière il faut recher-
» cher les sens obscurs de l'écriture sainte (4).
La préface de ce commentaire, par laquelle l'auteur le
dédie à Barthelemi évêque de Laon, qui fut placé sur ce
siège l'an \ \\ 5 , pourroit faire croire , que c'est approchant
An. Ub. 72, n. 55. le temps où Guibert l'a composé. ' Le P. Mabillon, sans
en fixer l'époque, se contente de dire, qu'il a été fait avant
\ \\ 6 , parce que l'auteur y parle avec éloge du célèbre An-
selme de Laon, qui mourut cette année. Mais Guibert lui-
même nous apprend qu'il l'avoit composé long-temps au-
paravant.
Il commença sous l'abbé Garnier , c'est-à-dire , avant
l'année 1084 , qui fut celle où Garnier se démit de l'abbaye
saint Germer; et après sa démission, qui fut suivie de
deux années de vacances, notre auteur profita de ce temps,
comme il le dit, pour continuer son ouvrage, qu'il acheva
Guib. p. 478. en peu de temps. ' Nactus occasionem, dura pastore locus
ille vacaret , impegi tandem et brevi opus explevi , quod
decem libris complexum, etc. Ainsi l'époque de la démis-
sion de Garnier, que D. Mabillon place en ^84, fixe
celle des commentaires moraux de Guibert sur »la ' Genèse ,
ayant été achevés dans le cours des deux années de vacance
qui la suivirent. Guibert a fait encore d'autres commentai-
res sur différens livres de l'écriture, dont les uns ont été pu-
bliés par D. Dacheri, d'autres sont encore manuscrits dans
quelques bibliothèques; et quelques-uns sont perdus, ou
du moins n'ont point été découverts jusqu'à présent.
5°. Les commentaires tropologiques sur les prophètes
Osée et Amos, et sur les lamentations de Jérémie , pa-
roissent avoir été composés par Guibert, long-temps après
(1) Nusquam entm periculosiut erratur, quùm si à regulis et semitis vatrum
veterum recedatur. Teneatur ergo enrum usquequaque senleniia, qui de tacri
eloquii obscurlt, qualiter estent inquirenda scripserunt.
ABBÉ DE NOGENT. 465
XII SIECLE.
les commenlaires sur la Genèse, et dans un âge fort avancé.
Car l'auleur en s'excusant sur ce qui ponrroit déplaire dans
son ouvrage, et n'être point assez exact ni assez poli, allè-
gue pour raison , qu'il ne peut se servir ni de sa main , ni
de ses yeux, et qu'il est obligé d'avoir recours à une main
étrangère, ayant perdu la vue par l'habitude d'écrire sola
voce sine manu, sine oculis. Guibcrt les dédia à saint Nor-
bert, avec lequel il éloit lié, tant à cause du voisinage des
deux abbayes, qu'à cause des sentimens d'estime et de vé-
nération qu'il avoit pour le saint instituteur de Prémontré.
Il le comble de louanges, non-seulement dans la préface
ou l'épitre dédicatoire, mais encore à la fin de ces com-
mentaires, qu'il soumet à son jugement. D. Mabillon a
recueilli les louanges que Guibert donne à saint Norbert,
avec d'autant plus de soin qu'elles font plus d'honneur à ce
saint, surtout venant de la part d'un écrivain plus accou-
tumé à critiquer qu'à louer : ' Quod profecta sint ab Mo auc- An.iib. 73, n. 103.
tore, qui mordere potius quàm laudare consuevit.
' Guibert s'excuse d'abord de ce qu'il entreprend un ou- Guib. prœm. p.
vrage qui a paru très-difficile à saint Jérôme, et que ce
docteur avoue, que les plus sublimes génies, tels qu'O-
rigene, Apollinaire, Eusebe de Gésarée et Didime mê-
me , ont entrepris sans pouvoir l'achever. Notre auteur
se justifie du reproche de témérité qu'on pouvoit lui faire ,
en disant que son but est différent, et qu'il a seulement
dessein de chercher les sens allégoriques et moraux , ce qui est
beaucoup plus facile que ce qu'avoient entrepris ces grands
hommes. Car, dit-il, il y a beaucoup plus de sûreté à
traiter de la nature des passions, que nous éprouvons au-
dedans de nous-mêmes, qu'à parler des mystères de Jesus-
Christ et de l'église, sur lesquels il est aisé de tomber dans
quelques écarts, si on n'use d'une grande circonspection.
Les commenlaires suivans ne sont donc que des explica-
tions tropologiques ; c'est le nom qu'il leur donne, pour ne
pas répéter celui qu'il avoit donné à son ouvrage sur la
Genèse. Ils sont divisés en cinq livres, dont les trois pre-
miers sont sur le prophète Osée. ' Notre auteur donne une 03. c. 7, t. h
explication remarquable de ces paroles du prophète; ils ne
méditoient que sur U bled et le vin , et ils se sont écartés de
moi. « Ils ruminent sur le bled et le vin , dit Guibert, ' lors- cuib. p. 103
III SIECLE.
464 GUIBERT,
» qu'ils disputent de nouveau sur la doctrine céleste et la
> science spirituelle. Car ruminer, c'est faire revenir dans
» la bouche ce que l'on a mangé, pour le remâcher. Ceux-
> là ruminent donc, qui ayant élé une fois instruits des dog-
» mes de l'église, ont la hardiesse de les examiner, et de
» mettre en dispute , comme si c'étoit quelque chose de
» nouveau , ce que Dieu a enseigné aux hommes et ce que
» les pères ont décidé C'est ce que nous voyons au-
» jourd'hui dans les disputes de certains grammairiens, qui
> n'étant que des aveugles , veulent faire briller leur esprit
» en disputant non-seulement sur les divines écritures, mais
» encore sur tous nos célestes mystères (-1 ). » Ces gram-
mairiens, dont parle Guibert, sont sans doute les Nomi-
naux qui faisoient grand bruit dans les écoles. On voit ici
le zélé et l'attachement de notre auteur pour la foi de l'é-
glise, et la force avec laquelle il s'éleva, comme tous les
grands hommes de son temps, et en particulier saint Ber-
nard, contre les abus naissans de la mauvaise scholastique.
Le plus grand de tous est de traiter nos mystères comme s'ils
n'avoient rien de certain, et de les soumettre à la raison. La
subtilité des raisonnemens humains a toujours été l'écueil
de la foi, s'ils ne sont guidés par la foi même. L'église n'est
point une école de philosophie, où chacun ait la liberté
de débiter les imaginations de son esprit. Dans les choses de
la foi , la raison humaine est un guide trompeur et infi-
dèle, qui nous livre à l'erreur et à. l'illusion. C'est une folie
extrême de vouloir mesurer la puissance de Dieu sur la pe-
titesse de l'esprit humain, de prétendre soumettre Jesus-
Christ à la censure des Philosophes, de Platon et d'Aristote,
et établir une science toute divine sur un fondement tout
humain. C'est cependant ce que font ceux qui veulent ju-
ger des choses de la foi par les principes de la raison. L'é-
vangile est une philosophie chrétienne, supérieure à toutes
les sciences et à toutes les traditions humaines, dont elle
(1) Super Iriticum et vinum ruminant, dum super doctrina eœlesti et spiritua-
li icienlia disputandn rétractant. Ruminare enim este bum commasticutum ad
ora reducere denuo cnmmolendum. Ergo ruminant qui dogma eccli iinsticinn,
qwid semel eombiberint. discuter? et examinnre prœtvmunt et defflnit-i à Deo. et
patribus, a* si nova aliqua revocare ad médium Quod hoauque in quu-
rumdam grammaticorum contrai trsiis pervidemus. qui non solum in divmo
eloqvio, $td ttiam in quolibet c^eiesti wysttrm cœci* nculi* teintiltare confon-
dant.
ne
ABBÉ DE NOGENT. 465 XII SIECLE
ne peut recevoir la loi. Rien n'est plus opposé à la simplicité
de la foi et de la parole de Dieu, qui en est le fondement,
que la fausse subtilité des Sophistes. Tel est l'abus contre le-
quel s'élevoit Guibert de son temps; et plût à Dieu que nous
n'en vissions pas de semblables de nos jours ! jours malheu-
reux, auxquels « on diroit, que le puits de l'abîme infernal
» est ouvert, ' et qu'il en est sorti un tourbillon et un orage, censure de sorb.
» qui infecte l'égl se de Jesus-Christ au long et au large, et préde..
» la couvre d'une noirceur horrible et empestée. ' Dans les voyez les Mande-
./ . / ,, ., , . /, , , , , / . . . mens de M de Pa-
» siècles precedens, il s est eleve des heres.es, qui essayoïent ris, et de m dAu-
» de renverser quelques dogmes de la religion catholique; ™lmé thèse™ la
» dans le nôtre, l'impiété en fureur se déchaîne contre la
» religion toute entière, et dans tout ce qu'elle est. Elle ne
» connoît plus de frein, ni de pudeur capable de l'arrêter.
» La foi, à laquelle il appartient de captiver tout entende-
> ment, sous l'obéissance qui est due à Jesus-Christ, est sou-
» mise à l'empire de l'esprit humain, aveugle et superbe; et
» l'impiété ne propose plus rien à croire , que sur le rapport
» des sens et de la raison. » Tels sont les excès, où la phi-
losophie et une mauvaise scholastique ont conduit des hom-
mes téméraires , qui , comme le dit Guibert, ont la har-
diesse de vouloir mettre en question les dogmes de notre
sainte religion.
Pour revenir à notre Auteur, le quatrième livre d'expli-
cations tropologiques , est sur le prophète Amos, et le
cinquième sur les Lamentations du prophète Jérémie.
Il y a à la tête du quatrième une petite préface, dans la-
quelle l'auteur prie S. Norbert, d'y retrancher et d'ajouter
tout ce qu'il jugera à propos. Dans le prologue, qui précède
le commentaire sur les Lamentations de Jérémie, l'auteur
6e propose de faire voir dans la description que le saint pro-
phète fait de la ruine et de la désolation des villes de la Ju-
dée, ' la perte des âmes. In defectu ergo urbium, ruinas me- Guib. p. 213.
ditemur animorum. Donnons un exemple de la manière
dont il exécute son projet. Comment, dit Jérémie, cette ville
si pleine de peuples, est-elle maintenant si solitaire et si dé-
solée ? La maîtresse des nations est devenue comme veuve, la
reine des provinces a été assujettie au tribut. « La ville pleine
» de peuples, devenue solitaire, est l'âme, qui environnée
» d'une foule de pensées, est seule, livrée à elle-même,
3 2 Tome X. N n n
XII SIECLE.
466 GUIBERT,
» ne médite point la doctrine salutaire, et n'a aucune force
> pour dissiper le trouble qui l'agite, et rétablir le calme en
» elle-même La reine des provinces est assujettie au
» tribut, lorsque celle, qui devroit êlre maîtresse des sens
» extérieurs, que l'évangile désigne sous la parabole des cinq
> villes, est elle-même assujettie au pécbé : c'cst-là ce tri—
» but, dont il est dit dans l'Ecriture, délivrez-moi des maux
» qui m'accablent De tous ceux qui lui étoient chers,
» il n'y en a pas un qui la console. De tous ceux qui nous
» étoient cbers, il n'y en a aucun qui nous console, lorsque
» de toutes les vertus, qui sont la seule chose qui doive nous
> être chère, il ne nous en reste aucune qui ranime notre
» espérance. »
Les cinq livres de commentaires tropologiques sur Osée,
Amos", et les Lamentations de Jérémie, sont terminés
par un épilogue, dans lequel Guibert adresse la parole à
S. Norbert, et se félicite d'avoir choisi pour apprécier, ou
plutôt pour examiner son ouvrage, une personne qui ne
juge des choses qu'avec la plus grande équité, et le plus sé-
rieux examen ; et qui est plus capable que tout autre d'en
juger, par la connoissance qu'il a de l'homme intérieur, et
par son grand discernement. Il se repose entièrement sur le
jugement qu'en portera cet homme spirituel, qui examine
tout, et juge de tout d'une manière spirituelle, dont la vie
est toute divine. En conséquence, il renouvelle la prière
qu'il lui a déjà faite, d'y faire toutes les corrections et addi-
tions qu'il jugera à propos, et l'assure qu'il lui en aura obli-
gation.
6°. Outre les commentaires imprimés dont nous venons
Le Long, Bibi.sac. de parler, ' Guibert en a encore composé sur tous les autres
t. 2 p. 756. ,.\ , ,, , , , ,' .,.,,.,
petits prophètes, qui ont échappe a I Editeur de ses œu-
vres, et qu'on trouve manuscrits dans les bibliothèques de
Vauclair et de Pontigny. Le commentaire sur Abdias, est
dédié à Geo ff roi , abbé de S. Médard de Soissons , et à
Alard, abbé de Florenne. Dans le prologue que dom Ma-
billon a inséré dans l'appendice du sixième tome de ses an-
Mai), ann. ap. p. nales, sur le manuscrit de Pontigny, ' Guibert dit aux deux
abbés, auxquels il dédie son ouvrage, qu'il le leur adresse,
tant à cause de leur grand savoir, qu'à cause de la sainteté
de leur vie. Il espère qu'ils le protégeront contre les cen-
ABBE DE NOGENT. 467 XII siècle.
seurs, d'autant plus volontiers, qu'ils connoissent mieux
ses intentions. Le P. Hommey ' a publié sur un manuscrit du suppi. pp. p. 488,
collège de Navarre , qui avoit été à l'usage du célèbre car- 489' 490'
dinal Pierre d'Ailly, une lettre de Gnibert de Nogent à Saint
Norbert, qui est comme l'épilogue, ou la conclusion de ses
commentaires sur les douze petits prophètes.
Nous pouvons encore placer ici parmi les écrits de Guibert
sur l'Ecriture Sainte, celui qu'il avoit composé sous ce titre :
Capitularis libellas de diversis evangeliorum et propheticorum
voluminum. Il en fait mention lui-même dans le premier
livre de sa vie , chapitre iG; mais cet écrit est demeuré jus-
qu'à présent caché dans la poussière de quelque bibliothè-
que; ou peut-être même a-t'il été supprimé par l'auteur, qui Pra-f.
n'y avoit pas mis la dernière main , comme dom Dachcry le
conjecture, après l'avoir cherché inutilement dans tous les
endroits où il a cru pouvoir le trouver.
7°. En parlant de la vie de Guibert écrite par lui-même, ' Ecrit contre les
nous avons dit un mot de l'écrit qu'il composa sur llncar- Juls'
nation contre les Juifs; mais il mérite que nous en parlions
un peu plus au long. L'Auteur, après avoir résisté deux ans
aux sollicitations de Bernard, doyen de l'église de Soissons,
entreprit enfin cet ouvrage, qui, dit-il, auroit pu effrayer
les Grégoires et les Jérômcs, et il le dédia à celui qui l'avoit
engagé à le composer. Il est partagé en trois livres, dont
le premier contient six chapitres, le second en contient
cinq, et le troisième onze. Ce traité est fait contre Jean,
comte de Soissons, qui, quoiqu'élevé dans la religion
chrétienne, et en faisant même profession extérieurement,
étoit cependant fauteur des Juifs, et judaïsoit lui-même.
C'est ce qui donne occasion à Guibert de dire, que c'est
une chose supportable en quelque sorte, de voir outrager
notre foi, par ceux qui n'ont jamais fait profession du chris-
tianisme; mais que c'est une chose qui fait sécher de dou-
leur les gens de bien, lorsqu'ils la voyent attaquée par ceux
mêmes, ' qui paroissoient réconciliés par la grâce de Jésus- l. i. c. î. p. 264.
Christ. La vie du comte de Soissons n'étoit qu'une suite
continuelle de toutes sortes de crimes, et Guibert est per-
suadé, que ce sont ces crimes qui l'ont conduit à celui de
blasphémer contre la religion : il rapporte quelques-uns de
ces blasphèmes, qui sont, dit-il, puisés dans les sources
N n n ij
XII SIECLE.
468 GUIBERT,
impures des Juifs. C'est pourquoi il attaque en même-temps
p. 265. les Juifs qu'il ne ménage point, ' et celui qui publie leurs
blasphèmes. On en peut juger par le début :
< 0 Dieu, à qui nul n'est semblable, s'écrie Guibert, ne
» demeurez point dans le silence, n'arrêtez pas plus long-
» temps l'effet de votre puissance; mais couvrez d'ignomi-
» nie le visage de celui qui outrage votre nom. » Il examine
ensuite les objections des Juifs et du comte de Soissons,
contre l'Incarnation , et les réfute en détail avec beaucoup
de précision et de solidité. Il fait voir qu'il n'y a aucun in-
convénient, qu'un Dieu se soit incarné dans le sein d'une
Liv î. c. 2,3,4, Vierge. Il dit que Dieu ne seroit pas tout-puissant, ' s'il n'a-
voit pas pu se revêtir de la nature humaine, par un effet de
sa miséricorde, pour racheter l'homme qu'il avoit créé; que
Cap. 3. c'est en vain qu'on objecte, ' que le sein d'une Vierge est
quelque chose de vil et d'indigne de la Majesté Divin,", qu'à
la vérité, s'il s'agit de dignité, il n'y a rien dans la créature
qui soit digne du Créateur; que la nature des Anges même
n*a rien digne de lui; et qu'en ce sens, toutes les créatures
en étant également indignes, il convenoit mieux qu'il se
revêtît de la nature humaine; que du reste, il n'y a rien dans
l'homme , que Dieu puisse avoir en horreur , sinon le pé-
ché; qu'il ne peut avoir horreur de la nature de l'homme
qu'il a créé, sans avoir horreur de son propre ouvrage; que
Dieu est esprit, qu'il n'aime que la vertu, et que rien ne lui
déplaît que le vice; qu'ainsi il n'a pu avoir horreur du sein
cap. 4. d'une Vierge, ' dans l'ame de laquelle il avoit généralement
versé toutes sortes de biens. Car qui d'entre vous, dit— il,
pourroit l'accuser de péché (a) : Qu'il n'y a donc que l'indi-
gnité de la nature du sexe qu'on puisse objecter; que c'est
en cela même que Dieu a signalé sa bonté ; que les hom-
mes ne pourront jamais rendre assez d'actions de grâces
à Dieu, de s'être ainsi donné tout entier pour leur salut;
c. 6. qu'en s'incarnant, ' il n'a contracté aucune souillure , com-
me le soleil n'en contracte point, quoique ses rayons pé-
nétrent les choses les plus sales ; que rien n'est si instructif
pour les hommes , que l'exemple d'humilité que Jésus-
Christ leur a donné par son Incarnation. Il parle à cette oc-
(a) Quis verb ex vobis pûtes t ipsam fœminam arguere de peccalo T
ABBÉ DE NOGENT. 469 m SIECLI.
casion du péché originel, dont on étoit autrefois purifié par
la circoncision, ' soit par la foi de ceux qui la recevoient, soit cap. 2.
par celle des parens, plutôt que par la Circoncision, ou par
les cérémonies légales; autrement il faudroit dire, qu'il n'y
avoit point de salut pour les personnes du sexe parmi les
Juifs. Quiconque a donc été sauvé anciennement, soit dans
la Circoncision, soit sans la Circoncision, l'a été par sa foi,
ou par celle de ses parens (b).. . . Dans la nouvelle loi même,
les Sacremens n'ont point leur effet sans la foi. Notre Au-
teur relevé ici l'éminente sainteté de la sainte Vierge, qui
par sa foi se rendit digne de recevoir un Dieu ' dans son sein. c. 2.
(c) Guibert ' témoigne qu'il rougit des détails où il est obligé c. 5.
d'entrer pour les réfuter ; puis il se reprend et condamne
cette honte, en disant que celui-là n'est pas chrétien , qui
écoute de sang froid, les outrages que l'on fait à notre divin
Rédempteur, et à sa très-sainte Mère. Il déclame vivement
contre les impies, qui disputent sur l'Incarnation, et veu-
lent mesurer nos divins mystères sur leurs idées grossières et
charnelles ; qui ne faisant attention qu'à des usages hon-
teux, ne reconnoisscnt point la gloire d'une Vierge, qui
a enfanté le Sauveur, sans que sa virginité ait été blessée.
Il leur demande, ' pourquoi Adam et Eve se couvrirent de ibid.
feuillss après leur désobéissance ? Auparavant ils étoient
nuds, et ne rougissoient point. D'où venoit donc cette hon-
te? Il étoit juste que nos premiers pères n'éprouvassent au-
cune révolte dans leur corps , tant qu'ils obéirent à Dieu ;
et qu'au moment qu'ils violèrent son commandement , ils
fussent livrés à des mouvemens honteux. Ce sont ces mouve-
mens qui transmettent le péché originel dans les âmes et les
corps des enfans qui naissent. Adam et Eve eurent donc
raison de rougir, lorsqu'ils sentirent la rébellion de leurs
membres, et qu'ils n'en étoient plus les maîtres (rf). Guibert
marchant sur les traces de Saint Augustin, ou plutôt suivant
les lumières de la foi, enseigne ici bien clairement, que la
honte, dans l'état de la nature corrompue, naît de la rebel-
(b) Ergn quicumque. vel in Cirrumcitione. «eu prœputio, tune (emporte snlva-
tanlu . )lde meruerunl sua. parentumvt ralvari Sine /We, etiam in Bapli-
$mo, calera Sncramen'a cassantur.
(c) Vxrgo igitur patilura Deum, /Ide tibi munéiciam, ut Deum eueetperet com-
paratif
(d) Meritoque xtnque erubuerunt, qui iam membrorum euorvm domino* ee
non eut senserunt.
3 2 *
in SIECLE.
470 GUIBERT,
lion des membres, qui est une suite du péché. Cet homme
éclairé est bien éloigné de penser que nos premiers pères,
Hist. du peuple de avant leur prévarication, ' n'avoient encore aucune con-
i.'eédit. , ' P' ' noissance, ni spéculative, ni expérimentale des raisons de
pudeur, qui obligent de se couvrir ; comme si Adam et Eve
avoient été créés dans un état indécent et deshonnête, et
eussent dû en rougir. Il est bien éloigné de regarder les mou-
vemens qu'ils éprouvèrent après leur péché, comme le maî-
tre qui les avertit des règles de bienséance , et des précau-
tions que la modestie auroit inspirées dans l'état d'innocen-
Aug. i. 5, cont. ce, comme elle fait encore depuis le péché' (comme si
•» • n. , p. • . ^am et gve avojent ignoré les règles de la bienséance, et ne
les eussent connues que lorsqu'ils devinrent prévaricateurs),
Guibert , dis-je , est bien éloigné de penser avec les Pela—
giens, comme Saint Augustin le reproche (e) à un de leurs
chefs, qu'Adam et Eve ont appris à l'école du péché, les
raisons de pudeur qui les obligeoient de se couvrir, et
qu'ainsi ils furent redevables à leur crime, de leur avoir
appris à rougir de leur nudité ; que le péché les corrigea de
ce vice , et le sens réprouvé de la prévarication devint en
eux le docteur de la pudeur. Ecoutons encore Guibert :
Adam et Eve, dit-il, n'éprouvoienl pas (f) de tels mouve-
mens dans l'heureux état où ils étoient , et ils ne rougissoient
pas de leur nudité. Mous voyons encore, ajoute— t'il , quel-
que chose de semblable dans les enfans , qui ne rougissent
pas de leur nudité , dont ils rougiraient cependant , s'ils
sentoient les saillies de la concupiscence. Heureux donc
l'état de nos premiers pères, heureuse aussi l'ignorance des
enfans.
c. «. ' Guibert fait ensuite une question , savoir, si Adam et Eve,
en persévérant dans l'état d'innocence, auraient engendré des
enfans, ou s'ils auraient gardé le célibat; mais il n'ose la
décider, et s'écrie : ô bon Jésus, quoique nous ayons mé-
rité des avantages beaucoup plus considérables par votre
médiation, quelle pureté, quelle trjnquillité n'avons-nous
pas perdues par le péché de notre premier père ?
(e) Verùm et hîc si pudor adsit neq"aquam pemuadere conaberis homi-
nes piimns peccato magUtro isla pudoris officia didicisse.
(f ) Adfltn igiiur et Era, unie pree-varxcationem his vacantes motibus, bea-
tissime impudentes fuerunt.
ABBE DE NOGENT. 474 XII SIECLE.
Dans le second livre, Guibert continue de traiter de
l'Incarnation de Jesus-Christ ' qui a pris la nature humaine, c. 1.2.
et s'est rendu semblable à nous en tout, à l'exception du pé-
ché. 11 prouve qu'il est né d'une Vierge, 'par la prophétie c. 3. t.
d'Isaïe ;' que la plénitude de la divinité habite en lui; que is. 7. u.
devant naître de la bienheureuse Vierge Marie, il a dû lui
donner une pureté par excellence, qui est comparable à
celle de nos premiers pères dans leur état d'innocence.
Dans le troisième livre, ' il traite de la vie de Jesus-Christ lu>.3. ci.p.aes.
sur terre, et des mystères de sa passion, de sa mort et de
sa résurrection. Il prouve solidement contre les Juifs, par
l'autorité de l'Ecriture, et surtout par les prophéties d'Isaïe, ' is. c. 53. t- *■ etc.
que Jesus-Christ est le véritable Messie, « que les caracte-
» res par lesquels les prophètes l'ont dépeint, lui convien-
» nent; qu'il n'y a qu'un Dieu qui ait pu faire ce qui étoit
» prédit de lui dans les prophètes; qu'il a pris véritable—
» ment nos langueurs sur lui ; qu'il s'est chargé lui-même
» de nos douleuis; qu'il a été percé de plaies pour nos ini-
» quités, et brisé pour nos crimes; que le châtiment qui
» devo'.t nous procurer la paix, est tombé sur lui ; que nous
» avons été guéris par ses meurtrissures. » Il falloit que
Jesus-Christ fut Dieu, ' pour pouvoir se charger de nos pé- c. 2. p. 269
chés, un pur homme n'étant point capable de satisfaire pour
ses propres péchés, bien loin de pouvoir se charger de ceux
des autres. Moïse même n'a pu entrer dans la terre pro-
mise. D'ailleurs, si on considère la nature du péché, il n'y
en a point de léger, à cause du mépris de Dieu qu'il ren-
ferme. Or qui peut faire une satisfaction suffisante à un Dieu
qu'il a offensé, si ce Dieu offensé ne se rend lui-même mé-
diateur? Jesus-Christ étant homme, pouvoit mourir comme
homme pour le salut du genre humain; étant sans péché,
il pouvoit se charger des nôtres ; étant Dieu , il pouvoit ré-
concilier l'homme avec Dieu. Jesus-Christ ' ayant uni sans cap. 3.
aucune confusion en une seule personne, les deux natures
divine et humaine, il s'est rendu mortel comme homme,
afin que comme la mort est entrée par le péché, il délivrât
ceux qui l'avoient méritée , en la souffrant lui-même , quoi-
qu il fût sans péché. Nulle autre nature que celle qui avoit
péché, ne pouvoit satisfaire pour elle. Il ne convenoit point
que ce fût un Ange qui expiât le péché que la nature hu-
XII SIECLE.
472 GUIBERT,
maine avoit commis. Ainsi il étoit juste, qu'un homme in-
nocent se chargeât auprès de Dieu , de la cause de tous
les autres , qui étoient coupables. Après avoir expliqué assez
c. 4. p. 274. au long la prophétie de Daniel, ' il passe dans le chap ire sui-
vant à la résurrection, et à la vocation des Gentils : il prouve
par l'autorité des saintes Ecritures, que Dieu a abrogé
c. 5. p. î76. l'ancienne loi , ' et en a substitué une nouvelle plus parfaite.
Il presse vivement les Juifs, en leur faisant voir par l'état
présent de leur nation, que leur loi ne subsiste plus, puis-
qu'il n'y a plus parmi eux, ni temple, ni sacerdoce; que
e. 7. p.*77. le Messie est arrivé; que ce Messie est Jesus-Christ, ' qu'il est
Dieu, n'y ayant qu'un Dieu qui ait pu faire ce qu'il a
fait.
Il répond ensuite à deux reproches que les Juifs faisoient
aux Cbrétiens. Le premier est sur le culte qu'ils rendent
aux images de Jesus-Cbrist, et au bois de la Croix, que
les . Juifs traitoient d'idolâtrie. 2°. Ils accusoient les
Chrétiens d'adorer trois dieux. Sur le premier reproche,
Guibert répond, que nous n'adorons que Dieu, et que si
nous rendons quelque culte à des choses sensibles, notre
culte ne se rapporte point à ce que l'on voit; mais à ce qu'il
c». p. 379.00I t. représente. « ' Nous adorons donc, dit-il, dans des signes
> visibles, des choses invisibles qu'elles signifient; ou plu-
> tôt nous arrêtons notre esprit errant et vagabond à la con-
> templation des choses invisibles, par la vue des peintu-
» res qui nous servent comme d'avertissement (a). Pour-
» quoi, dit-il aux Juifs, avoit-on exposé à vos regards le
» serpent d'airain que vous avez adoré depuis, sinon pour
» vous donner occasion de rechercher ce qu'il signifioit? »
A l'égard de la seconde accusation , Guibert répond ,
qu'il est vrai que les Chrétiens distinguent trois personnes
en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; mais ils n'a-
Guib. c. il. p. 280. dorent pas pour cela trois dieux. ' Enfin il termine son traité,
par le récit d'un miracle fait au nom de Jesus-Cbrist, pour
prouver la vérité de la religion chrétienne à un Juif qui
la coinbattoit. Le Juif en fut frappé; mais sans se convertir,
et traita le miracle de prestige.
(a) Adoramus ilaque in visibilibtts tiffnit, quœ signi/icantur invisibilia ,- imb va-
çubundum animum piclurarum repenlino contuitu, quasi quodam commonito-
rio ad interna cohibemu*.
7°. Le
ABBÉ DE NOGENT. 473
XII SIECLE.
8°. Le septième écrit de Guibcrt, est une lettre ou un
petit traité sur le morceau de pain trempé, ' que Noire Sei- Ecrit sur le mor-
, > , , s\ i . i, eeau de pain trem-
gneur donna a Judas. Quelques-uns soutenoient sur 1 au- pé donne a judas.
torité de S. Augustin et de S. Léon, que Judas avoit reçu An- llb- 73-!n-41-
l'Eucharistie comme les autres Apôtres, dans la dernière
cène ; d'autres prétendoient qu'il ne l'avoit point reçue,
persuadés que Jesus-Christ n'auroit point donné ce Sacre-
ment, à celui qui devoit le trahir, s'il avoit contenu son
corps et son sang. C'est le sentiment de S. Hilaire de Poi-
tiers: c'étoit celui de l'abbé Rupert, qui fut même fort
maltraité par ceux qui étoient d'un sentiment opposé, sur-
tout à cause de la réponse qu'il avoit faite à l'objection tirée
de &. Augustin, en disant que l'autorité des écrits de ce
saint Docteur, n'étoit pas aussi grande que celle des livres
canoniques (a). Sigefroid, prieur de S. Nicolas aux Bois,
près de Laon, puis abbé de S. Vincent dans la même ville,
consulta l'abbé Guibert sur cette dispute, et lui fit deux
questions : 4°. si Judas reçut l'Eucharistie -comme les au-
tres Apôtres, 2°. si l'Eucharistie est plutôt un signe, com-
me quelques-uns le prétendoient , que la vérité même.
Dom Mabillon remarque , ' que si la lettre que Sigefroid en- ibid.
voya à Guibcrt, étoit de ce prieur, il ne l'écrivit que pour
apprendre de lui la réponse qu'il falloit donner à ces ob-
jections; ' et qu'il ne les faisoit pas de lui-même, pour cuib.p. 282.
combattre la vérité de cet auguste Sacrement. Guibert sa-
tisfit le prieur de S. Nicolas dans un petit traité partagé
en cinî} chapitres, qu'il lui adressa sous le titre de lettre
sur le morceau de pain donné à Judas, et sur la vérité du
corps de Jesus-CJirist. Sur le premier article , ' notre auteur cap. î.
dit nettement , que ceux qui ont disputé ou qui disputent
' (a) Ce Sigefroid est vraisemblablement, selon dom Mabillon, celui que l'abbé Ru- Mab. ib. Hup. op.
pert ne désigne que par la qualification d'un cerlain sen tactique, quoique moine d'un t. 2, p. 953.
grand nom, et d'une grande réputation Rupert avoit eu avec ce scolaslique nue
dispute tres-vive, peniwlestum certumen, sur le Sacrement du corps et du sang
de Notre Seigneur L'exposé qu'il eu fait, n'est autre ebose que les deux ques-
tions auxquelles Guibert répond ici. C'est pourquoi on ne peut pas douter que le
scolastique, moine de grande réputation, dont parle Rupert sans le nommer, ne
soit Sigefroid, prieur de S. Nicolas aux Bois, fait abbé de S. Vincent de Laon,
l'an 1120 , et mo t le 7 Mars 1130.
La remarque que nous faisons ici, ' nous dispensera de parler ailleurs de cet abbé.' Mab. lb n. 102.
qui étoit un homme de lettres et d'une grande réputation, quoiqu'il ne nous reste Gall. Cbr. nor.
aucune production de sa plume. Nous n'avons pas même la lettre qu'il écrivit à t. 9, p. 577.
Guibert de Nogent, et qui donna occasion au petit traité dont il est ici question.
Tome X. 0 o o
XII SIECLE.
474 GUIBERT,
sur ce sujet, soit anciens, soit modernes, n'ont pas fait
Math.c. 2G. 1 26, assez d'attention à ce que les Evangélistes ont écrit, ' et aux
27.1 Marc, 14. T. . ,i , r, ■ . ,..
23. ! Luc, c. 22. y. circonslanccs qu ils nous apprennent; que Jesus-Christ dit
14- à ses Disciples , snns en excepter aucun : prenez et mangez,
buvez-en tous ; et que tous en burent : biberunt ex Mo omnes.
Ain.si Guibert décide que Judas reçut le corps et le sang de
Jesus-Christ, comme les autres Apôtres. Pour ce qui est
du morceau de pain trempé que Jesus-Christ lui donna ,
c'étoit seulement un signe pour faire connoîtrc celui qui
alloit le trahir, et non un Sacrement ou un signe sacré. Ve-
c. s. p. 283. nant ensuite à la seconde question, ' il s'élève avec force con-
tre l'erreur de ceux qui prétendoient , que le corps de Jesus-
Christ n'est qu'en figure dans l'Eucharistie : « S'il n'y est,
» dit-il, qu'en figure, et non en réalité, nous retombons
» dans les figures, et notre état, sous la nouvelle loi, est
» pire que celui des Juifs sous l'ancienne [a). Si les bœufs,
» les béliers, les chèvres, les tourterelles, les colombes,
j> les passereaux, qu'on immoloit autrefois pour acquérir une
» pureté légale , n'étoient pas capables de purifier la cons-
» cienoe de ceux qui rendoient à Dieu ce culte; combien
» bien moins l'ame pourra-t'elle recevoir du secours d'un
» petit morceau de pain si méprisable par lui-même, et tel,
» que si nous le mangeons, nous n'en aurons rien de plus
» devant Dieu, ni rien de moins, si nous ne le mangeons
» pas; combien moins, dis-je, un petit morceau de pain,
s si vil par lui-même, pourroit-il être de quelque secours
» pour l'ame, si ce n'est qu'une figure du corps de Jesus-
» Christ, et non la réalité ? Assurément si cela étoit,
» la loi ancienne remporterait sur la nouvelle. »
Traité des louan- ' 9°. Guibert ne s'est point contenté de faire l'éloge de la
Marie, p.' 287.1' rge Sainte Vierge en diffé-ens endroils de ses écrits, il a en-
core fait un traité particulier des louanges de cette sainte
Mcre de Dieu : de laude Sanctœ Mariée. Les louanges qu'il
donne à la Vierge, la plus parfaite de toutes les créatures,
(ai Si vmbra est et non corpus . in umhram de umbra decidimus . imb in dé-
tériora valde deueiiimus. Si baves. nnei.es, caprœ turtures , calumbœ. olim
peccatnm fverunl hoslia videlwet pro pecoato, ila ut enrnis justiliœ rocjrvn-
lur , et secundum ci/nscientiom salvum non passent facere servienlem. Quanta
minus, si speaes creditnr, et non res , illa tantilli panis adeb miserabilis qunn-
titas.omni anima rum remedio indigna.de quo si manducaverimus, non ahun-
dabimus, si non manducicerimus, non utique deficiemus Et certè relu*
alio quoque modo prœvalere probabitur.
ABBÉ DE NOGENT. 475 X1I SIECLE.
si l'on en excepte Jesus-Christ comme homme, ne sont pas
des déclamations excessives d'un orateur qui se livre à son
imagination; elles sont fondées sur les sublimes vertus, et
les dons extraordinaires dont Dieu combla une Vierge ,
dans le sein de laquelle son Fils devoit s'inc;rner. Ce sont
les vertus mêmes de la Vierge, qui font la matière de son
éloge. L'excellence de sa foi, par laquelle elle mérita de deve-
nir mère du Fils de Dieu, y tient le premier rang. ' Notre au- cap. 2.
teur regarde cette foi comme un miracle, au-dessus non-
seulement de la portée de l'esprit de l'homme, mais même
d'un Ange ; n'étant point compréhensible qu'une Vierge ait
pu croire avec tant de promptitude, les choses extraordi-
naires qui lui furent annoncées par lAnge, dont l'Ecriture
et les siècles préeédeus ne fournissoient aucun exemple. Il
falloit assurément, pour avoir une foi si prompte, que la
Vierge eût été élevée et instruite à l'école du Saint-Esprit.
La réponse qu'elle fit à l'Ange en ces termes, comment cela
se fera-t'il, car je ne connois point d'homme? fait voir qu'el-
le avoit consacré sa virginité à Dieu. Effectivement , com-
me elle devenoit le principe d'une nouvelle grâce, il con-
venoit qu'elle levât l'étendart d'un nouveau genre de vie,
elle qui devoit mettre au monde , d'une manière toute nou-
velle , l'Auteur de toute sainte nouveauté (a). Dieu pen-
dant cette vie , donne aux autres Saints une certaine me-
sure de dons célestes ; mais il ne donne rien avec mesure à
celle qui a porté dans son sein celui qui est tout entier en
Dieu (b). C'est un avantage que la Sainte Vierge a sur tous
les autres Saints, d'avoir possidé Dieu substantiellement en
elle. C'est ce qui fait dire à notre Auteur, que l'état de la
Sainte Vierge dans sa vie mortelle, lorsqu'elle portoit le
Verbe dans son sein , ' a été plus relevé et plus excellent , cap 2, p. 288.
que ne l'est l'état glorieux dans lequel elle règne présente-
ment avec son Fils.
L'écrit de Guibort contient quantité d'autres éloges de
la Sainte Vierge, sur sa sagesse, sa puissance, la gloire dont
elle jouit, sa profonde humilité, 'sa tendresse pour les pé- ci, p. 298.
(a) Quia enim novœ graliœ principium ipaa erat : plané competens fueral, ut
nm'œ specialilatem prufessionis haberet, quw novo gignendi génère auctorem
tohus 8ancl(B novilatis expnneret.
(b) /psi plané nihil ad mensuram est pnrbitum ; cùm eum qui apud pjtrem
lotus erat, Virgo mirabilis intia septa uteri tulit totum.
0 0 0 ij
XII SIECLE.
476
GUIBERT,
Cap. 10, 11, 12.
Traité de la Virgi
nité, p. 311.
cheurs, etc. Il explique dans un sens moral, l'Evangile
qui se dit à la messe le jour de son Assomption : Jésus entra
dans un certain château, parce que plusieurs avoient cou-
tume de demander, pourquoi on lisoit en ce jour cet Evan-
gile, ' qui ne paroissoit nullement y convenir. 11 fait l'his-
toire de plusieurs miracles opérés par son intercession , et
termine son écrit par une hymne en prose en son honneur,
et en celui du disciple bien-aimé.
'10°. Le traité des louanges de la Vierge, est suivi d'un
autre sur la virginité, que Guibert composa étant fort jeu-
ne, à la prière d'un de ses amis nommé Salomon. Il est
précédé d'une épître dédicatoire, dans laquelle l'Auteur
fait paroître beaucoup de modestie et d'humilité. La petite
préface qui suit, a été ajoutée par l'Auteur, long-temps
après avoir composé cet écrit, qu'il nous apprend être
une production de sa jeunesse. C'est pourquoi il veut que le
Lecteur attribue à cet âge, les défauls qu'il y pourra trou-
ver, et à Dieu , ce qu'il y a de bon. On auroit peine à
croire, que Guibert a composé dans sa jeunesse l'écrit dont
nous parlons, si lui-même ne nous l'assuroit. Subje-
Prœf p 3U, col. 2. ctum valde in ' tenera admodum adolescentia positus pe-
rçai opusculum : ce qu'il dit de l'excellence de la virgi-
nité, des moyens de la conserver, des vertus qui doivent
l'accompagner, des vices qui lui sont opposés; l'usage qu'il
fait de l'Ecriture Sainte, la critique et le discernement qu'il
y montre; nous porteroient plutôt à penser, que cet écrit
a été composé dans un âge, où Guibert recueilloit les fruits
des études de sa jeunesse, et d'un long exercice de la vertu.
Dans cet ouvrage , notre auteur se déclare contre le senti-
ment d'Eusebe de Césarée, qui a prétendu que S. Paul
avoit été marié, et que c'est de la femme île cet Apôtre,
qu'il faut entendre ce qu'il dit lii-même, en écrivant aux
Corinthiens : « ' N'avons-nous pas le pouvoir de mener par-
» tout avec nous une femme , qui soit notre sœur en Jesus-
> Christ?» Guibert traite d'absurde cette prétention d'Eu-
sebe, et la rejette, ainsi que la prétendue lettre de Jesus-
Cbrist à Agbar, qu'Eusebe a insérée comme véritable
c»p. 12, p. 322, dans son histoire Ecclésiastique. Guibert, ' en répondant
aux objections que quelques-uns faisoient contre le céli—
Lat, «lit que la virginité est un état plus parfait, dont on
1. Cor. 9, v. 5.
col. *.
ABBE DE NOGENT. 477 xnsrecLB.
trouve le modèle dans la naissance et la vie du Sauveur ,
qu'il étoit digne du Fils de Dieu , de faire voir au monde
quelque chose de plus grand que le mariage; qu'il n'en a
cependant pas fait une loi ; que la piété chrétienne l'a em-
brassé volontairement, à l'exemple de Jesus-Christ ; que le
mariage est bon et légitime; qu'il est même meilleur pour
quelques-uns de se marier, « pourvu que leur profession n'y
i> mette pas obstacle, ni le vœu qu'ils auroient fait eux-mêmes,
» ou que leurs païens auroient fait pour eux; je dis le vœu
» des parens,' ajoute Guibert (a), les conciles ayant décidé
» qu'ils pouvoient le faire jusqu'à l'âge de douze ans. C'est
» un grand sacrilège pour ces personnes, de ne point ac-
» complir leurs vœux. » On voit ici, que l'usage dans le-
quel les parens ont été d'engager leurs enfans, et de les
consacrer à Dieu, subsistoit encore du temps de Guibert,
et qu'on regardoit comme un crime de ne point remplir
ces engagemens.
'•H0. De tous les écrits de Guibert, celui où il montre Traité des relique*
plus de critique, est son traité des gages, ou des reliques es Samt9' p' 3ï7'
des Saints, de pignoribus Sanctorum. L'Auteur le dédia à
Odon , abbé de S. Symphorien de Beauvais; depuis évê-
que de la même ville, par une lettre, dans laquelle, sans
s'arrêter à lui faire aucun compliment , il entre d'abord en
matière, et lui expose la raison qui l'a engagé à écrire sur
cette matière : il s'y justifie sur une expression qu'il avoit
avancée, sçavoir, que l'Eucharistie tient lieu de Jesus-
Christ, expression à laquelle un critique avoit trouvé à re-
dire, prétendant que ce qui tient heu d'une chose, est
moins que la chose même. Guibert répond , que si son
critique avoit fait quelqu'attention à ses paroles, il ne lui
auroit point fait de reproche sur l'expression dont il s'étoit
servi. 11 explique dans la même lettre, ce qui est dit des
impies au livre de la Sagesse, qu'ils seront touchés de re-
gret, pœnitentiam agentes ; pour répondre à un autre re-
proche qui lui avoit été fait , d'avoir dit que les réprouvés
avoient et auroient toujours un cœur impénitent : il fait
(a) Meliùs sanè nubere quam uri, fcilicelillis quitus neque prefessio obviai,
neque vntum oui suvm,oul cvjuspiam parentis nbligot. Volum pareiitis dico,
stcundùm qund cawmes usque ad duodecimum fieri posse sanxerunt. Bos à
voto resilire sacnlegium permaximum est.
XII SIECLE.
478 GUIBERT,
voir que son expression n'a rien de con'raire à celle du sage;
et que le regret que les impies auront dans l'enfer, n'empê-
chera point qu'ils ne persévèrent toujours dans la dureté,
l'impénitence et l'obstination de leur cœur.
Not. nd Guib. op. ' Avant que de donner l'analyse de cet important écrit de
p. 562, coi. 2. Guibert , il est à propos de rapporter la judicieuse réflexion
de l'Editeur: « Ne soyez point surpris, dit-il, de voir que
» Gu:bert ait fait tant d'invectives contre ceux qui fabri—
» quoient de fausses reliques, et qui sous prétexte de piété,
» les exposoient à la vénération du peuple. Car dans ce
» temps, il s'étoit glissé tant de différentes et pernicieuses
» erreurs , et les eculésiastiques et les moines avoient une
» si détestable passion de s'enrichir, et de rendre leurs égli-
» ses célèbres, qu'il n'est pas surprenant que Guibert ait
> repris avec tant de force cet aveuglement en plusieurs en-
» droits de ce traité. Mais d'ailleurs, il est bien éloigné de
j> rejetter le culte des reliques; au contraire, il reconnoît
» qu'il contribue beaucoup à l'accroissement, et à la gloire
» de la Religion. » Une réflexion si sage et si judicieuse, et
qui marque tant d'impartialité dans celui qui l'a fait, auroit
bien dû modérer le zélé amer du fameux M. Richard , et
lui inspirer des sentimens un peu plus équitables.
Liv. i, ci, p. 329. ' L'ouvrage de Guibert sur les reliques des Saints, est di-
visé en trois livres. Dans le premier, l'Auteur traite du
culte des Saints , de leurs reliques , et des abus qui s'y com-
mettent. 11 enseigne, \°, qu'il y a des coutumes différentes
dans les églises, qui ne regardent que la discipline, et n'in-
téressent point la foi ; comme sur les jeûnes , sur les offi-
ces; que ceux qui croyent leurs pratiques plus parfaites,
ne doivent point pour cela y astraindre ceux qui en ont de
différentes; que de l'entreprendre, ce seroit être schismati-
que. 2°. Il y a des choses qui sont générales et communes à
toutes les églises, sans lesquelles la foi ne peut subsister; il don-
ne pour exemple, le Baptême et l'Eucharistie, avec cette
différence néanmoins, qu'on ne peut être Chrétien, sans
le Baptême d'eau ou de sang , au lieu qu'on peut l'être ,
sans avoir reçu actuellement l'Eucharistie, pourvu tou-
tefois qu'on persiste constamment dans la foi de ce Sa-
crement : c'est ce qu'on voit dans plusieurs martyrs et so-
litaires, dont les uns n'ont jamais reçu l'Eucharistie, les
ABBE DE NOGENT. 479 Xu siècle.
autres ne l'ont reçu qu'une fois, ou très-rarement, et se
sont sanctifiés dans leur retraite par les bonnes œuvres. Il
en est de même des préceptes, en sorte que la foi sans les
œuvres, ' su I fi t pour le salut : ce qui fait dire à l'Apôtre, Rom. t, 5.
que « lorsqu'un homme, sans faire des œuvres, croit en
» celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice. »
La charité a néanmoins une prérogative particulière, puis-
qu'elle est préférée à la foi et à l'espérance, ' qu'elle seule iwd. coi. 2.
est considérée comme renfermant tout le reste , et qu'elle
seule est appell.'e œuvre , comme par antonomasie (a\
Guibert venant ensuite à son but, dit qu'il y a des pra-
tiques, qui, quoiqu'elles ne soient pas du nombre de celles
qui sont nécessaires au salut , s'observent cependant dans les
églises, comme le culte des reliques des Saints, et des cho-
ses qui leur ont servi. « Nous les respectons, dit-il, et nous
» les honorons, pour suivre leur exemple, et obtenir leur
» protection. » ' Il veut que l'on ne regarde comme Saints, r. 330.
que ceux dont la sainteté est constatée (b) par une tradition
ancienne, et par des relations certaines, et non appuyée
sur l'opinion, et sur de fausses relations; qu'on lise avec
précaution leurs actes; qu'on n'invoque que ceux, de la
sainteté desquels on est assuré : Antequam erejo eum deprecer,
necesse est ut de veritate sanctitatis illius altercer. C'est aux
pasteurs à prendre toutes les précautions nécessaires, pour
qu'il ne se commette point d'abus, et que la piété du peu-
ple soit réglée selon la science. 11 ne croit pas que les mi-
racles seuls soient une preuve décisive de sainteté ; sur quoi
il confirme la créance établie dès-lors, que le roi de France
guérissoit des écrouelles : ' il témoigne avoir vu lui-même p. 331, col. 1.
une foule de malades accourir auprès de Louis le Gros, ' u>. c. 2, §. 1.
pour être guéris. Il distingue plusieurs sortes de personnes,
par lesquelles Dieu opère des miracles. Les uns sont com-
me des canaux ou d^s instrumens, dont Dieu se sert pour
faire des prodiges, qui sont ut les aux autres, et inutiles
ta) Idem est et in prœ<~eptis. ut vacanlibus cœteris. /ides ad salutem sufficiens
tenenda doceutur. Undè Apostolat ait : Ei ailtem, qui non opi-ratur, fides reputa-
tnr ad jusliliain. Amplior nihilominus cantati prœroQuttva tribinlur. dum fi,-
dei speique prœponitur, dum sula pro omnibus œstxmatur, dum solaopus quasi
onomasticè prœdicatur.
(b) In quibus ea sota authentiqua, ratio habenda esset, ut is duntaxat diceretur
sanctus, quem non opinio suœ velustatis, aut scriptorum veracium traditio
certa firmaret.
XII SIECLE.
480 GUIBERT,
à eux-mêmes; c'est ce que l'on voit ck.ns l'anesse qui parle,
et dans la prophétie de Balaam , ainsi que dans celle de Caï-
phe. Il en est à qui Dieu fait des grâces qu'ils n'ont point
méritées, et qu'il couronne sans qu'ils y ayent concouru
de leur part par leur soin et leur travail. Tels ont été les
SS. Innocens : la raison que Guibert en donne , c'est que
Rom. 9,2i. < le potier a le pouvoir de faire de la même masse d'argile, '
> un vase destiné à des usages honorables, et un autre des-
p. 33î,c. 2. g. 3. » tiné à des usages vils et honteux. » Il en est d'autres, 'à qui
Dieu accorde des grâces, pour récompenser leur foi et leur
justice; tels sont ceux, à qui Jésus— Christ dit dans l'Evangile,
votre foi vous a sauvés. Guibert veut qu'on punisse sévére-
p. 333, S- 5. ment ceux qui supposent de faux miracles , ' parce qu'en attri-
buant à Dieu ce qu'il n'a pas fait, ils le font mentir autant
qu'il est en eux.
p. 334, c. 3. ' Notre auteur examine qui sont ceux que l'on doit
honorer comme Saints. Les martyrs tiennent le premier
rang; mais il faut qu'il soit constant qu'ils ont été marty-
risés pour la foi de l'église. Pour ce qui est du confesseur,
il veut qu'on n'honore en cette qualité, que ceux qui ont
été d'une sainteté éminente, et du salut desquels on a une
335. certitude morale. ' Quelle protection peut-on espérer de
celui, dont on ignore tout ce qu'il faudroit sçavoir, pour
avoir confiance en lui, dont on ne sçait que le nom. 11 se
plaint de ce que des vieilles, et toutes sortes de femmes
de basse condition, chantent en filant, et en faisant leur
toile, les louanges de tels patrons, qui n'ont d'autre fon-
dement que des fables, sans que le clergé dise mot; et si
quelqu'un veut les en empêcher, elles le chargent non-
seulement d'injures, mais elles le menacent de le percer
de leurs instrumens (a). N'y a-t'il pas de la folie à rendre
un culte à celui, sur l'état duquel on n'a aucune assurance ?
C'est pécher, que de prier quelqu'un, sans sçavoir s'il est
ibid. Saint : Si enim oras quem sanctum nescias , ' in eo ipso pec-
cas quo veniam impetrare debueras : c'est irriter Dieu , bien
loin de l'appaiser.
Guibert propose à cette occasion la sage et prudente
(a) Tacenle clero anu* et muliercularum vilium grèges lalium palronorum
commentatas hUlorias canlitmt ; et si quis eorum dicta refellat, pro deftnsione
ipsorum non modo conviriis, setl te tant m radns in'tant.
conduite
ABBÉ DE NOGENT. 481
XII SIECLE.
conduite de l'Eglise, et sa retenue sur les faits incertains;
en ce qu'elle n'ose assurer, que le corps de la Vierge soit
ressuscité et glorifié, n'ayant pas de raisons convaincantes
pour le prouver (a). Quoiqu'il ne soit pas permis de croire,
que le corps de la Vierge la plus parfaite de toutes les créa-
tures après son Fils, c'est-à-dire, ce vase qui a renfermé le
souverain maître de toutes choses, ait éprouvé la cor-
ruption ; surtout Jesus-Christ ayant dû faire pour le
corps de sa sainte Mère , ce qu'il a fait pour le sien qui en a
été formé; nous n'osons cependant pas dire qu'il a été res-
suscité, n'ayant pas des preuves suffisantes pour l'assurer.
En un mot , quoiqu'il y ait dés raisons de le penser , et que
nous pui-sions croire qu'elle a été glorifiée, ces raisons ne
sont pas assez fortes et assez évidentes pour le prouver. Gui-
bert, après en avoir rapporté quelques-unes en faveur de
la résurrection du corps de la sainte Vierge, finit en disant,
qu'il ne nous est pas défendu de le croire, mais qu'il ne nous
est pas permis de l'assurer. Latenter qu'idem id minime sen-
tire vetamur, quia tamen testimonia non adjacent, asserere
prohibemur.
Guibert rejette absolument les Saints inconnus, 'et tou- p. 335, col. 2.
tes les vies fabuleuses. Il nous apprend qu'on s'est adressé
plusieurs fois à lui , pour l'engager à écrire des vies de quel-
ques Saints, dont on vantoit l'antiquité, sur quoi il dit :
« Je me trompe dans les choses même que je vois de mes
» yeux; comment donc pourrois-je dire la vérité sur des
» choses que personne n'a jamais vues (b). » ' Passant en- ibid.
suite des Saints inconnus et incertains, à ceux dont la sain-
teté est constante, il dit qu'il y a aussi beaucoup d'erreurs à
l'égard de ceux-ci , c'est-à-dire par rapport à leurs reliques.
Par exemple, les habitans de Constautinople, et les moines
de S. Jean d'Angeli , se vantent également d'avoir la tête de
(a) Sed quid in Us diù versor, cùm tanta si'f in totius sanctœ ecclesiœ ore pu-
dicitia ut etiam Matris Dominvœ corpus resurrectione glorificatum dicere
non audt.at, ob hnc videlicel quod necessarvs argumenlis comprobare non
valeal? El cùm vas illud omni creaturâ pnsl Filium prœclarius. quod Domi-
nant mnjestatis universorum contulil. quod nunquam ulli, ne angelicœ quidem
natures licuerit. irremuneratum iahonoratumve dimisisse adexperientiam cor-
ruplionis credere nefarmm sit (prœxerlim cùm quod corpori suo gloriflciindo
dehuerit, materno corpori, ex quo est quod est, redhibere obnoxius sit) ressu-
tcilatum nequaquam dicere audeamu* ,• nec ob aliud profecto, nisi quodproba-
bilibus indiciis id asseverare non possimus.
(b) Ego autem in Us, quœ obtuttbus subjacent, fallor, et de Us quœ nemo un-
quam viderit, quidveri profiteorf
3 3 Tome X. Ppp
XII SIECLE.
482 GUIBERT,
p. 336. S. Jean, ' comme si ce Saint en avoit eu deux; mais à quoi
bon, ajoute-t'il, parler du chef de S. Jean-Baptiste? J'ap-
prens tous les jours de nouvelles découvertes, qu'on fait
d'une infinité de corps de Saints. Il rapporte que Geoffroi
son prédécesseur, évêque d'Amiens, prétendoit avoir le
corps de S. Firmin martyr, et avoit fait mettre cette ins-
cription : Firmin martyr, évêque d'Amiens, quoiqu'il n'y
eût aucun indice que ce fût le corps du saint martyr : sa
prétention fut combattue par les moines de S. Denis en
France , qui prétendoient aussi avoir le même corps : ceux-
ci avoient pour eux une inscription qu'on trouva dans la
châsse, portant que c'étoit le corps de Saint Firmin mar-
tyr, évêque d'Amiens. Ainsi ce que Geoffroi avoit fait
inscrire sur une lame de plomb, doit être rejette comme
faux, n'étant appuyé d'aucune autorité, au lieu que les
moines de S. Denis avoient quelque fondement. Notre au-
teur ajoute ces paroles remarquables, qu'il y a toujours
beaucoup de danger d'honorer ce que l'on ne connoît point,
quand bien même ce scroit quelque chose de saint; etsi
Sanctum quid sit ; mais si ce n'est point quelque chose de
saint, il déclare nettement que c'est un énorme sacrilège :
si aliàs in enormi multum sacrilegio; la raison qu'il en
donne, c'est que ceux qui honorent de fausses reliques,
donnent lieu à un faux culte (a). Guibert , pour confirmer
ce qu'il a dit sur Ja multitude des fausses reliques, rapporte
qu'Odon évêque de Bayeux, frère de Guillaume le Con-
quérant, ayant acheté le corps de S. Exupere , l'un de ses
prédécesseurs; celui avec qui il avoit fait marché, lui donna
à la place des reliques du Saint, dont ils étoient convenus, le
corps d'un païsan nommé Exupere , qui fut placé sur l'autel.
Il y a tant de fraudes et de tromperies en matière de reli-
ques, que Guibert avoue, que le temps et les forces lui man-
quent pour en rapporter tous les exemples, que sa mémoire
pourroit lui fournir. 11 s'en commet surtout beaucoup dans
la distribution particulière des reliques, en faisant passer tou-
tes sortes d'ossemens pour des ossemens de corps saints (b).
(a) Quiergo veneranlur quodnesciunt, etsi sanclum quod sit, numquam ta-
lhid. p. 335. men sine magno periculo sunt. ' Si aliàs, in enormi multum periculo. Quid enim
magis sacritegum, quam pro divino eicolere non divinum? Quœ Deo pertinent,
divina sunt.
(b) Dùm ossa vulgariapro sanctorum pignoribus venundanda dispertiant.
ABBE DE NOGENT. 485 ^^^^
Ce désordre vient, de ce qu'où lieu de laisser les corps des
Saints dans la terre, on les en tire pour les mettre dans des
châsses d'or et d'argent. Notre auteur blâme cet usage, et
dit qu'il eût été plus à propos de leur laisser subir l'arrêt
prononcé contre tous les hommes : vous êtes terre, et vous
retournerez en terre. « Assurément, dit-il, si les corps des
» Saints fussent restés dans les lieux où ' on les avoit mis se- Cap.4,p.337.coi.i.
» Ion l'ordre de la nature, c'est-à-dire dans leurs tombeaux,
» on ne seroit point tombé dans tous les inconvéniens dont
» j'ai parlé. Car cela n'arrive que parce qu'on les tire de
» terre, qu'on les coupe par morceaux, et qu'on les porte
» de côté et d'autre. C'est à la vérité, par piété qu'on l'a
> fait d'abord ; mais bientôt la cupidité s'en est mêlée, et
» a corrompu ce qui se faisoit par simplicité (a), ' Qu'on en ibid. coi.2.
» pense ce qu'on voudra, dit encore Guibert, pour moi j'a-
» vance hardiment, que ce ne fut jamais une chose agréa-
» ble à Dieu et à ses Saints, d'ouvrir leurs tombeaux, d'en
» tirer leurs corps, et d'en diviser les membres (b). » Il
oppose à cette pratique, le respect que les Payens même
avoient pour les sépultures : il rapporte qu'une Impératrice
ayant demandé à S. Grégoire le Grand le chef de S. Paul,
ce saint Pape lui fit réponse, qu'il n'osoit pas le lui envoyer,
par la crainte d'encourir l'indignation de l'Apôtre , et d'être
puni comme l'avoient été quelques personnes , pour avoir
seulement regardé sans le sçavoir, son corps et celui de
S. Laurent. Si on avoit laissé les Saints dans 1 urs tombeaux,
il n'y auroit point de dispute sur leurs reliques , et il ne s'y
commettrait point de fraude.
Guibert se fait après cela une question; ' sçavoir, s'il y a P- 338.
quelque péché d'honorer des reliques, qui ne sont pas cel-
les d'un Saint, dont on les croit : il répond, qu'il ne croit
pas qu'il y en ait; il avoue même, que ceux qui honorent
de fausses reliques, sans le sçavoir, et les croyant de quel-
que Saint , ne pèchent pas ; et que celui qui invoque quel-
ia) Certè si sanctorum corpora suajutta nalurœ debitum loca, id est sepulchra.
servassent hujusmodi quos rec nsm errores vacassent. Per hoc enim quod è
tumulis eruunlur. mew bratim hue illucque ferwtur; et cum pieiatis obtentus
occasin circumlationis ex'iierit. ad hoc subeunte nequitia, detotqueri cœpta est
intention» reclitudo, ut penè quœ simpticiter fieri consueverant eorrumperet
univtrsa cupido.
(b) Dical quisque quod sentit, securus plané ego inferam, non Deo, non san-
ctis ipsit unquain placitum fuisse, ut eorum cujuspiam debuerit reserari sepui-
ehrum, aut iiritni per [rusta corpusculum.
P P P i j
XII SIECLE.
484 GUIBERT,
qu'un qui n'est pas Saint , mais de la sainteté duquel il est
persuadé , peut être exaucé de Dieu , qui a égard à sa bonne
intention. Ce sont-là les principaux points que Guibert traite
dans son premier livre des gages des Saints, qui est selon
lui, comme le prélude de ceux qui suivent.
Liv. 2. Après avoir parlé des reliques des Saints, ' il entreprend
de réfuter ceux qui prétendoient avoir des reliques de Notre
Seigneur, comme une de ses dents, le superflu de son
nombril , son prépuce. Pour cela , il traite du mystère de
l'Eucharistie, dans le second livre qu'il intitule ainsi : de
corpore Domini bipertito , principali scilicet ac mystico
Il soutient que Jesus-Christ nous ayant donné son corps tout
c.2, p. 339. entier dans l'Eucharistie, ' en mémoire de lui, et pour exer-
cer notre foi, il ne nous a laissé aucune partie séparée de
son corps; et que s'il en avoit laissé, cela seroit contraire
au but qu'il s'est proposé en instituant ce Sacrement. 11
P. 34i. enseigne que l'on reçoit Jesus-Christ ' tout entier dans l'Eu-
charistie, c'est-à-dire, sa divinité et son humanité; que les
p. 342. bons en le recevant dignement, ' s'unissent plus étroite-
ment à leur chef, et lui sont incorporés, illico commembris
efficitur ; que les médians en le recevant indignement,
se condamnent eux-mêmes, et mangent pour leur con-
damnation le corps du Seigneur, qui toutefois ne souffre
pas de l'insulte qu'ils lui font. Notre auteur en habile con-
troversiste, se propose ici plusieurs objections contre son
sentiment, en faveur de celui de quelques-uns, qui fai-
ibid. §. 2. sant dépendre la validité des Sacremens ' de la foi de ceux
qui les reçoivent et les administrent, prétendoient que les
cap. 4. médians ne reçoivent pas le corps de Jesus-Christ ' dans
l'Eucharistie. 11 est vrai, dit Guibert, que l'Eucharistie est
proprement la nourriture de la vraie foi; mais prétendre
qu'elle n'est pas un Sacrement pour les impies, c'est ce
qu'il entreprend de réfuter par l'autorité, et par la raison
cap. î, §. î. même, ' qui au défaut de l'autorité lui suffiroit. Il sou-
p. 3i5, §. 2. tient donc, que les méchans comme les bons reçoivent
le Sacrement de l'Eucharistie; avec cette différence,
p. 3i6. que les bons reçoivent le Sacrement et la ' grâce, Sa-
crametitum et res Sacramenli dignis ; et les méchans
ne reçoivent que le Sacrement, sans en recevoir la grâce :
sine re autem Sacramenti simphx Sacramentum constat in-
ABBÉ DE NOGENT. 485 m SIECLB,
àignis. Il peul même être mangé par les rats, ' et par d'antres u»d. %. 3. coi. s.
animaux, sans qu'il en arrive rien qui soit indigne de Jesus-
Christ : il n'est pas plus indigne de lui d'être mangé par les
rats, et d'entrer dans leurs ventres, que d'être mangé par
les impies. 'La corruption et les autres changemens qui pa- rbid.
roissent à nos yeux, n'arrivent qu'aux espèces, et non au
corps même de Jesus-Christ : ' son corps est le même dans ibid. s. 4.
l'Eucharistie et dans le ciel, immortel et incorruptible.
C'est une extravagance que tous les fidèles doivent avoir
en horreur, de croire que Jesus-Christ soit crucifié tous
les jours dans l'Eucharistie : le corps de Jesus-Christ est dans
l'Eucharistie, non dans un état de mort ou de crucifié,
comme l'avançoit un ignorant, que notre auteur retute ;
mais en ' état de vivant, tel qu'il fut après sa résurrection, ce, p. 348, §.1,2,3.
tel qu'il est dans sa gloire.
Guibert, après avoir ainsi traité dans son second livre,
du sacrement de l'Eucharistie, où Jesus-Christ se donne
tout entier aux fidèles, ' revient à ce qu'il a dit de la dent et S- *, P- 349.
du nombril du Sauveur, que quelques-uns prétendoient
avoir, et il entreprend de combattre ces fausses reliques,
qu'il appelle, non les reliques, mais les blasphèmes de
ceux contre lesquels il écrit : ' contra eorxim, non reliquias, 350.
sed blasphemias accingimur. Tel est le sujet du troisième
livre des gages des Saints. L'auteur avant que d'entrer en
matière, enseigne cette excellente maxime, qui est pleine
de lumière et de sagesse. « On doit, ' dit-il, approuver la ibid. c. 1.
» dévotion envers Dieu et les Saints ; mais tant qu'elle ne
» s'écarte pas des régies de la vraie Religion ; autrement il
» pourrroit arriver que le dévot, bien loin de recevoir la
» récompense de son action, mériteroit d'être puni de l'er-
» reur pernicieuse dans laquelle il seroit tombé. Car, lors-
» qu'on dit quelque chose de Dieu, ou qu'on lui rend un
» culte contraire aux témoignages de la vérité, on pèche
> d'autant plus dangereusement, que l'erreur est plus dif—
» ficile à corriger, la piété en étant le prétexte. Car il
» n'est pas d'état pire que celui d'un homme qui fait le
» mal, et regarde le mal qu'il fait comme une bonne
» œuvre. Comment corriger une erreur, si non seulement
> on ne croit pas que ce soit une erreur , mais qu'on soit
» encore persuadé que c'est une action qui mérite récom-
3 3 *
m siècle. 486 GUIBERT,
> pense (al. > Après ce sage et judicieux début, Guibert
attaque les moines de S. Médard de Soissons, qui se van-
toient d'avoir une dent de Notre Seigneur, et il ne les
épargne pas. 11 leur demande si Jesus-Christ est ressuscité
tout entier? Or s'il est ressuscité tout entier, il doit avoir
repris les parties de son corps qu'ils prétendoient avoir.
Celui qui a promis qu'il ne périroit pas un cbeveu de notre
tête, n'auroit-il pas accompli en lui , ce qu'il a assuré qu'il
feroit pour tous les hommes? Penser de la sorte, c'est dé-
truire ses promesses. Supposons, leur dit-il, que vous ayez
réellement la dent du Sauveur, à quel corps sera-t'elle
réunie, lors de la résurrection générale? J'en dis autant de
son nombril, et des autres parties de son corps. Où les pla-
cera—t'on ? Le corps glorieux de Notre Seigneur manque-
ra-t'il d'une de ses dents? Cette dent de son enfance convien-
droit-elle à un corps parfait? Où placerez-vous son nom-
cap. 2, r- 353. bril? ' Guibert se propose ensuite tout ce que pouvoient dire
les moines de S. Médard, pour appuyer leurs prétentions,
et le réfute. La principale raison qu'il apporte, pour com-
battre en général ceux qui prétendoient avoir quelques
cap.3, p. 354,355. parties du corps du Sauveur , ' c'est qu'il n'est pas vraisem-
blable qu'on ait gardé en ce temps-là, les cheveux, les
dents, le prépuce et les autres choses qui tomboient du
corps de l'enfant Jésus : il fait voir qu'il n'y a aucune ap-
parence, que qui que ce soit les ait conservées, ni la sainte
Vierge elle-même. Instruite par le S. Esprit, par l'opéra-
tion duquel elle avoit conçu, elle ne pouvoit ignorer
que celui qu'elle avoit mis au monde, devoit le remplir par
l'éclat de sa majesté; et que les parties de son corps qu'on
prétendoit avoir, étoient aussi inutiles pour relever l'éclat
de son fds , qu'une chandelle l'est en plein midi. Il se moque
du lait de la Vierge, qu'on se vantoit d'avoir à Laon , et
fait sentir le ridicule de cette prétention, qui est si con-
ta)Penès Deum ne snnetos ejus omnimodis est approbandn devotio sed cùm S'bi
lanlum devntm arrogat qunnium nuttalenus Religtonis rutio suhmiiii-tral. undi
pius quihbet divinorum cid:or prœmxum opperit putueral sit miserabile qvid-
4am, ul indè pijennm ncqw*ttmi croris insumat. Cùm enim de Deo nul cnitur,
oui dictlur aliquid qund ipsius verilatis tesiinumiis hand dnbir oblnclfiur, nt-
mirum neciditur tanto delerius. qunnto incorrigibilxus ment exorare probe lur ;
dû m sub ptelati* chlore per.calur. Nihil enim peju* qu'im mala ngere tl hâte ipsa
quceincnnsultè i/eruntur pro exercit o boni operis œ-limare. L'mii erg" et qunndo
error nie corrigitur qui non solùm error non creditur, sed etxam dwince dtgna-
tionit prorogative putatur?
ABBÉ DE NOGENT. 487 m
traire à la modestie et à l'humilité de la Mère de Dieu. Gui-
bert s'objocte encore les miracles, 'que les moines de saint cap.5,p.357,§. 2.
Médard alléguoient en faveur de leur relique , et il répond
que cette dent pouvoit être celle de quelque Saint, ou que
ces miracles avoient été accordés à la foi de ceux qui
croyoient honorer une relique de Jesus-Christ (a). ' Notre
auteur cite dans cet écrit, ceux dans lesquels il a donné lui-
même sa vie, ce qui montre' qu'il est postérieur, et qu'ainsi Ub. i,c.3, p.334,
il l'a composé étant fort âgé.
Dans l'ouvrage qui suit les trois livres de pignoribus Traité du monde
Sanctorum, sous ce titre, livre quatrième du monde inté- lllt neur' p 359'
rieur, de interiori mundo , l'auteur traite des visions et des
apparitions. 11 enseigne que le monde intérieur n'ayant rien
de matériel, rien qui frappe les sens, l'imagination ne
peut se représenter l'état de ce monde; ' et qu'il n'y a que ci, S- 1.
la force de l'entendement, qui puisse y atteindre : les vi-
sions et les apparitions dont il est parlé dans les livres de
l'Ecriture Sainte, étoient seulement des signes et des figu-
res, sous lesquels Dieu apparoissoit aux prophètes. Il n'y
a rien dans toutes ces visions, qui convienne à l'Etre sou-
verain, selon la pureté et la simplicité de son essence, ' que Exod. c. 3, y. u.
ce qui est dit de lui dans ces paroles : Je suis celui qui est. Celui
qui est, m'a envoyé vers vous. Il en est à peu près de même
des visions que l'apôtre S. Jean a eues, et dont il fait la
description dans son Apocalypse. Le glaive à double tran-
chant, les chandeliers, les étoiles, les cheveux blancs
comme la neige, les pieds semblables à l'airain; toutes
ces expressions employées par l'écrivain sacré, n'expriment
rien qui marque quelque chose d'essentiel à Dieu; et s'il
y a quelque chose, il est couvert du voile de l'allégorie.
Tout ce qui y est prédit de l'état de la sainte église, est en-
veloppé dans des discours figurés; et quoique celui qui a
eu ces visions, témoigne avoir été ravi en esprit, il n'em-
ployé néanmoins que des choses matérielles et corrupti-
bles, pour fiire connoître les spirituelles, cachées sous
les visions qu'il a eues. Notre Seigneur dans l'évangile,
(a) Sancti ergo eujuspiam dens Me credalur. cujus meritb forsan taie quid
conctdatur , et si certè nullius sancti esset. vel fides plané credentium exigtret,
ut tjiwd speraretur, obtingeret. Multa enim /ieripossunt, non tam ejus merito,
per quem prœrogatur , quàm illius, cui impenditur.
XII SIECLE.
488 GUIBERT,
se sert lui-même de ce qui est corporel et sensible, pour
faire connoître ce qui se passera dans le monde intérieur.
C'est ainsi, que pour marquer quelle sera la punition du
pécheur, il représente celui qui étoit entré au festin sans
avoir la robbe nuptiale, jette dans les ténèbres extérieures,
ibid. §. 5, t. 360. où il n'y a que larmes et que grincemens de dents. ' Assu-
rément, ditGuibert, ce ne seroit pas traiter spirituellement
les choses spirituelles, comme l'Apôtre, que de croire
que les âmes qui ont péché, seront punies du même supplice
matériel que les corps. Cela lui donne occasion de parler
des peines, des fatigues, des dangers, des tourmens mê-
mes auxquels les hommes s'exposent volontairement, et
qu'ils souffrent avec joie , par l'espérance de quelques
avantages; d'où l'auteur conclut, que si l'a me soutenue
. par l'espérance, peut être dans la joie, tamlis que le corps
P. 36i. est accablé ■ e maux, ' elle peut aussi être accablée de tris-
tesse elle-même , quoique le corps ne soit affligé d'aucun
mal. De cette sorte, à raison du lieu et du temps, l'un
porte souvent sa croix sans l'autre, c'est ce que l'on voit
dans les saints martyrs, qui se réjouissoient intérieurement
des douleurs que souffroit l'homme extérieur.
ibid. c. 2. Notre auteur examine ensuite ' quelle différence il y a ,
entre les supplices des âmes et des corps, <t pourquoi
Notre Seigneur et les Saints en ont parlé d'une manière si
grossière, quant aux expressions. Je dis, quant aux ex-
pressions, car s'il s'agit de leurs sens, les sens prophétiques
étoient beaucoup plus relevés et plus spirituels, que
les prophètes ne pouvoient et ne dévoient l'insinuer à leurs
auditeurs. Car s'ils l'avoicnt pu, ils auroient publié ce
qu'ils sçavoient de la naissance du Sauveur, et des mystères
Ps. 50, s. de l'église. C'est ce qui fait dire à David : ' Vous m'avez ré-
2. cor. 12, ?• 4. vêlé les secrets et les mystères de la sagesse, et à S. Paul :
J'ai entendu des paroles ineffables, qu'il n'est pas permis
à un homme de rapporter. Si l'esprit qui inspire les prophè-
tes, ne les retenoit pas, les mystères qu'il leur fait connoî-
tre, ne seroient plus mystères. Ainsi ils ne pouvoient pu-
blier ce qui leur étoit confié sous le sceau d'un si grand
maître : prodere sanè non poterant quod sub tanti dictatoris
sigillo tenuerant. Car comme il ne dépend pas de l'homme,
et qu'il n'est pas en son pouvoir, d'avoir à son gré la
connoissance
ABBÉ DE NOGENT. 489 Xn siècle.
connoissance de Dieu et des saintes écritures ; ainsi il n'é-
toit pas libre aux prophètes d'avoir des mystères telle
connoissance qu'ils vouloient, ni même de pénétrer tout
ce qu'ils en disoient. Tout ce que les prophètes ont dit de
Dieu, en se servant de comparaisons tarées des choses ma-
térielles, ils l'ont dit pour condescendre à la foiblesse de l'es-
prit humain, n'ayant point trouvé de ternies pour expri-
mer l'essence divine, et parce que les hommes n'auroient
pu comprendre ce qu'ils leur auroient dit. C'est pour quoi ,
en se proportionnant à leur foiblesse, ils se servent même
quelquefois de comparaisons qui paraissent basses et indi-
gnes de Dieu , ' comme lorsqu'ils le comparent à un hom- Ps. il, 65.
me fort , qui s'éveille après son yvresse : dùm potentem cra-
pulatum à vino dicunt. Ainsi les prophètes étant hommes,
et parlant à des hommes, et les Saints qui ont eu des vi-
sions, n'ont pu parler de ce qui regarde le monde inté-
rieur, qu'en employant des comparaisons tirées des choses
matérielles et sensibles. S. Jean dans l'Apocalypse, vou-
lant donner une idée de la gloire dont les Saints jouissent, ' Apoc 7, 9.
nous les représente vêtus de robes blanches, tenant des
palmes en leurs mains, (n signe de leur victoire, et ayant
sur leurs têtes des couronnes d'or qui marquent leur
royauté.
Il faut entendre de la même manière, ' ce qui est dit p. 362, col. 2.
des peines des réprouvés ; ainsi lorsque nous lisons dans
l'écriture (a), que les âmes sont livrées aux flammes et à
d'autres supplices, le sens de ces paroles est, que les âmes
souffrent spirituellement, ce que les coupables souffrent
corporellement. Ces comparaisons sont nécessaires, pour
nous donner l'idée de ce que nous ne pourrions autrement
comprendre. Guibert déclare nettement, qu'il ne croit pas
que des âmes pures (c'est-à-dire, qui ne sont point unies
aux corps) ' puissent être punies par des supplices corpo-
rels. Corporalibus suppliais animas puras coerceri posse
non credimus : ' il avoue que le démon et ses anges sont ibid. s. 3.
répandus dans ce monde visible; ' qu'ils y seront jusqu'au cap. 3, p. 303.
(a) Nam ciim ignibus crcbr'o animas secundum scripturas. rideoniur aduri
non atiud >unt qu'uni quud corporalitrr reis solet ni/ligi, hoc spiritualité* pa-
tiuntur Owi'i ergo spirilualtm illum tiuguam quâ spirit' atia spirilibus re-
spondent. audire non possumns. ex corporalium nolilia quasi lucosintelteetua-
iitatis exprimtmus, et ex iis undè constat corpora profligari, animas animad-
vertimus coarctari.
Tome X. Q q q
ni siècle. 490 GUIBERT,
jour du jugement, pour y exereer sur les réprouvés leur
cruauté, selon la puissance qu'ils en ont reçue de Dieu;
qu'après ce jour , ils n'auront plus la liberté de se répandre
dans le monde, qui sera d'autant plus pur, que rien de
souillé n'y passera. Alors Dieu ayant créé un ciel nouveau,
et une terre nouvelle, l'un et l'autre monde, tant inté-
ibid.cap. 4. rieur qu'extérieur, sera le séjour des saints qui l'habiteront.
Guihert revient encore à la question qu'il s'est déjà pro-
Note sur le feu de posée sur les peines des réprouvés, ' sçavoir si elles sont
corporelles ou spirituelles, et se fait une semblable ques-
tion sur la gloire des élus. Il y répond , en soutenant qu'elle
n'a rien que de spirituelle, ne pouvant y avoir aucun plaisir
corporel dans la possession de Dieu , qui est la seule chose
qu'on demande dans le ciel et sur la terre. Or, si tout est
spirituel dans la récompense que Dieu accorde aux élus,
il s'ensuit que tout est aussi spirituel dans les peines dont il
punit (a) les réprouvés. Les larmes et les grincemens de
S- 2. dents dont l'écriture parle, ' marquent la douleur et la fu-
reur des âmes qui sont livrées à une misère éternelle ; et
que les passions sont- d'autant plus violentes, qu'elles sont
creg. Diai. c. 29. plus spirituelles '. Guibcrt s'objecte l'autorité de saint Gré-
goire, qui enseigne dans le quatrième livre de ses dialo-
gues, que les âmes sont tourmentées par le feu matériel,
ce qu'il explique de la douleur que ressent l'ame d'être dam-
née (b). Toutefois, pour marquer son profond respect pour
ce saint pape, il ajoute, que comme c'est un crime de ne
pas suivre le sentiment d'un si grand maître, non assentire
tanto magistro nefarium ducimus, et que d'ailleurs il ne
peut mêler ensemble les choses temporelles et spirituelles;
il laisse au jugement de Dieu , ce que nous ne connoissons
p^s sur ce sujet par aucune expérience.
Guibert continuant de parler de l'état des élus et des
Cap. s, §.i, p. 364. réprouvés, ' dit, que comme les Saints, lorsqu'ils sont
parvenus à la jouissance de Dieu, ressentent une douceur
ineffable qui croît toujours; de même les âmes des réprou-
vés étant unies à leur chef, elles ont un désir de pécher,
(a) Si igitur tolum spirituale est. quidquid in Dei prœmio esl consequens mi-
hi xidelur, uc idipsum quoqur quod puniendis yravorum spiritibus altinet,
etiam spirituale putelur.
(b) Quod totum et!, quia damnatum te aspicit, animi sœva exacerbatione dt-
coquitur.
ABBÉ DE NOGENT. 494 XIISIECLE.
accompagné de tourment , d'autant plus violent, qu'il est
plus conforme à celui du démon ; et comme les saints ,
en jouissant de la vue de Dieu , ont regret de n'avoir pas
plus travaillé à l'acquérir ; ainsi les réprouvés ont du cha-
grin de ne s'être pas plus livrés à leurs mauvaises volontés. ' ibid. §. 2.
Guibert trouve la parabole du mauvais riche fort propre à
éclaircir l'état du monde intérieur. Si ce riche ne demanda
pas à Abraham d'être renvoyé dans sa maison , c'est qu'il
sentoit, que quand bien même il lui seroit accordé de re-
venir dans le siècle, il ne se corrigeroit point, qu'il conser-
veroit toujours la mauvaise volonté dans laquelle il étoit
mort , et qui l'accompagnoit au milieu des tourmens ; et il
n'ignoroit pas d'un autre côté , qu'il seroit livré à des pei-
nes cent fois plus rigoureuses , si après avoir été renvoyé,
dans ce monde , il ne s'étoit point corrigé. La crainte que
le mauvais riche témoignoit avoir , que ses frères ne vins-
sent dans le lieu de tourmens où il étoit , n'étoit pas l'effet
d'une bonne volonté pour ses frères ; mais elle venoit de
ce qu'il prévoyoit que leur arrivée augmenteroit son sup-
plice.
Si l'on objecte à Guibert les expressions de l'écriture , ' ibid. cap. 6, 7, }.
qui représentent les peines des damnés , par un ver qui ne. 65'
meurt point, un feu qui ne s'éteint point, etc., il répond
qu'il n'y a pas de plus cruel tourment, que le désespoir des
réprouvés, qui ont perdu sans ressource un Dieu si bon.
En un mot , comme la béatitude des élus consiste dans la
vue de Dieu , qui seule suffit pour les rendre heureux ;
ainsi la principale , et même la peine singulière des dam-
nés, est le déplaisir cuisant d'être privés éternellement de
la vision de Dieu (a). ' Dans le dernier chapitre, Guibert cap. 8, p. 366.
s'applique à prouver que les âmes sont spirituelles , et qu'el-
les n'ont point de figures. Il finit son traité par ces paroles,
qui sont une preuve de sa modestie : heee sine p-œjudicio
melioris sententice hue usqve decursa, non verbornm ambitu,
sed sola fide munimus. Quoique cet ouvrage soit placé à la
suite des trois livres sur les reliques des Saints, il paroît que
l'auteur l'avoit composé avant ces trois livres. C'est une
(al VI soin bealiludini savetorum sufpc.iat Dei Visio sempiterna ; guis contra
irevel obniti amical, principalcm immb singulnrem damnatorum calamitatis
esse causant, quia tint œternaliter U Da conlemplalione seclusi.
XII SIECLE.
492
GUIBERT,
P. 327.
GestaDeiperFran-
cos, p. 367.
P. 368.
Voy. Mir. auct. de
scrip.eecles.c.358.
D. 8. I Le Long,
bibl. p. 314. | Du
Chesne, "t. 4, p.
774 et 775. I VOSS.
hist Lai. lib. 3, cap.
6. i Sand not. in
Voss. hist. Lat. I
Fabr. bibl. med.
et inf. Lat. lib. 7,
conjecture fondée sur les paroles de l'auteur, ' dans l'épître
dédicatoire à l'abbé de saint Symphorien, auquel il adressa
son écrit sur les reliques : Quod satis in eodern ,
quem de interiori mundo vocaverim , Ubro probasse me me-
mini. On voit que Guibert y fait mention de l'écrit sur le
monde intérieur , comme d'un ouvrage composé quelque
temps auparavant.
\\°. Nous avons de Guibert ' une histoire de la première
croisade, sous le titre de Gesta Dei per Francos. Bongars
qui a publié un recueil des historiens de te guerre sainte ,
a mis ce titre même à la tète de sa collection, ne croyant
pas qu'on pût en trouver un meilleur , et plus propre que
celui dont Guibert s'étoit servi : quo excogitari aliud , nec
aptius potest , nec venus. L'ouvrage est dédié à Lisiard,
évêque de Soissons , par une courte lettre , dans laquelle
l'auteur loue ce prélat sur sa noblesse, sa science, sa mo-
destie, et ses autres vertus. Il avertit qu'on ne doit pas être
surpris de la différence du stile de cette histoire, et de ses
autres écrits , tels que ses commentaires sur la Genèse.
La raison qu'il en donne , est que l'histoire exige les orne-
mens de l'éloquence , au lieu que les mystères renfermés
dans les livres saints , doivent être traités avec la simplicité
ecclésiastique. ' L'épître dédicatoire est suivie d'une pré-
face, dans laquelle l'auteur rend compte de son entreprise,
et de la manière dont il l'a exécutée. Il avoue, qu'après la
prise de Jérusalem, ayant entendu des récits de cette expé-
dition par ceux qui s'y étoient trouvés , il avoit dès-lors eu
dessein d'en écrire l'histoire ; mais différens obstacles qui sur-
vinrent, l'en empêchèrent : enfin la Providence permit qu'il
exécutât son dessein. Il y fut encore excité par plusieurs per-
sonnes, dont le plus grand nombre auroit souhaité qu'il eût
écrit cette histoire en vers, sçachant qu'il s'étoit autrefois
appliqué à la poésie ; mais il ne crut pas devoir déférer au
goût de ceux-ci. ' Guibert composa son histoire sur une au-
tre, suppléant à ce qui y manquoit , et ajoutant ce qu'il
sçavoit d'ailleurs , et ce qu'il avoit appris de ceux qui s'é-
toient trouvés à cette célèbre expédition. Il assure, qu'ayant
souvent conféré ce qu'il avoit appris de ceux qui avoient
vu les choses, avec l'histoire qui lui servoit de modèle , il
avoit toujours éprouvé qu'il n'y avoit aucune différence.
ABBÉ DE NOGENT. 495 In SIECll!.
L'ouvrage est divisé en huit livres, dans l'édition qu'en a p. 362, et seq.
doné D. Dachery, et en sept dans la collection de Bon-
gars , qui a réuni le septième et huitième en un seul. Le
neuvième qui se trouve dans l'une et l'autre édition, est
d'un autre auteur. Les huit livres contiennent l'histoire
de cinq ou six années depuis la publication de la croisade,
dans le concile de Clermont , tenu en \ 095 , jusqu'à la
première année de Baudouin I, qui succéda au célèbre
Godefrôi de Bouillon son frère , et fut couronné roi de
Jérusalem le 25 décembre de l'an -H 00. Le neuvième livre
qui n'est point de notre auteur, renferme ce qui se passa
dans la Palestine en l'an \\\ 2.
A l'égard du temps auquel Guibert écrivit son histoire,
il est fixé d'une manière assez précise à la fin du sixième livre ,
où l'auteur dit qu'il le finissoit près de deux ans après Ma-
nassés II , archevêque de Reims. ' Or Manassés mourut , An. 1. 7i, n. 12.
selon D. Mabillon , le 4 8 septembre de l'an -I \ 06 ; par
conséquent Guibert finissoit ce sixième livre en -H08.il faut
néanmoins remarquer, qu'il n'y mit la dernière main, com-
me on le voit dans son dernier livre, qu'après la mort de
Bocmond , prince d'Antioche , arrivée en HH; mais il
est certain qu'il le publia avant celle de Gaudri évêque de
Laon , ' qui fut massacré en l'an H-I2, puisque ce prélat, Guib.iib.3, de vita
qui faisoit beaucoup de cas de tous les écrits de Guibert, 55\C.'*l,P'6U'
et qui avoit témoigné en particulier beaucoup d'empresse-
ment pour celui-ci, ayant vu le nom de Lisiard de Soissons
à la tête , ne voulut pas le lire.
Nous avons déjà remarqué , que Guibert écrivit son
histoire sur une autre plus ancienne, dont le stile lui avoit
paru trop simple : quœ erat verbis contexta plus œquo simpli-
cibus. Cette histoire plus ancienne, est vraisemblablement
l'ouvrage de l'anonyme, qui est à la tête du recued de Bon-
gars, et dont on a parlé à la fin du huitième volume de
l'Histoire Littéraire. Guibert, en suivant cet historien ,
le corrige en plusieurs endroits, il ajoute beaucoup de cho-
ses qu'il avoit apprises de témoins fidèles, comme il le dit,
et tâche d'éviter les défauts de stile qu'il lui reproche. 'Il cbop. 1. 1, de sac.
paroît par le jugement qu'en porte René Chopin, que ce p0 '
ne fut pas sans succès. Cet auteur rapportant un texte de
l'histoire de Guibert , a soin de dire qu'il n'y change pas
in srccLE. M* GUIBERT,
un seul mot ; parce qu'il y trouvoit une éloquence propre
à ce temps , et une façon d'écrire, qui avoit quelque chose
de je ne sçai quoi, qui lui paroissoit plus grave (a). Guibert
n'avoit pas encore perdu le goût de la poésie, lorsqu'il écri-
vit son histoire de la croisade , car il mêle de temps en temps
quelques vers, ou petites pièces de poésie à sa prose. Quoi-
que le lecteur n'attende pas que nous lui donnions une
analyse , ou des extraits d'un ouvrage de la nature de ce-
lui-ci, et que ce que nous en avons dit, paroisse suffisant,
nous croyons néanmoins devoir lui en rapporter quelques
traits, afin qu'il puisse s'en former une idée. Nous pou-
vons dire en général, sans faire injure aux historiens de la
croisade, que de tous ceux qui ont écrit l'histoire de cette
célèbre expédition, il n'y en a point qui eut plus de talent
que Guibert ; et si quelqu'un d'entr'eux passe pour avoir
mieux réussi , si toutefois il y en a , ce n'est que parce qu'il
a eu plus de secours. Notre auteur a de plus un avantage
sur tous les autres, en ce qu'il est celui de tous les anciens
historiens de la guerre sainte, qui reprenne sa narration de
plus haut H la commence aux propres que la secte de Ma-
homet avoit faits dans l'Orient, lorsqu'on entreprit la pre-
mière croisade; et à la lettre qu'Alexis, empereur de Cons-
tantinople , écrivit à Robert le vieux, comte de Flandres,
pour implorer le secours des princes chrétiens contre les
Musulmans. Cette lettre est écrite avant le concile de Cler-
mont, où la croisade fut publiée. Notre auleur trouve
Lib. 1, cap 1, p. mauvais qu'on vante les actions des anciens,' et qu'on ra-
baisse celles des modernes. Qu'on relevé, à la bonne heure,
les événemens des siècles passés; mais ceux de notre temps,
où le monde est dans sa viellesse, ne méritent pas moins
de l'être. On admire ce que les historiens nous racontent
des guerres de Philippe contre les Grecs, d'Alexandre con-
tre les Perses; on est dans l'étonnement d'entendre parler
de cette multitude innombrable de soldats, qui compo-
soient les armées de Xerxès et de Darius. Ce qu'on lit des
guerres des Egyptiens, des Caldéens, et des autres peu-
ples d'Asie, ne cause pas moins d'admiration : il en est de
(a) En tibi genuina scriptoris ipsius historici (Guiberti)p'irasw, cujusnevocu-
lum quidem mutandum censui, quod suœ et pnscœ œtati constiterit eloquentia, et
sermoniê genus hoc plus nescio quo pacto videatur habere gravualis.
ABBÉ DE NOGENT. 495
XII SIECLE.
même de ce que l'histoire nous apprend des Romains. Gui-
bert prétend, que si l'on veut ouvrir les yeux, et consi-
dérer ce qui se passe de son temps , dans l'expédition de la
terre sainte, on reconnoitra que le plus petit de nos doigts
est plus gros que le dos de nos ancêtres.
On trouve dans le second chapitre du premier livre, ' un c. 2, p. 371.
portrait très-désavantageux des Orientaux , même depuis
le christianisme. 11 nous les représente comme étant tou-
jours chancelans dans la foi, toujours portés à la nouveau-
té , s'écartans toujours de la règle de la foi , et de la doc-
trine des Pères : il attribue ce caractère de légèreté et d'in-
constance, au tempérament des Orientaux, et au climat
du pays. Abusant de leurs talens et de la vivacité de leur
génie, ils se sont livrés à des questions inutiles, ont aban-
donné la doctrine de leurs ancêtres, et ont donné nais-
sance à une infinité d'hérésies monstrueuses ; en sorte que
l'Orient en a plus produit, qu'on ne voit de ronces et d'or-
lies dans une terre inculte. Qu'on lise, dit-il, les cata-
logues des hérésies; qu'on parcoure les ouvrages faits pour
les combattre, à peine trouvera-t'on que les Latins en
ayent avancé aucune; elles ont toutes pris naissance dans
l'Orient et dans l'Afrique. Qu'il seroit à souhaiter que l'Oc-
cident eût conservé ce précieux avantage ! Mais on a vu
dans les siècles qui ont suivi celui où Guibert parloit de la
sorte , que les Latins comme les Orientaux pouvoient être
livrés à l'esprit d'erreur. Tant de royaumes et de provinces
de l'Occident, séparées de l'église par l'hérésie et le schis-
me de Luther et de Calvin , tant de monstres d'erreurs qui
ont déchiré et déchirent encore l'épouse de Jesus-Christ ,
en sont une preuve bien sensible. Il avoue qu'il a lu quelque
part, que Pelage étoit Breton : puis il ajoute, qu'on ne
peut compter le nombre des hérésies et des hérétiques de
l'Orient. Arius, Manès, Ennomius, Entiche, Nestorius,
étoient Orientaux; en un mot on îes compte par milliers :
monstrorum millia texam. Il leur reproche aussi leur in-
docilité et leur infidélité à l'égard de leurs souverains; en
sorte que , tel qui est aujourd'hui sur le trône , sera non
seulement dépouillé de sa couronne le jour suivant, mais
même obligé de quitter sa patrie , et d'aller en exil dans une
terre étrangère. Notre auteur n'épargne pas les Grecs, aux-
III SIECLE.
496 GUIBERT,
quels il reproche leurs erreurs, leur peu de respect pour
le siège apostolique, leur haine contre les Latins. C'est en
punition de ces crimes, que leur terre les a rejettes avec
ib. coi. 2. hoireur hors de son sein,' et que Dieu a perm.s, que tant
de villes et tant de provinces de l'Asie fussent livrées à des
nations barbares, et retombassent même dans le paganis-
me. Cela conduit naturellement Guibert à parler de Ma-
homet , dont il fait l'histoire. Il termine son premier livre
par la lettre que l'empereur Alexis écrivit à Robert le
vieux, pour lui demander du secours contre les Maho-
métans, et donne des extraits de cette lettre, dont il fait
quelquefois la critique. Comme l'empereur marquoit au
comte de Flandres, qu'il avoit à Constantinople le chef
de saint Jean-Baptiste, couvert de sa peau et de ses che-
veux, Guibert ne manque pas d'en prendre occasion de
faire une sortie sur les moines de saint Jean d'Angcly , qui
prélendoient avoir ce chef. Il n'en demeure pas là ; il blâme
et condamne l'usage de tirer les corps saints de leurs tom-
beaux, pour les mettre dans des châsses d'or et d'argent,
ou plutôt il blâme l'abus, le dérèglement et l'avarice qui
s'étoit introduit dans cet usage, auquel il avoue que la
piété avoit donné naissance , en portant les fidèles à orner
d'or et d'argent les reliques des saints. On voit que ce
premier livre n'est proprement qu'une introduction aux
suivans.
Uv.2,c. i, p.376. Dans le second,' Guibert, en parlant d'Urbain II, qui
étoit venu solliciter du secours en France, remarque que
c'étoit depuis longtemps l'usage des papes, de venir cher-
cher de la protection en France, lorsqu'ils étoient attaqués
par quelques nations voisines (a). Il relevé à ce sujet l'at-
tachement inviolable des François pour le saint siège. Il
croit que Dieu les avoit choisis pour la glorieuse expédition
de la croisade, surtout parce que depuis que cette nation
avoit reçu la foi par le ministère de saint Rémi, elle n'avoit
jamais été infectée d'aucune erreur, pas même pour un
moment. Les François, selon lui , dans le temps même
qu'ils éloient payens, et qu'ils pilloient les terres des Gau-
lois alors chrétiens, n'ont jamais maltraité, ni fait mourir
(a) Apostolicce nempé sedit pontificibus ab antiquo consueludinarium fuit, si
quam $unt passi à /initima gente molestiam, atucilia semper expetere à Fran-
cit.
personne
ABBE DE NOGENT . 497 XII SIECLE
personne pour cause de religion; et dans la suite, par une
générosité qui leur est naturelle, ils ont enchâssé dans l'or
et l'argent, et orné de pierres précieuses, les reliques de
ceux que les Romains avoient mis à mort pour la foi (a).
Guibert , après avoir ajouté encore plusieurs choses glo-
rieuses aux François, termine leur éloge, en disant que
leur nom est un titre honorable , qu'on le donne quelque-
fois aux personnes de mérite, quoique d'une autre nation;
ensorle que , pour leur faire honneur , on dit d'eux , que
ce sont des hommes francs (b).
Enfin Guibert vient au concile de Clermont, ' dans lequel L. 2, c 2, p. 377.
la croisade fut publiée par Urbain II. Il entre dans le détail
de ce qui s'y passa , et rapporte fort au long, les raisons que
ce pape employa pour engager les François à cette entre-
prise , et les effets que sa prédication produisit dans les es-
prits. On vit dès ce moment cesser les troubles et les divi-
sions qui déchiroicnt le royaume. ' Quoique ce fût une année c.3, p.380.
d'une grande disette , l'abondance régna tout-à-coup ; le
riche ouvrit ses trésors et ses greniers au pauvre ; chacun ne
pensa qu'à faire les préparatifs de son voyage. ' Une grande c. 4.
multitude se joignit à Pierre l'Hermite, qui étoit en si grande
réputation de sainteté , que Guibert témoigne n'avoir ja-
mais vu faire tant d'honneur à qui que ce soit , qu'à cet her-
mite. Mais l'armée qui s'étoit attachée à lui, ne laissa pas
de commettre beaucoup de désordres dans les pays où elle
passa, surtout dans la Hongrie; et comme il n'y avoit ni
ordre ni discipline parmi ces croisés, ils périrent presque
tous, et ne servirent , selon l'expression de notre historien , ' c. 5, p. 383.
qu'à inspirer plus d'audace aux Turcs (c). Le succès d'une
autre armée, commandée par Godefroi , fut plus heureux,
quoiqu'elle eût pris la même route que la première. Ce sont
(a) Ex quo fidri signum , beato Remigio tradente , sumserunt ( Franci) , nullius
unquam perfi.di.ee suxcipere conUigium. vel ad horam acquieverunt . . . Bi sunt,
qui dùm adkuc sub errore gentili positi , Gatlorum , sed Chris lianorum arva
pugnaciintentione subigerent. nemini unquam pro Ctiristi fide , autpwnasin-
iulerunt aut murtem : sed eos quos Romuna severilas ferro ignique punierat ,
avro argeiitoque recondidit , gemmis electroque contexit ingenita hbtralilas .
gentis. ■»
(b) Quibus proprium cilm sit nomen, quarumeumque nationum homines,
mutualo imm'o prœslito ipsorum agnomine honorantur. Quns enim Brilones,
Anglos, Ligures, si bonis eos moribus vtdeamus. non illico Francos homines
appellemus ?
(c) Comiiiœ Pétri heremitœ talis fuit exitus ; cujus histonam ideo svne
alterius materim interstitio prosecuti sumus, ut cain aliis nullam impendisse
opein, sed Turcis addidisse audaciam monslraremus.
3 4 Tome X. R r r
XII SIECLE.
498 GUIBERT,
les exploits de cette armée, qui font le grand objet de Gui-
c.7, p. 38i. bert dans la suite de l'histoire dont nous parlons. ' Il compte
parmi les princes et les grands seigneurs qui prirent part à
celte expédition, Hugues le Grand, frère de Philippe roi
de France; Etienne comte de Blois ; Robert comte de
Flandres; Robert duc de Normandie; Raimond comte de
saint Gilles ; Boéïnond , Tancrede , etc. Non seulement
Guibert nous apprend quels furent les princes qui entre-
• prirent le voyage de la terre sainte , il en fait encore des
portraits qui nous instruisent de leurs bonnes et mauvaises
qualités. Il les suit dans leur route , raconte leurs exploits
particuliers, la part qu'ils ont eu aux grandes expéditions,
soit dans les sièges des villes, soit dans les combats qui se
sont livrés. Tous ces sièges et ces combats sont décrits dans
un grand détail, et avec des circonstances qui attirent
l'attention du lecteur, et font lire cette histoire avec
plaisir. L'auteur l'a continuée, comme nous l'avons déjà
dit , jusqu'au règne de Baudouin I , dont il se contente de
raconter les premiers exploits, quoiqu'il n'ait mis la der-
nière main à son ouvrage , que vers la douzième année de
ce prince, sous le règne duquel il le composa. En le fi-
nissant, il assure qu'il n'a rien écrit, que sur le témoignage
de personnes de la plus grande sincérité. Si on ne trouve
pas dans son histoire tous les détails que l'on voit dans les
anciens historiens , qui rapportent ce qui s'est passé dans
l'action , ce qui a fait pencher la victoire d'un côté plutôt
P. «5. que de l'autre,' la part que la cavalerie ou l'infanterie y a
eue , le nombre des morts de part et d'autre; si, dis-je, il
n'entre point dans tous ces détails, il s'en excuse sur ses
occupations, et ajoute, que n'ayant point vu les choses
par lui-même, cela l'a rendu plus timide et plus réservé.
C'est pourquoi , si on lui reproche d'avoir omis plusieurs
choses, il répond qu'il a mieux aimé être concis que trop
diffus : ego malui minor esse quàtn nimius. Au surplus,
ceux qui sçavent des faits qu'il a ignorés , peuvent les
écrire , et en faire part au public.
cuib.pr<rf.iniib. ' ^2°. 11 semble que Guibert, avant eu dans sa jeunesse
de Vir in. p 311 t , . n . " • j,
Le Bœuf, diss. sur une grande passion pour les vers, et ayant appris a un
2,"p! ûï? Paris' '' b°n poëte à versifier, comme il le dit lui-même, il auroit
dû nous laisser plusieurs productions de sa plume dans ce
ABBE DE NOGENT. 499 _^^^_
genre d'écrire; cependant il ne nous en reste aucune, si ce Guib. 1.1, vit. c.
n'est quelques petites pièces de poésies, qu'il a insérées dans u'V-i13-
son histoire de la croisade. Peut-être les aura-t'il suppri-
mées , ne les jugeant pas dignes d'être transmises à la posté-
rité. Nous voyons que son maître F exhortait, lors même
qu'il eut embrassé la profession religieuse dans l'abbaye de
Flay, ou de saint Germer, à composer des proses ou sé-
quences, et à faire des vers, prosulas versiculosque componere ;
néanmoins nous n'avons de lui, qu'une prose en l'honneur
de saint Germer, qui se chantoit encore il y a trente ans,
le jour de la fêle de ce saint. Elle commence ainsi : Adest prœ-
cipua , fratres , matériel : dici consona date prœconia, etc.
Ce sont là tous les écrits de Guibert dont nous ayons
connoissance ; car nous ne croyons pas devoir lui attribuer
l'ouvrage intitulé, Elucidarium , sive dialogus summam to-
tius christianœ religionis complectens , quoiqu'il porte son
nom dans quelques manuscrits. Nous examinerons ailleurs,
quel est le véritable auteur de cet abrégé sommaire de la
religion chrétienne, ' qui a été attribué faussement à Magn. bibi. eceies.
saint Anselme par quelques-uns, et par d'autres à Guil- uttM.' 9?p! 443.'
laume de Conventry carme, et à Honoré d'Autun. On
a déjà parlé de cet ouvrage dans le volume précédent de
l'Histoire Littéraire.
André du Chesne cite, parmi les preuVes de son his-
toire des maisons de Guisnes, ' d'Ardres, etc., sous le nom p. 321, 322, 323,
de Guibert de Nogent, deux fragmens d'un traité de la 325>3d0-
mort de Gualdric, évêque de Laon. Ce traité n'est au-
tre chose, que l'histoire des troubles de la ville de Laon,
et du meurtre de ce prélat, qui sont rapportés fort au long
dans le troisième livre de la vie de Guibert, par lui-mê-
me. Il y a encore lieu de croire, que c'est le même ou-
vrage que M. du Chesne cite sous ce titre, dans sa bi-
bliothèque des historiens de France : ' Gisleberti abbatis p. 248.
de Novigento historia ecelesice Laudunensis. Mss. Car il n'y
a point d'abbé de Nogent, qui ait porté le nom de Gis—
lebert, ni d'autre histoire de Laon composée par Guibert,
que celle qu'on trouve dans le troisième livre de sa vie.
D. Dachery , bénédictin de la congrégation de saint
Maur, a fait imprimer chez Bilaine, et publié l'an 1651,
les ouvrages de Guibert, qui n'avoient pas encore vu le
R rr ij
xii siècle. 500 GUIBERT, ABBÉ DE NOGENT.
jour jusqu'alors , à l'exception de son histoire de la croi-
sade, qui fait partie, et tient le huitième rang dans la
collection que Bongars a donnée au public l'an \ 64 \ . L'é-
diteur ne s'est point contenté de consulter tous les ma-
nuscrits qu'il a pu découvrir, pour donner le texte de
l'auteur dans sa pureté ; il y a encore joint de sçavantes
notes pour l'éclaircir, et de longues ol servations , dans
lesquelles il rapporte une quantité de monumens anciens,
et fait l'histoire de diverses abbayes.
Guibert est sans contredit un des meilleurs auteurs de
son siècle. H étoit très-versé dans la lecture des livres
saints, comme on le voit par l'usage fréquent qu'il en fait
en écrivant. Il ne l'étoit pas moins dans celle des écrit»
des SS. Pères, surtout de saint Grégoire le Grand, dont
il a imité la manière d'interpréter l'écriture dans les com-
mentaires qu'il nous a laissés. Il écrit avec justesse et so-
lidité, et montre de l'érudition, tant sacrée que prophane.
A l'égard de son stile, quoique M. Dupin assure que
cet auteur, ayant donné beaucoup de temps à l'étude de
la grammaire et de la poésie, il écrivoit assez purement,
nous ne nous sommes point apperçus de cette pureté
de stile en lisant ses écrits. Au contraire, il nous a paru
dur, embarrassé, souvent obscur, et rempli d'expressions
An. i. 74, n. 7i. barbares; et c'est avec raison que D. Mabillon ' a dit de
lui : multa ille scripsit non ineruditè, sed scabroso stilo. On
voit néanmoins qu'il avoit lu les auteurs de la bonne la-
tinité, mais il n'a pas formé son stile sur celui de ses ha-
biles maîtres. Il est vif et mordant, quelquefois un peu
trop crédule, et d'autres fois assez bon critique. Ses qua-
tre livres de pujnoribus sanctorum, ne sont propre-
ment qu'un ouvrage de critique , et même d'une cri-
tique très-sensée et très-judicieuse. Il donne encore ail-
leurs des preuves de son discernement; et on est étonné
de voir un auteur du douzième siècle, relever et avec fon-
opnsc. devirs. c. dément, ' Eusebe de Césarée. Si l'on fait attention au ju-
vitasÙa'.llb'2'de gcmcnt que Guibert porte sur cette quantité de tombeaux
et d'urnes sépulcbrales, qu'on découvroit tous les jours
de son temps dans son monastère, on conviendra encore
qu'il étoit assez habile antiquaire pour le siècle où il vivoit.
CLARIUS, MOINE DE S. PIERRE LE VIF. SOI
GLARIUS,
Moine de S. Pierre le Vif.
XII SIECLE.
HISTOIRE DE SA VIE.
Clartos avoit embrassé la profession monastique dans
l'abbaye de saint Benoît sur Loire, comme il le dit
lui-même dans sa chronique; ' mais il ne nous apprend point spic. t. 2, p. 754.
la raison pour laquelle il passa de l'abbaye de saint Benoît ,
dans celle de saint Pierre-le-Vif de Sens. Parmi les moines
de cette abbaye, ' qui furent présens l'an -1101, lorsque Gaii. chr. t. 4, p.
Lambert évêque de Langres donna une charte en faveur
de l'abbaye de Molesme, on trouve un Clarius, qui vrai-
semblablement n'est autre que celui qui fait le sujet de cet
article. L'an 4 1 07, il assista à la cérémonie d'une transla-
tion des reliques de saint Benoît, qui se fit, de la nef de
l'église au chevet, en présence de Louis le Gros, alors dé-
signé roi, et des évoques d'Orléans et d'Auxerre. Le même
jour que se fit la cérémonie, c'est-à-dire le 20 mars, les re-
ligieux de saint Benoît élurent abbé Boson, en présence des
mêmes évêques, de l'abbé de saint Laumer de Blois, et de
Clarius : Et me, ' dit-il, qui monachus ipsius loci sum. Mon- ibid.
sieur de la Saussaye , ' dans ses annales de l'église d'Or- An. ecci. Aurei.
léans , semble avoir conclu de ces paroles, que l'auteur de ' ' p'
cette courte histoire de la translation de saint Benoît, étoit
moine de saint Laumer de Blois, parce qu'immédiatement
après avoir nommé l'abbé de saint Laumer, il ajoute, Et
me, qui monachus ipsius loci sum; ' comme s'il avoit voulu Hïst. lat. iib.3, c
,-, / • i- • j 1 w ir • « 5, p. 698.
marquer qu il etoit religieux de saint Laumer. Vossius est
tombé dans la même méprise, en avançant qu'un anonyme
moine de saint Laumer, a écrit l'histoire de la translation de
saint Benoît, ' qui se fit l'an \ 107. Ce prétendu anonyme est Bibl. Chart.p.a.
Clarius, qui étoit réellement moine de saint Benoît, mona-
chus ipsius loci , et avoit passé dans l'abbaye de saint Pierre
3 4 *
III SIECLE.
502 CLAJUUS,
spic. ibid. | Ma- le Vif. L'an -H 20, Daïmbert archevêque de Sens, 'et Ar-
se°%. fil idr<dé nauld abbé de saint Pierre le Vif, ne pouvant se rendre au
verasen. ong. c. concjie indiqué à Beauvais par le légat Conon, ils députè-
rent Clarius pour y faire leurs excuses. Le député s'acquitta
de sa commission , avec tout le succès que pouvoicnt atten-
dre de sa capacité, ceux qui avoient fait choix de sa per-
sonne. La date de ce concile n'est pas exacte dans la chro-
nique de Clarius, où il est marqué, le 28 septembre, au lieu
qu'il se tint depuis le 4 7 ou 4 8 jusqu'au 28. Peut-être pour-
roit-on concilier Lisiard qui le fixe au 47, avec Clarius qui
le met le 28 de septembre, en disant que Lisiard a indiqué
le pr°mier jour que le concile se tint, et Clarius celui où il
fut terminé ; ce concile s'étant effectivement tenu depuis
le 4 7 jusqu'au 28 septembre. Mais il reste une autre difficulté
plus grande que la première, c'est que Lisiard évêque de
Soissons, qui avoit assisté au concile de Beauvais, nomme
Daïmbert archevêque de Sens, parmi les prélats qui com-
posèrent cette assemblée. Mais Lisiard n'a-t'il pas pu parler
de la sorte, puisque Daïmbert avoit assisté à ce concile par
Ad an. 1120, n. 23. son député? Le P. Pagi conclut de-là, ' que Clarius n'est pas
auteur de la chronique de saint Pierre le Vif, qui va jusqu'à
l'an 4 4 79, n'étant pas vraisemblable que cet auteur ait écrit
soixante ans après la tenue d'un concile, auquel il avoit as-
sisté. Nous conviendrons volontiers avec ce critique, que
Clarius n'a pas écrit soixante; ans après avoir assisté au con-
cile de Beauvais, et qu'il n'a pas continué sa chronique
jusqu'en 4 4 79 , mais nous soutenons qu'il est auteur de cet
ouvrage jusqu'à l'an 4420, et même jusqu'à l'an 4424. C'est
à peu près l'année, où nous croyons qu'on peut fixer sa
mort.
La chronique de saint Pierre le Vif, est un ouvrage estimé
des savans, et important pour l'histoire de France en parti-
culier. Bobert d'Auxerre, auteur de la chronique de saint
Marien, en a fait tant de cas, qu'il l'a souvent copiée, sur-
tout dans ce qui regarde la ville de Sens. Elle a été connue
et citée avant qu'elle ait été rendue publique par l'impres-
sion. On en trouve un fragment parmi les preuves de l'his-
toire des comtes de Poitou, de Jean Besly, p. 495. D. Luc
spic t. 2, p. 705. Dachery, en donnant cette chronique au public, ' a cru de-
voir en retrancher tout ce qui précède l'établissement de la
MOINE DE S. PIERRE LE VIF. 505 mmcix.
monarchie Françoise, et qui a été si souvent répété par
Grégoire de Tours, Sigebert, etc. L'auteur est peu exact
dans les époques des temps qui ont précédé celui où il écri-
voit. C'est un défaut qui lui est commun avec la plupart des
historiens de son temps. Il est aisé de juger, en lisant cette
chronique avec quelque attention, qu'elle est l'ouvrage d'un
seul et même auteur, depuis l'année 503 jusqu'en 4 425.
On voit partout le même dessein bien soutenu, et le même
style. 11 n'est pas moins évident que c'est un religieux de saint
Pierre le Vif qui y parle, et qui est toujours attentif à rap-
porter tout ce qui concerne son monastère, jusqu'à copier
en entier les diplômes donnés en sa faveur. On y trouve
aussi beaucoup de choses concernant l'histoire de l'église
de Sens, surtout la succession de ses évêques, et plusieurs
traits de l'histoire de France. Elle commence , dans l'édi-
tion que dom Dachery a publiée , à l'an 446 , que Clarius
prétend être la seconde année du pontificat de saint Léon le
Grand, quoique ce soit la sixième, ce saint pape ayant été
consacré le 29 septembre de l'an 440; et elle finit à l'an
44 84. Mais ce n'est plus l'ouvrage de Clarius depuis l'an
4 424. Ce qui suit depuis cette année, jusqu'à la fin de la
chronique , est d'un autre auteur , ou même de deux.
' D. Mabillon croit que la chronique de saint Pierre Annal, tom. 2, p.
le Vif n'a pas été composée plus de dix ans après la mort 491,
de Berenger, c'est-à-dire vers l'an 4 098. Il peut être vrai
que Clarius a commencé à mettre la main à son ouvrage
dès l'an 4 098 , comme le dit le P. Mabillon,' et après Ad an. îoss, n n.
lui le P. Pagi ; mais il n'est point vrai , comme ce dernier
l'insinue , que tout ce qui suit depuis 4 098, soit des ad- ibtd.
ditions faites à l'ouvrage de Clarius par d'autres mains. Le
P. Pagi n'a pas fait attention, que Clarius lui-même, en
parlant de Daïmbert , successeur de Richer sur le siège
archiépiscopal de Sens, 'fait mention de la onzième année spic.t. 2, p. 74».
du gouvernement de ce prélat , dont il souhaite que la
fin soit aussi heureuse que le commencement. Or la on-
zième année de Daïmbert, qui quoiquelu l'an 4 096, ne
monta sur son siège que le 4 8 d'avril de l'an 4 098, doit
remonter jusqu'à l'an 4108 ou 4409. Ainsi Clarius, qui vi-
voit et écrivoit alors , aura continué sa chronique jusque
cette année; mais il l'a encore continuée plus loin, ' c'est- ibid. p. 772.
XII SIECLE.
504 CLARIUS, MOINE DE S. PIERRE LE VIF.
à-dire jusqu'à l'an 4120, où il paroît l'avoir terminée par
la doxologie qui marque la fin de son ouvrage. Nous ne
douions pas même, que ce qui se lit sur les années 4122
et -1123, ne doive lui être attribué, puisqu'il est écrit de
la même main dans le manuscrit que l'on conserve dans
l'abbaye de saint Pierre le Vif, et qu'on croit êlre l'ori-
ginal de Clarius. C'est une addition qu'il aura faite après
coup , pour marquer la mort de l'archevêque Daïmbert ,
et surtout pour transmettre à la postérité le zélé admira-
ble d'Arnauld , abbé de saint Pierre le Vif, pour procurer
à son abbaye des livres ; les peines qu'il se donna pour
faire transcrire eeux qui étoient nécessaires pour l'office di-
vin; enfin les précautions qu'il prit pour les conserver,
jusqu'à excommunier ceux qui les vendroient ou les dis—
siperoient. L'auteur fait l'énumération de ces livres, qui
p. 774. étoient au nombre de vingt volumes. ' A l'égard des au-
tres additions faites à la chronique de saint Pierre le Vif,
depuis l'an H24 , jusqu'en \ \ 84 , elles sont d'un ou de
deux autres auteurs, comme nous l'avons dit. Nous n'a-
vons pas d'autre édition de celte chronique, que celle que
dora Dachcry a publiée dans son spicilége. D. Bouquet
en a extrait et inséré plusieurs morceaux détachés dans les
différens volumes de sa grande collection des historiens
Bouq. t. 6, pr. p. de France. ' Il remarque que Clarius a tiré ce qui regarde
l'histoire de France, de la chronique d'un auteur incer-
tain, publiée par Duchesne dans son troisième tome des
P. 349. historiens François, ' et qu'il a aussi emprunté beaucoup
de choses de la chronique d'Odoran.
13-14, n. 31.
CALLISTE II,
CALLISTE II, PAPE. 505 Xh siècle.
G A L L I S T E II
PAPE.
SI-
HISTOIRE DE SA VIE.
F, cinq fils que Guillaume comte de Bourgogne, sur-
D
'nommé Tête-hardie, ' eut de Gertrude de Mâcon son Mir. chron. an.
épouse, Gui, depuis pape sous le nom de Calliste II, étoit
le plus jeune. Rainald et Etienne, les deux aines, furent
successivement comtes de Bourgogne. Hugues le troisième
fut archevêque de Besançon, et Raimoud le quatrième,
comte de Galice. Gui avo.t aussi plusieurs sinus, qui furent
toutes mariées à des princes, ou à de grands seigneurs. Ma-
l:aut ou Malhilde le fui à Eudes I duc de Rourgogne; Gi-
selle à Humbert II comte «le Maurienne, qui eut d'elle la
princesse Adélaïde, femme de Louis le Gros. Ermengarde
épousa le comte de Bar et de Moulbeliard; Clémence, Ro-
bert comte de Flandres; et Berthe, Alphonse VI, roi de
Léon, donl elle fut la quatrième épouse.
'Gui embrassa l'état ecclésiastique. I). Hugues Menard, m™, mart. bened.
sur l'autorité d'un écrivain de l'ordre de Cîteaux, le fait
bénédîetin; mais cela ne nous paroît pas certain. Vers l'an
1083, il fut placé sur le siège de Vienne, il gouverna celle
église avec beaucoup de sagesse l'espace de trente-six ans. Il
s'y lit aimer, estimer el respecter, plus encore par la pureté
de ses mœurs, par son zélé cl sa fermeté, que par l'éclal de
sa naissance. 11 fui égalemenl honoré des petits, des grands
et des princes, dont il étoil parcnl ou allié. ' C'csl le lémoi- Pet. yen. suger.
■ ■ Clir. Gass.
gnage que lui rendent les auteurs contemporains.
'L'an 1096, il assista avec l'archevêque de Rcsançon son ffist. Lang. t. 2, L
frere, au concile que le pape Urbain II tint dans la ville de
Nîmes. Les deux frercs y prirent la défense d'Isarn, évo-
que de Toulouse, contre les clercs réguliersde saint Sernin,
qui lui contestoient la quatrième partie des oblations dans
Tome X. S s s
XII SIECLE.
506
CALLISTE II,
Angl. Sac. t. 2, p
268.
leur église, et ils soutinrent ses intérêts avec tant de zélé,
que le p;ipe, quoique prévenu en faveur des clercs, n'osa
décider l'affaire. L'an -1098, ' Gui invita saint Anselme qui
étoit alors à Lyon, à venir officier dans son église le jour de
saint Maurice. Deux ans après, l'archevêque de Vienne re-
çut le même honneur à Cantorberi en Angleterre, où le pape
Pascal II l'avoit envoyé en qualité de légat. Son arri-
Ead.hist.noy.i.3, vée surprit dans ce royaume, ' où l'on ne connoissoit point
Maim.iFi.hist.ee- d'autre légat que le seul archevêque de Cantorberi : il fut
cles. lit». 65, p. 22.
T. X. Conc. Pasc.
Ep. 24, p. 651.
néanmoins reçu avec la distinction due à un prélat de son
mérite et de sa naissance ; mais le roi ne permit pas qu'il exer-
çât aucune fonction de sa légation, de sorte qu'il fut obligé
de repasser la mer, sans avoir pu exécuter les ordres du
pape. Gui perdit cette année 4J00, Rainald son frère aîné,
qui fut tué en Syrie dans un combat contre les infidèles.
Etienne eut le même sort l'année suivante. Hugues arche-
vêque de Besançon, qui avoit entrepris ce voyage, étoit
mort dans la roule. Enfin Raimond, le quatrième frère de
notre, prélat, mourut l'an \ 108 en Espagne. Y étant passé
l'an J087, il se distingua tellement par sa valeur, en diffé-
rens combats contre les Mahomélans, qu'Alphonse VI, roi
de Léon, pour reconnoître ses services, lui donna la prin-
cesse Urraque sa fille unique en mariage, et le fit souverain
de Galice : Raimond laissa un fils âgé seulement de deux
ans, qui dans la suite fut roi de Léon et de Castille, sous le
nom d'Alphonse-Raimond. Ce fut ce qui engagea l'arche-
vêque de Vienne à faire un voyage en Espagne, où il trouva
le roi de Léon inconsolable de la perle qu'il avoit faite par
la mort de Raimond, et mêla ses larmes avec celles de ce
prince, qui lui fit beaucoup d'accueil, et l'assura que son
neveu jouiroit du comté de Galice, qu'il avoit accordé à
son père, et le fit reconnoître en présence du prélat. Gui
étant revenu en France, se transporta presque aussi-tôt dans
l'abbaye de Cluni, pour donner la bénédiction abbatiale à
Pons de Melgueil, qui la reçut le 9 mai \ 109.
' Le traité que le pape Pascal H fit l'an \\\\ avec l'empe-
reur Henri V, donna occasion à l'archevêque de Vienne de
signaler son zélé, et d'écrire directement au pape lui-même,
pour lui témoigner la surprise que lui avoit causé un pareil
traité. Cette lettre est perdue. Le pape sans se choquer, lui
PAPE. 507 XIIS1ECLE.
rendit compte de sa conduite, en rapportant de quelle ma-
nière les choses s'étoient passées ; et ajouta qu'il cassoit et
annulloit , ' et déclaroit de nulle valeur tout ce qui avoit été Conc. u>. p.724.
arrêté touchant les investitures. Ce que le même pape con-
firma l'année suivante dans le concile de Latran tenu le 4 6
mars. ' Notre prélat se trouva à ce concile , et incontinent Bar. ad an. 1112.
après , il en convoqua un de sa province , qui se tint à Vienne
le 4 6 septembre de la même année. L'investiture donnée
par des mains laïques, y fut qualifiée d'hérésie par les pré-
lats; le privilège extorqué par le roi Henri V, condamné,
et ce prince anathématisé jusqu'à ce qu'il eût fait une pleine
satisfaction , en quoi les pères de ce concile allèrent plus
loin que le pape. ' On fut fort choqué en Allemagne, et iisperg. an. 1112.
non sans sujet, de la manière outrageante dont l'empereur
avoit été traité dans ce concile, qui le retrancha de la com-
munion des fidèles, comme un nouveau Judas. ' Comme vu s.Godefr. ap.
l'archevêque avoit de la peine à s'énoncer, il eut la gêné- Surt-5-c-7-
ros té d'y faire présider Geofroi évêque d'Amiens, qui étoit
fort éloquent. Après le concile, Gui écrivit au pape, pour
l'informer de ce qui s'y étoit passé, et lui en demanda la
confirmation : il maltraite fort l'empereur dans sa lettre,' T. x. conc. ib. p.
quoiqu'il fût son proche parent; et il ne lui épargne pas
même l'odieuse qualification de cruel tyran, crudelissimi
tyranni. 11 déclare nettement au pape, que s'il ne confirme
ce qu'ils ont décidé, il les mettra dans le cas de ne lui point
obéir. Propitius sit Dens , quia nos à vestra subjectione et
obedientia repelletis.
'Pascal ne tarda pas de faire réponse à cette lettre, et de conc. ib. p. 786.
confirmer ce qui avoit été décidé dans le concile de Vienne,
sans toutefois faire aucune mention de l'empereur. Le silen-
ce du pape sur cet article déplut à l'archevêque, ' et il ib. p. 808.
poursuivit une confirmation plus étendue de son concile,
dans celui que Pascal tint quelques années après à Latran.
La lettre du pape , datée du 20 octobre , a été donnée au
public par le père Sirmond, sur un manuscrit de l'abbaye
de saint Pierre de Châlon.
'L'an 4445, notre prélat tint, par ordre du pape, un ib.p. 812.
concile à Tournus, pour y décider la grande affaire des
églises de saint Jean et de saint Etienne de Besançon , qui
se disputaient le titre d'église métropolitaine. Nous avons
S s s ij
XII SIECLE.
Ann. Cist. t. 1, c.
3, an. 1117, p. 93.
Let 79. Conc. t. x.
p. 691.
508
CALLISTE II,
Ih. p. 94.
Usp. an. 1119.
Cbron. Nang.l Ba-
ron. ILabbe, t. x.
conc. p. 825.1 Cia-
con.
parlé ailleurs de cette dispute, qui a été très-animée, et
n'a pu être terminée que par la réunion des deux églises en
une seule. ' Après le concile de Tournus, Gui rendit com-
pte à Pascal de ce qui s'y étoit passé , ' par une lettre qui
ne nous est connue que par la répoi.se de ce pape, datée
du 28 août. Notre prélat tint encore l'année suivante, ou
l'an 1117, à Dijon un autre concile, dont la chronique de
Bonneval nous donne connoissance. L'auteur des annales
de Citeaux croit que saint Etienne y assista. La bonne odeur
que répandoient les religieux de ce nouveau monastère, et
la réputation de leur saint abbé, y attirèrent l'archevêque
de Vienne. Il l'ut si édifié de leur vie pauvre et austère, et
de leurs pieux exercices, qu'il conçut le dessein d'en éta-
blir une colonie dans son diocèse. 11 s'en ouvrit à saint
Etienne, et lui demanda des religieux avec tant d'empres-
sement, que le saint abbé ne put lui en refuser, et l'accom-
pagna même jusqu'à Vienne, pour choisir mi lieu conve-
nable à l'exécution de ce projet. Telle est l'origine de l'ab-
baye de Bonneval, le premier monastère de Liteaux, qui
ait été fondé dans le Dauphiné. On en rapporte la fondation
à l'an I I 17. Gui le fit bâtir à ses dépens, mais plusieurs sei-
gneurs contribuèrent à ce nouvel établissement,' en don-
nant des fonds considérables. Parmi les fondateurs, on
trouve Guillaume abbé de saint Thierry, dont l'Annaliste
de Liteaux cherche inutilement le monastère dans le Dau-
phiné. Le savant auteur ne s'est point apperçu que cet
abbé, qu'il reconnoit lui-même avoir été de l'ordre de saint
Benoît, est le célèbre abbé de saint Thierri près de Reims,
qui fut dans la suite si attaché à saint Bernard, et devint
même son disciple.
Le pape Gelase II, successeur de Pascal, étant passé en
France l'an 1 119, Gui le reçut avec de grands honneurs à
Vienne. ' L'auteur de la chronique de Saxe a avancé que
le pape tint un concile dans cette ville; ce qui n'a aucun
fondement, si ce n'est que notre prélat, ayant peut-être in-
vité les évêques et abbés de sa province et des environs,
à venir à Vienne rendre leurs devoirs au pape, cet écrivain
en a conclu qu'il y avoit ttnu un concile. ' La plupart des
auteurs qui ont écrit depuis, l'ont suivi sans examen. Pagi
semble être le premier qui ait remarqué cette méprise. Peu
PApE- 509 IIISIECLB.
après le départ de Gelase , Gui alla à Cluni pour l'y rejoin-
dre, comme il le lui avoit promis; mais il arriva trop tard,
le pape étoit mort deux jours avant son arrivée, et en mou-
rant il avoit désigné notre prélat pour son successeur. Ce
choix qui avoit été suggéré par Conon évêque de Palestrine,
fut applaudi par tous les cardinaux , prélats et seigneurs de
la suite de Gelase. ' Gui fut étonné de se voir salué comme onuphr. in chron.
pape à son arrivée, il voulut s'en défendre, protestant qu'il ulb " îof reg' Ual'
étoit indigne d'une si haute dignité. Malgré sa résistance,
il fut élu à la manière ordinaire , le premier février -H 4 9.
Le cardinal Rocimanne religieux du mont Cassin , en porta
la nouvelle à Rome à Pierre cardinal évêque de Porto ,
vicaire de la ville, de qui tout dépendoit pour la notifier
aux cardinaux et à tout le clergé, et demander leur consen-
tement. Il est remarquable que les cardinaux-évêques écri-
virent en même-temps aux cardinaux-évêques, les prêtres
aux prêtres, les diacres aux diaeres. Nous ne connoissons
ces lettres que par les réponses que D. Martenne ' a pu- Mart. 1. 1, p. 644.1
Ecc&rd d 297
bliees dans sa grande collection, et par M. Eccard dans 298, t.2.
son recueil des auteurs du moyen âge. Cependant Gui re-
fusoit toujours de se soumetttre, et vouloit au moins atten-
dre le consentement de cardinaux d'Italie et du clergé Ro-
main. Mais enfin la triste situation où il voyoit l'église, 'et la Faico. chron Be-
nécessité de tenir au plutôt le concile que Gelase avoit in- nov'. i. 6.
diqué à Reims, jointe aux pressantes sollicitations, le dé-
terminèrent à donner des ordres pour son sacre, qui fut in-
diqué à Vienne. Le prélat y fut sacré par Lambert évêque
d'Ostie, le dimanche de la Quinquagésime, qui cette année
-H -19, tomboit le 9 de février, et prit le nom de Calliste IL
Il écrivit aussi-tôt après son sacre, ' des lettres circulaires t.x. conc.p. 827
aux archevêques, évêques et autres prélats. L'auteur de
la chronique de Saxe, nous a conservé celle qu'il adressa à
Adalbert archevêque de Mayence. C'est la première dans
les collections des conciles; mais elle est imparfaite.
Le cardinal Rocimanne arriva à Vienne avec la réponse
du vicaire de Rome, dans laquelle il témoigne qu'il a sa-
tisfait avec empressement à ce qu'on souhaitait de i lui, et
que l'élection de Gui avoit été confirmée par les cardinaux
et le clergé, qui s'y éloient tous portés de bonne grâce.
En effet, l'élection avoit été approuvée unanimement dans
XII SIECLE.
!H0 CALLISTE II,
ib
une assemblée tenue le \ mars. Jean archiprêtre de l'église
Mart. ib.|Eccard. titulaire de saint Sauveur, et un autre député, ' qui arri-
vèrent quelques jours après, en donnèrent encore des preu-
ves plus positives, en représentant les lettres des card.naux-
évêqnes, prêtres et diacres. Crescent évêque de Sabine,
et Vital évêque d'Albano, écrivant au nom des cardinaux-
évêques, prioient leurs confrères d'engager le pape à tenir
au plutôt un concile, pour procurer la paix à l'é^lrse. Celui
Mart. t. 3, amp. que Gelase avoit indiqué à Reims, ' fut remis à l'automne.
co p' D. Martenne a publié la lettre circulaire d'invitation, adres-
sée aux archevêques de Reims, Rouen, Sens, Bourges,
Tours, Dol, Bourdeaux, Ausch. Les cardinaux-prêtres,
au nombre de dix, mandoient à ceux de leur ordre, que
ne pouvant par le malheur du temps, qu'ils regardoient com-
me la fin des siècles, se conformer aux décrets des saints
pontifes, en élisant le pape à Rome ou dans les environs,
et en le choisissant dans le clergé Romain, selon l'usage
ordinaire, ils approuvoient et confirmoient dans un esprit
de charité, et par une inspiration divine, l'élection qu'ils
avoient faite de l'archevêque de Vienne. On voit ici , <|ue
Gui n'étoit point cardinal , comme quelques-uns l'ont avan-
cé sans fondement.
iccard. ib. 'Lorsqu'on eut appris à Rome la nouvelle de son sacre,
les cardinaux-évêques écrivirent des lettres circulaires, pour
exhorter à reconnoitre Calliste pour légitime pape. Il l'étoit
déjà par les Allemans, qui venoient de lui rendre obéissance
dans la célèbre assemblée de Tibur, où l'auteur de la chro-
nique de Saxe rapporte qu'il y eut des envoyés de Rome ,
d'Allemagne et des autres églises, qui y firent confirmer
l'élection. Ceux d'Allemagne étoient, le célèbre Guillaume
de Champeaux, évêque de Châlon sur Marne, et Pons,
Mart. ib. p. 619 i abbé de Cluni. ' Les partisans de l'antipape Bourdin, voyant
ECC. t. 2, p. 298. i ' !• i- «. < 1» u'-
que toutes les églises particulières se soumettoient a 1 obéis-
sance de Calliste, prirent le parti de le reconnoitre. S'étant
assemblés, ils confirmèrent son élection, par un acte expédié
au nom des cardinaux de saint Eusebe, et des saints Apô-
tres, et de l'abbé de saint Pancrace, les chefs du parti,
et souscrit par la plus grande partie du clergé schismati-
que.
Mart. ib. p. 250. ' Calliste alla de Vienne au Puits , d'où il écrivit une let-
PAPK- »« III SIECLE.
tre , datée du \ 6 avril , à Frédéric archevêque de Cologne ,
dans laquelle il l'exhorte à combattre avec courage, ' com- Mart. u>. p. 650.
me il avoit fait, l'assurant de la puissante protection de celui
qui commande à la mer et aux vents : « Je n'ignore pas, lui
» dit-il, que les ennemis de l'église peuvent aboyer et la
» menacer. > Il lui marque ensuite, que pour mettre les sim-
ples fidèles à l'abri de la séduction, il invite ceux qui croyent
avoir sujet de se plaindre de l'église, à venir au concile qu'il
doit tenir à Reims l'automne prochain. Il est visible que
cette lettre est une réponse à Frédéric, qui lui avoit pro-
posé ses difficultés. Celle de ce prélat est perdue.
'Le pape étant à Soussilange dans le Forez, accorda le conc. t. x,ep. n,
-10 mai VI 20, indiction ni, selon le calcul Pisan, une bulle p' 841-
à Francon abbé de Tournus. A sa nt Julien de Brioude, il
confirma les privilèges et les biens de celte collégiale, ' par g&ii. chr. nov.
une bulle du \ de juin suivant. En passant par Maguelonne, h'is8t ,Lan'gPt.63l!
il donna le 28 du même mois une bulle , par laquelle il pr- p- 408-
défendit à l'abbé de saint Gilles, d'aliéner les fonds de son
monastère, encore moins d'engager le trésor. Le séjour que
le pape Gelase avoit fait à saint Gilles avec toute sa cour,
en arrivant d'Italie, éloit sans doute ce qui avoit réduit
l'abbé à celte extrême nécessité, par les dépenses qu'il fut
obligé de faire pour le recevoir : Calliste alla lui-même le
lendemain dans cette maison , et y accorda un privilège à
l'abbé, et aux religieux d'Alet. ' Etant retourné à Mague- ih. p. 409.
lonne , ' il confirma la séparation des deux manses des églises conc. t. x, p. 834.
de saint Jean et de saint Etienne de Besançon , par une bulle
datée du dernier jour du mois de juin 4-120, selon le calcul
Pisan, ainsi que les précédentes.
'Au mois de juillet suivant, Calliste se rendit à Toulouse, Wst. Lang. t. a,i.
où il avoit indiqué un concile, et invité les archevêques,
évêques et abbés de Gothie , d'Espagne, de Gascogne, de
la Bretagne citérieure. Le concile fut ouvert le 6 juillet.
On y dressa dix canons, ' par lesquels il est défendu de con- cône. t. x, p. 856.
férer des bénéfices comme par droit d'héritage; de donner
de l'argent pour l'ordination; de conférer la dignité d'ar-
chiprêtre, de doyen, de prévôt, à qui que ce soit qui ne
soit pas prêtre; ni celle d'archidiacre, à celui qui n'est pas
diacre. Il y a d'autres canons touchant les oblations, les
dîmes, etc. On condamna aussi dans ce concile, certains
XII SIECLE.
542
CALLISTE II,
Hist Lang. t. 2,
p. '409.
T. x conc. p. aî8.
[b Mariae de Gor-
diano.
Gall. Ctar, nov.
Instr. p. 428.
Hist. Lang. liv. 16,
npt. 49, p. 639. |
Bàluz mise. t. 2,
p. 192.
Mart. tljcs. amp.
Slaudt. 1, p. 347.
Hist. Lang. 1. 16.
Gall. Chr. nouv.
iustr. t. 1. p. 4y2.
Ib. p. 362.
lb.
Gall. Ch. t. x, pr.
p. 210.
hérétiques qui rejettoient l'Eucharistie, le Baptême des
enfans, le sacerdoce, et les autres sacremens de l'église.
Dans le manuscrit de Rome, d'où sont tirés ces canons, le
concile est daté de l'an 4420, indiction xii. L'éditeur croyant
qu'il y avoit erreur dans la date de l'année, a marqué en
marge <119; mais il est visible que le copiste Romain, ou
plutôt le chancelier, qui avoit rédigé les canons du concile,
a suivi selon sa coutume le calcul Pisan, comme le Père Pagi
l'observe. ' Calliste dans cette même assemblée, confirma
à l'abbé et aux religieux d'Alet, la possession de l'abbaye de
saint Polycarpe, que l'abbé de la Grasse leur contestoit. ' Il
rendit encore le 4 5 juillet une sentence en faveur des reli-
gieux d'Aniane, ausquels ceux de la Chaise-Dieu, et l'ar-
chevêque d'Arles, contestoient un prieuré. Le même jour,
il confirma la concession que les clercs de sainte Livrade
avoient faite de leur église à Etienne abbé de la Chaise-
Dieu.
'Le concile fini, Calliste partit le \1 juillet de Tou-
louse, et alla dans la petite ville de Fronton, dont il dédia
l'église. En passant par saint Theodard, aujourd'hui Mon-
tauban , il donna à Berenger abbé de la Grasse , l'église de
saint Pierre de Valeriis, dépendante du saint siège, pour
en rétablir le temporel et le spirituel. La donation est du
20 de juillet. ' Le même jour il écrivit à une illustre dame,
nommée Jussolme, protectrice de cette église, une lettre
de remerciement, par laquelle il la prie de continuer de la
protéger. Vers la fin du mois, ' il se rendit à Cahors, où il
dédia le maître autel, et vint de-là à Perigueux. ' Gui abbé
de Tourtoires y obtint une bulle datée du 5 d'août , qui
confirme les biens et les privilèges de son monastère. Cal-
liste continuant sa route, ' arriva à Poitiers, et y accorda le
28 du même mois un privilège à l'abbesse de la Trinité ,
nommée Elizabeth.
L'évêque ayant invité sa Sainteté à aller visiter la célèbre
abbaye de Fontevraud, située à l'extrémité de son diocèse,
Calliste s'y transporta, ' y fit le 31 la dédie ce de l'église,
qui étoit nouvellement bâtie, bénit le cmetiere, y prêcha
selon l'usage ordinaire, ' et confirma les constitutions de
Petronille première abbesse. Il alla ensuite dans l'abbaye
de saint Florent, et y acorda le 3 septembre, un privilège à
Baudouin ,
P-*PE. *>1o XII STECLE.
Baudouin , abbé de saint Vincent de Senlis.
'Pierre diacre rapporte, que le cardinal Roclmane enga- chron. 1. 4, c. 6i.
gea le pape à aller à l'abbaye de saint Maur, dont ce cardi-
nal étoit religieux, laquelle dépendoit alors du mont Cas-
sin ; que sa Sainteté en dédia l'église à la prière de l'abbé Gi-
rard , et y transféra les corps des saints Antoine et Constan-
tiuien, disciples de saint Maur. Etant ensuite allé à Angers,
il y consacra le 7 du mois de septembre ' le maître autel de oai. ctir. vet. t.
l'abbaye de Ronceray , et prêcha sur la tombe du cimetière ' p'
de saint Laurent. Le lendemain, il écrivit aux évoques du
Mans et d'Avranches, au comte de Mortagne , ' et aux chà- Mart. ampl.coll. t.
telains de Fougères , de Mayenne et de saint Hilaire , en ' p' °59'
faveur de Vital abbé de Savigny , et de son monastère, qu'il
déclare avoir pris sous sa protection. Callisle n'ayant pas eu
le loisir, étant à Fontevraud , de confirmer par une bulle
les privilèges qu'il avoit accordés le jour de la dédicace, il
en fit expédier le 16 septembre , ' dans l'abbaye de Marmou- Gaii. chr. t. 2, p.
tiers, une très-ample, où il fait une mention honorable de 13 4'
Robert d'Arbrissel, approuve son institut, et confirme les
biens du monastère. En passant par Morigny près d'Etam-
pes, ' il dédia l'église le 5 d'octobre (H 20, selon l'auteur chron. Maur. Gai.
de la chronique de ce monastère, qui suit ici le calcul Pisan , c on' ve '
(ce qu'on ne peut trop observer pour éviter la confusion.)
La cérémonie fut très-auguste , le roi et la reine s'y trouvè-
rent. Leurs majestés qui étoient apparemment venues au-
devant du pape, l'accompagnèrent sans doute jusqu'à Paris.
Dans ces entrefaites, Guillaume de Champeaux évèque
de Châlon sur M'rne, et Pons abbé de Cluni , arrivèrent
de Strasbourg, où ils avoient traité avec l'empereur, et
rapportèrent que ce prince consentoit à tout ce qu'ils lui
avoient proposé, ' qu'il en avoit fait serment entre leurs Eceard.t.2,script.
1 r .. p > . 1 «• 1 ' » i • med. aevi, p. 301,
mains , et avoit confirme tous les articles par un écrit signe et suiv.
de la sienne, et souscrit par l'evêque de Lausanne, le comte
Palatin, et autres seigneurs de sa cour. Sur cela, le pape dé-
puta à l'empereur, Lambert cardinal évèque d'Ostie, le
cardinal Grégoire, l'évcque de Châlon, et l'abbé de Cluni,
puis il partit pour Reims, où il arriva le 14 ou le 15 d'octo-
bre. ' Sa Sainteté fut agréablement surprise de voir quatre ib.
ou cinq jours après arriver ses députés, et lui annoncer
qu'ils avoient joint l'empereur entre Metz et Verdun, et
3 5 Tome X. T 1 1
XII SIECLE.
5U
CALLISTE II,
Eadm. liist. nov
I. 5, p. 94.
que ce prince avoit promis avec serment de se rendre à
Mouzon le 25 du mois, pour confirmer et exécuter le
traité.
Calli.-te sacra le 20 dans l'église de saint Rémi, Turstin,
élu archevêque d'Yorck dès l'an 4 115, ce qui déplut beau-
coup au roi d'Angleterre, qui avoit pris toutes les mesures
possibles pour l'empêcher, et qu; n'avoit même permis au
prélat de venir au concile, qu'à la condition qu'il n'y rece-
vrait pas l'ordination. Le lendemain 21 , le pape fit l'ouver-
ture du concile dans l'église de Notre-Dame, par les priè-
res accoutumées, et un discours sur l'état présent de l'é-
glise. L'évèque de Palestrine en fit un autre sur le verset 38
du trente-unième chapitre de la Genèse, dans lequel il ex-
horta les pasteurs à imiter la vigilance du patriarche Jacob,
conc. t. x, p. 855. dans la conduite de leurs troupeaux. ' Alors Louis le Gros
entra dans l'assemblée, quoique malade; et s'étant assis à
côte du pape, il fit de grandes p'aintes contre le roi d'An-
gleterre. L'archevêque de Rouen et ses sulTragans voulurent
répondre; mais il s'éleva un si grand tumulte, qu'il leur fut
impossible de se faire entendre. Le pape ayant reçu d'autres
plaintes, en prit occasion d'exhorter à la prière, et proposa
la trêve de Dieu , qui avoit été ordonnée au concile de
Clcrmont , dont il confirma les décrets. Il déclara ensuite
qu'il étoit résolu d'aller à Mouzon joindre l'empereur, qui
l'y altcndoit pour conclure le traité dont on étoit convenu
à Strasbourg. Il partit effectivement le 25 , et y arriva le
lendemain. Ayant appris que l'empereur étoit à quelque
distance de-là . à la tète de 50000 hommes, il s'enferma
rt.ns un château appartenant à l'archevêque de Reims, de
l'avis des prélats de sa suite, qui allèrent trouver le prince.
Celui-ci nia qu'il eût rien promis, et ne donna que des ré-
punses vagues, qui firent juger qu'il méditoit quelque mau-
vais dessein ; c'est pourquoi on jugea que le seul parti qu'il
y avoit à prendre, étoit de se retirer.
Néanmoins, comme l'empereur avoit dit en dernier lieu
qu'il délibérerait pendant la nuit, et donnerait sa dernière
réponse, le comte de Troyes et les éveques conseillèrent
au pape de l'attendre, afin de ne lui donner aucun sujet de
plainte; mais ce fut inutilement, et le pape craignant, non
sans fondement, de la part de ce prince, quelque chose de
PAPE* Ï5lj XII SIECLE.
semblable à ce qui ctoit arrivé à son prédécesseur, il se ré-
fugia dans un château du comte de Troyes. 11 en partit le
dimanche 27, et lit tant de diligence, qu'il arriva à Reims
d'assez bonne heure, quoiqu'il eût fait vingt lieues, pour
y officier et ordonner Frédéric évoque de Liège. Le len-
demain, l'évèque d : Crcme exposa au concile le mauvais
succès de la négociation. Le [tape se trouva incommodé,
tant de la fatigue du voyage, que de la crainte dont il a\oit
été saisi. Cependant le concile avançoit, et on dressa les
canons qui furent lus le 50 en présence de sa Sainteté. Le
premier condamne les simoniaques; le second, les investi-
tures données par les laïques ; le troisième , ceux qui s'em-
parent des biens de l'église ; le quatrième renouvelle le
huitième du concile de Toulouse, et défend de rien exiger
pour les baptêmes, le saint crème, les saintes huiles, et
pour la sépulture ; le cinquième et dernier défend aux prê-
tres et diacres de se marier. On prétend que ce décret fit tant
d'impression en Angleterre et en Allemagne, comme émané
d'un pape inflexible, qu'aucun ecclé iastique n'osa contrac-
ter de mariage, ce qu'on n'avoit pu obtenir depuis plus de
soixante ans , quoique la même défense eût été faite en plu-
sieurs conciles. ' Ce fut ce qui donna lieu à ces vers. cent. Magd. cent.
1 Xll. 1093, 1094,
1291, 1391.
0 bone Calliste , nunc clerus oditte.
Olim presbyteri poterant uxoribus uti,
Hoc sustulisti, quando tu papa fuisti , etc.
Le jeudi suivant 34 octobre, le pape excommunia l'em-
pereur, l'anti-pape Bourdin et leurs adhérens. Ainsi finit le
concile de Reims. ' Calliste y termina plusieurs différends, Batuz. mise. t. 2,
p 91
dont nous ne parlerons pas ici. Le \ de novembre, il ac-
corda un privilège à Gérard abbé de Josaphat. Le lendemain
il écrivit à Geofroi évêque de Chartres, ' qui lui avoit en- souch.not. in ep.
, i 132 Yv Carnot
voyé un règlement ou décret sur la réception des chanoines p. 231.
de son église, tendant à en extirper la simonie : le pape l'ap-
prouva et le confirma. Etant à Laon , il recommanda fort
à Barthelemi évêque de cette ville, saint Norbert qui y
jettoit les premiers fondemens de son ordre, et répandoit
une bonne odeur dans tout le diocèse.
'Calliste prit ensuite la route de Gisors, où le roi d'An- Gaii . c hr . no v . t x ,
r instr. p. 162, 163.
T t t ij
XII SIECLE.
516 CALLISTE II,
gleterre devoit se trouver. Lorsqu'il passa par Beauvais,
Alard abbé de Cheminon, abb ye de chanoines réguliers,
depuis de l'ordre de Citeaux, située au dioeèse deChàlon,
vinl lui porter des plaintes de ce que Guillaume de Cham-
peaux le troubloit dans la possession de ses privilèges. Le
pape ne termina point alors celte affaire, mais il le fit étant
dans l'abbaye de Cluni, où il fit expédier le 5 de janvier
suivant, une bulle qui confirme les privilèges de Cheminon ;
mais avec les modifications et les réserves ordinaires à l'é-
vêque diocésain, qui avoient donné lieu à la contestation.
Les auteurs du Gallia Christiana, trompés par la date de
celte bulle, dans laquelle li3 chancellier suit le calcul Pi-
san , ont cru que ceci s'étoit passé au concile , que Conon
évéque de Palestrine tint à Beauvais sur la fin de l'an 4420,
où certainement le pape ne se trouva point ; d'ailleurs , il
n'alla à Beauvais, que pour se rendre à Gisors, où il dut
arriver vers la mi-novembre de l'an \\ 19.
Earfm. 1. 5, nov. ' A l'égard de l'entrevue que Calliste eut dans cette ville
avec le roi d'Angleterre, on sçait seulement qu'il s'y agit
d'affaires très-importantes, et que l'année suivante, la paix
qui en étoit le principal objet, fut conclue entre la France
et l'Angleterre. Le pape confirma les anciens usages et cou-
tumes de Normandie. Sur la fin des conférences, il pressa
le roi de rendre ses bonnes grâces à l'archevêque d'Yorck,
mais il ne put rien obtenir,
chron. Maurin. 'Le pape pensant à retourner en Italie, passa par Paris
sans s'y arrêter, et se rendit à Melun , où le roi et la reine
avec toute la cour, et grai d nombre de prélats l'attendoient,
chron. s. Pétri, pour lui souhaitter un heureux voyage. ' En passant par Sens,
Arnaud abbé de saint Pierre le Vif, lui porta des plaintes
contre les abbés de .Molême et de Moutiers saint Jean, qui
conc. t. x,p. 834, s'étoicnt emparés ' de quelques fonds de son monastère. Sa
Sainteté chargea l'évêque de Langres de cette affaire, lui
enjoignant de rendre prompte justice à l'abbé Arnauld.
Ann. cist. chron. ' Calliste continuant sa roule, arriva à Saulieu, où il confirma
cist. t. i,p. 3c. ]cs prein;ers griots de Cîteaux, par ses lettres datées du 22
conc. ib. p. 328. décembre. Il célébra la fêle de Noël à Autun; ' Brunon ar-
Mart. 1. 1, p. 660. chcvèquc de Trêve, qui éloit venu l'y joindre, ' l'accom-
pagna jusqu'à Cluni, où le pape lui accorda un privilège
que D. Marlenne a publié dans sa grande collection.
PAPE. 517 XIISIECLE.
'Pendant le séjour que Calliste fit dans cette abbaye, Hist.dEsp.de Fer-
Hugues évoque de Porto en Portugal, et auparavant d^rm.1"^^8 p.'
archidiacre de saint Jacques en Galice, vint se plain- 348-
drc de l'archevêque de Bragues son métropolitain, et
de l'évèque de Coïmhre, qui avoicnt usurpé quelques
églises de son diocèse. 11 étoit aussi chargé de solliciter l'é-
rection de saint Jacques en métropole, ce qu'il obtin'. La
bulle en fut expédiée à Cluni, et par conséquent avant le
4 4 janvier 1120, et publiée le 25 juillet suivant à Com-
postelle. Le pape manda en même-temps au nouveau mé-
tropolitain D. Diegues Gelmires, qu'il établit aussi son
légat dans la province de Bragues, de célébrer incessam-
ment un concile à Compostelle, ' pour y faire la fonction ib. 351.
de légat et de métropolitain : ce qu'il exécuta au mois de
mars 1121. Le P. Pagi et Baronius ont placé mal-à-propos
cet événement en l'an 1123; peut-être auront-ils pris pour
la bulle d'érection de l'église de Compostelle en métropole,
une bulle qui est réellement du 29 novembre 1123, adres-
sée à D. Diegues , ' par laquelle le pape annexe pour tou- ib. 360.
jours à l'église de saint Jacques, la province de Merida.
De Cluni, Calliste alla à Mâcon , et recommanda fort n>. is, conc. t. x,
à l'évêque, ainsi qu'à celui de Châlon , de tenir la main, p' 842-
qu'on n'exerçât aucune violence dans l'enceinte de l'église
de Tournus qu'il venoit de consacrer. Les chanoines de
Mâcon obtinrent le même jour des lettres contre quelques
seigneurs, ' qui ravageoient un village dépendant de leur ib. ep. 31, t. %,
église. Umbaut archevêque de Lyon, ' fut ensuite chargé PD. ep. 32.
de faire cesser ces violences, par une commission datée de
Vienne le 10 février. Le 4 de ce mois, ' Calliste avoit écrit Bainz. mise, t. 2,
à Marbode évêque de Rennes, au sujet d'une excommu- p' 596
nication, que l'abbé et les religieux de saint Melaine
avoient encourue. Il paroit qu'ils avoient eu quelque diffé-
rend avec les chanoines de la cathédrale, et que l'affaire
ayant été portée au saint siège, ils ne s'étoient pas soumis
à sa décision.
'Avant que de quitter Vienne, Calliste qui avoit comllé de Ep. 3. t. io, conc.
biens cette église pandant les trente-six ans qu'il l'avoit gou- p' 858"
vernée, voulut lui donner encore des marques de son ten-
dre attachement, en lui accordant la primatie sur les sept
provinces, qui faisoient un corps séparé sous le règne
3 5 *
ÏII SIECLE.
S^ CALLISTE II,
d'Honoré, et qui comprenoient l'ancienne Narbonoise
avec l'ancienne Aquitaine, sçavoir, Vienne, Bourges,
Dissert, ad conc. Bourdeaux , ' Ausch , Narbonne , Aix , Emlirun. Il se fon-
Claroni. an. 1005. ,•,.,.,,., , ,• .
doit , dit M. de Marca , sur la notice des provinces, ou
celle de Vienne et sa métropole , civitas Viennensium , est
la première des sept, cousine la province de Lyon est la
première des Lyonnoiscs ; se persuadanl que si ses prédé-
cesseurs a voient pu pour celle raison les soumettre à l'ar-
chevêque de Lyon, et l'en établir primat, il pou voit de
même soumettre les sept à l'archevêque devienne; et pour
éviter les difficultés qui pouvoient naître de la part des ar-
chevêques de Narbonne et de l'ourgcs, qui se disoient
aussi primats, il établit celui de Vienne, légat du saint siège
dans ces provinces; ce qui donna lieu dans la suite aux ar-
chevêques de Vienne , de prendre le titre de primat des
primats ; mais ils ne purent jamais jouir d'un privilège si nou-
veau , dit l'historien de Languedoc, et si extraordinaire,
qui n'étoit fondé que sur des actes supposés. Calbste ajouta,
de plus aux six suffragans de Vienne, l'archevêché de Ta-
ran taise , exempta l'archevêque de la jurisdiction de tout
légat, qui ne seroit ni cardinal, ni à lut ère , et confirma
enfin par la même bulle tous les privilèges de l'église de
Vienne , les églises et les monastères qui en dépendoient.
Elle ne fut expédiée que le 25 février, le pape étant alors
à Valence. L'église collégiale de Romans que Calliste sou-
meltoit à Vienne, et qui se prélendoit exempte, put être
cause que la bulle ne fut pas plutôt expédiée; il semble
même que le pape voulut aller sur les lieux, et voir par
lui-même les titres sur lesquels cette église s'appuyoit :
Visis tamen prœdecessorum nostrorum privilegiis, etc.
Marra, iiisp. p. 'Calliste y donna deux bulles; la première, adressée aux
religieux et religieuses de saint Culgat, S. Curufutis , est
du \".\ février; et la deuxième, aux chanoines de saint Jean
Conc t. x, p. 835. de Besançon , du jour suivant. ' Le P. P.igi observe fort bien
sur la date de la première, qui est ainsi conçue : DatumRo-
Bp. 13. mœ wii cal. mart. qu'il faut lire, datum Romanis xvi , etc.
Mais il est surprenant , que rapportant avec assez d'exacti-
tude la route que le pape tint de Paris à Romans , il ne
l'ait pas fait passer par Vienne, où il fit cependant un séjour
assez long.
P A P K v> \ 9
r A ' Ej" 01î* XII SIECLE.
De Romans, Calliste alla à Valence; il témoigna sa re-
connoissanee à Pons abbé de Cluni , des grands services qu'il
lui avoit rendus ,' par une bulle très-honorable à son mo- ib. ep. 22, p 845.
na stère. Il y confirme tous les privilèges accordés à cette
célèbre abbaye par ses prédécesseurs, depuis Jean XI. Trois
jours après, le privilège de l'église de Vienne fut enfin
expédie. Cnlliste l'adressa au doyen et aux chanoines de Vien-
ne, le siège n'étant pas encore rempli par Pierre, qui suc-
céda immédiatement à Gui. 11 partit le même jour pour
Viviers , dont il dédia l'église le 26 ou 27 , et alla à
Gap.
' Turstin qui avoit toujours accompagné le pape depuis Eadm. hist. nov.i.
la conférence de Gisors, obtint la permission de retourner ' p'
à son diocèse. Le pape l'avoit exempte de la jurisdiction de
Rodolphe son primat, qui s'opposoit à son retour, s'il ne
lui prêloit pas le serment ordinaire. ' 11 confirma cette exern- Thom. stab. ap.
■ • 1 1 1 1 .' j n 1 - J 1 Seld. t. 2, p 1716.
plion par des lettres datées de Gap le o de mars, par les-
quelles il enjoignoit à Rodolphe, sous peine d'interdiction
•de toutes fondions , de recevoir Turstin sans exiger de ser-
ment. 11 écrivit aussi au roi d'Angleterre en sa faveur.
Enfin le pape voulant passer en Italie, se rendit à iMont-
pcllitr, de-là à saint Gilles; et ayant traversé la Provence
sans s'y arrêter, il arriva aux pieds des Alpes, prit sa route
par Suze, et arriva à la petite ville de saint Ambroise, près
de laquelle est située la célèbre abbaye de l'Ecluse. Les
fidèles accouroient de toutes parts sur sa route, pour se pros-
terner devant le vicaire de Jcsus-Christ. On vit le même
empressement dans les villes de Lombardie. L'archevêque
de Milan alla au-devant de sa Sainteté, et l'accompagna
jusqu'à Tortonne, l'informant de la route qu'il devoit tenir,
pour éviter les embûches des schismatiques. On lui rendit
de grands honneurs à Plaisance, à Loques, à Pise, où il fit
la dédicace de l'église cathédrale. En passant par Volterre,
il dédia l'église de saint Pierre, ' et fit présent de quelques Faico.chron.
reliques du saint Apôtre et de saint Paul
A la première nouvelle qu'on eut à Rome que le pape
approehoit, Pierre évêque de Porto, vicaire de la ville, alla
au-devant accompagné des autres cardinaux, du clergé,
des corps de ville, ' et d'un peuple infini. Eginon abbé de Epist. • Egin. ap.
r ' r r o Malniesb. et Bar.
saint Udalric, qui s y trouva, rapporte qu on envoya a ad 1120.
III SIECLE.
520 CALLISTE 11,
plus de trois journées le recevoir. Il arriva à Rome le 3 de
juin 1120 indiclion xm. Son entrée fut telle, qu'on ne se
souvenoit pis d'en avoir vu aucune de ses prédécesseurs,
aussi magnifique et aussi auguste.
L'antipape Bourdin s'étoit prudemment retiré à Sutri,
place forte, distante de Rome de vingt-cinq mille, d'où il
désoloit tous les environs. Pour arrêter ses violences, Cal-
liste fut obligé de sort;r de Rome, et d'aller dans la Pouille
demander du secours au duc et autres seigneurs Normands.
Il partit donc de Rome, accompagné du cardinal Hugues,
gouverneur de Bén:vent, alla d'abord au mont Cassin , où il
fit un assez long séjour, et arriva à Bénévent le 8 d'août. Son
entrée y fut aussi magnifique qu'à Home, et la joie égale.
Guillaume duc de la Pouille, Jordan comte de Capouë,
et les autres seigneurs, lui prêtèrent serment de fidélité,
et satisfirent pleinement à ses demandes.
Mart. amp. coll. 'Le 5 de décembre 1120, Calliste écrivit de saint Ger-
t.l. 6 p. Gl.lGall. . , „T1 i * j n c j u
chr. nov. t. 2, p. main a ulgnn archevêque de Bourges, en laveur des cha-
174- noines réguliers, que Léger son prédécesseur avoit in-
troduits dans l'abbaye de Cbarenton, après en avoir dis-
persé les religieuses qui étoient très-dérangées. Léger étant
mort, les chanoines de saint Etienne avoient rappelle les
religieuses pendant la vacance , et expulsé les chanoines
réguliers. Le pape enjoint à Wlgrin de les rappeller, ce
qui ne paroit pas avoir été exécuté , les religieuses étant
demeurées en possession de leur monastère.
Mart. amp. cou. t. 'Calliste étant revenu à Rome sur la fin de l'année, son
premier soin fut de rétablir le siège épiscopal de Cisterne,
qui ne subsistoit plus depuis la ruine de cette ville par les
Sarrasins. Mais comme elle avoit été rebâtie depuis, et
étoit très-peuplée, il jugea à propos de lui donner un
évoque, qui fut le cardinal Jean. La bulle est datée du 1 4
janvier 1121 , la deuxième de son pontificat.
Cette année fut glorieuse à Calliste, par la prise de Sutri
qu'il emporta sur les schismatiques avec le secours des Nor-
conc t. x, p. 894. mans , ' et par celle de l'antipape Bourdin leur chef. Il fit
aussitôt part de cette heureuse nouvelle aux archevêques,
évéques, abbés, et fidèles de France, par une lettre datée
du 27 avril. II écrivit aussi au roi Louis le Gros, qui lui
avoit fait de vives plaintes, sur ce qu'il avoit confirmé à
l'archevêque
"AIE. b-1 XII SIECLE
l'archevêque de Lyon le droit de primatie, qu'il prétendoit
avoir sur celui de Sens. Calliste , après avoir fait le récit de
la prise de Bourdin , mandoit au roi qu'il avoit suspendu,
à sa considération , l'exécution de ce privilège. Le roi peu
satisfait de cette lettre qui est perdue, et regardant l'assujé-
tissement de l'archevêque de Sens à celui de Lyon, connue
un outrage fait à lui-même, répliqua au pape, qu'il souffri-
roit plutôt l'embrasement général de son royaume, qu'un
tel affront : Sustinerem potiùs regni noslri totius incendium,
etc. Ainsi il demanda la révocation de ce privilège, ' en re- ib. 855.
présentant les grands services que la France avoit rendus
de tout temps au saint siège , et ceux qu'il lui avoit rendus
personnellement.
'Après l'heureuse expédition de Sutri , Calliste entra Panduiph.j Faico.l
triomphant à Rome, l'antipape Bourdin marehoit devant, Gros!"' n°
revêtu d'une peau de chèvre ou de brebis toute ensanglan-
tée, monté à rebours sur un chameau, dont il tenoit la
queue entre ses mains, comme pour lui servir de bride. Il
passa en cet équipage à travers la ville, exposé aux insultes
de la populace, qui l'auroit mis en pièces, si le pape l'eût
abandonné à sa fureur. Ce triomphe mémorable fut peint
avec cette inscription, ' rapportée par Otlon de Frisingûe, ou. chron. 1. 7, c
et qu'Onuphre témoigne avoir lue dans le palais de La-
tran.
16.
Ecce Calistus honor patria;, decus impériale,
Burdixiim nequam damnai pacemque reformât.
Sugcr rapporte que Calliste étoit représenté foulant aux
pieds l'antipape Bourdin. Ce malheureux fut relégué dans
le monastère de Cave , d'où on le transféra l'année suivante
à Janula près saint Germain. Honoré III, successeur de Cal-
liste, l'en lira l'an -H:2i, el le fit enfermer dans le fort de
Fumone, qui servit dans la suite îles temps, de prison au
saint pape Célestin. Bourdin y finit ses jours dans un âge fort
avancé, sans donner aucune marque de repentir.
Pour revenir à Calliste , ce pape profitant de ses avanta-
ges, fit démolir à Rome la forteresse de Cencius Frangipa-
nes, attaqua le comte et autres seigneurs Romains, qui
avoient envahi les biens de l'église, les poursuivit vivement,
Tome X. V u u
XII SIECLE.
S22 CALLISTE II,
et extermina la plupart de ces petits tyrans.
Le 6 juillet, Calliste envoya le pallinm à Guarimond,
François de nation , élu patriarche de Jérusalem après la
mort d'Arnoul II écrivit à l'archevêque de Césarée, aux
évoques, abbés, prieurs de la province; à Baudouin roi
de Jérusalem, aux princes, au clergé, au peuple de la sainte
cité, pour les féliciter de ce que leur élection avoit été una-
nime. Il confirma le même jour par une bulle l'établisse-
ment des chanoines réguliers de saint Augustin , dans l'é-
glise du saint Sépulcbre , fait par le prédécesseur de Gua-
rimond. Cette bulle étoit adressée à Gérard prieur, et à
ses frères, y faisant profession de la vie régulière. Si ce Gé-
rard est, comme il y a lieu de le croire, l'instituteur de
l'ordre des chevaliers de saint Jean , on a tort de mettre sa
mort on 1118 ou I 120 , comme on l'a fait jusqu'à présent,
sur l'autorité de la chronique de Maillczais , puisque Cal-
liste lui adresse une bulle datée du 6 juillet de l'an 1122, la
troisième de son pontificat. Les trois lettres dont nous ve-
nons de parler, qui n'ont point encore été publiées, sont
datées du 6 juillet ; l'année n'est marquée que dans la bulle,
et selon le calcul Pisan, 1 122 pour 1121 .
Vers le mème-temps , Calliste envoya deux cardinaux
en Allemagne , pour concerter avec Adalbert archevêque
de Maycncc , les moyens de réduire l'empereur. Ce prélat,
faute de consulter l'évangile , n'en trouva point d'autres
(pic de soulever toute la Saxe et les autres provinces, et
(l'aller attaquer ce prince. Ce dessein fut d'abord exécuté
avec vivacité ; mais Dieu ayant touché les cœurs , dans
le moment que les armées étoient en présence , et se dis—
posoient à en venir aux mains, on réfléchit sur les suites
fâcheuses d'une guerre injuste; on mit bas les armes; et
pour conclure la paix , on indiqua une diète à Wirsbourg
au 29 septembre. Les cardinaux envoyés par le pape , s'en
étoient retournés après leur négociation , et arrivèrent,
comme le remarque Pandulphe , dans le temps qu'il se
disposoit à faire un second voyage en Pouille. Il avoit pour
objet, d'engager Roger comte de Sicile, à abandonner la Ca-
labre, où il avoit fait une irruption , et de confirmer le traité
qu'il avoit fait avec ce comte, et avec Guillaume duc de
Pouille. Calliste arriva le 5 septembre à Bénévent; le 45,
PAPE- 323 XIIS1ECLE>
il sacra Romuald, cardinal-diacre, qui avoit été élu évo-
que à la place d'Alfanc, mon le 29 août. Ce cardinal est
différent de l'auteur de la chronique, connue sous le nom
de Romuald de Salerne. De Bcncvcnl, le pape envoya le
cardinal Pierre de Léon ' légat en France et en Angle- Maim. îib. 12.
terre; mais le roi Henri ayant refusé de le recevoir, il re- Splc' l" 3' p- 146'
passa en France. Gérard d'Angoulême fut aussi nommé lé-
gat des provinces de Bourges, Bourdeaux, Auch , Tours,
et de la Grande Bretagne. Les lettres que le pape écrivit
à ce sujet aux prélats de ces provinces, ' sont datées de Bé- t. x, conc. p.85i.
névent le i6 octobre. Il y est marqué que Gérard avoit
déjà été légat sous Pascal II, ce qui a donné lieu de croire,
non sans fondement, que Gelase l'avoit révoqué.
'Nous voyons cette même année le cardinal Boson en- Hist. d'Esp.t. 3, p.
voyé en Espagne, y célébrer un concile à Sabagun. Le
pape informé par ce légat , des excès ausquels Urraque
reine de Léon s'étoit portée contre l'archevêque de C0111-
postelle, qu'elle avoit fait enfermer, lui écrivit, ainsi qu'à
Bernard archevêque de Tolède, aux autres prélats, au roi
et à la reine. Il enjoignoit de tenir un concile, et démet-
tre le royaume en interdit, si la reine ne mettoit le pri-
sonnier en liberté, et ne lui rendoit ses biens, dont elle s'é-
toit emparée ; mais cette alfaire étoit terminée, le prélat
ayant été relâché après huit jours de prison.
Celle pour laquelle le pape étoit allé en Pouille , n'eut
pas un heureux succès. Le cardinal Hugues qu'il avoit en-
voyé au comte Roger, aussitôt qu'il fut arrivé à Bénévcnt,
ne put rien gagner sur son esprit , en conséquence Calliste
prit la résolution de le réduire à la raison : l'entreprise étoit
difficile. Étant à Bitonto, Suger religieux de saint Denis,
vint le trouver de la part de Louis le Gros, qui l'avoit char-
gé d'affaires importantes. Après s'être acquitté de sa com-
mission, il partit pour revenir en France, malgré les pres-
santes sollicitations que lui fit le pape pour le retenir quel-
que temps auprès de lui. Suger étant en route, apprit qu'A-
dam abbé de saint Denis étoit mort, et qu'on l'avoit élu pour
lui succéder. Il fut ordonné prêtre le dimanche de la passion ,
qui cette année -H 22 tomboit le -H de mars, et reçut le len-
demain la bénédiction abbatiale. Cela fixe le temps de la
légation de Suger, que Baronius place mal-à-propos en
V u u ij
XII SIECLE.
524
CALL1STE II,
1 120. Ceux qui la mettent en 1123, se trompent également.
C :lliste tomba dangereusement malade en Calabre,
et fut obligé d'en sortir à petit bruit, après avoir
perdu le cardinal Hugues , et plusieurs autres personnes
distinguées , avec un grand nombre d'officiers qui lui
étoient très-attachés. On le transporta dans une litière, pre-
mièrement à Salerne, ensuite à Bénévent , où il étoit le
25 février, et enfin à Rome.
Le 4 9 mars H 22, Calliste rendit un jugement définitif
en faveur des chanoines de saint Jean de Besançon, contre
les chanoines de saint Etienne, qui leur disputoient le droit
de métropole , et déclara ceux-ci déchus de leurs préten-
tions , et les condamna à lui remettre incessamment les let-
tres de Pascal II, le seul titre qu'ils eussent, quoiqu'il fût
manifeste qu'ils l'avoient surpris par intrigues en H 15. Il
t. s, conc. p. 836. écrivit trois lettres sur ce sujet : ' la première adressée à An-
seric archevêque de Besançon, contient toute la suite de
cette affaire depuis son origine. Elle est datée du xiv des
calendes d'avril , iudiction xv : la deuxième, adressée aux
chanoines de saint Etienne, n'est connue que par la troi-
sième, dans laquelle le pape fait part de sa décision aux évê-
ques et aux abbés de la province, leur enjoignant de re-
garder l'église de saint Jean, comme la seule métropolitaine.
La date de cette lettre ainsi exprimée, datum Tarenti , xv
idûs novembris, est fort suspecte: car il paroit très-vraisem-
blable qu'elle fut écrite au palais de Latran , comme la pre-
mière et le même jour.
' Vers le mois d'avril de cette année , Pons abbé de Cluni
fit la démission de son abbaye entre les m .ins de Calliste qui
la reçut avec peine , ayant toujours reconnu de grandes
qualités dans cet abbé, et un zélc ardent pour son service.
En conséquence il écrivit aux religieux de Cluni , de fa.re
l'élection d'un nouvel abbé. Sur la fin de juin , il invita les
archevêques et évêques au concile général , qu'il se propo-
soit de tenir l'année suivante dans l'église de Latran. ' Dom
JVJartennc a donné au public la lettre qu'il écrivit à l'arche-
vêque de Dol le 25 de juin.
Dans ces entrefaites, l'évêque de Spire et l'abbé de Ful-
de arrivèrent à Rome , pour demander la paix de la part
de l'empereur et des princes d'Allemagne. Ils priereut sa
Chron. Clun. ann.
1122.
Mart. anecd. t. 3,
285.
PAPE- ^2^ XIISIECLB.
Sainteté d'envoyer avec eux les cardinaux, qui avoient déjà
travaillé avec tant de sui ces à disposer les esprits, ce qui
leur fut accordé. La paix fut conclue à Wonns, 'dans une Anseim. Gembi.
diète tenue au mois de septembre. On y convint , après
plusieurs conférences, que l 'empereur renonceroit aux
investitures par l'anneau et le bâton pastoral, qu'il restituc-
roit les droits régaliens, et les biens enlevés à l'église pen-
dant le schisme ; qu'il donneroit enfin une paix solide au
pape , et l'aideroit toutes les fois qu'il en seroit requis.
Le pape de son côté consentoit que l'empereur assistât
à l'élection des évêques et abbés du royaume Teutonique ;
qu'il connût des différends qui y surviendroient , et les
décidât de l'avis du métropolitain, et de la plus saine partie
des évêques de la province ; enfin qu'il donnât à l'élu les
droits régaliens par le sceptre ; mais toute élection devoit
être libre et exempte de simonie. Telles furent les condi-
tions de la paix entre le pape et l'empereur. Ces engage-
mens réciproques furent rédigés en deux écrits séparés,
l'un pour le pape, l'autre, pour l'empereur, et lus hors la
ville devant un peuple infini, ' qui s'etoit rassemblé de conc. t. x, p. 001.
toutes les provinces de l'empire. Le traité de Worms est
rapporté par la plupart des auteurs, et se trouve dans la
collection des conciles.
L'écrit de l'empereur que Pandulphe appelle le privilège
de son serment , ' privilegium sacramenti imperatoris , parce Baron,
qu'il fit serment d'en observer tous les articles , fut signé de
lui et des princes de l'empire ecclésiastiques et laïques, et
se conserve dans les archives du Vatican muni d'un sceau
d'or. L'écrit du pape est daté du 23 septembre -M 22, ce qui
fixe le temps que ce traité si désiré fut signé et publié avec
tant de solemnité. Le pape en annonça la nouvelle par des
lettres circulaires, où il in^iquoit un concile général à Ro-
me, pour le mois de mars de l'année suivante.
'Au commencement de novembre, Calliste envoya le Ep 33, t. x, conc.
pallium à Bernard archevêque de Tolède, confirma les
privilèges accordés à son église par les papes Urbain II et
Pascal 11 , 'et lui soumit les évêchés d'Oviedo , de Léon Ep- 34.
et de Palence (saint Jacques de Compostelle fut excepté).
Il écrivit en même-temps aux évêques d'Oviedo, 'de Léon in- 854, ep. 35.
et autres prélat» d'Espagne , d'obéir à Bernard comme à
in SIECLE.
526 CALLISTE II,
leur primat, qu'il avoit de plus établi son légat dans leur
Msp. dEsp. t. 3, province; ' mais ceci n'eut pas grand effet, comme le re-
p' marque M. d'Hermilli. Celte même année, Pelage arche-
vêque de Brague ayant été constitué prisonnier, par ordre
de Thérèse comtesse de Portugal, le pape manda à l'arche-
vêque de saint Jacques, qu'il avoit fit son légat, d'excom-
munier la comtesse, et de jelter l'interdit sur ses terres, si
elle ne relâchoit pas le prélat, ce qui lui fil recouvrer la
liberté.
usp. ' Les princes de l'empire qui n'avoient pu se trouver à la
diète de Worms, ratifièrent le traité dans l'assemblée qui
conc. ib. p. 894. se tint à Bamberg le jour de la saint Martin. ' Alors l'empe-
reur écrivit au pape, et lui envoya des députés chargés de
riches présens. La lettre n'est pas venue jusqu'à nous, mais
nous avons la réponse du pape qui en fait ment on. ' C'est
la cinquième dans la collection des conciles, où l'on voit,
comme dans toutes les lettres, que l'éditeur ne suit pas l'or-
dre chronologique.
ft. p. 830. 'L'an -H23, Calliste tint dans l'église de saint Jean de
Latran, le concile qu'il y avoit indiqué. L'ouverture s'en
fit le troisième dimanche de Carême, qui cette année étoit
le 48 de mars. Il n'y eut q'ie deux sessions tenues le lundi et
le mardi, dans lesquelles on fit plusieurs canons contre les
ordinations simoniaques, le concubinage des prêtres, et
contre différens abus qui s'étoient introduits dans l'église.
Les ordinations faites par l'antipape Bourdin, depuis qu'il
avoit été retranché de l'église, y furent déclarées nulles.
Bar. ann. 1122. L'onzième canon est en faveur des croisés. ' Il y en a vingt-
deux dans la collection des conciles. Baronius ne parle que
de dix-sept, qu'il avoit tirés d'un manuscrit du Vatican.
Cet annaliste observe, qu'ils sont la plupart dans le décret
de Gratien, qui travailloit alors à son ouvrage. Le père
Aiex.hist.ecci.t.6. Alexandre s'est fort étendu sur ces canons , ' et a fait des
remarques dan.-- sa quatrième dissertation sur les onze et dou-
zième siècles, qui méritent d'être lues. Les envoyés de l'em-
pereur furent reçus avec grande joie par les pères du con-
cile, qui les regardèrent comme des anges de paix, et les
écoutèrent avec applaudissement. Ils présentèrent les ar-
ticles que ce prince avoit juré d'observer ; et après qu'on
en eut fait la lecture , ainsi que des canons , le pape donna
PAPE- 527 m SIECLE.
une absolution générale de l'excommunication qu'il avoit
prononcée dans le concile de Reims contre l'empereur
et ses adliérans. Ainsi finit le concile de Latran , qu'on
regarde comme le premier œcuménique d'Occident.
Il y fut arrêté, qu'on célébrerait tous les ans dans l'é- Libnitz, scrip.
glise, la mémoire du bienheureux Conrad d'Altorf, évê- suw. ' P ,e
que de Constance. Odalric qui occupoit alors ce siège,
avoit écrit sa vie , et l'avoit envoyée au pape de concert
avec son clergé et son peuple. Nous avons leur lettre et
la réponse du pape, qui peut être regardée comme la
bulle de canonisation de ce saint. ' Elle est adressée à Odal- conc. ii>. p. 848.
rie évêque, au clergé et au peuple de Constance, et da-
tée du 28 mars.
Le même jour, Calliste écrivit à Girbert évêque de
Paris, qui s'étoit apparemment plaint de quelques abbés
qui refusoient de lui obéir, ' et lui avoit de plus demandé, Conc. u>. p. 848.
si les clercs et chanoines de son église, qu'on élevoit à
l'épiscopat, ou auxquels on conferoit quelqu'autres béné-
fices, pouvoient encore jouir de leur prébende. Calliste
répond, que tout clerc et abbé de sa dépendance devoit
lui obéir, comme les membres au chef; qu'à l'égard des
chanoines élevés à l'épiscopat, et transférés à quelqu'é-
glise ou bénéfice, ils dévoient cesser de jouir do leurs ca-
nonicats et autres émolumens. C'est la vingt-quatrième
lettre dans la collection des conciles.
Vers ce même temps, Oldegaire évêque de Tarragone,
qui avoit assisté au concile de Latran, fut envoyé à l'ar-
mée des croisés d'Espagne, en qualité de légat à latere.
Le pape prévenu de l'état déplorable où éloit alors cette
armée , écrivit une lettre circulaire aux princes de l'Eu-
rope et aux fidèles, pour les exhorter à les secourir. L'his-
torien des comtes de Bareelonne a publié cette lettre
sur l'original que l'on conserve dans les archives de la ville :
les Bollandistes l'ont insérée dans la vie de saint Olde-
gaire; ' enfin D. Marlenne l'a donnée dans sa grande col- Mart. 1. 1, p. 650.
lection.
L'an -H 24, Calliste reçut des lettres d'Otton évêque
de Bamberg, par lesquelles ce prélat l'informoit, que Bo-
leslas duc de Pologne demandoit de vertueux prêtres pour
instruire des mystères de la religion , les peuples de Pomé-
XII SIECLE.
528 CALLISTE II,
ranie , dont il venoit do faire la conquête, et que ce prin-
ce le prioit expressément de venir travailler en personne
à la conversion de ces peuples barbares. Otton avoit fait
un long séjour en Pologne, et s'y étoit acquis une grande
estime avant que d'être élu évêque de Bamberg; mais il
étoit persuadé qu'il ne pouvoit s'engager dans cette en-
treprise , sans avoir le consentement du pape , et sans être
muni de ses pouvoirs. Boleslas dit qu'il avoit déjà pourvu
à son diocèse, comme à plusieurs abbayes de moines,
et à des prieurés où demeuraient des chanoines réguliers ,
etc dont il demandoit la confirmation. Le pape ne tarda
conc t. x, p. 831. pas de consentir à des demandes si justes, ' et confirma tou-
tes ces fondations par deux privilèges autentiqties , qui
sont les lettres septième et huitième dans les conciles.
Pour ce qui est des lettres de la mission du saint
évêque , elles ne sont pas parvenues jusqu'à nous. L'au-
Ad ann. îi-ïi. teur de la chronique de Saxe eu parle, ' et assure qu 'Ot-
ton partit celle même année , et que Dieu répandit d'a-
bord une grande bénédiction sur ses travaux. Calliste n'eut
pas la satisfaction d'en être informé, étant mort avant que
la première nouvelle en fût portée à Rome, ce qui a fait
dire à l'auteur de la vie d'Otton , qu'il avoit été envoyé
en Pologne par Honoré II ; mais le témoignage de l'au-
teur de la chronique de Saxe , qui écrivoit alors ce qui
se passoit sous ses yeux, doit être préféré.
Sur la fin de son pontificat, Calliste confirma une sen-
tence d'excommunication , prononcée par le cardinal Jean
de Crème, son légat en France, contre Guillaume, fils
de Robert duc de Normandie, qui avoit épousé la fille
de Foulques comte d'Angers , sa proche parente. En vain
on remontra au pape, que cette alliance mettoit Guil-
laume en état de retirer des mains du roi d'Angleterre ,
Robert son père, qui y étoit prisonnier; loin de se relâcber ,
Let 29. conc. t. x, il écrivit le 26 août aux évêques de Chartres, 'd'Orléans
et de Paris, de faire exécuter cette sentence dans leurs
diocèses, et de défendre qu'on célébrât les saints mystè-
res partout où ce prince se trouveroit, jusqu'à ce qu'il
eût renoncé à ce mariage incestueux. Cette affaire eut des
suites fâcheuses , qui auroient donné beaucoup de chagrin
à ce pape, si Dieu ne l'avoit retiré de ce monde. 11 fut
attaqué
PAPE. 529 XIIS1Et;LE.
attaqué au commencement de décembre , d'une fièvre qui
l'emporta le 4 5 de ce mois, après cinq ans, dix mois et dou-
ze jours de pontificat. Il fut inhumé dans l'église de Latran,
auprès de Pascal II son prédécesseur. ' Son cœur est à Ci- Gaii.ciir.t. 4,nov.
teaux, dans une châsse placée derrière le grand autel à côté e ' ' p' '
de l'épitre. Il y avoit une inscription , qui a tellement été al-
térée par la suite des temps, qu'il n'étoit plus possible de la
lire en 4 667, c'est pourquoi on y a substitué celle qui suit :
Ecce hic est cor nobile dornini Calmsti papœ.
Ciaconius, Pandulphe, Duchesne, nous ont donné fort
au long la vie de ce pape, dont presque tous les anciens écri-
vains font mention, et parlent très-avantageusement. Suger,
dans la vie de Louis le Gros, dit que Calliste tiroit sa nais-
sance du san* impérial et royal ; mais que quelqu'illustre qu'il
fut par sa haute noblesse, il l'étoit encore plus par sa probité
et ses mœurs. ' Pierre le Vénérable en parle dans les mêmes Pet. Yen. 1.2, Mir.
. f c 12
termes en plusieurs endroits. L'historien du mont Cassin, Lib. 4, c. 86.
(Pierre diacre) le loue sur son habileté dans les affaires poli-
tiques, ses grandes connoissances dans la science ecclésias-
tique, ses excellentes qualités jointes à la plus haute naissan-
ce. ' D. Hugues Menard n'a pas fait difficulté de lui donner 19 déc. p. 779.
place dans le martyrologe Bénédictin.
§ II.
SES ÉCRITS.
\°. Nous n'avons de ce pape que des décrets, des let-
tres, et quelques discours. La plupart des décrets furent re-
cueillis du temps même qu'il vivoit, ou peu après sa mort, par
GraLen. ' On en trouve dans la chronique de saint Pierre le sum. hist. gpart.
Vif, lom. 2, Spic. p. 769-770, dans saint Autonin, dans un vkm^b^pA'sl,
recueil des décrets des p;ipes, imprimés à Cologne, et dans 153-
divers canonistes. Nous remarquerons ici , après M. Bul-
teau dans son histoire d'Orient, que le canon huitième,
Presbybteris , ' dist. 27, appartient à Calliste II, et non à Buit. uv. 2, n. 8.
Calliste I, comme un Moderne l'a cru.
' 2°. Le père Labbe a inséré dans sa grande collection des conc t x, p. 866,
868, 874, o77.
3 6
Tome X. X x x
XII SIECLE.
830
CALLISTE II,
Lud. Jacob. à S.
Carolo lib l,p.37.
Lip. bib. tbeol. t.
1, p. 600.
Mart. amp. col. t.
1, p. 60U.
T. X.p. 832.
IpiT. t 3, thés.
auecd. p. G15.
Gall. Clir. nov.
app. t. 5, p. 415.
conciles les discours qu'il fit au concile de Reims. C'est
tout ce que nous ayons en ce genre qui soit vérit;iblement de
lui On pourroit y joindre un fragment de celui qu'il fit dans
l'abbaye de Cluni , qu'Yepqs rapporte dans son 4e volume.
3°. A l'égard des lettres, nous sommes en droit de nous
plaindre du peu de soin qu'on a eu de nous les transmettre. Il
est certain que Callisle ayant ligure, comme nous l'avons vu
par sa vie, pendant trente-six ans sur le siège de Vienne, et
pendant près de six années dans la chaire de saint Pierre, il
doit avoir écrit et reçu une quantité de lettres; néanmoins
nous n'en avons qu'un petit nombre : le père Labbe n'en a
recueilli que trente-cinq, dont plusieurs sont des bulles ou
des privilèges accordés à différentes églises. 11 est vrai que,
si ce laborieux écrivain eût fait de plus grandes recherches,
il auroit pu trouver de quoi augmenter son petit recueil des
lettres de Calliste de plus des deux tiers, en y faisant seu-
lement entrer les lettres et privilèges qui se trouvent dans
plusieurs écrivains anciens et modernes, surtout dans les
collections de D. Daehery, de M. Baluze, etc. Trithême
semble avoir vu un recueil des lettres de Calliste , rédigé en
un livre. L'auteur de la bibliothèque des papes, croit que
ce livre se conserve au mont Cassin : ' hic liber asservatur in
bibliotheca Cassinensi. ' Lipen indique une édition des let-
tres de Calliste de l'an -1 603 , à Ingolstad, sans spécifier le
nombre. Binius en a seulement imprimé huit dans sa collec-
tion; ce sont les huit premières de l'édition du père Labbe.
Il nous reste peu de chose à dire des lettres de Calliste et de
ses bulles, ayant fait mention dans sa vie de toutes celles qui
nous restent, excepté quelques-unes dont nous n'avons pas
eu occasion de parler. ' Nous les indiquerons ici. Une bulle
de l'an 4H9, indiction xii, \ juillet, à Rodolphe abbé de
saint Victor de Marseille. Un privilège du 8 octobre de la
même année, en faveur de Geofroi abbé de Vendôme; '
c'est la dixième lettre dans la collection des conciles. ' Un
ample privilège accordé au commencement de novembre
-M 19, à Lambert abbé de saint Bertin. ' L'an H20, privi-
lège accordé aux chanoines réguliers de Marbach en Alsace.
Il est remarquable que ce privilège est précédé de deux vers
de la composition de ce pape, qui en contiennent le précis;
ils sont adressés à Gerunge prévôt de Marbach. Lettre à
PAPE- »W _iniim:E_
Berard évêque de Mâcon, ' du 9 janvier \\1\ , indiction xrv, Mart. t. 1, tues.
par laquelle il l'interdit, jusqu'à ce qu'il ait réparé les dom- anecd' p' 347,
mages qu'il avoit causés à l'abbaye de Cluni. Du 27 mars,
même année, à Otton de Frins.ngue, seigneur Allemand,
par laquelle il lui permet de bâtir un monastère dans une de
ses terres; 'c'est la vingt-cinquième lettre dans la collection conc. ib. p. 848.
des conciles. Du 29 mars, à Gison abbé de saint Clément ' spic. t. 5, p. 485.
dans l'Abbruze. Du 6 .-ivril, à Geofroi de Vendôme; c'est la
neuvième lettre dans les conciles. Du 9 mai, à Eberquin,
chanoine régulier, et prévôt de saint Jean et de saint Mar-
tin, au diocèse de Strasbourg; ' c'est la vingt-septième lettre ib. p. 850.
de Calliste dans les conciles. Deux privilèges du 4 8 mai, à
Francon abbé de Tournus; ' ce sont les lettres dix-neuf et ib. p. 842-843.
vingt dans le père Labbe. Le 50 septembre, à Louis VI,
roi de France, ' pour lui recommander le légat Pierre de ib. p. 847
Léon; c'est la vingt-troisième dans les conciles. Le 9 décem-
bre, à Louis VI, ' par laquelle il le prie de confirmer l'union *nn. de Noyon,
des deux évêchés de Noyon et de Tournai. Autre lettre du p'
-19 février -H 23 ' au même prince. Le 30 mars, privilèges de Bai. mise. t. 7, p.
l'abbaye de sainte Croix de Bordeaux confirmés. Le M avril, 3 ' 8
à l'abbé de saint Victor de Marseille, ' auquel il confirme le GaU- cbr. nov.
monastère de saint Sauveur de Lodève. Le 22 du même ' ' p'
mois, à Alton archevêque d'Arles, ' à Raimond comte de Hist. Lang. t. 2,
Barcelonne, à Gaufred Porcelet, seigneur Provençal, en p
faveur des religieux de saint Gilles, qui avoient été chassés de
leur monastère par Alphonse comte de Toulouse. Quatre
lettres écrites en faveur du mont Cassin, ' que Baronius té- Bar. ad. an. 1123.
moigne avoir vues. A Otton prévôt, et aux chanoines ré-
guliers de saint Sauveur et de saint Martin de Benriès, au
diocèse d'Ausbourg; ' cette lettre, par laquelle Calliste con- conc. t. x, p. 849.
firme la fondation de leur monastère , est la vingt-sixième dans
le père Labbe. A Pelage archevêque de Brague, ' cette let- p. 830.
tre sans date est la sixième dans la collection des conciles.
L'an 4124, lettre à Aldelhelme abbé d'Engelberg, ordre de
saint Benoît, ' par laquelle il confirme la fondation du mo- Gaii. ch.nov. t. 5,
nastere : on peut y remarquer, que ce fut Calliste qui lui p'515'
donna le nom d'Engelberg, c'est-à-dire, mont des Anges.
L'auteur de la chronique de saint Bertin , ' publiée par D. Thés, anec t. 3,
Martenne , fait mention de deux privilèges accordés cette p- 6I9'
même année à Jean abbé de ce manastere.
X x x ij
XII SIECLE.
532 CALLISTE II,
§ III.
OUVRAGES SUPPOSÉS.
\°. Plusieurs écrivains, même anciens, c'est-à-dire dès le
treizième siècle, ont attribué à Callistc un livre des miracles
spec. hist 1. 26. c de saint Jacques, ' à la têle duquel est une lettre qui porte
le nom de ce pape. Vincent de Bcauvais l'a inséré presqu'en-
tier dans son miroir historial; les manuscrits qu'on en trouve,
Ab. an. lus. sont la plupart de la même antiquité. ' Alberic en parle assez
Ant. sum. i ist. 2. au long dans sa chronique. On continua dans les siècles sui-
vans, de faire Calliste auteur du livre des miracles de saint
Trith.descrip.ee- Jacques. S. Antonio en a donné plusieurs extraits. ' Trithe-
me en parle avec, éloge , et dit que Calliste avoit fait cet ou-
vrage avec soin, et d'un stile élégant : Scripsit expolito ser-
mone et maximâ diligentiâ; il ajoute que l'auteur, qui étoit
alors étudiant, scholaris, avoit vu ou lu, ou entendu racon-
ter les miracles qu'il rapporte. Ues Centuriateurs de Magde-
bourg n'ont pas manqué d'en prendre occasion de calomnier
ce pape, et de l'accuser d'avoir inventé de faux miracles,
pour autoriser l'idolâtrie (c'est ainsi qu'ils traitent le culte
que l'église rend aux reliques des saints) en faveur de l'église
cent. m, p. 1307- de Composlclle , ' qu'il venoit d'ériger en métropole : Com-
1398 • ■
postellanam ecclesiam m archiepiscopatum subhmavtt, et pro
confirmanda Ma idololatria de eonfietis sancti Jacobi mira—
culis librum consafeinavit. Ces écrivains, en parlant de la
sorte, n'ont pas fait attention que le désir de calomnier
les a fait tomber en contradiction. Ils avancent que Calliste
composa cet écrit , après avoir élevé Compostelle à la dignité
de métropole; si cela est, comment donc l'a-t'il pu compo-
ser étant écolier? Cum esset adhuc scholaris.
Il est inutile de nous arrêter à faire l'énumération de tous
les écrivains anciens et modernes, qui ont attribué à Calliste
le livre des miracles de saint Jacques : nous avouons que le
nombre en est grand; mais quelque grand qu'il soit, il n'en
est pas moins certain que cet écrit ne fut jamais une produc-
tion de la plume de Calliste. Ce qui a fait illusion là-dessus,
est la lettre qui est à la tête du livre; mais tout le monde lit-
téraire convient aujourd'hui , que cette lettre a été fabriquée
PAPE. 533 xnsiEClE_
par un imposteur ignorant, qui a même interpolé en plu-
sieurs endroits le livre sur les miracles de saint Jacques.
C'est le jugement que les continuateurs de Bollandus en Bon. îsjuU. p. 43,
portent eux-mêmes. Mais si la lettre est supposée, et fausse- eli,eq'
meut attribuée à Calliste, comme on ne peut en douter, on
ne peut se dispenser de porter le même jugement du livre ,
qui ne lui a été attribué qu'en conséquence de la lettre, dont
on le croyoit auteur.
Originairement il étoit sans nom d'auteur, comme il est
aisé de le démontrer par l'exemplaire de ce livre, que Gui-
bert abbé de Gemblou , trouva dans l'abbaye de Marmou-
tiers du temps de l'abbé Hervé , qui se démit en \\ 87. ' Nous t. i, p. 923.
avons dans la grande collection de D. Martenne, une lettre
que ce Guibert écrivit à Hervé et à ses religieux, pour les re-
mercier de ce qu'ils lui avoient permis de tirer une copie du
livre des miracles de saint Jacques : il n'y nomme point l'au-
teur , ' et ne l'attribue point à Calliste. Est-il croyable qu'il Mab. anaiect. t. 2,
eût manqué de le faire, si la lettre en question avoit été à la
tête de l'écrit? Ne leur auroit-il pas témoigné la satisfaction
qu'il auroit eu , en découvrant dans leur bibliothèque un ou-
vrage de ce grand pape , dont il n'avoit auparavant aucune
connoissance ? Guibert ajoute, qu'il avoit transcrit sur le mê-
me manuscrit l'histoire de Charlemagne par Turpin , et du
martyre du célehre Roland. Voici sans doute ce qui aura
donné occasion d'attribuer à Calliste le livre des miracles de
saint Jacques. On sçavoit que ce pape avoit érigé en métro-
pole l'archevêché de Compostelle ; les relations qu'il avoit
eues avec le nouvel archevêque étoient connues. On sça-
voit encore qu'il avoit fait un voyage à saint Jacques. Tout
cela a servi de fondement à la fiction , et de matière à l'im-
posteur qui a fabriqué la lettre ; c'est même ce qui persuade
encore aujourd'hui à plusieurs , que Calliste avoit une dévo-
tion singulière pour l'apôtre saint Jacques. Ce préjugé uni-
quement fondé sur la lettre supposée, a empêché les conti-
nuateurs de Bollandus, ' de regarder le livre dont nous par- ib.
Ions, comme une pièce faussement attribuée à Calliste, et
les a portés à croire , qu'étant sur le siège de Vienne , ou mê-
me dans sa jeunesse, ayant une dévotion particulière pour
saint Jacques, il avoit pu faire un recueil de quelques-uns
des miracles de ce saint apôtre : Non infidor, dit un de ces
3 6 *
III SIECLE.
554 CALLISTE II.
critiques, à Calisto cùm forte Viennensem cathedram obtine-
ret , aut etiam junior esset , pro singulari suo erga sanctum Ja-
cobum affectu , aliqua ipsius miracula collecta fuisse. Nous
avons vu dans la vie de ce pape , quel fut le sujet de son voya-
ge en Espagne. S'il érigea dans la suite l'évêché de Compos-
telle en archevêché, ce ne fut point par une dévotion parti-
culière pour saint Jacques; mais il le fit à la sollicitation du
roi de Léon , de Pons abbé de Cluni , des cardinaux légats en
Espagne, et des seigneurs de Galice. De plus, on ne voit au-
cun vestige de cette dévotion singulière de Calliste, ni dans sa
vie écrite par Pandulphe , ni dans aucun auteur contempo-
rain. Il y auroit plus de fondement à lui attribuer une dévo-
tion singulière envers les saints, en l'honneur desquels il con-
sacra des églises, qu'il combla ensuite de privilèges. Les au-
teurs de l'histoire de Composlelle , dont les Bollandistes relè-
vent le manuscrit, et qui ont écrit peu d'années après la mort
de Calliste , gardant un profond silence sur le recueil des mi-
racles de saint Jacques, quoiqu'ils soient d'ailleurs fort exacts
à rapporter tout ce que ce pape a fait en faveur de l'église de
Composlelle ; ce silence , qu'Ambroise Morales a remarqué ,
Amb. Mor. chron. est une preuve décisive, selon cet historien Espagnol, ' que
if c". ïîSp. 241.1' ' Calliste n'a point fait de recueil des miracles de saint Jacques.
Nous ne parlerons pas du manuscrit de Compostelle , qui
est rempli de tant de fautes, d'anachronismes et d'absurdités ,
Bou. ib. n. 176, p. que ce seroit au jugement des Bollandistes, ' faire injure à
Calliste , de le faire auteur de tout ce qu'il contient. A l'égard
du recueil que Guibert , abbé de Gcnblou , avoit vu et trans-
crit dans l'abbaye de Marmoutiers , on pourroit douter
avec beaucoup de fondement, qu'il ait été composé avant la
mort de Calliste , puisque Guibert abbé de Nogent , qui vi-
Lib. s, mon. c. 8. voit du temps de ce pape, ' et est mort la même année, pa-
roît n'en avoir eu aucune connoissance, dans le récit qu'il fait
d'un miracle de saint Jacques.
Nous serions assez portés à croire, que le bienheureux Jean ,
Ann. cist. ann. premier abbé de Bonneval , et ensuite évêque de Valence ,
anii/im, p.P96. ' est auteur du recueil. Il avoit fait un pèlerinage à S. Jacques,
et eut toute sa vie une vénération particulière pour ce saint
apôtre ; ce sont des faits constans. L'auteur de cet écrit, veut
qu'il soit lu, non seulement dans les églises, mais encore aux
Bou. ib. p. 47. réfectoires des religieux, 'ce qui forme un préjugé qu'il étoit
44.
PAPE- *5» xn siècle.
religieux lui-même. Du reste, nous ne donnons ceci que
comme une conjecture. C'est assez d'avoir démontré que Cal-
liste n'est point auteur du recueil des miracles de saint Jac-
ques, qui ne lui a été attribué que dans le treizième siècle.
' A la suite de ce recueil, se trouvent plusieurs autres ou- Boii. u>.
vrages dans les manuscrits, sçavoir l'histoire du martyre du
saint apôtre, passio saneti Jacobi, celle de sa translation,' la Baron, not. in
vie de Charlemagne par le faux Turpin. C'est ce qui a fait jSiwtyr' Rom' 25
tomber le cardinal Baronius dans une assez grande bévue. Cet
écrivain , faute d'examiner de près ces différens écrits, et ne
faisant attention qu'au titre du recueil, de miraculis saneti Ja-
cobi , a cru et a avancé qu'il y avoit cinq livres des miracles.
Les continuateurs de Bollandus n'ont pas daigné insérer ces
écrits dans leur grande collection, ne les jugeant pas dignes
de voir le jour ; ils se sont contentés de rapporter un fragment
de l'histoire de la translation de saint Jacques,' pour faire re- Boii. ib.
marquer les absurdités qui y sont répandues. Ce n'est pas néan-
moins que ces auteurs ayent dessein d'infirmer la tradition
d'Espagne sur ce sujet, ils en sont très-éloignés,' et font mê- Tiiiem. t. 1, not.
me tous leurs efforts, pour dissiper les doutes de M. de Til- 628%tc.q' p' °27"
lemont sur la validité des preuves dont on appuyé cette tra-
dition. Ils indiquent la bulle de Léon III, que ce sçavant
critique n'avoit trouvée nulle part, et qui existe dans le bré-
viaire d'Evora, imprimé à Lisbonne en 11 548, divisée en qua-
tre leçons pour l'office du jour. Nous n'entrerons point sur
cet article dans des discussions, qui passeroient les bornes que
nous nous sommes prescrites. Pour revenir aux écrits qui sui-
vent le livre des miracles de saint Jacques, nous souscrivons
au jugement que portent là-dessus les Bollandistes, et nous
convenons avec eux, que Calliste ne les a ni composés ni ap-
prouvés. Il n'est même personne aujourd'hui, pour peu qu'il
ait de critique, qui pense différemment.
Outre les écrits dont nous venons de parler, on a encore
attribué à ce pape quatre sermons sur saint Jacques,' qu'on Lip. bm. theol. t.
a supposé avoir été prêches à Compostelle ou à Rome, aux ' p'
jours de la translation ou des autres fêtes de cet apôtre ; mais
ils portent les mêmes caractères de supposition.' Baronius en Bar.25jui.p.309.
fait mention dans son martyrologe. Ils ont été imprimés à
Cologne en \ 64 &, ' et depuis on les a insérés dans la biblio— Bibi. rp. t. 20, p.
théque des Pères imprimée à Lyon.
Tome X. Y y y
XII SIECLE.
556 CALLISTE II. PAPE.
i°sse288n app' '' Parm' les ouvrages, dont les bibliographes et autres écri-
vains, font auteur le pape Calliste, il s'en trouve encore deux
autres dont il faut dire un mot. Le premier, qui porte ce ti-
Fnfbrial'3'im3d'et tre'' ^e °^tu et v*ta sanctmm> est Ie même, comme Fabri-
89Ï. oud. t. 2, p'. cius le remarque après Oudin, qui a été si long-temps attri-
bué à saint Isidore de Séville, ' de vit a et morte sanctorum.
Cet écrit est la production d'un imposteur, qui a voulu auto-
riser de deux noms respectables les fables ridicules qu'il y a
entassées. Wion en a eu quelques fragmens entre les mains.
On peut consulter la quinzième dissertation du père Alexan-
p- 158- dre ' sur l'histoire ecclésiastique du premier siècle.
Le second ouvrage est un traité des remèdes, connu sous
ce titre, Thésaurus pauperum. Nous ne voyons pas sous quel
prétexte on a pu le donner à Calliste, son vrai auteur étant
3a!i ni329Angl' l Jean XIX' ou Jean XXI',(lui s'appelloit Pierre-Julien, ou
autrement Pierre d'Espagne, Pet rus Hispanus : c'est sous ce
nom, qu'il est désigné dans un manuscrit de la bibliothèque
publique de Cambridge : Thésaurus pauperum éditas à Petro
Lib. î, p. 138. Hispano.' Son article se trouve dans la bibliothèque des pa-
id. ib. p. 36-37. pes, par le père Louis-Jacob de saint Charles, ' qui rap-
porte les différentes éditions de cet écrit. Il y a lieu d'être
surpris, que ce même auteur l'ait inséré dans la liste des ou-
vrages de Calliste, comme étant l'ouvrage de ce pape. On
trouve dans cette liste, un livre de la découverte du corps de
Turpin, archevêque et martyr, qu'on ne doit point craindre
de mettre au rang des écrits supposés.
Ib- ' Le même bibliographe parle encore, sur l'autorité de Mo-
lanus, d'un autre écrit sous ce titre : de contractibus illicitis.
Il ne nous est pas connu d'ailleurs.
Bon. îe janv. p. ' Bollandus nous a donné une vie imparfaite de saint Jac-
ques, premier évêque de l'église de Tarantaise, et il croit
que cette vie peut être de Calliste, mais sans en donner de
Hist.^ecei. t. jra, preuve. ' M. de Tillemont qui sçait apprécier les choses à leur
juste valeur, méprise cette production, qui fait peu d'honneur
à son auteur, quel qu'il soit.
Fin du Tome X.
5-28.
not. §. 9, p. 183.
TABLE
DES AUTEURS
ET DES MATIERES
\belard a étudié sous Guillaume de
-ft-Champeaux, vers l'an 1100, 307.
Âchard, Ecolâtre de l'église d'Arras,
accompagne Lambert évêque à Ro-
me, 46.
Adam, disciple de Raoul de Laon, fut
«econd abbé de saint Josse aux Bois,
ou de Dammartin, ordre de Prémon-
tré, 191.
Adam, abbé de saint Denis en Fran-
ce, est mort en 1122, 523.
Adèle, comtesse de Chartres, de Blois
et de Meaux, avoit la réputation d'une
femme sçavante, 298, elle meurt en
1137, 301.
Additions et corrections au tome VIII,
564 ;— au tome IX, 567.
Adelere. moine de Fleuri, recueille
les miracles de saint Benoit, 89.
Adrevald, moine de Fleuri, recueil-
le les miracles de saint Benoit au neu-
vième siècle, 89.
Adson, abbé de Montier-en-Der, peut
être auteur d'un écrit intitulé, de Anti-
christo, parce que le copiste, n'ayant
trouvé dans son original, que la pre-
mière lettre de son nom , A, l'aura
donné à Anselme plutôt qu'à Adson,
188, 189.
Agnès, sœur de Petronille, religieuse
de Fontevraud, 158.
Agnès, autre que la sœur de Petro-
nille , supérieure du monastère d'Or-
sant, dépendant de Fontevraud, 158.
Aimon, moine de Fleuri, recueille les
miracles de saint Benoit, 89.
Alard, abbé de Florenne, Guibert de
Nogent lui dédie son commentaire sur
le Prophète Abdias, 466.
A lard, abbé de Cheminon, ordre de
Cîteaux, 516.
Alberic, moine de Moleme, sous saint
Robert en 1075, 3.
Alberic, abbé de Cîteaux, reçoit du
pape Pascal II, une bulle qm confirme
l'établissement de son abbaye, 228.
ALBERIC, chanoine et gardien de l'é-
glise d'Aix, Aquensis, en Provence,
c'est le même qu'Albert; il a fait l'his-
toire de la première croisade, est mort
vers 1119, 277.
Albert, le même qu' Alberic , cha-
noine d'Aix.
Ambroise , moine de saint Ouen ,
écrit en prose et en vers la vie de sain-
te Agnès, vierge et martyre, 264.
Andilly , (M. Arnaud d') a donné
la vie de saint Lesin évêque d'Angers,
parce qu'elle lui a paru très-édiflante,
364.
André, moine de Fleuri, recueille
les miracles de saint Benoit, 89.
ANDRÉ, grand prieur de Fontevraud,
108.
ANONYMES. Divers auteurs.— 28et 404.
Anonyme, auteur de la vie de saint
Ansaric ou Anseric, évêque de Sois-
sons, 405.
Anonyme , auteur de la chronique
d'Aurillac, alors de l'ordre de saint
Benoît, diocèse de Clermont, aujour-
d'hui collégiale au diocèse de saint
Flour, 408.
Anonyme, auteur de la vie de sainte
Colombe, 409.
Yyy ij
558
TABLE DES MATIERES.
Anonyme, auteur de la chronique
d'Eternac, 407.
Anonyme, poète traducteur des ac-
tes de saint Etienne : ajoutez à son ar-
ticle du tome VIII, ce qui est dit aux
additions, 564.
Anonyme, auteur d'un fragment de
l'histoire de France, 30. On a déjà
parlé de lui au tome VIII, son ouvrage
a été publié par MM. Pithou et Du-
chesne, 32.
Anonyme, auteur de la vie de saint
Gilbert, évéque de Meaux, 404.
Anonyme, auteur d'une relation d'un
miracle opéré par l'intercession de saint
HiTMirland, abbé d'Aindre au diocèse
de Nantes, 203, 204.
Anonyme, auteur de l'écrit intitulé,
Lemovicenses episcopi usquead annum
1118, 252.
Anonyme, auteur d'un manuscrit qui
porte gesta episcoporum Lemovicen-
sium usque ad annum 1138, 252.
Anonyme, auteur d'un livre intitulé ,
opus in duos libnts divisum, quorum
primus agit de litteris, de voce, de ver-
bo, etc. 252.
Anonyme , auteur du Martyrologe,
ou plutôt du Nécrologe de saint Be-
Digne de Dijon, 404.
Anonyme , auteur d'un sermon de
saint Médard évoque de Noyon ; ce ser-
mon est tout-à-fait historique, 406.
Anonyme, auteur d'un sermon de
saint Médard et de saint Gildard son
frère, 407.
Anonyme, auteur de la vie de s. Odul-
phe, 29. Edit. de cette histoire, 30.
Anonyme, auteur d'une histoire abré-
gée de Pascase Ratbert, 28.
S. Ansaric ou Anseric, évéque de
Soissons en 625, 405.
Anse, petite ville du diocèse de Lyon :
il s'y tient un concile contre les inves-
titures, 148.
Ansel, est le même qu'Anselme, 184.
Anselle, ou Anceau, chanoine de la
cathédrale de Paris, 400.
Anselme, évéque de Beauvais, écrit à
Lambert évéque d'Arras, 52.
Anselme, chanoine de Paris, et chan-
tre du saint Sépulcre à Jérusalem ; ses
lettres en 1109, écrites à Galon évéque
de Paris, et aux chanoines, 98, il leur
envoie une portion de la vraie Croix ,
qui est encore conservée à N. D. 98.
ANSELME de Laon, histoire de sa vie,
surnommé le scolastique, 170, passe
pour premier auteur de l'Université de
Paris, 171. Ses écrits, 180.
Arnauld, abbé de saint Pierre-le-Vif
à Sens en 1120, 502.
Arnoul, de Rohés, élu patriarche de
Jérusalem par ses intrigues en 1111 jus-
qu'à 1118, 400.
S. Arnoul, évéque de Soissons, est
canonisé au concile de Beauvais en
1120, 310.
ARNOUL ou Ernulphe, évéque de
Rochester, histoire de sa vie, 425. Sa
mort en 1124, ses écrits, 427.
Arnould, abbé de Sarlat, engage
Hugues de sainte Marie, moine de
Fleuri, à écrire la vie de saint Saeer-
dos, 304.
Arras, cet évéché qui étoit uni à
celui de Cambrai depuis 500 ans au
moins, en est séparé en 1004, 40.
Artaud, abbé de Vezelai, obtient
la levée de la défense que l'évêque
d'Autun avoit faite de visiter son mo-
nastère par dévotion, de Pascal II,
244.
Assomption de la sainte Vierge, ce
qu'en pensoit Guibert de Nogenl,
481.
Aurillac, anciennement abbaye de
saint Benoit, diocèse de Clermont,
aujourd hui collégiale au diocèse de
saint Flour, 408.
Autun, il s'y tient un concile vers
1095, 40.
B
Barnabites, établis à Paris, 100.
Darthelemi , évéque de Laon, Cal-
liste II lui recommande saint Norbert,
515.
Barthelemi, chanoine et trésorier de
la cathédrale de Rheims, est élu cano-
niquement, et malgré lui, évéque de
Laon, 449.
BAUDOUIN I, du nom, roi de Jé-
rusalem, histoire de sa vie : il étoit
frère du célèbre Godefroi de Bouillon,
chef de la première croisade, 204. Sa
mort, son épitaphe, 207, ses écrits,
209.
Baudri, abbé de Bourgueil, il s'in-
téresse pour Robert abbé de saint Rémi
de Reims, 324.
Beatrix, mère de Rotrou, comte du
Perche, donne à Bernard un fonds dans
la forêt pour y fonder une abbaye,
213.
Beaugenci. concile qu'y tient le légat
Richard, évéque d'Albane, 56.
Beaugendre, Dom, Bénédictin de la
congrégation de saint Maux, a voulu
TABLE DES MATIERES.
559
ravir à saint Yves de Chartres son dé-
cret, qu'il attribue faussement à Hil-
debert évêque de Mans, puis archevê-
que de Tours, 153.
Iieauvais, il s'y tient un concile en
1114, 280; item, un autre concile
pour la canonisation de saint Arnoul,
évêque de Soissons en 1120, 310.
BECHADE (Grégoire), du château de
Lastours en Limousin; il fait un poëine
envers Limousins, sur la prise de Jéru-
salem par les François, 403.— Noie, 502.
Benoit, moine François de saint Ger-
main d'Auxerre, est abbé de Seleliie en
Angleterre qu'il avoit construit ; il
avoit emporté furtivement un doigt de
saint Germain d'Auxerre, pour le met-
tre dans une église qu'il bâtit sous le
nom de ce saint en 1096, 17.
Bérard, évêque de Mâcou, est inter-
dit parCalliste II en janvier 1121. pour
les dommages qu'il a causés à l'abbaye
de Cluni, 521.
BERNARD II, vicomte de Bearn et
de Bigorre, 20, fait recueillir les an-
ciennes coutumes de ses états, 21 ,
22; sa mort avant 1114, 23.
Bernard, patriarche latin d'Antio-
che, obtient du pape Pascal II, la ré-
vocation de sa Lettre, qui soumettoit
toutes les villes que les François pren-
draient, à la jurisdiction du patriarche
de Jérusalem, 209.
BERNARD, abbé de Tyron, histoire de
sa vie, 210. Pascal II ne voulant pas
lui rendre justice, il en appella au tri-
bunal de Dieu, et y cita le Pape : Pa-
pam ad divinum judicium provocavit,
213, meurt le 25 avril 1118, 214, ses
écrits, 215.
Bernard de Tolède reçoit une bulle
de Pascal II , qui lui confirme le droit
de primatie en Espagne, 228.
Bernard, doyen de l'église de Sois-
sons, a fait quelques vers sur saint
Géoffroi évêque d'Amiens.
Bernard, frère de Richard , arche-
vêque de Narbonne et cardinal, éloil
abbé de saint Victor de Marseille ; sa
mort en 1076, son frère Richard lui
succède dans cette abbaye, dont il étoit
moine, 316.
Bernard, abbé de Marmouliers , ex-
communie Robert, abbé de saint Rémi
de Reims, qui avoit été son religieux ,
323.
Bernard, préchantre de sainte Gene-
viève , porte une lettre de Galon évê-
que de Paris et de son chapitre, à Ansel
à Jérusalem, 402.
Bertrand évêque de Narbonne, est
déposé en 1106, 317.
Bethléhem érigée en évêché par Pas-
cal II, sous Baudouin roi de Jérusa-
lem en mo, 210.
Bethune (Robert de), évêque d'Her-
fort , étudia à Paris sous Guillaume de
Champeaux, 307.
Beze , monastère de saint Benoît ,
fondé par le duc Amalgaire en 600 ,
276.
Beuf (M. le), doute qu'Anselme de
Laon soit auteur de la glose interli-
naire ; il dit qu'il y en a qui l'attribuent
à Gilbert , diacre d'Auxerre , page
181.
Bonne ame ( Guillaume ) archevêque
de Rouen, 51.
Boson cardinal , envoyé en Espagne
par Calliste II, pour délivrer l'arche-
vêque de Compostelle qui étoit en pri-
son, 523.
Boulay (M. du) donne de grandes
louanges aux deux frères Anselme et
Raoul de Laon , 189 , dit mal-à-propos
Gislebert Crispin né Anglois ; il se mé-
prend encore en lui donnant Ansel-
me de Laon pour maître, au lieu d'An-
selme de Cantorberi, 194.
Bourdin antipape , pris par Calliste
II , marche devant lui monté à rebours
sur un chameau , revêtu d'une peau de
brebis toute ensanglantée ; est conduit
au travers de Rome, fut relégué au
monastère de Cave, et transféré par le
pape Honoré III au fort de Fumone
où il mourut, 521.
Bruts ( Pierre de ) hérésiarque , pa-
triarche des' Zuingliens et des Calvi-
nistes , pourquoi on n'en fait pas men-
tion dans l'Histoire littéraire , v de
l'Avertissement.
Brunon évêque de Signi, et abbé du
Mont-Cassin, écrit une lettre fort vive
au Pape, sur le traité qu'il avoit fait
avec l'empereur Henri V au sujet des
investitures, 223, se démet de son
abbaye, et se retire dans son évêché,
224.
Brunon, Eusebe, évêque d'Angers,
243.
nalcxU Pisan avance toujours d'un
"an sur le calcul ordinaire, 516.
CALLISTE II, pape, histoire de sa vie,
505, sa mort, ses écrits, 529 jus-
qu'en 536. Ses ouvrages supposés,
532.
Cave, reconnoit que Gislebert Cris-
pin abbé de Westminster, étoit né en
Normandie et non en Angleterre,
194.
MO
TABLE DES MATIERES.
CHAMPEAUX (Guillaume de), sa nais-
sance, sa vie, 307, se retire à saint
Victor de Paris en 1108, y fonde l'ab-
baye de ce nom, ibid. sa mort en 11-21,
311, ses écrits, 322, 325. Etant
évoque de ChAlons sur Marne, fut en-
voyé en Allemagne, y fit un trailé
avec l'empereur Henri V, 513
CiteauT. abbaye célèbre, fondée
par S. Robert de Moleme en 1098,
elle est dans le diocèse de Châlon sur
Saône, 4 et 5. Ce nouveau monas-
tère est confirmé par une bulle de Pas-
cal II, qui est comme le premier titre
de cette illustre abbaye, 219.
CLAR1US, moine de saint Pierre-le-
Vif. histoire de sa vie, 501, ses
écrits, 501 et 504.
Clermont, Urbain II y tient un con-
cile contre la simonie en 1095. 19;
le légat Richard, évêque d'Albane,
en tient un en 1110, 56.
Colan, hermitage situé entre Ton-
nere et Chabli, 4.
Conciles tenus à Anse, petite ville du
diocèse de Lyon en 1112, contre les in-
vestitures, 148. A Autun, vers
1095, 40. A Beaugenci, en 1101 ,
56. A Clermont, en 1110, 56. ibid.
en 1095 contre la simonie, 19. A
Fleuri ou saint Benoît sur Loire, en
1110, 56. A saint Omer , en faveur
de la trêve de Dieu , en 1099 , 42
A Poitiers, vers 1106, 43, et un
autre ibid. en 1110 , 54. Un concile
à Reims, pour séparer Arras du dio-
cèse de Cambrai, en 1093, 39. Item,
au même heu, un concile en 1094,
40. Item, en 1115 et 1119, d'autres
conciles à Reims , 262, 310. A Tou-
louse , un concile en 1110 , 56. A
Tours, en 1096, 106 et 345. A
Tournus , en 1115, 152. A Troyes ,
en 1104, 56, et un autre par Pascal
H en 1107, 222. A Valence en Dau-
phiné , en 1100 , 76.
Concile de Latran, qui est regardé
comme le premier œcuménique de
l'Occident, a été tenu par Calliste II
en 1123 -. il n'y eut que deux séances,
où on fit 17 ou 22 canons, 526.
Conon , évêque de Palestrine , légat
en Palestine, excommunie Henri V à
Jérusalem , lorsqu'il eut appris la vio-
lence qu'il avoit faite au pape Pascal
II , 226.
Cran: (Martin), un des premiers
Imprimeurs de Paris , qui vint s'y éta-
blir en 1470, 329.
Crescent, évêque de Sabine et cardi-
nal, 510.
D
j\achery (Dom Lucj a publié une
■L'Iettre très-importante d'Anselme de
Laon à Heribrand , abbé de saint Lau-
rent de Liège, 186.
Daïmbert, patriarche de Jérusalem,
ayant fait sa paix avec Baudouin I, le
couronne en 1100, 207.
Daïmbert, archevêque de Sens, assis-
te à l'absolution que Lambert évêque
d'Arras donne à Philippe I roi de
France, pour son mariage incestueux
avec Bertrade en 1105, 43. Ne pouvant
se trouver en 1120 au concile de Beau-
vais, tenu par le légat Conon, y en-
voyé Clarius, religieux de saint Pierre
le Vif, pour s'excuser, 502.
Dalmace, moine de Quoi, est élu
évêque de saint Jacques en Galice en
1089, 217.
Discours sur le septième Siècle ; on
y a omis l'école du monastère de Tho-
lei, voyez les Additions, au tome IX.
DROGON, moine de saint André de
Bruges, sa vie, -253, ses écrits,
251.
E
EBREMAR ou Evermer, patriarche de
Jérusalem, 394 et 400.
Eremburge, veuve ; elle donne à Ro-
bert d'Arbrissel le vallon de Fonte-
vraud en 1101, 158.
Erlebolde, doyen de l'église de Cam-
brai, fort habile dans l'intelligence de
l'Ecriture Sainte, a fait plusieurs ser-
mons, 270.
Ernulphe, voyez Arnoul.
Etampes. il s'y tient un concile en
1099, 106.
S. Etienne, martir, sa vie
en anciens vers françois, Additions,
564.
Etienne, abbé de Beze ; Pascal II
confirme les biens de cette abbaye,
dont il fait le détail, 245.
Etienne , abbé de la Chaise-Dieu en
1108, 365 ; il reçoit quelques biens
des clercs de sainte Livrade, 512.
ETIENNE (S.) de Muret, fondateur des
Grandmontains, histoire de sa vie,
410, sa mort en 1124, 415. Ses écrits,
416, 425.
Etienne, disciple de S. Robert de Mo-
leme en 1075 , 3.
TABLE DES MATIERES,
ETIENNE , abbé de Notre-Dame
dTorck, peut passer pour bas- Breton
ou Normand ; il se fait religieux en
1078 à Witeby, i4. sa mort, ses
écrits, 18.
Eudes I du nom, duc de Bourgogne,
donne aux religieux de Cîteaux, toute
la partie du terrain que le vicomte de
Baune s'étoit réservée en dédomma-
geant le proprié taire ; c'est ce qui l'a
fait regarder comme fondateur du nou-
veau monastère, 5.
Evermer, voyez Ebremar.
Evrard, comte de Breteuil : sa con-
version est décrite par Guibert de No-
gent, 140.
Eustache, ab. de s. Eloi de Noyon, 431.
Eustorge, évêque de Limoges en
.1106, meurt en 1137, 404.
Ezelon, voyez Hezelon.
Excommunication. Belle lettre du
clergé de Liège, sur l'excommunication
lancée par le pape Pascal H, contre
l'empereur Henri IV, 229 et suiv.
Fleuri, ou saint Benoît sur Loire ; le
légat Richard , évoque d'Alhane , y
tient un concile en 1110, 56.
S. Florent, monastère prés de Dol,
fondé en 1078.
Fontevraud, abbaye, chef d'ordre, fon-
dée par Robert d'Arbrissel, au commen-
cement du XIe siècle.
Foulcher rapporte CommentBaudotlin
a acquis la principauté d'Edesse, 205.
Francon . abbé de Tournus , reçoit
des privilèges de Callistc II, 351.
Frangipane Censius, sa forteresse à
Rome est détruite par ordre du pape
Calliste II, 521.
FREDERIC, évêque de Liège, histoire
de sa vie, 319, meurt de poison en
1121, 320. H n'a écrit qu'une lettre
pleine de feu, de justesse et d'éloquen-
ce, 321, 322.
Fukherede, moine de saint Martin de
Séez, et abbé de Scrobesburi en An-
gleterre, est mort en 1120, 268.
GALON, évêque de Paris , histoire
de savie , 94, reçoit une croix faite
du bois de la vraie Croix qu'Anselme
lui envoyé de Jérusalem , 401 . Sa
B41
ses écrits, 99,
mort en 1116,
101.
Garnier. seigneur de Château-pont,
arrête prisonnier Lambert évoque d'Ar-
ras, qui alloit au concile de Clermont en
1095, 41.
Garnier, abbé de saint Germer,
donne l'habit monastique en 1064 à
Guibert, qui n'avoit que douze ans,
435.
GARNIER ou Warnier l'homiliaire ,
religieux de Westminster, probable-
ment étoit François ou Normand ,
23, 24 ■ ses écrits , 24 , 25 , édition
de ses ouvrages , 25 : on lui attribue
faussement le fasciculus temporum, 25.
Gauceran, archevêque de Lyon,
voyez Josceran.
Gaudri, élu évêque de Laon a la
sollicitation du roi d'Angleterre, dont
il étoit référendaire, 446, il passe
pour être l'auteur du meurtre de Gé-
rard , seigneur de Crecy , 447 , est
massacré par les bourgeois en 1112.
449, 493.
Gaullier, évêque do Châlon, donne
le bâton pastoral à saint Robert de Mo-
leme, élu abbé de Citcaux en 1098, 4.
S. Gaultier, abbé et chanoine d'Es-
terp dans le Limousin, est mort en
1070 : sa vie a été écrite par Marbode,
suivant les Bollandistes , 365, 366.
Gautier, archidiacre de Laon, est du
nombre des conjurés qui assassinèrent
Gérard seigneur de Crecy dans la ca-
thédrale; il hait Guibert de Nogent ,
447, 418.
Gebehard, évêque de Constance . est
confirmé par Pascal II, dans la léga-
tion d'Allemagne , 218.
Gelmires, (D. Diégues) est le pre-
mier métropolitain de saint Jacques en
Galice . 517.
Geoffroi I, évêque de Chartres , deux
fois déposé pour simonie, renonce a l'é-
piscopat en 1090 ou 1091 , 103.
Geoffroi, archevêque de Rouen, a
obligation à saint Yves de Chartres,
qui le remet bien dans l'esprit de Pas-
cal II, 110.
Geoffroi II , évêque de Chartres en
1119 , 515.
Geoffroi, évêque de Beauvais en
1105, 97.
Geoffroi d'Auxerre et plusieurs au-
tres , donnent beaucoup de louanges a
Anselme et Raoul de Laon , 189.
Geoffroi (Guillaume), comte de
Poitiers , fonde l'abbaye de Montier-
neuf ; il est mort en 1080, 203.
Geoffroi, abbé de saint Haixent, Pas-
542
TABLE DES MATIERES.
cal II prend cette abbaye sous sa pro-
tection, 245.
S. Geoffroi, abbé de Nogent. puis
évêque d'Amiens, est mort en 1118,
est auteur d'une lettre à Baudri évêque
de Noyon , 267,443.
Geoffroi, abbé de Beze en 1253 et
1255, 276.
Geoffroi , abbé de Savigny , mort en
1139, 431.
Geoffroi, abbé de saint Médard de
Soissons, Guibert de Nogent lui dédie
son commentaire sur le Prophète Ab-
dias, 466.
Geoffroi, abbé de Vendôme, reçoit
de Calliste II un privilège , le 8 octobre
1119 , 530.
S. Gérard , moine de saint Aubin
d'Angers , célèbre par sa pénitence et
par sa sainteté, 19.
Gérard II , évêque de Cambrai et
d'Arras, mort en 1092, 38.
Gérard, évêque de Térouanne, 47#
Gerard , disciple de Raoul de Laon ,
fut le premier abbé de saint Nicolas de
Clairfont, 191.
Gérard , seigneur de Crecy, est mas-
sacré dans la cathédrale de Laon , à la
sollicitation de Gaudri qui en étoit
évêque, 447.
Gérard, abbé de Josaphat, obtient
en 1120 un privilège du pape Calliste
II, 515.
Gérard d'Angoulême , est nommé
par Calbste II , légat des provinces de
Bourges , Bourdeaux , Auch , Tours ,
et de la Grande Bretagne, 523.
Geraud, second abbé de Chezal-Be-
nolt, diocèse de Bourges, 268.
Gerauld de la Venne écrit la vie de
saint Robert , fondateur de la Chaise-
Dieu , dont il étoit disciple : cet ou-
vrage est perdu, 364.
Gerberon (D.). religieux Bénédic-
tin, attribue quelques ouvrages d'An-
selme de Laon à Hervé, sçavant
moine de Bourg-Dieu en Berri * 184.
lia publié sous le nom de Gislebert Cris
pin. une dispute intitulée, disputa'io
Judœi cvm Chrisliano, de fide chri-
stianâ. C'est a tort qu'on l'a imprimée
sous le nom de Guillaume de Cham-
peaux , elle est de Gislebert Crispin,
199.
Gering (Ulric), un des premiers
imprimeurs de Paris, qui vint s'y éta-
blir en 1470 , 329.
Gervais, compagnon de Bernard de
Tyron , a été abbé de saint Savin ,
211.
Gervin, évêque d'Amiens, écrit deux
lettres à Lambert d'Arras, 52.
Gibelin patriarche de Jérusalem, meurt
le 6 avril 1112, 209.
Gibelin, archevêque d'Arles', envoyé
légat ii Jérusalem par le pape Pascal II,
397.
S. Gilbert, évêque de Meaux, mort
vers 1015, après vingt ans d'épiscopat ,
404.
Gilon , moine de Cluni, ses écrits ,
64, 65.
Girard, prieur de saint Etienne , en-
voyé à Rome avec Milon, cardinal, évê-
q'ie de Palestrine en 1093, 19.
Girard, évêque de Sées , mort en
1091, 341.
Girbert. évêque de Paris en 1116,
98, se plaint en 1123 de quelques abbés
qui relusoient de lui obéir , 527.
Anonyme, évêque d'Evreux, a fait l'o-
raison funèbre de Guillaume le Con-
quérant, suivant Ordiic Vital, 18.
11 est mort en 1112, 19.
GISLEBERT Crispin, moine du Bec, puis
abbé île Westminster en Angleterre;
histoire de sa vie, 192, son épitaphe.
194, ses écrits, 195.
Godefroi (S.) évêque d'Amiens,
écrit à Lambert d'Arras ,-52.
Gortmond de Pequigny proche
Amiens, est fait patriarche de Jérusalem
en 1120, 400.
Goscelin. doyen de l'église de Beau-
vais, auteur d'une lettre à Raoul le
Verd, archevêque de Reims, p. 431.
Grimolde , abbé de saint Vanne de
Verdun en 1075, 82.
Grégoire cardinal, député par le pape
Calliste II , vers l'empereur Frideric
V, 513.
Guarinwnd, patriarche de Jérusa-
lem, reçoit le palliuni du pape Calliste
II , 522.'
Gui, évêque d'Amiens, fait la trans-
lation du corps de saint Paschase Ra-
debert, de l'église de saint Jean, en la
grande église de l'abbaye de Corbie,
en 1073 , 28.
Gui, archidiacre de Verdun, 60,
61, meurt vers 1115, évêque d'Albane
sans en avoir joui, et sans être sacré ;
son écrit, 62.
Gui, archevêque de Vienne, va en
Angleterre en qualité de légat, sans
pouvoir exercer sa légation, parce que
les Anglois ne rîconnoissoient pas
d'autre légat que l'archevêque de
Cantorberi, 218. Pascal II lui con-
firme les droits de métropolitain, 246.
TABLE DES MATIERES.
543
GUI, chancelier et trésorier de l'é-
glise de Noyon , a composé une décla-
ration sommaire de son église, 279.
S. Guibert, fondateur de Gemblou.
est levé de terre en 1110 , par Otbert
évêque de Liège , et exposé à la véné-
ration publique, 261.
GUIBERT, abbé de Nogent, est né dans
le diocèse de Beauvais en 1053, his-
toire de sa vie , 433, ses écrits ,
439, jusqu'à 500; D. Dacheri a fait
imprimer ses ouvrages, 499.
GUILLAUME de Champeaux, évoque
de Chalons sur Marne, sa \ie et ses
écrits , 307-315.
GUILLAUME deChester'en Angleterre,
peut avoir été moine du Bec ; il fait un
poème à la louange de saiut^Anselme ,
archevêque de Cantorberi en 1093,
12.
Guillaume de Ros, abbé de.Fecamp,
visite et console saint Yves de Chartres
dans sa prison du Puiset en 1092 ,
105.
Guillaume f archevêque de Roui'ii ,
Pascal II lui conseille d'éloigner de lui
ceux qui. par mauvais conseils, lui
ont fait faire beaucoup de fautes ,
249. Il tient un concile pour l'élection
d'un évêque de Sées, 341.
H
Haules-Itruyeres , abbaye de reli-
gieuses de l'ordre de Fontevraud. a été
fondée par Yves de Chartres, 111. Le
monastère a été bâti par ordre de Louis
le Gros pour la reine Bertrade, 103.
Henri II, tlls d'Eudes I du nom, duc
de Bourgogne, se fait religieux à Ci-
leaux, 5.
Henri . abbé de saint Rémi de Reims
et d'Homblieres , près la ville de saint
Quentin en Vermandois, 443.
HERBERT, évêque de Norwick, sur-
nommé Lozingua , 2C5 , sa mort en
1119, ses écrits, 267.
Heribrand, abbé de saint Laurent de
Liège, reçoit une lettre importante
d'Anselme' de Laon\ 186.
Herluin (le bienheureux ), abbé du
Bec , mort en 1078 . 19 , sa vie a été
écrite incontestablement par Gislebert
Crispin, abbé de Westminster, qui
n'étoit alors que moine du Bec, 196.
S Hermeland, abbéd'Aindre au dio-
cèse de Nantes : miracle qui s'opère
par son intercession en 1117, 203.
Hermengarde, comtesse de Bretagne,
est une des premières religieuses de
Fontevraud, 158.
Tome X.
Hersende de Champagne ou de Clair-
vaux, veuve de Guillaume de Mont-
Soreau, s'attache à Robert d'Arbrissel,
158.
îlervé de la Trinité , ainsi nommé à
cause qu'il étoit moine de la Trinité de
Vendôme , étoit compagnon de Ro-
bert d'Arbrissel, 157.
Hervé, scavant moine de Bourg-
Dieu en Béni, D. Gerberon lui attri-
bue quelques ouvrages , qui sont au
dire de bien des scavans , d'Anselme
de Laon , 184.
HEZEL0N ou Ezelon, moine de
Cluni, 63, ses écrits, 64, 66.
Hildebert , compagnon de Bernard
de Tyron , a été abbé du Bourg Dieu ,
et ensuite archevêque de Bourges,
210.
Hildibert, évêque du Mans , on croit
qu'il a reçu des lettres de Bernard de
Tyron , 215.
Hilduin, premier abbé de saint Vic-
tor de Paris , 309.
Iloel, évêque du Mans, s'employe
avec le pape Urbain en 1092 , pour dé-
livrer de prison saint Yves de Char-
tres, 105.
Honoré III, Pape, successeur de Cal-
liste II, retire l'antipape Bourdin du
monastère de Cave, el le met en pri-
son dans le fort de Fumone en 1124,
521.
Hubert, évêque de Senlis, fait la cé-
rémonie de réconcilier l'église de Laon,
après le meurtre de Gérard de Crecy.
Il a obligation à saint Yves de Char-
tres des services qu'il lui a rendus au-
près du pape Pascal II, 214-446.
Hugues, archevêque de Lyon, légat
du saint Siège, permet à saint Robert
de Moleme de se retirer dans un lieu
où il pût observer la règle de saint Be-
noît dans toute la rigueur avec ses
compagnons, 4.
Hugues de Picrrefons , évêque de
Soissons, écrit plusieurs lettres à Lam-
bert , évêque d'Arras , 52.
Hugues I, comte de Champagne,
fait une donation à l'abbaye de Moleme
en 1103, 8.
HUGUES , archevêque dTdesse , né
dans la seconde Belgique , sa lettre à
Raoul le Verd, archevêque de Reims,
sa mort après 1114, 60.
HUGUES, abbé de Flavigni, histoire
de sa vie, 73, ses écrits, 79, 85.
Hugues, abbé de saint Gilles, situé
dans la vallée Flavienne , 204.
HUGUES de sainte Marie, moine de
Fleuri, histoire de sa vie, 285, ses
écrits, 285 et suiv. — Note, 660.
Zzz
544
TABLE DES MATIERES.
Hugues, doyen de l'église d'Orl ■■,.
en est nommé évêque par le roi Louis
le Gros : il ne Uni ce siège que quel-
ques mois , 449.
Hugues, évêque de Porto en Portu-
gal, suffragant de Brague. obtient de
Calliste II l'érection de saint Jacques
en Galice en métropole, 517.
larenton, abbé de saint Bénigne de
"Dijon, reçoit charitablement les reli-
gieux de saint Vanne, persécutés par
I'évêque de Verdun, 74, est mort en
1111, 404.
Jauceranne, archevêque de Lyon.
Voyez Josceran.
Jean, disciple de saint Robert de
Moleme, 4.
S. Jean en Vallée, abbaye à la porte
de Chartres, a été fondée par saint
Yves, évêque de cette ville, pour des
chanoines réguliers, 111.
JEAN, diacre et moine de saint Ouen,
est secrétaire du concile, tenu à Reims
par Calliste H en 1119, 26.!. Il écrit
la vie de saint Nicolas, etc. 263, 264.
JEAN, moine de Beze, sa vie, 270,
ses écrits, 272.
Jean de Crème est auteur d'un traité
du comput ecclésiastique qu'il adresse
à Geoffroi abbé de Savigny , 431 ,
528.
Jean, comte de Soissons, quoiqu'é-
levé dans la nUgion Chrétienne, étoit
fauteur des Juifs, et judaisoit lui-mê-
me, 467.
ILDEBOLDE, compagnon de saint Ro-
bert de Moleme, fut un des premiers
religieux de Cîteaux ; il est envoyé en
1100 par le bienheureux Alberic, sol-
liciler auprès du pape Pascal II, la con-
firmation de l'établissement de Cî-
teaux, 11.
Imprimeurs. Les premiers qui s'éta-
blirent à Paris en 1470. Ulric Gering,
Martin Crantz , et Michel Tribulge ,
329.
Interdit que l'archevêque de Reims
veut faire observer dans toutes les égli-
ses de sa métropole, pour une injure
faite à I'évêque de Châlons sur Marne,
49.
JOSCERAN, archevêque de Lyon en
llll, 98, histoire de sa vie, 177 , ses
écrits, 150.
Juillilsous Raviere, prieuré de reli-
gieuses," conduites par les reUgieux
de Moleme, depuis la fondation de
cette abbaye, jusqu'au quinzième siè-
cle, que ce prieuré a été détruit, 3.
y AMBERT, évêque d'Arras, histoire
J-Me sa vie, 38, sa mort en 1115, et
son épitaphe, 43. ses écrits, 44,
59.
LAMBERT , abbé de Poutieres, de l'or-
dre de saint Benoit au diocèse de Lan-
gres . assiste au concile de Troyes en
1104, 251.
Lambert, évêque de Tournay et de
Noyon, mort en 1121, écrit une lettre
à Secard , abbé de saint Martin , 269.
Lambert, évêque de Langres , donne
m harte en faveur de l'ahbave de
Moleme en 1101, 501.
Lambert , évêque d'Ostie et cardinal,
député du pape Calliste II vers l'empe-
reur Frideric V , 513.
Lambert, abbé de saint Bertin, ob-
tient du pape Calliste II un ample pri-
vilége en novembre 1119, 530.
Landulphe, prêtre de l'église de Mi-
lan , se rend disciple de Guillaume de
Champeaux, 307.
Lanzon, succède immédiatement à
Odelric , en qualité d'abbé de saint
Michel en Lorraine, 63.
LEGER, archevêque de Bourges ,
transporte le corps de Robert d'Ar-
brissel, d'Orsan à Fontevraud en 1117,
p. 166. histoire de sa vie, ses écrits,
meurt le 31 mars 1120, 280.
Léon, moine d'Hanaw : ajoutez à
son article, tome VIII, ce qui en est
dit aux Additions, 562.
Letbert, abbé de saint Ruf : ajou-
tez a son article , tome IX , 570 , ce
qui est dit aux Additions.
liège, le clergé répond à une lettre
de Pascal II, sur une excommunica-
tion lancée contre l'empereur Henri
IV, 229 et suit».
Liégeois, répondent fortement à une
lettre que Pascal II écrit à Robert, com-
te de Flandres, pour lui ordonner de
leur faire la guerre, à cause de leur
fidélité pour l'empereur Henri IV, p.
229, etc.
Lisiard, archidiacre de Beauvais,
écrit à I'évêque d Arras, 54.
Lisiard, évêque de Beauvais , 310 ,
il est a croire que c est le même que
l'archidiacre ci-dessus.
Lisiard, évêque de Soissons, décou-
vre des Manichéens, 451.
Litard, disciple de saint Robert de
Moleme, 4.
TABLE DES MATIERES.
545
Long (le P. le) attribue mal-à-pro-
pos à Anselme de Laon un commen-
taire sur les épitres de saint Paul ; il est
d'Hervé , religieux du Bourg-Dieu eu
Berri, 185.
Ludolphe, premier prieur du monas-
tère de Saint André de Bruges, est au-
teur d'une lettre sur l'origine de saint
André, 268.
M
Madelme, abbé de sainte Sophie près
Bénévent, obtient de Pascal II, la
confirmation de tous les biens de
cette abbaye, 243.
Mariasses I, archevêque de Reims,
sa mauvaise conduite et sa tyrannie a
été l'occasion de la retraite de saint
Bruno, suivant Guibert de Notent,
441.
Mariasses II, archevêque de Reims ,
tient un concile à saint Orner, p. 42,
veut faire observer par ses suffragans
un interdit, parce qu'on avoit mis en
prison l'éveque de (hâlons, p. 49, sa
mort le 18 septembre 1106, suivant
D. Mabillon, p. 493.
Marbode, fait l'épitaphe de Milon,
cardinal, évêque de Palestrine, 20.
MARBODE, évêque de Rennes, histoi-
re de sa vie, 243 , meurt en 1123 à 88
ans, 347, ses écrits, 350 jusqu'à
387 , écrits qu'on lui a supposés , son
génie, 389, 392.
Mar ligné- Briant ( Rainaud de ) élu
évêqr.e d'Angers en 1101 , puis arche-
vêque de Reims , a été disciple de Mar-
bode à Angers , 344.
MARTIN . moine de Monstier-neuf à
Poitiers , écrit l'histoire de la fonda-
tion de son monastère, suivant ce que
lui en a dit le moine Robert, qui en
avoit été témoin oculaire, 202.
Mathieu, évêque d'Albaue , né de pa-
rens nobles au territoire de Reims,
pourquoi on n'en parle pas dans l'His-
toire Littéraire, m de l'Avertisse-
ment.
Mathilde (la comtesse) morte le 24
juillet 1115, 225.
Mathilde Impératrice , épouse Henri
T en 1114, 301.
Maurice , évêque de Porto , est en-
voyé légat en Palestine par Pascal II ,
pour régler les affaires ecclésiastiques
dans les nouvelles conquêtes des Croi-
sés, 218.
Mauvoisin (Samson de) archevêque
de Reims , étoit élevé de saint Yves de
Chartres.
3 7
Miyeux (Yves) évêque de Rennes,
fait faire une édition de divers ouvra-
ges de Marbode, un de ses prédéces-
seurs, 391.
Micrvlogue sur les rits ecclésiastiques,
dont il est parlé au tome VIII de cet
ouvrage , doit être attribué à saint
Yves de Chartres , suivant les nouvel-
les connoissances qu'on en a eu depuis,
143, 144.
Milesine, une des premières religieu-
ses de Fontevraud, 158.
MILON, cardinal, évêque de Pales-
trine , étoit moine de saint Aubin d'An-
gers , 19, assiste au concile de Cler-
mont en 1095, sa mort en 1112, ses
écrits, 20; il a été légat en France,
son éloge par Marbode, 387.
Milon , archevêque de Benevent en
1074. 11 avoit été doyen de l'église de
Paris, 412.
Moleme, abbaye de l'ordre de saint
Benoit , fondée par saint Robert en
1075 , au diocèse de Langres , 2.
Monstier-neuf. abbaye de Bénédictins,
fondée vers 1076, 203.
Morlagne (Gautier de), disciple de
Raoul de Laon , fut premier abbé de
saint Martin de Laon, et ensuite évê-
que de cette ville , 191.
N
\ncola$ (S.) d'Angers, son église dé-
iN diée par Urbain H en 1096, 155.
Nidoyseau, monastère dépendant de
Fontevraud, fondé par Salomon, com-
pagnon de Robert d'Arbrissel , 157.
S. Norbert, reçoit dejBarthelemi de
Vire , évêque de ' Laon , la solitude de
Prémontré , pour y bâtir un monastère,
190.
Norgaud, évêque d'Autun, a un dif-
férend avec Hugues abbé de Cluni, au
sujet des privilèges de cette abbaye,
20 , il persécute Hugues de Flavigny,
75. .
0
0
de (S.) ou Oden-Rode, exposée à
la vénération publique dans l'église de
Rode, 1102. _
Odelric ou Ulric , autrement Udel-
ric , sa lettre à Urbain II , 63 , est
abbé de saint Michel en Lorraine,
63.
Odon, disciple de saint Robert de
Moleme ,4.
Z z z ij
546
TABLE DES MATIERES.
Odon, chantre de l'église d'Arras,
il accompagne Lambert son évêque à
Rome, 46.
Odon, chanoine régulier , et abbé de
saint (juenlin de Béarnais, écrit une
longue lettre à saint Yves de Chartres ,
110 , mort en 1105 , 97.
Odon, évêque de Cambrai , 51.
Odon, évoque d'Ostie, sacra a saint
Pierre Pascal II, le 14 août 1099, 217.
Odon, évéque de Bayeux , étoit frère
de Guillaume le Conquérant, duc de
Normandie, 404. 11 avoil acheté le
corps des. Exupere, l'un de ses prédé-
cesseurs ; mais on lui ;donna le corps
d'un païsan nommé Exupere , 482.
Odon, abbé de saint Symphorien de
Beauvais, et depuis évêque de la même
ville, Guibert de Nogent lui dédie son
traité des reliques des saints, 477.
p Odulphe (S.), curé d'Utrecbt ou de
Stavercn, 30.
Oaier le Danois, son roman au to-
me VIII , 594 , 595 : corrigez ce qui
est porté aux Additions.
Oldegaire , évêque de Tarragone ,
fut envoyé légat à latere à l'armée des
croisés d'Espagne en 11-23, 523.
Olric, vidame de Milan, et ensuite
archevêque de cette ville, est venu à
Paris étudier sous Guillaume de Cham-
peaux, 307.
S. Orner, Manassé II, archevêque de
Reims, y tient un concile en faveur
de la trêve de Dieu, 42.
Saints Ordres, les sept ordres ecclé-
siastiques : Portier, Lecteur, Exorciste,
Aeolythe, Soudiacre, Diacre, Prêtre.
Yves de Chartres prétend que Jesus-
Christles a exercés en quelque sorte
lui-même en personne, pendant sa vie
mortelle, 134.
OTBERT ou Obert, évêque de Liège,
histoire de sa vie, 258, sa mort en
1118, ses écrits, 2G1.
Otlon, évêque de Bamborg, va con-
vertir les peuples nouvellement con-
quis par Boleslas duc de Pologne en
1124, 527.
pASCAL II , histoire de sa vie,
I 21fi ; permet à Anselme, vu la quan-
tité des fils de prêtres en Angleterre ,
d'élever aux ordres ceux qui en se-
roient dignes par leur science et leurs
mœurs, 246, sa mort en janvier
1118, ses écrits, 227.
Pelage , archevêque de Brague, est
fait prisonnier par ordre de la comtesse
de Portugal en 1122, 526.
Petronille, veuve du seigneur de
Chemillé, fut la première abbesse de
Fontevraud, 158.
Philippe, évêque de Troyes en 1101,
8, étuii frère de Garnier , seigneur
de Château-pont , 41.
Philippe deTaun .- corrigez à son arti-
cle, tome IX, 173, 190,cequi est marque
aux Additions.
Pibon, moine de saint Mansui de
Toul en Lorraine, auteur du traclalus
de translalione secundâ sancti Man-
sueti, 269.
Pierre , disciple de saint Robert de
Molenie, 4.
Pierre Guillaume, moine île saint
Gilles . est auteur d'un livre des mira-
cles de saint Gilles ; il dédie son livre
à D. Hugues son abbé, vers 1117,
204.
Pierre, chanoine de Noyon, auteur
d'une lettre à Eus tache, abbé de saint
Eloi de Noyun, 431.
Pierre, évêque de Porto, vicaire de
Rome, va au-devant du pape Calliste
11,510.
Pierre de Léon, cardinal , envoyé
légat en France et en Angleterre par
Calliste 11, 523.
Poitiers. Les légats Jean et Benoît y
tiennent un concile vers 1106 , 43.
Pons , abbé de Cluni , propose au
pape Pascal I, de la part de l'empe-
reur Henri V des conditions de paix ,
mais sans succès , 226. Ce Pape lui
accorde l'usage des ornemens pontili-
caux dans la célébration île la Messe,
240. Il rewent d'Allemagne, après
avoir traité avec l'empereur Henri V
sur les investitures , 513. Il remet
son abbaye au pape Calliste II en 1122 ,
524.
Popon, évêque de Metz , 5.
S. Prcjet de Fercheres. abbaye au
diocèse d'Arras. que l'abbé do saint
Prejet du ^diocèse de Noyon, revendi-
quoil, 48. '
Progom de Troyes, auteur d'un ou-
vrage peu estimé, suivant Jean de Sa-
lisburi, 268.
Pustella (Anselme de), qui a été
évêque de Milan , est venu à Paris étu-
dier sous Guillaume de Champeaux ,
307.
TABLE DES MATIERES.
347
R
■nadbode ou Radbodon, évêque de
nNoyon et de Tournay, est mort en
1098, 254.
R ADULPHE ou Raoul de Laon, frère du
célèbre Anselme le scholastique, fut
son collègue dans le gouvernement de
l'école que ce grand homme ouvrit à
Laon vers la fin du onzième siècle.
Histoire de sa vie , 189 : il paroît
qu'il avoit succède à son frère Ansel-
me, dans la charge de Chancelier de
l'église de Laon , 190.
•Raynaud (Théophile) donne mal-à-
propos à Guillaume d'Auvergne , évo-
que de Paris , mort en 1218 , le com-
mentaire sur saint Mathieu, qui est
d'Anselme de Laon , 185.
Raynauld, abbé illustre de saint Cy-
prien, étoit disciple de saint Robert,
fondateur de la Chaise -Dieu , page
210.
Ranul, archevêque de Tours, assiste
à l'absolution que Lambert évêque
d'Arras , donne à Philippe I roi de
France, au sujet de son mariage avec
Bertrade en 1105, 43.
Raoul le Verd, archevêque de Reims,
50 , il a écrit cinq ou six lettres ; il
étoit fort éloquent , il est mort en 1124,
il est enterré à saint Rémi de Reims ,
430.
RAOUL de Caën , historien de la
Croisade, histoire de sa vie, 67, ses
écrits, 07, 69, 73.
RAOUL TORTAIRE, moine de Fleuri,
histoire de sa vie , 85 , ses écrits ,
89, 94, édition de ses ouvrages, 89.
Raoul, abbé de saint Quentin de
Beauvais, élu en 1105, 97.
RAOUL, archevêque de Cantorberl,
étoit né en Normandie , il se lit moine
à saint Martin de Sées en 1079, 336,
sa mort en 1122 , 338 , ses écrits ,
340.
Reginald , moine de saint Augustin
de Cantorberi, étoit François , ses
écrits , sa mort probablement en 1122,
335.
Reims : il s'y tient un concile pour
séparer Arras du diocèse de Cambrai,
qui y étoit réuni depuis plus de 500
ans ; item, un autre concile en 1094,
40 ; item, en 1115 et 1119.
Renaud, vicomte de Beaune, donne
à saint Robert de Molême, dans la fo-
rêt de Cîteaux , autant de terrain qu'il
en falloit pour bâtir un monastère , et
{iour en faire subsister les religieux en
e cultivant, 4.
Renaud du Bellai , archevêque de
Reims en 1093, 39.
Renaud , seigneur de Craon, donne
une partie considérable de sa forêt de
Craon, pour y fonder l'abbaye de la
Roè, 155.
Richard, religieux du Bec, est fait
premier abbé du monastère de sainte
Walhtirge, dans le comté de Chester
en Angleterre, en 1092, 12.
Richard de Grandpré , évêque de
Verdun en 1107, 61.
Richard (le bienheureux), disciple
de Raoul de Laon , fut abbé de Pont- à-
Mousson, 191.
RICHARD, cardinal, archevêque de
Narbonne, histoire de sa vie, 316, sa
mort en 1121, ses écrits, 318.
Richer , évêque de Verdun en 1098,
63.
Richer , archevêque de Sens , refuse
de reconnoître saint Yves pour évêque
de Chartres, parce qu'on avoit déposé
Geofl'roi son prédécesseur sans sa par-
ticipation en 1091, 103, 104.
Rivallon, archidiacre de Rennes,
392.
Rivallon , archidiacre de Nantes,
392.
Rivallon, archidiacre de saint Malo^
392.
Riverie (Attelais), fille d'Eremberge
donne à Robert d'Arbrissel, le vallon
de Fontevraud, 158.
ROBERT (S.), fondateur de Molême
né en Normandie, sa vie, 1. Il se
fait religieux Bénédictin à Moulier la
Celle, 2, en est lait prieur, abbé de
saint Michel de Tonnerre ; Alexandre
II le charge de gouverner les hermites
de Colan; jette les fondemens du mo-
nastère de Molême en 1075 , quitte ses
religieux peu dociles , et se retire à
Hauz , 3 , y retourne par ordre du
Pape, quitte Molême, et va s'établir
à Citeaux, 4 , en est élu abbé en
1098, 5, retourne à Molême par
ordre du pape Urbain II , sans en plus
sortir, 6, sa mort en 1110, 8,
ses écrits, 9, 11.
.Robert, évêq. de Langres entH0l, 8.
ROBERT, abbé de saint Rémi; de
Reims. 48, sa vie, 323, sa mort en
1122, 325 , ses écrits , 326 , les différen-
tes éditions , 328 : on l'appelloit aussi
Rupert. — Notes, 561.
Robert d'Arbrissel, fondateur de l'or-
dre de Fontevraud, 153, sa mort le
25 février 1117, 165.
Robert de Loudun partant pour Jéru-
salem , met une somme d'argent con-
548
TABLE DES MATIERES.
sidérable entre les mains de Petronille ,
première abbesse de Fontevraud, 168.
Robert, comte de Flandres, reçoit
ordre du pape Pascal 11, de faire la
guerre à l'empereur Henri V , excom-
munié en plusieurs conciles , 229.
Robert , abbé de Vezelai , Pascal I
le prend sous la protection du saint
siège, 244.
Robert , doyen de l'église de Noyon ,
279.
Robert, abbé de saint Martin de Sées
meurt en 1089, 336.
ROBERT, 1 du nom, religieux de Cluni,
prieur de saint Sauve de Valenciennes,
335, ses écrits, sa mort vers 1122,
336.
S. Robert, fondateur et premier abbé
de la Cbaise-Dieu : sa vie a été éciite
par Marbode, évéque de Rennes, 364.
Rociwanne, cardinal, religieux du
Mont-Cassin , porte à Rome la nou-
velle de l'élection de Calliste II,
509.
Rodolphe , abbé de saint Victor de
Marseille, reçoit une bulle de Calliste
II en 1119, 530.
Rodulphe , abbé de saint Vannes à
Verdun en 1077, 73.
Roë (la) abbaye fondée par Robert
d'Arbrissel en 1096, 155.
Roger, archidiacre de Beauvais,
écrit à Lambert d'Arias, 54.
Rogo Fretellus a fait un ouvrage sous
ce titre : Fretellus de locis sanctis, 270.
Romuald, cardinal; diacre, élu évé-
que de Rénévent vers 11-2 : il est dif-
férent de Romuald de Salerne, 523.
Rolhard , archevêque de Mayenee,
243.
Rupert, abbé de saint Rémi de Reims,
voyez Robert ci-dessus.
aamson, évêque de Winchester , fut
^disciple de Marbode à Angers , 344.
Sarisberi (Jean de), donne de gran-
des louanges à Anselme et Raoul de
Laon, frères, 189.
Savigni, abbaye de Bernardins, fon-
dée par Vital en 1105 , 332.
S, Sauve, évêque d'Amiens : ajoutez
à ses articles, tome IV, 150 , et to-
me VIII , 451 , ce qui est dit dans les
Additions.
Seguin, abbé de la Chaise-Dieu vers
1090, 365.
SERLON, évêque de Sées en 1091, ses
écrits, sa mort en 1122, 342.
Sigefroid, prieur de saint Nicolas aux
Bois, est abbé de saint Vincent de Laon
en 1120, meurt en 1130; il étoit hom-
me de lettres, quoique nous n'ayons
rien de lui, 473.
Simon, fils du comte Raoul, Guibert
de Nogent écrit sa conversion, 440.
Suger est élu abbé de saint Denis en
1122, en revenant d'Italie, où Louis
le Gros l'avoit envoyé vers Calliste II,
523.
S. Sulpice, monastère fondé par Ni-
velon II, seigneur de Pierrefont, sous
la dépendance de Marmoutiers , 52.
rrhendard (S.), évêque de Mastricht :
1 ajoutez à son article, tome IX, 554.
ce qui est dit aux Additions.
THEODGER ou Dietger , évêque de
Metz, histoire de sa vie, sa morl en
1120, ses écrits, 284.
Thérèse, comtesse de Portugal, fait
emprisonner Pelage archevêque de Bra-
gue, et le délivre en 1122, 526.
Thierri, évêque de Verdun, favori-
sant le parti de l'antipape Guibert,
persécutoit les religieux de saint Van-
nes, 73.
THOMAS II , archevêque d'Yorck ,
histoire de sa vie, 32, sa mort en
1114, son épitaphe, 35, ses écrits, 36.
Tir on , abbaye fondée par le bien-
heureux Bernard, moine de saint Cy-
prien de Poitiers, et Yves de Chartres,
111 et 214.
Toulouse, concile tenu par Richard
légat, évêque d'Albane, 56.
Tournus (Gui) archevêque de Vien-
ne, légat du saint Si. ge, y tient un
concile, pour terminer le différend sur
la prééminence entre les églises de
saint Jean et de saint Etienne de Bezan»
çon, 152, 153.
Tours, Urbain II y tient un concile
en 1096, 106.
Tribulge ( Michel ), un des premiers
imprimeurs de Paris, qui s'y établit
en 1470, 329.
Troyes , Richard , évêque d'Albane ,
et légat, y tient un concile en 1104,
56 , et un autre par Pascal II en 1107,
222.
Turstin , archevêque d'Yorck , est
sacré en 1120 par Calliste II. dans l'é-
glise de saint Rémi de Reims , 514.
TABLE DES MATIERES.
549
Valence en Dauphiné , il s'y
un concile par les légats Jean et
uoît en 1100, 76.
tient
Be-
Odelrie.
Udalric, voyez
S. Victor de Paris , abbaye fondée en
1113 par lettres patentes de Louis VI ,
et confirmée en 1114 par Pascal II .
308.
Vienne , Calliste II lui accorde la
primatie sur les sept provinces , Vien-
ne , Bourges , Bourdeaux , Auch , Nar-
bonne, Aix et Embrun, 517, 518.
Vire ( Barthelemi de ) , évêque de
Laon , donne à saint Norbert la solitu-
de de Prémontré , pour y bâtir un mo-
nastère , 190.
VITAL, abbé de Savigni en jette les
fondemens en 1105, 332 : il étoit
grand prédicateur, 333. — Note, 561.
Vital , évêque d'Albane et cardinal ,
610.
Vlric, voyez Odelric.
Vmbaut , archevêque de Lyon ,
517.
Vrraque , reine de Léon, fait arrêter
l'archevêque de Compostelle , et le
met en prison , 523.
w
xuarimbert , évêque de Soissons ,
vv et abbé de saint Médard, a fort vexé
celte abbaye , 407.
WARNIEH, religieux du monastère du
Christ , ou de saint Sauveur de Cantor-
beri, autre que Warnier, ou Garnier
l'homiliaire , va à Rome en 1114, pour
faire confirmer l'élection de Radulphe,
successeur de saint Anselme sur le siège
de Cantorberi, 26.
Warnier , ou Garnier l'homiliaire ,
voyez Garnier.
Wlgrin, archevêque de Bourges en
1120, 520.
yVES (S.), évêque de Chartres, his-
toire de sa vie, 102, ses écrits,
116, sa mort en 1116 ou 1117.
éditions de ses ouvrages , depuis
116, jusqu'à 146. Comme ce saint
favorisoil l'établissement de l'abbaye
de Tyron, il y célébra la première
Messe. le jour de Pâques, dans la cha-
pelle de bois, 214.
FIN DE LA TABLE DES MATIERES.
3 7 *
NOTES
ET OBSERVATIONS DIVERSES
SDR LE TOME DIXIEME.
I.
Hugues , moine de Fleury. — Pages 285-506.
En parlant de l'histoire de Louis le Débonnaire, com-
posée par Hugues, moine de Fleury, nous avons dit que
les écrivains postérieurs n'ont peut-être fait que transcrire
et insérer dans leurs écrits celui de Hugues, comme il se-
roit facile de le faire voir ; il faut ajouter : si nous avions
l'ouvrage de cet auteur. Il est certain, par exemple, qu'Albé-
ric, qui a composé sa chronique de toutes celles qui ont
précédé la sienne , a tiré beaucoup de choses de Hugues
de Fleuri. En effet , cet écrivain , qui ne manque
presque jamais d'indiquer, au commencement ou à la
fin de chaque article la source où il a puisé , cite sou-
vent Hugo. Il est vrai que Hugo peut designer Hugues
de Saint Victor, ce qui cause de l'embarras; mais il est levé
par l'attention d'Albéric, en citant Hugues de Saint Victor,
à lui donner le titre de maître, magister Hugo, et d'ajouter
même encore quelquefois de Sancto Victore. Enfin, ce qui
ne permet pas de douter qu'Albéric n'ait puisé dans l'ou-
vrage de Hugues de Fleury, c'est qu'à la page -104, on
trouve deux articles, l'un sous le nom de magister Hugo de
Sancto Victore, l'autre sous celui de Hugo Floriacensis. C'est
à M. de Foncemagne que le lecteur est redevable de cette re-
marque. (DD. Poncet, Colomb, Clémencet et Clément, t. XI,
4759. Avertissement, p. xxxii, xxxm. )
Tome X. A a a a
552 NOTES.
— Une continuation de l'ouvrage de Hugues, moine de
Fleuri. De gestis modernorum regum Franciœ, de 949 à 44 08,
d'après un manuscrit de l'abbaye de Saint-Tron, se trouve à
la fin du tome XII des Historiens de France , publié en
4781, p. 792-799. Les éditeurs dans leur préface, p. m
et iv, traitent de la patrie de l'auteur qu'ils croient nor-
mand. (V. Leclerc, 4 844. botes des nouveaux éditeurs
du tom. XI, p. xxxin. )
II.
Robert, Abbé de Saint-Remi. — Pages 525-554.
— P. 529. Il s'est glissé une faute d'impression qui mé-
rite d'être corrigée : Michel Tribulge; il faut lire : Michel
Trifurges. (DD. Poncet, Colomb, Clémencet, et Clément, t. XI,
4 759. Avertiss., p. xxxm.)
III.
Vital, Abbé de Savigny. — Pages 554-556.
— P. 552. Dans l'article de ce saint abbé, nous avons dit
qu'il vint au monde dans le village de Tierceville, près de Mor-
tain, d'où lui vint le surnom de Vital de Mortain. Les habitans
de Tierceville, près Bayeux, nous ont porté à ce sujet des
plaintes par le canal d'une personne respectable, prétendant
que nous leur avons enlevé la gloire d'avoir pour patriote
le bienheureux Vital. Nous sommes édifiés de leurs plaintes,
et disposés à leur donner toute la satisfaction qu'ils peuvent
désirer. Nous n'avons point eu dessein de leur enlever leur
saint patriote, et nous ne le leur avons point enlevé, puisque
n'y ayant point d'autre village du nom de Tierceville que celui
qui est proche de Bayeux, en faisant naître le bienheureux Vital
à Tierceville, il est nécessaire qu'il leur appartienne. La
plainte de ces pieux habitans ne peut donc plus tomber que
sur ce que nous plaçons Tierceville près de Mortain, au
lieu de le mettre près de Bayeux. Nous nous sommes expri-
més de la sorte , parce que les écrivains qui parlent du
bienheureux Vital, placent le lieu de sa naissance, dans le
NOTES. 553
territoire de Mortain. Ex his unus erat Vitalis nomine, dit
D. Mabillon, in villa Tigerii apud Bajocas oriundus, et quidem
pago Mqritomi. — Inpago Moritonii natus, dit D. Martenne, un-
dè appellatur de Moritonio. Enfin pour ne laisser aucun sujet
de plaintes, nous convenons qu^ le lieu de la naissance du
bienheureux Vital est Tierceville, proche de Bayeux. (DD. Pon-
cet, Colomb, Clément et Clémencet, t. XI, 474-1. Avertiss.,
p. xxxiii, xxxrv.)
IV.
Grégoire Bechade. — Pages 303, 304.
— P. 424. Nous nous sommes contentés de parler en peu de
mots de cet auteur et de son ouvrage, sans entrer dans la dis-
cussion du texte de Geoffroi qui en fait mention. M. de Fon-
cemagne nous a communiqué des observations dont le public
nous saura gré de lui avoir fait part. Commençons par mettre
le texte sous ses yeux :
Gregorius , cognomento Beehada , de Castro de Turribus ,
professione miles, subtilissimi ingérai vir , aliquantulum im-
butus litteris , horum gesta prœliorum , materna , ut ita
dixerim, lingua, rhytmo vulgari, ut populus pleniter intelligeret,
ingens volumen decenter composuit. Et ut vera et faceta ver-
ba proferret, duodecim annorum spatio supra hoc opus operam
dédit. Ne vero vilesceret propter verbum vulgare, non sine prœ-
cepto episcopi Eustorgii. . . hoc opus aggressus est.
Ce texte ayant été cité dans la dispute littéraire entre M.
de la Ravalliere et D. Rivet, M. de Foncemagne consulta
l'extrait et la discussion qu'il en avoit faite avant la dis-
pute ; et il lui parut qu'il n'étoit pas bien entendu par
ceux qui l'employoient. Il observa dabord que le manus-
crit de Saint-Germain des Prés, au lieu de ces mots : ma-
terna, ut ita dixerim, lingua, porte : materna, ut itam di-
cam, lingua, dixerim ritiùs (rectiùs) vulgari. Cette leçon, toute
corrompue qu'elle est, indique peut-être la véritable. Pour
la rétablir, il ne s'agit que de transposer un seul mot, et de lire
ainsi • materna, ut itam dicam, lingua, rectiùs dixerim vul-
gari. L'écrivain, limousin d'origine, n'aura pas voulu res-
treindre à -sa patrie l'usage de la langue que Bechade avoit em-
A aaa ij
554 NOTES.
ployée, et aura expliqué materna par vulgari ; ou plutôt,
il aura voulu donner à entendre que non seulement Bechade
avoit écrit dans sa langue maternelle, mais qu'il s'étoit
même servi du patois le plus populaire. En ce cas, le terme
rhytmo disparoit; le sens sera que Bechade écrivit en ro-
mans, et Geoffroi n'aura point énoncé si l'ouvrage étoit en
prose ou en vers.
Toutefois M. de Foncemagne n'insiste point sur cette
conjecture , le manuscrit de Saint-Germain n'étant pas
d'une assez grande autorité pour pouvoir lui servir de fon-
dement. Mais ce qu'il trouve de plus remarquable dans
le passage, et ce qu'il soupçonne avoir échappé aux savans
qui l'ont cité, c'est qu'il faut le diviser. En le divisant, on
voit que Bechade donna deux éditions de son ouvrage ; il
le composa d'abord pour le peuple en langue populaire, en
roman, materna lingua , at populus intelligent. Ce premier
ouvrage fut fait sans doute à la hâte et publié au retour
de la croisade, dans le temps où les esprits étoient pleins
du succès de cette entreprise. Dans la suite, il songea à le
rendre plus utile et plus agréable, en recueillant des faits
vrais et interessans; il employa douze années à ce travail.
Et ut vera et faceta verba proferret, duodecim annorum spa-
th supra hoc opus operam dédit. Ces derniers mots donnent
à entendre qu'il travailla de nouveau un ouvrage déjà fait.
Supra hoc opus operam dédit. Bechade jugea que des maté-
riaux amassés avec tant de soin méritoient d'être mis en
œuvre, dans une forme plus noble; ne vilesceret propter ver-
bum vulgare. Et comme il étoit lettré , aliquantulum litteris
imbutus, il entreprit par le conseil d'Eustorge, d'écrire pro-
bablement en latin , ou du moins en prose romane plus
correcte, non sine prœcepto Eustorgii hoc opus aggressus
est.
La distinction de ces deux ouvrages nous est indiquée par
la particule adversative : vero (ne vilesceret), et par la cir-
constance des ordres d'Eustorge, qui [ne tombent point sur
la première composition de Bechade. Sans cette distinction,
le texte de Geoffroi n'est pas intelligible. Est-il vraisem-
blable qu'il ait voulu désigner un seul et même ouvrage par
des caractères qui se contrarient? Materna lingua, rhytmo
vulgari, hoc opus composuit. Ne vero vilesceret propter ver-
NOTES. 855
bum vulgare, hoc opus aggressus est. L'ordre même dans lequel
se trouvent les deux termes composuit et aggressus est, jus-
tifie la conjecture.
Dans cette supposition , Bechade écrivit dabord en ro-
man, soit en prose, soit en vers, une relation de la croi-
sade, à l'usage du peuple; et douze ans après, il publia
une histoire complète , soit en latin , soit en prose ro-
mance plus châtiée. M. de Foncemagne termine ses obser-
vations, en disant que € de quelque façon qu'on explique
le passage dont il s'agit, la conséquence qu'on en a tirée
contre le système de M. de la Ravalliere subsiste égale-
ment dans toute sa force (DD. Poncet, Colomb, Clémencet
et Clément, tome IX, -1759. Avertiss. , pp. xxxrv-xxxvi.)
— Il est permis de contester le mérite de cette addi-
tion , faite sans doute pour répondre au vœu de M. de Fon-
cemagne : elle nous semble reposer sur une correction
douteuse et sur une interprétation erronée du texte de
Geoffroi , prieur du Vigeois.
Pour la correction , Foncemagne , au lieu des mots
materna, ut ita dixerim lingua, rhytmo vulgari , voudroit
qu'on lût : materna , ut itam dicam , lingua, rectiùs dixe-
rim vulgari, parce qu'un seul des cinq manuscrits connus
de la chronique de Geoflroi , celui de Saint-Germain ,
porte : materna ut ita dicam , lingua dixerim ritiùs vul-
gari. Mais il faut convenir que ce mot ritiùs, mis, sui-
vant Foncemagne , pour rectiùs , se rapproche autant pour
le moins de rytmo , ou rhythmo des quatre leçons consul-
tées par le P. Labbe , ( Bibliotheca nova mss. t. II, p.
279-342.) D'ailleurs, les mots qui précédent, horum gesta
prœliorum, devroient seuls trancher la question en faveur
de la forme poétique de l'ouvrage de Bechade ; car l'ex-
pression gesta employée comme substantif , a , dans les au-
teurs latins et françois contemporains du Prieur du Vigeois,
le sens de narration rimée.
L'interprétation que propose ensuite Foncemagne de la se-
conde phrase citée, nous paroît encore plus facile à combattre.
On veut en conclure que Bechade donna deux éditions de
son ouvrage, et l'on avance que la première « fut faite sans
doute à la hâte? » Cependant le texte est formel : ingens vo-
556 ADDITIONS, ETC.
lumen decenter composuit. Puis Foncemagne ajoute : « Et
comme il étoit lettré, aliquantulum imbutus litteris , il en-
treprit, par le conseil de l'evêque Eustorge, de refaire son
travail et de l'écrire probablement en latin , ou du moins
en prose romance plus correcte. » Or, en admettant ici comme
exacte la traduction des mots aliquantulum imbutus litteris,
l'explication de Foncemagne ne pourroit encore se maintenir,
que par la suppression d'un membre de phrase dans le
texte, lequel auroit dû être cité complet : non sine prœcepto
Eustorgii episcopi , et consilio Gauberti Normanni , hoc opus
aggressus est. N'est-il pas singulier que Foncemagne ait ici
négligé de mentionner les avis de ce Gaubert normand ? On
ne peut guères , dans une pareille question , suspecter sa
bonne foi ; peut-être, lorsqu'il voulut redresser l'opinion des
continuateurs de D. Rivet, n'avoit-il devant les yeux qu'un
extrait de la chronique, dans lequel ce membre de phrase
n'avoit pas été conservé. S'il avoit eu le texte présent
à la mémoire, nous ne pensons pas qu'il eût fait usage de
ses observations; et dans tous les cas, elles ne peuvent modifier
en rien ce qu'on a dit de" Grégoire Bechade dans ce tome Xe.
D. Rivet en avoit déjà parlé t. VII, et t. IX, p. 148.
(P. Paris. Réimpression du tome XI, 484-1. Notes des nou-
vaux éditeurs, p. 13 et 44.)
ADDITIONS AU TOME VIII.
i.
LÉON, MOINE D'HANAW.
Nous sommes redevables à M. Schepflin de nous avoir
indiqué dans son histoire d'Alsace, imprimée à Colmar en
joum. des sçav. \ 751 , ' un auteur qui nous est inconnu ; mais malheureuse-
avriin52, p. 211. mcnt gon ouvrage est per(iu. On regrettera longtemps, dit
M. Schepflin, la perte d'un précieux manuscrit, dans lequel
Léon, moine de Hanaw, avoit rassemblé en 1079 plus de
ADDITIONS, ETC. 557
mille actes de donations d'Adelbert et de Luidfrid, et d'au-
tres ducs et comtes antérieurs au régne de Charlemagne.
On ne retrouve plus ce manuscrit qui subsistoit encore au
commencement du siècle dernier. (DD. Poncet, Clément,
Colomb et Clémencet, t. X, Addit. et Corrections, p. lxvii. )
ANONYME, POÈTE,
Traducteur des Actes de saint Etienne.
M. le Beuf remarque dans un mémoire ' qui a pour ti- Mem. de îAcad.
tre, Recherches sur les plus anciennes traductions en langue 714-717.'
Françoise, que lorsqu'on reçut dans l'église Gallicane la litur-
gie Romaine, on commença à lire à l'office de nuit les Actes
des saints, qui, dans l'observation du rit Gallican, se lisoient à
la messe. La nuit n'étant pas un temps propre à la prédica-
tion, on ne songea plus à expliquer au peuple, comme on
faisoit auparavant, les actions des saints dont on solemni-
soit la fête. Ceux de saint Etienne, étant les seuls qui fussent
lus à la messe selon la liturgie Romaine, parce qu'ils sont
tirés des livres saints, furent aussi les seuls qui perpétuèrent
l'ancien usage Gallican, de lire les actes des martyrs avant
la célébration des saints mystères. Et comme, selon un autre
article de la liturgie Romaine, l'évêque ou le prêtre ne pou-
voit monter en chaire, qu'après la lecture de l'évangile,
pour en donner l'explication, il est vraisemblable que ce
fut dans ces conjonctures, qu'on statua que la vie de saint
Etienne, qui se trouvoit prononcée en latin à la messe,
seroit^ussi expliquée en langage vulgaire au peuple, et chan-
tée en cet état avant la célébration des saints mystères.
Voilà pourquoi on trouve les actes de saint Etienne,
premier martyr, en langage vulgaire, dans des livres de
presque tous les siècles, depuis le neuvième. ' M. l'Abbé le
Beuf renvoyé à son traité historique sur le chant ecclésiasti-
que, pour apprendre de quelle manière cela se pratiquoit.
Comme on pourroit être curieux de voir quelque frag-
ment de ces traductions ou paraphrases, faites du Latin en
François, il observe que l'un des anciens manuscrits, où il
s'en trouve des morceaux, est cité dans la nouvelle édition
558 ADDITIONS, ETC.
de du Cange, au mol Farsia, col. 547 : mais comme il y
est avec les mêmes fautes qui ont échappé à l'imprimeur de
D. Martene, qui l'a imprimé le premier, sur un manuscrit
de saint Gatien de Tours , M. le Beuf a cru devoir le faire
reparoître d'une manière plus exacte, en séparant mieux
les mots, distinguant les lignes , afin que l'on vît que ce
sont des vers. Voici la paraphrase du titre .
Lectio Actuum Apostolorum.
Por amor de vo pri saignos Barun
Si ce vos tuit escoster la lecim
De saint Esteuve le glorieux Barrun ;
Escotet la par bonne entention ,
Qui a ce jor reçu la passion.
ib. p. tic. ' Tous ces vers sont en rime masculine , selon la remar-
que de M. le Beuf; ce qui les rendoit plus faciles à être
mis en chant. 11 estime que c'est un fonds de traduc-
tion des actes de saint Etienne, faite au neuvième siècle,
ou environ, et écrite de nouveau dans le onzième, avec
quelque changement dans le langage, et même quelques
fautes de copistes. Plusieurs des termes qui composent
une partie de ce fragment, sont presque aussi éloignés du
Latin , et de ce que nous appelions aujourd'hui le François ,
que le sont ceux du serment de Louis le Germanique , rap-
porté par Nithard. Si cependant il paroissoit à quelqu'un
que ce langage vulgaire n'est pas aussi ancien, il n'en seroit
pas moins vraisemblable que l'usage de traduire les actes
de saint Etienne en langue vulgaire , pendant les saints
mystères, n'a pu commencer que dans le temps où le rit
de la liturgie changea de face en France; parce que dans un
autre temps l'introduction de cette nouveauté auroit pu
être combattue vivement, et n'auroit peut-être pas réussi.
Celte réflexion paroit faire une preuve du sentiment de M.
le Beuf, sçavoir , que le fonds de la traduction est du neu-
vième siècle , mais qu'elle a été retouchée au onzième. Il est
vrai que D. Martene ne donne que 600 ans, ou environ
d'antiquité, au manuscrit où se trouve cette pièce; mais
n'a-t'elle pas pu , comme on sçait que cela est souvent ar-
rivé , être tirée d'un livre plus ancien de deux ou trois siè-
cles
ADDITIONS, ETC. 539
clés que le manuscrit, dans lequel elle se trouve aujour-
d'hui? C'est une chose si commune, qu'elle n'a pas besoin
de preuves.
Nous pourrions encore rapporter plusieurs autres traits
intéressans du mémoire de M. le Beuf, mais le lecteur peut
y avoir recours. (DD. Clément, Poncet, Colomb et Clémencet,
t. X, Addit. et Corrections, pp. lxix et lïx.)
— ■ Nous croyons qu'on verra volontiers la suite de cette cu-
rieuse citation, telle que les Bénédictins continuateurs de Du
Cange , D. Martene et l'abbé le Beuf l'ont donnée , mais en la
débarrassant de fautes évidentes des éditeurs ou de l'ancien
copiste :
Por amor Do, vos pri saignor barun,
Seet vos tuit escotet la leçun
De saint Estevre le glorius barun
Qui à ce jor reçut la passiun ;
Escotet la par bonne eutenciun.
Saint Estevres fu pleins de grant bonté,
Emma lot cels qui creïnent en Deu ;
Feseit miracles o non de Deumendé,
As cuntrat et as ces à tos dona santé,
Force baierent autant li Judé.
Encontre lui se dressèrent tresluit,
Disrent ensemble : mauvais mos [de] cestui,
Il adcable qui parole à lui, etc.
Au reste, le texte que Martene, Du Cange et l'abbé le Beuf
avoient trouvé dans le missel de S. Catien de Tours, nous semble
appartenir à une date beaucoup moins ancienne. Il a été pu-
blié en 4862, dans la revue anglo-franco-germanique (Tar-
buch fur romanische und enqlische literaturj, par Gaston Pa-
ris. Leipsig, p. 345. (N. E.)
Tome X. B b b b
560 ADD1TFONS, RTC
ADDITIONS AU TOME IX.
i.
Page 450. Quoique le discours sur l'état des scien-
ces dans le douzième siècle , soit d'une étendue qui semble ne
rien laisser à désirer , nous nous flattons cependant que le lec-
teur lira avec plaisir l'addition suivante touchant le comte
de Guignes et les traductions qu'il fit faire. D. Rivet en a
LeB. t. 2, part. 2, parlé, page 150 de son discours , ' mais en peu de mots, se
contentant de ce qu'il en a trouvé dans une dissertation de
M. l'abbé le Beuf , sur l'histoire ecclésiastique et civile de
Paris.
Il faut aller à la source même , et y puiser , c'est-à-dire ,
dans l'histoire des comtes de Guignes , écrite au commence-
ment du treizième siècle par Lambert, prêtre de Péglige
d'Ardres, dont André Duchesnc a donné des fragmens con-
sidérables dans ses preuves de l'Histoire Généalogique des
maisons de Guignes, d'Ardres, etc.
Hist.deGuig.t.2, ' Beàudouin , qui devint comte de Guignes en -4 4 69 par
la mort d'Arnould son père , quoique sans lettres et sans étu-
ib. pr. p. lu. des, se rendit très-habile dans la philosophie, les arts libé-
raux, les saintes écritures, etc. en conversant avec des sça-
vans qu'il attiroit et retenoit auprès de sa personne par ses
libéralités et l'accueil gracieux qu'il leur faisoit. 11 disputoit
avec eux, leur faisoit des questions, répondoit aux leurs
d'une manière que les plus sçavans étoient surpris qu'un Sei-
gneur , qui n'avoit fait aucune étude, pût proposer des diffi-
cultés si solides, et résoudre avec tant de justesse celles
qu'on lui faisoit. 11 avoit un extrême désir d'apprendre tout
ce qu'il voyoit que d'autres sçavoient , et ne négligeoit rien
pour réussir. Ne pouvant retenir dans sa mémoire tout ce que
les savans, dont il étoit environné, lui apprenoient, il fit faire
des traductions. Il engagea , n'étant encore que comte d'Ar-
dres, Landri de Wallanio, personnage très-sçavant, à lui
traduire de latin en romance le Cantique des Cantiques, non-
ADDITIONS, ETC. 564
seulement à la lettre , mais aussi selon le sens spirituel et mys-
tique, et il se le faisoit lire très-souvent. Le même Walla-
nio lui traduisit aussi plusieurs évangiles, surtout celles des
dimanches, avec les sermons qui y avoient rapport.
Maître Godefroi fit présent au comte Baudouin d'une très-
grande partie de la physique traduite en romance. Alfrius
traduisit pour l'usage du même comte la vie de saint An-
toine. Le vénérable père de Guignes , Simon de Boulo-
gne , lui présenta la traduction en romance de l'ouvrage de
Solin, sur la nature des choses. Ce fut à la sollicitation de
Baudouin que Vautier Silens ou Sileaticus composa un ou-
vrage qu'il intitula de son nom le Silence, ou le roman du
silence. Enfin ce comte amassa un si grand nombre de livres,
qu'il sembloit égaler Augustin et Denis l'Aréopagite, pour
la théologie , et Thaïes de Milet , pour la philosophie. Il
joignit encore aux écrits dont nous avons parlé, tout ce qu'il
put trouver d'autres ouvrages en romance, soit d'histoire,
soit de fables, soit de chansons, soit de romans. Cette biblio-
thèque a échappé à D. Rivet parmi celles dont il a fait l'é-
numération dans son discours fur le douzième siècle. Hasard
d'Aldehem , à qui le comte avoit confié la garde de ses livres,
les lut tous, et devint aussi très-habile. C'étoit une espèce
de prodige de voir deux laïcs si versés dans les lettres ; et on
auroit eu de la peine à le croire , selon l'historien Lambert,
si on ne l'avoit pas vu soi-même. Le comte Baudouin mou-
rut le 2 janvier 420*5 ou 4206, selon le nouveau style.
(DD. Poncet, Clément, Colomb et Clémencet, t. X, Avertiss.,
pp. lxx-lxxi.)
— Ce passage de Lambert d'Ardres est trop important pour ne
pas en rapporter ce que nos Bénédictins n'en ont pas entière-
ment cité. Nous suivrons l'excellente édition qu'a donnée de
cet historien M. Godefroy, marquis de Menilglaise, Paris, 8°,
4855, p. 479 : « Cornes studiosissimus, omnium indagator,
» nullius sapientiœ minervam intactàm reliquit. Et licet omni-
» no laicus esset et illiteratus, liberalium tamen omnino ignarus
» artium, liberalibus sœpe et sœpius usus instruments, non re—
p frœnans linguam suam aut cohibens, contra artium doctores dis-
» putabat. » Il ajoute qu'en échange des lumières qu'il tiroit
de la conversation des clercs, il les initioit dans la connoissance
3 * B b b b ij
562 ADDITIONS, ETC.
des agréables compositions des jongleurs. « Ab Mo enim acce-
» pit divinum eloquium et eis, quas a fahilatoribus gentilium
» accepit nœnias, vicario modo communie avit et impertivit. »
Il faut tenir compte, dans l'histoire littéraire du XIIe siècle, de
ce Landry de Walhain , Wauban ou de Walban , (et non de
Wallanio) traducteur françois du Cantique des Cantiques; de cet
Aufroi traducteur d'une vie de saint Antoine ; de ce maître Go-
defroy, traducteur de la plus grande partie du livre de physique
de Simon de Boulogne, que l'ancien traducteur de Lambert dit
natif de Guines, qui traduisit pour le comte, le livre de So-
lin , et le lui lut publiquement ; enfin de ce Gautier Silens ou
Taisant, auteur du roman du Silence, qui reçut en récompense
vêtemens, chevaux, etc. Baudouin fournit d'orgues la maison des
religieuses de Guines. « Organicœ musicœ artis instrumenta. » Il
connoissoit mieux que personne les contes vulgaires, les chan-
sons de geste, les récits de nobles aventures, les fabliaux des
gens du peuple. « In nœniis gentilium, in cantilenis gestoriis,
sive in eventuris nobilium, sive etiam in fabellis ignobilium, jo-
culatores quosque nominatissimos œquiparare putaretur. » A son
exemple, Hasard de Aldehem, illétré comme lui, apprit à lire, et
si bien qu'il lut et comprit tout ce que contenoient les traductions
françoises de la bibliothèque dont il lui avoit confié le soin. « Ha-
» sardus, tum eomitis bibliothecam retinens et custodiam, ovines
» ejus libros de latino in romanam linguam interpretatos legit et
» intelligit. »
D. Bivet a nommé Simon de Boulogne, t. VII, p. 80; t. IX,
p. 450. Ginguené lui a consacré une courte et déplorable notice
dans le tome XV, p. 500-502. Parce que le catalogue de Char-
les V mentionnoit un volume « des faits de Troyes, desBomains,
de Thebes, d'Alexandre le Grand , escript en lettre bolonnoise,
lequel le Boy prit quand il alla au mont S. Michel, » Ginguené,
confondant le Pirée avec le nom d'un homme, attribue cet ou-
vrage à Simon de Boulogne ! La lettre bolonoise étoit une écriture
ronde, assez semblable à la lettre de forme. Assurément elle
n'avoit rien de commun avec Simon de Boulogne. C'est pour-
tant la méprise de Ginguené qui a entraîné celle de Boquefort,
Glossaire, t. II, p. 756, et celle d'Arthur Dinaux, Trouvères
cambrésiens, p. -H 7, et Trouvères artésiens, p. 459. (N. E.)
ADDITIONS, ETC. 563
II.
PHILIPPE DE THAUN.
Pages ^ 75—190. Le nom de Thaùn a embarrassé D. Ri-
vel, et c'est apparemment ce qui lui a fait soupçonner qu'au
lieu de Taonensis, il faut lire Toarcensis, qui signifie de
Thouars; mais ce soupçon n'a aucun fondement. La singu-
larité du nom de Thaun n'est pas une raison légitime de le
changer, et de lui substituer celui de Thouars en Poitou.
D'ailleurs quelqu'extraordinaire que paroisse ce nom, il se
trouve dans une charte d'Arculphe, Seigneur de Combourg,
publiée par D. Martene. ' La charte est sans date, mais elle Mari, anecd. 1. i,
paroit avoir été donnée après le milieu du douzième siècle. p'
Parmi les Seigneurs qui l'ont souscrite, on trouve la signa-
ture d'un appelle Thomas D. Thaiïn. Voilà donc en France,
et probablement en Bretagne, une famille portant le nom de
Thaùn. Il y a lieu de croire que le poète Philippe de
Thaùn étoit de cette famille, et peut-être le père ou l'ayeul
de celui qui a signé la charte d'Arculphe. La terre de Com-
bourg, au diocèse de saint Malo , située entre Rennes et
Dol, n'étant pas fort éloignée de la Normandie, il a été fa-
cile à notre poète de trouver accès auprès de la comtesse
Adèle, duchesse de Normandie, en faveur de laquelle il fit,
vers l'an -H25, un Traité de la nature des bêtes. Nous n'a-
vons rien à ajouter sur ce poète, qui, selon les apparences,
étoit Breton ; mais la charte d'Arculphe , qui nous a donné
occasion de faire cette addition ou correction, mérite que
nous en disions un mot. Elle renferme plusieurs choses re-
marquables. Arculphe s'y dit seigneur de Combourg, par la
grâce de Dieu, et porte-enseigne de S. Samson. Harculpbus,
Dei gratiâ, dominus Comburnii, et signifer sancti Samso-
nis. Il y prétend que l'administration de toutes les affaires
de l'évêché de Dol lui appartient, le siège vacant; en sorte
que pendant la vacance il peut disposer des terres et des
vassaux de l'évêché, comme s'il étoit archevêque. (DD. Pon-
cet, Clément, Colomb et Clémencet, t. X, Addit. et Correc-
tions, pp. liXIl.)
564 ADDITIONS, ETC.
— Cette correction est judicieuse ; seulement ce n'est pas à
la duchesse Adèle de Normandie, mais à la reine Alix d'An-
gleterre, femmede Henry II, que Philippe de Thaun avoit offert
son livre. (Voyez la notice que Ginguené lui a consacrée, t. XIII,
p. 60-62.) M. Th. Wright a donné une précieuse édition du
Bestiaire de Philippe de Thaun en 1 841 . (Popular Treatises
on Science...) (N. E.)
III.
Page 491. Dans une note qui est au bas de la marge, D.
Rivet avance ce qui suit : « Quoique dès lors on enseignât la
» médecine à Paris, cette école n'y fut cependant érigée
» en faculté que vers \ 472. » Ce qui a fait parler de la sorte,
ou si l'on veut, ce qui a fait tomber D. Rivet dans cette mé-
prise, c'est que la faculté de médecine n'a acquis un terrein,
et n'a bâti des écoles publiques que vers 4472. Mais la fa-
culté est en état de prouver, par des monumens certains,
qu'elle existoit, et étoit faculté en corps, longtemps avant
l'an \ 472. C'est ce que l'on voit par des statuts faits en 4550,
rédigés sur d'autres statuts qui étoient déjà anciens en 4 350.
Voici ce que portent ces statuts : Hœc sunt statuta faculta-
tis medicinœ Parisiis, ex statutis antiquis collecta breviter et
correcta tempore magistri Adœ de Francovilla decani dictœ
facultatis, anno 4 550, mensis octobris die M , prœsentibus
ad hœc inferius nominatis. Suivent après cela les statuts, à la
fin desquels on lit qu'ils ont été faits dans l'assemblée de la
faculté, en présence de plusieurs maîtres convoqués pour
ce sujet. Acta fuerunt hœc anno et die prœdictis , in congre—
gatione facultatis, prœsentibus pluribus magistris specialiter
vocatis , videlicet magistro Joanne de Caniliaco , magistro
Petro du Slontibus , etc. On voit par ces statuts faits dans le
milieu du quatorzième siècle, sur des statuts encore plus
anciens, que les médecins de Paris formoient un corps re-
vêtu de tout les caractères de ce qu'on entend aujourd'hui
par faculté de médecine. Par conséquent l'école de méde-
cine de Paris étoit érigée en faculté plus d'un siècle avant l'é-
poque que D. Rivet a prétendu fixer de son établissement.
ADD1TL0NS, ETC. 565
IV.
Page 524 . En parlant des écrits de Géofroi Babion, nous
avons conjecturé que le commentaire latin, que l'on con-
serve dans l'abbaye de Cîteaux , sous ce titre : Gaufridi Ba-
buini super Matthœum, pourrait bien être de lui. Notre
conjecture se trouve justifiée par un manuscrit de la biblio-
thèque du Roi, ' dans lequel le commentaire se trouve cat.mss Bibi.Reg.
sous le nom de Babion, Babionis expositio in Matthœum. cod'52'. ' ' ' '
Ainsi , on doit le regarder comme le véritable auteur de
cet écrit. (DD. Poncet, Colomb, etc., pp. lxxi-lxxm.)
V.
VIE DE SAINT THÉODARD,
EVESQDE DE MASTRICHT.
Page 554. D. Rivet a parlé, pages 554 et 555 du neuvième
volume, de la vie de saint Théodard, évêque de Mastricbt,
retouchée par Sigebert. ' Les continuateurs de Bollandus Bon 10 sept p.
ont publié dans leur grande collection au 4 0 de septem-
bre, avec un commentaire et des notes, la vie de ce saint
prélat écrite par un ancien auteur , après l'an 724 . Les
mêmes éditeurs ont donné à la suite une autre vie plus am-
ple, déjà publiée par Surius; ils ne doutent pas que ce ne
soit celle de l'ancien auteur, polie et augmentée par Sige-
bert , mais qui n'en est pas meilleure pour le fonds. (Ib.)
VI.
LETBERT ABBÉ DE SAINT RUF.
Page 570. D. Rivet a rendu à l'église de saint Pierre de
l'Jsle en Flandres, cet écrivain que M. le Beuf avoit voulu
lui enlever. Un respectable abbé, qui, animé du même esprit
que Letbert, a quitté comme lui l'église de l'Isle, où il possé-
dait une dignité considérable pour vivre dans la retraite, nous
a communiqué un mémoire de sa façon dans lequel il appuyé,
580-592.
566 ADDITIONS, ETC.
par des raisons très-solides, le sentiment de D. Rivet, et prou-
ve que ce Letbert étoit chanoine de l'Isle, avant que d'em-
brasser l'institut des chanoines réguliers. Le nom de Letbert
se trouve flans la liste des premiers chanoines de l'église de
l'Isle, fondée en 4055, et dont la dédicace se fit en 4066.
Cette liste, qui a ce titre, Nomina fratrum Illensis ecclesiœ à
prima constitutione, est à la tète du plus ancien cartu-
laire de l'église de saint Pierre, lequel est du douzième siè-
cle, et précède le titre de fondation, qui y est copié avec
plusieurs autres bulles, titras originaux de donation de dix—
mes et d'acquisitions , etc. La liste contient les noms de
quarante chanoines, dix prêtres, dix diacres, dix soudiacres,
dix acolytes. Le dernier de ces acolytes, et sans doute le
plus jeune, est Lietbert, Lietbertus. L'amour de la retraite
et le désir d'une plus grande perfection lui firent quitter
cette église.
2°. La lettre que Gautier, évêque de Maguelone, écri-
vit au chapitre de l'Isle, en lui envoyant l'ouvrage de Let-
bert, est une preuve, sans réplique, qu'il avoit été chanoi-
ne de cette église. Elle est adressée au prévôt, qui s'appel-
loit Robert , dont le nom n'est désigné que par la lettre ini-
tiale R. dans le manuscrit des Dunes sur lequel D. Mabillon
l'a publiée. M. le Reuf a trouvé un autre manuscrit du
livre Flores psalmorum , en trois volumes in-folio, qu'il
juge être du douzième siècle, dans lequel le nom de ce
Prévôt se trouve tout au long, Roberto. Le chapitre de
l'Isle en a fait l'acquisition. M. l'abbé Valory dit agréable-
ment dans le mémoire qu'il nous a communiqué, que M. le
Reuf semble avoir été persuadé qu'il devoit cette sorte de ré-
paration à l'église de l'Isle, en lui procurant l'ouvrage d'un
de ses plus anciens chanoines, flb. )
VIL
Page 572. D. Rivet avance que V évêque Gautier en
avoit été prévôt, (de la collégiale de l'Isle en Flandres)
avant que de passer au siège de Maguelone. Les recherches
que M. l'abbé Valory a faites sur l'origine de cette église
et de ses prévôts, ne lui permettent point d'être d'accord
avec D. Rivet sur cet article. II est persuadé que le titre
de
ADDITIONS, ETC. 567
de prévôt donné à Gautier, ne lui convient point, et
qu'il a été simplement chanoine avant que de parvenir à
l'épiscopat. Dans la liste des chanoines, il s'en trouve deux
du nom de Gautier parmi les dix soudiacres, dont l'un
est le premier, et l'autre le dernier. L'évêque de Mague-
lone peut avoir été l'un des deux, ce qui suffit pour
justifier ce qu'il dit dans sa lettre au prévôt Robert, qu'il
a demeuré à l'Isle ; mais il n'a point été, et n'a pu être
le Gautier prévôt. Cela est évident par la suite des prévôts
de la collégiale de l'Isle. Le premier prévôt de cette égli-
se est Foulcard, qui posséda cette dignité jusqu'à sa mort,
arrivée le 4 d'avril Ï080, comme le marque le nécrologe
ancien de saint Pierre. Foulcard eut Gautier pour successeur,
cui successit Galterus, dit le même nécrologe! Ce Gau-
tier successeur de Foi'lcard dans la prévôté de l'Isle, et
qui étoit outre cela archidiacre de Tournai, dignité que
les premiers prévôts ont possédée, et même la chancelle-
rie de l'église de Tournai ; ce Gautier, dis-je, mourut le
M de novembre 4095, comme il est prouvé par le même
nécrologe de saint Pierre. A Gautier succéda Robert, fils
de Roger châtelain de l'Isle, qui remplit cette place jus-
qu'en -M 55. Gautier cvêque de Maguelone fut 'placé sur
ce siège en H05, et est mort en 4429. En quel temps
auroit-il pu être prévôt de l'église? Il est bien vrai qu'il
y a eu un prévôt de l'Isle, nommé Gaultier, auquel est
adressée une lettre du prévôt d'Arras ; mais jamais ce pré-
vôt de l'Isle mort en 4 095 ne fut évêque de Maguelone,
comme jamais l'évêque de Maguelone ne fut prévôt de
l'Isle. (Ib.J
FIN DES ADDITIONS KT CORRF.CTIONS.
Tome X. i'. r ♦• i
LE PU». — TYPOGRAPHIE M. -P. MARCHESSOL.
Date Due
<fo« r>EP4 m
FOR M 109
1
YORK
UN1VEKSITV
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BOOK CARD
Y0U ARE RESPONSIBLE
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